DERMATOLOGIE
PRESENTATION DOSSIER CLINIQUE
Service de DERMATOLOGIE-VENEROLOGIE
Présenté par la stagiaire internée NIKIEMA SAFIATOU
Mr le Président du jury, honorables membres du jury, chers maitres
bonjour. Nous sommes la SI Nikiema Safiatou, candidate à la
présente session des cliniques de médecine.
L’observation clinique que nous avons l’honneur de soumettre à
votre appréciation est celle de Mme PM, 63 ans, veuve, résident à
Toma et répondant au 78 xx xx xx
MH : Lésions bulleuses et érosives douloureuses évoluant depuis 1
mois.
HDM : Le début remonterait à un (1) mois par la survenue d’une
lésion bulleuse, flasque à contenu clair, reposant sur une peau saine,
douloureuse spontanément, non prurigineuse siégeant au niveau du
dos. Par la suite, sont apparues de nouvelles lésions bulleuses à la
poitrine, puis aux membres, à la face, au cuir chevelu avec
secondairement une extension aux muqueuses buccale et vaginale le
tout dans un contexte fébrile. La patiente note que la peau se
décollait à chaque pression exercée sur celle-ci.
Environ 7 jours après le début , la patiente consultait dans un CSPS de
la localité où elle reçut un traitement fait d’une injection de BBP et
de soins locaux (Bétadine solution) sans amendement de la
symptomatologie. Cela l’emmenait à consulter de nouveau dans un
autre CSPS où elle fut hospitalisée pendant deux semaines et
bénéficia d’un traitement par voie intra veineuse de nature non
précisée. Devant la persistance de la poussée bulleuse, la patiente fut
référée au CMA de Toma puis au service de dermatologie,
vénérologie du CHU –YO pour une MPEC.
NB : Il n’y a pas de notion de prise médicamenteuse avant le
début de la maladie ni de prise de traitement traditionnel pendant la
maladie.
Nous avons vu la patiente à M₁ J₅ de son hospitalisation et elle ne
formulait pas de plaintes.
ANTECEDANTS
Personnels
- Médicaux : HTA Θ, Asthme Θ, Drépanocytose Θ, Diabète Θ,
Sinusite Θ, pas de notion d’épisodes similaires. Pas de notion
d’allergie médicamenteuse ou alimentaire connue.
- Chirurgicaux : Notre patiente n’aurait jamais subi d’intervention
chirurgicale, ni été victime d’un AVP
- Gynécologiques obstétriques : les ménarches sont survenues à
l’âge de 16 ans environ, le CM est régulier sans notion de
métrorragie, ni de dysménorrhée. Notre patiente est
ménopausée depuis 13 ans.
Gestité ₁₀ Parité ₁₁, 8 EV, 3 DCD, une grossesse gémellaire.
- Vaccinaux : elle ne serait pas à jour de ses vaccins contre
l’Hépatite B, la meningite, le tétanos, la fièvre jaune.
- Cosmétiques : - fait sa toilette avec le Savon : citec
-applique la Pommade : vaseline
-Parfum : Θ (ne se parfume pas)
Familiaux
Ӿ Ascendant : père décédé de cause non connue et mère
vivante bp.
Ӿ Collatéraux : 3e d’une FU de 8 enfants dont 1 DCD
Ӿ Descendant : Mère de 11 enfants dont 8 EV et 3 DCD
Ӿ Conjoint : DCD en 2017 d’une IRC.
Examen physique
→ Conditions d’examen : nous avons examiné notre patiente
dans la salle d’hospitalisation des femmes du service de
dermatologie du CHU-YO. Cette salle comporte 8 lits dont 4
occupés et notre patiente était sur le lit N°10. L’aération et
l’éclairage de la salle étaient satisfaisantes. La patiente a été
coopérante tout au long de l’examen, son intimité ainsi que la
confidentialité des échanges ont été respectée autant que
possible. Il n’y a pas eu de barrière linguistique.
→ Examen général
Bon état général (stade I PS/ OMS), BEC (Glasgow=15)
conjonctives colorés anicteriques, BEN, BEH, OMI Θ
Constantes : T°ᶜ= 37,5°ᶜ(normale) TA= 115/75 mm Hg (normale),
FC= 80 bpm (normale), FR=19 cpm(normale), SpO₂= 98%
(normale), poids= 74 kg (normale), T=1m69 (normale), IMC=
25,91 kg/m² (surpoids)
→ Examen des appareils et systèmes
Examen Dermatologique
→ PEAU
- Peau glabre
Ӿ des lésions maculeuses tantôt hypopigmentées, tantôt
hyperpigmentées, à surface lisse de taille et forme variable allant
de 4x 2 cm à 15x 12 cm , aux limites nettes siégeant sur le tronc,
l’abdomen, le visage, les membres.
Ӿ Des lésions érosives en cours d’épidermisation de forme
ovalaire et taille allant de 7x 4 à 11 x 8 cm localisées sur les fesses.
- Cuir chevelu : lésions alopéciques lisses cicatricielles en
médaillons arrondis de 6X5 cm aux limites nettes sur la région
pariéto occipitale
- Plis : présence de macules hypopigmentées (2 cm de diamètre) à
surface lisse aux limites nettes sur les plis axillaires
- Paumes et plantes : pas d’atteintes
- SCA = 20%
- Par ailleurs, il n’y avait pas de signe de Nikolski
→ Muqueuses
Ӿ pas de lésions érosives buccales et vaginales
→ Phanères : pas d’atteintes
→ APPAREIL CARDIO VASCULAIRE
Cœur : Thorax de morphologie normale sans déformation, ni
voussure
- Choc de pointe non visible mais palpé au 4e Eic sur la ligne medio
claviculaire gauche.
- Aire de matité cardiaque normale.
- BDC audibles, réguliers avec une FC à 80 bpm sans souffle, ni
bruits surajoutés.
Vaisseaux :
Artères : pouls fémoraux, tibiaux, pédieux, huméraux, radiaux
sont présents et synchrones des battements cardiaques.
→ APPAREIL DIGESTIF
Muqueuse buccale
- Assez bonne hygiène bucco dentaire
- Muqueuse buccale saine, la langue est propre avec une denture
complète
- Abdomen : l’abdomen est de volume normal sans CVC ni de
cicatrice.
- A la palpation, l’abdomen est souple, dépressible, indolore sans
masse palpable.
- La sonorité abdominale était normale à la percussion
- Auscultation : les bruits hydro aréiques sont bien perçus.
- TR :
→ APPAREIL RESPIRATOIRE
- Les VAS sont libres
- Thorax de morphologie normale avec une bonne ampliation
thoracique.
- Palpation : les VV sont bien transmises aux deux champs
pulmonaires avec une sonorité pulmonaire normale à la
percussion.
- Auscultation : le murmure vésiculaire est perçu et sans souffle
surajouté.
→ APPAREIL LOCOMOTEUR
- Pas de déformation, ni de tuméfaction osseuse ou articulaire
- Pas de gibbosité, ni de déformation à type de scoliose ou de
cyphose
- Pas d’amyotrophie, ni de troubles du tonus musculaire
→ SYSTEME NERVEUX
- Pas de trouble de la motricité, ni de la sensibilité
- Tonus musculaire normale
- RoT, Bcp, RCA sont présents et normaux
- Pas de trouble de l’équilibre, ni de la coordination des
mouvements.
- Pas de signes d’atteintes des paires de nerfs crâniens ni de
troubles sphinctériens.
- Pas de signe d’irritation méningée
- Conscience normale (Glasgow=15) sans troubles du
comportement.
→ APPAREIL UROGENITAL
A l’inspection, pas de voussure lombaire, ni hypogastrique.
A la palpation on ne note pas de ballotement rénal ni de contact
lombaire. La palpation des points urétéraux supérieurs et moyens
n’étaient pas douloureuses.
A la percussion, il n’y avait pas de matité hypogastrique
Les OGE sont de type féminin sans ambiguïté sexuelle.
Les seins sont paires symétriques anodulaires sans écoulement à la
pression des mamelons.
→ SYSTEME ENDOCRINIEN
Pas de tuméfaction cervicale antérieure
- Pas d’exophtalmie
→ SYSTEME SPLENOGANGLIONNAIRE
Pas de splénomégalie ni d’ADP palpable
RESUME : Mr le Président du jury, honorables membres du jury
EN résumé, il s’agit d’une patiente de 63 ans ; veuve, résidant à
Toma, sans ATCD pathologique particulier connu, référée du CMA de
Toma pour des lésions bulleuses et post bulleuses douloureuses non
prurigineuses évoluant depuis un mois. Notre examen à M₁J₅
d’hospitalisation a retrouvé :
- Un état général stade 1 Ps/OMS
- Une conscience claire avec un score de glasglow à 15
- Un syndrome cutanéo- muqueux bulleux fait de lésions
bulleuses, d’ érosions, de croûtes, et de macules dyschromiques
+
avec un signe de NIKOLSKI
Diagnostic de gravité : ce jour notre patiente ne présente pas de
signe de gravité ( pas d’altération de l’EG, SCA estimée à 20% , état
de conscience conservé)
Problème posé : notre patiente pose un problème de diagnostic
étiologique et de prise en charge thérapeutique d’une dermatose
bulleuse.
Pemphigus vulgaire
HD : pemphigoïde bulleuse
Toxidermie bulleuse type NET intermédiaire
Toxidermie bulleuse type NET intermédiaire
Faveur Défaveur
Epidémio : survient à tout âge Epidémio : néant
Anamnestique : absence de
prise
Clinique :
Médicamenteuse avant le
-lésions bulleuses cutanées
début de la symptomatologie
occupant 20% SC
- Absence de prurit
Présence Signe de N
Clinique : début progressif de
l’apparition bulleuse
Paraclinique : néant
- Absence de bulle à toit
nécrotique
Para clinique : absence de
nécrose kératinocytaires à
l’histologie
Nous rejetons donc ce diagnostic
PEMPHIGOÏDE BULLEUSE
Faveur Défaveur
Epidémio : néant Epidemio : âge (fréquentes chez
les personnes âgées de + de 80
ans)
Clinique :
Clinique : absence de prurit,
présence de lésions bulleuses absence de lésions bulleuse
sur le tronc tendues, reposant sur une base
érythémateuse, de contenu
clair , présence du Signe de
Para clinique : néant Nikolski au début
Para clinique
- Absence
d’hyperéosinophilie à la
NFS
- Si les ac anti membrane
basale étaient demandés à
IFI, ils seraient négatifs
- Absence de décollement
sous épidermique à la
biopsie.
Au vu de la pertinence des arguments en défaveur, nous rejetons
ce diagnostic.
PEMPHIGHUS VULGAIRE
Faveur Défaveur
Epidemio : survient chez l’adulte Epidemio : néant
d’âge moyen (40-60 ans)
Clinique :
Clinique : néant
SF : absence de prurit
SP : présence de bulles flasques
de début progressif, reposant sur
+
une peau saine, Paraclinique : néant
avec la présence d’un signe de
Nikolsky
- Présence de lésions érosives au
niveau des muqueuses
buccales et vaginales à l’interro
Signes paracliniques :
IFI : présence d’AC anti substance
intercellulaire
Biopsie pour examen
anatomopathologique a montré un
décollement bulleux intra
épidémique avec acantholyse
IFD : si elle avait été réalisée, elle
aurait montré un dépôt inter
cellulaire d’IgG et C₃ en resille ou en
maille de filet.
DIAGNOSTIC ETIOLOGIQUE
C’est une maladie auto- immune induite par la sécrétion d’auto AC
anti épiderme.
DIAGNOSTIC DE RETENTISSEMENT
- Clinique : pas d’AEG
- Para clinique :
NFS : l’hémogramme a retrouvé une hyperleucocytose (GB=
13.010/ uL) à prédominance neutrophile (PNN= 8580/ UL)
ECBU du 02/12/19 a révélé une infection du tractus urinaire à
Acinetobacter Baummannii résistant à l’Imipenème et sensible à
Amikacine
L 'Ionogramme sanguin : a montré une hypochlorémie à 89,1
mmol/l (N= 97-108)
- Une hypocalcémie à 1,96 mmol/L (2-2,59) avec une calcémie
corrigée à 1, 88 mmol/L
- ALAT
ASAT
Fonction rénale conservée avec :
Urée :
Créat :
DIAGNOSTIC DE TERRAIN
- Glycémie est normale à 4,90 mmol/L
- SRV est négative
- AgHBS, anticorps anti Hbc, Ac anti VHC sont négatifs
- L’électrophorèse de l’hemoglobine non réalisée
Diagnostic Final
Pemphigus vulgaire de cause auto-immune compliqué de
troubles électrolytiques et associé à une infection urinaire à
Acinetobacter Baummanii
TRAITEMENT
Buts
- Regresser la poussée bulleuse
- Obtenir l’épidermisation des lésions post bulleuses
- Eviter les récidives
- Prévenir et traiter les complications
MOYENS
MHS : - régime hyperprotidique
-Boisson abondante
Physique : couverture propre et chauffante
Médicamenteux :
solutés: sérum salé isotonique5% ,sérum glucosé isotonique5%
Antalgique : paracétamol inj 1g
Antiseptique : hypochlorite de sodium
-éosine aqueuse 2%
Antibiotique: Amikacyne :15 mg/kg
Electrolytes : Na⁺, cl⁻, CK
Corticoïde : prednisone (Cortancyl ) 20mg : 1 à 1,5mg/kg/j
Autres immunosuppresseurs : Azathioprine 100 mg/jour,
Méthotrexate 20-25 mg /jr
Traitement adjudant
- Potassium (Kaleorid Lp 600mg) : 1 cp/j
- Calcium (Orocal D₃ 500mg) : 1 cp/j
- Hydroxyde d’aluminium : 2cp/j
- Albendazole 400mg cp :1cp/j pdt 3j (prévention de l’anguillulose
maligne)
CONDUITE PRATIQUE DU TRAITEMENT
Bilan préthérapeutique
NFS, urée /creatinémie, ALAT/ASAT, glycémie notre patiente a déjà
terminé son traitement antibiotique et le déparasitage. Elle à J29
de sa corticothérapie et J15 sans nouvelles bulles.
Nous allons poursuivre avec :
- MHD : régime hyperprotidique
-boisson abondante
- soins locaux : Eosine aqueuse en application 2 fois/jour sur les
lésions érosives
-vaseline blanche sur le reste du corps 2 fois/jour
Prednisone: 1,5 mg /kg soit 100mg /j en PU à 8h du matin
- Paracétamol cp 1g au besoin
Traitement adjuvant
- calcium 500mg : 1cp/j
- Potassium (kaleorid Lp 600mg) 1 cp/j
- Hydroxyde d’aluminium : 2 cp à croquer à midi
Nous allons débuter la dégression de la corticothérapie à raison de
10% de la dose initiale soit 10 mg toutes les 2 semaines si évolution
favorable.
SURVEILLANCE
Clinique
- Rechercher quotidiennement de Nouvelles bulles
- Polyurie, polydypsie, polyphagie
- Constantes ; poids, T°ᶜ, FC, FR, TA
- Douleurs épigastriques (brûlures)
- Douleurs musculaires ou osseuses
Para clinique
- Glycémie
- NFS
- Ionogramme sanguin
- ALAT, ASAT
- Bilan lipidique (triglycérides, cholestérol total,HDL-
cholesterol,LDL-cholesterol) tous les 3 mois
EVOLUTION-PRONOSTIC
Evolution est favorable, surtout si traitement bien conduit
Pronostic à court terme est bon car l’épidermisation progressive
des lésions post bulleuses se fait.
Pronostic à moyen et long terme est réservé car il peut y avoir une
récidive des lésions bulleuses ou des complications liées à la
corticothérapie : cortico dépendance ou corticorésistance, diabète,
HTA, ostéoporose
INTERET
L’intérêt est thérapeutique et pronostique du fait de la gestion de
la corticothérapie chez une femme âgée de 63 ans en ménopause à
cause des risques d’aggravation de l’ostéoporose, d’apparition d’un
diabète, d’une HTA, d’une immunodépression favorisant la survenue
d’infections pouvant toucher tous les organes.
MERCI MR LE PRESIDENT DU JURY, CHERS MAITRES NOUS SOMMES
AU TERME DE NOTRE PRESENTATION et nous vous remercions de
votre aimable attention