Fiches d'orientation
Violence (Contrat) | Mai 2024
Définition
La violence est un vice du consentement permettant d'obtenir la nullité du contrat
dans lequel une personne s'est engagée sous la menace d'un mal faisant naître
chez elle un sentiment de crainte.
Texte :
C. civ., , art. 1140 à 1143.,art. 1108, 1111 s. anc.
1. Notion de violence
1.1 Caractères communs
Il y a violence lorsqu'une partie s'engage sous la pression d'une contrainte qui lui
inspire la crainte d'exposer sa personne, sa fortune ou celles de ses proches à un mal
considérable (C. civ., art. 1140 issu de l'ordonnance n° 2016-131 du 10 février 2016
portant réforme du droit des contrats, du régime général et de la preuve des
obligations).
Comme les autres vices du consentement, en application de l'article 1130 du code
civil, la violence vicie le consentement lorsqu'elle est de telle nature que, sans elle,
l'une des parties n'aurait pas contracté ou aurait contracté à des conditions
substantiellement différentes. Son caractère déterminant s'apprécie eu égard aux
personnes et aux circonstances dans lesquelles le consentement a été donné.
Reprenant la solution posée à l'ancien article 1111 du code civil, l'article 1142 du
code civil, tel qu'issu de l'ordonnance, énonce que : « La violence est une cause de
nullité qu'elle ait été exercée par une partie ou par un tiers. »
1.2 Menace d'une voie de droit
Consacrant la jurisprudence en la matière, il est prévu que : « La menace d'une voie
de droit ne constitue pas une violence. Il en va autrement lorsque la voie de droit est
détournée de son but ou lorsqu'elle est invoquée ou exercée pour obtenir un avantage
manifestement excessif. » (C. civ., art. 1141.). La Cour de cassation admet, en effet,
que : « la menace de l'emploi d'une voie de droit ne constitue une violence au sens
Copyright 2024 - Dalloz - Tous droits réservés.
des articles 1111 et suivants du code civil (C. civ., art. 1142 s.) que s'il y a abus de
cette voie de droit soit en la détournant de son but, soit en en usant pour obtenir une
promesse ou un avantage sans rapport ou hors de proportion avec l'engagement
primitif » (Civ. 3e, 17 janv. 1984, n° 82-15.753).
1.3 Dépendance
Il y a également violence lorsqu'une partie, abusant de l'état de dépendance dans
lequel se trouve son cocontractant à son égard, obtient de lui un engagement qu'il
n'aurait pas souscrit en l'absence d'une telle contrainte et en tire un avantage
manifestement excessif. » (C. civ., art. 1143 modifié par la loi du 20 avril 2018,
modification de nature interprétative). Le rapport au Président de la République
explique que : « toutes les hypothèses de dépendance sont visées, ce qui permet une
protection des personnes vulnérables et non pas seulement des entreprises dans leurs
rapports entre elles. Afin de répondre aux craintes des entreprises et d'objectiver
l'appréciation de cet abus, a été introduit, pour apprécier ce vice, un critère tenant à
l'avantage manifestement excessif que doit en avoir tiré le cocontractant, ce qui
permet d'encadrer l'application de ce texte ». En la matière, la Cour de cassation a
retenu que : « seule l'exploitation abusive d'une situation de dépendance
économique, faite pour tirer profit de la crainte d'un mal menaçant directement les
intérêts légitimes de la personne, peut vicier de violence son consentement » (Civ.
1re, 3 avr. 2002, n° 00-12.932).
2. Régime
2.1 Confirmation possible
La confirmation est possible en matière de violence si celui qui peut se prévaloir de
la nullité y renonce (C. civ., art. 1182. La renonciation mentionne l'objet de
l'obligation et le vice affectant le contrat. L'exécution volontaire du contrat, en
connaissance de la cause de nullité, vaut confirmation.
Mais en cas de violence, la confirmation ne peut intervenir qu'après que la violence a
cessé.
L'article 1183 prévoit une action interrogatoire qui permet à une partie d'enjoindre à
son cocontractant de prendre position dans un délai de six mois entre une action en
nullité et la confirmation du contrat.
Copyright 2024 - Dalloz - Tous droits réservés.
2.2 Nullité
L'article 1131 précise que les vices du consentement sont une cause de nullité
relative du contrat.
2.3 Prescription
En cas de violence, le délai de l'action en nullité ne court que du jour où elle a cessé
(C. civ., art. 1144, tel qu'issu de l'ordonnance).
Copyright 2024 - Dalloz - Tous droits réservés.