0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
3 vues12 pages

6

Le document traite des événements ayant suivi les accords d'Oslo II, notamment l'assassinat d'Itzhak Rabin et l'ascension de Shimon Pérès, ainsi que l'impact du terrorisme sur le processus de paix israélo-palestinien. Il souligne comment le Hamas a profité de la situation et critique la réponse israélienne, qui a exacerbé les tensions plutôt que de favoriser la paix. Enfin, il aborde l'échec des négociations de Camp David en 2000, mettant en lumière les désaccords sur des questions essentielles et la responsabilité partagée des acteurs impliqués.

Transféré par

Gaorang
Copyright
© All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
3 vues12 pages

6

Le document traite des événements ayant suivi les accords d'Oslo II, notamment l'assassinat d'Itzhak Rabin et l'ascension de Shimon Pérès, ainsi que l'impact du terrorisme sur le processus de paix israélo-palestinien. Il souligne comment le Hamas a profité de la situation et critique la réponse israélienne, qui a exacerbé les tensions plutôt que de favoriser la paix. Enfin, il aborde l'échec des négociations de Camp David en 2000, mettant en lumière les désaccords sur des questions essentielles et la responsabilité partagée des acteurs impliqués.

Transféré par

Gaorang
Copyright
© All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

d’Oslo II, en septembre 1995, une certaine confiance s’instaura même entre

Itzhak Rabin et Yasser Arafat. Mais, le 4 novembre 1995, à la suite d’une


violente campagne de dénigrement de la droite, le Premier ministre israélien
est assassiné par un fanatique juif au cours d’un grand meeting pacifiste.
Shimon Pérès lui succède et lance l’opération «Raisins de la colère» contre le
sud du Liban, opération marquée par le massacre de Cana (une centaine de
civils tués par un bombardement israélien). Une série d’attentats-suicides,
lancés par le mouvement islamiste Hamas (Mouvement de la résistance
islamique) au printemps 1996, contribue à la victoire, de justesse, de la droite
et de Benyamin Netanyahou aux élections israéliennes.
Quel rôle a joué le terrorisme dans l’échec d’Oslo? Il faut d’abord
préciser ce concept flou, manipulé par les uns et par les autres, exploité pour
discréditer l’adversaire. Disons pour simplifier que, s’il n’y a pas de
définition juridique du terme, le terrorisme désigne les violences dirigées de
manière aveugle contre des civils. Ce sont les États qui l’utilisent le plus : la
France durant la guerre d’Algérie, les États-Unis au Vietnam, la Russie en
Tchétchénie, Israël au Liban, de nombreux gouvernements du tiers- monde,
de l’Irak à l’Indonésie, contre leur propre population. Le terrorisme est aussi,
souvent, l’arme des plus démunis, la réponse du faible au fort. Il a notamment
servi dans les luttes de libération nationale. L’Histoire l’a fréquemment
prouvé : d’anciens «terroristes» endossent parfois l’habit de dirigeants
respectés. Ainsi, Menahem Begin et Itzhak Shamir, à la tête de l’Irgoun et du
Lehi, ont perpétré dans les années 1930 et 1940 des attentats meurtriers
contre des civils arabes avant d’accéder aux plus hautes charges en Israël (lire
le chapitre il). Les «tueurs du FLN», dénoncés jour après jour par les
autorités françaises et par presque toute la presse, ont dirigé l’Algérie
indépendante. Le pouvoir sud-africain blanc a finalement traité avec le
Congrès national africain (ANC), dont les méthodes étaient régulièrement
dénoncées par les États-Unis et le Royaume-Uni. Itzhak Rabin a serré la main
«couverte de sang juif» de Yasser Arafat.
Les images atroces des victimes du terrorisme secouent les opinions. Elles
provoquent, à juste titre, une indignation contre ceux qui utilisent cette arme
aveugle. Pourtant, si le terrorisme suscite légitimement la condamnation
morale, il faut aussi, si l’on veut mettre un terme à son cycle, replonger dans
la réalité politique qui le nourrit. Et s’interroger : peut-on combattre
efficacement le terrorisme sans en éliminer les causes ?
Le mouvement Hamas est issu de l’organisation des Frères musulmans,
qui fut, dans les années 1970 et au début des années 1980, aidée par les
services de renseignement israéliens pour... lutter contre l’OLP. Le Hamas a
exprimé, dès 1993, son hostilité aux accords d’Oslo. Bien structuré,
contrôlant des fondations d’aide aux populations les plus pauvres et un réseau
de mosquées, il a créé une structure clandestine, les brigades Ezzedine El
Qassam. Celles-ci ont mené des campagnes d’attentats contre des civils
israéliens, notamment au printemps 1996, qui ont fait des dizaines de morts.
Pour obtenir l’arrêt de ces actions, l’Autorité palestinienne a utilisé contre
cette organisation, entre 1997 et 2000, la tactique de la carotte et du bâton, de
la répression et de la « cooptation » (intégrer le mouvement au système
politique et l’amener à évoluer). Elle a ainsi réussi à réduire considérablement
le nombre d’attentats et à isoler le Hamas d’une population qui pariait encore
sur la paix.

En revanche, la riposte israélienne au terrorisme fut illogique. Tout en


exigeant de l’Autorité palestinienne un combat plus déterminé pour le
contrer, le gouvernement de Tel-Aviv répliquait à chaque attentat en
suspendant les négociations, ce qui éloignait la perspective d’une solution et
alimentait l’exaspération de la population palestinienne; le Hamas disposait
ainsi, à tout moment, d’une sorte de droit de veto sur le processus de paix.
Ensuite, le gouvernement israélien a multiplié les représailles collectives,
contraires au droit humanitaire international, et notamment les «bouclages» :
pendant un jour, deux jours, une semaine, voire bien plus, les habitants se
voyaient confinés dans leurs villes ou dans leurs villages. Les gens étaient
empêchés de se rendre à leur travail, les marchandises pourrissaient dans les
entrepôts, des malades mouraient faute d’avoir pu rejoindre un hôpital. Le
niveau de vie de la majorité des Palestiniens s’effondra, le chômage et la
pauvreté s’étendirent. Comment la punition des populations pouvait-elle
contribuer à éradiquer le terrorisme? Une seule arme aurait été efficace :
avancer résolument vers la fin de l’occupation, vers la création d’un État
palestinien.
Les mensonges de Camp David

En 1999, la patience des Palestiniens est à bout. Ils ne croient plus aux
tractations, aux compromis jamais appliqués. Ils se méfient d’une Autorité
palestinienne au fonctionnement autoritaire et touchée par la corruption. Leur
vie quotidienne ne cesse de se dégrader, tandis que, jour après jour, de
nouvelles colonies s édifient. Mai 1999 devait marquer la fin de la période
transitoire de cinq ans d’autonomie et voir la création d’un État palestinien,
mais le calendrier n’a pas été respecté; aucun des grands dossiers en suspens -
frontières, Jérusalem, colonies, réfugiés, sécurité, eau — n’a même été
ouvert. «Nous n’avons plus de marge de manœuvre. La société palestinienne
a perdu tout espoir dans la paix. Au cours des années précédentes, elle a été
littéralement étouffée et humiliée. » C’est en ces termes que Saeb Erekat, l’un
des principaux négociateurs palestiniens, tente d alerter le gouvernement
nouvellement élu du travailliste Ehoud Barak. Celui-ci a remporté, au mois
de mai 1999, une victoire éclatante sur son rival Benyamin Netanyahou.
Son triomphe est accueilli avec satisfaction par la direction palestinienne,
bien que le personnage, nouveau venu en politique, ne manque pas de
susciter quelques appréhensions. Le «soldat le plus décoré de l’histoire
d’Israël» s’est opposé, en tant que chef d’état-major, aux accords d’Oslo
(septembre 1993); devenu ministre de l’Intérieur, il a voté contre les accords
d’Oslo II (septembre 1995), qui prévoyaient le retrait de l’armée israélienne
des grandes villes palestiniennes. Arrivé au pouvoir, il va réussir en quelques
mois, selon la formule de Charles Enderlin dans son livre Le Rêve brisé, à
«bâtir la méfiance» avec les Palestiniens.
Sous prétexte d’ouvrir immédiatement des négociations sur le statut final
de la Cisjordanie et de Gaza, Ehoud Barak rechigne même à mettre en œuvre
les quelques engagements de son prédécesseur, Benyamin Netanyahou, et à
rétrocéder de nouveaux territoires à l’Autorité; il ne s’y résoudra que de
manière tardive et très partielle. Il reniera aussi ses propres promesses
d’évacuer des villages des faubourgs de Jérusalem - Abou Dis, Azaryeh et
Sawaharah -, malgré un vote favorable du gouvernement et du Parlement
israéliens.
Barak manifeste également un attachement à la colonisation qui n’a rien
de tactique. Un de ses premiers gestes, une fois élu, sera de rendre visite aux
colons extrémistes d’Ofra et de Beit-El, qu’il appelle «mes très chers frères».
Le 31 mars 2000, il adresse un message aux fanatiques juifs installés au cœur
d’Hébron. Il y affirme «le droit des juifs à vivre en sûreté, protégés de toute
atteinte dans la ville des Patriarches». Le rythme de construction de
logements dans les colonies sera plus rapide sous son gouvernement que sous
celui de la droite.
Plus grave, Barak délaisse pendant des mois le dossier palestinien au
profit de la négociation avec la Syrie. Il tentera plus tard de se justifier : «J’ai
toujours été un partisan de “la Syrie d’abord”. [...] Signer la paix avec la
Syrie limiterait sérieusement les capacités des Palestiniens à étendre le
conflit, alors que résoudre le problème palestinien ne diminuera pas la
capacité de la Syrie à menacer l’existence d’Israël.» Il n’écoute pas Oded
Eran, l’homme qu’il a désigné pour conduire les négociations avec les
Palestiniens : «Je lui ai dit que c’était le problème palestinien qui était au
centre du conflit israélo- arabe. [...] S’il n’était pas réglé, on ne parviendrait
pas à trouver de solution au conflit et à signer un accord avec la Syrie.»
Barak n écoute personne et s’engage dans des conversations avec Damas qui
échoueront, du fait de son intransigeance et de son refus d’accepter un retour
aux frontières de 1967.
Quand les pourparlers avec les Palestiniens reprennent, au printemps
2000, le Premier ministre israélien a perdu près d’un an, sa majorité
gouvernementale s’est délitée, la méfiance du peuple palestinien et de
l’Autorité s’est accrue. Il décide alors de forcer le destin, d’imposer la tenue
d’un sommet entre lui, Arafat et Clinton pour régler d’un coup tous les
dossiers en suspens - le tracé des frontières, le sort des 3,7 millions de
réfugiés palestiniens, les colonies, Jérusalem, la sécurité, etc. Offre sincère?
Coup de poker? Volonté de piéger l’Autorité et de la rendre responsable d’un
échec? La direction palestinienne exprime ses réticences : elle explique qu’il
faut préparer le terrain pour qu’une rencontre entre Barak et Arafat soit
vraiment fructueuse et qu’un sommet convoqué à la va-vite risquerait de
déboucher sur un désastre. Rien n’y fait. Clinton, réticent lui aussi, se rallie
au point de vue de Barak, qui refuse tout travail préparatoire à la rencontre.
Le sommet entre le président Clinton, Arafat et Barak se tient donc à
Camp David en juillet 2000. Il s’achèvera sans accord global, ce qui sera d
autant plus interprété comme un échec que 1 on avait prophétisé des miracles.
Ehoud Barak et après lui l’ensemble de la classe politique et la plupart des
intellectuels israéliens proclameront que les Palestiniens ont refusé une «offre
généreuse», qu’ils ont, une fois encore, laissé passer une chance historique.
Une «offre généreuse»? À quelle aune? À celle du droit international?
L’expression même en dit long : c’est celle que le vainqueur emploie pour
s’adresser au vaincu. Elle exprime une certaine vision de la paix, d’une paix
imposée par le plus fort. Pendant de nombreux mois a prévalu une version de
ce sommet fondée uniquement sur les interprétations d’Ehoud Barak. On en
dispose maintenant, grâce à de nombreux témoignages israéliens, palestiniens
et américains, d’une autre vision. Robert Malley, membre de la délégation
américaine à Camp David, fut l’un des premiers à offrir, en août 2001, dans
The New York Review of Books, un récit nuancé de ce qu’il appelle la
«tragédie des erreurs». D’autres ouvrages et témoignages démoliront la
présentation faite par Ehoud Barak. En français, c’est le remarquable travail
de Charles Enderlin, Le Rêve brisé, qui permettra de ramener à sa juste valeur
1’«offre généreuse».
«À aucun moment, écrit Charles Enderlin, Arafat ne s’est vu proposer [à
Camp David] l’État palestinien sur plus de 91 % de la Cisjordanie, et cela
sans que jamais lui soit reconnue la souveraineté complète sur les quartiers
arabes de Jérusalem et le Harâm al-Charif/mont du Temple. […] Jamais,
comme l’affirmeront certaines organisations juives, les négociateurs
palestiniens n’ont exigé le retour en Israël de trois millions de réfugiés. Les
chiffres discutés au cours des pourparlers ont varié de quelques centaines à
quelques milliers de Palestiniens autorisés à revenir avec l’autorisation
d’Israël. »
Comme le confirment les cartes (voir le cahier central), l’État palestinien
proposé à Camp David aurait été pratiquement coupé en quatre. D’autre part,
Israël n’a jamais renoncé à son contrôle sur une partie du Jourdain et sur les
frontières extérieures de l’État palestinien, ni sur son espace aérien. Aucune
solution appropriée n’était envisagée pour les réfugiés palestiniens. Sur
Jérusalem, Ehoud Barak avait assoupli un dogme absolu : il avait accepté
d’envisager le partage de la ville, décrétée en 1967 «capitale éternelle»
d’Israël. Jérusalem pourrait devenir la capitale des deux États, même s’il
restait encore à déterminer ce qui appartiendrait à chacun - et les propositions
israéliennes concernant Jérusalem-Est, «territoire occupé», faut-il le rappeler,
étaient loin d’être «généreuses». Cette timide ouverture suscita une levée de
boucliers en Israël, mais aussi chez certains membres des communautés
juives du monde. Élie Wiesel, prix Nobel de la paix, écrivit dans Le Monde
un texte intitulé : «Jérusalem, il est urgent d’attendre», reprochant ses
concessions au Premier ministre israélien. Mieux vaut le mur des
Lamentations que la paix, expliquait-il en substance. Il est vrai qu’Elie
Wiesel nie que des Palestiniens ont été expulsés en 1948-1950 et que,
interrogé sur les massacres de Sabra et Chatila, il n’eut pas un mot de
compassion pour les victimes... Les plus fanatiques ne sont pas toujours ceux
qu’on croit.
Le président américain Bill Clinton, bien qu’il ait promis, en cas d’échec,
de n’accuser personne, fera porter à Yasser Arafat la responsabilité du non-
succès du sommet. Pourtant, si quelqu’un devait être jugé responsable de
l’impasse, c’est bien lui. Comme le reconnaîtra en mai 2005 un membre
important de la délégation américaine, Aaron David Miller, dans une opinion
publiée par The Washington Post, les négociateurs américains se sont alignés
sur les positions d’Israël « sans examiner de manière critique ce que cela
signifiait pour nos propres intérêts, pour ceux de la partie arabe et pour le
succès global des négociations». La pratique de la délégation américaine,
poursuit-il, consistant à soumettre d’abord toutes ses propositions à la
délégation d’Israël, « a privé notre politique d’indépendance et de la
flexibilité nécessaire pour une sérieuse négociation de paix». Et il résume la
philosophie qui a prévalu depuis les accords d^Oslo : «Notre point de départ
n’était pas ce qui était nécessaire pour obtenir un accord acceptable par les
deux parties, mais ce qui était acceptable par une seule des parties, Israël.»
Cette vision reflète un profond malentendu : malgré le fait que
l’administration Clinton ait développé des relations fréquentes avec l’Autorité
palestinienne, elle ne comprenait ni ce que subissaient les Palestiniens ni
leurs demandes. La délégation américaine sera surprise, par exemple, par
l’exigence palestinienne de récupérer l’ensemble des territoires occupés, et
pas «seulement» 90 % ! La proximité «culturelle» avec Israël, la manière de
voir le conflit à travers son point de vue, a pesé dans l’impasse de Camp
David.
Accuser Arafat, c’est ne pas comprendre qu’aucun dirigeant palestinien,
si «modéré» soit- il, ne pouvait accepter, en l’état, les propositions
israéliennes. Et les médias occidentaux, comme Clinton, passèrent sous
silence le fait que les Palestiniens avaient fait preuve de souplesse à Camp
David en acceptant, par exemple, que les quartiers juifs de Jérusalem-Est,
situés pourtant dans des territoires occupés, soient annexés par Israël; que les
grands blocs de colonies le soient aussi (en échange de compensations
territoriales), etc.
L’échec de Camp David ne sonnait pas nécessairement les trompettes de
l’Apocalypse : des avancées avaient eu lieu, les tractations se poursuivaient.
Mais, au lieu de bâtir sur ces acquis, Barak multiplia les accusations contre le
président palestinien et, surtout, commença à reprendre le vieux slogan de la
droite : nous n’avons pas d’interlocuteur palestinien. Relayée par les
journalistes et les médias, cette thèse devint un dogme répété à satiété. Barak
se consacra alors à une seule tâche : révéler le «véritable visage» d’Arafat. Il
ne négocia plus pour aboutir, mais pour montrer que l’on ne pouvait pas
aboutir. De fait, il réussit à convaincre son opinion publique que, désormais,
c’était «eux ou nous». Il porta ainsi un coup mortel au camp de la paix
israélien - Uri Avnery, vieux militant pacifiste israélien, qualifia Barak de
«criminel de paix».
Barak s’était d’ailleurs préparé, en cas d’échec à Camp David, à faire
porter la responsabilité sur Arafat. Le professeur israélien Gadi Wolfsfeld,
dans son livre Media and the Path to Peace, a mis en lumière cette stratégie
de communication et le rôle néfaste que jouèrent les médias israéliens,
relayés sans discernement par la presse occidentale. Comme l’explique un
des chargés de la communication de Barak à Wolfsfeld, «nous avons réussi
du point de vue des relations publiques à faire que la position israélienne soit
reprise par les médias internationaux, américains et nationaux». Et cette
campagne a permis de convaincre nombre de dirigeants internationaux du
«courage» de Barak et du refus d’Arafat. Il faut aussi reconnaître que les
dirigeants palestiniens restèrent longtemps muets (une nouvelle fois, ils ne
mesuraient pas l’importance de la bataille médiatique) et que les journalistes
israéliens se reposèrent uniquement sur des sources officielles émanant de
l’entourage de Barak.
L’opinion israélienne bascule alors, le déclenchement de la seconde
Intifada confortant sa vision d’un «complot» d’Arafat. Sourde aux
souffrances endurées par la population palestinienne et à ses revendications
nationales, elle interprète ce soulèvement comme la confirmation que
l’Autorité ne veut pas la paix. Le 28 septembre 2000, Ariel Sharon s’impose
de manière provocatrice sur l’esplanade des Mosquées, à Jérusalem; le
lendemain, quelques dizaines de jeunes lancent des pierres, la police
«riposte» et tue 4 personnes; en trois jours, elle abat 30 personnes et fait 500
blessés. Les Palestiniens se révoltent. Ils réclament la fin immédiate de
l’occupation, ni plus ni moins. En à peine plus d’un mois, plus de 200
Palestiniens sont tués, dont plus d’un tiers ont moins de 17 ans. Pour
répondre à cette incroyable brutalité, l’Intifada se militarise à partir du début
de novembre - les attentats-suicides se développeront à partir de février 2001,
après la victoire d’Ariel Sharon aux élections.
Cette Intifada, expliqueront successivement Ehoud Barak et Ariel Sharon,
est téléguidée par Yasser Arafat. C’est lui qui l’a déclenchée, c’est lui qui la
manipule. Ce «récit» convaincra une grande partie de l’opinion israélienne,
mais il relève de la pure propagande, comme on le découvrira au fil des
années. Au début de 2006, Youval Diskin, chef du Shin Beit (les services de
renseignement israéliens), explique que les émeutes dans les territoires
occupés n’avaient pas été préméditées et qu’« aucun plan conçu par Arafat
n’avait été déclenché». Déjà, en juin 2004, le général Amos Malka, chef du
renseignement militaire à l’époque du début de la seconde Intifada, déclarait
que ses services n’avaient pas l’ombre d’une preuve qu’Arafat aurait
déclenché les émeutes. Toutes ces informations, et bien d’autres, ont été
révélées notamment par le journaliste Akiva Eldar, de Haaretz, qui évoque le
«lavage de cerveau» qu’a subi l’opinion israélienne.
Les tentatives successives de bâtir un cessez- le-feu échouent. La
multiplication des factions et des groupes palestiniens échappant à une
autorité centrale ne facilite pas la tâche. Mais les pratiques israéliennes
poussent aussi à l’escalade. Ainsi, le terrible attentat de la pizzeria Sbarro, à
Jérusalem, le 9 août 2001, qui tue 15 Israéliens, est organisé en représailles à
l’assassinat dix jours plus tôt du cheikh Jamal Mansour, un dirigeant du
Hamas de Naplouse. Mansour, tué aux côtés de sept autres personnes, dont
deux enfants, venait pourtant de publier un texte condamnant la pratique des
attentats-suicides de la part de sa propre organisation. Autre exemple : une
trêve a été obtenue le 16 décembre 2001 ; le 14 janvier, le commandement
politique et militaire israélien fait assassiner Raed Karmi, dirigeant militaire
du Fatah à Tulkarem. Comme s’en souvient le Dr Mati Sternberg, à l’époque
conseiller politique du Shin Beit pour les affaires palestiniennes, « une telle
action allait pousser le Fatah a utiliser l’arme des attaques-suicides et à une
compétition avec le Hamas pour savoir qui allait tuer le plus de juifs».
Bien que le gouvernement israélien porte la responsabilité première dans
l’explosion de la violence, la direction palestinienne ne peut être totalement
exonérée du cours fatal pris par les événements. Marquée par les pratiques
autoritaires de Yasser Arafat, agitée par les luttes de clans, elle a fait preuve
d’une mortelle paralysie durant toute la crise. Elle n’a été capable ni de
formuler ses objectifs avec suffisamment de clarté, ni de définir une stratégie
pour la seconde Intifada, ni de répondre aux inquiétudes du peuple israélien.
Elle a même avivé ses craintes par des déclarations intempestives sur le droit
au retour des réfugiés ou par l’expression de doutes sur le caractère sacré du
mont du Temple pour le judaïsme. Convaincu que les États-Unis contrôlent
99 % des cartes de la négociation, Yasser Arafat a négligé un facteur crucial :
aucun accord n’est possible sans le soutien de l’opinion israélienne. Jusqu’à
la dernière minute, l’Autorité sous-estimera les risques d’une victoire d’Ariel
Sharon aux élections du 6 février 2001, persuadée que les États-Unis ne la
permettront pas.
Taba, une solution réaliste

Pourtant, malgré la violence, les négociations entre Israéliens et


Palestiniens se poursuivent entre octobre 2000 et janvier 2001. Et les grandes
lignes d’un accord seront même tracées à Taba, petite station balnéaire
égyptienne. Cette réunion se déroule en janvier 2001, alors que les élections
israéliennes ont été fixées au 6 février et que rien ne peut plus empêcher la
défaite de l’équipe Barak. Les négociateurs israéliens et palestiniens, en
l’absence de représentants américains, mais en présence de l’envoyé spécial
européen pour le Proche-Orient, Miguel Angel Moratinos, avancent de
manière significative sur les principaux dossiers.
Le règlement territorial devra s’effectuer sur la base de la résolution 242
du Conseil de sécurité et autour des lignes du 4 juin 1967. Israël évacuerait
totalement Gaza et annexerait entre 3 et 6 % de la Cisjordanie (comprenant
entre 50 et 80 % des colons). Le principe d’une compensation territoriale
pour les Palestiniens est accepté. Toutes les autres colonies en territoire
palestinien seraient démantelées. Les délais de l’évacuation proposés par
Israël étaient de trois ans (plus trois autres années pour les troupes stationnées
sur le Jourdain) ; les Palestiniens ont accepté un calendrier de dix-huit mois
(plus dix sur le Jourdain).
Jérusalem ne serait pas divisée et deviendrait la capitale de deux États, les
quartiers juifs de Jérusalem-Est étant annexés par Israël. Israël contrôlerait le
mur des Lamentations et les Palestiniens l'esplanade des Mosquées. Les deux
parties ne se sont pas mises d’accord sur la question de la souveraineté sur les
Lieux saints, mais ont étudié la proposition de la confier, pour une période
limitée, aux cinq membres du Conseil de sécurité et au Maroc.
Sur la sécurité, les positions se sont largement rapprochées. Le principe
de stations d’alerte israéliennes sur le Jourdain a été entériné, et les
Palestiniens ont admis une limitation de l’armement du futur État. La
présence d’une force internationale aux frontières a été acceptée.
Enfin, le problème le plus complexe, celui des réfugiés palestiniens, est
abordé. Le document israélien, rédigé par Yossi Beilin, le ministre de la
Justice, reconnaît que «le problème des réfugiés palestiniens est central dans
les relations israélo- palestiniennes. Sa solution globale et juste est essentielle
pour créer une paix durable et moralement irréprochable [...]. L’État d’Israël
exprime solennellement sa tristesse pour la tragédie des réfugiés palestiniens,
leur souffrance et leurs pertes, et sera un partenaire actif pour clore ce terrible
chapitre ouvert il y a cinquante- trois ans». Pour la première fois, Israël
accepte une part de responsabilité dans la naissance du problème des réfugiés
: «Malgré son acceptation de la résolution 181 de l’Assemblée générale des
Nations unies de novembre 1947 [qui recommande le partage de la Palestine
en deux États, l’un juif, l’autre arabe], l’État d’Israël naissant a été entraîné
dans la guerre et l’effusion de sang de 1948-1949, qui ont fait des victimes et
provoqué des souffrances des deux côtés, y compris le déplacement et
l’expropriation de la population civile palestinienne qui est devenue réfugiée.
[...] Un règlement juste du problème des réfugiés palestiniens, en accord avec
la résolution 242 du Conseil de sécurité des Nations unies, doit conduire à la
mise en œuvre de la résolution 194 de l’Assemblée générale des Nations
unies. » À partir de ces principes, des solutions concrètes ont été élaborées.
Cinq possibilités seraient offertes aux réfugiés : le retour dans des territoires
israéliens cédés par Israël à la Palestine; le retour dans l’État palestinien;
l’installation sur leur lieu de résidence (Jordanie, Syrie, etc.); le départ pour
un autre pays (plusieurs États, dont le Canada, ont déjà fait savoir qu’ils
étaient prêts à accepter d’importants contingents de Palestiniens) ; le retour
en Israël. Tout en insistant sur le libre choix des réfugiés, les responsables
palestiniens ont réaffirmé qu’ils ne voulaient pas mettre en cause le caractère
juif de l’État d’Israël - caractère qu’ils ont reconnu lors de la déclaration
d’indépendance de la Palestine adoptée au Conseil national de 1988. Comme
le précise Yossi Sarid, le dirigeant du parti israélien de gauche Meretz,
présent à Taba, la partie palestinienne a admis que «la décision finale pour le
retour de tout réfugié en Israël est dans les mains israéliennes». Israël a
consenti au retour de 40 000 réfugiés sur cinq ans, mais les Palestiniens ont
rétorqué qu’une offre inférieure à 100 000 ne permettait pas d’avancer. Selon
Yasser Abed Rabbo, ministre palestinien de l’Information, la détermination
de ce nombre restait le dernier obstacle pour clore cet épineux dossier.
Les deux parties sont aussi tombées d’accord pour que la priorité soit
accordée aux réfugiés du Liban, qui vivent dans les conditions les plus
épouvantables du fait de la politique discriminatoire du gouvernement de
Beyrouth et qui, de plus, sont originaires de villages de Galilée où demeure
encore une population arabe. Le texte israélien précise même : «L’État
d’Israël reconnaît son devoir moral à l’égard d’une solution rapide de la
condition des populations réfugiées des camps de Sabra et Chatila.» Une
commission et un fonds internationaux seraient rapidement mis en place pour
dédommager les réfugiés.
Certes, il est déjà trop tard - Ehoud Barak a démissionné en décembre
2000 et le sort des élections israéliennes est déjà joué. Pourtant, ce «
compromis de Taba » met en lumière tout d’abord que 1’«offre généreuse»
de Camp David n’était pas si «généreuse» que cela et qu’elle n’était pas,
comme le prétendait Barak, «à prendre ou à laisser». D’autre part, il permet
de dessiner les lignes d’un compromis acceptable par les deux populations,
qui souhaitent échapper à une guerre sans fin. Toutefois, c’est une autre voie
qu’a choisie le gouvernement d’Ariel Sharon, soutenu fermement par la
nouvelle administration américaine de George W. Bush.

Vous aimerez peut-être aussi