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Chapitre 1: Valeurs Propres, Vecteurs Propres, Diagonalisation

Le document traite des valeurs propres, des vecteurs propres et de la diagonalisation dans les espaces vectoriels. Il définit les concepts clés, fournit des exemples et énonce des propositions et théorèmes, notamment le théorème de Cayley-Hamilton et les conditions de diagonalisation d'une matrice. Les propriétés des espaces propres et des polynômes annulateurs sont également abordées.

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Chapitre 1: Valeurs Propres, Vecteurs Propres, Diagonalisation

Le document traite des valeurs propres, des vecteurs propres et de la diagonalisation dans les espaces vectoriels. Il définit les concepts clés, fournit des exemples et énonce des propositions et théorèmes, notamment le théorème de Cayley-Hamilton et les conditions de diagonalisation d'une matrice. Les propriétés des espaces propres et des polynômes annulateurs sont également abordées.

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Chapitre 1: Valeurs propres, vecteurs propres,

diagonalisation
Définition 1. Soit E un R-espace vectoriel. Soit f ∈ M(E) un endomorphisme
de E. Soit λ ∈ R. On dit que λ est une valeur propre de f s’il existe u ∈ E
avec u ̸= 0 tel que
f (u) = λu.
u est appelée vecteur propre associé à λ.
Exemple.
 
0 3 0
M = 1 −2 4 ⇐⇒ f : R3 → R3 , x 7→ M x.
1 1 1
     
1 3 1
u = 1 =⇒ f (u) = 3 = 3 1 = 3u =⇒ λ = 3 est une valeur propre de f.
1 3 1
Définition 2. On appelle espace propre associé à la valeur propre λ et on note

Eλ = {u ∈ E tq f (u) = λu}.

Les vecteurs propres associés à λ sont les vecteurs non nuls de Eλ .

Eλ est un sous-espace vectoriel de E.

f (0) = 0 car f est linéaire


= λ · 0 ⇒ 0 ∈ Eλ .
u, v ∈ Eλ ⇒ u + v ∈ Eλ ?
f (u + v) = f (u) + f (v)
= λu + λv
= λ(u + v) ⇒ u + v ∈ Eλ .
f (µu) = µf (u) = µ(λu)
= λ(µu) ⇒ µu ∈ Eλ .

De plus,
Eλ = {u ∈ E | f (u) − λu = 0} = Ker(f − λ idE ).

• Un vecteur propre n’est jamais nul.


• Si u est un vecteur propre associé à λ, alors u n’est pas unique car tout
vecteur colinéaire à u est aussi vecteur propre associé à la même valeur
propre.

• λ valeur propre ⇒ Eλ ̸= {0}.

1
Exemple. 
  
 x 
E3 = u = y  ; f (u) = 3u
z
 
      
0 3 0 x 3y x
f (u) = 1 −2 4 y  = x − 2y + 4z  = 3 y 
1 1 1 z x+y+z z
 
3y = 3x
 y = x

x − 2y + 4z = 3y ⇒ x − 2x + 4z = 3x ⇒ −x + 4z = 3x ⇒ 4z = 4x ⇒ z = x
 
x + y + z = 3z x + x + x = 3x ⇒ 3x = 3x
 
      
 x  1
E3 = u = x ; x ∈ R = Vect u1 = 1
x 1
 

Propriétés des espaces propres


Proposition 1. Soit d = dim Eλ . Alors d ≥ 1.
Proof. Soit d = dim Eλ ≤ n. Soit (u1 , . . . , ud ) une base de Eλ . Il existe
ud+1 , . . . , un tels que (u1 , . . . , ud , ud+1 , . . . , un ) = B soit une base de Rn . Alors

mat(f, B) = f (u1 ) . . . f (ud ) f (ud+1 ) . . . f (un )
et le polynôme caractéristique s’écrit
Pf (x) = (x − λ)d φ(x).
Ainsi l’ordre de multiplicité de λ est au moins d = dim Eλ .
Soit A ∈ Mn (R).
Définition 3. On dit que A est diagonalisable s’il existe une matrice inversible
P et une matrice diagonale D telles que
A = P DP −1 .
Proposition 2. 1. Si A est diagonalisable dans R, alors la somme des di-
mensions des espaces propres est égale à n.
2. Le spectre de A est inclus dans R.
3. Il existe une base de Rn formée de vecteurs propres de A.
4. Les espaces propres sont supplémentaires dans E:
E = Eλ1 ⊕ Eλ2 ⊕ · · · ⊕ Eλp
P
et dim Eλi = mi avec mi = n.
Exemple. Si PA (x) = (−1)n (x − λ1 )(x − λ2 ) · · · (x − λn ) avec λi distincts, alors
l’ordre de multiplicité de chaque λi est 1, donc dim Eλi = 1 pour tout i. Par
conséquent, A est diagonalisable.

2
Polynôme minimal
Définition 4. Soit f ∈ L(Rn ) et A = mat(f, B). Soit Q = a1 xp + a2 xp−1 +
· · · + ap x + a0 un polynôme. On définit

Q(f ) = a1 f p + a2 f p−1 + · · · + ap f + a0 id

avec f p = f ◦ f ◦ · · · ◦ f (p fois), et

Q(A) = a1 Ap + a2 Ap−1 + · · · + ap A + a0 In .

On a la relation mat(f ◦ g) = mat(f ) × mat(g), donc mat(f 2 ) = mat(f )2 ,


mat(f p ) = Ap , et par suite mat(Q(f )) = Q(A).

Définition 5. On dit que le polynôme Q est un polynôme annulateur de A (ou


de f ) si Q(f ) = 0 (endomorphisme nul) ou Q(A) = 0 (matrice nulle).
Théorème 1 (Cayley-Hamilton). Soit f ∈ L(Rn ). Alors le polynôme car-
actéristique de f est un polynôme annulateur de f .

Exemple.  
0 3 0
A = 1 −2 4
1 1 1
PA (x) = −x3 − x2 + 9x + 9
Par le théorème de Cayley-Hamilton:

−A3 − A2 + 9A + 9I3 = 0 ⇒ A3 + A2 − 9A = 9I3


1 1
⇒ A · (A2 + A − 9I3 ) = I3 ⇒ A−1 = (A2 + A − 9I3 )
9 9
Définition 6. Soit Q ∈ R[x]. On dit que Q est scindé dans R[x] si

Q = c(x − λ1 )k1 · · · (x − λp )kp


P
avec λi ∈ R et ki = deg Q. Si k1 = k2 = · · · = kp = 1, on dit que Q est
scindé à racines simples.

Lemme 1 (Lemme de décomposition des noyaux). Si Q = Q1 Q2 · · · Qs et les


Qi sont premiers entre eux deux à deux, alors

Ker(Q(f )) = Ker(Q1 (f )) ⊕ Ker(Q2 (f )) ⊕ · · · ⊕ Ker(Qs (f )).

Exemple. Soit A ∈ M3 (R) et Q = (X − 1)2 (X + 3) un polynôme annulateur de


A. Alors avec Q1 = (X − 1)2 et Q2 = (X + 3), on a Q1 (A) · Q2 (A) = 0. Par le
lemme des noyaux:

R3 = Ker((A − I3 )2 ) ⊕ Ker(A + 3I3 ).

3
 
2 1 0
Exemple. Soit A = 0 1 −1. Le polynôme caractéristique:
0 2 4
 
2−λ 1 0
PA (λ) = det(A − λI) = det  0 1−λ −1 
0 2 4−λ

= (2 − λ) [(1 − λ)(4 − λ) + 2] = (2 − λ)(λ2 − 5λ + 6) = −(x − 2)2 (x − 3)


Espace propre E3 :
 
x
E3 = {(x, y, z) ∈ R3 | (A − 3I3 ) y  = 0}
z
 
2x + y = 3x
 y = x

y − z = 3y ⇒ y − z = 3y ⇒ −z = 2y ⇒ z = −2y
 
2y + 4z = 3z 2y + 4z = 3z ⇒ 2y + z = 0 ⇒ 2y − 2y = 0
 
  
1
E3 = Vect u1 =  1 
−2
Espace propre E2 :
 
2x + y = 2x
 y = 0

y − z = 2y ⇒ −z = 2y ⇒ z = 0
 
2y + 4z = 2z 2y + 4z = 2z ⇒ 2y + 2z = 0 ⇒ 0 = 0
 

  
1
E2 = Vect u2 = 0
0
Exemple. (suite) dim E2 = 1 ̸= 2 donc A n’est pas diagonalisable. D’autre part,
par Cayley-Hamilton:

PA (A) = 0 ⇒ (A − 2I3 )2 (A − 3I3 ) = 0

Par le lemme des noyaux:

R3 = Ker((f − 2 id)2 ) ⊕ Ker(f − 3 id)

où Ker(f − 3 id) = E3 .


Cherchons un vecteur u3 ∈ N2 = Ker((f − 2 id)2 ):
    
0 1 0 0 1 0 0 −1 −1
(A − 2I3 )2 = 0 −1 −1 0 −1 −1 = 0 −1 −1
0 2 2 0 2 2 0 2 2

4
      
 x  1 0
N2 = y  | −y − z = 0 = {(x, y, −y)} = Vect 0 ,  1 
z 0 −1
 

Les vecteurs u2 et u3 sont non colinéaires. La base B = (u1 , u2 , u3 ) est une base
de R3 car 
mat(f, B) = f (u1 ) f (u2 ) f (u3 )
    
2 1 0 0 1
f (u3 ) = 0 1 −1  1  =  2  = au1 + bu2 + cu3
0 2 4 −1 −2

a + b = 1

a+c=2 ⇒ b = 1, a = 0, c = 2

−2a − c = −2

f (u3 ) = u2 + 2u3

Proposition 3. A est diagonalisable si et seulement si A admet un polynôme


annulateur scindé à racines simples.
Exemple. Soit P un projecteur (P ◦ P = P ). Alors X 2 − X = X(X − 1) est un
polynôme annulateur de P , scindé à racines simples. Donc P est diagonalisable.
Exemple. Soit S une symétrie (S ◦S = id). Alors X 2 −1 = (X −1)(X +1) est un
polynôme annulateur de S, scindé à racines simples. Donc S est diagonalisable.
Proof.
(⇒) Si A est diagonalisable, soit B = (u1 , u2 , . . . , un ) une base formée de
vecteurs propres. Soit Spec(A) = {λ1 , . . . , λp } et soit Q(x) = (x − λ1 )(x −
P2 )n · · · (x − λp ). Alors Q(A) = 0? En effet, Q(f ) = 0: pour tout u ∈ E, u =
λ
i=1 ai ui . Il suffit de montrer que pour tout vecteur propre ui , Q(f )(ui ) = 0.
Soit ui associé à λji . Alors Q(f )(ui ) = (f − λ1 id) · · · (f − λp id)(ui ). Comme
(f − λji id)(ui ) = 0 et que les facteurs commutent, on a Q(f )(ui ) = 0. Donc
Q(f ) = 0.
(⇐) Supposons qu’il existe Q = (x−λ1 )(x−λ2 ) · · · (x−λp ) (avec λi distincts)
annulateur de A, i.e. Q(A) = 0. D’après le lemme des noyaux:
p
M p
M
E = Ker(Q(f )) = Ker(f − λi id) = Eλi .
i=1 i=1

Donc E est somme directe des espaces propres, ce qui équivaut à la diagonalis-
abilité de f .
Exemple. Soit P : R19 → R19 un projecteur ⇒ P ◦ P = P . Alors Q = X 2 − X =
X(X−1) est un polynôme annulateur de P , scindé à racines simples {0, 1}. Donc
P est diagonalisable et Spec(P ) ⊂ {0, 1}.
Premier cas: E0 = {0} ⇒ E1 = R19 . Alors PA (x) = −(x − 1)19 et A =
P DP −1 avec D = I19 . Donc A = I19 .

5
Deuxième cas: E1 = {0} ⇒ E0 = R19 . Alors PA (x) = −x19 et A = P DP −1
avec D = 0. Donc A = 0.
Troisième cas: E0 ̸= {0} et E1 ̸= {0}. Alors 0 et 1 sont valeurs propres,
E0 ⊕ E1 = R19 . Soit dim E0 = 4, alors dim E1 = 15 et PA (x) = −x4 (x − 1)15 .
 
1 1 1 1
Exemple. Soit A = 1 1 1 1 (matrice 3 × 4? La dimension semble in-
1 1 0 1
cohérente). Reprenons l’exemple du fichier original:
 
1 1 1
A = 1 1 1 (matrice 3 × 3 cohérente)
1 1 0
PA (x) = −x2 (x − 3). Alors Q = (x − 3)x est un polynôme annulateur de A
scindé à racines simples {0, 3}. Donc A est diagonalisable.
Exemple.
 
2 1 0
A = 0 2 4 (corrigé pour être cohérent avec le fichier)
0 0 3
PA (x) = −(x − 2)2 (x − 3). Calculons (A − 2I3 )(A − 3I3 ):
   
0 1 0 −1 1 0
A − 2I3 = 0 0 4 , A − 3I3 =  0 −1 4
0 0 1 0 0 0
 
0 −1 4
(A − 2I3 )(A − 3I3 ) = 0 0 0 ̸= 0
0 0 0
Donc (x−2)(x−3) n’est pas annulateur. Par contre (x−2)2 (x−3) l’est (Cayley-
Hamilton). Comme il n’y a pas de polynôme annulateur à racines simples, A
n’est pas diagonalisable.
Définition 7. Soit E un R-espace vectoriel de dimension finie n. Soit f ∈ L(E)
et A = mat(f, B) ∈ Mn (R). On appelle polynôme minimal de f (ou de A)
le polynôme unitaire mf (X) (ou mA (X)) annulateur de f de degré minimal.
Proposition 4. Soit f ∈ L(E). Un polynôme Q est annulateur de f si et seule-
ment si mf (X) divise Q(X). En particulier, le polynôme minimal est unique.
Proof.
(⇐) Si mf (X) | Q(X), alors Q(X) = mf (X)·T (X) et Q(f ) = mf (f )·T (f ) = 0.
(⇒) Si Q(f ) = 0, effectuons la division euclidienne de Q par mf :
Q(X) = mf (X)T (X) + R(X) avec deg R < deg mf .
Alors Q(f ) = mf (f )T (f ) + R(f ) = 0 + R(f ) = R(f ) = 0. Comme R est de
degré strictement inférieur au degré minimal, on a nécessairement R = 0. Donc
mf (X) | Q(X).

6
Proposition 5. L’ensemble des valeurs propres de A est exactement l’ensemble
des racines de son polynôme minimal:

Spec(A) = {λ ∈ R | mA (λ) = 0}.

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