Mathématiques Et Modélisation: To Cite This Version
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Mathématiques et modélisation
B. Maury
2
Avant-propos
Ce document a été réalisé en accompagnement d’un cours d’une cinquantaine d’heures donné
à l’École Normale Supérieure entre 2016 et 2019, aux élèves de première et deuxième année.
Il s’agit d’une première version, écrite au fil des cours, qui présente sans aucun doute de
multiples imperfections ou coquilles, et dont certaines parties sont encore en évolution.
3
Nous avons cherché à regrouper les chapitres de ces notes au regard de leur positionnement
vis à vis de ces quatre points.
La partie II, plus difficile à situer, traite de notions générales en modélisation mathéma-
tique, et d’interprétations de concepts théoriques dans un contexte de modélisation.
La partie IV regroupe des éléments théoriques classiques qui sont utilisés dans le reste de
l’ouvrage (point 4 de l’énumération précédente)
Les chapitres sont conçus autant que possible comme pouvant être abordés indépendam-
ment les uns des autres.
Les modèles particuliers abordés reflètent de façon évidente les activités de recherche passées
et présentes de l’auteur, mais nous espérons que leur étude peut permettre d’acquérir des
connaissances et principes généraux qui pourront être mis en œuvre de façon féconde dans
d’autres contextes.
l’intervention discrète mais décisive du théorème de Hahn-Banach dans l’étude de phénomènes d’évacuation
d’urgence.
4. Différences finies et éléments finis, qui pourraient être complétés dans l’avenir par une section sur les
méthodes de volumes finis.
4
5
Table des matières
I Modèles 12
2.1 Le modèle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
3.1 Le modèle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28
3.2 Stabilité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29
5.2 Transport . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43
5.3 Diffusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 49
6 Fluides 55
6
6.3 Fluides newtoniens . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 60
7 Réseaux résistifs 71
8 Vibrations 88
7
10.5 Le poumon comme arbre résistif . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 108
12 Entropie 126
13 Graphes 131
8
17.9 Complétion de l’espace de Wasserstein discret . . . . . . . . . . . . . . . . . . 160
17.13Exercices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 173
9
21.1 Autour du théorème de Hahn-Banach . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 218
24.10Exercices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 268
10
25 Optimisation sous contrainte 270
11
Première partie
Modèles
1 Propagation d’opinion sur réseau
Ce chapitre, abordé à l’occasion de deux écoles d’été (Mathematical Summer in Paris 2018
& Cemracs 2018, à Marseille) a fait l’objet d’une rédaction de notes de cours auto-contenues,
en anglais,
12
2 Trafic routier ou piéton – micro – 1d – ordre 1 en temps
2.1 Le modèle
Le modèle dit Follow the Leader 5 est basé sur les principes suivants : on considère n + 1
véhicules se déplaçant sur une route rectiligne (ou piétons se déplaçant sur une même file),
et l’on repère leurs positions respectives au temps t par
x1 (t) < x2 (t) < · · · < xn+1 (t). (2.1)
13
Proposition 2.3. On se donne des positions initiales vérifiant la relation d’ordre (2.1). On
suppose que la vitesse V (t) de l’entité de tête (n + 1) est une fonction continue du temps,
donnée, à valeur dans [0, U ]. On se donne une fonction de comportement ϕ Lipshitzienne nulle
en 0 (prolongée par 0 en deça), et prenant ses valeurs dans l’intervalle [0, U ]. Le système (2.2)
admet une unique solution maximale, qui est globale.
Démonstration. On prolonge ϕ par 0 sur ] − ∞, 0]. L’application ainsi construite est Lip-
chitzienne. On peut appliquer le théorème de Cauchy-Lipschitz 23.9 sur [0, +∞[×Rn , ce qui
assure l’existence et l’unicité d’une solution maximale. Cette solution est globale car la vitesse
est bornée (donc a fortiori sous-linéaire à l’infini)(proposition 23.12).
Proposition 2.4. On se place dans les hypothèses de la proposition précédente. Les distances
restent strictement positives.
d’où wn ≥ wn (0)e−Lt . On procède de même avec wn−1 = xn − xn−1 , puis wn−2 , etc . . .
Remarque 2.5. Le caractère Lipschtiz de ϕ est essentiel pour éviter les accidents. Prenons
par exemple une fonction ϕ qui se comporte comme wα au voisinage de 0, avec α ∈]0, 1[. On
considère que le véhicule de tête est arrêté en a ∈ R. L’équation s’écrit
ce qui conduit à
1/1−α
x(t) = a − (a − x(0))1−α − (1 − α)t .
On a alors “accident”, c’est à dire annulation des distances (x = a) en temps fini. Noter
que le théorème de Cauchy Lipschitz ne s’applique ici que sur l’ouvert en espace ]0, +∞[, la
solution maximale n’est alors pas globale.
Remarque 2.6. Dans l’exemple de la remarque précédente, il est clair que la fonction pro-
longée par a au delà de l’accident est solution globale de l’équation. On peut en fait vérifier
que c’est bien l’unique solution globale, à l’aide d’outils qui dépassent le cadre du théorème
de Cauchy-Lipchitz. L’équation s’écrit en effet
d 1
ẋ = − (a − x)α+1 = −Ψ′ ,
dx 1+α
14
où Ψ peut être définie sur R tout entier (identiquement nulle sur [a, +∞[). La fonction ainsi
définie est une fonction convexe, le problème prend donc la forme d’un flot gradient associé
à une fonction convexe et, du fait du caractère monotone 6 de Φ′ , on peut montrer que l’on
a une solution unique globale (théorème 22.57, page 241). On notera que, si l’on suppose
α ≥ 1, la fonction est alors localement Lipschitzienne, et le point fixe a est asymptotiquement
stable
x = a + ((1 − α)t)1/1−α .
Remarque 2.7. Les exemples précédents illustrent une théorie très générale sur les équa-
tions d’évolution. Lorsque l’opérateur décrivant l’évolution possède de bonnes propriétés de
monotonie, on peut même faire l’économie de l’hypothèse de continuité vis-à-vis de la va-
riable d’espace, tout en conservant l’existence et l’unicité d’une solution. Considérons le cas
extrême obtenu formellement en faisant tendre ws vers 0 dans l’expression (2.3) (imprudence
extrême). Pour le cas considéré précédemment d’une entité unique derrière une autre au
repos, le problème peut s’écrire
{U } si x<0
dx
∈ [0, U ] , si x=0
dt
{0} si x>0
Ce problème rentre dans le cadre de la théorie des opérateurs maximaux monotones (voir
section 22.7 pour une définition précise de cette notion). L’équation prend la forme suivante
dx
+ f (x) ∋ 0,
dt
où f est (l’opposé de) l’opérateur multivalué défini précédemment, qui peut se définir comme
le sous-différentiel (voir définition 22.55, page 240) de U fois la fonction partie négative
(Ψ(x) = x− = (|x| − x)/2). Il s’agit d’un flot gradient associé à une fonctionnelle convexe,
pour lequel on peut montrer existence et unicité d’une solution, malgré le caractère non lisse
de l’opérateur d’évolution.
Supposons que le véhicule de tête en xn+1 se maintient à une vitesse constante Veq < U .
On vérifie immédiatement que si tous les véhicules sont à distance weq du précédent, avec
6. Monotone est à entendre ici au sens croissant, on se reportera à la section 22.7 pour une description
générale de cette notion.
15
Veq = ϕ(weq ), autrement dit
Veq
weq = −ws ln 1 − ,
U
ils vont tous à la vitesse Veq du véhicule de tête. On peut se demander ce qui va se passer en
cas de perturbation, par exemple si le véhicule de tête freine brusquement, puis reprend sa
vitesse de croisière Veq .
wi = xi+1 − xi , i = 1, . . . n.
On a donc une unique valeur propre −ϕ′ (weq ) < 0, donc stabilité asymptotique avec un temps
caractéristique de retour à l’équilibre 7 égal à 1/ϕ′ (weq ).
Remarque 2.9. On notera (cette remarque dépasse largement le cas de ce modèle particulier)
le lien entre le “support” de la matrice du gradient (ensemble des positions des éléments
non nuls), et la matrice d’adjacence M du graphe d’influence défini dans la remarque 2.2.
Plus précisément, si l’on rajoute explicitement dans la définition du graphe qu’un sommet
pointe sur lui-même (la vitesse d’un individu dépend aussi de sa propre position), et avec
le choix fait de créer l’arête (i, j) lorsque j influence i, le support de ∇F est exactement le
support de M T . Le fait que le graphe soit acyclique (en dehors des boucles) est exprimé par
le caractère triangulaire supérieur de la matrice du gradient (sans qu’il soit même nécessaire,
ici, d’effectuer une renumérotation). On notera en particulier que, dans un tel cas (graphe
acyclique), toutes les valeurs propres sont réelles. Par ailleurs, si les éléments diagonaux
sont identiques, la matrice n’est pas diagonalisable, sauf dans le cas trivial de n équations
indépendantes. De façon plus générale, dès que certaines valeurs propres sont dégénérées, on
aura un bloc de Jordan non réductible. Comme on le verra, en termes de système dynamique,
cette situation correspond à une propagation de l’information à partir du véritable mode propre
vers les modes dégradés du sous-espace stable.
7. Nous verrons que dans le cas présent d’un gradient non diagonalisable, le temps effectif caractéristique
de retour à l’équilibre peut être significativement plus grand que 1/ϕ′ (ue ), ou plus précisément que le temps
de retour effectif à l’équilibre n’est pas uniforme vis-à-vis du nombre n de véhicules, alors que 1/ϕ′ (weq ) n’en
dépend pas.
16
v
wm ws
Les wi étant définis en des points distants de weq , on peut interpréter le dernier quotient
comme une dérivée en espace d’une fonction w(x), pour laquelle obtient ainsi formellement
l’équation
∂h ∂h
− weq ϕ′ (weq ) = 0.
∂t ∂x
Il s’agit d’une équation de transport à la célérité c = −ue ϕ′ (ue ). On a donc une remontée à
vitesse constante vers l’arrière du train. Cette vitesse est estimée dans le référentiel qui avance
à la vitesse ϕ(weq ). On aura effectivement propagation vers l’arrière 8 (pour l’observateur
extérieur) si
ϕ(weq )
weq ϕ′ (weq ) > ϕ(weq ) ⇐⇒ ϕ′ (weq ) > .
weq
8. Dans le cas du trafic routier, si l’on est dans cette situation, toute perturbation est susceptible de se
propager vers l’arrière et de créer potentiellement un bouchon.
17
u
ϕ(weq )
weq ϕ′ (weq )
weq w
Dans le cas où l’on a négligé la taille des entités, la fonction ϕ est nulle en 0. Si on la suppose
concave (par exemple ϕ donné par (2.3)), toute corde intersecte la courbe en un point unique,
ϕ(w )
et la pente de la courbe est inférieure à la pente de la corde, i.e. ϕ′ (weq ) < weqeq . Dans ce cas
l’information n eva pas suffisamment vite pour remonter le courant. Si la taille des entités est
prise en compte en revanche (voir figure 2.1, avec wm > 0), on a deux régimes possibles pour
une même pente de corde, i.e. pour un même flux (le flux d’entités par unité de temps est
ϕ(weq )/weq ). Le premier est dense à faible vitesse (régime fluvial), et l’autre dilué à grande
vitesse (régime torrentiel). On a de façon évidente propagation de l’information vers l’arrière
pour le cas dense. Dans le cas dilué, pour un même flux, la vitesse de propagation est inférieure
à la vitesse des véhicules, de sorte qu’une perturbation suit le sens du mouvement pour un
observateur extérieur.
Noter également que la vitesse apparente (dans le référentiel fixe) de propagation des
perturbations peut être représentée graphiquement (voir figure 2.2) : elle correspond à l’in-
tersection entre la tangent à la courbe au point d’équilibre weq avec l’axe vertical des vitesses.
La figure represente une situation où cette vitesse est positive, mais elle peut être négative
(point d’intersection sous l’axe des x) pour des valeurs plus petites de weq , lorsque la courbe de
comportement, concave sur son support, présente un plateau à 0 pour des distances petites.|
Analyse spectrale Cette propagation vers l’amont décrite informellement ci-dessus peut-
être étayée par une étude plus approfondie du système tangent au voisinage du point d’équi-
libre :
d˙ = M d,
où M est la matrice du gradient de F au point d’équilibre
18
La solution du problème ci-dessus s’écrit
w(t) = etM w0 ,
M = β (− Id +N )
Montrons que la forme particulière de cette matrice rend compte d’une propagation des
perturbations vers les index de vehicules décroissants. On considère pour cela une perturbation
du véhicule de tête, qui induit une perturbation du véhicule immédiatement derrière celui-
ci. Cette perturbation est donc colinéaire à u0 = en , où ei est le i−ème vecteur de la base
canonique de Rn . On a
(βt)n−k −βt
e , k = 1, . . . , n.
(n − k)!
Dans les premiers instants, cette fonction va avoir un maximum glissant qui correspond au
véhicule couramment affecté par la perturbation. On peut par exemple calculer pour quel
temps deux véhicules successifs sont affectés de la même manière :
19
Question 2.1. Montrer que (le maximum
√ de) l’intensité de la perturbation ressentie par l’entité
n − k varie pour k grand comme 1/ 2πk.
Exercice 2.2. Montrer que la prise en compte de la taille des véhicules (en considérant que la
fonction ϕ est nulle en dessous d’une longueur minimale ws , et concave sur [ws , +∞[) permet
de mettre en évidence la possibilité que des ondes d’information remontent le courant vers
l’amont plus vite que la vitesse des véhicules-mêmes.
Remarque 2.10. Pour appréhender ce qui se passe lorsque le nombre de véhicules est im-
portant, on considère une file de véhicule infinie dans une direction : une infinité de véhicule
suit un véhicule de tête dont la vitesse est fixée. La perturbation au temps t correspond à la
loi de Poisson de paramètre βt :
(βt)k
p(t) = (pk (t))k∈N , pk = e−βt
k!
On a donc kp(t)k1 = 1 : la “masse” totale de la perturbation reste constante, on n’a donc pas,
pour cette norme, stabilité asymptotique.
Reprenons la situation d’un véhicule de tête avançant à la vitesse Veq = ϕ(ue ). L’état
d’équilibre (en distances) correspond à des véhicules équirépartis espacés de ue . Le fait que
les valeurs propres du gradient soient strictement négatives assure la stabilité asymptotique de
cet équilibre, c’est à dire que, pour une perturbation suffisamment petite de l’état d’équilibre,
on a retour exponentiel à l’équilibre. Mais cette stabilité est locale, et l’on peut se demander si,
partant d’un état initial quelconque, on aura convergence vers l’équilibre. C’est effectivement
le cas, comme le précise la proposition suivante.
Proposition 2.11. On considère le modèle (2.2), où ϕ est une fonction C 1 qui croı̂t stricte-
ment de 0 à la valeur limite U > 0. On suppose que la vitesse de l’entité n + 1 est constante
égale à Veq = ϕ(weq ), avec weq > 0. La solution globale converge alors vers l’état d’équilibre,
au sens où toutes les distances ui convergent vers weq .
Démonstration. On peut en fait montrer une propriété un peu plus générale, qui nous per-
mettra de montrer la propriété annoncée par récurrence. On suppose que le véhicule de tête
avance à la vitesse V (t) qui converge vers Veq quand t tends vers +∞. On a
20
2ε bε
aε
−2ε
avec ε(t) → 0 quand t → +∞. Pour tout ε > 0, il existe un temps Tε tel que |ε(t)| < ε pour
tout temps t > Tε . Au delà de Tε , f (u, t) est inférieur ou égal à Veq − ϕ(bε ) + 2ε < 0 pour tout
u ≥ bε (voir figure 2.3). De la même manière, on a une vitesse positive minorée à gauche de
aε . La trajectoire est donc nécessairement dans l’intervalle ]aε , bε [ pour un temps assez grand.
Quand ε tend vers 0, aε et bε tendent donc vers ue du fait de la stricte croissance de ϕ, et
l’on vient de démontrer que la trajectoire était, au delà d’un certain temps, dans l’intervalle
]aε , bε [. On a donc montré que un tendait vers ue quand t tend vers +∞. On en déduit que ẋn
tend vers Veq , on l’on peut démontrer exactement de la même manière que un−1 , puis un−2 ,
etc ..., tendent vers ue .
On notera que l’on a utilisé de façon essentielle la stricte croissance de ϕ. Il est évident
que cet effet attractif du point d’équilibre sera très faible dans le cas de grandes distances
(qui correspondent à une zone où ϕ est presque constante), voire inexistant si l’on considère
(ce qui est pertinent en termes de modélisation, que ϕ est constante au delà d’une certaine
distance.
Question 2.3. Que se passe-t-il si le véhicule de tête se déplace à la vitesse maximale U ?
On se place dans un cadre périodique : route de type périphérique sans entrée ni sortie,
ou couloir circulaire, représenté par un domaine périodique de longueur L. Le véhicule n voit
le véhicule 1, et les équations s’écrivent simplement
21
Remarque 2.12. Comme dans le cas linéaire, on peut définir un graphe orienté (V, A)
(voir définition 13.1, page 131), avec V = {1, 2, . . . , n}, et la règle (i, j) ∈ A si et seule-
ment si le comportement de i est directement influencé par le comportement de j : A =
{(1, 2) , . . . , (n − 1, n) , (n, 1)}. Ce graphe contient de façon évidente un cycle 9 .
où C est une matrice circulante, matrice de permutation particulière qui réalise le shift à
droite périodique. Cette dernière vérifie C n = Id et la famille (C k )0≤k≤n−1 est libre, son
polynôme caractéristique est donc X n − 1, et ses valeurs propres sont ainsi les racines n-ièmes
de l’unité. Les valeurs propres de Aper sont donc
2ikπ
µk = −1 + exp , k = 0, . . . , n − 1. (2.5)
n
Toutes les valeurs propres sont donc de partie réelle ≤ 0, ce qui suggère une certaine stabilité
du système. Mais pour k = 0, on trouve µ0 = 0, de telle sorte qu’il est a priori impossible
de trancher quant à la stabilité de la solution. On peut néanmoins établir cette stabilité en
remarquant que l’espace propre associé est Re, où e est le vecteur dont tous les éléments sont
égaux à 1. Or, du fait que, par construction, la somme des ui est constante (égale à la longueur
L), les perturbations admissibles sont de moyenne nulle, et donc orthogonale à e. On vérifie
immédiatement que e⊥ est stable par Aper , on peut donc se ramener à une étude spectrale
sur e⊥ , dans lequel toutes les valeurs propres ont une partie réelle strictement négative 10 .
9. Ce cyle est le plus petit, et il est unique au sens suivant : les autres cycles ne sont que des duplications
de ce cycle simple (on peut “tourner” un nombre quelconque de fois).
10. On peut se ramener à une démarche
Pn−1 plus habituelle en éliminant une variable redondante,Pn−1dans les ui , par
exemple en écrivant que un = L− i=1 ui . La dernière équation s’écrit alors un−1 = ϕ(L− i=1 ui )−ϕ(un−1 ),
et le gradient s’écrit
−1 1 0 · 0
0 −1 1 · ·
∇F (ueq ) = ϕ′ (ue ) ·
· · · 0
· · · −1 1
−1 −1 · −1 −1
Le polynôme caractéristique Pn−1 de cette matrice vérifie (en développant par rapport à la première colonne)
Pn−1 = −λPn−2 + (−1)n , d’où
Pn−1 = (−1)n+1 1 + λ + · · · + λn−1 .
Les valeurs propres sont donc bien les racines n-ièmes non triviales de l’unité.
22
Temps caractéristique de relaxation. La partie réelle de plus petit module est ϕ′ (ue )(1 −
cos (2π/n)), qui est proche de ϕ′ (ue )2π 2 /n2 , ce qui donne un temps caractéristique de
1 n2
τ= .
2π 2 ϕ′ (ue )
Cette relaxation se produit selon un vecteur propre de basse fréquence en espace.
Corollaire 2.14. Dans le cas où la fonction ϕ est nulle sur [0, ℓ], puis strictement croissante,
sur [ℓ, +∞[, on a de même unicité d’un point d’équilibre, qui correspond à un mouvement
effectif des véhicules si L est suffisamment grand (plus précisément si L > nℓ), sinon à un
paquet d’entités immobilisées. Si ϕ n’est pas strictement croissante, on n’a pas forcément
unicité du point d’équilibre. En particulier, si l’on suppose (ce qui est raisonnable) que ϕ est
plate au delà d’une certaine valeur u+ de la distance (correspondant à la visibilité), on peut
avoir de multiples points d’équilibre dès que L > nu+ .
où ϕ est une fonction croissante. On note wi = xi+1 − xi , et l’on considère une solution du
système (2.4). Pour toute fonction g continûment différentiable et convexe, la quantité
X
S(w(t)) = g(wi )
i
est décroissante.
On a donc
!
d X X X
g(wi ) = g′ (wi )ẇi = g′ (wi ) (ϕ(wi+1 ) − ϕ(wi ))
dt i i i
X
= ϕ(wi ) g (wi−1 ) − g′ (wi ) .
′
où ϕ ◦ (g′ )−1 est une fonction croissante, qui s’écrit donc comme la dérivée d’une fonction
convexe : ϕ ◦ (g′ )−1 (y) = ψ ′ (y). Comme ψ est convexe, on a
23
de telle sorte que !
d X X
g(ui ) ≤ (ψ(yi−1 ) − ψ(yi )) = 0.
dt i i
Si g n’est pas strictement convexe, on applique la démarche à g(u) + εu2 , et on fait tendre ε
vers 0.
Dans le cas où ϕ est strictement croissante et g strictement convexe, au moins l’une des
inégalités ci-dessus est stricte, sauf danqs le cas où toutes le distances sont les mêmes.
Remarque 2.16. Dans le cas d’une route de longueur 1, on peut interpréter u = (ui ) comme
une mesure de probabilité sur un ensemble à N éléments. Prenant g(x) = x log x dans ce qui
précède, on a alors décroissance de l’entropie (selon la définition 12.1, page 126)
X
S(u) = ui log ui .
i
Remarque 2.17. Considérons le cas d’un g strictement convexe (par exemple g(u) = u log u).
Si la fonction ϕ est strictement croissante sur l’intervalle de valeurs couvert par les ui , alors
la décroissance de l’entropie est stricte, tant que l’on n’a pas l’état stationnaire u1 = u2 =
· · · = uN = L/N . On converge alors nécéssairement vers l’unique état stationnaire. Si en
revanche ϕ n’est pas strictement croissante, la propriété de convergence peut être invalidée
(l’état équi-réparti n’est pas asymptotiquement stable). C’est le cas par exemple si, au delà
d’une certaine distance, l’entité va à la vitesse maximale, de telle sorte que la fonction ϕ est
constante au delà d’une certaine valeur. Si la route circulaire est assez grande, on peut avoir
une distribution non régulière d’entités progressant toutes à la vitesse maximale. D’un point
de vue macroscopique, cette situation correspond à une onde progressive que l’on observe en
effet lorsque la fonction flux (ici la densité multipliée par la vitesse) est affine sur certaines
plages de densité.
Corollaire 2.18. Dans le cas où la fonction ϕ est nulle sur [0, ℓ], puis strictement croissante,
sur [ℓ, +∞[, on a la propriété suivante : si les valeurs initiales des distances sont > ℓ, alors
la solution est telle que les ui sont minorés par ℓ + η, avec η > 0.
Démonstration. On peut choisir g(u) = 1/(u−ℓ), qui est convexe pour u > ℓ. La décroissance
de l’entropie exclut que l’un des u puisse tendre vers ℓ. Plus précisément, on a
X X
g(ui ) ≤ S0 = g(u0i ),
24
La matrice est diagonalisable, d’éléments propres
′ 2ikπ 2ikπm
µk = ϕ (ue ) −1 + exp , wk = exp .
n n m
où m indexe les n entités impliquées. Cette expression correspond donc à une propagation
(sur la suite des indices) à vitesse constante ck . On retrouve pour k/n petit (grandes longueurs
d’onde, les plus lentes à relaxer vers 0) une célérité de l’ordre de −ϕ′ (ue ) (en s−1 , ou entités
par seconde), ou, si l’on prend en compte le fait que les entités sont séparées de ue , d’une
vitesse effective de −ue ϕ′ (ue ) (en ms−1 ). On notera la mise en évidence d’un phénomène de
dispersion : la vitesse de propagation des ondes dépend de leur fréquence. Par exemple pour
la haute fréquence qui jouera un rôle clé pour le modèle d’ordre 2 en temps, qui correspond
à k = n/6, on a une vitesse de propagation légèrement inférieure (facteur 3/π sin(π/3)).
Individus de profils différents Il est peu réaliste de considérer que tous les individus ont
le même comportement. Si l’on reprend le modèle initial sur route rectiligne, avec un véhicule
de tête qui va à vitesse constante veq = ϕn+1 (weq ), et que l’on se donne des courbes de
comportement ϕi toutes strictement croissantes (pour w ≥ wm ), on aura existence et unicité
d’un point d’équilibre en distances dès que la vitesse de tête est atteignable par chacun des
suivants, i.e.
ve < max ϕi (w) ∀i.
w
On écrit wei la distance qui réalise ve = ϕi (weq i ). Le vecteur w1 , . . ., wn est alors point
eq eq
d’équilibre. L’étude de stabilité de ce point d’équilibre conduit à une matrice du type
−β1 β2 0 · 0
0 −β2 β3 · ·
, βi = ϕ′i (weq
i
∇F = · · · · 0 ) i = 1, . . . , n. (2.6)
· · · −βn−1 βn
0 · · 0 −βn
La situation est assez troublante, car, si l’on peut espérer que le phénomène de propagation de
l’information vers l’amont soit préservé pour ce système perturbé, la structure du problème
est complètement différente. Les βi n’ont aucune raison d’être identiques, on peut considérer
que, même s’ils peuvent être voisins, ils sont génériquement 11 différents deux à deux. Mais
25
alors la matrice est diagonalisable, et l’étude du comportement de la solution du système
linéarisé etA wpert , est complètement différente. Cette étude est à mener avec précaution, car
les matrices diagonalisables de ce type ne sont pas loin d’une matrice qui ne l’est pas, ce qui
peut conduire à un comportement singulier. Pour s’en convaincre, considérons la famille de
matrices Aε associées à
β ε = (β1ε , . . . , βnε ),
où les βiε tendent tous vers le même β limite, que l’on prendra égal à 1 pour simplifier. On
vérifie immédiatement que les vecteurs propres uεi normalisés associés convergent (à sous suite
extraite près) vers un vecteur propre de la matrice A = − Id +N , qui n’a qu’une droite propre
(selon le premier vecteur de base). Tous les vecteurs propres tendent donc à avoir la même
direction. La diagonalisation effective d’une telle matrice (pour ε petit mais non nul) risque
d’être extrêmement instable, on peut par exemple s’attendre à ce que la plupart des méthodes
numériques d’estimation de valeurs propres ne fonctionnent pas. On peut se convaincre de
la difficulté du problème, tout en vérifiant que l’on aura bien propagation vers l’amont, en
considérant le cas de 2 entités libres (donc de deux distances, i.e. 3 entités, celle de tête ayant
une vitesse imposée). On définit
!
−1 1 + ε
A= .
0 −1 − ε
Cette matrice est évidemment diagonalisable pour ε 6= 0, avec une matrice de passage
1 1+ε
P = ε .
0 −
1+ε
Si l’on considère maintenant la solution du problème d’évolution linéaire, avec une perturba-
tion sur la distance de tête, on obtient (on n’indique pas la dépendance de P vis à vis de ε
pour alléger les notations)
! ! ! !
tAε 0 −1 tAε −1 0 1+ε e−t −t
1+ε
ε (1 − e
−tε)
e = PP e PP = P =e ,
1 1 ε e−t(1+ε) e−tε
et l’on retrouve bien par développement limité une évolution de la seconde distance (première
composante) en te−t (au premier ordre en ε), comme pour la matrice limite non diagonalisable.
Noter que l’on est passé par l’intermédiaire de matrices très mal conditionnées 12 : dans une
situation où les calculs ne pourraient pas être faits analytiquement, il serait périlleux de suivre
cette démarche en cherchant à diagonaliser de façon approchée les matrices de type de celle
définie par (2.6), pour des βi proches les uns des autres.
On peut se convaincre que le modèle possède une certaine stabilité structurelle au voisinage
du point considéré (toutes les entités ont le même comportement) sans utiliser le caractère
génériquement diagonalisable de la matrice du gradient. On considère pour cela le système
linéaire
dw
= (A + εB) w,
dt
11. Cette notion de généricité est très utilisée oralement, elle est à manier avec précaution. Elle signifie ici
en substance que, au voisinage d’une situation considérée, l’ensemble des cas pour lesquels la propriété (dite
générique) n’est pas vérifiée est de mesure nulle.
12. Voir section 15, page 138 : les matrices sont de norme contrôlée mais, du fait que les vecteurs propres
sont quasiment colinéaires, leurs inverses ont une norme qui tend vers +∞ quand les βi tendent à se confondre.
26
avec
−1 1 0 · 0 −b1 b2 0 · 0
0 −1 1 · ·
0 −b2 b3 · ·
A + εB = · · · · 0 +ε · · · · 0
· · · −1 1 · · · −bn−1 bn
0 · · 0 −1 0 · · 0 −bn
où B est la matrice qui représentent les écarts à l’uniformité en termes de comportement
des conducteurs. Les bi n’ayant pas de raison d’être identiques, la matrice A + εB est en
général diagonalisable (les valeurs propres sont distinctes), mais de façon très instable comme
le suggère le développement précédent. Notons u0 la solution du problème de référence ẇ0 =
Aw0 . Cherchons alors la solution du système perturbé sous la forme ẇε = w0 + εw1 . On
obtient alors l’équation sur u1 :
qui converge bien vers une solution bornée lorsque ε tend vers 0, ce qui assure que le com-
portement effectif du système correspond bien à celui associé à la matrice de Jordan, avec un
terme correctif Z t
w1 (t) = e−(t−s)A Bw0 (s) ds,
0
qui traduit les effets dus aux disparités entre conducteurs (disparités supposées légères).
27
3 Trafic routier ou piéton – micro – 1d – ordre 2 en temps
3.1 Le modèle
On s’intéresse ici à un modèle de trafic routier (ou piéton) microscopique (les entités sont
suivies individuellement) d’ordre 2 en temps. On note xi = xi (t) la position de la i-ème entité
au temps t, qui évolue sur R (on considérera par la suite le cas périodique). Le modèle s’écrit
1
ẍi = (ϕ(xi+1 − xi ) − ẋi ), (3.1)
τ
où τ est un temps caractéristique d’accession à une vitesse souhaitée. Pour des voitures,
τ représente le temps caractéristique mis par le conducteur pour accéder à la vitesse qu’il
souhaite. Ce temps peut dépendre du type de véhicule, du comportement du conducteur,
on pourrait même considérer (au prix néanmoins d’un changement profond sur la nature du
modèle) qu’il dépend du signe de ϕ(xi+1 − xi ) − ẋi (on peut avoir une voiture au moteur
poussif, mais qui possède de bons freins). Nous supposerons que ce temps τ est constant. La
fonction u 7→ ϕ(u) représente la vitesse que souhaite avoir un véhicule à la distance u du
véhicule qui le précède. Si l’on ne prend pas en compte la taille des véhicules, on choisira une
fonction croissante qui s’annule en 0, qui tend vers une valeur limite U quand u tend vers
+∞. Un exemple d’une telle fonction est
où us représente l’ordre de grandeur de la distance considérée par le conducteur comme étant
de sécurité (pour une vitesse égale à 1−1/e ≈ 0.6 fois la vitesse maximale. Pour un conducteur
agressif peu scrupuleux des distances de sécurité, us sera donc petit. Nous supposerons pour
simplifier les conducteurs tous identiques, ce qui conduit bien au modèle (3.1), avec une
fonction ϕ qui ne dépend pas de i.
28
Solutions globales et accidents
3.2 Stabilité
Pour étudier la stabilité de cette situation, on travaille sur les variables de distance wi =
xi+1 − xi . Le modèle s’écrit pour cette nouvelle variable
1
ẅi = (ϕ(wi+1 ) − ϕ(wi ) − ẇi ), (3.6)
τ
pour lequel le vecteur (weq , weq , . . . , weq ) est point fixe. On peut écrire ce modèle (ẇ, v̇) =
Ψ(w, v), avec v = ẇ.
ẇi = vi
1 (3.7)
v̇i = (ϕ(wi+1 ) − ϕ(wi ) − vi )
τ
29
La stabilité du point d’équilibre est conditionnée par les propriétés de la matrice
−1 1 0 · 0
0 Id
0 −1 1 · ·
∇Ψ|y=yf = 1 1 , avec Aper = · · · · 0 (3.8)
ϕ′ (ue )Aper − Id
0 · · −1 1
τ τ
1 0 · 0 −1
La matrice Aper est somme de − Id et d’une matrice circulante C. Cette dernière vérifie
C n = Id, son polynôme caractéristique est donc X n − 1, et ses valeurs propres sont ainsi les
racines n-ièmes de l’unité. Les valeurs propres de Aper sont donc
2ikπ
µk = −1 + exp , k = 1, . . . , n.
n
le problème aux valeurs propres pour la matrice globale s’écrit donc
ϕ′ (weq ) 1 λ ϕ′ (ue )
v = λw , Aw − v = λv =⇒ λ2 + − A w=0
τ τ τ τ
Pour tout couple propre uk , µk = −1 + exp 2ikπ n de Aper , on aura donc deux valeurs
propres pour la matrice globale, qui sont les racines de
λ ϕ′ (ue )
λ2 + − µk = 0,
τ τ
c’est à dire s !
1 2ikπ
λ±
k = −1 ± 1 − 4ϕ′ (ue )τ 1 − exp (3.9)
2τ N
Notons α = 4ϕ′ (ue )τ . Le lieu des λ±
k est donc l’ensemble image du cercle unité par la trans-
formation (bivaluée) dans le plan complexe
q
z 7−→ −1 ± 1 − α(1 − z) /2τ .
Le point essentiel est de déterminer si les valeurs propres sont toutes de parties réelles posi-
tives. On se ramène donc à la question suivante : la racine carrée du cercle centré (sur l’axe
réel) en 1 − α et de rayon α appartient-elle au demi-espace Re(z) ≤ 1 ?
Lemme 3.1. La racine carrée du cercle centré (sur l’axe réel) en 1−α et de rayon α intersecte
le demi espace Re(z) > 1 si et seulement si α > 2.
30
T Re(z) = 1
τ
2
τ2 T
x+ + y2 =
η η2
Zone de stabilité x2 − y 2 = 1
x + y2 = 0
z2 − 1
T : z 7−→
4
τ
2
τ2
2 2
x −y −1+4 + 4x2 y 2 = 16
η η2
On peut essayer de se faire une idée plus précise du lieu des valeurs propres : l’ensemble
que l’on cherche à décrire est l’ensemble des x̄ + iȳ tels que
x̄2 − ȳ 2 = x , 2x̄ȳ = y
31
2,5 2,5
0 0
-2,5 -2,5
-5
-2,5
2,5
-5
-2,5
2,5
5
Figure 3.2 – Cercles (gauche) et quartiques associées (droite), pour α = 0.3 , 0.5 , 1 , 2 , 6.
La dérivée de Ψ par à X, qui est 2(X + Y − 1 + α) est non nulle en (1, 0). On peut donc
d’après le théorème des fonctions implicites, exprimer X fonction de Y au voisinage de ce
point, et estimer la dérivée de cette courbe
dX ∂Y Ψ α−2
=− = ,
dY |(1,0) ∂X Ψ |(1,0) α
qui est > 0 (ie. les abscisses dépassent strictement 1) dès que α > 2.
Remarque 3.2. Pour α entre 0 et 2, le lieu des valeurs propres est une quartique dans la
bande x ∈ [−1, 1], tangente en 1 à la droite y = 1. Noter que, bien que le comportement soit
stable, on a des valeurs propres de partie réelle certes négative mais petite en valeur absolue.
Ces valeurs propres correspondent à des racines n−èmes proches de 1, donc des modes de très
basses fréquences (oscillations en espace dont la période est le l’ordre de la longueur totale
du chemin).
Remarque 3.3. Pour α = 1/2, le lieu des valeurs propres est une lemniscate de Bernoulli
(voir figure 3.2), qui correspond à la transition vers la connexité du lieu des valeurs propres.
Pour α = 1, la quartique est le cercle unité (en fait deux copies du cercle unité confondues).
Pour la valeur critique α = 2 on a une forme de stade allongée verticalement, avec une
courbure nulle en 1 ; pour α > 2, la courbe délimite un ensemble qui n’est plus convexe.
32
Pour estimer l’angle correspondant au mode le plus instable, on se ramène à la variable
correspondant au cercle centré en 1 − α, de rayon α, c’est à dire x = x̄2 − ȳ 2 = X − Y .
L’abscisse, relativement au centre 1 − α du cercle, du rayon vecteur correspondant au mode
le plus instable est donc
x − 1 + α = X − Y − 1 + α = 2X.
Comme ce rayon vecteur est le norme α, l’angle s’écrit
2X α
θ = arccos = arccos .
α 2(α − 1)
Pour α grand, on tend donc vers un angle de π/3, ce qui correspond à la n/6-ième racine
n-ième de l’unité (on suppose n divisible par 6, sinon le mode le plus instable est le plus
proche de celui-là). Le vecteur propre de la matrice Aper associé à la k-ième racine est
uk = e2iπkℓ/n ,
ℓ
soit, avec k = n/6, une oscillation de période 6 en n. Le mode le plus instable est donc
un mode de petite période (relativement au nombre total de véhicules, supposé grand), qui
affecte typiquement des groupes de 6 entités consécutives, avec alternances de sous paquets
de 3 en compression, décompression, etc . . ..
On aura donc pour α − 2 petit un angle θ petit, ce qui correspond à des basses fréquences
en espace, mais la croissance de θ vis-à-vis de α − 2 est très raide : le mode le plus instable
correspond très vite à une mode de haute fréquence (oscillation qui implique localement un
nombre faible d’entités). Si l’on prend par exemple α = 2.3, on a un angle autour de π/6, qui
correspond à une perturbation qui affecte localement 12 entités (voir figure 3.3). La plage sur
laquelle les modes les plus instables sont de basse fréquence est donc extrêmement étroite : il
peut être délicat de les observer en pratique 13 .
Exercice 3.1. Estimer l’ordre de grandeur de la vitesse de propagation vers l’amont du mode
le plus instable, pour α = 4 .
qui est bien un nombre sans dimension : ϕ associe à une distance une vitesse, sa dérivée
est donc l’inverse d’un temps η. C’est le temps caractéristique associé au modèle d’ordre un
en temps (voir proposition 2.8, page 16). La condition d’instabilité s’écrit donc τ /η > 1/2.
Le temps τ quantifie la réactivité de l’entité. Dans le cas du trafic routier, cette réactivité
englobe la réactivité du véhicule. On pourra se faire une idée de ce temps caractéristique en
imaginant l’expérience suivante : le véhicule nous précédant pile brusquement, quel temps
13. La plage de valeurs sur laquelle on a des basses fréquence, i.e. le voisinage immédiat de 2+ , est d’une
amplitude inférieure à la précision que l’on peut espérer avoir sur l’estimation des paramètres τ et η = ϕ′ (ue ).
33
1
0,75
0,5
0,25
2
2,5
3,5
4,5
5
Figure 3.3 – Angle θ (mode le plus instable) fonction de α.
allons nous mettre pour ralentir significativement notre vitesse (i.e. réduction au 2/3, pour
fixer les idées) ? Ce temps est de l’ordre de quelques secondes, disons 3 ou 4. La condition
indique que l’on aura donc un système plus stable dans le cas d’une bonne réactivité (τ petit).
Le temps η qui intervient dans le modèle de comportement est moins directement accessible à
l’intuition, puisqu’il apparaı̂t en fait comme l’inverse d’une variation en vitesse relativement
à la distance. Dans l’hypothèse raisonnable d’une fonction ϕ concave, défini par exemple
par (3.2), on a
U
ϕ′ (ue ) = exp(−ue /us ).
us
Dans les cas “dilués” (ue grand devant us ), η sera très petit, et le système sera stable. La
situation intéressante pour un trafic dense, i.e. exp(−ue /us ) ≈ 1. Le temps η s’écrit alors
us /U , où U est la vitesse maximale autorisée, et us la distance “typique entre véhicule”, plus
précisément la distance inter-véhicules correspondant à une vitesse de 1 − 1/e ≈ 0.6 fois la
vitesse maximale. Sur autoroute, on peut prendre une centaine de mètres comme ordre de
grandeur, ce qui donne un η de l’ordre de 3. On vérifie ainsi immédiatement que la valeur
critique 1/2 correspond à l’ordre de grandeur de τ /η : il peut être très délicat en pratique de
savoir si l’on est dans une situation stable ou instable.
Exercice 3.2. On trouve dans les ouvrages de sécurité routière les ordres de grandeur suivant
pour la distance totale (temps de réaction + freinage effectif) d’arrêt en fonction de la vitesse :
34
3.3 Extensions, développements
Modèle macroscopique associé Comme dans le cas du modèle d’ordre 1, on peut dériver
formellement une équation aux dérivées partielles pour les perturbations de distances au
voisinage d’un point d’équilibre. On a
1
ẅi = (ϕ(wi+1 ) − ϕ(wi ) − ẇi ) .
τ
La situation wi ≡ weq est point d’équilibre du système 14 . On considère une perturbation de
cette situation, les distances sont de type ue + ui , où ui est maintenant une (petite) variation
de ue . On obtient
!
1 ′ 1 ′ wi+1 − wi
ẅi = ϕ (weq )(wi+1 − wi ) − ẇ = weq ϕ (weq ) − ẇ
τ τ weq
Si l’on considère que les wi sont les valeurs d’une fonction lisse w aux points équidistants de
weq , on obtient formellement
1
∂tt w + (∂t w − c∂x w) = 0,
τ
avec c = weq ϕ′ (weq ).
Exercice 3.3. Montrer que le modèle macroscopique obtenu précédemment présente un com-
portement génériquement instable. Préciser ce qui est le plus discutable dans le développe-
ment asymptotique formel ayant conduit au modèle, et qui peut expliquer que le régime stable
observé pour le modèle microscopique ait complètement disparu au niveau macroscopique.
u̇i = vi
1
ẇi = (ui − wi )
τ′
1
v̇i = (ϕ(wi+1 − wi ) − u̇i ) .
τ
Ce système (avec conditions périodiques) admet un point d’équilibre unique, pour lequel
toutes les distances (subjectives et réelles) sont les mêmes.
14. On pourra considérer le cas périodique, avec weq = L/n, ou la situation d’entités sur une voie rectigne,
derrière une entité de tête à vitesse fixée égale à ve = ϕ(weq ).
35
L’analyse de stabilité est basée sur le spectre de
0 0 Id −1 1 0 · 0
1 1
0 −1 1 · ·
∇Ψ = τ Id
− Id 0
, avec A =
· · · · 0
= −I + C.
τ
1 ′ 1 · · · −1 1
0 ϕ (ue ) A − Id 1 · · 0 −1
τ τ
La recherche d’élements propres (u, w, v, λ) peut se faire en considérant successivement les
élement propres (wk , µk ) de A. Pour chaque k = 0, . . . , n − 1, on aura alors 3 valeurs propres,
solutions de
3 1 1 1 1 1
λ + ′
+ λ2 + ′ λ − ′ µk = 0.
τ τ ττ ττ η
On notera le rôle symétrique joué par les temps caractéristiques τ et τ ′ . Dans l’asymptotique
où tous deux tendent vers 0, on retrouve d’ailleurs l’étude de stabilité effectuée dans la
section 3, pour un temps effectif qui est la somme des deux temps. Plus précisément, on peut
écrire l’équation
′ 3 ′ 2 1
τ τ λ + τ + τ λ + λ − µk = 0.
η
Pour τ et τ ′ petits, on voit bien sous cette forme la cascade de perturbations singulières de
l’identité associée au modèle d’ordre 1, qui donne (voir équation (2.5), page 22) les valeurs
propres λk = µk /η = (−1 + exp(2ikπ/n))/η. Le terme en τ + τ ′ rajoute une perturbation
d’ordre 2, qui va faire germer deux valeurs propres pour chaque µk (selon l’expression (3.9)),
avec un temps de relaxation qui est simplement la somme des 2. Le terme en τ τ ′ ajoute une
dernière perturbation qui va conduire à l’apparition de 3 valeurs propres pour chaque µk .
L’identification du lieu des valeurs propres est laissé en exercice au lecteur . . ..
36
4 Trafic routier ou piéton – macro – 1d – ordre 1 en temps
Cette section donne, sous une forme très préliminaire, quelques éléments de modélisation
du trafic routier ou piétons selon une description macroscopique (densité linéique diffuse).
On considère l’évolution d’une population de piétons ou de véhicules sur une voie rec-
tiligne, population représentée par une densité linéique ρ(x, t). On considère que la vitesse
des entités est fonction de la densité : v = v(ρ). La manière la plus simple de prendre
en compte le fait que la vitesse est d’autant plus faible que la densité est importante est
v(ρ) = U (1 − ρ/ρmax ). La conservation de la masse s’écrit alors (voir section 5)
∂ρ ∂
+ (ρv(ρ)) = 0,
∂t ∂x
qui a la forme d’une équation de conservation que l’on peut écrire sous forme générale
∂ρ ∂
+ f (ρ) = 0, (4.1)
∂t ∂x
où f est le flux.
Supposons que ρ(x, t) est une solution régulière de cette équation. On appelle courbe
caractéristique une courbe t 7−→ x(t) telle que
Si l’on se donne une densité initiale ρ0 , on peut ainsi construire la solution associée en repor-
tant la valeur de densité initiale le long des caractéristiques. Cette démarche n’est évidemment
possible que tant que les caractéristiques ne se croisent pas.
37
Pour une densité initiale donnée, supposée lisse (continûment différentiable), on peut
considérer le flot associé aux caractéristiques
Ce Jacobien reste > 0 (la transformation est un difféomorphisme, i.e. les trajectoires ne se
croisent pas) pour tout t si f ′′ (ρ0 (x)) ρ′0 (x) ≥ 0. Si en revanche cette dernière quantité est
négative, alors l’application ne sera régulière que pour
1
t<− .
f ′′ (ρ0 (x)) ρ′0 (x)
Remarque 4.1. On prendra garde au fait que, bien que l’on ait considéré le Jacobien de
l’application Φt , ce qui suggère un transport de mesure, n’est aucunement associée à un quel-
conque transport conservatif de masse.
Lien avec le modèle microscopique On peut faire un lien formel avec le modèle micro-
scopique présenté dans la section 2, en notant que la densité linéique (nombre de véhicules
ou de piétons par mètre) est l’inverse de la distance entre les personnes : ρ = 1/w. Si l’on
reprend la fonction ϕ qui définit la vitesse comme fonction de la distance, on a
1 1 1 1
f (ρ) = ρv(ρ) = ρϕ , f ′ (ρ) = ϕ − ϕ′ .
ρ ρ ρ ρ
Si l’on s’intéresse à l’évolution d’une perturbation autour d’une densité uniforme ρeq , l’équa-
tion (4.2), exprime un transport à la vitesse f ′ (ρeq ). On retrouve au niveau macroscopique
la vitesse de propagation vers l’amont −ueq ϕ′ (weq ) trouvée dans la section 2. La vitesse ma-
croscopique contient nativement le terme de vitesse des entités ϕ(weq ), puisqu’il s’agit d’une
description eulérienne (la variable est exprimée dans le référentiel fixe du laboratoire, se-
lon l’expression consacrée), par opposition à la description microscopique qui est nativement
lagrangienne (les variables sont afférentes aux entités en mouvement).
38
Remarque 4.2. Il est immédiat dans le cadre microscopique Lagrangien de prendre en
compte des comportements différents selon les entités. C’est beaucoup plus délicat dans le
cadre macroscopique Eulérien que nous considérons ici. Prendre en compte une telle différen-
tiation nécessiterait de faire dépendre dépendre la fonction flux d’un label a qui fait référence
à une entité particulière. Le système s’écrit alors
∂t ρ + ∂x fa (ρ) = 0,
où a(x, t) permet de suivre les entités, i.e. obéit à une équation de transport non conservatif
(c’est une quantité intensive, du type information, qui est propagée) :
∂t a + u ∂x a = 0.
On vérifie immédiatement que toute solution régulière est solution faible. Mais cette dé-
finition peut s’appliquer à des solutions qui ne sont pas régulières. Considérons par exemple
deux densités qui réalisent le même flux : F = f (ρ− ) = f (ρ+ ). La densité
ρ = ρ− 1]−∞,0[ + ρ+ 1]0,+∞[
est solution faible stationnaire de (4.1), de même que la densité obtenue en intervertissant ρ−
et ρ+ . On peut construire des solutions non stationnaires de la façon suivante : on se donne
deux densités ρL et ρR , et l’on cherche une solution ρ constante de part et d’autre d’un point
de discontinuité s(t) variable en temps. On vérifie qu’une telle densité est solution faible dès
que s vérifie une condition dite de Rankine-Hugoniot, comme l’exprime la
Proposition 4.4. (Relation de Rankine-Hugoniot)
On suppose la fonction flux f continue sur son intervalle de définition, et ρL et ρR deux
valeurs sur cet intervalle. La densité
ρ = ρL 1]−∞,s(t)[ + ρR 1]s(t),+∞[
est solution faible de (4.1) si et seulement si la discontinuité s progresse à la vitesse constante
f (ρL ) − f (ρR )
ṡ = . (4.3)
ρL − ρR
39
Démonstration. On utilise la définition d’une solution faible, en écrivant la première intégrale
double Z Z Z Z Z !
+∞ +∞ s(t) +∞
∂t ϕ ρ = ρL ∂t ϕ + ρR ∂t ϕ ,
R 0 0 −∞ s(t)
avec
Z Z ! Z Z !
s(t) d s(t) +∞ d +∞
∂t ϕ = ϕ − ṡ(t)ϕ(s(t), t) , ∂t ϕ = ϕ + ṡ(t)ϕ(s(t), t).
−∞ dt −∞ s(t) dt s(t)
La seconde intégrale double (avec la dérivée en espace sur la fonction test s’écrit
Z Z Z Z Z !
+∞ +∞ s(t) +∞
∂x ϕ f (ρ(x, t)) = f (ρL ) ∂x ϕ + f (ρR ) ∂x ϕ
R 0 0 −∞ s(t)
Z +∞
= ϕ(s(t), t))(f (ρL ) − f (ρR )).
0
On obtient donc finalement
Z +∞
ϕ(s(t), t)) (−ṡ(t)(ρL − ρR ) + f (ρL ) − f (ρR )) ,
0
qui est identiquement nul pour toute fonction test ϕ si et seulement si la condition (4.3) est
identiquement vérifiée.
Remarque 4.5. On peut retrouver la relation (4.3) en écrivant simplement un bilan de masse
au voisinage de la discontinuité.
Remarque 4.6. On peut voir cette formule comme la généralisation de la formule donnant
la vitesse de propagation de perturbations au voisinage d’une densité uniforme, en prenant
ρR = ρL + ε, ce qui donne ṡ ≈ f ′ (ρL ).
On peut vérifier que, sous sa forme faible, l’équation n’est pas bien posée, au sens où
elle admet en général plusieurs solutions. La théorie complète de telles équation dépasse le
cadre de ce cours sous sa forme actuelle, disons simplement ici qu’il est possible d’imposer
à la solution considérer de vérifier un critère supplémentaire, dit d’entropie, qui permet de
sélectionner la solution physique 15 parmi les nombreuses possibles. Ce critère n’est pertinent
que pour discriminer des solutions qui présentent des discontinuités, on peut montrer que ces
solutions acceptables sont telles que, lorsque la solution présente une discontinuité, les courbes
caractéristiques doivent arriver vers la discontinuité, et non pas en partir. Le développement
précédent donnant la vitesse de propagation de de la discontinuité en fonction des états à
gauche et à droite, on peut exprimer le fait que les caractéristiques vont vers la discontinuité
de la façon suivante :
Definition 4.7. Soit ρ(x, t) une solution faible de l’équation de conservation (4.1), avec
f ( · ) une fonction C 1 , au sens de la définition 4.3. On suppose que ρ présente localement (au
voisinage d’un point de l’espace temps) une discontinuité entre les valeurs ρL et ρR . On dit
que cette discontinuité vérifie la condition d’entropie de Lax si
f (ρR ) − f (ρL )
f ′ (ρL ) > > f ′ (ρR ).
ρR − ρL
40
On notera que, dans le cas où f est convexe (ou f concave), la condition ci-dessus peut
se limiter à l’inégalité entre les bornes.
On se place sur l’intervalle ]0, L[ avec des conditions périodiques. La méthode des volumes
finis est basée sur une représentation de la densité par une fonction constante par morceaux
sur des cellules disjointes qui recouvrent le domaine spatial. Nous considérons ici des cellules
associées à à une subdivision uniforme de l’intervalle, de pas ∆x. On introduit de la même
manière une discrétisation en temps 0 < ∆t < 2∆t < · · · < N ∆t = T . On note ρnj la valeur
de la densité approchée sur la cellule i, sur l’intervalle de temps ]n∆t, (n + 1)∆t[. Le schéma
résulte de l’intégration de l’équation de conservation sur la cellule Cj et l’intervalle de temps
[tn , tn+1 ] :
Z Z Z tn+1
n+1 n
ρ(x, t ) dx − ρ(x, t ) dx + f (ρ(xj+1/2 , t) − f (ρ(xj+1/2 , t) = 0,
Cj Cj tn
∆t
ρn+1
j − ρnj + Fj+1/2 − Fj−1/2 = 0.
∆x
La stratégie numérique repose sur la définition des flux discrets Fi+1/2 et Fi−1/2 . Nous nous
limiterons ici à des schéma explicites, basé sur la définition du flux discret comme fonctions
des densités de part et d’autre de l’interface :
ρn+1
j = H(ρn+1 n+1 n+1
j−1 , ρj , ρj+1 ).
Pour le cas du trafic routier, avec f (ρ) = ρv(ρ), il est naturel de décentrer vers l’amont le
ρ qui correspond à un transport de matière, et de décentrer vers l’aval le ρ qui est “vu” par
les conducteurs pour adapter leur vitesse, ce qui conduit au choix
Φ(ρL , ρR ) = ρL v(ρR ).
15. Ce type de critère a été élaboré dans le cadre de la dynamique des gaz. Précisons que, dans le cadre du
transport d’entités vivantes, sa légitimité est moins nette
41
5 Conservation, transport, et diffusion
Ce chapitre porte sur l’élaboration, et les premiers éléments d’analyses, d’équations aux
dérivées partielles qui expriment la conservation d’un certain substances. Bien qu’il s’agisse
d’équations exprimant des principes physiques très simples, cette élaboration est assez déli-
cates, notamment pour les raisons suivantes :
1. Les équations visées reposent sur un description de la matière par un continuum, décrit
par une densité locale. Dans la réalité, on ne peut définir une notion de densité locale
que sur les zones de taille très significativement à la tailles des “entités” impliquées
(molécules, cellules, personnes, véhicules, voire même planètes). La démarche basée
sur des objets géométriques (comme des petits disques au travers desquels on mesure
le flux, on de petits volumes dans lesquels on intègre la masse totale) n’a de sens que
si la taille de ses objets ne descends pas en dessous d’un certain seuil, qui dépend de
l’application considérée.
2. On peut établir des propriétés de solutions de l’équation des transports, basées sur la
notion de trajectoires, qui sont bien définies si le champ est régulier (e.g. Lipschitz).
S’il ne l’est pas, l’analyse de cette équation est beaucoup plus délicate. Mais on peut
s’interroger sur le sens qu’à cette équation lorsque les trajectoires ne sont pas définies,
puisqu’elle n’a été construite que pour précisément exprimer au niveau macroscopique
le transport de “particules”.
3. Concernant l’équation de transport : le phénomène le plus simple que l’on puisse
décrire concerne la cinématique d’un point matériel. Exprimé de façon Lagrangienne,
cela consiste à suivre la trajectoire d’un point dans l’espace, selon une vitesse qui est
simplement la dérivée de la position. Si l’on cherche à exprimer de transport de façon
eulérienne, par une équation aux dérivées partielles basée sur une variable d’espace
fixe, la particule est décrite par un objet extrêmement singulier, une mesure atomique
(Dirac) qui se déplace dans l’espace, et ce le couple Dirac-vitesse associée ne peut être
solution d’une EDP que dans un sens très généralisé, appelé sens faible.
On se reportera à la section 5.5 pour des commentaires critiques sur le sens de cette
définition.
42
Équation de conservation On considère une substance qui se propage selon le vecteur
flux J. On écrit que la dérivée en temps de la quantité de substance Nω contenue dans un
sous-domaine ω immobile est égal au bilan instantané des flux à travers la frontière.
Z Z Z
dNω d
= ρ(x, t) dx = − J ·n = − ∇ · J.
dt dt ω ∂ω ω
Terme source.
On peut intégrer à ce modèle des termes-source (ou termes-puits si l’on enlève de la matière),
en considérant une quantité f de matière injectée par unité de temps et par unité de volume.
Le bilan instantané de matière sur un volume ω s’écrit alors
Z Z Z
d
ρ=− J ·n+ f,
dt ω ∂ω ω
5.2 Transport
Cette section traite de l’écriture sous forme d’équations aux dérivées partielles de phéno-
mènes de transport. Dans le contexte de transport conservatif d’une variable extensive (de
type masse, nombre de particules, ou volume pour un fluide incompressible), on parle parfois
d’équation de continuité. Cette équation peut se “déduire”16 de l’équation de conservation
générale (5.1) et de l’expression du flux associés au transport par un champ de vitesse donné.
16. Cette démarche est discutable. En particulier, l’équation de conservation de la section précédente a
été construite informellement, en supposant les quantités impliquées (densité et flux) suffisamment régulières.
Établir rigoureusement l’expression J = ρu nécessite également des hypothèses de régularité. Or le cœur de
l’activité mathématique autour de l’équation de transport qui résulte de cette démarche consiste à établir des
résultats d’existence et d’unicité dans des cas en particulier où la vitesse est peu régulière, ce qui pourrait
sembler invalider de fait la démarche ayant permis de construire l’équation elle-même.
43
Modèle 5.3. (Équation de continuité)
On considère une substance décrite par sa densité ρ(x, t), et convectée par un champ de
vitesse u. Le vecteur flux s’écrit J = ρu, et l’équation correspondante est
∂ρ
+ ∇ · (ρu) = f.
∂t
Remarque 5.4. Dans le cas où le champ convectant est à divergence nulle, l’équation s’écrit
∂ρ
+ u · ∇ρ = 0,
∂t
c’est cette dernière équation qui est le plus couramment appelé équation de transport. On
prendra garde cependant au fait qu’elle correspond (dans le cas où le champ n’est pas à diver-
gence nulle) au transport d’une quantité non extensive. Elle n’exprime ainsi pas le transport
d’une quantité de matière, mais d’une variable de type intensif, comme un signal, une ca-
ractéristique intrinsèque à l’entité transportée, un label, une information, typiquement des
variables qui ne se somment pas.
De façon à anticiper la notion de solution faible, basée sur une description de ρ comme
une trajectoire t 7→ ρt dans l’espace des mesures, on note maintenant ρt (x) la densité en x,
au temps t, et de même ut (x) pour la vitesse.
On peut montrer que toute solution de l’équation de transport non conservative (ou
conservative avec un champ à divergence nulle) est constante le long des caractéristiques
Proposition 5.5. Soit ut un champ de vitesse régulier (continu par rapport au couple, C 1
par rapport à la variable d’espace), et ρt une solution régulière de l’équation
∂t ρt + ut · ∇ρt = 0.
Alors ρt est constant le long des caractéristiques t 7→ Xt (x, s) définies par (5.2).
Démonstration. On a
d ∂
ρt (Xt (x, s)) = ∂t ρt + Xt (x, s) · ∇ρt = ∂t ρt + ut · ∇ρt = 0.
dt ∂t
44
Proposition 5.6. Soit ρt une solution de l’équation
∂t ρt + ∇ · (ρt ut ) = 0,
Noter que l’on peut ainsi exprimer ρt à partir d’une donnée initiale en renversant le flot :
Z t
ρt (y) = ρ0 (X0 (y, t)) exp − ∇ · us (Xs (y, t)) ds .
0
Flot d’un champ de vecteur et équation de transport conservative Ce qui suit peut
être considéré comme une approche alternative pour construire l’équation de transport sous
forme conservative, sans passer par la notion de flux 17 .
Soit ut un champ de vitesse régulier en espace temps, et ρ0 une densité positive régulière.
On note Xt (x, s) le flot associé, défini par (5.2). Pour tous t,s ∈ R, on note ρt la mesure
image de ρ0 par l’application Xt ( · , 0). de telle sorte que ρt est aussi la mesure image de ρs
par Xt ( · , s).
∂t ρt + ∇ · (ut ρt ) = 0.
17. Cette approche, qui permet de passer d’une description lagrangienne à une description eulérienne est
d’une certain manière inverse de la précédente : l’équation de transport avait été introduite pour exprimer
une conservation, et l’on en avait déduit des propriétés impliquant les caractéristiques associées au champ
de transport. Dans cette seconde approche, on part des trajectoires des caractéristiques, et l’on établit des
propriétés de conservation dans deux contextes : mesure images associées au flot, représentées par des densités
régulières, puis plus loin (proposition 5.9) transport de mesures singulières. Cette seconde approche est d’une
certaine manière plus légitime, et en tout cas formalisable rigoureusement. Nous avons néanmoins conservé
l’approche basée sur le flux, malgré ses défauts, car dans d’autres contextes (et en particulier quand les
particules transportées interagissent de façon complexe entre elles, comme en mécaniques des fluides), elle
permet d’obtenir formellement des modèles pertinents, quand l’autre approche est essentiellement inapplicable.
45
Remarque 5.7. En termes de modélisation, on peut voir l’équation de transport de diffé-
rentes manières, qui conditionnent le sens que l’on peut souhaiter donner aux solutions. La
première consiste à se donner un champ de vitesse, une densité initiale, et à étudier le trans-
port de la densité par le champ. C’est sous cette forme-là que le problème est classiquement
étudié d’un point de vue théorique (voir plus loin). Cette situation correspondrait par exemple
à l’écoulement d’un fluide qui remplit un certain domaine. On injecte alors dans ce fluide un
traceur passif, c’est à dire une substance dont on peut suivre le mouvement, mais qui n’a pas
d’incidence sur ce dernier. La densité considérée est alors celle du traceur passif. Dans ce
premier cas le champ est bien défini indépendamment de la matière (traceur) qu’il transporte.
On a toujours une solution particulière, d’un intérêt limité, qui exprime le transport d’une
quantité nulle de traceur par le champ de vitesse sous-jacent.
Une deuxième vision correspondrait à des particules qui évoluent dans le vide (ou dans
l’air, dont on pourra négliger les effets dans certains régimes), qui éventuellement intéra-
gissent entre elles, sont soumises à l’action de forces extérieures, etc. . .. Si l’on connait le
champ de vitesse, on souhaite écrire le transport de la matière par le champ de vitesse. Mais
ce dernier n’est de façon évidente défini que là où il y a de la matière, il n’est pas donné a
priori en tout point de l’espace. D’un point de vue mathématique, le problème est très dif-
férent. Les questions typiques que l’on peut se poser sont les suivantes : étant donnée une
famille de mesures (ρt ), existe-t-il un champ de vitesse qui transporte ρt ? Est-il ρt -presque
partout unique ? C’est la version mathématique du problème de l’expérimentateur qui cherche
à estimer des vitesses à partir d’observations en termes de positions (de particules, cellules,
individus dans une foules, voitures, voire planètes). Dans ce contexte, les champs de vitesses
n’ont en général aucune raison de présenter la moindre régularité d’un point de vue Eulérien.
C’est précisément en prenant en compte des interactions entre particules que l’on peut espérer
obtenir une certaine régularité, et obtenir des équations aux dérivées partielles (eulériennes,
donc).
Solutions faibles
46
champs de vecteurs ρt -mesurables avec ut ∈ L1ρt , telles que
Z T Z T Z
kut kL1ρ dt = dt |ut | dρt < +∞.
0 t 0 Rd
On dit que le couple (ρt , ut ) est solution faible sur ]0, T [ de l’équation de transport si
Z T Z
dt (∂t ϕ + ut · ∇ϕ) dρt = 0
0 Rd
Cette définition s’applique directement à des mesures définie sur un ouvert Ω. On prendra
garde que, dans ce cas, l’équation ne donne aucune information sur ce qui se passe au bord
de l’ouvert.
Exemple 5.1. L’équation ci-dessus exprime de façon eulérienne et macroscopique le trans-
port de particules. Considérons une particule de masse m dont la trajectoire est t 7→ x(t), de
vitesse u(t) = ẋ(t). On peut représenter ce mouvement de façon eulérienne en considérans la
mesure ρt = mδx(t) , et le “champ” de vitesse ut = u(t) (cette vitesse n’est définie qu’en x(t),
elle n’a pas de sens ailleurs puisque la mesure est supportée en ce point). On a
Z T Z Z T
dt (∂t ϕ + ut · ∇ϕ) dρt = (∂t ϕ(x(t), t) + u(t) · ∇ϕ(x(t), t)) dt
0 Rd 0
Z T d
= ϕ(x(t), t) dt = ϕ(x(T ), T ) − ϕ(x(0), 0) = 0
0 dt
pour tout ϕ ∈ ∞ d
Cc (R ×]0, T [).
On note xit la trajectoire issue de xi0 associée au champ v, i.e. telle que
dxit
= v(xit , t),
dt
et l’on introduit
N
X
ρt = mi δxit .
i=1
On note ut la mesure vectorielle supportée par le nuage des xit , qui prend la valeur v(xit , t) en
xit . Alors le couple (ρt , ut ) est solution faible de l’équation de transport (définition 5.8).
18. Mesures boréliennes positives qui prennent une valeur finie sur tout compact de Rd
19. L’hypothèse Lipschitz n’est pas à strictement parler nécessaire, il suffit que les trajectoires soient définies
(pas nécessairement de façon unique) sur [0, T ] pour que la courbe de mesures atomiques résultante, avec la
vitesse associée, soit solution faible de l’équation de transport.
47
Démonstration. On vérifie tout d’abord la propriété pour un seul atome (N = 1). On consi-
dère donc une trajectoire t 7→ xt , et la densité associée ρt . On a
Z T Z Z T
dt (∂t ϕ + ut · ∇ϕ) dρt = (∂t ϕ(xt , t) + v(xt , t) · ∇ϕ(xt , t))
0 Rd 0
Z T d
= ϕ(xt , t) = ϕ(xT , T ) − ϕ(x0 , 0) = 0.
0 dt
On en déduit la propriété générale pour N masses, la linéarité de l’équation permettant de
sommer les atomes.
Remarque 5.10. On prendra garde au fait suivant : la formulation faible suggère qu’il suffit
de se donner un champ de vitesse presque partout pour que la notion de solution soit définie
sans ambiguı̈té. Mais cette impression n’est justifiée que pour des mesures qui sont absolument
continues par rapport à la mesure de Lebesgue, car l’intégrale impliquée dans la formulation
faible demande que ut soit définie ρt - presque partout. Prenons par exemple le champ ut sur
R identiquement égal à un, sauf en 0 où le champ prend la valeur 0. Cette dernière précision
peut sembler incongrue car {0} est de mesure nulle (relativement à la mesure de Lebesgue),
mais la difficulté est que rien dans l’équation n’interdit l’apparition de mesures singulières,
qui chargeraient le point 0 en question. On pourra ainsi vérifier que, pour la condition initiale
ρ0 = 1]−1,0[ , l’équation admet une infinité de solutions, parmi lesquelles on retrouve bien le
transport à vitesse constante de la densité initiale
ρt = 1]−1+t,t[ ,
mais aussi
ρt = 1]−1+t,0[ + tδ0 ∀t ∈ [0, 1[ , ρt = δ0 ∀t ≥ 1,
et, en fait, une infinité de solutions intermédiaires : lors du passage en 0, on peut choisir de
laisser passer une fraction arbitraire de masse vers les x positifs, et d’en conserver en 0 le
reste (qui va s’accumuler pour former une mesure singulière).
δ0 sur ] − ∞, 0[
ρt =
θδ−V t + (1 − θ)δV t sur ]0, +∞[
est solution de l’équation de transport pour le champ de vitesse −V sur ] − ∞, 0[, V sur
]0, +∞[, et 0 en 0, avec V > 0, quelle que soit la valeur de θ ∈ [0, 1]. Peut-on construire un
tel exemple d’indétermination avec le champ de vitesse opposé ? (on pourra se reporter aux
notions introduites dans la section 22.7, page 240).
Exercice 5.2. On considère le mouvement monodimensionel d’une masse m décrit de façon
eulerienne par ρt = δx(t) . On régularise la mesure en considérant ρεt (t) = m
ε 1]x(t),x(t)+ε . Écrire
les dérivées partielles en temps et en espace de ρεt au sens des distributions (ou des mesures)
vis-à-vis de la variable d’espace, pour tout temps t, montrer que ces distributions convergent
quand ε tend vers 0 vers des distributions d’ordre 1 ∂t ρ et ∂x ρ, et vérifier que l’équation
∂t ρ + V (t)∂x ρ = 0
48
Aspects théoriques
Le second point de vue de la remarque 5.7, qui pose le problème, étant donnée une
famille de mesure, de l’identification d’un champ de vitesse sous-jacent, trouve un cadre
particulièrement fécond dans la théorie du transport optimal, voir par exemple [7].
L’équation de transport prend une forme particulière lorsque la variable d’espace elle-
même correspond en fait à un temps. Ce cadre est naturel lorsque l’on suit une densité de
population par tranche d’âge. La forme discrète de cette description correspond à la pyramide
des âges, utilisée par les démographes. La version continue est basée sur la définition d’une
densité ρ(a, t), qui quantifie le nombre de personne à l’âge a. Plus précisément, ρ(a, t) da
correspond au nombre de personnes entre les âge a et a + da.
On obtient typiquement des systèmes de la forme suivante (comme dans la remarque 5.2,
la vitesse correspond à un vieilissement d’une unité de temps par unité de temps) :
∂t ρ + ∂a ρ = −µ(a, t)a,
Z +∞
ρ(0, t) = β(a, t)ρ(a, t) da,
0
5.3 Diffusion
49
On dit qu’un phénomène de propagation suit la loi de Fick s’il existe un paramètre positif D
tel que
J = −D∇ρ.
Remarque 5.12. D’un point de vue qualitatif, cette loi exprime le fait que la substance
a tendance à aller des zones à forte densité vers les zones à faible densité. On peut donc
s’attendre à ce qu’un tel phénomène tende à uniformiser les densités.
Équation de la chaleur On considère une substance qui diffuse dans un milieu selon la loi
de Fick (modèle 5.11). L’équation de conservation (5.1) s’écrit ici
∂ρ
− ∇ · D∇ρ = 0,
∂t
ou, dans le cas où D est uniforme,
∂ρ
− D△ρ = 0. (5.3)
∂t
Diffusion non isotrope. Dans le cas où le milieu n’est pas isotrope (i.e. la diffusion est plus
ou moins facile selon la direction), on peut introduire une matrice de diffusion définie positive
D qui conduit a une équation formellement analogue. Ce phénomène traduit la non-isotropie
du milieu considéré : lorsque la diffusion se fait plus aisément dans certaines directions, la
matrice D ne sera pas scalaire. Cette situation est courante dans le cas de milieux fibreux
(une direction longitudinale très diffusive, les deux autres moins), comme le sont par exemple
les muscles dans le corps humain, ou de milieux stratifiés (deux directions plus diffusives que
la direction transverse).
Conditions aux limites On suppose que le phénomène de diffusion prend place dans une
zone délimitée de l’espace. On note Ω cette zone, et l’on suppose que Ω est un ouvert borné.
Il est alors licite de prescrire deux types de condition sur la frontière de Ω.
(i) Conditions de Dirichlet : la valeur de la densité est imposée au bord du domaine.
(ii) Conditions de Neumann : on prescrit le flux J · n à travers la frontière du domaine Ω,
c’est-à-dire, sous l’hypothèse de flux régi par la loi de Fick, la dérivée normale de la
densité, ou plus précisément −D∂ρ/∂n.
Il est possible de panacher ces deux conditions, c’est-à-dire d’imposer la valeur de ρ sur une
partie de la frontière, et la valeur de la dérivée normale sur son complémentaire.
Notons qu’un troisième type de conditions aux limites peut être envisagé, qui implique à
la fois la valeur de la fonction et sa dérivée normale, il s’agit des
(iii) Conditions de Robin (ou Fourier) : on prescrit une combinaison linéaire (à coef-
ficient positifs) de la valeur et de la dérivée normale.
Précisons d’où peuvent venir ces dernières conditions en prenant l’exemple de la diffusion
de l’oxygène dans le sang au travers de la paroi alvéolaire. On assimile un alvéole à une sphère
remplie d’air, au sein duquel l’oxygène diffuse selon la loi de Fick avec un certain paramètre
de diffusivité D. La paroi alvéolaire sépare l’alvéole des capillaires dans lesquels circulent le
sang, dont les globules rouges vont capter l’oxygène. Au sein de cette paroi, l’oxygène diffuse
50
également et comme elle est très fine, il est licite de négliger au premier ordre la diffusion
dans la direction transverse. Si l’on note uext la concentration en oxygène dans le sang, on
peut écrire que le flux d’oxygène au travers de la paroi est proportionnel à la différence de
valeurs de part et d’autre, ce qui conduit à écrire
où u est la valeur de la concentration dans l’alvéole au voisinage de la paroi alvéolaire, d’où
la condition en tout point de la frontière
∂u ∂u
−D = β(u − uext ) , i.e. βu + D = βuext .
∂n ∂n
Noter que cette condition présente l’avantage de contenir d’une certaine manière toutes les
autres, puisque l’on retrouve des conditions de Neumann en faisant tendre β vers 0, et des
conditions de Dirichlet 22 en faisant tendre β vers +∞.
Noyau de la chaleur. On se place sur l’espace Rd tout entier. Pour tout x ∈ Rd , la fonction
|x − y|2
1 −
Ky (x, t) = e 4Dt , (5.4)
d/2
(4πDt)
est solution de l’équation de la chaleur (5.3), de telle sorte que, pour toute fonction u0
suffisamment régulière,
Z |x − y|2
1 −
u(x, t) = e 4Dt u0 (y) dy,
(4πDt)d/2 Rd
Le problème de Poisson a fait l’objet d’un nombre de travaux considérable, est suscite
encore une certaine activité de recherche, notamment sur les questions de régularité de la
solution pour des domaines peu réguliers et des conditions aux limites panachées. L’approche
la plus directe consiste à écrire le problème sous forme variationnelle, et à identifier dans
cette forme un problème qui rentre dans le cadre du théorème de Riesz-Fréchet (22.17). Le
problème posé sur un domaine Ω borné, avec conditions de Dirichlet homogènes, consiste à
chercher u ∈ V = H01 (Ω) tel que
Z Z
∇u · ∇v = fv ∀v ∈ V, (5.5)
Ω Ω
22. Cette technique est couramment utilisée numériquement pour imposer, dans le cadre des méthodes
d’éléments finis, des conditions de Dirichlet sans changer la structure de la matrice : il s’agit de la méthode de
pénalisation frontière.
51
où, de façon abstraite, a(u, v) = hϕ , vi pour tout v ∈ V . Les propriétés de symétrie, de
continuité, et de coercivité (voir Définition 22.20) de la forme bilinéaire en font un produit
scalaire qui induit une norme équivalente à la norme de départ, et le théorème de Riesz-
Fréchet (22.17) assure l’existence et l’unicité d’une solution.
Le problème instationnaire peut être mis lui-même sous forme variationnelle, et rentre
dans le cadre du théorème 22.45, basé sur la décomposition spectrale de l’opérateur auto-
adjoint compact (−∆)−1 dans L2 . Ce théorème donne une forme explicite de la solution
comme série infinie, qui s’écrit pour le problème homogène (f ≡ 0)
+∞
X
u(t) = uk0 e−λk t wk
k=1
où (wk ) est la base Hilbertienne (voir théorème 22.41) des fonctions propres du Laplacien
avec conditions de Dirichlet, et 0 < λ1 < λ2 < . . . les valeurs propres associées. Les - uk0 sont
les coefficients de la décomposition de la condition initiale dans la base hilbertienne des wk .
Remarque 5.14. L’opérateur du Laplacien apparaı̂t donc, dans ce contexte comme l’opéra-
teur de divergence composé avec le gradient, deux opérateurs mutuellement adjoint. Ce fait
conduit, lorsque l’on écrit la formulation variationnelle du problème de Poisson −∆u = f
sur un domaine Ω, à une forme bilinéaire symétrique :
Z Z
∇u · ∇v = f v,
Ω Ω
avec des rôles parfaitement symétriques joués par le gradient appliqué à la fonction inconnue,
qui provient de la loi de Fick (ou tout autre loi constitutive du même type, comme la loi de
Darcy (6.9) pour les milieux poreux par exemple), et le second gradient appliqué à la fonction
test, qui apparaı̂t comme adjoint de l’opérateur de divergence. On prendra garde au fait que
les sens de ces opérateurs respectifs sont, en terme de modélisation, très différents. Le premier
exprime une loi phénoménologique, qui pourrait fort bien être invalidée dans certains contextes
(comme dans les cas de diffusion non-linéaire par exemple), et devoir être remplacée par un
autre opérateur. La divergence à l’origine du second gradient est en revanche plus universelle,
puisqu’elle exprime simplement le principe conservation de la matière, ou plus généralement
de bilan de matière dans le cas où l’on a un terme source.
52
où L représente la taille caractéristique du domaine considéré, U l’ordre de grandeur du
module de u, et D le coefficient de diffusion.
Lorsque le nombre de Péclet est petit devant 1, cela signifie que les phénomènes de diffusion
sont prépondérants devant les phénomènes de convection. Concrètement, cela signifie que
le terme de convection dans l’équation peut être supprimé sans que le champ solution soit
modifié de façon significative. Pour Pe >> 1, c’est au contraire la convection qui domine. Dans
cette dernière situation, on prendra garde au fait que la suppression du terme de diffusion
change profondément la nature de l’équation. Plus précisément, si l’on considère l’équation
de convection-diffusion avec des conditions de Dirichlet (valeur de ρ imposée au bord), on
peut voir apparaı̂tre lorsque a tend vers 0 le phénomène dit de couche limite. Dans le cas
limite D = 0, sur une partie de la frontière où la vitesse est sortante, l’équation ne “voit” pas
la condition limite, puisque qu’il n’est pas licite de prescrire la valeur de ρ en un tel point.
On aura en général pour des nombres de Péclet grands apparition de très forts gradients de
ρ au voisinage de ces zones.
La définition formelle 5.1, à la base de toutes les équations aux dérivées partielles qui
expriment la conservation d’une certaine quantité, n’a en fait pas un sens très clair. En
53
premier lieu, pour tous les phénomènes réels impliquant des particules ponctuelles 23 , elle n’a
de sens que si le diamètre du disque n’est pas trop petit vis à vis des tailles caractéristiques
√
du phénomène microscopique étudié 24 . La notion n’a en particulier par de sens si ε (≈
diamètre du disque Dε (n)) est de l’ordre de la distance interparticulaire, ou plus petit. Par
ailleurs, l’expression par unité de temps sous-entend que l’on fait le bilan sur un intervalle
de temps petit, mais suffisamment grand pour laisser passer un nombre significatif d’entités.
Pour que cette notion ait un sens, il faut par ailleurs que ε et le temps d’intégration ne soient
pas trop grands. Si en divisant par exemple ε par deux, on trouve une valeur significativement
différente, c’est que la fenêtre d’observation est trop grande. De façon générale, cette notion
n’aura de sens que pour des plages de tailles et temps caractéristiques adaptées au problème
considéré. Ces plages peuvent être très étroites dans le cas par exemple du trafic routier ou
piétons ; le rapport entre l’échelle macroscopique (taille caractéristique du domaine étudié,
tronçon de route ou couloir dans un bâtiment), et l’échelle microscopique (taille des entités
considérées, et / ou des distances entre elles) n’est pas très grand, de l’ordre de 102 dans
certains cas. La situation est évidemment plus favorable pour des systèmes de particules du
type gaz, avec une échelle macroscopique de l’ordre du mètre, et microscopique de l’ordre de
10−10 m (taille des molécules) ou 5 × 10−9 m (distance entre molécules).
Remarque 5.16. On peut se demander quelle est la nature de l’objet mathématique qui
résulterait de l’application à la lettre de la définition 5.1, dans le cas où l’on a un nombre
fini de particules, de masses mi et vitesses ui (t), i = 1,. . .,N . En dimension 1, considérons
le cas d’une particule de masse m parcourant la trajectoire t 7→ X(t), animée d’une vitesse
V (t) = Ẋ(t), supposée positive pour fixer les idées. On peut approcher cette particule par une
particule de taille finie, de densité uniforme m/ε sur ]X(t), X(t) + ε[. Le flux est alors défini
en (x, t) par
m
Jε (x, t) = V 1]X(t),X(t)+ε[ .
ε
25
A t fixé, Jε converge donc faiblement , (ou au sens des distributions) vers mV δX(t) .
Exercice 5.1. On considère une distribution régulière de particules sur l’axe réel se déplaçant
à vitesse constante U , et l’on suppose que chaque particule porte une masse proportionnelle
à la distance commune h qui les séparent. La mesure à l’instant t est donc du type peigne de
Dirac en espace : X
ρh = hδkh+tU .
k∈Z
a) Écrire le flux Jh correspondant comme mesure (ou distribution) sur R (selon la remarque
précédente), et préciser le comportement de Jh quand h tends vers 0.
b) Pour h fixé maintenant, on définit par Qh (ε) la masse qui traverse le point x = 0 pendant
l’intervalle ]0, ε], et le flux moyen par Jh (ε) = Qh (ε)/ε. Étudier la limite de Jh (ε) quand ε et
h tendent vers 0, selon la manière dont le couple (n, ε) tend vers 0. (On pourra en particulier
proposer une condition suffisante pour que la limite soit le flux 1 × U attendu, et donner des
exemples pour lesquels on converge vers une autre valeur.)
23. Cette notion est elle même une idéalisation de la situation où la taille des grains considérés est petite
devant les autres grandeurs caractéristiques du phénomène étudié, en particulier la distance interparticulaire.
24. L’aire ε tend vers 0, mais pas trop . . .
24. Particules dans un sens très large : il peut s’agir de particules physiques de type molécules, ou d’entités
de taille plus importante comme des cellules, des voitures pour les équations du trafic routier, ou des piétons.
25. Dans ce contexte, la convergence faible correspond à une convergence faible-⋆ dans le dual de C0 (R),
espace des fonctions continues qui tendent vers 0 en ±∞.
54
6 Fluides
F (n) = σ · n.
Le mouvement d’un fluide qui admet partout un tel tenseur peut être formalisé par une
équation très générale. On note ρ = ρ(x, t) la densité locale (masse par unité de volume),
par u la vitesse 28 , et par f une force en volume agissant sur le fluide (typiquement la gravité
f = ρ g). On considère un système matériel ω(t), c’est à dire à ensemble de particules que l’on
suit dans leur mouvement 29 . Le principe fondamental de la dynamique (ou loi de Newton)
exprime que la dérivée en temps de la quantité de mouvement pour ce système est égal à la
somme des forces extérieures :
Z
d
ρu = somme des forces extérieures. (6.1)
dt ω(t)
R
Le membre de droite est la somme de la contribution des forces en volume ω f , et le bilan
des forces exercées sur ω par le fluide à l’extérieur de ω, qui s’écrit, d’après la définition 6.1,
Z Z
σ·n = ∇ · σ.
∂ω ω
26. Dans ce cas extrême, mais très utile en pratique (la dimension 1, très pauvre pour les fluides incompres-
sibles, permet d’étudier de façon fine les modèles de fluides compressibles), il n’y a évidemment pas lieu de
faire tendre la mesure vers 0.
27. On pourra remplacer ici le terme de tenseur par matrice, et considérer que σ · n, qui représente la
contraction de deux tenseurs, correspond à un simple produit matrice vecteur, que l’on verra noté σn dans
certains documents.
28. Précisons que le fait de considérer qu’une telle vitesse puisse être définie en tout point est une hypothèse
très forte. Par ailleurs, comme dans le cas de la définition du vecteur flux (voir définition 5.1, page 42),
parler de vitesse véritablement ponctuelle n’a pas de sens autre qu’abstrait puisque, pour les fluides réels (en
particulier pour les gaz) à une échelle inférieure à la taille intermoléculaire, la matière ne peut être vue comme
un continuum : la plupart des “points” sont en fait dans le vide, et cela n’a pas de sens de définit une vitesse,
dans ce contexte, en l’absence de matière. L’hypothèse sous-jacente est qu’il existe une échelle mésoscopique
telle que l’on puisse définir à chaque instant une vitesse moyenne sur des volumes élémentaires représentatifs
à cette échelle.
29. Si on se donne un sous-domaine ω(0) comme position initiale du système matériel, on a
55
Le membre de gauche de 6.1 s’écrit donc
Z Z Z
d ∂(ρu)
ρu = + ρu(u · n),
dt ω(t) ω(t) ∂t ∂ω(t)
où u ⊗ u représente la matrice symétrique (ui uj )i,j . Comme le système matériel est arbitraire
(en particulier aussi petit qu’on veut), on en déduit l’équation générique suivante :
Remarque 6.4. On peut légitimement se demander s’il est acceptable d’écrire des dérivées en
espace et en temps de quantités scalaires ou vectorielles dont on n’a pas précisé les régularités.
Le notion de solution faible de telles équation permet de donner un sens à ce qui précède,
même dans le cas de champs peu régulier. Montrons en particulier que l’équation générale
écrite ci-dessus (nous ne garderons ici que la partie inertielle) peut être interprétée comme
généralisant la loi fondamentale de la dynamique pour des points matériels, si on lui donne
un sens pour des distributions de matière ρ singulières. On se place en dimension 1 pour
simplifier, on considère t 7→ ρt une courbe de mesures positives de même masse (par exemple
des mesures de probabilité), on note ut le champ de vitesse au temps t, donné comme fonction
ρt -mesurable, et g un champ de force par unité de masse. On dira que (ρt , ut ) est solution
faible de
∂t (ρt ut ) + ∂x (ρt u2t ) = ρt g
sur ]0, T [ si
Z T Z Z T Z Z T Z
− ∂t ϕut dρt − ∂x ϕ (ut )2 dρt = gdρt ,
0 R 0 R 0 R
pour toute fonction ϕ régulière à support compact sur ]0, T [×R. Prenons maintenant le cas
d’une particule de masse m, soumise à l’action d’une force mg, et dont la trajectoire est x(t).
L’expression du principe fondamental de la dynamique pour cette particule est mẍ = f . On
représente cette particule de façon Eulerienne par une mesure ρt = mδx(t) , et l’on note u(t)
sa vitesse. La masse étant concentrée, il est en effet naturel de voir le “champ” de vitesse
56
(qui est une fonction ρt -mesurable) comme un simple scalaire fonction du temps. Écrivons la
formulation faible ci-dessus appliquée à ρt , u(t). On obtient
Z T Z T
− m ∂t ϕ(x(t), t) ut − ∂x ϕ(x(t), t) u(t)2
0 0
Z T Z T
=− ∂
m u(t) t ϕ(x(t), t) ut + ∂x ϕ(x(t), t) ut =
mgϕ(x(t), t).
0 | {z } 0
dϕ(x(t),t)/dt
Un fluide parfait est caractérisé par le fait que, si l’on reprend la définition du tenseur
des contraintes, la force exercée sur le disque infinitésimal Dε (n) est dirigée suivant n, et son
intensité ne dépend pas de l’orientation.
σ(x) = −p Id,
57
Pour un tel fluide, on a
−∇ · σ = ∇ · (p Id) = ∇p,
ce qui conduit à l’équation d’Euler
∂
(ρu) + ∇ · (ρu ⊗ u) + ∇p = f.
∂t
Dans le cas d’un fluide homogène (ρ est uniforme) et incompressible (le champ de vitesse
est à divergence nulle), on a
∇ · (ρu ⊗ u) = ρ (u · ∇) u,
où (u · ∇) u est tel que
d
X ∂ui
((u · ∇) u)i = uj .
j=1
∂xj
∂u
ρ + ρ (u · ∇) u + ∇p = f
∂t (6.3)
∇·u = 0
L’apparente simplicité de cette équation, obtenue en faisant des hypothèses très fortes sur
le fluide, est trompeuse. Un fait particulièrement troublant la concernant est lié au paradoxe
de Scheffer-Schnirelman 30 : on peut construire une solution du système ci-dessus, sans forçage
(f = 0), non nulle, à support compact en espace temps.
58
Démonstration. On a
d d
! !
X X 1X X |u|2
((u · ∇) u) · u = ui uj ∂j ui = uj ∂j |ui |2 = u·∇ .
i=1 j=1
2 j i
2
On a donc, en prenant le produire scalaire avec u de la première ligne de (6.3), sans le terme
de dérivée en temps (supposé nul),
ρ 2
u·∇ |u| + p + Φ = 0,
2
d’où la propriété annoncée.
Une autre manière de fermer 31 les équations d’Euler est de supposer un lien univoque
entre la densité et la pression. On obtient alors le
Équations de l’acoustique
Le modèle précedent permet d’obtenir formellement l’équation des ondes, ce qui permet
de modéliser la propagation du son dans un fluide compressible.
On se propose ici de montrer formellement comment l’on peut passer des équations d’Euler
pour un gaz compressible à l’équation des ondes qui va modéliser la propagation d’ondes au
sein de ce milieu. Le point de départ est donc le système d’Euler
∂t ρ + ∇ · (ρu) = 0, (6.5)
∂
(ρu) + ∇ · (ρu ⊗ u) + ∇p = 0, (6.6)
∂t
31. Il peut être très délicat de montrer rigoureusement existence et unicité d’une solution aux équations
obtenues, mais cette approche permet d’avoir autant d’équations (d + 2) que d’inconnues (d pour la vitesse,
1 pour la densité, 1 pour la pression), de telle sorte que le modèle obtenu puisse être considéré comme un
problème, c’est à dire un système d’équations pour lequel on peut espérer obtenir, sous certaines hypothèses,
des résultats théoriques. On peut qualifier ce problème de posé, en attente d’être bien posé (expression que
l’on réserve aux problèmes pour lesquels on a au moins un résultat d’existence et d’unicité, conditionné à
d’éventuelles conditions sur l’état initial et le forçage).
59
avec p = p(ρ). On considère que les différentes variables restent au voisinage de valeurs de
références ρ0 , p0 , et u0 = 0 pour la vitesse, et l’on garde les notations ρ, p et u pour désigner
les (petites) variations au voisinage de ces valeurs. On suppose en outre (on peut montrer
que cette hypothèses est réaliste dans un grand nombre de situations) le régime barotrope,
c’est à dire que la pression est supposée ne dépendre que de la densité : p = p(ρ). On notera
β = p′ (ρ0 ). On réécrit les équations ci-dessus en ne conservant que les termes d’ordre 1 dans
les petites variations :
∂t ρ + ρ0 ∇ · u = 0,
ρ0 ∂t u + ∇p = 0. (6.7)
On a
∇p = p′ (ρ)∇ρ ≈ p′ (ρ0 )∇ρ = β∇ρ,
ce qui permet d’éliminer la pression dans la seconde équation. Si l’on prend maintenant la
divergence de la seconde équation, la dérivée partielle par rapport au temps de la première ,
et que l’on fait la différence, on obtient
∂tt ρ − β∆ρ = 0,
avec β = p′ (ρ0 ), c’est-à-dire une équation des ondes sur la (petite variation de la) densité.
On aura donc propagation d’ondes au sein du fluide, à la célérité c, avec c2 = β. Dans le cas
d’un gaz comme l’air, supposé parfait, de coefficient isentropique γ = 1.4, on a
γ
p ρ p0
= et donc β = p′ (ρ0 ) = γ .
p0 ρ0 ρ0
On obtient dans des conditions normales (p0 = 105 Pa, ρ0 = 1.2 kg m−3 ),
r
γp0
c= ≈ 341 ms−1 .
ρ0
Les fluides dits réels présentent une certaine résistance à la déformation. Pour quantifier
cette déformation, on considère une particule de fluide évoluant au voisinage d’un point x.
La vitesse au voisinage de x s’écrit
60
+
Le modèle le plus simple de fluide réel (nous nous limiterons ici au cas incompressible) est
obtenu en considérant que le tenseur des contraintes est, à la contribution diagonale associée
à la pression près, proportionnel au tenseur des taux de déformation :
on a !
d
X ∂uj
∇ · (u ⊗ u) = ∇ · (ui uj )i,j = ui .
i=1
∂xi
1≤j≤d
61
Cette quantité exprime la dérivée de la vitesse dans sa propre direction, on la note (u · ∇) u (on
peut comprendre cette notation en considérant le bloc u · ∇ comme un opérateur différentiel
scalaire u1 ∂1 + · · · + ud ∂d qui s’applique composante par composante au vecteur u lui même).
Definition 6.12. Le nombre Re = ρU L/µ est appelé nombre de Reynolds. Il quantifie l’im-
portance relative des effets inertiels par rapport aux effets visqueux.
Quand ce nombre (sans dimension) est petit devant 1, on peut considérer que les effets
inertiels sont négligeables, de telle sorte que la loi de Newton est remplacée par un équilibre
des forces instantané
62
Si l’on considère la situation où le fluide remplit un domain délimité par des murs phy-
siques imperméables, on considère en général 32 que le fluide accroche à la paroi, ce qui
s’exprime sous la forme de conditions de Dirichlet homogènes u = 0 sur la frontière ∂Ω.
Les écoulements en milieu poreux tiennent une place un peu particulière dans les modèles
fluides, du fait qu’il mettent en jeu deux phases : l’une est constituée par un fluide visqueux
incompressible, et l’autre est une matrice 33 rigide et fixe (typiquement un amas tridimen-
sionnels de grains rigides), au travers de laquelle le fluide est susceptible de s’écouler. Même
si le fluide est peu visqueux, le fait que l’écoulement du fluide se fasse à une échelle très petite
(au travers des pores du milieu) permet dans un grand nombre de situations de négliger les
effets inertiels : le nombre de Reynolds local est très petit (voir définition 6.12). On a alors
une relation de proportionalité entre flux de fluide et gradient de pression. Plus précisément,
Darcy a mis en évidence (voir figure 6.2) que le flux d’eau s’écoulant au travers d’un milieu
poreux (grains de sable) dépendait linéairement de la différence de pression entre l’entrée et
la sortie du domaine. L’écriture locale de cette relation conduit à
On dit que cet écoulement suit la Loi de Darcy s’il existe k, appelé perméabilité du milieu,
tel que
u = −k∇p, (6.9)
où µ est la viscosité du fluide, p la pression au sein du fluide, et u est la vitesse moyenne
locale.
32. Cette hypothèse peut être invalidée dans certaines circonstances. Il est parfois plus pertinent d’utiliser
les conditions dites de Navier, qui préservent la condition de non pénértration du fluide dans la paroi, mais
autorisent une vitesse tangentielle non nulle.
33. Au sens bien sûr bassement matériel du terme : il s’agit de décrire une phase solide et immobile quels
que soient les efforts exercés sur elle par le fluide.
34. On dit que le mieu est saturé si l’espace libre est entièrement occupé par le fluide visqueux. La proportion
d’espace libre est appelée porosité, notée Φ en général. Une valeur typique de Φ est 0.64, qui correspond au
Maximal Random Packing pour des sphères de même taille (cas monodisperse), distribuée “aléatoirement”. Le
sens de aléatoirement ci-dessus est loin d’être trivial, on pourra pour plus de détails se reporter à :
S. Torquato, T. M. Truskett, P. G. Debenedetti, Is Random Close Packing of Spheres Well Defined ?, PRL
Vol. 84, No 10, [Link]
34. L’étude des milieux non saturé n’est pas abordée ici. Précisons simplement que l’abandon de l’hypothèse
de saturation conduit à des problèmes extrêmement complexes du fait que, l’écoulement fluide au niveau des
pores se faisant à petite échelle, les effets de tension surfacique (conditionnés par la nature du fluide, des
surfaces solides, et potentiellement du gaz environnant) ne sont en général pas négligeables.
63
Figure 6.2 – Description de l’expérience de Darcy (1856)
(
u + k∇p = U
(6.10)
∇·u = 0
où p est la pression au sein du fluide, u la vitesse de Darcy (voir remarque 6.16) , k = K/µ
la perméabilité, et µ la viscosité du fluide. Nous avons noté U la force en volume exercée sur
le fluide (c’est plus précisément U/k qui est homogène à une force par unité de volume).
Nous considérons un milieu poreux dont les bords sont “ouverts” (le fluide peut sortir du
domaine ou y rentrer), et la pression au niveau du bord est imposée. On cherche un champ
de vitesse u et un champ de pression p définis sur Ω tels que
u + ∇p = U dans Ω,
∇·u = 0 dans Ω, (6.11)
p = 0 sur Γ,
64
où U est un champ de force donné. On se place sur l’espace en vitesses V = L2 (Ω)2 . On pose
Λ = H01 (Ω), et l’on introduit l’application B de V dans Λ′ = H −1 qui à v ∈ V associe la
forme linéaire Bv définie par Z
hBv , qi = v · ∇q.
Ω
On définit alors K = ker B, et le problème de minimisation sous contrainte s’écrit
Z
2 (Ω)2 , 1
u ∈ K = v ∈ L v · ∇q = 0 ∀q ∈ H 0 (Ω) ,
Ω
Z Z (6.12)
1 2
J(u) = inf J(v), avec J(v) =
|v| − v · f.
v∈K 2 Ω Ω
Il reste à vérifier que le problème de point-selle associé est bien posé. Notons en premier
lieu que, du fait que B a été défini à valeur dans l’espace dual d’un espace de Hilbert, sans
que l’on fasse l’identification entre les deux espaces, B ⋆ est naturellement défini de Λ dans
V ′ . On peut vérifier que l’application B est surjective, car son adjoint
où f est un champ de force donné. On impose des conditions de Dirichlet homogènes sur la
vitesses. La première des deux équations ci-dessus exprime l’équilibre des forces en chaque
point du fluide, et la seconde exprime l’incompressibilité du fluide.
Nous allons maintenant préciser comment ce problème rentre le cadre de ce qui a été vu
précédemment, en repartant du point de départ usuel qui est le problème de minimisation
65
sous contrainte, puis en reconstruisant le problème de Stokes tel qu’énoncé ci-dessus à partir
de la formulation point-selle.
Ce premier résultat assure le caractère bien posé du problème dans un certain sens, mais
il est manifestement incomplet puisque, du fait que le problème de minimisation a été posé
dans l’espace contraint, la pression (multiplicateur de Lagrange de la contrainte) a disparu.
Or cette pression est plus qu’un auxiliaire abstrait, elle a un sens physique, et il est important
de lui donner un statut mathématique, et d’aboutir à un résultat d’existence et d’unicité qui
porte véritablement sur la forme complète du problème de Stoke (6.14).
66
Proposition 6.20. Soit Ω un domaine borné de frontière Γ Lipschitz, et f ∈ L2 (Ω)N . Le
Lagrangien L défini ci-dessus admet un unique point-selle (u, p) ∈ V × Λ, où u est la solution
du problème de minimisation sous contrainte (6.14). De façon équivalente, il existe un unique
couple (u, p) ∈ H01 (Ω)N × L20 (Ω) tel que
Z Z Z
∇u : ∇v − p∇ · v = f ·v ∀v ∈ H01 (Ω)N (6.15)
Ω ZΩ Ω
Remarque 6.22. Comme il a été précisé, établir l’existence et l’unicité d’une solution pour
le problème de Stokes en formulation vitesse-pression est plus délicat que pour le problème de
Darcy. Cette différence peut se préciser ainsi : dans le cas de Darcy, la démonstration repose
sur une inégalité qui assure l’injectivité de B ⋆ et le caractère fermé de son image. L’opérateur
B ⋆ va de H01 (Ω) dans L2 (Ω)2 , et l’inégalité est conséquence directe de l’inégalité de Poincaré
Dans le cas de Stokes, la surjectivité de l’opérateur B peut être établie comme conséquence
directe d’une inégalité à première vue très similaire, l’opérateur B ⋆ étant toujours dans un
certain sens l’opérateur de gradient, mais vu cette fois comme un opérateur de L2 (Ω) dans
H −1 (Ω) = (H01 (Ω)N )′ . Cette inégalité peut s’écrire
67
x
z
y
Pout
U
Pin
On considère que le fluide adhère (u = 0) aux parois latérales. Le problème admet une solution
exacte qui peut s’écrire en coordonnées cylindriques :
!
r2 µU
u(x, y, z) = U 1− 2 ~ez , p(x, y, z) = −4 (z − z0 ), (6.17)
a a2
où U est la vitesse maximale (au centre). La pression est uniforme sur chaque section droite
du tuyau,. Cela conduit à une relation linéaire entre le flux Q est le saut de pression :
a2 π a4
Q = Uπ = (Pin − Pout ). (6.18)
2 8 µL
Cette relation s’appelle la Loi de Poiseuille, et s’écrit en général 35
avec
8µ L
R= . (6.20)
π a4
La résistance visqueuse s’exprime en Pa s m−3 , Les forces de viscosité dissipent l’énergie au
taux 36 Z
P = µ |∇u|2 .
Ω
Un calcul direct permet d’établir que P = RQ2 (on reconnaitrait un équivalent fluide de la
loi de Joule), où Q est le flux défini précédemment.
35. Noter l’analogie entre cette loi et la loi d’Ohm
U = RI,
où I est le courant électrique au travers d’un conducteur, U la différence de potentiel , et R la résistance
(électrique) du conducteur.
36. L’expression devrait être Z
µ 2
∇u + t ∇u ,
2 Ω
mais on peut montrer dans ce contexte, de fait que la vitesse s’annule au bord du domaine et est constante
selon sa propre direction (bords libres), que les deux expressions sont équivalentes.
68
On peut définir de façon générale la résistance d’un domaine Ω ∈ Rd , dont la frontière Γ
se décompose en trois composantes
Γ = Γin ∪ Γout ∪ Γw ,
Les conditions en Γout et Γin sont appelées conditions de sortie libre, bien qu’elles concernent
également l’entrée de fluide (dans le cadre linéaire, il n’y a pas lieu de distinguer l’entrée de
la sortie). Elles expriment l’hypothèse que les deux composantes (amont Γin et aval Γout )
sont placées toutes deux en contact avec un milieu pression fixée, qui équilibre la contrainte
normale.
Par linéarité des équations de Stokes, ce flux dépend linéairement su saut de pression Pin −
Pout , et la résistance R = R(Ω) entre Γin et Γout est définie par
69
sphériques (O, r, θ, φ) : pour tout point de R3 représenté par son rayon vecteur r = (x, y, z), r
est le module de r, θ est l’angle que fait (x, y, 0) avec ~ex (longitude, comprise entre 0 et 2π),
et Φ est l’angle que fait r avec l’axe des z (latitude, comprise entre 0 et π). On suppose que la
vitesse à l’infini est égale à U~ez . Les vecteurs unitaires associés à ce système de coordonnées
qui vont nous servir à exprimer le champ des vitesses sont
r 1 ∂r
~er = , ~eΦ = .
r r ∂Φ
On peut vérifier que tout couple (u, p) défini par
! !
3a a3 3a a3
u = ur ~er + uΦ~eΦ , ur = U cos Φ 1 − + 3 , uΦ = −U sin Φ 1 − − 3 ,
2r 2r 4r 4r
3 µU a
p − p0 = − cos Φ,
2 r2
où p0 est une constante arbitraire, est solution des équations de Stokes dans le domaine
R3 \ B(0, a), avec des conditions d’adhérence (u = 0) sur la sphère {r = a}, et des conditions
à l’infini
lim u(r, θ, Φ) = U~ez .
r→+∞
F = 6πµaU. (6.24)
70
7 Réseaux résistifs
Dans le cas de l’écoulement d’un fluide visqueux, c’est la pression aux nœuds qui jouera le
rôle du potentiel, dont la différence induit un flux selon la loi de Poiseuille (équation (6.19),
page 68). Pour un réseau électrique, c’est le potentiel électrique aux extrémités de chaque
arête qui induira le passage d’un courant électrique quantifié par son intensité. On peut aussi
imaginer des compartiments séparés par des interfaces faiblement perméables à une certaine
substance qui diffuse. Dans l’hypothèse de pressions partielles uniformes dans chaque com-
partiment, et de flux au travers des interface proportionnels aux sauts de pression partielle,
on aura aussi une représentation naturelle du phénomène de diffusion sous forme de réseau
résistif, où les pressions partielles jouent le rôle du potentiel électrique.
Dans tous les cas, on écrira le bilan de matière au sein du réseau (loi de Kirchhof, ou loi
des nœuds). Nous ferons par la suite la distinction entre des points internes, en lesquels la loi
de Krichhof s’applique, et les autres, au travers desquels le réseau est susceptible d’échanger
de la matière avec l’extérieur.
(x, y) ∈ E =⇒ (y, x) ∈ E,
et r ∈ RE + est le champ des résistances, défini sur E (avec r(x, y) = r(y, x) pour tout
(x, y) ∈ E). On notera N = (V, E, r, o, Γ) un réseau dans lequel on distingue une racine
o parmi les sommets, et une frontière Γ, sous-ensemble non vide de V \ {o}. L’ensemble
V \ ({o} ∪ Γ) des sommets intérieurs est noté V̊ , il correspond aux sommets (ou nœuds) en
lesquels on imposera la conservation de la matière, alors que de la matière peut entrer ou sortir
du domaine par les points de Γ, ou par la racine o. Lorsqu’il n’y aura pas lieu de distinguer
une racine o des autres points de la frontière, on notera simplement N = (V, E, r, Γ) le réseau
correspondant.
Un champ de pressions sur le réseau est une collection de réels associés aux sommets
(p ∈ RV ), et les flux sont définis sur les arêtes (u ∈ RE ). Les flux sont antisymétriques :
u(x, y) = −u(y, x).
71
Si l’on note maintenant j(x) le flux de matière injectée dans le réseau au travers du nœud x
la loi de Kirchhof (ou loi des nœuds) s’écrit
X
u(x, y) = j(x),
y∼x
d : u ∈ RE 7−→ du ∈ RV
X
du(x) =− u(x, y).
y∼x
Nous nous intéresserons dans la suite à des flux conservatifs, i.e. tels que du(x) = 0 pour
tout sommet x dans V̊ = V \ ({o} ∪ Γ). On définit l’adjoint formel 38 d⋆ (équivalent discret
de l’opérateur de gradient) comme
d⋆ : p ∈ RV 7−→ d⋆ p ∈ RE
d⋆ p(e) = p(y) − p(x).
On a en effet, pour tout e = (x, y) ∈ E, u(x, y) + u(y, x) = 0, d’où, en sommant sur toutes
les arêtes, et en écrivant la somme sur les sommets :
X
du(x) = 0,
x
qui exprime simplement le bilan de matière sur l’ensemble du réseau. On peut l’écrire
X X
du(x) + du(x) = 0.
x∈V̊ x∈{o}∪Γ
Le premier terme est le pendant discret de (l’opposé de) l’intégrale de la divergence dans le
domaine, et le second terme est la somme pour tous les points du bord des flux qui sortent
par ces points, i.e. l’équivalent discret de l’intégrale sur la frontière de u · n.
Remarque 7.3. On prendra garde au fait que, si l’on peut associer un champ de flux à un
champ de pressions (en écrivant u = −cd⋆ p), la réciproque n’est pas vraie en général, et
quand elle est vraie elle doit être justifiée. La possible non-existence d’un champ de pression
associé à u vient des cycles. Considérer par exemple un réseau circulaire (discrétisation du
cercle unité), avec un champ de flux constant qui fait tourner le fluide. Il est évident que ce
flux ne peut résulter d’un champ de pression.
38. On a X XX X
q(x)dv(x) = q(x)v(y, x) = v(e) (q(y) − q(x)) .
| {z }
x x y e
d⋆ q(e)
72
L’écriture de la loi de Poiseuille en chaque arête, et de la loi de Kirchhoff’s en chaque
nœud conduit à un problème de type Darcy
(
u + cd⋆ p = 0 sur E
(7.1)
du = 0 sur V̊ .
où c (conductance) est 1/r, i.e. c(e) = 1/r(e) pour tout e ∈ E. On s’intéresse au problème
consistant à calculer les pressions et les flux sur l’ensemble du réseau, quand les pressions sont
prescrites en o et sur Γ. Après élimination de la vitesse, on obtient un problème de Poisson
discret pour la pression, avec conditions de Dirichlet :
dcd⋆ p(x) = 0 ∀x ∈ V̊ ,
p(o) = 0 (7.2)
p(x) = P (x) ∀x ∈ Γ,
d’où P
c(x, y) p(y)
p(x) = P , (7.3)
c(x, y)
ce qui exprime que p, en tout point de V̊ , est combinaison convexe des valeurs aux points
voisins.
Remarque 7.5. Le but de cette remarque est d’explorer de façon conjointe deux questions
naturelles : (1) quels sont les ingrédients du modèle qui assurent que le principe du maximum
soit vérifié ? (2) le fait que l’opérateur d⋆ (gradient discret, qui exprime la loi de Poiseuille)
soit le transposé de l’opérateur d (divergence discrète, qui exprime la loi des nœuds) exprime-
t-il un principe universel ? La deuxième question est en particulier justifiée par le fait que la
formulation variationnelle utilisée dans la démonstration ci-dessous s’écrit
X
dp(x) dq(x) = 0
x
pour tout champ-test q nul au bord. Malgré la symétrie de cette formulation, les deux instances
de l’opérateur d dans cette formulation variationnelle correspondent à des principes très dif-
férents. Le d de droite correspond à la sommation par parties du d⋆ de la loi de Poiseuille, le
premier exprime la conservation locale
Comme dans le contexte de problème de Poisson sur un domaine de l’espace euclidien (voir
remarque 5.14), l’opérateur d de la loi de Krichhoff provient du fait que le bilan de matière
s’exprime par une sommation des flux ou des quantités. Le d⋆ de la loi phénoménologique en
73
revanche reflète une propriété particulière de linéairité du flux par rapport au saut de pression
(ou de potentiel électrique), mais on peut vérifier (pour revenir à la première question) que
d’autres lois pourraient être envisagées, sans perte du principe du maximum. L’essentiel est
que le flux puisse s’écrire comme
où F : R → R est une fonction impaire croissante, strictement croissante dans un voisinage
de 0. L’harmonicité d’un champ de pression prendrait alors la forme non linéaire suivante
X
F (p(x) − p(y)) = 0.
y∼x
Cette identité ne peut être réalisée que si p(x) − p(y) est identiquement nul ou, si ça n’est pas
le cas, si la somme contient des termes de signes différents. Dans tous les cas p(x) est dans
l’enveloppe convexe des p(y), ce qui exprime le principe du maximum.
Proposition 7.6. On suppose le réseau N connexe. Le problème (7.2) est alors bien posé.
peut s’écrire sous forme matricielle Ap̊ = b, où p̊ désigne ici le vecteur d’inconnues (pressions
sur V̊ ). La matrice A est carrée, et b est construit à partir des valeurs imposées sur Γ. Montrons
que A est injective. Si Ap̊ = 0, cela implique que p est harmonique sur V̊ , donc qu’il atteint
son maximum sur le bord 39 , ce maximum est donc 0. Mais le raisonnement s’applique aussi
au minimum, le champ est donc identiquement nul sur V . La matrice A est donc inversible,
et le problème est bien posé.
On peut aussi raisonner de façon variationnelle. Comme cette démonstration est plus gé-
nérale (elle peut s’appliquer au cas de la dimension infinie), nous la détaillons en complément
de la première. On construit en premier lieu une formulation variationnelle en considérant un
champ q ∈ RV̊ arbitraire, multipliant l’équation au point x par q̊(y), et en sommant sur V̊ .
On obtient
X X X
q̊(x) c(x, y)(p̊(x) − p̊(y)) = c(e)(p̊(y) − p̊(x))(q̊(y) − q̊(x)) = 0,
x y∼x e
qui est donc valable pour tout q̊ ∈ RV̊ . On reconnait les conditions d’optimalité pour la
fonctionnelle
1X
q̊ 7−→ J(q̊) = c(e)(q(y) − q(x))2 ,
2 e
où l’on a noté q le champ qui s’identifie à q̊ sur V̊ , et qui prend les valeurs aux limites imposées
sur o et Γ. Dans le cas d’un réseau connexe, avec valeur imposée au bord, il s’agit d’une
fonctionnelle quadratique positive non dégénérée, elle admet donc un minimum unique qui
39. C’est ici qu’intervient l’hypothèse de connexité. Si le réseau n’était pas connexe, on pourrait avoir des
composantes connexes qui ne contiennent ni o, ni aucun point de Γ, donc aucun point du bord. On pourrait
donc avoir une valeur constante arbitraire sur cette composante.
74
vérifie les conditions d’optimalité, d’où l’existence d’une solution. Inversement, la fonctionnelle
étant convexe, la vérification des condition d’optimalité assure le caractère minimisant, la
solution est donc unique.
Une troisième approche, très similaire à la deuxième, peut être envisagée. Bien que ce
soit un peu artificiel et redondant ici, nous en disons quelque mots car c’est cette stratégie
est en général utilisée dans le cas du problème de Poisson dans un domaine euclidien (voir
section 19, page 196). Il s’agit simplement simplement de considérer H comme l’ensemble des
champs de RV nuls en o, et H0 le sous-espace des champs nuls sur Γ. On considère alors le
problème d’optimisation ci-dessus comme posé sur l’espace affine HP ⊂ H des champs qui
valent P sur Γ. Il s’agit alors d’une conséquence directe du théorème de Lax Miligram dans
sa version affine (voir corollaire 22.26, page 229).
On remarquera que X
a(p, p) = c(e) |p(y) − p(x)|2 ,
e
est le taux d’énergie effectivement dissipée au sein du réseau : la solution de (7.2) est, parmi
les champs de pression qui vérifient les conditions aux limites, celui qui induit une puissance
dissipée minimale.
Remarque 7.7. Noter que, dans le problème d’optimisation intervenant dans la preuve pré-
cédente, on n’impose pas la loi des nœuds sur les flux associés à la pression p. La conservation
au niveau des points interieurs est conséquence du caractère minimisant de p.
Proposition 7.8. On considère un réseau (V, E, r, Γ), et l’on considère le problème de mi-
nimisation de (la moitié de) l’énergie dissipée exprimée à l’aide des flux u ∈ RE :
1X
J : u 7−→ r(e)u(e)2 ,
2 e
du(x) = f (x),
où f ∈ RV est donné, avec f = 0 sur V̊ . Ce problème est bien posé, et les conditions
d’optimalité de ce problème d’optimisation sous contraintes expriment la loi d’Ohm (ou loi
de Poiseuille dans l’interprétation fluide du réseau).
75
associé au problème est
!
1X X X
L(v, q) = r(e)u(e)2 + p(x) u(y, x) − f (x) .
2 e x y∼x
On obtient les conditions d’optimalité en écrivant que les dérivées partielles de ce Lagrangien
par rapport à chacun des flux élémentaires u(e) = u(x, y) sont nulles
r(x, y)u(x, y) − p(x) + p(y) = 0,
qui est la loi d’Ohm.
Remarque 7.9. Cette remarque est en quelque sorte duale de la proposition précédente, qui
établissait que la loi d’Ohm/Poiseuille pouvait être interprétée comme une conséquence d’un
principe de minimisation sur les flux. Si l’on considère maintenant le problème de minimi-
sation de l’énergie dissipée exprimée en termes de pressions, à partir de la loi d’Ohm (on
multiplie par 1/2 par commodité d’écriture) :
1X
P= c(x, y)(p(x) − p(y))2 ,
2 e
où l’on fixe des pressions sur Γ, les conditions d’optimalité s’écrivent
X
c(x, y)(p(x) − p(y)) = 0
y∼x
qui s’écrit du(x) = 0, pour tout x ∈ V̊ . La conservation locale (loi des nœuds) est donc une
conséquence de ce principe d’optimisation : il est optimal pour minimiser l’éneghie dissipée
d’assurer la conservation locale en tout point intérieur au réseau.
Remarque 7.10. Pour faire la synthèse entre l’approche initiale proposée, la proposition 7.8,
et la remarque 7.9, on peut remarquer que la formalisation des phénomènes considérés ici re-
pose sur trois piliers : (1) loi phénoménologique de type Ohm ou Poiseuille (2) Loi de conser-
vation locale (loi de Kirchhoff ) (3) principe de minimisation de l’énergie dissipée. Chacun
de ces ingrédients peut en fait être déduit des deux autres. Nous avons privilégié l’approche
(1)&(2) ⇒ (3), mais la proposition 7.8 assure (2)&(3) ⇒ (1), et la remarque 7.9 précise
pourquoi (1)&(3) ⇒ (2).
Definition 7.11. (Résistance équivalente d’un réseau)
Soit N = (V, E, r, o, Γ) un réseau (selon la Def. 7.1). On impose un champ de pression
uniforme P ≡ 1 sur Γ. On note p la solution du problème de Dirichlet (7.2), et par u = −cd⋆ p
le flux associé. Le flux global Q est obtenu en sommant les flux au travers de Γ, ou de façon
équivalente en considérant le flux qui sort par la racine o :
X
Q=− u(o, x) = du(o). (7.4)
x∼o
La résistance équivalente de N est définie comme R(N ) = 1/Q = 1/du(o). Par linéarité, le
flux associé à une pression uniforme P sur Γ vérifie P − 0 = RQ.
Proposition 7.12. (Loi de Joule pour un réseau)
Soit N = (V, E, r, o, Γ) un réseau, et p la solution du problème (7.2) associée à une pression
uniforme P . Le taux d’énergie dissipée dans le réseau s’écrit
P = RQ2 ,
où Q = du(o) est le flux de Γ à o.
76
Démonstration. C’est une conséquence de la formule de Green discrète (sommation par par-
ties). L’énergie dissipée s’écrit
X
P = c(x, y)(p(x) − p(y))2
E
X X X X
= p(x) c(x, y)(p(x) − p(y)) + p(x) c(x, y)(p(x) − p(y)) (7.5)
x∈V̊ y∼x x∈{o}∪Γ y∼x
| {z }
=dcd⋆ p(x)=0
X X
= P dcd⋆ p(x) = −P du(x) = P du(o) = Rdu(o)2 ,
x∈Γ x∈Γ
Remarque 7.13. Précisons les similarités et différences entre ce cadre discret et le cadre
continu (équations de Darcy (6.10), page 64). La formule de Green utilisée précédemment
X X X
c(x, y)(p(x) − p(y))(q(x) − q(y)) = q(x) c(x, y)(p(x) − p(y)),
E x∈V y∼x
est analogue à la même formule dans un domaine continu sans bord (par exemple pour l’espace
entier, ou un domaine périodique). De fait, la notion de frontière pour un réseau est arbitraire,
et nous n’avons d’ailleurs fait aucune hypothèse sur les sommets de Γ. En particulier, il
peuvent être situés au sein même du réseau, avoir un nombre arbitraire de voisins, etc . . .Nous
avons obtenu une sorte de terme de bord en décomposant l’ensemble des sommets entre V̊
et {o} ∪ Γ, et la formule obtenue n’a pas véritablement d’équivalent continu. En effet, la
transposition du cadre discret conduit à considérer le problème
−∆p = 0 in Ω \ X
où Ω est un domaine sans frontière, et X une collection finie (xi ) de points de Ω, avec une
valeur de pressions pi prescrite en xi , de telle sorte que
X
−∆p = ui δxi
i
qui serait l’équivalent discret de (7.5). Le problème est que cette expression n’a pas de sens,
car les points ont une capacité nulle en dimension d ≥ 2 (voir exercice 24.1, page 255).
Pour obtenir
R
une formule de Green avec termes de bords qui contiendraient un équivalent
discret de Γ ∂p/∂n), on doit introduire un ensemble d’ “arêtes frontières” E Γ , i.e. l’ensemble
des Γ arêtes qui contiennent un point de Γ On a alors
X X X
c(x, y)(p(x) − p(y))(q(x) − q(y)) = q(x) c(x, y)(p(x) − p(y))
E x∈V̊ y∼x
| {z }
=dcd⋆ p(x)
X X
+ q(x) c(x, y)(p(x) − p(y))
x∈{o}∪Γ y∼x
X X
= q(x)dcd⋆ p(x) − c(x, y)q(x)d⋆ p(e),
x∈V̊ e=(x,y)∈E Γ
77
qui est maintenant l’équivalent discret de
Z Z Z
∂p
k∇p · ∇q = − q∇ · k∇p + k .
Ω Ω Γ ∂n
Dans le contexte de circulation de flux étudié dans la section précédente, il est naturel
d’associer à un réseau N = (V, E, r) l’espace métrique défini de la façon suivante. En premier
lieu, on métrise V (relativement à E et r) en considérant que la longueur l’une arête e =
(x, y) ∈ E (donc la distance de x à y) est r(e). Pour deux points du réseaux non directement
connectés, on définit la distance entre eux comme la longueur du plus court chemin qui les
relie. On peut donner un peu de “corps” à cet espace métrique en considérant maintenant
chaque arête (x, y) comme un segment plein, ensemble de points définis de façon abstraite 41
comme
[e] = [x, y] = {(1 − θ)x + θy , θ ∈ [0, 1]} .
On dira que la distance de (1 − θ)x + θy à x (resp. y) est θ r (resp. (1 − θ)r). Ce choix définit
de façon immédiate une métrique sur la réunion des segments. On notera N le nouvel espace
métrique ainsi défini.
Soit un réseau N = (V, E, r) (voir définition 7.1), on considère la marche aléatoire sur V
associée aux probabilités de transitions πxy , définies par
c(x, y) X
πxy = , C(x) = c(x, y) , (7.6)
C(x) y∼x
41. Cette démarche peut en effet être menée dans un cadre assez abstrait : chaque segment de notre espace
métrique sera de fait isométrique à un segment de longueur r(e) dans Rd , mais il n’est pas nécessaire de plonger
le réseau dans l’espace euclidien pour définir le nouvel espace, pour lequel les points de bifurcation restent
des points abstraits, indépendamment de toute structure affine. On pourrait d’ailleurs décider de dédoubler
certaines arêtes, qui se retrouveraient confondues dans une réprésentation plate et rectiligne du réseau, mais
en restant différentes pour N (la distance entre leurs milieux serait par exemple r).
78
où c(x, y) = 1/r(x, y) est la conductance de l’arête (x, y). La chaı̂ne de Markov associée est
irréductible dès que le réseau est connexe, ce que nous supposerons ici. Elle admet donc une
unique mesure stationnaire (voir théorème ??, page ??), que l’on identifie immédiatement
comme C(x) (on normalise les résistances de départ de façon à ce que C soit effectivement
de masse totale égale à 1).
X0 = x , X1 , . . . , Xi ∈ Γ ∪ {o} ,
avec Xj ∈/ Γ ∪ {o} pour 0 < j < i. La valeur de P en Xi (qui est nulle si Xi = o) est
une variable aléatoire, dont on note p(x) l’espérance. On peut établir le lien suivant avec le
problème de Dirichlet (7.2).
Démonstration. Remarquons en premier lieu que les conditions de Dirichlet sont automa-
tiquement vérifiées par la probabilité p (quand x ∈ Γ ∪ {o}, l’indice i est 0, et la variable
aléatoire considérée est en fait déterministe). Considérons maintenant x ∈ V̊ . On a
X
p(x) = πxy p(y),
y∼x
de telle sorte que p est harmonique. Il s’agit donc nécessairement de l’unique solution du
problème de Dirichlet (7.2).
c(x, y)
P = (pxy )x,y∈V , pxy = for (x, y) ∈ E,
C(x)
−∆ = dcd⋆ = C (Id −P ) .
Cette propriété peut être utilisée pour obtenir une expression stochastique de la résistance
entre o et Γ. On considère le cas P ≡ 1. Le champ p défini précédemment est alors la
probabilité de fuite par Γ : pour x ∈ V , p(x) est la probabilité que la marche aléatoire issue
de x atteigne Γ avant o.
79
Proposition 7.16. On considère une marche aléatoire sur N = (V, E, r, o, Γ) issue de o,
avec des probabilités de transition données par (7.6). On a
1
= C(o) pesc , (7.7)
R
où pesc est la probabilité que la marche atteigne Γ avant de revenir en o, et R est la résistance
du réseau entre o et Γ (voir Def. 7.11).
On considère la marche aléatoire sur un réseau connexe N = (V, E, r), dont les probabilités
de transition sont définies par (7.6). Partant d’une loi de probabilité p0 sur la position initiale,
on note pn la loi que suit la position de la particule à l’étape n, définie par
X
pn+1 (x) = πyx pn (y).
y∼x
La mesure stationnaire associée à cette chaı̂ne de Markov est simplement donnée par π(x) =
C(x) (en supposant que la somme des C(x) est normalisée à 1).
Proposition 7.17. Pour toute fonction ϕ de R+ dans R convexe, la fonctionnelle
X p(x)
S : p 7−→ ϕ C(x)
x∈V
C(x)
Démonstration. On a !
X pn+1 (x)
S(pn+1 ) = ϕ C(x).
x∈V
C(x)
Chaque terme de la somme s’écrit
! !
pn+1 (x) X c(x, y) pn (y) X c(x, y) pn (y)
ϕ C(x) = ϕ C(x) ≤ ϕ C(x)
C(x) y∼x C(x) C(y) y∼x C(x) C(y)
On a donc finalement
X pn (y) X X pn (y)
XX pn (y)
S(pn+1 ) ≤ c(x, y)ϕ = c(x, y) = C(y),
x∈V y∼x
C(y) y C(y) x∼y y C(y)
80
Corollaire 7.18. En prenant ϕ(a) = a log a, on obtient en particulier la décroissance de l’en-
tropie relative (ou divergence de Kullback-Leibler) de p relativement à la mesure stationnaire
C :
X ρ(x) ρ(x) X ρ(x)
S(p) = log C(x) = ρ(x) log .
x∈V
C(x) C(x) x∈V
C(x)
Plan de transport
Etant donnée une distribution de probabilité p0 définie sur les sommets d’un réseau résistif
N = (V, E, r), ce qui précède revient à définir un plan de transport vers une nouvelle mesure
discrète p1 . En effet, avec des notations naturelles, le plan γ ∈ RV+×V défini par
c(y, x) X
γyx = πyx p0 (y) , πyx = , C(y) = c(y, x) , c(x, y) = r(x, y)−1
C(y) x
transporte p0 vers p1 (on a γ = (γyx ) ∈ Πp0 ,p1 avec les notations du début de la section 17,
page 148).
On peut établir une équation d’évolution sur le réseau, en définissant de façon différente
la marche aléatoire : on considère que, pour τ ∈]0, 1], on reste sur place avec une probabilité
1 − τ , et l’on se déplace avec probabilité τ , le déplacement se fait alors selon la loi définie
par (7.6). On note pnτ la loi d’un point évoluant suivant ces principes, on a
X
pn+1
τ (x) = (1 − τ )pnτ (x) + τ πyx pnτ (y),
y∼x
d’où
pn+1
τ (x) − pnτ (x) X
= −pnτ (x) + πyx pnτ (y),
τ y∼x
On obtient une structure plus familière en considérant la variable ρ(x) exprimant la densité
de p relativement à la mesure stationnaire C (cette mesure stationnaire est de façon évidente
la même pour la marche aléatoire initiale, et pour cette nouvelle version alourdie), i.e. ρ(x) =
p(x)/C(x). En divisant l’équation précédente par C(x) on obtient
dρ X
(x) + ρ(x) − π(x, y)ρ(y),
dt y∼x
81
7.4 Modèle de flânage
Évolution pilotée par l’intérêt On considère chaque travée affectée d’un score, qui quanti-
fie l’intérêt du promeneur pour la travée en question. On suppose que le promeneur arrivé au
noeud x est capable d’estimer, par vision directe, le score associé aux différentes arêtes issues
de x. On définit une marche aléatoire sur le réseau en affectant aux différentes possibilités
des probabilités proportionnelles au score, ce qui conduit à la définir la matrice de transition
suivante (on écrit a ∼ b si (a, b) ∈ E)
s(x, y)
X si y∼x
s(x, z)
K(x, y) = z∼x
0 si (x, y) ∈
/E
On se retrouve donc dans le cadre de la section 7.3, où les conductances sont ici remplacées par
des scores, mesurant l’intérêt relatif des différentes travées pour le flâneur. Ce modèle est de
façon évidente loin d’être satisfaisant, en particulier le flâneur ainsi modélisé est d’une certaine
manière sans mémoire : il est susceptible de revenir sur ces pas, pour revisiter la travée qu’il
vient de quitter. Nous décrivons ci-dessous quelques extensions possibles du modèle, de façon
à le rendre plus réaliste (au prix d’un éloignement du cadre formel décrit dans la section 7.3).
Extensions
Le parcours effectif d’une personne dans un tel contexte peut difficilement se concevoir
comme un processus purement Markovien, tel que décrit ci-dessus. Il est raisonnable d’intégrer
des ingrédients supplémentaires dans le modèle d’évolution, notamment :
Une heuristique simple pour gérer ces différents points est la suivante :
On se donne une matrice de scores à l’instant n : S n = (s(x, y)) ∈ RE + . Partant d’un point
x, on récupère les scores de la ligne correspondant à x : (s(x, y)). Venant de z, on multiplie le
score s(x, z) par un facteur d’inhibition fback ∈ [0, 1[. On note ns le nombre de pas effectués
sans avoir changé de direction. On prend en compte la persistence en multipliant le score de
(x, ys ) par un facteur du type
fs = 1 + k exp (−ns /Ns ) ,
82
où Ns est une longueur typique de trajectoire rectiligne avant changement de direction. On
calcule ensuite les probabilités de transition en normalisant les scores. Si le sommet suivant
est y, on multiplie le score s(x, y) par un facteur d’inhibition fm ∈ [0, 1[ qui prend en compte
la réduction de l’intérêt que l’on accorde à une travée déjà visitée.
On considère un réseau N = (V, E, Γ) (la racine n’est plus ici distinguée comme un point
particulier de la frontière) plongé dans l’espace euclidien Rd , c’est à dire que chaque sommet
de V est associé à un point x de Rd , et les côtés sont associés aux sommets entre ces points. On
suppose que la correspondance Sommet 7→ Point est injective, et on suppose que les segments
ne se croisent pas 42 . Nous simplifierons les notations en ne faisant pas de distinction entre les
sommets du réseau abstrait et les points de Rd associés. On considère une collection de flux
u ∈ RE supposée obéir à la loi de Kirchhof sur les sommets intérieurs. On note ~e la mesure
vectorielle associée à l’arête e. Plus précisément, pour tout
y−x
e = (x, y) ∈ Rd × Rd , ne =
|y − x|
où la divergence d’une mesure vectorielle est la distribution d’ordre 1 définie par
X Z y X X X
=− u(e) ∂ϕ/∂s ds = − u(e) (ϕ(y) − ϕ(x)) = ϕ(x) u(x, y)
e∈E x e∈E x∈V y∼x
X X
=− du(x)ϕ(x) = − du(x)hδx , ϕi,
x∈V x∈Γ
83
Remarque 7.20. Dans le cas où Γ se décompose en Γ0 (entrée) et Γ1 (sortie), qui portent
respectivement les mesures (positives, de même masse) µ0 et µ1 , considérées comme des flux,
et auxquelles on associe les mesures atomiques (on garde la même notation)
X X
µ0 = µ0 (x)δx , µ1 = µ1 (x)δx ,
x∈Γ0 x∈Γ1
Le cadre introduit dans la section précédente permet de formaliser une classe très générale
de problèmes, qui n’ont été considérés que récemment, et qui suscitent de fait un grand
nombre de questions encore ouvertes 43 . On considère deux mesures atomiques µ0 et µ1
sur Rd , de supports finis (et disjoints, pour simplifier), de même masse totale (par exemple
1), et l’on note Λµ0 ,µ1 l’ensemble des réseaux (V, E, Γ) plongés dans Rd (les sommets sont
identifiés à des points de Rd , et les arêtes à des segments 44 reliant ces points), tels que
supp(µ0 ) ∪ supp(µ1 ) = Γ. Pour tout N ∈ Λµ0 ,µ1 , tout champ de flux u ∈ RE , on note Gu
la mesure vectorielle associée à u (on considérera que la notation u encode non seulement le
champ des valeurs des flux, mais aussi le réseau N sur lequel ils sont définis) selon (7.9) (voir
section 7.5). On dira que u est admissible, ce qu’on écrira u ∈ Πµ0 ,µ1 , si
∇ · Gu = µ0 − µ1 , (7.10)
Remarque 7.21. Il est tentant de dire que u transporte µ0 , vers µ1 . On prendra cependant
garde au fait que ce transport est très différent de celui définit dans le cadre du transport
optimal (voir section 17). On ne se préoccupe notamment pas ici de savoir “qui va où” : si
l’on considère par exemple une bifurcation de mélange (deux arêtes rentrantes 1 et 2 et une
arête sortante), suivie (sur l’arête sortante) par une bifurcation de séparation (deux arêtes
sortantes 1′ et 2′ ), la seule connaissance de u ne donne pas d’information sur la proportion
dans 1′ de matière venant de 1. Par ailleurs, µ0 et µ1 doivent ici être vus comme des flux
(quantité de matière par unité de temps) plus que comme des masses statiques. On peut
évidemment passer de l’un à l’autre en intégrant l’équation (7.10) sur un temps unitaire,
mais le problème se pose bien ici nativement en termes de flux.
84
Le contexte physique d’intensité électrique ou d’écoulement fluide suggère un choix α =
2, qui correspondrait à la situation suivante : on considère des sources électriques, et des
puits, il s’agit de faire passer une intensité prescrite entre ces puits et ces sources au travers
d’un réseau de fils électrique de caractéristique donnée (résistivité prescrite, donc résistance
proportionnelle à la longueur), en minimisant la puissance dissipée. Ce problème est dégénéré,
comme on peut s’en convaincre en considérant le cas de deux masses de Dirac. En reliant les
électrodes ponctuelles par des fils 45 en nombre croissant (en parallèle), on fait diminuer la
résistance, et donc la puissance dissipée, l’infimum est ainsi nul, et n’est pas atteint 46 .
Les problèmes de transport branché tels qu’on les conçoit généralement portent sur le
cas d’une puissance inférieure à 1, qui exprime une diminution du coût de transport par
mutualisation de l’usage des segments (on peut penser à un réseau routier). Le cas α = 0
correspond au problème dit de Steiner, qui consiste à trouver un réseau reliant tous les
points, en minimisant la longueur totale du réseau. Le cas α = 1 correspond essentiellement
au problème de Monge, pour le coût associé à la distance euclidienne (qui correspond à
la distance W1 ). Pour le cas α ∈]0, 1[, le plus riche, on se reportera à l’ouvrage “Optimal
Transportation Networks” 47 .
Nous donnons ici quelques éléments sur l’étude de réseaux infinis, en prolongement direct
de ce qui a été vu précédement. On considère un réseau N = (V, E, r, o), où V est un ensemble
dénombrable de sommets, et o un sommet particulier. On supposera que le degré (nombre
de voisins) des sommets est uniformément majoré, et que le réseau est connexe. On notera la
disparition de Γ dans la définition ci-dessus : l’un des problèmes essentiels dans ce contexte
est précisément de déterminer si l’infini (dans un sens à préciser) est susceptible de jouer le
rôle de cette frontière Γ. On définit l’espace d’énergie
( )
X 2
H= q ∈ RV , q(o) = 0 , c(x, y) |q(y) − q(x)| < +∞ ,
e
qui est un espace de Hilbert pour la norme associée canoniquement à la condition d’apparte-
nance, et
H0 = D,
adhérence des champs à support fini dans H.
On peut définir la résistance R ∈]0, +∞] de ce réseau (sous entendu : entre o et l’infini)
comme la limite quand N tend vers +∞ de RN , resistance du sous-réseau des points à dis-
tance 48 au plus N de o (avec ΓN défini comme l’ensemble des sommets à distance exactement
N de o).
45. Le fait que les fils, selon nos hypothèses, doivent être rectilignes, ne pose pas de problème, on peut
construire un faisceau de fils distincts, en considérant des trajets affines par morceau.
46. On peut faire un lien avec le fait que la diffusion dans un domaine continu, par exemple d’une source
ponctuelle à un puit ponctuel, tend à uniformiser les flux, ce qui correspond d’une certaine manière à une
infinité de fils conducteurs en parallèle.
47. Voir : M. Bernot, V. Caselles, J.-M. Morel, Optimal Transportation Networks, Models and Theory,
Lecture Notes in Mathematics.
48. Il s’agit ici de la distance canonique définie sur le graphe, telle que deux points connectés sont à distance
1.
85
On énoncera simplement un résultat fondamental 49 établissant un lien entre les espaces
fonctionnels ci-dessus, la résistance globale du réseau, et le comportement de la marche aléa-
toire associée canoniquement au réseau.
Théorème 7.22. Les trois assertions suivantes sont équivalentes :
On notera que l’équivalence entre (i) et (ii) est une généralisation de la proposition 11.1,
page 121, qui se limitait au cas d’un réseau linéaire infini dans une direction.
Des chercheurs japonais 50 ont récemment mis en évidence la capacité de certaines moisis-
sures à constituer des réseaux de transport de nourriture qui présentent à la fois une certaine
forme d’optimalité globale et une grande robustesse (vis-à-vis par exemple de la disparition
brusque d’une branche). Ils ont proposé un modèle dynamique d’évolution d’un réseau exis-
tant basé sur les principes suivants. Le point de départ est un réseau résistif, qui réalise le
transport d’un flux entre des points-sources et des points-puits, que l’on définit comme Γ0
et Γ1 , sous-ensemble de l’ensemble des sommets V . On note µi ∈ RΓi , i = 0, 1, les flux
correspondants (tous deux identifiés à des mesures positives).
La loi des nœuds est vérifiée en tout point intérieur au réseau, et le flux au travers d’un
côté est régi par une loi de type Ohm (ou Poiseuille)
D
u(x, y) = (p(x) − p(y)),
L
où L est la longueur de l’arête, et D une mesure de sa conductivité 51 . Pour un réseau donné,
avec sa collection de conductivités Dij , et une collection de flux d’entrée et de sortie prescrits,
on peut calculer les pressions et flux au travers des arêtes en résolvant un problème de Darcy
discret avec condition de flux imposé
u + cd⋆ p = 0 sur E,
du = 0 sur V̊ ,
(7.11)
du = −µ0 sur Γ0
du = µ1 sur Γ1
Noter que, avec des notations évidentes, on peut regrouper les trois dernières équations en
du = −µ0 + µ1 sur Γ.
49. Pour la démonstration, voir par exemple :
P. M. Soardi, Potential Theory on Infinite Networks, Springer-Verlag Berlin and Heidelberg 1994.
50. A. Tero, S. Takagi, T. Saigusa, K. Ito, D. P. Bebber, M. D. Fricker, K. Yumiki, R. Kobayashi, T.
Nakagaki, Rules for Biologically Inspired Adaptive Network Design, SCIENCE, Vol. 327, 2010.
[Link]
51. Pour un écoulement fluide au travers de tuyaux à section circulaire, D représenterait le diamètre à la
puissance 4, voir l’équation (6.20), page 68.
86
On peut éliminer les flux pour se ramener à un problème de Poisson sur la pression
Remarque 7.23. On notera l’absence de conditions aux limites dans le problème ci-dessus.
On peut retrouver une analogie avec un problème aux limites sous forme standard en dis-
tinguant les points intérieurs des points sur Γ0 et Γ1 . On écrira alors que la fonction est
harmonique sur les points intérieurs, et vérifient sur les bords des conditions de type Neu-
man :
du(x) = −dcd⋆ p(x) = −µ0 sur Γ0 ,
mais comme on le voit, dans le cadre discret, ce choix ne fait que compliquer l’écriture. En
fait, dans le contexte discret, la frontière étant un sous ensemble de points de même nature
que les points intérieurs, on peut considérer que les conditions aux limites de Neuman n’ont
pas lieu d’être considérées, puisque tout problème à flux imposé sur la “frontière” peut s’écrire
comme un problème de Poisson sur le domaine entier (les termes de flux passent dans le
second membre du problème de Poisson).
Remarque 7.24. Comme dans le cas du problème de Neuman dans un domain euclidien, la
pression est définie à une constante additive près.
On choisit alors de faire évoluer les conductivités en favorisant les arêtes les plus actives :
dDxy
= G(|u(x, y)|) − Dxy ,
dt
où G( · ) est une fonction croissante, nulle en 0. Les auteurs considèrent par exemple des
fonctions du type
qγ
G(q) = .
1 + aq γ
Remarque 7.25. L’arbre qui illustre la couverture de ce cours polycopié est obtenu par la
résolution numérique d’un problème d’évolution qui est la version continue de ce problème
discret.
87
8 Vibrations
−∆u = λu dans Ω,
0 < λ1 ≤ λ2 ≤ · · · ≤ λk ≤ . . . , λk −→ +∞,
Si le domaine est connexe, on peut montrer que la première valeur propre λ1 est simple.
Pour les autres, on peut juste affirmer que le sous-espace propre associé est de dimension finie.
On parlera parfois “du” k-ième vecteur propre, il s’agit d’un abus de langage, seul le premier
est défini de façon unique (au signe près). On peut par ailleurs montrer que la première
fonction propre garde un signe (strict) constant dans Ω. La deuxième fonction propre (plus
précisément toute fonction propre associée à λ2 ), orthogonale à la première pour le produit
scalaire L2 , change nécessairement de signe sur Ω. D’après la remarque 22.44, on a par ailleurs
Z
|∇v|2
Ω
λk+1 = min Z ,
Fk⊥ v2
Ω
avec Fk = vec(w1 , . . . , wk ).
Remarque 8.1. Pour tout k ≥ 1, la fonction wk étant de norme 1 dans L2 (Ω), la fonction
wk2 peut être vue comme une densité de probabilité sur Ω. L’étude de cette suite de densité
lorsque k tend vers +∞ a suscité et suscite encore une activité considérable, sur des domaines
de l’espace euclidien ou sur des variétés Riemanniennes 52 .
On peut calculer explicitement les éléments propres du Laplacien dans le cas d’un paral-
lélépipède rectangle.
52. On pourra se reporter à
[Link]
pour une description des problématiques sous-jacentes.
88
Proposition 8.2. Les fonctions propres et valeurs propres du Laplacien avec conditions
de Dirichlet homogènes dans un parallélépipède L1 × · · · × Ld de Rd sont (du fait de la
structure tensorielle de la propriété, nous adoptons une indexation multi-indicées des éléments
propres) : s
2d k1 πx1 kd πxd
wk1 ...kd = sin . . . sin ,
L 1 . . . Ld L1 Ld
2 2 !
2 k1 kd
λk1 ...kd = π + ··· + .
L1 Ld
Estimation effective de λ1
Or la proposition 8.2, donne l’expression de la plus petite valeur propre dans un rectangle
L1 × L2 :
2 1 1
λ1 = π + .
L21 L22
Ces propriétés permettent d’encadrer assez précisément Λ1 pour des domaines pas trop éloi-
gnés d’un rectangle. Ainsi, pour le domaine représenté sur la figure 8.1, on a
! !
2 1 1 2 1 1
π + 2 + ≤ λ1 ≤ π − 2 + .
(L1 ) (L+
2)
2 (L1 ) (L−
2)
2
On cherche à décrire dans cette section le mouvement d’une corde élastique de longueur L,
fixée à ses extrémités, et soumise à une force de frottement avec le milieu extérieur milieu qui
s’oppose au mouvement transversal 53 . Dans l’hypothèse de petits déplacements, l’équation
s’écrit
1
∂tt u + ∂x u − c2 ∂xx u = 0,
τ
où u(x, t) est le déplacement vertical à l’abscisse x et au temps t.
53. Nous verrons que le fait d’écrire cette force comme proportionnelle à la vitesse de déplacement est typique
de la dimension 1, i.e. de la corde vibrante, et perd sa légitimité lorsque l’on s’intéresse à la vibration d’une
membrane.
89
L2+
Ω
L1−
L2−
L1+
Remarque 8.3. En plus d’un effet d’amortissement des vibrations, la présence d’un fluide
environnant est susceptible d’entrainer un autre effet, dit de masse ajoutée. En effet, la vibra-
tion locale de la corde entraine un vibration de l’air environnant, qui est lui même un fluide
avec une certain densité, de telle sorte que l’élément de corde se voit alourdi en quelque sorte
d’une masse supplémentaire, qui va entrainer une réduction des fréquences propres.
L’opérateur −∂xx sur ]0, L[ avec conditions de Dirichlet admet une suite infinie de valeurs
propres λk , et une base Hilbertienne wk de vecteurs propres associés. Dans cas d’un domaine
monodimensionnel, on peut expliciter
r
2 πkx π2 2
wk (x) = sin , λk = k .
π L L2
La projection de cette équation sur les modes propres (voir théorème 22.46) conduit à l’équa-
tion caractéristique
1
µ2 + µ + c2 λk = 0,
τ
d’où r !
± 1 1 1
µk = − ± − 4c2 λk .
2 τ τ2
On s’intéresse ici aux phénomènes de vibration, et l’on suppose que le temps√caractéristique
d’amortissement τ est grand devant la plus grande des périodes propres 1/c λ1 . On a alors
un régime d’oscillations amorties pour chacun des modes,
r s
1 1 p 1
µk = − ± iωk , ωk = λk c2 − = c λk 1 − 2 .
2τ 4τ 4c λk τ 2
90
Les fréquences de vibration de la corde s’écrivent donc
s
ωk c 1
fk = = k 1− 2 .
2π 2L 4c λk τ 2
√
Dans l’hypothèse τ << 1/c λ1 , on retrouve les fréquences harmoniques, multiples entiers de
la fondamentale f1 = c/2L.
Remarque 8.4. (Construction de la gamme tempérée)
A partir d’une fréquence fondamentale, on peut construire de nouvelles notes formant un ac-
cord harmonieux avec la fondamentale en considérant les premières harmoniques, en dehors
des puissances de 2 (qui correspondent à la même note à l’octave). La première harmo-
nique riche correspond donc à k = 3. On peut ainsi construire une note en ramenant cette
harmonique 3 entre la fondamentale et l’octave du dessus, i.e. en multipliant la fréquence
fondamentale par 3/2. On obtient ce qu’on appelle un intervalle de quinte. Partant d’un La,
il s’agit du premier Mi plus aigu. En poursuivant ce principe (i.e. en multipliant la fréquence
par 3 et en divisant par 2 ou 4 pour ramener les notes entre f1 et 2f1 ), on peut construire
les notes successives par intervalles de quintes : La, Mi, Si, Fa ♯, etc .... Pour construire un
système de notes exploitable, il est préférable que le nombre de notes ainsi construites soit fini.
Il ne l’est pas a priori , car on ne retombe jamais sur la première note. En effet, il n’existe de
façon évidente aucun couple d’entiers m et n strictement positifs tels que 3m /2n = 1. Mais il
se trouve que , pour m = 12, on tombe très près d’une puissance de 2 :
312 /219 ≈ 1.014 . . .
Il a donc été décidé de limiter le nombre de notes à 12. Dans les temps anciens, les gammes
utilisées par les instrumentistes respectaient certaines quintes exactes, de telle sorte que les
différentes tonalités avaient une vraie personnalité (les intervalles relatifs n’étaient pas les
mêmes). On a néanmoins décidé il y a quelques siècles d’utiliser une gamme tempérée, avec
des rapports de fréquences intervalles uniformément répartis : à partir d’une fréquence fon-
damentale, les douze notes de la gamme chromatique sont obtenues par multiplication de la
fréquence précédente par 21/12 , de telle sorte que, par exemple, le rapport de fréquences entre
La et Mi, dans le système tempéré, est 27/12 = 1.498. . .6= 3/2.
Il peut être en particulier intéressant d’étudier différents modes de créations du son. Une
attaque percussive et localisé, correspondant au piano, peut par exemple être modélisé (de
façon sommaire) par u0 = 0, et u1 l’opposé de la fonction caractéristique d’un petit intervalle
dans ]0, L[, correspondant à la zone de percussion du marteau sur la corde. Pour le cas d’une
corde pincée, on prendra u1 = 0, et pour u0 une fonction continue affine par morceaux avec
un point de saut des dérivées dans l’intervalle (lieu de pincement de la corde).
91
8.3 Problème bidimensionnel : le tambour
On s’intéresse ici au son produit par la vibration d’une membrane bidimensionnelle atta-
chée au bord d’un domaine Ω du plan. L’équation vérifiée par le déplacement vertical u(x, t),
avec x ∈ Ω, s’écrit, si l’on néglige les frottements,
∂t u − c2 ∆u = 0.
∂t u − ν∂t ∆u − c2 ∆u = 0.
On note (λk ) la suite des valeurs propres de l’opérateur −∆, et (wk ) la base hilbertienne des
fonctions propres associées. Dans certains cas (e.g. si le domaine est rectangle) on dispose
d’une expression explicite des λk et wk . Dans le cas général, on peut les approcher numéri-
quement (voir section 8.5 ci-après). Pour chaque mode k, on a l’équation caractéristique :
µ2 + νλk µ + c2 λk ,
d’où q
1
µ±
k = −νλk ± ν 2 λ2k − 4c2 λk .
2
Contrairement au cas de l’amortissement faible, pour lequel il était possible que tous les
modes soient oscillants, il apparaı̂t ici que seuls les premiers modes sont oscillants, puisque le
discriminant est positif pour k assez grand. comme nous nous intéressons ici aux phénomènes
vibratoires, nous précisons l’expression de µk pour les premiers modes, k ≤ K, pour lesquels
le discriminant est négatif :
r s
1 1 p ν 2 λk
µk = − νλk ± iωk , ωk = λk c2 − ν 2 λ2k − = c λk 1 − , k ≤ K,
2 4 4c2
où K est le plus grand mode oscillant, i.e. le plus grand entier tel que ν 2 λk /4c2 ≤ 1.
On s’intéresse ici au phénomène de vibration d’une colonne d’air dans un domaine percé
de trous vers l’extérieur, comme peut se représenter un instrument à vent comme une flute
54. Dans le cas d’une corde, on peut considérer que l’on a localement un cylindre qui se déplace transversa-
lement à son axe, de telle sorte que l’air environnant exerce une force visqueuse qui s’oppose à ce mouvement.
Une telle vision n’a pas de sens pour un membrane dimensionnelle. L’apparent paradoxe vient simplement du
fait que la corde réelle, comme la membrane réelle, sont plongées dans le même espace physique de dimension
3. C’est le fait que le co-dimension de l’objet en mouvement soit 2 qui permet de donner un sens au frottement
opposé au déplacement (l’air environnant peut faire le tour de l’objet). L’essentiel de la dissipation va provenir
de forces de frottement internes à la structure elle-même
92
ou un tuyau d’orgue. La justification physique du modèle est très différente : le mouvement
vibratoire de l’air, considéré comme un gaz parfait compressible, est décrit par les équations
d’Euler barotropes linéairisées autour d’un état stationnaire (pression et densités uniformes),
i.e. le système (6.5)(6.6), page 59. En utilisant une loi du type p = ργ , on obtient une équation
sur la seule densité (supposé varier faiblement autour de la densité de référence) :
∂tt ρ − β∆ρ = 0,
aux conditions normales de températures et de pression (p0 = 105 Pa, ρ0 = 1.2 kg m−3 ), avec
γ = 1.4 (coefficient isentropique).
Dans ce contexte, l’imperméabilité des parois (bords internes de l’instrument) impose une
vitesse normale identiquement nulle, et donc (voir équation (6.7)), une dérivée normale de la
pression (et par extension de la densité) nulle. Au niveau des trous, on fait l’approximation
que l’air dans le domaine se trouve en contact avec l’air extérieur qui impose la pression (et
donc la densité) de référence. L’équation étant maintenant linéaire, on peut travailler sur
la densité relative à la densité de référence. En conséquence, l’équation des ondes ci-dessus
se voit affecter des conditions de Neuman homogène sur les parois solides, et conditions de
Dirichlet homogène au niveau des trous. C’est l’imposition de ces conditions de Dirichlet par
ouverture des trous (en décollant les doigts) qui permet d’augmenter la plus petite valeur
propres du Laplacien, et par suite la fréquence fondamentale de la note produite (qui varie
comme la racine carré de λ1 ).
Précisons que le mécanisme complet de création d’une note de musique dans ce contexte
est beaucoup plus complexe, notamment du fait qu’il est nécessaire de maintenir un for-
çage vibratoire permanent (en soufflant dans l’instrument), sans quoi la vibration s’amortit
immédiatement.
0 < λ1 ≤ λ2 ≤ · · · ≤ λk ≤ . . . , λk −→ +∞,
93
Discrétiser ce problème par éléments finis consiste simplement à écrire la formulation
variationnelle sur un espace de dimension finie Vh ⊂ H1 (Ω), par exemple l’espace d’éléments
finis 55 dit “P 1 ” décrit dans la section 19.2. Le problème s’écrit alors
Z Z
∇uh · ∇vh = λ uh vh ∀vh ∈ Vh ,
Ω Ω
ou, sous forme matrice (ou note simplement u le vecteur des coordonnées de uh dans la base
canonique de Vh )
Au = λM u,
où A est la matrice de rigidité, et M la matrice de masse. La matrice A est par construction
symétrique définie positive, ce problème admet donc des solutions du type
où Nh est la dimension de Vh , et une suite (wkh ) de vecteurs propres associés. On peut montrer,
que, pour tout k fixé, λhk tend vers la k-ième valeur propres du Laplacien (voir section 19.4).
Le logiciel Freefem++ permet un calcul effectif des premiers modes. Après définition du
domaine et de l’espace de discrétisation, on construit les formulations variationnelles des deux
membres de l’équation aux valeurs propres, et on assembles les matrices associées :
varf Lap(u,v)=
int2d(Th)(dx(u)*dx(v)+dy(u)*dy(v))+on(1,u=0);
varf Mass(u,v)= int2d(Th)(u*v) ;
matrix A= Lap(Vh,Vh,solver=CG);
matrix B= Mass(Vh,Vh);
On construit ensuite les tableaux destinés à acceillir les valeurs propres et fonctions propres
(nev est le nombre de mode que l’on souhaite estimer), et on appelle une routine qui va
calculer ces modes (k est le nombre de modes effectivement calculés par l’algorithme)
real[int] ev(nev);
Vh[int] e(nev);
int k=EigenValue(A,B,sym=true,value=ev,sigma=0,vector=e);
55. À strictement parler cet espace n’est pas conforme en général, i.e. Vh 6⊂ H01 (Ω). En effet, dans le cas
d’un domaine polyhédrique, on peut construire une suite de triangulations (voir définition 19.14) conformes, qui
recouvrent exactement le domaine Ω, et dans ce cas la théorie (par exemple la proposition 19.19) s’applique. Si
la frontière de Ω est courbe, la frontière de la triangulation ne suit pas exactement le domaine. Si le domaine
est convexe par exemple, on a inclusion stricte du domaine discret dans Ω. S’il n’est pas convexe, une partie
du domaine discret dépasse du vrai domaine. Nous dirons simplement ici que ce défaut de conformité ne remet
pas en question la qualité d’approximation de la méthode, ni même l’ordre 1 de convergence de la méthode.
En revanche, si l’on utilise des éléments finis d’ordre plus élevé, pour lesquels on pourrait espérer avoir un
ordre d’approximation strictement supérieur à 1, le défaut de conformité géométrique risque de réduire l’ordre
de convergence effectif.
94
9 Modèles granulaires de mouvements de foules
On suppose qu’une vitesse souhaitée Ui est attachée à chaque individu, et que la vitesse
effective de la population est la plus proche (pour la norme euclidienne) de la vitesse globale
souhaitée, parmi les vitesses admissibles. L’ensemble des vitesses admissibles est défini par 56
n o
Cq = v = (v1 , . . . , vN ) ∈ RN , qi+1 − qi − 2r = 0 =⇒ vi+1 − vi ≥ 0 .
Formulation point-selle
95
Proposition 9.1. Le problème consistant à minimiser la fonctionnelle J (définie par (9.5))
sur Cq (défini par (9.2)) est équivalent à la formulation point-selle suivante
u + B ⋆ p = U,
Bu ≤ 0,
(9.3)
p ≥ 0,
Bu · p = 0.
Démonstration. Les contraintes étant affines, elles sont automatiquement qualifiées (défini-
tion 25.27, page 277). La proposition 25.28 assure donc l’existence d’un vecteur p de multipli-
cateurs de Lagrange tel que le système (9.6) ci-dessus soit vérifié. Réciproquement, si (u, p)
est solution du système, le théorème 25.37, page 281 assure que ce couple est point-selle du
Lagrangien
1
L(v, q) = |v − U |2 + q · Bv,
2
et donc que u minimise la fonctionnelle quadratique sous la contrainte Bu ≤ 0 (d’après la
proposition 25.36, page 280).
Si l’on considère une rangée de personnes 1, . . ., N saturée, i.e. chaque individu est en
contact avec ses voisins la matrice des contraintes s’écrit
1 −1 0 . . . ...
0 1 −1 . . . ...
B=
.. ..
0 0 . . ...
0 0 ... 1 −1
Cette matrice exprime une version discrète de −∂x (opposé de la divergence en dimension
1), et B ⋆ correspond à ∂x (gradient). Dans le cas où toutes les contraintes sont saturées (par
exemple si l’on suppose que les vitesses souhaitées sont décroissantes : les personnes devant
ont tendance à aller moins vite que les personnes derrière), on aura Bu = 0, ce qui implique
BB ⋆ p = BU.
Remarque 9.2. Les remarques précedentes (sur le fait que B encode l’opposé d’une diver-
gence discrète) renforcent l’analogie formelle entre le problème (9.6) et le problème de Darcy,
96
telle qu’elle apparaı̂t pour modéliser les écoulements en milieux poreux (équation (6.10),
page 64, ou sous forme plus abstraite dans le cadre des réseaux résistifs (équation (7.1),
page 73).
Remarque 9.3. Cette formulation permet de comprendre, dans un contexte très simplifié,
les phénomènes d’accumulation de pression au sein d’une foule présentant des tendances
concentrantes (ce qui se traduit ici par une divergence de la vitesse discrète négative, i.e. BU
localement positif ). Si l’on considère par exemple le cas de N/2 personnes souhaitant aller vers
la droite, et N/2 personnes, sur leur droite, souhaitant aller vers la gauche, BU est la version
discrète d’une masse de Dirac au point de contact entre les deux populations, et le champ de
pression est de type affine par morceaux (fonction chapeau), avec une pression maximale au
point de jonction. Toute choses égales par ailleurs, la pression maximale tend vers +∞ quand
le nombre d’individu tend vers +∞, dans ce contexte de “mêlée” monodimensionnelle. Notons
aussi que le le caractère sphère dure du modèle considéré conduit à des effets non locaux,
avec propagation de l’information à vitesse infinie au sein du réseau de personnes. Dans
l’exemple ci-dessus, le chagement de vitesse souhaitée d’un individu particulier va changer
instantanément les vitesses réelles de tous les individus.
On représente comme précédemment les individus par des disques de rayon r, on introduit
le vecteurs des positions :
q = (q1 , q2 , . . . , qN ) ∈ R2N .
L’ensemble des configurations admissibles est défini par
n o
K = q ∈ R2N , Dij = |qj − qi | − 2r ≥ 0 ∀i 6= j .
Notons Gij = ∇Dij (q) le gradient de la fonction distance de i à j. Le cône des vitesses
admissibles associé à une configuration q est alors
Cq = {v , Dij (q) = |qj − qi | − 2r = 0 ⇒ Gij · v ≥ 0} . (9.4)
Noter que Gij ∈ R2N n’a que 4 composantes non nulles, correspondant aux positions des
individus i et j. Le modèle d’évolution exprime simplement le fait que la vitesse effective de
la population est la plus proche au sens des moindres carrés de la vitesse souhaitée :
q̇ = PCq U (q),
où PCq est la projection pour la norme euclidienne sur le convexe fermé Cq , définie de façon
unique (proposition 22.7, page 224) et stable (proposition 22.10).
97
r
r
−eij qi eij
Dij
qj
Formulation point-selle
où chaque ligne de la matrice B exprime une contrainte de non chevauchement entre deux
disques en contact dans la configuration courante. Plus précisément, pour 2 entités i et j en
contact, on définit le vecteur unitaire centre à centre (voir figure 9.1)
qj − qi
eij = .
|qj − qi |
Le gradient de la distance entre i et j, vue comme fonction de l’ensemble des degrés de liberté,
s’écrit
Gij = (0, . . . , 0, −eij , 0, . . . , 0, eij , 0, . . . , 0) ∈ R2N .
−Gij · u ≤ 0 ∀i ∼ j, (9.6)
p ≥ 0,
Gij · u > 0 =⇒ pij = 0.
98
j
i k
−Gij · u ≤ 0,
où Gij est le gradient de la distance Dij = |qj − qi | − ri − rj par rapport à q = (q1 , . . . , qN ).
L’opérateur discret B ⋆ a été identifié dans le cas de la dimension 1 à un gradient discret.
Considérons dans le cas présent une collection p de multiplicateurs de Lagrange. L’opération
−B ⋆ réalise l’action de ces forces d’interaction sur le réseau primal de degré de liberté associés
aux centres des particules. dans le cas d’une configuration structurée, (par exemple réseau
cartésien, ou réseau triangulaire comme représenté sur la figure 9.4) un champ de pression p
uniforme est de gradient discret nul sur les points intérieurs au réseau 57 . Cependant, dans le
cas général, (quand l’arrangement des disques ne présente pas de symétrie particulière), cette
propriété est invalidée. Par exemple dans le cas de la figure 9.2 on vérifiera immédiatement
que la somme des vecteurs unitaires pointant vers l’intérieur de chacun des deux grains en
gras n’est pas nulle. Le cas bidimensionnel non structuré présente une autre particularité.
Considérer le cluster représenté sur la figure 9.4. Le nombre de disques est 14, donc le nombre
57. On retrouve ici la version discrète d’annulation du gradient d’une fonction constante. Plus précisément,
pour comprendre la présence d’une résultante non nulle au bord, on peut penser, dans le cas continu, au gradient
faible d’une fonction caractéristique d’un domaine borné. Son gradient est effectivement nul à l’intérieur, nul à
l’intérieur de l’extérieur, mais il s’identifie globalement à une distribution vectorielle de simple couche supportée
par la frontière de l’ensemble.
99
de degrés de liberté primaux est 28, et le nombre de contacts (nombre de degrés de liberté
duaux) est 29. En conséquence, le noyau de B ⋆ ∈ M29,28 (R) est non trivial : il existe un
champ de pression non identiquement nul (mais nul au bord d’une certaine manière, selon la
remarque ci-dessus), induisant une force non nulle sur les grains 58 . Une conséquence de ces
comportements pathologiques est que l’opérateur discret BB ⋆ , que l’on pourrait être tenté
de considérer comme un Laplacien discret défini sur le graphe dual du réseau de disques
(représenté à droite de la figure 9.3) ne vérifie pas le principe du maximum : il peut exister
des champs de pression p tels que BB ⋆ ≥ 0 (i.e. les pressions contribuent à l’augmentation
de toutes les distances entre centre), alors que certaines composantes de p sont strictement
négatives.
Par analogie avec la méthode des différences finies, il est tentant de parler de stencil associé
à cet opérateur. Ce stencil est représenté sur la figure 9.2. La non vérification du principe
du maximum est due au fait que, lorsque l’on considère 3 particules i, j, et k, il peut arriver
que l’on ait
eij · ekj > 0,
où eij est le vecteur unitaire (qj − qi )/ | qj − qi |. Des exemples de tels vecteurs sont repré-
sentés sur la figure 9.2 en gras. Cette propriété est générique pour des collections de disques
congestionnées. Certains éléments extra diagonaux de la matrice BB ⋆ sont alors strictement
positifs, et ainsi la matrice BB ⋆ n’est pas une M -matrice 59 . Le réseau résisif associé à cet
58. On peut illustrer cette propriété de la façon suivante : si l’on considère par exemple deux disques rigides,
statiques, en contact (éventuellement collés entre eux) posés sur un support parfaitement glissant, on sait
que la force d’interaction entre eux est nulle. Ça n’est plus vrai pour la configuration de la figure 9.4 : il est
possible que les forces d’interactions soient non nulles. On peut en revanche montrer (grâce au théorème de
Hahn Banach) que ces forces ne peuvent pas être toutes positives
59. Une M -matrice est une matrice carrée dont tous les mineurs principaux sont strictement positifs, et
dont tous les éléments extra-diagonaux sont négatifs (au sens large). Tous les éléments de l’inverse d’une telle
matrice sont positifs, de telle sorte que Ap = b, avec b ≥ 0, implique p ≥ 0.
100
opérateur possède donc des résistances négatives : on retrouve la situation de certaines ma-
trices résultant de la discrétisation du Laplacien par éléments fini, sur un maillage contenant
des triangles amblygones 60 (voir section 19.5, page 210).
60. Terme désignant un triangle qui a un angle obtus, peu utilisé depuis quelques siècles, mais quand même
plus élégant que obtusangle.
101
10 Respiration humaine
La fonction principale des poumon est d’assurer les échanges gazeux entre l’air extérieur
et le sang : passage de dioxygène de l’air extérieur vers le sang, et évacuation du dioxyde de
carbone dans l’autre sens.
Ces échanges se font par diffusion passive au travers d’une fine membrane (dite alvéolo-
capillaire) qui constitue la frontière d’une collection d’un très grand nombre d’alévoles (de
l’ordre de 300 millions). Chacune de ces petites boules (diamètre de l’ordre de 0.2 mm) dis-
pose d’une ouverture vers l’arbre bronchique qui assure le renouvellement régulier de l’air
(arrivée d’air chargé en O2 , et évacuation de l’air chargé de CO2 ). Cet arbre bronchique pré-
sente une structure dyadique : la trachée, directement connectée en amont aux voies aériennes
supérieures (gorge, cavité nasale, et bouche) se sépare en aval en deux sous branches, qui elles
même se séparent en deux, etc ... Le nombre de bifurcations successives est de l’ordre de 23
pour un adulte. Les 16 premières 61 générations sont purement conductrices. Au delà, les
surfaces des bronches sont recouvertes d’alvéoles sus-mentionnées qui assurent les échanges
gazeux. L’unité respiratoire élémentaire, qui topologiquement correspond à un sous arbre
enraciné en un point de la 16-ième génération, est appelé acinus. Les acinus (ou acini) sont
donc au nombre de 216 , dans l’hypothèse d’une naissance à la 16-ème génération. L’ensemble
arbre + alvéoles est contenu dans l’espace délimité par la cage thoracique. Le muscle appelé
diaphragme, situé entre les poumons et les muscles abdominaux, induit en se contractant un
mouvement des deux parties symétriques de la cage thoracique, qui entraine une augmen-
tation du volume de la cavité thoracique. La matière organique contenue dans cette cavité
(paremchyme) étant incompressible, cette augmentation de volume est essentiellement portée
par les alvéoles, qui en augmentant de taille créent un appel d’air au travers de l’arbre bron-
chique (inspiration). Le retour vers la position d’équilibre (expiration) se fait spontanément,
grâce au caractère élastique du système dans son ensemble.
1. Un ballon qui représente le poumon dans son ensemble, et dont l’intérieur représentent
l’ensemble des alvéoles du poumon réel. Ce ballon permet d’encoder le caractère élas-
tique du système : on supposera ses variations de volume proportionnelles au saut de
pression entre l’intérieur et l’extérieur. Si l’on note Pa (a pour alvéole) cette pression
interne, P la pression (supposée uniforme à l’extérieur du ballon) externe, V le volume
courant du ballon, et V0 le volume à l’équilibre, on écrira
Pa − P = E(V − V0 ),
102
trachée
générations 4 à 16
5 mm alvéoles
(∅ ≈ 0.3 mm)
0.5 à 1 µm
O2
CO2
échanges gazeux
globules rouges
capillaire (diamètre ≈ 5 µm)
s’en distingue : la raideur quantifie la proportionalité entre un déplacement et une force, en Nm−1 , alors que
103
V̇
Pa P (t)
2. Un tuyau qui relie l’intérieur du ballon au monde extérieur. Cet élément va permettre
d’encoder la résistance du système à l’écoulement. Le modèle le plus simple consiste
à considérer que le flux d’air au travers du tuyau est proportionnel à la différence
de pression à à ses extrémités : valeur fixée à 0 pour le monde extérieur, et Pa pour
l’intérieur du ballon. Le système étant supposé étanche, le débit d’air est égal à la
dérivée du volume du ballon. Cette relation prend la forme d’un loi de type Ohm (ou
Poiseuille) :
0 − Pa = RV̇ ,
où R est la résistance du tuyau. Elle s’exprime dans le contexte pneumologique en
cmH2 O s L−1 .
où la pression extérieure P (t) peut ici être vue comme un contrôle du système à un degré de
liberté (le volume V ).
Remarque 10.1. (Modélisation et géométrie)
Les deux ingrédients décrits ci-dessus doivent être pensés comme des unités fonctionnelles
encodant un certain type de phénomène, plus que comme des briques simplifiant des zones
géométriques bien déterminées. Le ballon par exemple exprime le caractère élastique du dispo-
sitif dans son ensemble, et ce caractère élastique, quantifié par l’unique paramètre d’élastance
E, synthétise de multiples ingrédients : présence de fibres élastique (élastine) au sein du pa-
remchyme, forces de rappel élastiques pour les deux composantes de la cage thoracique, forces
de tension surfacique au niveau des alvéoles, caractère élastiques de certaines bronches. Nous
renvoyons à la section 10.4 pour plus de détails sur ces aspects. Le tuyau, de son côté, semble
représenter de façon simplifiée l’arbre bronchique, la résistance quantifiant alors la dissipation
visqueuse au sein du fluide transporté dans des conduits étroits. De fait, l’esserntiel de la dis-
sipation visqueuse (quantifiée par le premier terme dans le bilan ci-dessous) a lieu au sein du
l’élastance s’exprime en unité de pression par unité de volume. Dans le cas du poumon, pour des raisons
historiques et de commodité, on mesure les pressions en centimètres d’eau (à la pression atmosphérique), et
les volumes en litres, de telle sorte que l’élastance s’exprime en cmH2 O L−1 .
104
fluide, mais pas seulement. La déformation de la partie structurelle du poumon s’accompagne
elle aussi de dissipation, et il est en général considéré que 20 % de la résistance correspond à
un dissipation au sein du paremchyme. Le tuyau, en tant qu’entité fonctionnelle, encode donc
des phénomènes qui se passent à l’extérieur de la zone qu’il semble représenter au premier
abord.
2 d (V − V0 )2
RV̇ + E = −P V̇ . (10.2)
dt 2
Solution exacte. Si l’on suppose pour simplifier que la condition initiale est prise égale au
volume au repos, la solution exacte s’écrit
Z t
1
V (t) = V0 − P (s) e−λ(t−s) ds, (10.3)
R 0
avec λ = E/R.
Forçage périodique. Lorsque le forçage est périodique, i.e. P ( · ) est une fonction T -périodique,
la solution converge vers la solution périodique définie sur [0, T ] par
Z t
1
V∞ (t) = V0 + e−λt W − P (s)e−λ(t−s) ds , (10.4)
R 0
with Z
1 1 T E
W =− P (s) e−λ(T −s) ds , λ = . (10.5)
R 1 − e−λT 0 R
105
Dans la situation standard (10.6) cette puissance peut être estimée sur les intervalles
(0, Tinsp ) et (Tinsp , T ), en notant que le travail infinitésimal associé à une variation de volume
dV s’écrit
dW = −P dV,
de telle sorte que le travail total pendant l’inspiration s’écrit
Winsp = −Pinsp VT .
De la même manière, durant l’expiration (le volume subit une variation de −VT ), on a Wexp =
+Pexp VT . Finalement, l’énergie fournie au système est
Z T 1
W = P(s) ds = Winsp + Wexp = Λ(T, Tinsp , λ) (Pinsp − Pexp )2 , (10.9)
0 E
où Λ(T, Tinsp , λ) est la fonction donnée par (10.8)).
Dans la situation standard, Λ(T, Tinsp , λ) est proche de 1, de telle sorte que, si l’expiration
est passive, W ≈ Pinsp 2 /E, qui est le double de l’énergie potentielle de l’équilibre statique
associé à la pression −Pinsp . Le scénario est donc le suivant : on injecte une certain quantité
d’énergie pendant l’inspiration, une moitié de cette énergie est stockée sous forme potentielle,
l’autre instantanément dissipée par effet visqueux. L’énergie stockée sous forme potentielle
permet d’assure l’expiration passive, pendant laquelle elle est dissipée par effet visqueux.
Pa − P = ϕ(V ),
où ϕ est une fonction croissante définie sur un intervalle ]Vmin , Vmax [, que l’on suppose tendre
vers +∞ (resp. −∞) quand V tend vers Vmax − (resp. V + ). Le modèle s’écrit alors
min
Sous les hypothèses faites sur ϕ, en supposant le forçage en pression borné, on peut
montrer l’existence et l’unicité d’une solution globale, à valeurs dans un intervalle fortement
inclus dans ]Vmin , Vmax [. Nous développerons ici une approche plus générale, basée sur un
bilan d’énergie (et comme telle applicable à d’autres systèmes mécaniques), et permettant
d’obtenir le même résultat avec des hypothèses plus générales sur la pression.
106
Proposition 10.2. On considère le problème de Cauchy associé au modèle ?? :
On suppose que V 7→ ϕ(V ) est une fonction C 1 sur (Vmin , Vmax ), telle que l’énergie potentielle
associée 63 Z V
Ψ(V ) = ϕ(v) dv , V ∈ (Vmin , Vmax ),
V
+ − . Soit t 7→ P (t) une fonction de carré localement intégrable
tend vers +∞ en Vmin et Vmax
+ 2 +
sur R (i.e. P ∈ Lloc (R )). Alors le problème de Cauchy 10.11 admet une unique solution
globale
t ∈ [0, +∞) 7−→ V (t) ∈ (Vmin , Vmax ).
On suppose donc T fini. Montrons tout d’abord que V̇ est de carré intégrable sur ]0, T [.
On pulitplie par V̇ l’équation, pour obtenir
d
RV̇ 2 + Ψ(V ) = −P V̇
dt
de telle sorte que, en intégrant sur ]0, t[, pour t < T , et en utilisant l’inégalité de Cauchy
Schwarz, on obtient
Z Z !1/2 Z 1/2
t T t
2 2 2
R V̇ + Ψ(V ) ≤ Ψ(V (0)) + P (s) ds V̇ ds ,
0 0 0
La quantité X = V̇ vérifie une équation du type X 2 ≤ a + bX, elle est donc bornée
L2 (0,t)
uniformément par rapport à t, et donc 65
V̇ < +∞.
L2 (0,T )
On en déduit que Ψ(V ) est borné sur [0, T [, ce qui exclut que T puisse être fini, d’après la
proposition 23.10.
63. Cette énergie potentielle est définie à une constante additive près, et la première borne V de l’intervalel
d’intégration peut être choisie arbitrairement dans (Vmin , Vmax ).
64. Nous admettons ici que l’hypothèse de continuité par rapport à la variable de temps peut être relaxée
en une condition d’intégrabilité locale.
65. On peut aussi utiliser l’inégalité
Z T 1/2 Z t 1/2 Z T Z t
2 2 1 2 R
P (s) ds V̇ ds ≤ P (s) ds + V̇ 2 ds.
0 0
2R 0
2 0
107
10.4 Modèle double ballon
La position d’équilibre du poumon résulte d’une compétition entre deux effets : le poumon
lui-même, du fait notamment de la tension surfacique au niveau des alvéoles, tend spontané-
ment à réduire sa taille : la position de repos correspond de ce point de vue à une structure
en extension. La cage thoracique, de son côté, est tiré vers l’intérieur par le poumon, elle
aurait délimiterait spontanément une cavité thoracique de volume plus grand. Pour résumer,
si l’on fait l’expérience imaginaire 66 de poumons qui se détacheraient de l’intérieur de la
cage thoracique, les poumons se rétracteraient significativement (plus précisément : les al-
véoles diminueraient significativement de volume), alors qu’au contraire la cage thoracique
s’agrandirait.
On peut donc voir le système comme un premier ballon relié à l’extérieur, lui même situé
dans un second ballon doté de propriétés structurelles propres. On considère le milieu entre
les ballons comme incompressible, de telle sorte que le volume est toujours le seul degré de
liberté. En revanche les propriétés mécaniques des deux éléments dont exprimées de façon
différenciée, ce qui se résume à écrire la fonction structurelle du système globale comme
somme de deux termes (L pour Lung, C pour Cage)
ϕ(V ) = ϕL (V ) + ϕC (V ).
Cette approche n’est donc a priori qu’une manière d’écrire de façon différenciée l’influence des
deux constituants principaux sur le comportement élastique global. Elle présente pourtant
des avantages par rapport au modèle simple ballon. En premier lieu, si l’on note Pp (pression
paremchymale) la pression dans la zone entre les ballons, on a
Pa − Pp = ϕL (V ) , Pp − P = ϕC (V ).
On cherche ici à modéliser l’écoulement de l’air dans l’arbre bronchique de façon simplifiée,
en s’appuyant sur une description en réseau. Le point de départ de cette approche est l’écou-
lement de Poiseuille, solution analytique des équations de Stokes dans un tuyau de section
circulaire (voir section 6.6, page 67). La figure 10.3 (top) représente un réseau élémentaire
impliquant 3 tubes. Si l’on suppose que les longueurs des tubes sont significativement plus
grands que leurs diamètres respectifs, on peut s’attendre à ce que les variations de pression
au niveau de la zone de bifurcation (dont la taille est de l’ordre des diamètres) soient négli-
geables devant des variations de pression le long des tubes. Ces considérations conduisent à
décrire le réseau réel plongé dans l’espace à 3 dimensions par un réseau symbolique à 4 points
et 3 arêtes, la zone de bifurcation ayant été réduite en un sommet du réseau, en lequel une
pression ponctuelle est définie. Cette approximation peut être justifiée rigoureusement 67 par
des développement asymptotiques rigoureux 68 .
66. En fait, cette situation correspond à une réalité pathologique heureusement peu courante : le pneumo-
thorax.
68. On se reportera par exemple à
108
p2
Zone de bifurcation
p1
p0 p2
p1
p0
Notons ui , i = 0, 1, 2 les flux au travers des conduits (flux comptés positivement lorsqu’ils
sortent du réseau), et ri , i = 0, 1, 2 les résistances des 3 tubes impliqués. La loi de Poiseuille
s’écrit
p − p0 = r0 u0 , p − p1 = r1 u1 , p − p2 = r2 u2 ,
et la conservation du volume (loi de Kirchhoff) impose
u0 + u1 + u2 = 0.
109
r0 r 0 = r0
r1 r1 r 1 = r1 /2
r2 r 2 = r2 /4
r3 r 3 = r3 /8
r4 r 4 = r4 /16
Plus précisément, si l’on considère que les bronches d’une même génération n ont la
même longueur ℓn et le même diamètre dn , la loi de Poiseuille (6.20), permet de préciser
l’expression (10.12) :
N
X 1 ℓn
R=C . (10.13)
n=0
2n d4n
Si l’on suppose que l’arbre est de plus géométrique, i.e. les dimensions des bronches évoluent
géométriquement au fil des générations (paramètre d’homothétie λ d’une génération à la
suivante), on a
N
X 1 1
R = r0 . (10.14)
k=0
2k λ3k
Remarque 10.3. Remarquer que cette serie diverge dès que λ est inférieur à 2−1/3 . Selon
les données expérimentales, λ est situé autour de 0.85 > 2−1/3 (≈ 0.79), de telle sorte que
le poumon “réel” semble se situer dans la zone de convergence. Mais, pour la même raison,
la série des volumes (d’ordre 2k λ3k pour la génération k) diverge, de telle telle sorte que le
poumon infini extrapolé remplit (très largement, d’une certaine manière, du fait de l’inégalité
stricte) l’espace euclidien.
110
Exercice 10.1. (Inspiré de Mauroy et al. 69 )
On s’intéresse à la résistance équivalente d’un réseau dyadique de tuyaux, du type de celui
constitué par l’arbre bronchique humain. On suppose que cet arbre est composé de N + 1
générations (la première correspondant à la trachée). Si l’on suppose que tous ces tuyaux ont
la même forme (identiques à une homothétie près), la résistance à l’écoulement d’un tuyau
élémentaire, selon la loi de Poiseuille, est proportionnelle à l’inverse de son volume. On
suppose que tous les tuyaux d’une génération p ont le même volume up . Sous ces hypothèses,
la résistance equivalente R et le volume V ont les expressions qui sont données ci-dessous.
On note U =]0, +∞[N +1 , et l’on s’intéresse à la minimisation de la fonction R(u) sur l’en-
semble
K = {u = (u0 , u1 , . . . , uN ) ∈ U , V (u) ≤ M }
où M > 0 est donné (volume maximal : volume de la cage thoracique).
a) Montrer que l’infimum de R sur K est strictement positif, et qu’il est atteint en un point
u ∈ K unique.
On considère ici un “poumon infini”, c’est-à-dire un arbre dyadique possédant une infinité
de générations. On se place dans le cadre du chapitre 7, étendu au cas d’un nombre infini de
sommet. La racine de l’arbre est noté o, en revanche, l’ensemble des sommets qui jouaient le
rôle de frontière pour les réseaux finis est maintenant vide. Le problème consiste précisément
à explorer la possibilité que du fluide puisse traverser l’arbre en rentrant (ou sortant) par
l’infini.
Le cadre que nous définissons ci-dessous s’appliquant à un réseau infini quelconque , nous
considérons pour l’instant un tel réseau enraciné N = (V, E, r, o), sans hypothèse de structure.
On suppose que V est infini, que le réseau est connexe, et que chaque sommet appartient à
un nombre fini de côtés.
La puissance dissipée au sein du réseau par circulation d’un champ de flux sur les côtés
conduit à la définition de l’espace d’énergie pour les flux :
( )
X 2
2 E
L (N ) = u∈R , r(e) |u(e)| < +∞ .
e
69. B. Mauroy, M. Filoche, E. R. Weibel, [Link], An optimal bronchial tree may be dangerous, Nature,
427, 633-636, 12 February 2004.
[Link]
111
On considère que ces flux sont induits (loi de Poiseuille) par des sauts de pressions aux
extrémités des arêtes, l’espace naturel en pressions est donc
( )
X
1
H (N ) = V
p ∈ R , p(o) = 0 , |p|21 = 2
c(e) |p(y) − p(x)| < +∞ .
e
Théorème 10.4. Soit N = (V, E, r, o) un réseau infini connexe, H 1 et H01 les espaces de
Sobolev associés. On a
R(N ) = +∞ ⇐⇒ H 1 /H01 = {0} .
Nous nous intéressons ici au destin de petites particules inhalées lors du processus de
ventilation. Nous nous attacherons en particulier à concevoir des outils méthodologiques per-
mettant de déterminer si ces particules se déposent à l’intérieur du poumon, voire sur la
surface des alvéoles, lors du cycle ventilatoire. Nous nous limiterons à des particules de tailles
suffisamment petite pour que l’écoulement de l’air autour de chacune d’elle puisse être décrit
par des équations de Stokes, c’est à dire que le nombre de Reynolds (voir définition 6.12,
page 62) particulaire (associé à la vitesse de la particule et de l’air environnant) soit petit
devant 1. Par ailleurs nous supposerons que ces particules sont des gouttes d’un liquide d’une
densité proche de celle de l’eau, et de taille là encore suffisamment petite pour que la tension
surfacique 70 préserve une forme sphérique.
Selon les hypothèses faites ci-dessus, l’interaction dynamique entre la goutte et le fluide
environnant et dominé par la loi de Faxén (voir page 70) :
112
Particule inertielle vs. traceur passif
La figure 10.5 représente les trajectoires de particules transportées dans une bifurcation
du type de celles que l’on rencontre dans l’arbre bronchique. Les différentes trajectoires se
distinguent par le nombre de Stokes (décroissant de gauche à droite). Pour un nombre de
Stokes important (100), la particules continue sa trajectoire inertielle en ligne droite et im-
pacte la frontière au niveau de la bifurcation. Pour des nombres de Stokes plus petits, la
trajectoire est infléchie, mais pas suffisamment pour éviter l’impact. En dessous d’un nombre
de Stokes autour de 1.2, la particule suit suffisamment le fluide pour éviter l’impact. Pour
une gouttelette d’un fluide d’une densité proche de celle de l’eau, si l’on considère (inspiration
au repos) la vitesse de l’ordre de 6 ms−1 , une taille caractéristique de L = 2 cm, le diamètre
correspondant à un nombre de Stokes unitaires est
s
9Lµ
2a = 2 ≈ 35 µm.
2ρU
c’est à dire la vitesse du fluide loin de la particule (relativement à la taille de cette dernière) qui est considérée
comme la vitesse du fluide. Nous avons implicitement supposé que la particule était seule dans son voisinage
mésoscopique, c’est en effet une hypothèse qui conditionne la validité de l’approche, qui ne s’applique pas aux
fortes densités de particules.
113
Figure 10.5 – Trajectoires de particules, pour St = 100 , 5 , 2 , 1.2 , 1, et 0.01 (de gauche à
droite)
Les particules de cette taille ou plus grosses auront donc tendance impacter la paroi des
bronches dès la première génération. Les particules plus petites vont continuer leur route. On
peut vérifier en estimant le nombre de Stokes local au niveau de chaque bifurcation qu’une
particule qui a passé la première étape (i.e. n’a pas impacté) doit passer les suivantes. En
effet, si la taille caractéristique diminue au fil des générations, la vitesse caractéristique aussi
diminue, plus rapidement, de telle sorte que le nombre de Stokes, pour une taille de particule
donnée, décroı̂t au fil des générations.
La transition, pilotée par le nombre de Stokes, entre particule inertielle insensible au fluide
(St → +∞), et à l’opposé traceur passif (St → 0, la particule suit passivement le mouvemùent
du lfuide environnant) peut s’exprimer mathématiquement de la façon suivante :
Proposition 10.6. Soit x 7−→ U (x) ∈ Rd un champ donné (vitesse du fluide environnant),
supposé borné et Lipschitzien sur Rd , et t 7−→ xτ (t) l’unique solution de l’équation différen-
tielle
1
ẍ = (U (x) − ẋ) ,
τ
sur [0, T ], pour les conditions initiales x(0) = x0 , ẋ(0) = u0 . Quand τ tend vers 0, xτ converge
uniformément vers t 7−→ x0 (t) in [0, T ], et uτ = ẋτ converge uniformément vers u = ẋ0 sur
tout [η, T ], avec η > 0, où x0 est la solution “traceur passif ”, i.e. la solution sur [0, T ] de
l’équation
ẋ0 = U (x0 ) , x0 (0) = x0 .
114
Démonstration. On introduit
1
ϕτ (t) = |ẋτ − U (xτ )| 2 .
2
Sa dérivée en temps est
2
ϕ̇τ = (ẍτ − ∇U (xτ ) · ẋτ ) · (ẋτ − U (xτ )) = − ϕτ − (∇U · ẋτ ) · (ẋτ − U (xτ )) .
τ
Par définition de ϕτ , on a p
|ẋτ | ≤ 2ϕτ + |U | ,
qui entraı̂ne
p p
− (∇U · ẋτ ) · (ẋτ − U (xτ )) ≤ |∇U | 2ϕτ + |U | 2ϕτ
1 p 2
≤ |∇U |2 2ϕτ + |U | + 2ϕτ
2
≤ |∇U |2 2ϕτ + |U |2 + ϕτ .
On obtient finalement
2
ϕ̇τ ≤ 2 k∇U k2∞ +1− ϕτ + k∇U k2∞ kU k2∞ .
τ
Pour τ assez petit, le facteur devant ϕτ est plus petit que −1/τ , de telle sorte que
1
ϕ̇τ ≤ − ϕτ + C.
τ
La solution g de l’équation ci-dessus (en remplaçant l’inégalité par une égalité, et avec g(0) =
ϕτ (0)) est
g(t) = ϕτ (0)e−t/2τ + Cτ (1 − e−t/τ ).
Posant ψτ = ϕτ − g, on a ψ̇τ ≤ −ψτ /τ , d’où ψτ ≤ 0 pour tout temps. On déduit ainsi
On a donc, pour tout η > 0, convergence uniforme sur [η, T ] de ϕτ vers 0, i.e. convergence de
ẋτ vers ẋ. On a ainsi
Z t 2 Z t
|xτ (t) − x0 (t)|2 = (ẋτ (t) − ẋ0 (s)) ds ≤ t ϕτ (s) ds,
0 0
d’où convergence uniforme des trajectoires t 7→ xτ (t) vers t 7→ x(t) sur tout intervalle de type
[0, T ].
4 3 2 ρℓ ga2
πa ρℓ g = 6πµavs d’où vs = ,
3 9 µ
115
où µ = 2 × 10−5 Pa s est la viscosité de l’air, ρℓ = 1.2 × 103 kg m−3 la densité du constituant
des particules (dans l’hypothèse où il s’agit d’un liquide proche de l’eau), et a le rayon. Pour
une particule de diamètre 1 µm, on trouve par exemple
Noter que, le diamètre d’une alvéole étant de l’ordre de 200 µm, il faut au maximum 6 secondes
à une telle particule pour se déposer, quelle que soit sa position initiale. Une suspension de
ces particules dans les alvéoles se sera donc entièrement déposée au bout de ce temps, qui est
de l’ordre de la durée du cycle respiratoire.
116
Deuxième partie
117
11 Analyse fonctionnelle et modélisation
On considère un ensemble de N + 1 masses alignées sur l’axe des x, reliées par des ressorts
de même raideur kN et même longueur au repos ℓN . On impose x0 = 0 et xN = 1 (la chaı̂ne
est accrochée à ses extrémités). On note (xi ) la configuration de référence 72 , avec xi = i/N .
La position de la masse i est notée xi + ui . L’énergie potentielle élastique du système est
−1
1 NX
EN = kN | xi+1 − xi + ui+1 − ui − ℓN | 2 .
2 i=0
Si l’on choisit ℓN de telle sorte que la configuration de référence soit d’énergie nulle, i.e.
ℓN = 1/N , on obtient
−1
1 NX
EN = kN | ui+1 − ui | 2 ,
2 i=0
que l’on peut aussi écrire
−1
1 NX ui+1 − ui 2
EN = ℓN (kN ℓN ) .
2 i=0 ℓN
En choisissant kN = K/ℓN , on reconnait une somme de Riemann, qui converge donc lorsque
N tend vers +∞ (en supposant que ui est la valeur en xi d’un champ de déplacement
continûement différentiable x 7−→ u(x)), vers
Z 1
K 2
u′ (x) dx,
2 0
−1
1 NX
0
EN = k0 |ui |2
2 i=1 N
72. Cette configuration minimise l’énergie potentielle dans le cas où la longueur au repos est inférieure à
1/ℓN .
118
qui tend vers
K0
Z 1
0
E = u(x)2 dx,
2 0
0 = K0 ℓ .
si l’on prend kN N
Noter que la raideur des ressorts “externes” tend vers 0, alors que celle des ressorts internes
tend vers +∞.
Réseaux résistif
119
On peut (voir section 11.2 ci-après) donner un sens à la partie L2 de la norme en considé-
rant que les points du réseau sont reliés directement à des points extérieurs portés au potentiel
nul (ou pression nulle dans le cas d’un fluide).
11.2 Traces
La démarche de définition d’une trace dans un sens assez général peut se formaliser de
la façon suivante, pour des fonctions définies sur un domaine de l’espace euclidien (voir plus
bas pour une généralisation à d’autres situations).
1. L’espace quotient (voir proposition 21.8, page 219) H/H0 est-il trivial ou pas ? Ques-
tion accompagnée d’une question subsidiaire dans le cas où l’espace quotient est trivial :
pourquoi est-il trivial ? (nous préciserons le sens de cette interrogation plus loin).
2. Si cet espace (défini sans ambiguı̈té, mais de façon abstraite) n’est pas trivial, peut-on
le décrire ? L’identifier à un espace de fonctions définies sur ∂Ω ?
Considérons tout de suite une autre situation, sorte de problème-jouet, qui nous permettra
de préciser rapidement le sens et l’enjeu des questions précédentes. On considère maintenant
que H est un sous-espace vectoriel de RN , muni d’une norme qui en fait un espace de Banach.
On note maintenant D le sous-espace des suites nulles au delà d’un certain rang. Pour H = ℓp ,
avec p ∈ [1, +∞[, l’espace quotient H/D est trivial. Pour ℓ∞ , la situation est déjà plus
riche, l’espace quotient contient en premier lieu les classes (distinctes) des suites constantes
(ces classes s’identifient aux suites qui admettent une limite finie en +∞). On peut en fait
vérifier que l’espace quotient n’est pas séparable, alors que H0 (espace des suites qui tendent
vers 0) l’est dans ce cas : toute la richesse de l’espace est d’une certaine manière “au bord”
(comportement en n 7−→ +∞).
muni de la norme naturelle associée à sa définition. Il s’agit d’un espace de Banach, et même
d’un espace de Hilbert (isométrique à l’espace modèle ℓ2 ).
Supposons en premier lieu que αn ≡ 1. On peut alors vérifier (voir proposition 11.1 ci-
dessous) que D est dense dans H, donc que l’espace quotient est trivial : il n’y a “rien”
en l’infini. Noter que H = H0 ne signifie aucunement que toutes les suites seraient d’une
certaine manière nulles en +∞, c’est même plutôt le contraire : par exemple la suite un =
1+ 1/2+ · · ·+ 1/n, qui tend vers +∞, est dans H. On peut construire aussi très simplement 73
des suites qui tendent vers n’importe quelle valeur réelle en +∞. Symétriquement, dans
73. On peut même avec un peu plus de travail construire des suites dans H dont l’ensemble des valeurs
d’adhérences est R tout entier : c’est vraiment n’importe quoi.
120
ce contexte, il est tentant de dire que par exemple la suite triviale identiquement nulle ne
converge pas vers 0, c’est à dire que, au vu de la norme définie sur les suites, il n’est pas licite
de parler de sa valeur en +∞ comme étant 0, puisqu’elle peut être approchée arbitrairement
près par des suites qui ont un comportement très différent en +∞.
Les remarques ci-dessus donnent une première réponse informelle au pourquoi ? de la pre-
mière question au début de cette section : l’espace quotient est trivial parcequ’il est impossible
de définir la limite d’une suite de H en +∞.
On peut montrer a contrario que, si la suite des αn croı̂t suffisamment vite, l’espace
quotient est non trivial. On a plus précisément :
Proposition 11.1. Soit H l’espace défini par (11.1), et H0 l’adhérence de D (sous espace
des suites nulle au delà d’un certain rang). On a
X 1 X 1
< +∞ =⇒ H/H0 ≃ R , = +∞ =⇒ H/H0 ≃ {0}.
αn αn
Démonstration. Supposons dans un premier temps que la série des 1/αn converge (vers la
valeur 1/α > 0). Remarquons en premier lieu que, pour tout u ∈ H, tous p < q,
1/2 1/2
q−1 q−1 q−1 q−1
X X 1 √ X 1 X
|uq − up | ≤ |uk+1 − uk | = √ αn |uk+1 − uk | ≤ αn |uk+1 − uk | 2 ,
k=p k=p
αn α
k=p n k=p
qui tend vers 0 quand p et q tendent vers +∞ : la suite est de Cauchy, donc converge vers
une valeur réelle. On note ϕ la forme linéaire qui à une suite de H associe sa limite. On a
!1/2
X 1 X 1/2 1
|un | = | un − un−1 + un−1 − · · · − u0 + u0 | ≤ √ αn |un+1 − un |2 ≤ kukH .
αn α
Il s’agit donc bien d’une forme linéaire continue, de norme ≤ 1.
de telle sorte que h est entièrement déterminée par sa limite quand n tend vers ∞.
Considérons maintenant la situation où la série des 1/αn diverge, et montrons que toute
suite u de H peut être approchée par une suite de D, ce qui assurera la trivialité de H/H0
(absence de trace). Pour u ∈ H donné, on construit uN de la façon suivante : uN n est égal à
un pour n ≤ N , et uN
n décroı̂t (ou croı̂t si un est négatif) vers 0 entre N et un indice M >N
N
que nous fixerons ultérieurement. La suite u ainsi construite est dans D On impose
αn (uN N
n+1 − un ) = q
121
On a donc
M −1
X 1
αn (uN N 2 2
n+1 − un ) = q rN M = (uN )
2
.
n=N
rN M
Par divergence de la série, 1/rN M peut être rendu arbitrairement petite, on choisit par
exemple M = M (N ) tel que (uN )2 /rN M < 1/N . On a ainsi convergence de uN vers u
pour la norme de H.
Comme suggéré précédemment, on peut avoir trivialité de l’espace quotient pour des
P
raisons différentes. Considérons par exemple, sous l’hypothèse 1/αn < ∞, l’espace
n X X o
H = u = (un ) ∈ RN , u0 = 0 , u2n + αn |un+1 − un |2 < +∞ . (11.2)
L’espace D des fonctions nulles au delà d’un certain rang est dense dans H, l’espace quotient
H/H0 est donc trivial. La situation est pourtant très différente du cas d’absence de trace de la
proposition précédente : ici, on peut définir d’une certain manière une trace (les suites de H
sont de Cauchy d’après la partie différentielle de la norme), mais cette trace est nécessairement
nulle du fait de la présence du terme ℓ2 dans la norme.
On note un et un+1 les potentiels électriques aux extrémités du n-ième fil, on a par
hypothèse un potentiel nul à l’extrémité 0. La question qui se pose est de savoir s’il cela a
un sens d’imposer un potentiel non nul U à l’extrémité ∞. Pour le fil tronqué à N bouts, on
s’intéresse à la minimisation de
N N
X X 1
αn |un − un−1 |2 = |un − un−1 |2 ,
n=1 n=1
rn
avec valeurs imposées 0 et U aux extrémités. Le minimum est atteint en une collection u de
potentiels unique, tels que
qn = αn (un − un−1 ) = q
122
est constant. Cette quantité q correspond à l’intensité électrique qui traverse le fil, et la somme
ci-dessus vaut
N N N
X 1 X X
|un − un−1 |2 = rn |qn |2 = rn |q|2 ,
n=1
r n n=1 n=1
| {z }
=RN
qui exprime la puissance dissipée (effet Joule). L’appartenance à l’espace H exprime le fait
que le courant électrique généré par les potentiels (un ) induit une puissance dissipée finie. On
prendra garde au fait que H contient des potentiels non harmoniques, i,e. tels que les intensités
peuvent varier d’un segment à l’autre : la loi des nœuds n’est pas vérifiée, de l’intensité
peut rentrer ou sortir du domaine par les points de jonction, mais sans induire de puissance
dissipée supplémentaire (voir ci-après une situation qui pénalise énérgétiquement ces fuites).
Le cas correspondant à αn ≡ 1 exploré précédemment correspond ici plus généralement à
P P
R = rn = 1/αn = +∞ : la résistance globale du fil “infini” est infinie, ce qui signifie
qu’il est impossible de faire passer une intensité non nulle dans le fil en dissipant une quantité
finie d’énergie. Si l’on reprend le fil tronqué précédemment, il apparaı̂t que, quel que soit
le potentiel U imposé en sortie, l’intensité tend vers 0 quand N tend vers +∞. on a aussi
convergence simple vers 0 de toutes les potentiels ponctuels. Pour le fil infini, la conséquence
est que l’on peut imposer n’importe quel potentiel à l’extrémité +∞ sans qu’il se passe quoi
que ce soit. L’extrémité ∞ est isolante : le potentiel imposé n’est pas vu par le système. Cette
situation correspond au cas d’un espace-quotient trivial (pas de trace), avec valeur au bord
quelconque.
La situation qui correspondrait au cas alternatif d’un espace quotient trivial par nullité
forcée des champs au bord peut être construite comme suit : on considère maintenant un fil
P P
infini de résistance globale finie, en supposant rn = 1/αn < +∞. On a alors H/H0 6= {0},
cet espace s’identifie à R, ce qui signifie que cela a un sens d’imposer un potentiel non nul en
∞ (il s’agit en fait d’un problème de Dirichlet discret). Considérons maintenant que chaque
point de jonction soit lui même relié à la terre (potentiel nul) par un fil de résistance unitaire.
La puissance dissipée par effet Joule dans l’un de ces fils transverses est αn (un − 0)2 . L’espace
d’énergie du problème (ensemble des potentiels qui induisent une puissance dissipée finie) est
maintenant défini par l’équation (11.2). On retrouve la situation l’un espace quotient nul, mais
pour une raison bien différente : le potentiel en ∞ est nécessairement nul. Plus précisément,
imposer un potentiel non nul induirait une puissance dissipée infinie (et donc nécessiterait de
fournir une puissance infinie au système).
Remarque 11.2. Cette construction peut se faire dans un cadre mécanique, en considérant
un système mécanique constitué d’une infinité de ressorts. Les potentiels sont alors remplacés
par des déplacements, les intensités par des forces, et les conductances αn par des constantes
de raideur. Un tel système mécanique sans trace est alors localement infiniment mou (on
peut déplacer le “point” du bord infiniment facilement, ou alors (dans le cas où l’on attache
les points de jonction, simplement reliés entre eux dans le premier cas, à un support fixe)
infiniment raide (il est impossible de déplacer le point au bord avec une énergie finie).
Nous avons abordé la première des deux questions initiales, qui portait sur la possibilité
de stucturer de façon non triviale le comportement des fonctions (ou des suites) au bord
du domaine. Comme le suggère l’exemple des suites, c’est une certaine rigidité de la norme
lorsque l’on s’approche du bord qui conduit au fait que l’espace quotient n’est pas trivial.
Dans le cadre de la proposition 11.1, c’est dans le cas où les αn croissent suffisamment (donc
123
rigidifient la suite en pénalisant l’écart entre valeurs successives) que l’on peut identifier un
espace de trace non trivial. La seconde étape consiste à décrire cet espace quotient non trivial,
par exemple en l’identifiant à un espace de fonctions qui vivent sur la frontière du domaine.
Nous allons voir que c’est maintenant une certaine forme de rigidité transverse de la norme
qui va conditionner le comportement des objets au bord du domaine.
Dans le cas des suites, la situation est évidemment assez pauvre, puisqu’il n’y a qu’un point
à l’infini (plus précisément un seul chemin vers l’infini, un seul bout), l’espace ces traces ne
peut donc être que R ou {0}. On peut néanmoins se faire une première idée de cette notion
de rigidité transverse en considérant un réseau de fils électrique en forme d’échelle semie-
infinie (voir figure 11.2), et en définissant l’espace de potentiels aux nœuds de ce réseaux qui
correspondent à une puissance dissipée finie. On note αn = 1/rn , et l’on définit
X 2 X 2
H= u= (u1n , u2n ) , u10 = u20 , α′n u2n − u1n < +∞ , αn uin+1 − uin < +∞ , i = 1 , 2
r1 r2 r3 r4
r2′ r3′
r1 r2 r3 r4
On suppose que la série des inverses des αn converge (ce qui revient à dire ici que la
résistance de chacun des “rails” est finie). Pour tout u dans H, les suites (u1n ) et (u2n ) sont
de Cauchy, donc convergent vers des valeurs U1 et U2 . Si les α′n sont nuls (résistances rn′
infinies), les deux rails sont indépendants, et l’on a un espace de trace H/H0 qui s’identifie à
R2 . Maintenant considérons par exemple que les α′n sont minorés (les résistances tranverses
sont majorées). Alors les deux suites de Cauchy précédentes sont nécessairement adjacentes,
et les limites sont donc les mêmes. On peut donc avoir H/H0 de dimension 1 ou 2, selon la
rigidité transverse induite par les conductances α′n . Si l’espace est de dimension finie comme
ici, le problème se ramène à déterminer sa dimension, et éventuellement à identifier une norme
naturelle sur cet espace.
Dans le cas de fonctions définies sur un domaine euclidien, ce qui joue le rôle des deux
“bouts” est une variété (le bord de Ω), ou les directions vers l’infini si Ω est l’espace entier.
Les deux valeurs aux bouts sont remplacées par une fonction qui vit sur cette variété. On
pourra alors retrouver le cas H/H0 trivial sous deux formes : la situation d’une trace indéfinie
(on peut avoir essentiellement n’importe quelle fonction au bord), ou la situation de fonction
nécessairement nulle. Cette propriété dépendra de la rigidité de la norme quand on s’approche
du bord. Pour le cas H/H0 6= {0}, selon l’importance de la rigidité transverse, on pourra
retrouver le cas où la fonction est nécessairement constante, ou des cas extrêmes pour lequel
la fonction ne présente par de régularité particulière, mais aussi des situations intermédiaires
dans lesquels la rigidité transverse impose une certaine régularité aux traces, qui s’exprime
par exemple dans le cas où H est l’espace de Sobolev H 1 (Ω), sous la forme d’une régularité
Sobolev fractionnaire H 1/2 en l’occurrence, pour un bord régulier.
124
Ces questions de traces peuvent également se poser pour des réseaux résistifs (voir sec-
tion 7, plus précisément la sous-section 7.7 pour le cadre des réseaux infinis). On peut par
exemple identifier Zd à un réseau résistif infini (en considérant que tous les côté ont la même
résistance), et montrer que l’espace des traces est trivial pour d = 1 ou d = 2, et quasi-trivial
(i.e. de dimension 1) pour les dimensions d ≥ 3 La situation est plus riche dans le cas des
arbres résistifs, la structure d’arbre elle-même assurant une certaine tolérance vis à vis des
variations transverses, qui permet aux espaces de traces (si la rigidité longitudinale est suf-
fisante pour assurer qu’il se passe quelque chose au bout) d’avoir plus de richesse que dans
le cas du réseau cartésien. On se reportera à la section 10.6 pour une application de cette
démarche au cas du poumon.
125
12 Entropie
On considère une variable aléatoire discrète qui prend ses valeurs dans un ensemble de
cardinal N . La loi de cette variable est décrite par
X
p = (p1 , p2 , . . . , pN ) , pi ≥ 0 , pi = 1.
S(pu ) = − log N.
Montrons que cette valeur est un minimum. Pour toute fonction ϕ convexe, on a
1 X 1 X
ϕ pi ≤ ϕ(pi ),
N N
L’entropie est donc minimale pour la loi uniforme, et seulement celle-là, et nulle dans
les cas déterministe. Elle quantifie en effet l’information que la connaissance de la loi de
probabilité donne sur le système.
Remarque 12.2. On peut vérifier que cette entropie tend à diminuer pour un processus
d’évolution de type diffusif 75 . Considérons par exemple une marche aléatoire sur un ensemble
à N points, avec passages équiprobables aux points suivants et précédents, et périodicité.
Notons ρn la loi de la position du point au temps n. A l’étape suivante, on a
1 n+1
ρn+1
i = ρi−1 + ρn+1
i+1 .
2
On a alors
X X 1
1X
n+1
S(ρ )= g(ρn+1
i ) = g ρni−1 + ρni+1 ≤ g ρni−1 + g ρni+1 = S(ρn ),
2 2
126
Interprétation en termes de quantité d’information
Dans le cas N = 2k , et si l’on choisit le logarithme de base 2, on a Smin = −k, qui correspond
au nombre de questions binaires qu’il faut poser pour localiser de façon sûre une valeur de
x qui a été tirée selon la loi uniforme (avec une stratégie de dichotomie : est-elle dans la
première moitié ? dans le premier quart de la première moitié ? etc ...). Dans le cas d’une
probablité non uniforme, cette interprétation en terme de bits d’information est plus délicate.
Considérons l’exemple de la distribution
1 1 1
p= , ,..., .
2 2(N − 1) 2(N − 1)
La variable a une chance sur deux de se trouver en première position, avec probablité uniforme
sur le reste si ça n’est pas le cas. L’entropie de cette loi est
1 X 1 1 1 1 1 k
− + log = − − − log(N − 1) ≈ −1 −
2 2(N − 1) 2(N − 1) 2 2 2 2
1 1 k
+ (1 + k) = 1 +
2 2 2
qui correspond bien à l’opposé de l’entropie telle qu’on l’a définie.
avec Ē ∈] min Ei , max Ei [. Notons que si Ē est égal à l’une des bornes de l’intervalle, par
exemple max Ei , alors p est concentré sur les indices qui réalisent ce maximum. S’il n’y en a
qu’un, alors l’ensemble admissible est un singleton : le Dirac en ce point. S’il y en a plusieurs,
le minimum de l’entropie sera la distribution uniforme sur le sous ensemble d’indices qui
réalise le maximum. Bien entendu, si γ est à l’extérieur de l’intervalle fermé, alors l’ensemble
admissible est vide.
1
pi = exp (−βEi ) .
Z
127
Démonstration. Le minimum est atteint car la fonction est continue et l’ensemble admissible
compact. L’unicité du minimiseur découle de la stricte convexité de la fonctionnelle. Si le
minimiseur est atteint en un point de ]0, +∞[N , alors on a
1 + log pi + λ1 + λ2 Ei = 0,
Démonstration 1 : Supposons que le minimum ne soit pas dans ]0, +∞[N , que par exemple
p1 = 0. S’il existe 2 indices i1 et i2 à poids > 0 (donc nécessairement < 1) associés à des
valeurs de Ei distinctes, on considère une variation de p du type
ε 7−→ S(p + hε )
Si maintenant p charge un unique indice i (ou plusieurs indices associés à la même valeur
de l’énergie), alors on a Ei = Ē, et il existe nécessairement deux indices i1 et i2 tels que
car Ē est dans l’intérieur de l’enveloppe convexe des Ei . (On a par ailleurs supposé que les
Ei étaient positifs, ce qui ne nuit pas à la généralité du fait que l’on peut rajouter une même
constante arbitraire aux Ei et à Ē sans changer la condition.) On considère alors une variation
avec ε > 0. Les conditions pour que cette variation soit admissible s’écrivent
La valeur de ε > 0 étant fixée, le système ci-dessus admet une unique solution (ε1 , ε2 ), avec
ε1 , ε2 > 0. En effet, le système s’écrit en variables normalisées (ε̄i = εi /ε)
128
Comme Ei ∈]Ei1 , Ei2 [, c’est bien une combinaison convexe des extrémités de l’intervalle, avec
donc ε1 , ε2 > 0. La variation est donc admissible, et conduit pour les mêmes raisons que
précédemment à une diminution stricte de l’entropie.
On a X X X 2
− exp(−βEi )Ei2 exp(−βEi ) + exp(−βEi )Ei
g′ (β) = X 2
exp(−βEi )Ei
qui est strictement négatif d’après l’inégalité de Cauchy-Schwarz (si les Ei ne sont pas tous
égaux, ce qui est le cas). La fonction g tend par ailleurs vers max Ei en −∞, et vers min Ei en
+∞. L’équation g(β) = γ ∈] min Ei , max Ei [ admet donc une solution unique. Le coefficient
Z de normalisation est alors déterminé par
X −1
Z= exp(−βEi ) .
Comme la fonction est convexe et le domaine convexe, la vérification des conditions de Kuhn
et Tucker assurent que le p ainsi déterminé est bien le minimiseur de S sur l’ensemble admis-
sible (Théorème 25.37, page 281). Noter qu’il n’était pas vraiment nécessaire de montrer le
caractère strictement décroissant de la fonction : le théorème des valeurs intermédiaires suffit
pour assurer l’existence d’une solution β à l’équation non liénaire. Le théorème de Kuhn et
Tucker assure qu’il s’agit bien d’un minimiseur. L’unicité du minimiseur (stricte convexité
de la fonctionnelle entropie) assure l’unicité du β, sans qu’il soit besoin d’uitliser la stricte
décroissance de la fonction.
On peut voir cette quantité comme une quantification de l’information que l’on a sur la
position d’une variable aléatoire qui suit la loi associée à cette densité. Lorsque l’on a la
densité uniforme ρ ≡ 1/ |Ω| (absence complète d’information), on a
Z
1 1
S(ρ) = log dx = − log |Ω|.
Ω |Ω| |Ω|
Conformément à l’intuition, cette valeur correspond à un minimum. En effet, pour toute fonc-
tion ϕ convexe, pour toute fonction g mesurable, l’inégalité de Jensen exprime que l’espérance
par rapport à une mesure de proba µ de ϕ ◦ g est supérieure à ϕ de l’espérance de g(x), i.e.
Z Z
ϕ g(x) dµ(x) ≤ ϕ ◦ g(x) dµ(x).
Ω Ω
129
On applique cette inégalité avec dµ = dx/ |Ω| (probabilité uniforme), ϕ(a) = a log a, et
g(x) = ρ(x) pour obtenir
Z
dx 1 1
S(ρ) = |Ω| ρ log ρ ≥ |Ω| log = − log |Ω|,
Ω |Ω| |Ω| |Ω|
avec inégalité stricte dès que ρ n’est pas la mesure uniforme p.p.
Vérifions que ρ tend bien vers cette mesure stationnaire en étudiant l’évolution de l’en-
tropie relative de ρ par rapport à π :
Z
ρ
S(ρ) = ρ log . (12.3)
π
On a
Z Z
d ρ
S(ρ) = (1 + log ρ − log π) ∂t ρ = D (1 + log(ρ/π)) ∇ · ρ ∇ log
dt π
ρ 2
Z Z
ρ
= −D ρ ∇ log +D (1 + log(ρ/π)) ρ ∇ log · n.
π ∂Ω π
Le terme de bord fait apparaı̂tre ∂ρ/∂n et ∂π/∂n, qui sont tous les deux nuls. On obtient
donc Z 2
d ρ
S(ρ) = −D ρ ∇ log ≤ 0, (12.4)
dt π
qui exprime la décroissance de l’entropie relative, décroissance stricte tant que ρ n’est pas
proportionnel à la mesure stationnaire π.
130
13 Graphes
13.1 Définitions
Dans la définitions ci-dessus, les arcs sont orientés au sens où xy est différents de yx. Les
deux peuvents être des arcs du graphe orienté, ou l’un des deux, ou aucun.
Definition 13.2. (Cycle)
On appelle cycle de (V, E) un n-uplet de sommets x1 , x2 ,. . .,xn (avec n ≥ 2) tel que
13.2 Exemples
L’ensemble des utilisateurs (actifs ou non) de Twitter peut-être vu, à un instant donné,
comme un graphe orienté, si l’on considère que tout “follower” pointe vers la personne qu’il
suit.
Dans le même ordre d’idée, si l’on considère une foule à un instant donné, on peut voir
chaque individu comme le sommet d’un graphe, qui pointe vers les personnes qui sont dans
son cône de vision, et qui (si l’on s’en tient aux comportements sociaux, en excluant les
contacts physiques) sont donc susceptibles d’influencer son comportement.
Une chaı̂ne alimentaire peut aussi être considéré comme un graphe dont les points sont
les espèces, chaque espèce pointant vers ses prédateurs.
131
des cycles, on cherchera à transformer les équations (typiquement par élimination) de façon
à obtenir un graphe acyclique.
Si l’on considère maintenant un schéma de type (pour fixer les idées) différences finies.
On considère le graphe dont les nœuds sont les valeurs des inconnues aux pas de temps
successifs, chaque nœud poitant vers le nœuds correspondant aux valeurs intervenant pour
le calcul de la quantité concernée dans le schéma. Un schéma explicite sera typiquement
acyclique, alors qu’un schéma implicite contiendra des cycles.
De façon générale, lorsque l’on s’intéresse à une collection d’agents (au sens le plus gé-
néral), il est fécond de considérer le graphe d’influence associé, chaque agent pointant vers
les agents qui l’influencent. Les modèles résultant d’une situation acyclique sont en général
beaucoup plus simples à modéliser. Les éléments maximaux décident de ce qu’il font sans être
influencés (d’un point de vue mathématique, il faudra donc décider de leur comportement, qui
ne peut pas être donné par le modèle), et les effets se propagent dans la hiérarchie du réseau.
Dans le cas où des cycles sont présents, la situation peut être beaucoup plus compliquée,
générant en particulier des situations de non unicité. Cette situation se produira typiquement
lorsque l’on s’intéresse à l’évolution d’une quantité afférente à chaque entité, qui dépend de
l’évolution de la valeur instantanée de cette même quantité. Par exemple, dans le cas de
foules, si l’on considère que chaque individu décide de sa vitesse en fonction de la position
des personnes vers lesquels il pointe (i.e. qu’il voit), le problème pourra être bien posé même
dans le cas cyclique. En revanche, si l’on considère que la vitesse d’une personne dépend
aussi de la vitesse des gens qu’il voit, la présence de cycle va considérablement compliquer le
problème, puisque le modèle n’est plus strictement causal. On pourra penser à l’exemple d’un
cycle simple : deux personnes se font face, chacun souhaitant aller tout droit, en cherchant à
décider de sa vitesse en fonction de la vitesse de l’autre.
Dans le contexte des schémas numérique pour les équations d’évolution, la présence de
cycle dans les schémas implicite) nécessitera la résolution de systèmes linéaires (pour lesquels
il faudra vérifier que la matrice associées est bien inversible). Dans le cas non linéaire, la
présence de cycles peut invalider le caractère bien posé (en termes d’unicité, voire d’existence)
du système à résoudre pour faire progresser l’algorithme de discrétisation en temps.
De façon générale, on pourra intégrer les paramètres du système, ou du modèle, par des
flèches pointant vers l’extérieur du graphe, vers un point abstrait qui représente l’ensemble
des paramètres, que l’on peut voir comme un contrôle que l’on exerce sur le système. Dans
le cas d’un graphe acyclique, une telle flèche ne permet, de façon évidente, de contrôler que
les éléments qui sont inférieurs au point de départ de cette flèche dans la hiérarchie.
132
14 Convergence faible et compacité
Soient E et F deux e.v.n., et Ψ une forme bilinaire continue sur E × F . On peut associer
canoniquement à Ψ une application (linéaire et continue) de F dans E ′ , le dual topologique
de E (espace des formes linéaires continues) :
ψ(x, yn′ ) −→ hϕ , xi ∀x ∈ E.
Démonstration. Il existe une famille dénombrable {xk }k∈N dense dans E. On se propose de
suivre le procédé d’extraction diagonale de Cantor.
1. Comme Ψ(x1 , yn ) est bornée dans R on peut extraire une suite yj1 (n) telle que Ψ(x1 , yj1 (n) )
converge.
2. Comme Ψ(x2 , yj1 (n) ) est bornée dans R on peut extraire de yj1 (n) une suite yj1 ◦j2 (n)
telle que Ψ(x2 , yj1 ◦j2 (n) ) converge.
3. Par récurrence, on construit une suite de sous-suites emboitées yj1◦j2 ◦···◦jk (n) telle que
Ψ(xk , yj1 ◦j2 ◦···◦jk (n) ) converge, pour tout k.
4. On utilise à présent le procédé d’extraction diagonale : on pose j(k) = j1 ◦j2 ◦· · ·◦jk (k)
(de telle sorte que j est strictement croissante), et on considère yj(n) . Pour tout k, on
remarque que yj(n), à partir du rang k, est aussi une suite extraite de (yj1 ◦j2 ◦···◦jk (n) ),
de telle sorte que Ψ(xk , yj(n) ) converge lorsque n → +∞.
5. On utilise pour finir la densité des xk pour montrer que, pour tout x ∈ H, Ψ(x, yj(n) )
est une suite de Cauchy. Soit ε > 0, il existe (xk ) tel que |x − xk | < ε. Comme
Ψ(xk , yj(n) ) est de Cauchy, il existe un N au-delà duquel Ψ(xk , yj(p) ) − Ψ(xk , yj(q) ) <
ε. Pour tous p, q supérieurs à N , on a donc
≤ Ψ(x, yj(p) ) − Ψ(xk , yj(p) ) + Ψ(xk , yj(p) ) − Ψ(xk , yj(q) ) + Ψ(xk , yj(q) ) − Ψ(x, yj(q) )
≤ (1 + 2C kΨk)ε,
où kΨk est la constante de continuité de Ψ (telle que | Ψ(x, y)| ≤ kΨk kxk kyk, et C
un majorant de kyn k.
La suite (yj(n) ) est donc telle que Ψ(x, yj(n) ) converge, pour tout x, vers un réel noté h(x).
Cette limite est de façon linéaire par rapport à x, et de norme majorée par une constante fois
la norme de x, il s’agit donc d’une forme linéaire continue sur F .
133
On notera l’importance de la séparabilité de E dans la démonstration ci-dessus. Par
ailleurs, le procédé construit une limite qui n’est pas un élément de F , mais une forme
linéaire sur E ′ , qui n’est pas nécessairement dans l’image de T .
La proposition précédente est très générale, et d’ailleurs très vide dans certains cas
(prendre par exemple Ψ identiquement nulle, ou bien E de dimension finie alors que F est de
dimension infinie). La propriété devient pertinente quand l’espace E et la forme Ψ sont tels
que la dualité est séparante, c’est à dire (on privilégie ici l’espace E) que
Ψ(x, y) = 0 ∀x =⇒ y = 0.
134
Espaces fonctionnels, mesures
Le corollaire 14.3 permet d’extraire d’une suite bornée une sous-suite faiblement conver-
gente dès que l’espace considéré est réflexif, donc en particulier dans les espaces Lp (Ω) pour
1 < p < +∞, ainsi que dans les espaces de Sobolev W m,p (Ω), pour tout m ∈ N, tout
p ∈]1, +∞[.
Pour les espaces non réflexifs (comme L1 (Ω) ou L∞ (Ω), ou les espaces de Sobolev associés),
la propriété est fausse en général, comme l’illustrent les exemples suivants.
Dans L1 (R) : la suite fn = 1]n,n+1[ est sur la sphère unité. Si une sous-suite converge
faiblement vers f , alors f s’annule contre toute fonction régulière à support compact, elle est
donc nécessairement nulle. Mais par ailleurs h1 , fn i est identiquement égale à 1, on doit donc
avoir h1 , f i = 1, ce qui est impossible.
Dans L∞ , les choses sont un peu plus délicates, car le dual de cet espace n’est pas clai-
rement identifié 79 . En particulier, le fait que l’on puisse (ou pas) extraire une sous-suite
convergente de la suite définie précédemment n’est pas aisé à trancher. On peut néanmoins
construire un contre-exemple analogue, en considérant par exemple la forme linéaire sur
L∞ (R) qui à une fonction convergente en +∞ associe sa limite, prolongée par le théorème de
Hahn-banach analytique en ϕ ∈ (L∞ (Ω))′ . On considère alors la suite fn = 1]n,+∞[. Si elle
converge faiblement vers f , alors nécessairement f est nulle presque partout, donc tend vers
0 en +∞, or on doit avoir hϕ , f i = 1, ce qui est absurde.
Convergence faible dans les cas non réflexifs L’espace L∞ (Ω) s’identifie au dual de
L1 (Ω), qui est séparable, on peut donc, d’une suite bornée dans L∞ extraire une sous-suite
qui convergence (faible-⋆) vers une limite de L∞ .
L’espace L1 (Ω), dont le dual L∞ n’est pas séparable, peut être mis en dualité avec des
espaces de fonctions continues (munis de la norme ∞) : espace Cc des fonctions continues
à support compact, espace C0 des fonctions qui tendent vers 0 au bord de Ω, et l’espace
Cb des fonctions bornées sur Ω. Noter que ces trois espaces s’identifient si l’on se place
sur un compact. Dans le cas d’un domaine ouvert considéré ici, les 2 premiers espaces sont
séparables, mais le troisième ne l’est pas. D’une suite bornée dans L1 on pourra donc extraire
une sous-suite qui converge vaguement (contre les fonctions de Cc ) ou faiblement (contre les
fonctions de C0 ), mais la limite est définie comme une forme linéaire sur ces espaces, elle
ne s’identifie pas forcément à une fonction de L1 : il s’agit en toute généralité d’une mesure
bornée. Par exemple la suite fn = n1]0,1/n[ converge faiblement vers la masse de Dirac en 0.
En l’occurrence, cette convergence est aussi étroite, mais on prendra garde au fait que l’on ne
peut en général, d’une suite bornée de L1 , extraire une sous-suite qui converge étroitement
(du fait de la non séparabilité de Cb (Ω)). Ainsi la suite fn = n1]n,n+1/n[ converge vaguement
ou faiblement vers 0, mais il n’en existe aucune sous-suite qui convergerait étroitement.
Exercice 14.1. On considère l’espace E des fonctions continues sur Rd qui convergent vers
une valeur finie lorsque |x| tend vers +∞. Montrer qu’il s’agit d’un espace complet (pour la
norme ∞) séparable, et énoncer une propriété de compacité séquentielle faible-⋆ pour L1 (Rd )
79. Montrer que le dual de L∞ contient des formes qui ne peuvent pas se représenter par des fonctions de L1
nécessite l’utilisation du théorème de Hahn-Banach analytique 21.1, page 218, donc indirectement de l’axiome
du choix.
135
mis en dualité avec E. Que peut on dire de la suite fn = n1]n,n+1/n[ définie précédemment ?
Proposer une généralisation de cette approche à des fonctions pour lesquelles la limite en +∞
dépend de la direction x/ |x|. (On pourra commencer par le cas d = 1, avec simplement 2
limites différentes en +∞ et −∞.)
136
15 Dépendance par rapport aux paramètres
Quelques notions
Sensibilité
La notion de sensibilité est essentielle en modélisation. Dans le contexte où l’on dispose
d’un modèle avec des entrées (paramètres du modèle) et des sorties (résultats du modèles, ou
plus généralement quantités dépendant des ces résultats, qui ont typiquement vocation à être
comparées à des observations), elle caractérise la manière dont une variation d’un paramètre
affecte la sortie. Cette notion peut avoir du sens dans des contextes très variés (y compris en
dimension infinie, ou dans un cadre stochastique), de telle sorte qu’il est difficile d’en donner
une définition à la fois rigoureuse et générale.
Considérons le cas d’une application (le modèle) qui associe univoquement à un ensemble
fini de valeurs (les paramètres) un point dans un espace vectoriel normé (le résultat du modèle,
ou quelque chose qui en dépend), ce que l’on écrit
u ∈ Rm 7−→ F (u).
Une variation δui de l’un des ui induit une variation δF sur le résultat. La sensibilité
a vocation a quantifier le rapport entre ces variations. Le rapport brut entre les normes ne
ces variations n’a pas grand sens, car il dépend des unités choisies. Il est donc essentiel de
disposer de valeurs qui quantifie l’ordre de grandeur des variations auxquelles on s’intéresse.
On note ces quantités Vi et VF (voir remarque 15.1 ci-dessous). On appellera sensibilité par
rapport à ui le rapport des variations relatives
kδF k Vi
S= . (15.1)
VF |δui |
Remarque 15.1. On trouve parfois une notion de variation relative définie par δui / |ui |. On
prendra garde que ce choix peut n’avoir aucune signification, en particulier si le paramètre est
exprimé dans un système d’unité basé sur une position arbitraire du 0, comme par exemple
une température exprimée en ◦ C, ou en Fahrenheit. Une estimation de la quantité Vi qui
conditionne cette notion de sensibilité doit refléter l’ordre de grandeur des variations qui
seront effectivement considérées ou observées. Par exemple dans le cas où le paramètre peut
être considéré comme une variable aléatoire, il sera naturel de prendre pour Vi l’écart type de
la loi associée. De même pour F , on cherchera à estimer l’ordre de grandeur des variations
de F . Noter que, dans le cas d’un unique paramètre, l’ordre de grandeur des variations de F
et l’ordre de grandeur de la variation induite par les variations de l’unique paramètre, de telle
sorte que la sensibilité telle que nous l’avons définie est unitaire. La notion n’a évidemment
d’intérêt que dans le cas où les causes de variations de la sortie sont multiples.
De façon évidente, un paramètre caractérisé par une forte sensibilité sera plus facile à
identifier, c’est à dire à estimer à partir d’observations auxquelles on pourra confronter les
sorties du modèles, qu’un paramètre à faible sensibilité. Dans le cas extrême d’un paramètre
à sensibilité nulle, il sera impossible d’en inférer sa valeur à partir d’observations, puisque ces
observations n’en dépendent essentiellement pas.
137
Conditionnement
Le conditionnement d’une matrice apparaı̂t de façon naturelle lorsque l’on cherche à es-
timer la stabilité de la résolution d’un système linéaire par rapport aux données (second
membre). Considérons une matrice A ∈ Mn (R) inversible, un second membre b ∈ Rn , et le
système linéaire
Au = b.
Le conditionnement quantifie la confiance que l’on peut avoir dans la solution (exacte)
de ce système en fonction de la confiance que l’on a dans les données (en l’occurrence le
second membre b), qui sont susceptibles d’être entachées d’erreurs de mesure, d’erreurs liées
au stockage sur ordinateur avec une précision finie. Dans ce qui suit nous considérons la
norme matricielle kAk2 , notée simplement kAk, subordonnée à la norme euclidienne sur Rn
(on pourrait définir le conditionnement associé à toute autre norme matricielle). On considère
ainsi une perturbation δb du second membre, et l’on cherche à estimer la variation δu induite
sur la solution :
A(u + δu) = b + δb.
On a donc δu = A−1 δb, d’où |δu| ≤ A−1 |δb|. D’autre part b = Au implique |b| ≤ kAk |δb|,
d’où finalement
|δu| |δb|
≤ A−1 kAk .
|u| |b|
Definition 15.2. (Conditionnement)
Soit A une matrice inversible. On appelle nombre de conditionnement de A le réel
κ = A−1 kAk.
La quantité κ mesure donc le rapport entre l’erreur relative maximale sur la solution et
l’erreur relative sur les données. Cette quantité sans dimension est toujours supérieure ou
égale à 1 (1 = kIdk = AA−1 ≤ κ). Pour κ ≫ 1, le problème est très instable par rapport
aux données.
Remarque 15.3. Dès que les données (le second membre) sont connues avec une précision
relative supérieure à l’inverse du conditionnement, la reconstruction de u par résolution du
système linéaire n’a d’une certain manière aucun sens, puisqu’elle conduit à une précision
relative sur u plus grande que l’unité : on ne peut même pas être sûr que le u calculé ait le
bon ordre de grandeur.
Remarque 15.4. On peut aussi se demander quel est l’effet sur la solution d’une perturbation
de la matrice elle-même :
(A + δA)(u + δu) = b.
On obtient au premier ordre (on néglige le terme en δAδu) une formule analogue à la pré-
cedente, qui fait intervenir le κ comme un majorant du facteur d’amplification de l’erreur
relative :
|δu| kδAk
≤ A−1 kAk .
|u| kAk
138
Conditionnement des matrices s.d.p Dans le cas où A est symétrique définie positive,
de valeurs propres
0 < λ1 ≤ λ2 ≤ · · · ≤ λn ,
le conditionnement s’écrit κ = λn /λ1 .
139
16 Problème adjoint
J(u) = G(yu ),
où u est une variable dite de contrôle, et yu une variable d’état associée univoquement à u.
Dans les situations auxquelles nous nous intéresserons, la correspondance u 7→ yu n’est pas
donnée sous forme explicite, mais au travers d’une relation implicite, typiquement équation
différentielle ordinaire ou équation aux dérivées partielles. La variable u joue le rôle d’un
paramètre pour le problème considéré, et yu est la solution associée à ce paramètre.
Motivation(s)
L’approche que nous allons présenter est notamment motivée par des considérations nu-
mériques : considérons par exemple le cas où u vit dans un espace de grande dimension m,
et le calcul du yu associé est “cher”. Si l’on cherche à calculer ou approcher le gradient de
J en u, une première méthode consiste à utiliser une approche de type différences finie : si
l’on note (ei ) une base de l’espace dans lequel vit u, on estime les dérivées partielles de J par
rapport aux composantes de u par
∂J G(yu+εei ) − G(yu )
(u) ≈ .
∂ui ε
Un telle approche nécessite la résolution de m + 1 problèmes u 7→ yu . En outre, le choix d’un
ε > 0 adapté (suffisamment petit pour que l’approximation soit précise, mais pas trop petit
pour éviter des phénomènes d’instabilité numérique liés au calcul de la différence de deux
quantités voisines). Nous verrons que l’introduction d’un problème dit adjoint permet de se
ramener à la résolution de seulement 2 problèmes u 7→ yu , et de contourner le problème du
choix d’un ε.
Cette approche peut aussi être motivée par des considérations plus théoriques. Dans le
cas où la correspondance u 7→ G(yu ) est régulière, un minimiseur de J vérifie ∇J(u) = 0.
Une identification de ce gradient en tout point permet ainsi d’écrire des conditions nécessaires
d’optimalité.
Préliminaires, notations
140
Dans le cas où E est un espace de Hilbert, et F = R, l’application DTx est une forme
linéaire continue, elle admet donc un représentant (Th. 22.17, page 226), appelé gradient de
T et noté ∇T , tel que
h∇T , hi = DT (x) h ∀h ∈ E.
Nous utiliserons la notation usuelle ∇T · h pour représenter le produit scalaire en dimension
finie.
Principe général
où u est une variable dite de contrôle, et yu une variable d’état associée univoquement à u.
Nous introduirons un Lagrangien associé à ce problème,
somme de G(y) (noter que dans cette définition la variable y est dissociée de u) et d’une
expression duale de la relation entre u et yu . Il s’agira d’une expression du type hΦ(y , u), pi,
où Φ(y, u) = 0 est la relation implicite qui permet de définir yu à partir de u. Pour tout y
associé à u, le lagrangien prend la valeur de la fonctionnelle, i.e.
L’idée générale consiste à choisir un p particulier qui annule Dy L(yu , u, p), donc le premier
terme, ce qui permet de contourner le problème d’identification de Du yu . La différentielle est
alors donnée par le second terme, estimé en (yu , u, p) où p est ce p bien choisi.
Cadre linéaire
141
avec A ∈ Mn (R) (suposée inversible), B ∈ Mn,m (R), C ∈ Mp,n (R), z̄ ∈ Rp .
On a
Dy L(yu , u, p) ỹ = C ⋆ (Cyu − z̄) · ỹ − A⋆ p · ỹ.
le problème adjoint s’écrit donc
∇J = B ⋆ p,
(
ẏ = f (y, u, t)
(16.3)
y(0) = y0
où u est un paramètre de contrôle qui vit dans l’espace U = Rm . On s’intéresse à la dépendence
d’une fonction de y (et éventuellement de u lui même) vis-à-vis de la variable de contrôle u.
81. On a en effet yu = A−1 Bu, d’où
J(u + ũ) = C ⋆ (Cyu − z̄) · ỹ = C ⋆ (Cyu − z̄) · A−1 B ũ = B ⋆ (A⋆ )−1 C ⋆ (Cyu − z̄) · ũ.
l’estimation du gradient de J en u peut donc se faire par la résolution d’”un premier problème Ayu = Cu, puis
d’un second A⋆ = C ⋆ (Cyu − z̄).
142
Contrôle de l’état final.
On s’intéresse dans un premier temps au cas où la fonctionnelle mesure l’écart entre l’état
final et un point cible donné :
1
J(u) = |yu (T ) − ȳT |2 .
2
L’objectif est de calculer la différentielle de J.
On introduit le Lagrangien
Z T
1
L(y, u, p) = |y(T ) − ȳT |2 + (ẏ(t) − f (y, u, t)) · p(t) dt,
2 0
Lorsque y est associé à u par (16.3), on le note yu . On applique la démarche générale décrite
autour de l’équation (16.12). L’approche consiste à trouver un p particulier qui annule Dy L.
On a Z T
Du L ũ = − (Du f (y, u, t) ũ) · p,
0
où Du f (y, u, t) est linéaire de Rm dans n
R . On peut identifier Du L à un vecteur de Rm , qui
s’identifie donc au gradient de J :
Z T
∇J(u) = − (Du f (y, u, t))⋆ p.
0
On a donc
Z T
hDy L , ỹi = (y(T ) − ȳT ) · ỹ + (−ṗ − Dy f (y, u, t)p(t)) · ỹ + ỹ(T ) · p(T ).
0
143
On considère maintenant le cas
Z T
J(u) = |y − ȳ|2 w(t) dt,
0
où w(t) ≥ 0 est une fonction de poids, qui quantifie l’importance que l’on donne à la mesure
au temps t.
où l’on impose que y soit nul sur le bord du domaine. On a, comme dans les autres cas, que
pour tout y associé à u, le lagrangien prend la valeur de la fonctionnelle, i.e.
pris en (yu , u, p) avec p quelconque. L’approche consiste à trouver p tel que Dy L(yu , u, p) de
façon à ce que seul le second terme (qui dépendra bien sûr du p particulier) demeure. Dans
le cas considéré ici, on a Z
Du L ũ = pũ.
ω
144
Par ailleurs
Z Z Z Z
Dy L ỹ = (y − ȳ)ỹ + ∇ỹ · ∇p = (y − ȳ)ỹ + (−∆p)ỹ.
O Ω O Ω
On suppose ici que la variable de contrôle (ou l’ensemble des paramètres que l’on cherche
à identifier) est le champ de conductivité u(x) au sein du domaine. On suppose la valeur de
la variable d’état imposée au bord du domaine. Le problème définissant la variable d’état est
donc (
−∇ · u∇yu = 0
(16.7)
yu = yΓ sur Γ.
Nous considérerons le cas où la fonction coût mesure l’écart entre la variable d’état et un
champ connu ȳ sur un sous-domaine O :
Z
1
J(u) = |yu − ȳ| 2 .
2 O
Le Lagrangien s’écrit
Z Z
1 2
L(y, u, p) = |y − ȳ| + u∇y · ∇p,
2 O Ω
où y est supposé vérifier la condition aux limites sur le bord de Ω, et p est nul sur le bord du
domaine. On a Z
Du L ũ = ∇y · ∇p ũ,
Ω
et Z Z Z Z Z
∂p
Dy L ỹ = (y − ȳ)ỹ + u∇ỹ · ∇p = (y − ȳ)ỹ −ỹ. (∇ · u∇p) ỹ + u
O Ω O Ω Γ ∂n
Le terme de bord s’annule car, la valeur de y étant fixée sur Γ, sa variation y est nulle. Le
problème adjoint est donc
(
−∇ · u∇p = −(yu − ȳ) 1O
(16.8)
p = 0 sur Γ.
et
∇J = ∇yu · ∇p,
où p est la solution du problème adjoint.
145
Contrôle sur la frontière
On suppose maintenant que la variable de contrôle (ou l’ensemble des paramètres que l’on
cherche à identifier) est la valeur de la variable d’état sur le bord du domaine. Le problème
définissant la variable d’état est donc
(
−∆yu = 0
(16.9)
yu = u sur Γ.
Nous considérerons encore ici le cas où la fonction coût mesure l’écart entre la variable d’état
et un champ connu ȳ sur un sous-domaine O :
Z
1
J(u) = |yu − ȳ| 2 .
2 O
Le Lagrangien s’écrit
Z Z Z
1 2
L(y, u, p, λ) = |y − ȳ| + ∇y · ∇p + (y − u) λ,
2 O Ω Γ
∂p
∇J = −λ = − .
∂n
Cadre abstrait
Nous nous intéressons ici à une fonctionnelle qui dépend d’une variable de contrôle u ∈ U
par l’intermédiaire d’une variable d’état y ∈ Y , univoquement associée à u, i.e.
u 7→ J(u) = G(yu ) ∈ R,
Φ(yu , u) = 0,
où Φ(y, u) appartient à une espace vectoriel normé P . Pour simplifier cette première présen-
tation, nous supposerons que les espaces U , Y , et P sont des espaces de Hilbert, identifiés à
146
leurs espaces duaux respectifs, et nous noterons h · , · i la dualité correspondante sur chacun
de ces espaces.
hΦ(yu , u), pi = 0,
pour tout p ∈ P .
On introduit le lagrangien, défini sur l’espace produit entre variables d’état, variables de
contrôle, et ce nouvel espace qui permet d’exprimer la contrainte de façon duale :
qui est défini pour des couples (y, u) quelconques (i.e. qui ne vérifient pas nécessairement le
lien Φ(yu , u) = 0). Pour tout y associé à u, le lagrangien prend la valeur de la fonctionnelle,
i.e.
L(yu , u, p) = G(yu ) = J(u),
quel que soit p. La différentielle de J par rapport à u s’identifie donc à la différentielle par
rapport u de l’application qui à u associe L(yu , u, p) Cette différentielle est donc (en supposant
que toutes les dépendances sont régulières) somme d’un premier terme Dy L ◦ Du yu , et d’un
deuxième terme du fait de la dépendance explicite de L par rapport à u (second terme
de (16.11)). On a
hΦ(y , u + ũ), pi − hΦ(y , u), pi = h(Du Φ(y , u)) ũ, pi + o(ũ) = h(Du Φ(y , u))⋆ p, ũi + o(ũ),
la contribution est donc (Du Φ(y, u))⋆ p (exprimé au travers de la dualité 82 h · , · i sur U × U ).
On a donc
Du J = Dy L ◦ Du yu + (Du Φ)⋆ p, (16.12)
avec
Dy L = Dy G + (Dy Φ)⋆ p. (16.13)
L’idée est alors de construire un p particulier qui annule Dy L, et donc le premier terme
de (16.12). Il n’est alors plus nécessaire de connaı̂tre la différentielle de yu par rapport à u
pour exprimer Du J : on obtient, la dualité choisie sur U étant celle du produit scalaire,
∇J = (Du Φ)⋆ p,
82. Dans l’hypothèse, que nous avons faite, où h · , · i est le produit scalaire sur l’espace de Hilbert U , il s’agit
en fait d’un gradient, mais nous conserverons la notion de différentielle pour souligner le caractère génbéral de
la démarche.
147
17 Transport optimal (cas discret)
Nous allons considérer une version relaxée de ce problème, qui peut se formuler intuitive-
ment de la façon suivante, dans un contexte de transport : on considère le premier ensemble
comme contenant des positions dans un certain espace (il n’est pas nécessaire de préciser
lequel ici), et le second ensemble aussi comme une collection de positions dans un espace
(éventuellement le même, mais pas forcément). On note cij ce que celà coûte de transporter
une quantité de matière unitaire de xi vers yj . Le problème précédent consistant à considérer
que l’on avait une même quantité de matière en chaque point (par exemple 1/N ), et que l’on
cherchait à transporter cette matière vers le second ensemble en envoyant toute la matière de
chaque point vers une destination unique. Nous allons considérer maintenant qu’il est pos-
sible de distribuer la matière venant d’un point vers plusieurs destination. Cette relaxation
du problème permet de lever la contrainte d’avoir le même nombre de points au départ et à
l’arrivée. Dans ce qui suit on notera γij la quantité de matière allant de i vers j. On appellera
γ = (γij ) un plan de transport.
83. Il n’y a pas lieu de préciser ici les points d’arrivée et points de départ. Nous nous intéresserons plus loin
au transport entre points d’un espace euclidien, mais ici on peut tout aussi bien concevoir le transport d’une
essoreuse vers le concept de néant chez Sartre.
84. On peut toujours se ramener à cette situation en supprimant de X et Y les points non chargés.
148
sous la contrainte que γ transporte µ vers ν, i.e.
X X
γij ≥ 0 , γij = µi ∀i , γij = νj ∀j, (17.1)
j i
ce que l’on écrira γ ∈ Π(µ, ν), ou simplement γ ∈ Π quand il n’y a pas d’ambiguı̈té.
Remarque 17.1. On peut formuler ce problème en termes probabilistes, en considérant γ
comme une loi de probabilité sur l’espace produit X × Y , dont les mesures images par les
projections sur X et Y sont respectivement µ et ν. Parmi de telles lois, on cherche celle(s)
qui minimise(nt) l’espérance de la “fonction” c = (cij ) sur X × Y .
Remarque 17.2. L’ensemble admissible est non vide, il contient en particulier le plan cor-
respondant à une loi de probabilité sur X × Y pour deux variables indépendantes, qui s’écrit
γij = µi νj .
Nous verrons plus loin que c’est le plan qui minimise l’entropie de la loi γ (voir définition 12.1,
page 126).
Proposition 17.3. Le problème 17.2 admet un minimiseur.
Démonstration. Les γij sont positifs, et chacun d’eux est majoré par le max des µi , l’ensemble
Π est donc borné, il est évidemment fermé donc compact : la fonction continue (car linéaire)
C( · ) admet donc un minimiseur sur Π.
Remarque 17.4. Dans le cas d’un coût du type cij = ai + bj , le problème est fortement
dégénéré, puisque tout transport de µ vers ν réalise le même coût. Par ailleurs, pour deux
ensembles de même cardinal N , avec µ et ν lois uniformes sur X et Y , si l’on se donne
une bijection ϕ de Sn , on peut construire une famille de coûts telle que le plan associé à
la bijection 85 soit l’unique minimiseur, en prenant par exemple ciϕ(i) = −1, et cij = 0 si
j 6= ϕ(i).
Question 17.1. Étant donnée une collection de coût (cij ), existe-t-il des ensembles X et
Y de points de Rd tels que cij = |yj − xi | ? (on pourra aussi considérer cij = |yj − xi |p ,
cij = ψ(|yj − xi |) avec ψ croissante et nulle en 0.)
Question 17.2. Le problème 17.2 admet-il une solution unique “en général”? (on s’attachera
à exprimer précisément ce que l’on entend par unicité générique.)
Dans le cas où les cardinaux sont les mêmes, et les mesures équidistribuées, on peut préciser
le lien entre le modèle relaxé basé sur les plans de transports et le problème d’affectation.
Pour simplifier les notations, on considère ici la situation où chaque point porte une masse
unitaire, de telle sorte que la masse totale des mesures considérées est égale au nombre de
points. Il ne s’agit donc plus de mesure de probabilité, mais on peut s’y ramener en divisant
la mesure par le nombre de points.
Proposition 17.5. On se place dans le cas N = M (même nombre de points de part et
d’autre, et µi = νj ≡ 1), et l’on note ΠS l’ensemble des plans de transport associés à une
affectation, i.e. γij = δiϕ(i) , où ϕ est une permutation du groupe symétrique. L’ensemble des
points extrémaux 86 de Π s’identifie à ΠS .
85. C’est à dire : γiϕ(i) = 1/N , et γij = 0 si j 6= ϕ(i).
149
Démonstration. Tout point de ΠS est de façon évidente extrémal pour Π. Réciproquement,
considérons un plan générique (i.e. qui n’est pas associé à une bijection) γ. On considère dans
un premier temps les indices i pour lesquels γij est nul pour tous les indices j sauf un (qui
vaut donc 1). Cette sous-famille des points de départ est en bijection avec les points d’arrivées
j correspondants, pour lesquels, symétriquement, γij est nul pour tous les i sauf 1. On note I
(resp. J) l’ensemble des indices non concernés dans l’espace de départ (resp. d’arrivée). Les
ensemble I et J sont de même cardinal, et non vides par hypothèse. La restriction du plan γ
à XI × YJ est diffuse, au sens que pour tout i, γij ∈]0, 1[ pour au moins 2 indices j ∈ J, et
pour tout j ∈ J, on a γij ∈]0, 1[ pour au moins 2 indices i ∈ I. On part d’un indice i0 ∈ I, et
l’on choisit j0 tel que γi0 j0 > 0. On choisit ensuite i1 6= i0 tel que γi1 j0 > 0, puis j1 6= j0 tel
que γi1 j1 > 0. On construit ainsi une suite d’indices
i0 , j0 , i1 , . . . , in−1 , in ,
que l’on peut voir comme un chemin dans le graphe sur I ∪ J associé au plan γ, chemin qui
ne contient pas d’aller-retour. L’ensemble des indices étant fini, il existe forcément un n tel
que in correspond à un indice iℓ 6= in−1 déjà visité. On considère alors la variation
n−1
X
h= πik ,jk − πik+1 ,jk ,
k=ℓ
avec in = iℓ , et où πi,j est l’élément de RN M qui vaut 1 sur la composante (i, j), et qui est
nul pour les autres couples. Pour η suffisamment petit, γ ± ηh est positif, et par construction
γ ± ηh vérife les contraintes de marginales, les deux perturbations sont donc dans Πµ,ν , et
γ est moyenne non triviale de ces deux plans de transport, il ne s’agit donc pas d’un point
extrémal.
Corollaire 17.6. L’ensemble Π des plans de transport admissibles est l’enveloppe convexe de
ΠS .
150
P
Comme chaque C(γ k ) est supérieur ou égal à C(γ), et que θk = 1 avec θk > 0 pour tout
k, la combinaison convexe ci-dessus implique que C(γ k ) est égal à C(γ) pour tout k. Chaque
permutation impliquée dans la combinaison réalise donc le minimum.
La formulation duale du problème 17.2 est basée sur l’expression duale des contraintes de
marginales :
X N
X X
γij = µi ∀i ⇐⇒ p i µi − γij = 0 ∀p ∈ RN ,
j i=1 j
avec V = RN +
M et Λ = RN × RM . Noter que cette définition du Lagrangien correspond
à un choix qui est fait (et qui peut sembler arbitraire) de dualiser les contraintes d’égalité
(correspondant aux contraintes de marginales), mais pas les contraintes de positivité.
Le problème primal (voir definition 25.32, page 278) est le problème consistant à minimiser
la fonctionnelle
X
cij γij si γ∈Π
F (γ) = sup L(γ, p, q) = i,j
p,q
+∞ sinon
Minimiser cette fonctionnelle revient bien à résoudre le problème 17.2 de minimisation sous
contrainte.
Le problème dual (voir toujours la définition 25.32, page 278) consiste à maximiser la
fonctionnelle duale G(p, q) = inf γ L(γ, p, q). Cette fonctionnelle s’exprime (on ordonne diffé-
remment les sommes dans l’expression de L(γ, p, q)) :
X N
X M
X
G(p, q) = inf (cij − pi − qj ) γij + p i µi + q j νj
γ∈V
i,j i=1 j=1
N
X M
X X
= p i µi + qj νj + inf (cij − pi − qj ) γij .
γ∈V
i=1 j=1 i,j
Comme γ parcourt V = RN M
+ , l’infimum ci-dessus vaut −∞ à moins que l’on ait pi + pj ≤ cij
pour tous i, j, et 0 dans ce dernier cas. On a donc
N
X M
X
p i µi + q j νj si pi + qj ≤ cij ∀ i , j,
G(p, q) = inf L(γ, p, q) = i=1 j=1
γ∈V
−∞ sinon .
151
On écrira p ⊕ q ≤ c la contrainte d’inégalité sur les pi et qj . Le problème dual (il est immédiat
que l’ensemble des p, q, vérifiant la contrainte est non vide) s’écrit donc
sup (p · µ + q · ν) .
p⊕q≤c
Il s’agit de montrer que le Lagrangien défini ci-dessus admet un point selle ou, de façon
équivalente (voir proposition 25.34, page 279), que le problème dual admet une solution, et
que sa valeur maximale est la valeur minimale du problème initial. La propriété suivante
permet de se ramener à la construction de vecteurs de multiplicateurs de Lagrange vérifiant
une propriété très simple. La démonstration en est élémentaire, mais vue son importance
nous la présentons sous la forme d’une proposition.
Comme on a G(p̃, q̃) ≤ F (γ̃), cela implique que (p, q) (resp. γ) est solution du problème dual
(resp. primal) (voir proposition 25.34, page 279).
Remarque 17.9. Dans le cas où X et Y sont des collections d’un même nombre N de points
de Rd , et que cij = |yj − xi |, la remarque précédente peut s’interpréter géométriquement : pour
trouver un minimiseur du coût, il suffit 87 de trouver 2N cercles (ou sphères pour d ≥ 3) Σxi et
Σyj centrés en les points xi et yj , respectivement, de telle sorte qu’il existe une bijection ϕ telle
que Σxi est tangent à Σyϕ(i) , et que les autres couples de cercles (Σxi , Σyj ) ne se chevauchent pas
strictement. Selon cette vision du problème dual, les pi (resp. qj ) sont les rayons des cercles
Σxi (resp. Σyj ). La figure 17.1 donne un exemple d’une telle construction, pour d = 2 et N = 5.
152
Figure 17.1 – Interprétation géométrique des potentiels de Kantorovich pour la distance 1.
Démonstration. L’approche consiste simplement, comme dans la définition 25.35, page 279,
P
à ajouter un terme du type − λij γij au Lagrangien défini précédemment :
X
L̃ : (γ, p, q, λ) ∈ RN M × RN × RM × RN
+
M
7−→ L̃(γ, p, q, µ) = L(γ, p, q) − λij γij .
D’après la proposition 25.28, page 277 (en notant que les contraintes d’égalité affines
peuvent se traiter comme deux contraintes d’inégalité affines 88 , pour lesquelles la question
de qualification ne se pose pas comme le précise la définition 25.27), il existe p , q, et µ ≥ 0
tels que
cij − pi − qj − λij = 0,
avec λij = 0 dès que γij > 0 (contrainte non activée). Le couple (p, q) vérifie donc la contrainte
d’inégalité, avec égalité sur le support de γ, ce qui implique (voir proposition 17.8) que (γ, p, q)
est point-selle du Lagrangien.
pi = min(cij − qj ).
j
En effet, pour tout i on a pi ≤ cij − j pour tout j, d’après la contrainte, et si l’inégalité était
stricte pour tous les j, on pourrait augmenter un peu le pi , sans violer la contrainte, et en
augmentant strictement la valeur du maximum.
L’existence d’un point-selle peut aussi être obtenue, de façon plus laborieuse, à partir de
la régularisée entropique du problème de minimisation (voir section 17.10, page 162).
88. On n’a bien sûr alors aucun information sur le signe du multiplicateur de Lagrange (ici pi ou qj ), dont
le signe final dépendra de laquelle des deux contraintes est réellement activée.
153
17.4 Exemples d’applications
Sous sa forme la plus générale, le problème est entièrement déterminé par les mesures
d’arrivée et de départ, et les coûts cij . Dans un grand nombre de situations, X et Y sont des
ensembles de points de l’espace euclidien, et cij est une certaine mesure de la distance entre
eux.
Une généralisation immédiate de ce problème consiste à considérer des coûts du type cij =
|yj − xi |p , le cas p = 2 jouant un rôle extrêmement important dans de multiples domaines.
Une “application” dans le cas quadratique est la suivante : on considère deux systèmes de N
points du plan, que l’on cherche à connecter deux à deux par des ressorts de longueur au
repos nulle. Minimiser l’énergie élastique (quadratique en les positions) revient à choisir les
couples que l’on va connecter.
Exercice 17.3. (Matching) Montrer que, dans le cas où X et Y sont des points d’un espace
euclidien, et dans le cas quadratique cij = |yj − xi |2 , minimiser le coût global revient à
maximiser la somme des γij xi · yj . Considérer la situation où X correspond à un ensemble
d’agents, représenté par un vecteur de nombres réels (par exemple entre 0 et 1 pour fixer
les idées) correspondant à l’intérêt que chacun porte aux caractéristiques d’un produit, l’en-
semble Y (vecteurs de même type) représentant l’ensemble des produits offerts au “marché”
X. Interpréter alors le problème de transport optimal de X vers Y au vu de la remarque
précédente.
Dans un esprit proche de ce qui précéde, on considère un ensemble d’agents X, et l’on suppose
que chaque agent est doté d’un capital µj . L’ensemble des biens 90 est noté Y , et la quantité
de chaque bien (mesurée dans la même unité que les µj ) vaut νj . On note uij l’utilité que
représente le bien j pour l’agent i, de telle sorte que ηuij mesure en quelque sorte la satisfaction
apportée à i s’il consacre une partie η de son capital à l’acquisition du bien j. Maximiser la
satisfaction globale correspond à un problème de type Monge-Kantorovich discret
X
max γij uij .
γ∈Π
ij
154
cateurs de Lagrange associés aux contraintes de marginale. On considère que le bien j a un
prix qj , et que les utilités sont exprimées dans une unité telle que uij − qj quantifie l’attrait
effectif de j pour i (qui diminue bien sûr lorsque le prix augmente). On a alors une interpré-
tation très claire de la proposition 17.8, qui dans le contexte présent exprime que le problème
de maximisation est équivalent à la recherche d’un système de prix pour les différents biens,
et d’un plan décrivant le comportement effectifs des agents, de façon à ce que chaque agent
n’ait aucun intérêt à changer son choix. Supposons plus précisemment que l’on connaisse un
plan de marché γ (qui encode l’ensemble des choix des agents) et un système de prix q tel
que, pour tout (i, j) dans le support de γ (c’est à dire que i achète une quantité non nulle de
j), on ait
uij − qj = max(uik − qk ),
k
ce qui signifie simplement que, le système de prix étant ce qu’il est, l’agent i perd tout intérêt
pour les biens qui ne correspondent pas à son choix courant, il est content, ou tout du moins,
en l’état actuel du reste de l’univers, il ne peut pas augmenter sa satisfaction en changeant
ses choix. Si l’on pose pi = maxk uik − qk , on dispose d’un plan de transport, et d’un couple
(p, q) qui vérifie p⊕q ≥ u avec égalité sur le support de γ, on a donc une solution du problème
(voir proposition 17.8). Les qj , associés au contraintes sur les produits, s’interprètent donc
comme des prix, et les pi , de la forme uij − qj , à une certaine forme de satisfaction effective
des différents agents.
Exercice 17.4. a) Dans le cas du coût ℓ1 (i.e. cij = |yj − xi |), donner des exemples de situations
pour lesquels on n’a pas unicité du minimiseur.
17.5 Interpolation
Pour tout t ∈ [0, 1], ρ̃t est une mesure de probabilité, et la courbe t 7→ ρt relie les deux
mesures dans un certain sens, ce qui assure à peu de frais la convexité de l’espace des mesures
(de probabilité) atomiques. Le support de ρt est la réunion des deux supports, pour t ∈]0, 1[.
155
de ce second point de vue (lagrangien en quelque sorte). Cette notion a été introduite par R.
McCann 91 en 1997, et on parle parfois d’interpolation au sens de McCann.
Cette notion est particulièrement féconde dans un contexte où l’on a unicité d’un plan
de transport optimal (dans un sens qui peut dépendre du contexte), mais elle est basée sur
la possibilité d’associer à tout plan de tranport admissible une interpolée canonique. C’est
ce choix que nous faisons de définir ci-dessous une notion, non pas d’interpolée entre deux
mesures, mais d’interpolée associée à un plan de transport.
Definition 17.12. Soient ρ0 et ρ1 deux mesures de A, et γ ∈ Πρ0 ,ρ1 un plan de transport
entre ρ0 et ρ1 . On associe à γ l’interpolée par déplacement définie de la façon suivante :
X
ργt = γij δ(1−t)xi +tyj .
ij
Exercice 17.5. Construire un champ de vitesse vt qui soit ργt -mesurable pour tout t ∈ [0, 1],
et tel que le couple (ργt , vt ) soit solution faible de l’équation de transport
∂t ρt + ∇ · (ργt vt ) = 0,
au sens de la définition 5.8, page 46.
L’ensemble des mesures de probabilités atomiques sur Rd reste convexe pour cette nouvel
acception de l’interpolation : pour tout plan de transport, la courbe t 7→ ργt associée reste
dans A, on parlera de convexité par déplacement (displacement convexity).
Noter en revanche que, si l’on se restreint à l’ensemble A(K) des mesures supportées dans
un compact K donné, on perd la convexité de A(K) dès que K n’est plus convexe.
Remarque 17.13. Si Ψ est une fonction strictement convexe de Rd dans R, régulière 92 , et
ρt la courbe d’interpolation associée à un transport γ entre deux mesures atomiques ρ0 et ρ1
distinctes, la fonction Z
t 7→ hρt , Ψi = Ψ(x) dρt
Rd
est strictement convexe. Noter que la même fonction définie à partir de l’interpolée eulérienne
ρ̃t est simplement l’interpolée affine entre les deux valeurs extrêmes, elle est donc convexe,
mais aussi concave, quelles que soient les proprités de convexité de la fonction Ψ.
91. Robert J. McCann, A Convexity Principle for Interacting Gases, Advances in Mathematics 128, 153
179 (1997),
[Link]
92. À strictement parler il n’est pas nécessaire d’expliciter cette hypothèse car toute fonction convexe sur
Rd est localement Lipschitzienne, donc en particulier continue, ce qui permet de donner un sens au produit de
dualité ci-dessous.
156
L’entier N n’est pas fixé, mais on ne considère ici que des sommes finies. Pour p ≥ 1 fixé, µ
et ν dans Ad , on note
!1/p
X
Wp (µ, ν) = inf γij |yj − xi |p ,
γ∈Π(µ,ν)
où l’infimum correspond au problème de MK discret 17.2, pour lequel l’existence d’un plan
minimisant est établie dans 17.3. On se propose de montrer que Wp est une distance sur Ad .
On a 1/p 1/p
X p X p
Wp (µ1 , µ3 ) ≤ γi131 i3 x3i3 − x1i1 = γi1 i2 i3 x3i3 − x1i1
i1 i3 i1 i2 i3
1/p 1/p
X p X p
≤ γi123
1 i2 i3
x2i2 − x1i1 + γi123
1 i2 i3
x3i3 − x2i2
i1 i2 i3 i1 i2 i3
Exercice 17.6. Montrer que l’espace A défini ci-dessus n’est pas complet, même si l’on
contraint les supports des mesures à demeurer dans un compact de Rd . Identifier des sous-
ensembles stricts de Ad qui sont complets pour la même métrique.
Exercice 17.7. On considère l’espace AN des mesures atomiques de Rd à N points (non
nécessairement distincts), avec équidistribution de masse sur les N points. Identifier l’espace
métrique AN muni de la distance précédemment définie.
93. On peut voir γ 123 comme la loi d’une variable aléatoire sur Rd × Rd × Rd dont les projections ont pour
lois respectives µ1 , µ2 et µ3 .
157
17.7 Approche de Benamou-Brenier
Cette section présente les principes d’une formulation alternative du problème de Monge
Kantorovich proposée par Benamou et Brenier à la fin du siècle dernier 94 . Cette approche
s’est révélée extrêmement féconde sur le plan de la résolution numérique de tels problèmes,
mais aussi sur le plan abstrait. Soient x0 et x1 deux points de Rd . Pour toute vitesse v(t)
régulière donnée sur l’intervalle [0, 1] telle que la trajectoire associée xt relie x0 et x1 , la
longueur ℓ de la courbe vérifie
Z 1 2 Z 1
2 2
|x1 − x0 | ≤ ℓ = |v(s)| ds ≤ |v(s)|2 ds.
0 0
Par ailleurs, si l’on prend la vitesse constante égale à (x1 − x0 ), on a égalité entre les deux
extrémités de la chaine précédente d’inégalités. On a donc
Z 1
|x1 − x0 |2 = minR |v(s)|2 ds.
x1 =x0 + v 0
On peut généraliser cette approche à deux mesures atomiques supportées par des nuages
de points (xi ) et (yj ), en considérant pour chaque couple (xi , yj ) une vitesse vij sur [0, 1]
susceptible de les relier. On notera W l’ensemble des vitesses admissibles correspondant à
cette condition. Le problème de transport optimal avec coût quadratique s’écrit alors
XZ 1
2
min γij |vij (s)| ds
v∈W,γ∈Π 0
ij
17.8 Étude de W1
158
Proposition 17.15. (Distance W1 sur les mesures atomiques.)
Pour toutes mesures µ et ν de A(Rd ) (mesures atomiques à support fini), on a
X X X
W1 (µ, ν) = inf γij |yj − xi | = max µi ϕ(xi ) − νj ϕ(yj ) ,
γ∈Π(µ,ν)
ij ϕ∈Lip1 i j
On a, pour tout i, pi ≤ cij − qj pour tout j, avec égalité pour au moins un indice j, donc
(voir remarque 17.11)
pi = min(cij − qj ).
j
Enfin, on a
ϕ(yj ) = inf (|yk − yj | − qk ) ≤ −qj ,
k
159
17.9 Complétion de l’espace de Wasserstein discret
avec toujours N ∈ N non fixé (il dépend de µ, et n’est pas borné). Pour p ≥ 1 fixé, µ et ν
dans A, on note comme précédemment
!1/p
X p
Wp (µ, ν) = inf γij |yj − xi | .
γ∈Π(µ,ν)
Démonstration. Le complété abstrait de A est l’espace des suites de Cauchy pour Wp quo-
tienté par la relation d’équivalence
(µn ) ∼ (ν n ) ⇐⇒ Wp (µn , ν n ) −→ 0.
De toute suite (µn ) dans A on peut extraire une sous-suite qui converge faiblement 96 dans
P(K). Montrons que la limite ne dépend pas du représentant dans la classe d’équivalence.
Soient µn et ν n deux suites adjacentes (µ ∼ ν), et ϕ une fonction Lipschtzienne sur K. On a
(en notant γ n un plan optimal de µn vers ν n )
X X XX
hν n − µn , ϕi = νjn ϕ(yjn ) − µni ϕ(xni ) = n
γij ϕ(yjn ) − ϕ(xni )
j i j i
1/p
XX XX p
n
≤L γij yjn − xni ≤ L n
γij yjn − xni
j i j i
n n
= LWp (µ , ν ) −→ 0 quand n → +∞. (17.4)
On a bien sûr la même inégalité pour hν m − µn , ϕi, d’où la convergence de hν n − µn , ϕi vers
0. Par densité des fonctions Lipschitziennes dans les fonctions continues (K est compact), les
mesures limites sont donc les mêmes.
Montrons que toute mesure de probabilité µ ∈ P(K) peut être approchée faiblement par
une telle suite. On suppose dans un premier temps que K est un (hyper-)cube. Pour n ∈ N,
on décompose K de façon régulière en nd petits cubes (Cin ), de centres xni . On associe à µ
une mesure atomique portée par les xni , en prenant pour masse µni la µ-mesure de Cin (si
96. Comme K est compact, il n’y a pas lieu de distinguer ici la convergence étroite (contre les fonctions
continues bornées), la convergence vague (contre les fonctions continues à support compact), ou convergence
faible (contre l’adhérence de ces dernières pour la norme uniforme).
160
µ charge les faces entre les cubes, on choisit arbitrairement d’associer la masse d’une face à
l’une des cellules adjacentes). Par construction, le p-coût entre µn et µm (avec n ≤ m) est de
l’ordre de 1/np : la suite est donc bien de Cauchy. Si K n’est pas un cube, on suit le même
procédé avec un cube contenant K, en projetant sur K les centres des cellules qui seraient à
l’extérieur.
Remarque 17.17. Toute mesure µ de P(K) est ainsi limite (pour Wp ) d’une suite (µk )
d’éléments de A(K). En appliquant la chaı̂ne d’inégalités (17.4) à µk et µℓ , et en faisant
tendre ℓ vers l’infini, on montre par ailleurs, en suivant un raisonnement analogue à ce qui
précède, que
hµ − µk , ϕi −→ 0
pour toute fonction ϕ continue sur K.
pour une suite de ϕn ∈ Lip1 . Quitte à supposer que toutes ces fonctions valent 0 en un
point fixé de K (on peut leur rajouter une constante arbitraire du fait que µn et µn ont
même masse), on en extrait une sous-suite qui converge uniformément vers une fonction ϕ
(théorème d’Arzelà-Ascoli), qui est dans Lip1 . On a donc
Proposition 17.19. La métrique Wp induite sur P(K) par la complétion décrite précédem-
ment métrise la topologie de la convergence faible sur P(K), i.e.
µn ⇀ µ ⇐⇒ Wp (µn , µ) −→ 0.
Démonstration. On montre dans un premier temps que l’équivalence est vérifiée pour p = 1.
On considère une suite µn ∈ P(K) qui converge vers µ pour W1 . On a, d’après la pro-
position 17.18, convergence vers 0 de hµn − µ , ϕi, pour toute fonction ϕ 1-Lipschtizienne,
donc pour toute fonction Lipschitienne par linéarité, donc pour toute fonction continue par
densité des fonctions Lipchitziennes dans les fonctions continues sur le compact K, d’où la
convergence faible de µn vers µ.
Réciproquement, on considère une suite (µn ) qui converge faiblement vers µ. D’après la
proposition 17.18, il existe une suite de fonctions 1-Lipschiziennes telles que
W1 (µn , µ) = hµn − µ , ϕn i.
Quitte à supposer que toutes ces fonctions valent 0 en un point fixé de K (on peut leur rajouter
une constante arbitraire du fait que µn et µ ont même masse), on en extrait une sous-suite
161
qui converge uniformément vers une fonction ϕ continue (théorème d’Arzelà-Ascoli). On a
donc (pour la suite extraite, pour laquelle on conserve l’indice n pour simplifier l’écriture)
On en déduit la propriété pour p > 1 en notant que, pour toute mesure atomique (γ
ci-dessous désigne le plan optimal pour le p-coût)
X X p
Wp (µ, ν)p = γij |yj − xi |p ≥ γij |yj − xi | ≥ W1 (µ, ν)p .
Par ailleurs, pour tout p ≥ 1, on a sur le borné K une inégalité |y − x|p ≤ C |y − x| uniforme
en (x, y) ∈ K × K. On a donc (γ désigne maintenant le plan optimal pour le 1-coût)
X X
Wp (µ, ν)p ≤ γij |yj − xi |p ≤ C γij |yj − xi | = C W1 (µ, ν).
On a donc finalement, pour toute mesure de probabilité atomique, et donc pour toute mesure
de P(K) (les suites de Cauchy sont les mêmes dans Wp et W1 du fait même des inégalités
démontrées dans le cas atomique),
Exercice 17.8. Décrire, dans A(K), le cercle dont le centre est un Dirac centré à l’origine, et
de rayon 1. On considérera que K est une boule fermée de Rd centrée en l’origine.
On propose ici une démonstration alternative de l’existence d’un point-selle, plus labo-
rieuse, mais qui permet d’étudier une méthode utilisée en pratique pour l’approximation
effective du coût de transport entre deux mesures. Cette méthode est basée sur la régularisée
entropique de la fonctionnelle C(γ), définie par
X X
γ ∈ RN
+
M
7−→ Cε (γ) = cij γij + ε γij log γij = C(γ) + εS(γ), (17.5)
i,j i,j
où S est l’entropie de la probabilité γ sur RN × RM (voir définition 12.1, page 126).
Lemme 17.20. On suppose que µ et ν chargent tous les points de X et Y , respectivement. La
fonctionnelle Cε définie par (17.5) admet un minimiseur γ ε unique sur Π (défini par (17.1)),
ε > 0 pour tous i, j).
avec γij
Montrons que ce minimiseur a pour support X × Y , c’est à dire que tous les γij sont
strictement positifs. Cette propriété vient du fait que la fonction choisie, x log x, a une dérivée
162
qui vaut −∞ en 0, de telle sorte qu’il est très défavorable, en termes de minimisation, de
s’approcher de cette limite. Pour utiliser ce fait et montrer qu’un tel point ne peut pas être
minimiseur, il faut simplement vérifier que l’on peut faire de petites variations admissibles 97 .
Supposons par exemple que γ11 soit nul. Comme µ1 > 0, il existe un j tel que γ1j > 0,
et de la même manière un i tel que γi1 > 0. On perturbe alors γ de la façon suivante : on
rajoute ε à γ11 , on enlève ε à γi1 , on enlève ε à γ1j > 0, et pour compenser le gain de i et la
perte de j, on rajoute ε à γij . Pour ε suffisamment petit (< min(γi1 , γ1j )), cette perturbation
est admissible. Elle affecte linéairement la partie linéaire de la fonctionnelle, et linéairement
au premier ordre les termes d’entropies sur les liens 1 → j et i → 1. Pour le terme d’entropie
correspondant à 1 → 1, on a une variation négative qui domine les variations linéaires au
voisinage de 0, du fait que la dérivée en 0 de x log x est −∞. Si γij était initialement non
nul, la variation correspondante est linéaire, s’il était nul, on renforce la variation négative
surlinéaire.
Démonstration. La fonctionnelle Cε réalise son minimum sur l’ouvert ]0, +∞[N M , sous les
contraintes de marginales, en γ ε . Comme les contraintes sont affines on a, d’après la pro-
position 25.13, page 273, existence de multiplicateurs de Lagrange (pε , q ε ) ∈ RN × RM tels
que
ε
cij + ε(1 + log γij ) − pεi − qjε = 0. (17.6)
On applique alors le corollaire 25.38 du théorème 25.37, page 281, qui assure que (γ ε , pε , q ε )
est point-selle du Lagrangien Lε .
163
ce qui donne
N
X M
X X cij −pi −qj
Gε (p, q) = p i µi + qj νj − εe−1 e− ε . (17.8)
i=1 j=1 i,j
S’il existe (i, j) tel que pi + qj > 0, alors Gε (pn , q n ) tend vers −∞ (le terme exponentiel
correspondant tend vers -∞ et domine la partie linéaire. Dans le cas contraire on a p ⊕ q ≤ 0
(c’est à dire pεi + qjε ≤ 0 pour tous i, j). Si toutes ces sommes sont nulles, cela signifie que les
pi sont tous égaux à p0 , et les qj tous égaux à une même constante q0 , avec p0 + q0 = 0. Mais
comme on est dans l’orthogonal de (1, −1), ces constantes sont de même signe, donc nulles,
ce qui est absurde car (p, q) est de norme 1. On a donc
N
X M
X X
p i µi + q j νj = (pi + qj )µi µj < 0,
i=1 j=1 ij
car l’un des termes de la somme est < 0, et la partie linéaire tend donc vers −∞. La propriété
est vraie pour n’importe quelle sous-suite extraite, on a donc bien Gε (pn , q n ) qui tend vers
−∞. La fonctionnelle Gε admet donc un maximum sur l’orthogonal de (1, −1), elle admet
donc un maximum sur l’espace tout entier, maximum que l’on peut choisir tel que la moyenne
des pi est nulle.
Bien que cela ne soit pas vraiment nécessaire à la suite de la démonstration, on peut
montrer comme annoncé que ce maximum est unique en montrant que la restriction de Gε à
l’orthogonal de (1, −1) est strictemet concave. Montrons que la matrice Hessienne de Gε est
semi-définie négative, et de noyau la droite engendrée par (1, −1) ∈ RN × RM (ajouter un
élément de cette droite à (p, q) revient à ajouter une constante aux éléments de p, et enlever
cette même constante aux éléments de q). On considère pour cela la matrice Hessienne de
P
(p, q) 7−→ epi +qj (on prend momentanément ε = 1 pour alléger l’écriture). Cette matrice
H peut se décrire par blocs : 2 blocs diagonaux du type
!
X X
pi qj qj pi
Dp = diag e e , Dq = diag e e ,
j i i j
et un bloc extra-diagonal supérieur B = (epi +qj )ij (le bloc inférieur est t B). On a
!
p X X X X X
(p, q) · H = epi p2i eqj + eqj q2j epi + 2 pi q j epi +qj .
q i j j i ij
On a 2pi q j ≥ −p2i − q 2j , avec inégalité stricte dès que q j 6= −pi . Si l’on prend (p, q) non nul
dans l’orthogonal de (1, −1), on aura nécessairement q j 6= −pi pour au moins l’un des couples
(i, j), d’où !
p
(p, q) · H > 0.
q
164
La Hessienne de Gε (qui est essentiellement l’opposé de la matrice H) est donc définie négative,
Gε admet donc un maximiseur unique dans l’orthogonal du noyau. Elle admet par suite un
maximiseur unique tel que la moyenne des pi est nulle, c’est ce minimiseur particulier que
nous noterons (pε , q ε ) dans la suite.
Démonstration. On note δij le vecteur de RN × RM dont tous les éléments sont nuls, sauf le
i-ème sur RN , et le j-ième sur RM , et K le cône convexe engendré par les δij :
nX o
K= γij δij , γij ≥ 0 .
On a (µ, ν) ∈ K. Plus précisément, (µ, ν) peut s’écrire comme une combinaison des δij dont
tous les coefficients sont strictement positifs (prendre par exemple pour γij le transport qui
distribue chaque masse µi selon la loi ν, i.e. γij = µi νj ).
Enfin, comme (pε , q ε ) maximise la fonctionnelle duale Gε définie par (17.8), on a (on écrit
simplement Gε (pε , q ε ) ≥ Gε (0, 0)) :
X cij −pi −qj X cij
(pε , q ε ) · (µ, ν) ≥ (pε , q ε ) · (µ, ν) − εe−1 e− ε ≥ −εe−1 e− ε ≥ β,
i,j i,j
uniformément en ε (on peut supposer les cij positifs car le problème ne minimisation ne
change pas si l’on rajoute une même constante à tous les cij ).
Supposons maintenant que (pε , q ε ) ne soit pas bornée, on peut extraire une sous-suite (on
garde la même notation pour alléger l’écriture) telle que la suite normalisée (pε , q ε )/ |(pε , q ε )|
converge vers un (p, q) de norme 1, avec la moyenne des pi égale à 0. Comme pε ⊕ q ε ≤ c, on
a à la limite (p, q) · δij ≤ 0 pour tous i, j, donc (p, q) est dans C ◦ , cône polaire de C. On a
aussi d’après ce qui précède (p, q) · (µ, ν) ≥ 0. Comme (µ, ν) est dans C, on a nécessairement
(p, q) · (µ, ν) = 0. Mais (voir début de la preuve), (µ, ν) s’écrit comme une combinaison de δij
à coefficients > 0, on a donc
X X
0 = (p, q) · (µ, ν) = γij δij · (p, q) = γij (pi + qj ).
ij ij
Comme (p, q) est dans le polaire de C, il s’agit d’une somme de termes négatifs, qui sont donc
tous nuls. Comme les γij sont tous non nuls, on a finalement pi + qj = 0 quels que soient i et
j. Les pi sont donc tous identiques, donc (comme leur somme est nulle) tous nuls, de même
pour les qj , ce qui est absurde puisque (p, q) est de norme 1.
Proposition 17.24. Le minimiseur γ ε construit au lemme 17.20 converge (à sous-suite ex-
traite près) vers un minimiseur γ 0 de C( · ), et toute valeur d’adhérence de la suite est mini-
miseur. Les multiplicateurs de Lagrange (pε , q ε ) convergent eux mêmes (à sous-suite extraite
près) vers un couple (p0 , q 0 ), et (γ 0 , p0 , q 0 ) est point-selle du Lagrangien L.
Démonstration. La suite (γ ε ), est bornée, on peut donc en extraire une sous-suite qui converge
dans le fermé Π vers γ 0 , et l’on a
165
d’où, par passage à la limite, C(γ 0 ) ≤ C(γ) pour tout γ ∈ Π. De plus, (pε , q ε ) étant borné,
on a convergence à sous-suite extraite près vers (pε , q ε ). En passant à la limite dans (17.6),
on obtient p0 ⊕ q 0 ≤ c, avec
0
γij > 0 =⇒ pi + qj = γij ,
d’où la conclusion (voir proposition 17.8).
Remarque 17.25. Si, faisant fi des bons usages, on fait tendre ε vers +∞, on a convergence
vers le minimiseur de l’entropie sous les contraintes de marginale, le coût n’intervient plus.
Le minimiseur s’écrit
γij = Cepi +qj = Cepi eqj ,
où C est une constante de normalisation (γ est une loi de probabilité sur X × Y ) . Du fait
de l’écriture tensorielle ci-dessus, on peut voir γ comme une loi sur X × Y pour un couple
de variables aléatoires indépendantes.
Remarque 17.26. Noter que cette régularisation entropique permet de retrouver une certaine
forme d’unicité dans le cas d’un problème de départ qui admet des solutions multiples : on
peut choisir de privilégier parmi toutes les solutions celle qui minimise l’entropie, dont on
peut montrer que c’est la limite des solutions aux problèmes régularisés quand ε tend vers 0
(voir proposition ci-dessous). Noter aussi que cette manière de sélectionner une solution n’est
pas forcément légitime dans certains contextes. Lorsque les cardinaux sont les mêmes, et les
mesures uniformes, on peut s’intéresser au contraire aux solutions du type bijection, qui sont
celles qui maximisent au contraire l’entropie mathématique (i.e. qui minimisent l’entropie
physique).
Proposition 17.27. On se donne deux mesures (µi ), et (νj ), une collection de coûts (cij ),
on note γ une solution du problème de MK discret 17.2, i.e. γ minimise
X
C(γ) = γij cij ,
ij
sur Πµ,ν (défini par (17.1)), et γ ε le minimiseur du problème régularisé (voir lemme 17.20),
qui minimise X X
Cε (γ) = γij cij + ε γij log γij ,
ij ij
sur Πµ,ν . Alors γε converge vers γ, plan qui minimise l’entropie parmi tous les minimiseurs
admissibles de C( · ).
166
où γ est le minimiseur de l’entropie parmi les minimiseurs du coût, qui est bien unique par
stricte convexité de l’entropie sur l’ensemble convexe des minimiseurs du coût. On a donc à
la limite S(γ 0 ) ≤ S(γ). Par ailleurs, d’après l’inégalité Cε (γ ε ) ≤ S(γ) ci-dessus, la quantité
1
(C(γ ε ) − Copt ) + S(γ)
ε
est bornée, avec S(γ) minoré, et C(γ ε ) − Copt ≥ 0. On a donc
C(γ ε ) −→ Copt ,
d’où C(γ 0 ) = Copt . Le plan limite γ 0 est donc minimiseur du coût, et il minimise l’entropie
parmi ses confrères, γ 0 est donc bien le minimiseur de l’entropie parmi les minimiseurs du
coût. On en déduit la convergence de toute la suite γ ε vers γ.
sur l’ensemble Π des plans de transport admissibles (voir equation (17.1)), i.e. dont les mar-
ginales sont µ et ν.
On a
γij cij = −εγij e−cij /ε ,
de telle sorte que !
X γij
Cε (γ) = ε γij log , avec ηij = e−cij /ε .
i,j
ηij
Le coût régularisé est donc (au facteur ε près) l’entropie relative de γ (vu comme une loi
de probabilité sur X × Y ) vis-à-vis de la loi 98 η. Cette entropie relative est aussi appelée
divergence de Kullback-Leibler, et notée en conséquence KL(γ|η). Les conditions d’optimalité
s’écrivent
1 + log (γij /ηij ) + pi + qj = 0.
Un plan γ est optimal si et seulement si (la condition est suffisante d’après le théorème 25.37,
page 281) il peut se mettre sous la forme
167
tout en vérifiant bien sûr les conditions de marginales :
X X
ai bj ηij = µi , bj ai ηij = νj . (17.10)
j i
Du fait de la présence du log, les contraintes γij ≥ 0 ne sont pas activées (voir démonstration
du lemme 17.20), et l’on a des multiplicateurs de Lagrange p1 , . . ., pN , tels que
de la façon suivante :
k+1/2 k µi k+1/2 k
γij = γij P k γ = arg min KL(γ|γ )
j γij Πµ
k+1 k+1/2 νj
γij = γij P k+1/2
γ k+1 = arg min KL(γ|γ k+1/2 ) .
Πν
i γij
99. Il ne s’agit pas à strictement parler de projection, car la divergence de Kulback-Leibler n’est pas une
distance.
168
!
k+1 k+1/2 νj νj νj
γij = γij P k+1/2
= ak+1
i bkj ηij P k+1 k
= ak+1
i P k+1 ηij .
i γij i ai bj ηij j ai ηij
| {z }
bk+1
j
Remarquons en premier lieu que, si l’algorithme en (ak , bk ) converge vers (a, b), alors le
plan limite γij = ai bj ηij vérifie (17.9)-(17.10), c’est donc le minimiseur recherché.
Il est naturel de stocker la collection des coûts sous la forme d’une matrice (format
c = [Link]((N,N))). On peut calculer le plan initial η en écrivant simplement eta =
[Link](-cc/eps).
pi ≥ uij − qj ∀i , j,
avec égalité sur le support de γ, et donc (d’après la proposition 17.8) que le plan γ ϕ associé
à ϕ est optimal.
169
On attribue alors j ⋆ à i⋆ , et ϕn (i⋆ ) à (ϕn )−1 (j ⋆ ), i.e.
ϕn+1 (i⋆ ) = j ⋆ , ϕn+1 (ϕn )−1 (j ⋆ ) = ϕn (i⋆ )
Cet algorithme est susceptible de patiner dans certains cas, lorsque plusieurs produits
réalisent le maximum d’attrait pour un agent (le prix reste alors stationnaire).
On utilise en pratique une version modifiée de l’algorithme, qui visent à trouver une
bijection ϕ et une gamme de prix (q) tels que chaque agent i soit ε-satisfait, c’est à dire que
qjn+1
⋆ = qjn⋆ + max (ui⋆ j − qj ) − max⋆ (ui⋆ j − qj ) + ε ≥ qjn⋆ + ε.
j j6=j
Remarque 17.31. Noter que, dans cette ε-version de l’algorithme, le bien j ⋆ choisi par i⋆
après une étape n’est pas forcément son meilleur choix (après augmentation du prix de j ⋆ ),
mais l’agent est tout de même ε-satisfait avec son j ⋆ , et a augmenté les chances de le garder
en proposant un prix supérieur (ce qui tendra à écarter les autres agents de ce choix). Les
prix des autres produits ne pouvant que croı̂tre, la seule chose qui pourrait lui faire renoncer
à j ⋆ est qu’un autre agent s’en empare.
101. L’agent i⋆ préfèrerait l’objet j ⋆ qui, en l’état courant des prix, lui apporterait plus de satisfaction (=
utilité - prix) que ϕn (i⋆ ).
170
Cet algorithme, contrairement au précédent, assure une croissance stricte d’un prix à
chaque étape. Par ailleurs, lorsqu’un produit est choisi au cours des itérations, il est susceptible
de changer ensuite de propriétaire, mais il fera toujours par construction l’ε-bonheur de ce
dernier. La non convergence de l’algorithme ne peut donc se produire que si certains produits
ne sont jamais considérés. Mais le prix de tels produits resterait alors constant, les autres
augmentant strictement, de telle sorte qu’ils finissent à terme par devenir compétitifs, même
si leur utilité brute était très faible :
Montrons que cet algorithme conduit, à convergence, à une approximation d’ordre ε (plus
précisément inférieure à N ε) de l’utilité maximale. Rappelons que l’on considère ici un pro-
blème de MK renversé, dans le cas de deux ensembles de même cardinal N , et des mesures
uniformes (de masse totale N ). On cherche en effet ici à maximiser l’utilité globale
X
U (γ) = γij uij ,
U (γ S ) ≥ max Uγ − N ε.
Π
102. On écrit exactement ici que (ϕ, q) est un point d’arrêt de l’algorithme des enchères modifié.
171
Démonstration. On définit
pi = uiϕ(i) − qϕ(i) .
On a par hypothèse
pi ≥ uij − qj − ε ∀j
de telle sorte que le couple (p + ε, q) est admissible. On a donc
X X X
max F = min G ≤ G(p + ε, q) = (pi + ε) + qj = pi + qϕ(i) + N ε
i
X
= uiϕ(i) + N ε. ≤ max F + N ε.
i
On a donc F (γ ϕ ) ≥ max F − N ε.
uij = − |yj − xi |p .
e = [Link]((N,1))
qq = [Link](e,q)
mm = uu-qq
[next_to_jstar,jstar] = [Link](mm[istar,:])[-2:]
On encodera l’affectation courante par un tableau d’entiers, initialisé par exemple à phi =
range(N).
Remarque 17.34. On prendra garde au fait que, à chaque itération, l’agent i⋆ choisit le (ou
un) bien j ⋆ qui maximise sa satisfaction, mais qu’il en augmente ensuite le prix (pour en
écarter les autres) d’un montant qui le rend très exactement ε− satisfait, mais pas mieux.
On aura toujours (mathématiquement), du fait de l’augmentation du prix,
172
où i⋆ , rappelons-le, est l’agent actif à l’itération n. Si l’on compte à l’itération suivante n + 1
le nombre de gens ε-satisfaits 103 , en comptant le nombre d’indices i tels que
en effectuant un test du type ...>= - eps, il est possible que la propriété pour i⋆ soit fausse,
alors qu’elle devrait être vraie, du fait des erreurs d’arrondis. Même si la réalité mathématique
est a = b, il est possible qu’informatiquement la propriété a >= b soit fausse (au zéro machine
près, c’est à dire autour de 10−14 ). On pourra contourner cette difficulté en incrémentant le
prix d’une quantité légèrement inférieure à ε, par exemple 0.99 ε. De façon générale, on se
gardera d’effectuer sur des nombres réels des tests d’égalité, ou d’inégalité large ou stricte
lorsque les cas d’égalités sont sensibles 104 .
17.13 Exercices
c) Donner un exemple de coûts (cij ) et de couple (µ0 , ν) tel que W n’est pas lisse en µ0 .
103. Il est naturel d’arrêter l’algorithme lorsque ce nombre vaut le nombre total d’agents.
104. Dans le cas présent il est assez aisé d’identifier la difficulté, puisque en gros une fois sur deux le test
sera négatif alors qu’il devrait être positif. Dans d’autres situations, l’égalité n’est pas générique, de telle sorte
que, pour des tests portant sur des nombres d’ordre 1, on a de l’ordre d’une chance sur 1014 de tomber sur
un cas ambigu de quasi-égalité. On aurait tort de négliger le problème sur la base de sa faible probablité
d’occurrence : c’est en fait beaucoup plus vicieux, puisque le problème risque de ne se poser qu’après un très
grand nombre de tests de l’algorithme, et donc de ne pas être révélé par des batteries de tests préliminaires.
173
Troisième partie
Aspects numériques
174
18 Différences finies
18.1 La méthode
La méthode dite des Différences Finies, destinée à construire des approximations de solu-
tions d’équations aux dérivées partielles, est basée sur une discrétisation naturelle des dérivées
partielles, à partir de la simple expression
f (x + ε) − f (x)
f ′ (x) = + o(ε).
ε
Considérons par exemple l’équation de la chaleur sur l’intervalle I =]0, 1[, avec conditions
de Dirichlet aux extrémités de l’intervalle, sur l’intervalle de temps [0, T ] :
∂t u − D∂xx u = 0 , u( · , 0) = u0 ( · ) donné.
u(0, t) = u(1, t) = 0.
0 = t0 , t1 = ∆t , tn = n∆t , tN = N ∆t = T.
On cherche alors à construire des nombres unj qui ont vocation à approcher les valeurs de
u(j∆t, n∆x). On définit tout d’abord les u0j par interpolation de la condition initiale sur le
maillage, le cœur de l’approche consiste alors à écrire des relations entre les unj qui permettent
de construire sans ambiguı̈té toutes les valeurs à partir des u0j .
un+1
j − unj unj−1 − 2unj + unj+1
−D = 0 ∀j = 1, . . . , J − 1, (18.2)
∆t (∆x)2
ce qui peut s’écrire matriciellement, avec des notations évidentes
n+1 D∆t
u = Id − A un ,
∆x
où A est la matrice du Laplacien discret (avec condition de Dirichlet) définie par (A.13).
On parle d’un schéma explicite, car la discrétisation de l’opérateur de dérivée en espace est
basée sur des valeurs déjà calculées. De fait, l’expression ci-dessus permet de calculer les un+1
j
directement, sans résolution d’un système linéaire.
Le schéma implicite, dont nous verrons qu’il présente de meilleures propriétés de stabilité,
s’écrit
un+1
j − unj un+1
j−1 − 2uj
n+1
+ un+1
j+1
−D 2
= 0 ∀j = 1, . . . , J − 1. (18.3)
∆t (∆x)
175
Ce schéma peut s’écrire de façon matricielle :
−1
D∆t
Id + A un+1 = un .
∆x
On peut vérifier qu’il s’agit bien d’un schéma qui permet de construire un+1 sans ambigüité
à partir de un , du fait que la matrice ci-dessus est à diagonale strictement dominante, donc
inversible.
Remarque 18.1. On peut associer un graphe orienté à chacun des schémas numériques
introduits ci-dessus (voir figure 18.1). Le graphe associé au schéma explicite est acyclique,
ce qui exprime le fait que les calculs peuvent être faits explicitement en partant des valeurs
correspondants aux points maximaux du graphe (condition initiale). Le graphe associé au
schéma implicite contient des cycles, ce qui exclut la possibilité de calculer directement les
valeurs inconnues. Ce schéma fait en effet intervenir un système linéaire qu’il s’agira de
résoudre (de façon exacte ou approchée). Noter que cette définition porte sur le schéma lui
même, dans sa version native : si l’on connait l’inverse de la matrice impliquée dans le
schéma, il devient de fait explicite, et l’on peut montrer que la matrice associé est pleine
(tous ses éléments sont non nul), ce qui exprime au niveau discret le caractère non-local de
l’inverse du Laplacien, et la propagation à vitesse infinie de la matière. Sous cette forme
explicitée du schéma, le graphe de dépendance représenté en bas de la figure 18.1 (chaque
point de l’étape n + 1 est alors relié à chaque point de l’étape n, ce qui exprime le caractère
non local de l’inverse du Laplacien discret).
Considérons maintenant l’équation de transport à vitesse constante V > 0 sur I =]0, 1[,
avec conditions périodiques
∂t u + V ∂x u = 0.
On considère la discrétisation en espace (18.1), en identifiant maintenant le point 0 et le point
J. Le schéma dit décentré amont s’écrit
un+1
j − unj unj − unj−1
+V =0 ∀j = 1, . . . , J (avec 0 ≡ J), (18.4)
∆t ∆x
le décentré aval est obtenu en discrétisant la dérivée en espace à l’aide de unj+1 −unj . Le schéma
centré est basé sur les valeurs de part et d’autre du point considéré : (unj+1 − unj−1 )/2. On
peut aussi considérer des versions implicites de ces différents schéma.
Comme nous le verrons plus loin, ces approches ont des propriétés très différentes en
termes de stabilité. On peut en particulier vérifier que le schéma explicite centré est complè-
tement inutilisable en pratique, car instable : il produit génériquement des densitées négatives,
et la densité maximale augmente au fil des itérations.
∂t u + L(u) = f.
176
tn+1 tn+1
tn tn
tn+1
tn
j−1 j j+1
Figure 18.1 – Graphes de dépendance associés aux schémas explicite (gauche) et implicite
(droite) pour l’équation de la chaleur. Le graphe du bas correspond au graphe effectif du
schéma explicite après le “peignage” du graphe par inversion de la matrice.
Un schéma numérique à deux niveaux consiste en la donnée de relations entre les valeurs
et (un+1
(unj )j j )j , qui permet de calculer de façon univoque les secondes à partir des premières.
Comme c’est l’usage pour définir la notion de consistance, nous nous limiterons ici au cas
de conditions aux limites périodique, en gardant à l’esprit que la prise en compte d’autres
conditions devra faire l’objet d’une étude particulière. De façon à écrire le schéma de façon
concise, pour toute partie finie Λ0 de Z, on note unj+Λ0 la collection des valeurs unj+k pour
k parcourant Λ0 . Par exemple pour Λ0 = {−1,n0, 1} (qui permet o d’écrire le schéma explicite
pour l’équation de la chaleur), on a unj+Λ = unj−1 , unj , unj+1 . On définit de même un+1 j+Λ1
associé à Λ1 ⊂ Z.
Les schémas numériques que nous considérons s’écrivent alors de la façon suivante :
F (un+1 n
j+Λ1 , uj+Λ0 , ∆t, ∆x) = 0, (18.5)
pour tout j = 1, . . . , J (nombre de points de discrétisation en espace), tout n = 0, . . . , N − 1
(pas de temps). Nous ne considérerons ici que des schémas linéaires, qui peuvent s’écrire de
façon matricielle 105
un+1 = Aun , (18.6)
mais la définition pourrait s’appliquer à des schémas non linéaires.
On parlera de schéma numérique lorsque, pour tout n, les relations ci-dessus pour j =
1, . . . , J permettent de déterminer un+1 = (un+1
j )j ∈ RJ de façon unique à partir de un .
105. La matrice A n’est pas nécessairement donnée explicitement ; dans le cas des schémas implicite, cette
matrice ne sera d’ailleurs jamais construite (on se contentera en pratique de résoudre des systèmes linéaires
pour différents membres de droite).
177
Dans tous les exemples donnés ci-dessus, le schéma est obtenu en remplaçant les dérivées
par des expressions faisant intervenir les variables discrètes et les pas de temps et d’espace.
Le lien entre l’équation et le schéma peut se préciser grâce à la notion de consistance :
S’il existe une constante C (qui dépend de normes uniformes de dérivées en temps et en
espace de la solution exacte) telle que
F (ũn+1 n q r
j+Λ1 , ũj+Λ0 , ∆t, ∆x) ≤ C ((∆x) + (∆t) )
Remarque 18.3. Pour lever le flou sur la régularité requise, précisons la démarche qui
permet d’établir l’ordre de consistance d’un schéma : on considère une solution exacte de
l’équation, on lui “applique le schéma”. Plus précisément, on applique la relation F ( · ) à
son interpolée, et on fait des développements de Taylor-Lagrange de façon à faire apparaı̂tre
l’équation vérifiée par u, et des restes impliquant ∆t, ∆x, et des dérivées en espace et en temps
de la solution exacte. Ce sont ces dérivées qui vont fixer la régularité requise pour u. Noter
que cette définition est formelle, elle est afférente au schéma lui-même, on pourrait imaginer
un schéma d’ordre très élevé qui discrétise une équation considérée dans un contexte où les
solution ne sont jamais aussi régulières qu’il le faudrait pour que les développements soient
licites. Cela ne remet pas en question l’ordre du schéma en tant que schéma, en revanche
la consistance d’ordre élevé ne permettra pas de montrer une convergence effective de la
méthode globale d’approximation d’une solution. Concrètement, les solutions moins régulières
seront approchées avec une précision moindre. La consistance correspond ainsi à un ordre de
précision indépassable 107 .
Remarque 18.4. On peut écrire le schéma à l’aide de la matrice A sous la forme (18.6)),
qui est obtenue en multipliant le schéma écrit sous forme canonique par ∆t, en regroupant les
termes implicite, et en inversant la matrice correspondante. L’injection de la solution exacte
dans le schéma écrit sous cette forme vérifie donc
max ũn+1 − Aũn ≤ C∆t ((∆x)q + (∆t)r ) ,
n,j j
pour un schéma d’ordre (q, r). On notera la présence du facteur ∆t, qui vient simplement du
fait que, pour obtenir cette écriture, le schéma natif a été multiplié par ∆t.
106. Une petite ambiguı̈té réside dans le fait que l’on peut multiplier l’ensemble des relations d’un schéma par
des puissances de ∆t et ∆x sans changer les dépendances, tout en affectant l’ordre obtenu dans la définition de
la consistance. Nous nous placerons toujours dans le cas où le schéma est de type (18.4) ou (18.3), c’est à dire
que, si l’on injecte dans le schéma (comme on l’a fait dans la définition de consistance) une fonction régulière
en espace temps qui n’est pas la solution exacte, on trouve une quantité finie (ni nulle ni infinie) lorsque ∆x
et ∆t tendent vers 0 .
107. Sous réserve que les développements de Taylor aient été effectués de façon optimale.
178
Nous aurons besoin pour comparer la solution approchée à la solution exacte de définir
une distance. Une première étape consiste à construire à partir de la “solution approchée” (qui
pour l’instant n’est qu’une collection de valeurs ponctuelles aux points de la discrétisation en
espace-temps) une fonction définie partout (ou au moins presque partout). On associe ainsi
à une collection un de valeurs aux points de discrétisation xj la fonction constante, égale à
unj sur l’intervalle ]xj − ∆x/2, xj + ∆x/2[. On notera ūn cette fonction.
On peut alors exprimer la norme kūn kp en fonction des valeur discrètes, par exemple pour
p = 1, 2, +∞,
1/2
X X 2
kūn k1 = ∆x unj , kūn k2 = ∆x unj , kūn k∞ = max unj .
j
j j
Noter que toutes les normes p sont dominées par la norme ∞ (uniformément par rapport au
nombre de points de discrétisation), et que la consistance a été définie par une majoration
uniforme.
pour toute donnée initiale discrète ū0 . On parlera de stabilité conditionnelle si la propriété
ci-dessus est conditionnée à la vérification d’une relation liant ∆t et ∆x.
Remarque 18.6. Noter que la notion de stabilité n’est pas liée à l’équation discrétisée, mais
au schéma elle-même. On pourrait imaginer selon cette définition des schémas stables qui
n’ont aucun lien avec une EDP pertinente.
Remarque 18.7. Insistons ici sur l’abus de notation qui est couramment pratiqué par souci
de lisibilité. Comme précédemment, un (ou ūn ) est ambigu, puisque ce vecteur dépend aussi
de ∆x et ∆t (sa taille en particulier dépend de ∆x). On devrait en toute rigueur noter un∆x,∆t,
ce que l’on ne fait pas pour alléger les notations.
Remarque 18.8. Il est sous-entendu dans la définition précédente que, dans le cas de sta-
bilité conditionnelle, la condition imposée sur ∆t et ∆x doit autoriser un “chemin” du couple
vers 0, c’est à dire que l’on peut construire une suite du couple (∆t, ∆x) de pas de temps et
d’espace vérifiant la condition de stabilité, et telle que (∆t, ∆x) tende vers (0, 0).
Remarque 18.9. Cette stabilité peut s’exprimer à l’aide de la matrice qui intervient dans
l’écriture matricielle du schéma linéaire (voir (18.6)), elle revient à une majoration uniforme
de la norme (subordonnée à la norme p) de An :
kAn kp ≤ K.
La remarque 18.7 s’applique bien sûr à la matrice A, qui devrait en toute rigueur être notée
A∆t,∆x .
179
Le théorème suivant 108 établit qu’un schéma consistant et stable est convergent, à l’ordre
de consistance.
Pour alléger les notations on considère que (un ) désigne à la fois, selon le contexte, la
famille de vecteurs des inconnues aux points de discrétisation, ainsi que la famille de fonctions
constantes par morceaux obtenues à partir de ces valeurs, avec u0 = ũ0 (interpolée de U0 aux
points de discrétisation), et en = ũn − un . On a convergence de la méthode numérique au
sens suivant
lim sup ken kp = 0.
∆t,∆x→0 n
On a plus précisément
sup ken kp ≤ C ((∆x)q + (∆t)r ) .
n
(la consistance implique une estimation uniforme de valeurs ponctuelles, elle implique donc
bien la même majoration pour toute norme de type Lp ). On obtient donc, en faisant la
différence, en = Aen−1 − ∆t εn , d’où (d’après la remarque 18.9)
n
X
n n 0
ke k = A |{z}
e −∆t Ak εn−k ≤ CKT ((∆x)q + (∆t)r ) ,
=0 k=0
car ∆t = T /N .
Stabilité L2
La stabilité L2 peut parfois s’établir par une localisation du spectre des matrices impli-
quées dans le schéma. Mais il existe une méthode très générale qui permet de contourner
l’analyse spectrale de la matrice. Cette approche est basée sur la transformée de Fourier, que
l’on présente pour simplifier sur l’intervalle ]0, 1[ avec conditions périodiques. À une collection
de valeurs (uj )j on associe comme précédemment une fonction ū constante par morceaux sur
les intervalles centrés en
0 , ∆x , 2∆x , . . . , J∆x = 1,
108. On pourra se reporter à l’article original :
[Link]
180
(avec identification du dernier intervalle au premier). Cette fonction de L2 peut s’écrire comme
la somme de sa série de Fourier
X Z 1
ū(x) = ûk exp(2iπkx) p.p. avec ûk = exp(−2iπkx)ū(x) dx,
k∈Z 0
Et une expression similaire pour unj−1 . Considérons par exemple le schéma explicite (18.2)
pour l’équation de la chaleur, il peut s’écrire
ūn+1 (x) − ūn (x) ūn (x − ∆x) − 2ūn (x) + ūn (x + ∆x)
−D = 0. (18.7)
∆t (∆x)2
En remplaçant les ūn et ūn+1 par leurs expressions en série de Fourier, on obtient une combi-
naison infinie des exp(2iπkx), qui sont orthogonaux dans L2 . On peut donc écrire que chaque
coefficient est nul, i.e. pour tout k on a
D∆t
ûn+1
k = ûnk 1 + (exp(2iπk∆x) − 2 + exp(−2iπk∆x))
(∆x)2
D∆t D∆t
= ûnk 1+ (exp(iπk∆x) − exp(−iπk∆x))2 = 1 − 4 sin (πk∆x)2 ûnk .
(∆x)2 (∆x)2
| {z }
A(k)
|A(k)| ≤ 1 ∀k,
Cette condition est suffisante, et l’on énoncera en général le résultat de stabilité conditionnelle
associé.
Remarque 18.11. Noter que la condition |A(k)| ≤ 1 n’est pas nécessaire à strictement
parler. Certes, si l’un des coefficient est de module strictement plus grand que 1 et éloigné
de 1 uniformément par rapport au pas de temps, on peut trouver une condition initiale (qui
excite le mode correspondant) qui soit telle que le schéma ne soit pas stable. Mais il pourrait
arriver que le coefficient d’amplification soit majoré par une quantité du type 1 + c∆t, auquel
cas on peut avoir stabilité, du fait que
(1 + c∆t)n = (1 + cT /N )n ≤ (1 + cT /N )N ≤ ecT .
181
18.3 Analyse des principaux schémas numériques
Équation de transport
Le schéma de transport centré est très particulier 109 , bizarrement stable pour la norme
L2 , mais instable pour la norme L∞ .
Proposition 18.13. Le schéma centré pour l’équation de transport
un+1
j − unj unj+1 − unj−1
+V =0 (18.8)
∆t 2∆x
est instable en norme L∞ , mais stable en norme L2 sous la condition ∆t = O((∆x)2 ).
182
Équation de la chaleur
(∆t)2
u(xj , tn+1 ) = u + ∆t∂t u + ∂tt u(xj , tn + θ∆t),
2
d’où (ũ désigne l’interpolée de la solution exacte)
ũn+1
j − ũnj ũnj−1 − 2ũnj + ũnj+1
−D = (∂t u − D∂xx u) (xj , tn )
∆t (∆x)2 | {z }
=0
(∆x)4 (∆t)2
−D ∂xxxx u(xj + θ + ∆x, tn ) + ∂xxxx u(xj − θ − ∆x, tn ) + ∂tt u(xj , tn + θ∆t),
24 2
d’où une erreur de consistance majorée par
!
2
C ∆t sup |∂tt u(x, t) | + (∆x) sup |∂xxxx u(x, t) | .
I×[0,T ] I×[0,T ]
Stabilité L∞ .
Le schéma explicite pour l’équation de la chaleur s’écrit
2D∆t D∆t n D∆t n
un+1 = unj 1− + uj−1 + u ,
j
(∆x)2 (∆x)2 (∆x)2 j+1
qui est bien une combinaison barycentrique des valeurs précédentes sous la condition CFL
∆t ≤ (∆x)2 /2D.
Stabilité L2 .
On écrit
D∆t
ûn+1
k = ûnk 1+ (exp(2iπk∆x) − 2 + exp(−2iπk∆x))
(∆x)2
D∆t 4D∆t
= ûnk 1+ 2
(exp(iπk∆x) − exp(−iπk∆x))2 = ûnk 1 − sin (πk∆x)2
(∆x) (∆x)2
qui est bien de module ≤ 1 sous la même condition sur le pas de temps.
183
Proposition 18.15. Le schéma implicite est consistant (d’ordre 1 en temps et 2 en espace)
et inconditionnellement stable en norme L2 et en norme L∞ , donc convergent pour ces deux
normes.
un+1
j + λ(un+1
j − un+1 n+1
j−1 ) + λ(uj − un+1 n
j−1 ) = uj ,
avec λ = D∆t/(∆x)2 > 0. On en déduit que le plus petit un+1 j est supérieur à unj , donc
n+1 n+1
supérieur au plus petit des uℓ , et que le plus grand uj est de la même manière inférieur
au plus grand un+1
ℓ (principe du maximum), d’où la stabilité L∞ .
Pour la stabilité L2 , on a
−1
4D∆t
ûn+1
k = ûnk 1+ 2
sin (πk∆x)2 ,
(∆x)
un+1
j − unj −un+1 n+1
j−1 + 2uj − un+1
j+1 −unj−1 + 2unj − unj+1
+ θD + (1 − θ)D =0 (18.9)
∆t (∆x)2 (∆x)2
un+1
j − unj V unj+1 − unj−1 V 2 ∆t unj−1 − 2unj + unj+1
+ − =0 (18.10)
∆t 2 ∆x 2 (∆x)2
On montrera en particulier que ce schéma est d’ordre 2 en temps et en espace, qu’il est stable
en norme L2 sous la condition CFL usuelle, mais qu’il ne vérifie pas le principe du maximum.
∂t u + Lu = 0,
sur l’intervalle ]0, 1[ périodique, où L est un opérateur différentiel linéaire (combinaison li-
néaire de dérivées partielles en espace de u). On écrit la solution sous la forme de sa série de
Fourier X
u(x, t) = ûtk exp (2iπkx) ,
Z
avec, pour chaque coefficient de Fourier, l’équation différentielle
d t
û + L̂(k)ûtk = 0,
dt k
184
où L̂(k) est le symbole de l’opérateur L. Il s’agit d’un polynôme en k à coefficients complexes
(coefficients d’ordre impair imaginaires purs, et coefficients d’ordre pair réels), tel que
et pour le transport
Lu = V ∂x u , L̂(k) = 2iπkV.
Si l’on discrétise en temps (par un schéma d’Euler explicite) l’équation différentielle sur ûtk ,
on obtient
ûn+1
k = ûnk 1 − ∆tL̂(k) .
Il apparaı̂t qu’un tel schéma est génériquement instable pour les modes grands (L̂(k) est
un polynôme en k). La seule possibilité pour qu’un tel schéma soit stable est que L̂(k) soit
de degré zéro, donc constant, c’est à dire que l’opérateur ne soit en fait pas un opérateur
différentiel. Pour la méthode des différences finies, on peut espérer avoir stabilité dans les cas
non triviaux car la discrétisation en espace tronque les hautes fréquences. Par exemple, dans
le cas de la chaleur L = −D∂xx , ce qui joue le rôle du symbole de l’opérateur est
D D
Λ(k) = (− exp(2iπk∆x) + 2 − exp(−2iπk∆x)) = 4 sin (πk∆x)2
(∆x)2 (∆x)2
qui est bien équivalent à 4π 2 k2 , symbole de l’opérateur −D∂xx , quand ∆x tend vers 0 (on
retrouve la notion de consistance dans le domaine spectral). En revanche le symbole discret
n’est pas un polynôme en k, c’est un polynôme en exp(2iπk∆x) et exp(−2iπk∆x). Il est
donc uniformément borné par rapport au mode k, et l’on peut espérer avoir stabilité dès
que 1 − ∆tΛ(k) est dans le disque unité pour tout k (cette condition n’est pas nécessaire
à strictement parler, voir remarque 18.11, mais la plupart des schémas stables explicites
rencontrés vérifieront de fait cette condition). Pour l’équation de la chaleur, le symbole est
réel, avec 0 ≤ L̂(k) ≤ 4D/(∆x)2 , on a donc stabilité sous condition sur le pas de temps,
comme vu précédemment (voir figure 18.2).
Pour le transport, la situation est la suivante : le symbole de l’opérateur continu est imagi-
naire pur, il vaut 2iπk, de telle sorte que 1 − ∆t L̂(k) > 1 pour tout k 6= 0. Une discrétisation
en espace appropriée (schéma décentré amont en l’occurrence) permet de “tordre” le symbole
de façon à se ramener dans le disque unité, ce qui assure la stabilité sous condition sur le pas
de temps. Plus précisément, pour le schéma décentré amont, le symbole discret est
V
Λ(k) = (1 − exp(−2iπk∆x))
∆x
qui est bien équivalent au symbole continu, à k fixé, quand ∆x tend vers 0. Mais il n’est pas
imaginaire pur, il fait un angle 2πk∆x avec le symbole continu, de telle sorte que
Cette stabilisation par discrétisation s’accompagne d’un phénomène dit de diffusion nu-
mérique, qui apparaı̂t clairement au niveau spectral. Le symbôle de l’opérateur continu, 2iπk,
185
Symbole continu
Symbole discret
Symbole discret Symbole continu
Figure 18.2 – Image des symboles discrets (ronds noirs) et continus (ronds blancs) pour
l’équation de la chaleur (gauche) et l’équation de transport (droite). Plus précisément, la
figure représente les symboles après transformation z 7−→ 1 − ∆tz.
est imaginaire pur, ce qui reflète le transport sans déformation des modes associés à toutes
les fréquences : la solution de
d t
û = −L̂(k) ûtk = −2iπkV ûtk
dt k
est bien de module constant. Plus précisément, pour le mode k, i.e. exp(2iπkx), l’évolution
du coefficient est donnée par ût (k) = exp(−2iπkV t), d’où, pour la fonction elle-même
Par discrétisation en espace, chaque mode 2iπkV est remplacé par un mode tourné
V (1 − exp(−2iπk∆x)) /∆x, qui stabilise l’évolution, mais qui n’est plus imaginaire pur, on
a une partie réelle non triviale
V
Re(Λ) = (1 − cos(2πk∆x)) .
∆x
Le pendant discrétisé en espace de l’équation différentielle ci-dessus est
d t V
ûk = −Λ(k) ûtk = − (1 − exp(−2iπk∆x)) ûtk ,
dt ∆x
qui correspond à une décroissance exponentielle vers 0 pour les modes non triviaux : tous les
modes oscillants sont amortis.
Dans le processus d’évolution des modes de Fourier de la solution discrète, cela conduit
au fait que les coefficients d’amplification A(k) = (1 − ∆tΛ(k)) sont de module strictement
186
inférieur à 1 (pour k différent de 0, et d’un multiple du nombre total de points), ce qui entraine
une diminution des poids des modes correspondants. Cet amortissement des poids, d’autant
plus important que la fréquence est élevée, induit une régularisation de la solution discrète
au fil des itérations (alors que l’équation de transport n’est pas elle-même régularisante).
Pour k = 0 (mode constant), on a un coefficient d’amplification égal à 1, ce qui exprime la
conservation de la masse totale. Ainsi, la solution discrète va converger vers une constante,
de telle sorte que la masse totale soit conservée. Ce comportement très éloigné de la solution
exacte peut sembler en contradiction avec le résultat de convergence de la méthode. Il n’en
est rien : le résultat de convergence porte sur un intervalle de temps [0, T ] fixé, sur lequel on
va en effet avoir convergence vers le profil initial transporté sans déformation. En revanche,
quels que soient les paramètres (en dehors du cas très particulier V ∆t/∆x = 1), on s’éloigne
de la solution exacte en temps long.
d t V
ûk = −Λ(k) ûtk = − (1 − exp(−2iπk∆x)) ûtk .
dt ∆x
La solution selon ce mode k s’écrira donc
exp(−Λ(k)t) exp(2iπkx).
La partie réelle de −Λ(k)t, qui vaut
V
Re(−Λ(k)) = − (1 − cos(2πk∆x)) ,
∆x
est strictement négative pour tous les modes en dehors de k = 0 (ou k multiple de J),
qui correspond au fonctions constantes. Cette négativité des parties réelles pour les modes
oscillants correspond à l’amortissement parasite (phénomène de diffusion numérique). Noter
que cet amortissement est asymptotiquement nul si l’on fait tendre ∆x, à k fixé, vers 0, ce
qui reflète le caractère non diffusif de l’équation de départ. La partie imaginaire de −Λ(k)
encode la propagation dans l’espace du mode considéré :
V
Im(−Λ(k)) = − sin(2πk∆x).
∆x
La partie de la solution associée à ce mode imaginaire s’écrit en effet
V
V
exp −i sin(2πk∆x)t exp(2iπkx) = exp 2iπk x − sin(2πk∆x)t ,
∆x
| 2πk∆x{z }
=x−Vk t
187
Remarque 18.16. Noter que cette étude de l’évolution des modes de Fourier est analogue à
l’étude de la propagation des perturbations pour le modèle de trafic routier ou piéton linéarisé
autour de la solution d’équilibre, dans le cas d’une route périodique.
d t
û = −L̂(k) ûtk ,
dt k
et donc décroissance du (module du) coefficient correspondant au mode k dès que Re(L̂(k)) ≥
0. Pour le problème semi-discrétisé en temps, l’approche explicite s’écrit
ûn+1
k = 1 − ∆tL̂(k) ûnk
d’où, comme on l’a vu précédemment, une instabilité inconditionnelle sauf dans les cas tri-
viaux. Le schéma implicite s’écrit
−1
ûn+1
k = 1 + ∆tL̂(k) ûnk ,
avec 1 + ∆tL̂(k) à l’extérieur du disque unité, donc stabilité inconditionnelle.
Pour le problème discrétisé en espace par différences finies, on peut énoncer les faits
suivants. Si la discrétisation en espace préserve la propriété de positivité de la partie réelle
du symbole, i.e. Re(Λ(k)) ≥ 0, le schéma explicite (discrétisé en espace temps, exprimé sur
les modes de Fourier) s’écrit
et l’on a au mieux une stabilité conditionnelle 110 . Toujours sous l’hypothèse Re(Λ(k)) ≥ 0,
le schéma implicite
ûn+1
k = (1 + ∆tΛ(k))−1 ûnk ,
assure la décroissance des coefficients de tous les modes, donc stabilité sans condition sur le
pas de temps.
Les choses sont un peu plus troubles pour un schéma qui ne vérifierait pas la propriété de
symbole à partie réelle positive. Disons que, dans ce cas, l’implicitation ne suffit pas en général
pour stabiliser le schéma. Considérons par exemple le schéma décentré aval pour l’équation
de transport ; le schéma explicite s’écrit
V
ûn+1
k = (1 − ∆tΛ(k)) ûnk , Λ(k) = (exp(2iπk∆x) − 1) ,
∆x
110. Stabilité conditionnelle avec décroissance de la norme L2 si l’on peut assurer que (1 − ∆tΛ(k)) reste dans
le disque unité pour tout k, ou éventuellement stabilité conditionnelle avec condition renforcée, et perte de la
propriété de décroissance de la norme L2 , dans le cas où (1 − ∆tΛ(k)) sort du disque unité tout en restant
dans le demi-espace Re(z) ≤ 1 (comme pour le schéma centré explicite, voir proposition 18.8.
188
on a cette fois instabilité inconditionnelle : le symbole discret pointe dans la mauvais direc-
tion (vers les parties réelles positives), la situation est donc désespérée. Le schéma implicite
s’écrirait
ûn+1
k = (1 + ∆tΛ(k))−1 ûnk
Ici, pour les pas de temps grands, on peut espérer avoir stabilité, mais pour ∆t tendant vers
0 on aura toujours apparition de coefficients d’amplification de module > 1. Le fait que le
schéma soit stable pour de grands pas de temps n’est évidemment d’aucun intérêt, puisqu’il
exclut toute convergence du schéma (voir remarque 18.8).
un+1 = t P un ,
avec 111
1 − 2λ λ 0 · · λ
λ 1 − 2λ λ 0 · ·
t
0 λ · · ·
P =
· · · · ·
· · 1 − 2λ
λ · · 0 λ 1 − 2λ
Pour λ ≤ 1/2 (condition de stabilité L∞ ),
la matrice P est une matrice stochastique : tous
ses éléments sont positifs ou nuls, et la somme des éléments de chaque ligne vaut 1). On peut
interpréter les éléments de la ligne i comme des probablités de transition partant de i. La
marche aléatoire sous-jacente est définie comme suit : partant de i la probabilité de rester sur
place est 1 − 2λ, et la probabilité résiduelle 2λ se partage équitablement entre i − 1 et i + 1
(en tenant compte de la périodicité). Cette chaine de Markov est irréductible et réversible, et
la mesure stationnaire associée est la mesure discrète uniforme, qui minimise l’entropie (voir
section 12, page 126).
111. nous écrivons t P bien que la matrice soit symétrique, car c’est bien t P qui interviendra dans les cas non
symétriques.
189
Schéma explicite pour le transport On se place dans le cadre périodique, avec x0 = 0
identifié à xJ = 1. Le schéma (18.4), page 176, peut s’écrire
un+1 = t P un ,
avec
1−λ 0 0 · · λ
λ 1−λ 0 0 · ·
t
0 λ · · ·
P =
· · · · ·
· · 1−λ
0 · · 0 λ 1−λ
La matrice P est stochastique pour λV ∆t/∆x ≤ 1 (condition CFL). La marche aléatoire
sous-jacente est définie comme suit : partant de i la probabilité de rester sur place est 1 − λ,
et la probabilité d’avancer d’une case est λ, avec λ = V ∆t/∆x.
∂t u + L(u) = 0
où L est un opérateur différentiel linéaire exprimant une conservation, i.e. de la forme ∂x F (u),
où F est lui-même un opérateur différentiel linéaire (d’ordre 0 dans le cas du transport simple).
un+1 = t P un ,
où P est une matrice stochastique.
Dans les cas considérés précédemment, la matrice Id +∆tA = t P est en fait bistochastique,
les sommes des éléments d’une ligne valent également 1. Cette propriété reflète simplement
une propriété commune aux deux équations considérées, qui admettent (dans le cas pério-
dique) toute fonction constante comme solution stationnaire. Le pendant stochastique de
cette propriété est que la mesure stationnaire associée à la chaı̂ne de Markov représentée par
la matrice P est la mesure uniforme.
112. Cette condition est vérifiée de fait par tous les schémas consistants usuels, même si la consistance
n’implique pas, à strictement parler, la vérification exacte de cette propriété de conservation.
113. Toute matrice réelle qui laisse inchangée la somme des éléments de tout vecteur est la transposée d’une
matrice stochastique, il suffit d’écrire la condition sur chaque vecteur de base.
190
Plans de transport
Les matrices t P associés aux schémas explicites rappelés ci-dessus peuvent (sous condition
CFL assurant le principe du maximum), comme toute transposée de matrice stochastique,
s’interpréter comme des plans de transports entre mesures discrètes portées par un ensemble
de cardinal J. Un tel plan de transport peut être représenté par une matrice (γij ) (on se
reportera à la section 17, page 148, pour plus de détail), qui précise quelle quantité provenant
de i est transportée vers j.
Pour l’équation de transport, à partir d’une densité discrète u0 , le schéma construit ainsi
une nouvelle densité selon le plan de transport
V ∆t V ∆t 0
γj,j = 1− u0j , γj,j+1 = u ,
∆x ∆x j
les autres coefficients étant nuls. La nouvelle densité u1 est alors définie comme seconde
marginale de γ : X
u1j = γi,j u0i .
i
Remarque 18.18. (Liens avec le schéma Lagrangien projeté)
On notera que, sauf dans le cas d’un nombre CFL (∆tV /∆x) exactement égal à un, il s’agit
bien d’un appariement diffus, et pas d’une application, alors que le phénomène sous-jacent
n’est pas de nature à disperser la matière, ni à la mélanger. On peut tout de même faire un
lien entre ce plan et un véritable transport de matière. En effet, si l’on note ū0 la fonction
constante par morceaux associée à la densité courante, et ū1 la nouvelle densité, on peut
vérifier que, quand V ∆t/∆x ≤ 1,
ū1 = P (Id +∆tV )♯ ū0 ,
où T♯ ū désigne la densité transportée par l’application T , et P la projection (L2 ) sur l’espace
des fonctions constantes par morceaux. Le phénomène de diffusion numérique déjà évoqué est
alors associé à l’étape de projection. La relation ci-dessus correspond à un schéma numérique
utilisé en pratique, qui se distingue en général du schéma aux différences finies. Il peut en
particulier être utilisé sur des maillages très généraux (il n’est pas basé sur une discrétisation
de l’EDP eulérienne, qui fait intervenir des opérateurs de différentiel, mais plutôt sur une
expression Lagrangienne du transport). Par ailleurs, il n’est pas limité par une condition CFL
stricte.
191
Exercice 18.3. (Diffusion numérique, point de vue du transport optimal)
On considère le plan de transport associé au schéma explicite décentré amont pour l’équation
de transport à vitesse constante. On fixe le pas d’espace ∆x. Estimer le coût quadratique de
transport associé à ce plan, et préciser son comportement lorsque le pas de temps tend vers
0.
S’il est possible d’utiliser des schémas à 3 niveaux pour les équations d’ordre 1 en temps
comme celles vues précédemment (cela peut permettre d’augmenter l’ordre de précision en
temps), cela devient indispensable pour des équations qui sont nativement d’ordre 2 en temps,
comme l’équation des ondes
∂tt u − c2 ∂xx u = 0.
Un schéma couramment utilisé est le schéma de Crank-Nicholson, i.e.
un+1
j − 2unj + ujn−1 2
−un+1 n+1
j−1 + 2uj − un+1
j+1 2
−unj−1 + 2unj − unj+1
+θc +(1−θ)c = 0 (18.11)
(∆t)2 (∆x)2 (∆x)2
avec θ = 1/2, qui peut s’écrire matriciellement
!
c2 (∆t)2 n+1 n n−1 c2 (∆t)2 n
Id + A u = 2u − u − Au ,
2(∆x)2 2(∆x)2
où A est la matrice du Laplacien discret.
uuL = [Link](uu,-1)
uuR = [Link](uu,1)
192
Transport
Le schéma décentré amont (la vitesse d’advection est choisie positive) s’écrit ainsi, avec
des notations évidentes
V ∆t n
un+1 = un − (u − SR un ) ,
∆x
et le schéma centré :
V ∆t
un+1 = un − (SL un − SR un ) .
2∆x
Diffusion
Le schéma explicite pour l’équation de la chaleur peut être implémenté (cas périodique)
en utilisant les opérateurs de shift :
D∆t
un+1 = un + (SR un − 2un + SL un ) ,
(∆x)2
Si l’on s’intéresse à des conditions de Dirichlet homogènes, le plus simple est de définir un
vecteur de taille J + 1 (qui contient les valeurs aux extrémités, qui ne sont pas des degrés de
libertés), d’initialiser les valeurs extrémales (qui ne seront pas modifiées par le schéma) aux
valeurs imposées, et d’incrémenter le sous-vecteur qui correspond effectivement aux degrés de
liberté.
Construction des matrices Pour les schémas implicites, il est naturel 114 d’assembler la
matrice intervenant dans le schéma. Il est essentiel de stocker les matrices sous forme creuse,
pour limiter le temps de calcul. Le package scipy permet de stocker les matrices sous cette
forme, et propose des méthodes de résolution optimisées pour ce type de matrices.
La manière la plus simple d’assembler les matrices résultant d’une discrétisation par diffé-
rences finie est de passer par la commande [Link], qui prend en argument des un tableau
de vecteurs correspondant aux diagonales non nulles, suivies des indices correspondant aux
diagonales (0 pour la diagonale, indices positifs pour la partie triangulaire supérieure, et né-
gatifs de l’autre côté). On pourra par exemple assembler la matrice associée au schéma de
114. Cet assemblage n’est pas nécessaire à strictement parler. On peut être amené à utiliser, pour résoudre
le système linéaire, des méthodes dites itératives, basées sur des produits matrice-vecteur successifs. Si l’on
programme soi-même l’une de ces méthodes itératives, on peut choisir d’effectuer ces produits matrice-vecteur
à la volée, sans pré-assembler la matrice. Cette approche permet d’économiser de l’espace mémoire dans le cas
où la matrice contient très peu d’élements différents, ce qui est le cas des matrices résultant de la discrétisation
d’opérateurs différentiels invariants par translation, sur un maillage régulier.
193
transport implicite, i.e.
1 β 0 · · −β
−β 1 β 0 · ·
0 −β · · ·
A=
· · · · ·
·
−β 1 β
β · · 0 −β 1
beta = 0.5*V*dt/dx
ones = [Link](J)
aux = [ones,beta*ones[:-1],-beta*ones[:-1],-beta*ones[0],beta*ones[0]]
Adv1d = [Link](aux,[0,1,-1,(J-1),-(J-1)],format=’csr’)
Le calcul du nouveau champ à partir du précédent peut alors se faire à l’aide de la fonction
spsolve du package [Link] :
uu =[Link](Adv1d,uu)
N.B. Le format csr 115 spécifié lors de l’assemblage permet une utilisation optimale de
solve.
2 −1 0 · · 0
−1 2 −1 0 · ·
0 −1
· · ·
A1 =
· · · · ·
·
· 2 −1
0 · · 0 −1 2
En dimension 2 d’espace, le Laplacien discret agit sur les valeurs au point (i∆x, j∆x) de la
discrétisation comme suit
A2 = A1 ⊗ I1 + I1 ⊗ A1 ,
115. Voir [Link]
194
où I1 est la matrice identité d’ordre le nombre de point dans chaque direction, et ⊕ est le
produit de Kronecker défini de la façon suivante : si A ∈ Mpq et Brs sont deux matrices, la
matrice C = A ⊗ B est de taille (pr, qs) a une structure (p, q) par blocs, chaque bloc étant de
taille (r, s), égale au produit de aij par la matrice B. On obtient de façon analogue la matrice
du Laplacien 2d pour des conditions aux limites de Neuman, ou des conditions périodiques.
C = [Link](A,B)
uu = fA(rhs)
195
19 Méthode des éléments finis
Formulation variationnelle
Cadre théorique
a(u, v) = hϕ , vi ∀v ∈ V,
116. Cette démarche en elle-même n’est pas mathématique, elle consiste précisément à faire rentrer le pro-
blème dans un cadre mathématique. Pour le mathématicien, non seulement le problème (19.1) n’est pas
encore bien posé (il n’est pas sous une forme qui permette l’utilisation directe d’un théorème), mais d’une
certaine manière il n’est même pas posé (l’espace dans lequel est supposé vivre l’inconnue n’est pas précisé, ni
le sens que peuvent avoir les conditions aux limites). Ces remarques peuvent laisser croire que l’obtention de
la formulation variationnelle se fait hors de toute règle. Il faut cependant garder à l’esprit qu’un retour (par-
faitement mathématisé celui-là) vers l’équation sera nécessaire pour garantir le lien entre le problème initial
et la formulation variationnelle.
196
où a( · , · ) est une forme bilinéaire symétrique sur un espace de Hilbert V , et ϕ une forme
linéaire continue sur ce même espace. L’espace V est l’espace de Sobolev H01 (Ω) (voir sec-
tion 24) des fonction de L2 dont les dérivées partielles sont aussi dans L2 , et qui sont nulles 117
sur Γ :
Dans le cas où la forme bilinéaire a( · , · ) est coercive, c’est à dire (voir définition 22.20)
s’il existe α > 0 tel que a(v, v) ≥ α |v|2 pour tout v dans V , le théorème de Lax Milgram
(théorème 22.25) assure l’existence et l’unicité d’une solution dans V .
−∆u = f,
avec f ∈ L2 (Ω). Dans le cas où k est supposé régulier (C 1 ), la solution appartient en effet à
un espace de fonctions plus régulières, l’espace H 2 (Ω) (voir définition 24.20, et la section 24.7
pour l’énoncé des théorèmes de régularité), de telle sorte que ∆u est défini comme fonction
de L2 (Ω), et que l’on peut écrire
Précisons que l’appartenance à H 2 (Ω) ainsi que l’écriture de l’équation ci-dessus utilisent
uniquement la formulation variationnelle pour des fonctions tests à support compact dans Ω
(qui sont en particulier nulles au bord).
Les conditions aux limites de Dirichlet sur le bord du domain sont contenues dans l’ap-
partenance de u à l’espace V
197
1. Le problème de Poisson avec conditions de Neuman ne fait intervenir que des dérivées
de la fonction inconnue, on ne peut donc espérer avoir au mieux qu’une solution
définie à une constante additive près. On verra qu’effectivement ce problème est mal
posé en général, y compris en termes d’existence. On contournera cette difficulté dns
un premier temps en rajoutant un terme de masse au Laplacien 119 .
2. La condition de Neuman implique la trace de la dérivée normale de la fonction incon-
nue. Le cadre mathématique naturel est le théorème de Lax-Milgram appliqué dans
l’espace de Hilbert H 1 , or la trace de la dérivée normale d’une fonction de H 1 n’est pas
définie. De fait, la formulation variationnelle sur laquelle repose le théorème d’exis-
tence et d’unicité ne fait pas apparaı̂tre explicitement cette dérivée normale. On parle
de condition naturelle, qui disparaı̂t en tant que telle de la formulation 120 .
Nous considérons en premier lieu le problème suivant
u − ∆u =
f in Ω
∂u (19.2)
= 0 sur Γ
∂n
On obtient la formulation variationnelle en multipliant par une fonction-test v. Le terme de
bord disparaı̂t du fait de la condition homogène.
Z Z Z
uv + ∇u · ∇v = f v.
Ω Ω Ω
Si l’on souhaite donner un statut précis à l’équation de départ, avec des identité entre
fonctions 121 , il est nécessaire de montrer que la solution est dans H 2 (Ω). Cette propriété peut
être délicate à établir rigoureusement, en particulier dans le cas de domaines peu régulier.
Nous supposerons ici le domaine régulier, et nous admettrons la régularité H 2 de la solution.
119. En terme de modélisation, cela correspondrait à prendre en compte un terme de disparition ou transfor-
mation pour l’espèce concernée). Une approche permettant de donner un cadre rigoureux au problème sans le
terme de masse, en prescrivant la valeur moyenne de la fonction sur le domaine, est proposée plus loin.
120. On trouve parfois dans la littérature non mathématique le terme de Do nothing approach. Il s’agit en
effet de la condition implémentée lorsque l’on considère la formulation variationnelle discrète sans termes de
bord, en laissant libre les degrés de liberté sur la frontière.
121. Il existe une autre manière (que nous ne privilégierons pas ici) de donner un sens à l’équation de Poisson
sans l’aide d’aucun théorème de régularité en passant par la notion de divergence faible L2 . On peut pousser
la démarche jusqu’à donner un sens à ∂u/∂n comme la trace normale du champ de vecteur ∇u ∈ Hdiv Cette
trace est alors définie dans un sens faible, ce qui interdit par exemple l’écriture ∂n u = g p.p.
198
d’où l’on déduit par densité dans L2 des fonctions régulières que −∆u = 0 presque partout.
On considère dans un second temps des fonctions régulières non nécessairement nulles au
bord, pour obtenir Z Z Z
∂u
(u − ∆u) v + v= fv
Ω ΓN ∂n Ω
Il ne saurait donc y avoir de solution si f n’est pas à moyenne nulle. Nous supposerons donc
f est à moyenne nulle. La formulation variationnelle s’écrit
Z Z
∇u · ∇v = f v.
Ω Ω
De fait, on va voir qu’il est impossible de revenir à l’équation de départ si f n’est pas à
moyenne nulle. En effet, pour revenir à l’équation, on doit pouvoir disposer de fonctions tests
qui engendrent un sous-espace dense dans L2 . Soit une fonction test régulière ϕ. On note
199
ϕ̄ sa moyenne, de telle sorte que ϕ − ϕ̄ estR à moyenne nulle, on peut donc l’utiliser dans la
formulation variationnelle, et, du fait que f = 0, on obtient
Z Z
∇u · ∇ϕ = f ϕ ∀ϕ ∈ Cc∞ (Ω),
Ω Ω
200
où U est une constante réelle dont la valeur est inconnue.
On introduit l’espace
n o
HC1 (Ω \ ω) = u ∈ H 1 (Ω \ ω) , u = 0 sur ∂Ω , u = cste sur ∂ω .
HC1 (Ω \ ω) −→ R
Z Z
1 2
v −
7 → J(v) = |∇v| − f v,
2 Ω\ω Ω\ω
Le problème 19.6 consiste donc à minimiser J sur HC1 (Ω \ ω). On notera que la condition de
flux nul a disparu. Il s’agit en fait d’une condition dite “naturelle”, qui dérive du problème de
minimisation, comme le précise la proposition suivante.
−△w = f + △Ũ ,
avec conditions de Dirichlet homogènes. C’est donc un élément de H 2 (Ω \ ω), et par suite u
lui-même a une régularité H 2 . On considère maintenant des fonctions-test dans H01 (Ω \ ω).
Par intégration par parties, on obtient −△u = f dans Ω \ ω. Pour retrouver la condition de
flux nul à travers l’interface, on prend maintenant une fonction test non nulle sur ∂ω, qui
prend par exemple la valeur 1. On utilise de nouveau la formule de Green pour obtenir
Z Z Z
∂u
− v△u + v= f v,
Ω\ω ∂ω ∂n
d’où Z
∂u
= 0,
∂ω ∂n
ce qui termine la preuve.
201
Le problème discret s’écrit
Trouver uh ∈ Vh tel que
Z Z (19.6)
∇uh · ∇vh = f vh ∀vh ∈ Vh .
Ω Ω
Formulation matricielle
On peut vérifier que, dans le cas d’un maillage cartésien régulier (cellules carrées coupée en
2 triangles), la matrice obtenue est, à constante multiplicative près, la matrice du Laplacien
discret que l’on obtient par une discrétisation dans le cadre de la méthode des différences
finies. La mise en œuvre de la présente méthode ne nécessite en revanche aucune hypothèse
sur le maillage.
int np=50;
mesh Th=square(np,np);
fespace Vh(Th,P1);
Vh u,tu ;
func k = 1+0.5*sin(y*4*pi) ;
func f = 1 ;
plot(Th,wait=1);
problem Poisson(u,tu)=
int2d(Th)(k*(dx(u)*dx(tu)+dy(u)*dy(tu)))
-int2d(Th)(f*v)
+on(1,2,3,4,u=0);
Poisson ; plot(u, wait=1);
202
Estimation d’erreur
L’estimation d’erreur, qui sera détaillée dans la section 19.3, se base sur 2 ingrédients.
où u est la solution exacte du problème initial, et ε(h, u) tend vers 0 quand le paramètre
de discrétisation h tend lui-même vers 0. Pour le cas des éléments finis d’ordre 1 que nous
avons considérés ici, ε est du type Ch kukH 2 , où H 2 désigne l’espace de Sobolev des fonctions
de L2 dont toutes les dérivées secondes sont de carré intégrable. Noter que la régularité de
la solution donnée par le théorème d’existence et d’unicité est simplement H 1 . Il sera donc
nécessaire de montrer que la solution est plus régulière que cela.
ku − uh k ≤ C inf |vh − u| ,
vh ∈Vh
où C est une nouvelle constante qui dépend des propriétés de la forme bilinéaire. Nous verrons
que dans le cas de matériaux inhomogènes cette constante est susceptible d’être très grande,
ce qui suggère une dégradation de la précision numérique. La démonstration de ces propriétés
fait l’objet de la section 19.3.
Ces propriétés assurent ici que, si l’on considère (Th ) une famille régulière de triangulations
de Ω (voir définition 19.17), Vh l’espace d’approximation associé défini précédemment, alors
il existe une constante C > 0 telle que
|u − uh |Ω,1 ≤ Ch |f |Ω,0 .
C’est une application directe de la proposition 24.55, page 265 (ou plus précisément de la
proposition 24.57 qui s’applique au cas d’un polyèdre convexe), du théorème d’approxima-
tion 19.18, et du lemme de Céa 19.3.
Remarque 19.2. On prendra garde au fait que le lemme de Céa est non local (l’estimation
de l’erreur par l’erreur d’approximation est globale). En particulier, si la solution a la régu-
larité H 2 sauf au voisinage d’un point (par exemple un coin rentrant), on n’a pas forcément
approximation d’ordre 1, même loin du point problématique : la singularité est susceptible de
polluer l’ensemble de l’approximation.
Principes abstraits
203
de V qui minimise la fonctionnelle
1
v ∈ V 7−→ J(v) = a(v, v) − hϕ , vi.
2
Dans le cadre de la discrétisation en espace qui sera présentée dans les sections suivantes, on
utilisera la notation Vh pour représenter un espace d’approximation de dimension finie, h étant
un paramètre associé au maillage sur lequel cette discrétisation s’effectue. Dans la proposition
abstraite qui suit, à la base de la méthode des éléments finis, Vh désigne simplement un sous-
espace fermé de V .
Proposition 19.3. (Lemme de Céa (cas symétrique))
Soit a( · , · ) une forme bilinéaire symétrique coercive sur V , de constante de coercivité α
et de constante de continuité kak, et ϕ ∈ V ′ . On note u l’élément de V qui minimise la
fonctionnelle
1
v ∈ V 7−→ J(v) = a(v, v) − hϕ , vi.
2
Soit Vh un sous-espace fermé de V . On note uh l’élément de Vh qui minimise J sur Vh . alors
s
kak
|uh − u| ≤ inf |vh − u| .
α vh ∈Vh
a(u, v) = hϕ , vi ∀v ∈ H,
a(uh , vh ) = hϕ , vh i ∀vh ∈ Vh .
On a donc
a(uh − u, vh ) = 0 ∀vh ∈ Vh ,
ce qui exprime que uh minimise la fonctionnelle v 7→ a(vh − u, vh − u) sur Vh . On a donc, en
utilisant la coercivité et la continuité de a( · , · ),
La propriété demeure (avec une constante dégradée) pour une forme non symétrique,
comme l’exprime le lemme de Céa général :
Proposition 19.4. (Lemme de Céa)
Soit a( · , · ) une forme bilinéaire (non nécessairement symétrique) coercive sur V , de
constante de coercivité α et de constante de continuité kak, et ϕ ∈ V ′ . Soit Vh un sous-
espace de V . On note u et uh les élements de V et Vh , respectivement, qui vérifient
a(u, v) = hϕ , vi ∀v ∈ V,
a(uh , vh ) = hϕ , vh i ∀vh ∈ Vh .
Alors
kak
|uh − u| ≤ inf |vh − u| .
α vh ∈Vh
204
Démonstration. On utilise comme précédemment
a(uh − u, vh ) = 0 ∀vh ∈ Vh ,
dont on déduit que a(uh − u, uh − u) = a(uh − u, vh − u), pour tout vh ∈ Vh , d’où
α |uh − u|2 ≤ a(uh − u, uh − u) ≤ |a(uh − u, vh − u)| ≤ kak |u − uh | inf |vh − u| ,
vh ∈Vh
Dans la suite K désigne un simplexe de RN non dégénéré (i.e. de volume non nul). On
désignera par K̂ le simplexe de référence, défini par
n o
K̂ = (x1 , . . . , xN ) ∈ RN
+ , x1 + · · · + xN ≤ 1 .
On se placera dans ce qui suit en dimension 2 d’espace, où K̂ est le triangle de référence
n o
K̂ = (x1 , x2 ) ∈ R2+ , x1 + x2 ≤ 1 .
Notation 19.5. Pour toute fonction w définie sur K (ou sur tout autre domaine), on notera
(lorsque ces quantités sont définies)
1/2
X
|w|0,K = kwkL2 (K) , |w|1,K = k∇wkL2 (K)2 , |w|2,K = D 2 w = |∂ij u|2 .
L2 (K)N 2
i,j
Notation 19.6. On note P k (K) l’espace des fonctions polynômiales sur K, de degré total
inférieur ou égal à k. Ainsi P 1 (K) désigne l’espace des fonctions affines sur K, de dimension
N + 1, et P 0 (K) la droite des fonctions constantes.
Le cœur théorique de la méthode des éléments finis repose sur une estimation de stabilité
sur le simplexe de référence, qui sera étendue à un simplexe quelconque par simple changement
de variable affine. On considère ici des polynôme d’ordre 1 (éléments finis dits P 1 ), on renvoie
à la fin de la section pour le cas général.
Lemme 19.7. Soit IK un opérateur linéaire continu de H 2 (K) dans H 1 (K) On suppose que
IK laisse invariant tous les éléments de P 1 . Alors il existe une constante C telle que
|v − IK v|1,K ≤ C |v|2,K ∀v ∈ H 2 (K).
Démonstration. On raisonne par l’absurde, en supposant l’existence d’une suite (vn ) telle que
|vn − IK vn |1,K > nC |vn |2,K .
On choisit de prendre vn dans l’orthogonal de P 1 (ce qui est possible, quitte à corriger par un
polynôme de degré 1, ce qui ne change aucun des membres), et de norme 1 dans H 2 . Cette
suite est bornée dans H 2 , on peut donc en extraire une sous-suite qui converge faiblement
vers u ∈ H 2 . Cette sous-suite (toujours notée vn ) converge fortement dans H 1 par injection
compacte, et donc fortement en fait dans H 2 car, |vn |2,K tendant vers 0, elle y est de Cauchy.
Elle converge donc fortement vers u. Toutes les dérivées à l’ordre 2 de u sont nulles : il s’agit
donc d’un polynôme de degré au plus 1. Comme elle est dans l’orthogonal de P 1 , on a donc
u = 0, ce qui absurde car u est de norme 1 dans H 2 .
205
hK
ρK
Démonstration. Soit ξ̃ ∈ RN de norme ρ̃. Il existe x̃1 et x̃2 dans K̃ tels que ξ̃ = x̃2 − x̃1 . On
a donc
B ξ̃ = B x̃2 − B x̃1 = Φx̃2 − Φx̃1 = x2 − x1 ,
qui est de norme inférieure à hK par définition. On en déduit la première inégalité. La seconde
se montre de la même manière en considérant ξ = x2 − x1 de norme ρK .
Le cœur des estimations repose sur une formule de changement de variable entre K̂ et K,
ou plus précisément sur la manière dont le passage de K̂ à K (ou l’inverse) est susceptible
de modifier les valeurs des dérivées partielle d’une fonction poussée par Φ (ou Φ−1 ). Pour
alléger les notations, on notera simplement h pour hK , et ρ pour ρK , en considérant que ces
quantités pour le triangle de références sont des constantes.
Lemme 19.11. Soit u une fonction régulière définie sur le triangle non dégénéré K (de
diamètre h et de diamètre intérieur ρ, et û définie sur K̂ par
û(x̂) = u ◦ Φ(x̂).
Soit α = (α1 , α2 ) un multi-indice, avec |α| = α1 + α2 = s ∈ N. On a
∂ s û X ∂su ∂su 1 X ∂ s û
≤ Chs ′ , α ≤C .
∂ α x̂ |α′ |=s
α
∂ x ∂ x ρs |α′ |=s ∂ α′ x̂
206
Démonstration. Soit u une fonction régulière définie sur K. On a
∂ û ∂Φ
= ∇u · = (∇Φ)T ∇u · êi ,
∂ x̂i ∂ x̂i
∂ û X ∂su
≤ Ch
∂ x̂i |α|=s
∂xi
L’estimation sur les dérivées d’ordre plus élevé, ainsi que les estimations inverses (à partir de
u(x) = û ◦ Φ−1 ), se démontrent de la même manière.
h2
|IK u − u|1,K ≤ C |u|2,K ∀u ∈ H 2 (K)
ρ
|IK u − u|0,K ≤ Ch2 |u|2,K ∀u ∈ H 2 (K)
0
IK u−u ≤ Ch |u|1,K ∀u ∈ H 1 (K)
0,K
207
Approximation sur un domaine
(i) il existe une constante σ telle que suph supK∈Th (hK /ρK ) ≤ σ,
Démonstration. On a
Z X Z X
2
|u − Ih u| = |u − Ih u|2 ≤ C 2 h4 |u|22,K ≤ C 2 h2 |u|22,Ω .
Ω K∈Th K K∈Th
Proposition 19.19. Soit Ω un domaine polyédrique convexe, et (Th )h une famille régulière
de triangulations de Ω. On note Vh l’ensemble des fonctions de H01 (Ω) dont la restriction à
chaque triangle de Th est affine. Pour f ∈ L2 (Ω), on note u ∈ H01 (Ω) la solution faible de
−△u = f,
208
et uh la solution du problème discrétisé
Z Z
∇uh · ∇vh = f vh ∀vh ∈ Vh .
Ω Ω
|u − uh |Ω,1 ≤ Ch |f |Ω,0 .
R
On s’intéresse ici à l’approximation des valeurs propres d’une forme bilinéaire du type
∇u · ∇v.
Théorème 19.20. On se place dans le cadre du théorème 22.41, page 235. On introduit une
suite d’espaces d’approximation (Vh ) de V , i.e. tels que, pour tout v ∈ V , la projection Πh v
de v sur Vh converge vers v quand h tend vers 0. On note (ukh , λkh ) les solutions du problème
aux valeurs propres sur Vh :
a(uh , v) = λh (uh , v),
où ( · , · ) est le produit scalaire sur H.
k
!1/2
X
= |u| kΠh ui − ui k2V .
i=1
On a donc
|Πh u − u|V
lim sup =0
h→0 u∈Wk |u|
Par ailleurs, on a a(Πh u, Πh u) ≤ a(u, u), pour tout u ∈ V . Le principe du min-max permet
pour finir d’écrire que
λkh ≤ max R(w),
w∈Wh \{0}
209
vj
i
hj
hi
vi
On a par ailleurs
||Πh u| − |u|| ≤ | Πh u − u| ≤ |u| εh ,
avec εh → 0 quand h → 0, d’où
|Πh u| = |u| (1 + εh ) .
La quantité à droite de la chaı̂ne d’inégalités tend donc vers λk quand h tend vers 0, d’où la
converge de λkh vers λk .
Pour i et j voisins, l’intégrale de ∇wi · ∇wj résulte de deux contributions (les deux tri-
angles qui contiennent i et j). L’une quelconque de ces contributions (voir figure 19.2) s’écrit
Z
1
∇wi · ∇wj = aire(K) hi · hj .
K |hi | |hj |2
2
On note D = vi ∧ vj . L’aire du triangle vaut D/2. Par ailleurs, la hauteur |hi | du triangle
peut s’exprimer
v⊥ vi ∧ vj
|hi | = vj · i = .
|vi | |vi |
210
On a donc
Z
1 D vi · vj 1 vi · vj
∇wi · ∇wj = aire(K) hi · hj 2 2 = 2 |v | |v | |hi | |hj | 2 2 = 2D .
K |hi | |hj | i j |hi | |hj |
L’intégrale sur l’ensemble du domaine est ainsi la somme de deux contributions de ce type,
correspondant aux deux triangles partageant à la fois i et j. On note cij l’opposé de cette
valeur. En écrivant que la fonction constante égale à 1 est somme des fonctions de base sur
l’ensemble du maillage, on obtient
Z Z X
0= ∇wi · ∇1 = |∇wi |2 − cij .
Ω Ω j∼i
La matrice du Laplacien discrétisé est donc la matrice dont les termes extra-diagonaux sont
P
les −cij , et les éléments diagonaux les Ci = cij . On se trouve donc en présence d’une
matrice associée à un réseau résistif (voir section 7), dont les sommets sont les sommets du
maillages, les arêtes les côté de ce même maillage, et les résistances sont les inverses des
quantités cij définie ci-dessus. Une solution du problème discret sans second membre peut
donc s’interpréter comme un champ de pression sur le réseaux, harmonique sur les points
intérieurs.
On prendra cependant garde au fait que les cij ne sont pas nécessairement positifs. Ils ne le
sont de façon sûre que si tous les angles de tous les triangles sont aigus. Dans le cas contraire,
l’analogie doit être considérée avec précaution, certaines résistances du réseau associé pouvant
être négatives. L’une des conséquence de cette négativité de certaines résistances est que la
méthode ne vérifie plus forcément le principe du maximum discret. En effet, on a pour tout
champ harmonique
1 X
p(i) = cij p(j),
C(i) j∼j
mais cette combinaison peut n’être plus barycentrique dans le cas où certains angles sont
obtus.
On peut associer à la solution discrète d’un problème de Laplace discrétisé par éléments
fini une mesure vectorielle vérifiant une équation de conservation stationnaire (au sens des
distribution).
Nous considérons pour fixer les idées le cas de conditions aux limites de Dirichlet non
homogènes. L e problème consiste à trouver dans l’espace Vh des fonctions continues affines par
morceaux une fonction qui prend des valeurs prescrites sur le bord, et qui vérifie la formulation
variationnelle discrète (on note p l’inconnue pour expliciter le lien avec la section 7)
Z
∇p · ∇q = 0 ∀v ∈ Vh0 ,
Ω
où Vh0 est l’espace des fonctions discrètes qui s’annulent au bord. Pour tout point x de la
triangulation situé sur le bord du domaine, on note µ(x) la mesure atomique associée au flux
211
discret lui même associé au champ de pression défini sur le réseau résistif N = (V, E, r, Γ)
correspondant au maillage éléments finis, selon les principes décrit ci-dessus. Plus précisément,
on note, pour tout x ∈ Γ, on note
X X X
µ(x) = du(x) δx , du(x) = u(y, x) = c(x, y)(p(y) − p(x)).
x∈Γ y∼x y∼x
On note G la mesure vectorielle associée aux flux discrets sur le maillage, selon la démarche
décrite dans la section 7.5. On a alors, au sens des distributions, (voir proposition 7.19,
page 83)
∇ · G = µ.
Noter que cette propriété de conservation formelle ne nécessite pas d’hypothèse sur la positi-
vité des résistances. On gardera cependant à l’esprit que, dans le cas où le maillage présente
des angles obtus, le réseau résistif associé ne correspond pas forcément à la situation physique
de résistances positives 122 .
122. Un tel réseau serait irréalisable en pratique, qu’il s’agisse d’un circuit électrique, on d’un réseaux de
tuyaux au travers duquel s’écoule un fluide visqueux.
212
20 Optimisation (méthodes numériques)
K = { v ∈ V = Rn , Bv ≤ z} .
Au + B ⋆ p = b
Bu ≤ z
(20.2)
p ≥ 0
p · Bu = 0
uk + B ⋆ p k = b
pk+1 = Π+ pk + ρ(Buk − z) .
Démonstration. Soit (u, p) une solution de la formulation point-selle (20.2) (de sorte que u
est le minimiseur de J sur K). On a
213
d’où (la projection sur le convexe fermé Rm
+ est contractante, voir proposition 22.10, page 225)
2 2 2
pk+1 − p = pk − p + 2ρ uk − u, B ⋆ (pk − p) + ρ2 B(uk − u)
2 2
= pk − p − 2ρ uk − u, A(uk − u) + ρ2 B(uk − u)
2 2
≤ pk − p − ρ 2α − ρ kBk2 uk − u .
Si la condition sur ρ est vérifiée, alors la suite pk − p est décroissante positive, donc converge,
et par suite uk converge vers u.
La suite (uk ) converge vers u, minimiseur de J sur K, dès que 0 < ρ < 2α/kBk2 .
Nous démontrons ici une propriété peu documentée dans la littérature, qui est que la suite
des multiplicateurs de Lagrange construite par l’algorithme d’Uzawa converge faiblement,
même dans le cas de non-unicité du point-selle. La démonstration est basée sur la proposition
suivante
Proposition 20.5. (Lemme d’Opial)
Soit Λ un espace de Hilbert, Λ̃ un sous-ensemble non vide de Λ, et (λk ) une suite d’éléments
de Λ telle que
(i) pour tout µ ∈ Λ̃, la suite λk − µ converge,
(ii) si une sous-suite (λϕ(k) ) converge faiblement vers un élément µ de Λ, alors µ ∈ Λ̃.
Alors la suite (λk ) converge faiblement vers un élément de Λ̃.
Démonstration: D’après (i), la suite (λk ) est bornée. Il suffit donc de vérifier que deux
sous-suites qui convergent faiblement ont la même limite. On considère donc deux sous-suites
(λmk ) et (λnk ) qui convergent faiblement vers λ1 et λ2 , respectivement. On introduit les
limites
ℓ1 = lim λk − λ1 , ℓ2 = lim λk − λ2
qui sont bien définies par hypothèse. On écrit simplement
2 2
λk − λ1 − λk − λ2 = λ2 − λ1 , 2λk − λ1 − λ2
214
On passe à la limite dans l’identité précédente pour la sous-suite (λmk ), puis pour (λnk ). Il
vient
|ℓ1 |2 − |ℓ2 |2 = − |λ2 − λ1 |2 et |ℓ1 |2 − |ℓ2 |2 = |λ2 − λ1 |2 .
On a donc nécessairement |λ2 − λ1 | = 0, d’où le résultat.
Proposition 20.6. On suppose que le Lagrangien L admet un point-selle (u, λ) (non néces-
sairement unique). Alors, sous l’hypothèse (20.3), la suite (λk ) converge faiblement vers µ ∈
Λ, tel que (u, µ) est point-selle pour L.
Démonstration: On note Λ̃ ⊂ Λ l’ensemble des µ tels que (u, µ) est solution du pro-
blème (20.2), et l’on se propose de vérifier que la suite (λk ) rentre dans le cadre du lemme
d’Opial. L’hypothèse (i) est vérifiée, comme on l’a vu lors de la démonstration de la proposi-
tion 20.2. Considérons maintenant une sous-suite, que nous notons encore (λk ) pour alléger
l’écriture, qui converge faiblement vers µ ∈ Λ. On a
Auk + B ⋆ λk = f
pour tout k. Or Auk converge vers Au, et B ⋆ λk converge faiblement vers B ⋆ µ (d’après la
proposition 22.31, page 230). On a donc par passage à la limite (faible)
Au + B ⋆ µ = f,
et ainsi (u, µ) est point-selle de L c’est-à-dire µ ∈ Λ̃. Le lemme d’Opial ci-dessus permet de
conclure.
Remarque 20.7. Dans le cas de la dimension finie (donc notamment lors de la résolution
numérique de problèmes discrétisés en espace), on aura donc convergence forte de la suite
des multiplicateurs de Lagrange. On distinguera bien cette propriété de convergence pour le
problème discrétisé (à paramètre h de discrétisation fixé), de la propriété de convergence
éventuelle de la suite des limites vers “quelque chose” quand le paramètre de discrétisation h
tend vers 0.
20.2 Pénalisation
215
Démonstration. Remarquons en premier lieu que le minimum de J sur K est atteint en un
point u ∈ K. La famille de fonctionnelles (Jε ) étant coercive uniformément par rapport à ε
(du fait de la coercivité de J), la suite uε est bornée. On peut donc extraire une sous-suite,
que l’on note toujours (uε ), qui converge vers w ∈ E. On a
216
Quatrième partie
Aspects théoriques
217
21 Éléments d’Analyse Fonctionnelle
hϕ , xi ≤ α < α + ε ≤ hϕ , yi ∀x ∈ X , y ∈ Y.
Remarque 21.4. Le résultat précédent généralise une propriété bien connue sur les matrices.
Soit B une matrice réelle n × m, dont les lignes sont les ui ∈ Rm , i = 1,. . ., n. Soit u un
vecteur orthogonal à tout vecteur orthogonal aux ui . La proposition précédente (on associe
aux vecteurs une forme linéaire basée sur le produit scalaire usuel sur l’espace Euclidien Rm )
assure que u est combinaison linéaire des ui , ce qui exprime
On a bien sûr égalité entre ces deux espaces (l’inclusion inverse est immédiate).
218
21.2 Autour du théorème de Banach-Steinhaus
Definition 21.5. On appelle espace de Banach tout espace vectoriel normé complet.
Definition 21.6. Soient E et F deux espaces vectoriels normés. On note L(E, F ) l’espace
des applications linéaires continues de E dans F . C’est un espace vectoriel normé pour la
norme
kT ukF
kT kL(E,F ) = sup = sup kT ukF .
u6=0 kukE u∈BE
Cet espace est complet dès que F est complet. Lorsque F = E, on notera simplement L(E).
Definition 21.7. (Adjoint)
Soient E et F deux espaces vectoriels normés, et T ∈ L(E, F ). On définit l’adjoint de T
comme l’opérateur T ⋆ de F ′ dans E ′ qui à ϕ ∈ F ′ associe
T ⋆ ϕ : u 7−→ hT ⋆ ϕ , ui = hϕ , T ui.
Int (Xn ) = ∅ ∀n ∈ N.
On a alors !
+∞
[
Int Xn = ∅.
n=0
On a alors
sup kTa kL(E,F ) < +∞.
a∈A
Exercice 21.1. Montrer qu’un espace de Banach est de dimension soit finie soit non dénom-
brable.
Corollaire 21.11. Soient E et F deux espaces de Banach et (Tn )n∈N une suite d’opérateurs
de L(E, F ) telle que, pour tout x ∈ E, Tn x converge vers un élément de F , que l’on note T x.
La suite (Tn ) est alors nécessairement bornée dans L(E, F ). De plus, l’opérateur limite T est
dans L(E, F ), et sa norme vérifie
219
Remarque 21.12. La dernière inégalité du corollaire précédent peut être stricte. Considérer
par exemple E = ℓ2 et la suite des formes linéaires
Cette suite converge ponctuellement vers la forme linéaire nulle. Cet exemple permet d’autre
part de vérifier que l’on n’a pas en général convergence de Tk vers T pour la norme d’opérateur.
Remarque 21.13. On prendra garde au fait que l’hypothèse (21.1) du théorème de Banach-
Steinaus, (tout comme l’hypothèse de convergence de Tn x du corollaire ci-dessus), doit être
vérifiée pour tout x de E, et non pas seulement sur un sous-ensemble dense.
On en déduit le
Dans le cas où T n’est pas surjectif, on peut appliquer ce qui précède à l’application T̃ ,
bijection canoniquement associée à T comme le précise le corollaire ci -dessous.
Remarque 21.17. Dans le cas où E est un espace de Hilbert, l’infimum est atteint pour h
égal à la projection de u sur ker T , l’inégalité ci-dessus devient
P(ker T )◦ u ≤ α kT uk .
∀y ∈ T (E) , T̃ −1 y ≤ α kyk .
E/ ker T
T̃ −1 y = kz − Pker T zk ,
E/ ker T
220
d’où la propriété avec x = z − Pker T z.
Réciproquement, si un tel α existe, alors pour tout suite (xn ) telle que T xn → y, on
peut construite une suite bornée x′n avec T xn = T x′n , dont on peut extraire une sous-suite
faiblement convergence (toujours notée (x′n )) vers x ∈ E. La proposition 22.31 assure alors
la convergence faible de T x′n vers T x, d’où y = T x ∈ T (E).
Remarque 21.19. On déduit immédiatement de ce qui précède que l’image d’un sous-espace
fermé par une application linéaire injective à image fermée est fermée (comme image réci-
proque d’un fermé par l’application réciproque, qui est continue).
Les propriétés qui suivent sont essentielles pour établir les résultats afférents à l’existence
et l’unicité de point-selle On se reportera à Brezis [2] pour un exposé plus complet des
propriétés de l’opérateur adjoint.
ImT ⋆ ⊂ (ker T )◦ .
Dans le cas où E est un espace de Hilbert (et plus généralement dans le cas où E est réflexif ),
on a l’identité
ImT ⋆ = (ker T )◦ .
hϕ , ui = hT ⋆ λ , ui = hλ , T ui = 0,
Montrons que cette inclusion ne peut être stricte dans le cas Hilbertien. Supposons qu’elle
le soit. Il existe alors ϕ0 ∈ (ker T )◦ non élément de l’adhérence de T ⋆ ( F ′ ). Le théorème de
Hahn-Banach permet de séparer strictement ϕ0 du convexe fermé T ⋆ ( F ′ ) : il existe 124 h ∈ V
et α ∈ R tels que
(T ⋆ λ, h) ≤ α < hϕ0 , hi ∀λ ∈ F ′ .
Comme F ′ est un espace vectoriel, l’ensemble des valeurs prises par (T ⋆ λ, h) est soit {0} soit
R tout entier. D’après l’inégalité précédente, c’est nécessairement {0}. On a donc hλ , T hi = 0
pour tout λ ∈ F ′ d’où h ∈ ker T , mais alors hϕ0 , hi = 0, ce qui est en contradiction avec
l’inégalité ci-dessus. On a donc bien identité entre les deux ensembles.
221
(ii) ImT ⋆ est fermée.
(iii) Il existe C > 0 tel que
222
22 Espaces de Hilbert, analyse convexe
hu | vi = hv | ui , hu | ui ≥ 0 ∀u ∈ H , et hu | ui = 0 ⇐⇒ u = 0.
Un produit scalaire définit sur H une structure d’espace vectoriel normé pour la norme
u 7−→ |u| = hu | ui1/2 .
Exemple 22.1. Tout espace de dimension finie munie d’un produit scalaire est un espace
de Hilbert (espace Euclidien). En dimension infinie, l’exemple le plus simple d’espace de
Hilbert de dimension infinie est l’espace ℓ2 des suites de carré intégrable. On peut définir par
extension une infinité de nouveaux espaces dits “à poids” en introduisant, pour γ = (γn ) une
suite quelconque de réels strictement positifs,
n X o
ℓ2γ = (un ) ∈ RN , γn |un |2 < +∞ .
Démonstration: On écrit que hu + tv | u + tvi est positif, pour tout t ∈ R, notamment pour
t = −hu | vi/ |v|2 qui réalise le minimum.
Démonstration. La propriété découle simplement du fait que la restriction d’un produit sca-
laire à un sous-espace est un produit scalaire, et qu’un sous-espace fermé d’un espace complet
est complet.
223
Théorème 22.7. ( Projection sur un convexe fermé)
Soit H un espace de Hilbert et K un convexe fermé non vide de H. Pour tout z ∈ H, il
existe un unique u ∈ K (appelée projection de z sur K) tel que
On notera u = PK z.
un ∈ K , |z − un | −→ d = dist(z, K).
On écrit ensuite simplement que pour tout v ∈ K, l’inégalité |z − w|2 ≥ |z − u|2 est
vérifiée pour tout w du segment [u, v] (qu’on écrit w = u + t(v − u), t ∈ [0, 1]).
La démonstration du théorème précédent suggère que toute suite minimisante (un ) tend
nécessairement vers le minimiseur. L’exercice suivant précise cette propriété, en explicitant
la vitesse de convergence de la suite des minimiseurs en fonction de la vitesse de convergence
de |un − z| vers |u − z|.
Exercice 22.1. Soit H un espace de Hilbert, K un convexe fermé non vide de H, z ∈ H. On
note u la projection de z sur K. Montrer que
|v − u| ≤ |v − z| ∀v ∈ K.
224
Remarque 22.8. Si K est un sous-espace affine fermé de H, alors la caractérisation (22.1)
prend la forme (
u∈K
(22.2)
hz − u | v − ui = 0 ∀v ∈ K,
et si K est un sous-espace vectoriel de H, on a
(
u∈K
(22.3)
hz − u | vi = 0 ∀v ∈ K.
Remarque 22.9. On prendra garde que la projection sur un sous-espace vectoriel n’est en
général pas définie, car en dimension infinie les sous-espaces vectoriel peuvent ne pas être
fermés (considérer par exemple le sous-espace de ℓ2 des suites nulles au delà d’un certain
rang).
On peut vérifier que l’application de projection PK définie par le théorème précédent est
1-lipschitzienne
Proposition 22.10. Sous les hypothèses du théorème précédent, on a, pour tous f , g ∈ H,
|PK f − PK g| ≤ |f − g|
Démonstration: On vérifie immédiatement que u−PK u vérifie les identités qui caractérisent
la projection de u sur K ⊥ .
225
Proposition 22.13. (Caractérisation de la densité)
Soit H un espace de Hilbert et K un sous-espace de H tel que l’implication suivante soit
vérifiée :
hh | wi = 0 ∀w ∈ K =⇒ h = 0.
Alors K est dense dans H
hh | xi ≤ α < hh | zi ∀x ∈ K.
hh | xi − α = hh | xi − hh | ui = hz − u | x − ui ≤ 0.
Exercice 22.5. Soient u, u1 , . . ., un , des éléments d’un espace de Hilbert H. Montrer l’équi-
valence suivante \ X
u⊥
i ⊂ u⊥ ⇐⇒ ∃λ1 , . . . , λn , u = λi u i .
Tout espace de Hilbert peut s’identifier à son dual, comme l’exprime le théorème suivant.
hϕ , ui = hf | ui ∀u ∈ H. (22.4)
De plus, on a |f | = kϕkH ′ .
226
Démonstration: Si ϕ est la forme nulle, le résultat est immédiat. Dans le cas contraire,
on introduit K le noyau de ϕ. C’est un hyperplan fermé de H. On construit ensuite un h ∈
SH ∩K ⊥ . Pour celà on considère z ∈
/ K. D’après la caractérisation (22.3), on a (z−PK z, v) = 0
pour tout v ∈ K. Le vecteur
z − PK z
h=
|z − PK z|
convient donc. Pour finir on remarque que tout v ∈ H peut s’écrire
hϕ , vi hϕ , vi
v= h+ v− h = λh + w,
hϕ , hi hϕ , hi
avec w ∈ K. On a donc, pour tout v ∈ H (on prend le produit scalaire de l’identité précédente
avec h),
hϕ , vi = hϕ , hihv | hi
d’où l’identité (22.4) avec f = hϕ , hi h. L’unicité d’un tel f est immédiate.
On prendra garde au fait que cette identification dépend du produit scalaire choisi.
Réciproquement, le développement
227
Remarque 22.21. En dimension finie, et dans le cas où la forme est symétrique (a(u, v) =
a(v, u)), on retrouve la notion de forme symétrique définie positive. Le plus grand coefficient
α est alors la plus petite valeur propre de la matrice associée, et la plus petite constante kak
de la continuité sa plus grande valeur propre.
Remarque 22.22. On verra qu’il existe une définition plus générale de la coercivité (pour
des fonctionnelles quelconques, voir théorème 22.54), équivalente à la définition ci-dessus
dans le cas particulier des formes bilinéaires.
Proposition 22.23. Soit H un espace de Hilbert, et a une forme bilinéaire et continue sur
l’espace produit H × H. Pour tout u ∈ H, on note Au l’élément de H qui s’identifie à la
forme linéaire a(u, · ) :
(Au, v) = a(u, v) ∀v ∈ H.
L’application u 7−→ Au est linéaire et continue. De plus si a( · , · ) est coercive, alors l’appli-
cation A est une bijection.
Si a est coercive, on a (Au, u) = a(u, u) ≥ α |u|2 , et donc |Au| ≥ α |u| pour tout u dans
H. On vérifie que l’image est fermée en considérant une suite (Aun ) qui converge vers un
élément de l’image w. Comme (Aun ) converge, elle est de Cauchy, donc (un ) est également
de Cauchy d’après l’inégalité précédemment démontrée. Elle converge donc vers u ∈ H qui
vérifie Au = w par continuité de A. On a de plus, pour tout g ∈ H,
qui entraı̂ne g = 0 par coercivité de a. L’image de A est donc fermée et dense dans H : c’est
l’espace H lui-même. L’injectivité est une conséquence immédiate de la coercivité.
On verra que l’opérateur A est bicontinu (i.e. son inverse est lui-même continu), mais
cette propriété n’est pas utile pour démontrer le point essentiel de cette section, conséquence
directe de la proposition qui précède :
228
Théorème 22.25. (Lax-Milgram)
Soit H un espace de Hilbert, et a une forme bilinéaire continue et coercive sur H × H. Pour
tout ϕ ∈ H ′ , il existe un u ∈ H unique tel que
a(u, v) = hϕ , vi ∀v ∈ H. (22.5)
est convexe, nulle en 0, de dérivée nulle en 0. Elle est donc positive, et ainsi J(u + h) ≥ J(u)
pour tout h ∈ H.
a(u, v) = hϕ , vi ∀v ∈ K 0 . (22.6)
a(ũ, v) = hϕ , vi − a(U, v) ∀v ∈ K 0 ,
229
L’identification établie ci-dessus permet de donner un sens à la notion de différentielle
d’une application à valeurs dans R en tant qu’élément de l’espace de Hilbert :
Definition 22.27. (Différentiabilité)
Soit J une application de H dans R, et u ∈ H. On dit que J est différentiable en u s’il existe
ϕ ∈ H ′ tel que l’on ait, pour h au voisinage de 0,
où ε : H −→ H est telle que ε(h) −→ 0 quand h −→ 0. Si un tel ϕ existe, on peut l’identifier
à un élément de H que l’on note J ′ (u). On dira que J est différentiable si elle admet une
différentielle en tout point, et que J est C 1 si l’application u 7−→ J ′ (u) est continue.
Comme précédemment H désigne un espace de Hilbert réel muni du produit scalaire (., .)
et de la norme | |.
Definition 22.28. (Convergence faible)
Soit (un ) une suite d’éléments de H. On dit que (un ) converge faiblement vers u dans H, et
on note un ⇀ u, si
hun | vi → hu | vi ∀v ∈ H,
ou de façon équivalente, si
Proposition 22.29. Soit (un ) une suite d’un espace de Hilbert H. Si un ⇀ u, alors (un ) est
bornée et |u| ≤ lim inf |un |.
Démonstration: On écrit
un ⇀ u =⇒ T un ⇀ T u.
hT un | zi = hun | T ⋆ zi −→ hu | T ⋆ zi = hT u | zi,
230
Le résultat fondamental de cette section est le suivant.
Théorème 22.32. Soit (un ) une suite bornée dans un espace de Hilbert H. Alors on peut
extraire une sous-suite convergeant faiblement vers u dans H.
Démonstration: On raisonne d’abord dans le cas où H est séparable. Il existe donc une
famille dénombrable {xk }k∈N dense dans H. On se propose de suivre le procédé d’extraction
diagonale de Cantor.
D E
1. Comme hun | x1 i est bornée dans R on peut extraire une suite uj1 (n) telle que uj1 (n) | x1
converge.
D E
2. Comme uj1 (n) | x2 est bornée dans R on peut extraire de uj1 (n) une suite uj1 ◦j2 (n)
D E
telle que uj1 ◦j2 (n) | x2 converge.
3. Par récurrence, on construit une suite de sous-suites emboitées uj1 ◦j2 ◦···◦jk (n) telle que
(uj1 ◦j2 ◦···◦jk (n) , xk ) converge, pour tout k.
4. On utilise à présent le procédé d’extraction diagonale : on pose ϕ(k) = j1 ◦j2 ◦· · ·◦jk (k)
(de telle sorte que ϕ est strictement croissante), et on considère uϕ(n) . Pour tout k, on
remarque que uϕ(n) , à partir du rang k, est aussi une suite extraite de (uj1 ◦j2 ◦···◦jk (n) ),
D E
de telle sorte que uϕ(n) | xk converge lorsque n → +∞.
5. On utilise ensuite la densité des xk . Pour tout x ∈ H, on montre que (uϕ(n) , x) est une
D E
suite de Cauchy : soit ε > 0, il existe (xk ) tel que |x − xk | < ε. Comme uϕ(n) | xk est
D E D E
de Cauchy, il existe un N au-delà duquel uϕ(p) | xk − uϕ(q) | xk < ε. Pour tous p,
q supérieurs à N , on a donc
D E D E D E D E D E D E
uϕ(p) | x − uϕ(q) | x ≤ uϕ(p) | x − uϕ(p) | xk + uϕ(p) | xk − uϕ(q) | xk
D E D E
+ uϕ(q) | xk − uϕ(q) | x
≤ M ε + ε + M ε = (1 + 2M )ε,
d’où h continue 125 sur H. D’après le théorème de Riesz-Fréchet, cette forme s’identifie
à un élément u de H. On a donc convergence faible de la suite extraite vers u.
Dans le cas où le Hilbert n’est pas séparable, on se place dans l’adhérence de l’espace
vectoriel engendré par les termes de la suite, qui est un espace de Hilbert séparable (pour le
même produit scalaire) par construction. La convergence faible vers un u de ce sous-espace
entraı̂ne la convergence faible dans H.
125. Remarquer qu’il n’est pas nécessaire ici d’utiliser le théorème de Banach–Steinhaus, du fait de l’hypothèse
(un ) bornée.
231
22.3 Somme Hilbertienne, bases Hilbertiennes
(u, v) = 0 ∀u ∈ En , ∀v ∈ Em ∀m, n ∈ N , m 6= n.
Réciproquement, si l’on considère une suite (un ) avec un ∈ En pour tout n, et telle que |un |2
P
P P
converge, alors la série un converge, et sa limite u = un est telle que un = PEn u.
entraı̂ne, à la limite,
+∞
X
|u|2 = |un |2 .
n=1
Pk
Pour la réciproque, on utilise le caractère de Cauchy de la suite n=1 un , et la continuité des
opérateurs de projection.
232
Le théorème précédent permet d’introduire la notion de base Hilbertienne :
Théorème 22.36. Tout espace de Hilbert séparable admet une base Hilbertienne.
Démonstration. Soit H un espace de Hilbert séparable 126 . On considère (fn )n∈N une famille
dense dans H. On note Fk l’espace vectoriel engendré par les k premiers vecteurs. L’espace
vectoriel engendré par les Fk est dense dans H. On peut construire la base Hilbertienne de
la façon suivante : si f1 est non nul, on prend f1 / |f1 | comme premier vecteur. Une base
orthonormale sur Fk étant construite, on complète par une base orthonormale sur Fk+1 si
nécessaire (si fk+1 ∈
/ Fk ). Sinon, on passe au rang suivant.
hT v | vi
M= sup .
v∈V \{0} |v|2
Démonstration. On a
|hT v | vi| ≤ kT k |v|2 ,
d’où M ≤ kT k.
hT un | un i −→ M n −→ +∞.
126. C’est à dire qu’il existe un ensemble dénombrable et dense. C’est le cas pour l’essentiel des espace de
Hilbert que l’on rencontre dans la “nature”, en particulier pour les espaces fonctionnels de type L2 (Ω) ou
H m (Ω).
233
L’opérateur T étant compact, on peut extraire une sous-suite (notée toujours un pour sim-
plifier) telle que
T un −→ w.
On a
|T un − M un |2 = |T un | 2 − 2M hT un | un i + M 2 ≤ M 2 − 2M hun | un i + M 2 −→ 0 qd n → +∞.
Proposition 22.38. Soit T ∈ L(V ) un opérateur auto-adjoint. Deux vecteurs propres asso-
ciés à des valeurs propres distinctes sont orthogonaux entre eux.
Démonstration. On a
T u1 = λ1 u1 , T u2 = λ2 u2 =⇒ (T u1 , u2 ) = λ1 hu1 | u2 i = hT u2 | u1 i = λ2 hu2 | u1 i,
Démonstration. Supposons qu’il existe une infinité d’éléments propres en dehors de l’intervalle
considéré, on peut alors construire une suite (wk , λk ), avec T wk = λk wk , et les wk de norme
1. Par hypothèse, (wk /λk ) est bornée et, comme T est compact, on peut donc une sous-suite
telle que T wk′ /λk′ = wk′ converge. Or, comme les wk sont orthogonaux deux à deux, on a
|wp − wq |2 = 2 ∀p 6= q,
ce qui est en contradiction avec le critère de Cauchy pour la suite extraite convergente.
Démonstration. D’après le lemme 22.37, l’ensemble des valeurs propres de T n’est pas vide.
D’après le lemme 22.39, c’est un ensemble soit fini, soit infini dénombrable avec 0 comme
seul point d’accumulation, 0 lui même n’étant pas valeur propre. En construisant une base
orthonormale de chacun des sous-espace propres (qui sont de dimension finie), et en utilisant
la proposition 22.38, on peut construite une suite (uk ) de vecteurs propres unitaires associés
aux valeurs propres λk (avec possible redondance). On note W l’adhérence dans V de l’espace
234
vectoriel engendré par les uk . Cet espace est stable par T , ainsi que son orthogonal W ⊥ . La
restriction de T à W ⊥ est toujours un opérateur linéaire continu auto-adjoint compact, qui
admet donc (si ça n’est pas l’opérateur nul), une valeur propre strictement positive, avec
un vecteur propre associé, qui est de fait vecteur propre pour l’opérateur initial. C’est en
contradiction avec le fait que W contenait tous les vecteurs propres de T , la restriction à W ⊥
est donc nécessairement nulle, donc (T est défini positif) W ⊥ est réduit au vecteur nul.
a(u, v) = λhu | vi ∀v ∈ V,
admet une infinité de solutions. Les λ solutions, appelées valeurs propres de a, forment une
suite
0 < λ1 ≤ λ2 ≤ · · · ≤ λk . . .
qui tend vers√l’infini. La famille (uk ) des vecteurs propres associés est une base Hilbertiene
de H, et (u/ λk ) est une base Hilbertienne de V pour le produit scalaire associé à a( · , · ) .
a(u, v) = hf | vi ∀v ∈ V,
admet une solution unique u d’après le théorème de Lax-Milgram, on note T f cette solution.
L’opérateur T est linéaire de H dans V , et l’on a (on prend v ∈ T f dans la formulation
variationnelle) :
a(T f, T f ) = hf | T f i,
d’où
α |T f |2V ≤ a(T f, T f ) ≤ kf kH kT f kH ≤ C kf kH |T f |V ,
et ainsi
|T f | V ≤ C kf kH .
Cet opérateur, en tant qu’élément de L(H), est donc compact par injection continue de V
dans H. On a par ailleurs
hT f | f i = a(T f, T f )
qui est strictement positif dès que f est non nul. On a enfin
hf | T gi = a(T f, T g) = a(T g, T f ) = hg | T f i,
ce qui assure le caractère auto-adjoint. Le théorème assure donc l’existence d’une suite de
valeurs propres pour T , décroissante vers 0, avec une base Hilbertienne de vecteurs propres
associés.
235
Ce problème admet donc une suite de valeurs propres µi qui sont les inverses des valeurs
propres de T , pour les même vecteurs propres (uk ). Les fonctions propres (uk ) associées,
normalisée à 1 pour H, forment une base Hilbertienne de H.
Cette famille est aussi orthogonale pour le produit scalaire défini par a( · , · ) (d’après la
proposition 22.38), et l’on a
a(uk , uk ) = λk kuk k2 = λk .
√
La famille (uk / λk ) est donc une base Hilbertienne sur V , pour le produit scalaire associé à
la forme bilinéaire a( · , · ).
Théorème 22.45. Soient V et H deux espaces de Hilbert, de dimension infinie, avec injection
V ⊂ H compacte et dense. Soit a( · , · ) une forme bilinéaire symétrique continue et coercive
sur V × V , et f ∈ L2 (]0, T [, H) un terme source. Le problème
d
hu(t) | vi + a(u(t), v) = hf (t) | vi ∀v ∈ V , 0 < t < T (22.7)
dt
avec condition initiale u(0) = u0 ∈ H, a une unique solution u ∈ L2 (]0, T [, V ))∩L∞ ([0, T ], H).
Cette solution s’exprime
+∞
X +∞
X Z t
u(t) = u0k e−λk t wk + e −λk (t−s)
(f (s), wk ) ds wk ,
k=1 k=1 0
236
où λk est la suite des valeurs propres du problème variationnel associé à a( · , · ), et (wk ) la
base Hilbertienne associée (voir théorème 22.41), et (u0k ) correspond à la décomposition de la
donnée initiale dans cette base :
+∞
X D E
u0 = u0k wk , u0k = u0 | wk ,
k=1
Démonstration. On raisonne dans un premier temps par condition nécessaire pour construire
une solution Si le problème admet une solution régulière u(x, t), on peut, pour tout t, décom-
poser u(t) sur la base Hilbertienne wk :
+∞
X
u(t) = uk (t) wk .
k=1
On termine la démonstration en vérifiant que la série ainsi définie est bien de Cauchy dans
les espaces fonctionnels L2 (]0, T [, V )) et L∞ ([0, T ], H) (voir détails dans [1]).
Théorème 22.46. Soient V et H deux espaces de Hilbert, de dimension infinie, avec injection
V ⊂ H compacte et dense. Soit a( · , · ) une forme bilinéaire symétrique continue et coercive
sur V , et f ∈ L2 (]0, T [, H) un terme source. On se donne une donnée initiale (u0 , u1 ) ∈ V ×H.
Le problème
d2
hu(t) | vi + a(u(t), v) = hf (t) | vi ∀v ∈ V , t ∈ [0, T ],
dt2
avec conditions initiales u(0) = u0 , du/dt(0) = u1 , a une unique solution u ∈ C([0, T ], V )) ∩
C 1 ([0, T ], H) qui s’écrit
+∞
!
X u1
u(t) = u0k u0k cos(ωk t) + k sin(ωk t) wk
k=1
ωk
avec D E D E p
u0k = u0 | wk , u1k = u1 | wk , ωk = λk ,
où (λk ) est la suite des valeurs propres du problème variationnel associé à a( · , · ), et (wk ) la
base Hilbertienne associée (voir théorème 22.41),
Commençons par définir un certain nombre de notions générales afférentes aux applica-
tions à valeurs dans R ∪ {+∞}.
237
Definition 22.47. (Domaine)
Soit E un ensemble et J une application de E dans R ∪ {+∞}. On appelle domaine de J
l’ensemble
D(J) = {x ∈ E , J(x) < +∞} .
Eλ = {x ∈ E , J(x) ≤ λ}
est fermé.
est convexe.
1. On prend y1 = x1 .
2. Comme xn converge faiblement vers 0, il existe un indice ϕ(2) tel que
1
(y1 , xϕ(2) ) = |(y1 , y2 )| ≤ .
2
238
3. Par récurrence, on construit à partir des termes déjà construits y1 , y2 , . . ., yn−1 , le
n−ième terme yn tel que
1
|(yi , yn )| ≤ ∀i = 1, 2, . . . , n − 1.
n
On pose
n
1X
σn = yk .
n k=1
Montrons que σn tend (fortement) vers 0. On développe
n X n
1 X
|σn |2 = (yi , yj ),
n2 i=1 j=1
ce qui donne
n n k−1
! n
!
2 1 X 2
X X 1 2
X k−1
|σn | ≤ |yi | + 2 |(yℓ , yk )| ≤ 2 nM + 2
n2 i=1 k=1 ℓ=1
n k=1
k
1 M2 + 2
≤ 2
nM 2 + 2n = ,
n n
et donc σn → 0.
Exercice 22.7. Montrer que le résultat est faux en général si l’on supprime l’hypothèse de
convexité (donner par exemple une suite dans la sphère unité de ℓ2 qui converge faiblement
vers 0).
Démonstration: Soit L := lim inf J(xn ) (a priori, −∞ ≤ L ≤ +∞). Soit yn une suite
extraite telle que l’on ait
J(yn ) −→ L,
et telle que
n
1X
σn = yn −→ x.
n i=1
239
par semi–continuité inférieure de J, on a J(x) ≤ lim inf J(σn ). D’autre part, J étant convexe
n
1X
J(σn ) ≤ J(yn ) → L.
n i=1
Théorème 22.54. Soit J : H −→ R une fonction convexe s.c.i., J 6≡ +∞. On suppose que
J est coercive, c’est-à-dire que
lim J(x) = +∞.
|x|→+∞
J(xn ) → M := inf J.
K
Comme J est coercive, xn est bornée. Il existe donc une suite extraite yn telle que yn ⇀ x.
Comme K est un convexe fermé, x ∈ K, et
On remarquera que, pour le résultat concernant K, il suffit que J soit définie sur K. La
coercivité signifie que, ou bien K est borné, ou bien
240
On appelle D(A) le domaine de A, i.e. l’ensemble des x tels que Ax 6= ∅. On dit que A est
monotone si
∀x , x′ ∈ D(A) , ∀y ∈ Ax , y ′ ∈ Ax′ , y ′ − y | x′ − x ≥ 0.
On dit que A est maximal monotone si
A ⊂ A′ et A′ monotone =⇒ A′ = A.
Exercice 22.8. Montrer qu’une fonction f continue croissante de R dans R est maximale
monotone.
Que se passe-t-il pour une fonction qui tend vers +∞ quand x tend vers a− , a ∈ R ?
{−1} si x < 0,
ϕ : x ∈ R 7−→ [−1, 1] si x = 0,
{1} si x > 0,
Pour toute valeur initiale x0 , la solution unique rejoint 0 à vitesse constante de module 1,
puis y stationne.
Noter que si l’on prend l’opposé de cet opérateur, on perd l’unicité : partant de 0, on peut
aller vers la droite ou la gauche.
241
On considère les éléments de Ax comme des vitesses de trajectoires issues de x (noter
que, d’après l’équation (22.8), un élément de Ax est effectivement homogène à une vitesse).
Le caractère maximal monotone implique que des particules issues de deux points distincts
ne se croisent jamais :
242
23 Équations différentielles ordinaires
Proposition 23.1. Soit ϕ et g deux fonctions continues sur l’intervalle [0, T ], toutes deux
positives sur cet intervalle. On suppose qu’il existe une constante C ≥ 0 telle que
Z t
ϕ(t) ≤ C + g(s)ϕ(s) ds ∀t ∈ [0, T ].
0
On a alors Z
t
ϕ(t) ≤ C exp g(s) ds ∀t ∈ [0, T ].
0
R
Démonstration: On suppose tout d’abord C > 0. La fonction z(t) = C + 0t g(s)ϕ(s) est
dérivable et de dérivée z ′ = gϕ ≤ gz. On a donc (on sait que z par définition ne s’annule pas)
z′
Z t Z t
≤ g =⇒ ϕ ≤ z(t) ≤ z(0) exp g(s) ds = C exp g(s) ds .
z 0 0
La proposition suivante permet d’obtenir, pour les systèmes dynamiques tels que ceux
étudiés au chapitre I, des estimations de meilleure qualité (sans le facteur à croissance expo-
nentielle).
Proposition 23.2. Soit ϕ et g deux fonctions continues sur l’intervalle [0, T ], toutes deux
positives sur cet intervalle. On suppose qu’il existe une constante C > 0 telle que
Z t q
ϕ(t) ≤ C + 2 g(s) ϕ(s) ds ∀t ∈ [0, T ].
0
On a alors √ Z 2
t
ϕ(t) ≤ C+ g(s) ds ∀t ∈ [0, T ].
0
243
Alors T admet un unique point fixe, c’est à dire qu’il existe x ∈ X tel que T (x) = x.
Proposition 23.6. On suppose que f est continue sur U × I et localement lipschitzienne par
rapport à la première variable. Alors f admet un cylindre de sécurité en tout point (x0 , t0 ) ⊂
U × I.
Démonstration: Montrons l’existence d’un cylindre de sécurité en (x0 , 0). La fonction f est
Lipschitzienne par rapport à la première variable sur un ensemble du type Bf (x0 , r) × [−τ, τ ].
Elle est donc notamment bornée par M > 0. On choisit η = min(τ, r/M ). Toute solution est
telle que Z t
kx(t) − x0 k = f (x(s), s) ds ≤ M t ≤ M η ≤ r,
0
ce qui assure que Bf (x0 , r) × [−η, η] est un cylindre de sécurité.
244
Remarque 23.7. Si E est un espace vectoriel de dimension finie, il suffit de supposer la
continuité par rapport au couple (x, t), qui assure l’uniforme continuité (et donc le caractère
borné) sur tout compact Bf (x0 , r) × [t0 − τ, t0 − τ ], d’où l’existence d’un cylindre de sécurité.
Definition 23.8. (Solution maximale)
On appelle solution maximale du problème de Cauchy (23.1) une fonction t 7→ x(t) ∈ E
définie sur un intervalle J ⊂ I, solution de (23.1), et qui ne peut pas être prolongée sur
un intervalle de temps plus grand, ce que l’on peut exprimer de la manière suivante : si
t 7→ y(t) ∈ U est solution de (23.1) sur J ′ , et s’identifie à x sur J ∩ J ′ , alors nécessairement
J ′ ⊂ J.
Théorème 23.9. (Cauchy-Lipschitz)
On considère une donnée de Cauchy (x0 , t0 ) ∈ U × I (avec U ouvert du Banach E et I ⊂ R
intervalle ouvert), et on suppose que la fonction f , définie de U × I dans E, est continue sur
U × I et localement Lipschitzienne par rapport à la première variable. Alors le problème de
Cauchy (23.1) admet une unique solution maximale définie sur J ⊂ I.
245
23.3 Comportement des solutions
Démonstration: On a
Z t Z t
ky(t) − x(t)k = y0 − x0 + (f (y(s), s) − f (x(s), s)) ≤ ky0 − x0 k + k ky(s) − x(s)k
t0 t0
Le lemme de Gronwall 23.1 assure l’inégalité anoncée.
Démonstration: D’après la proposition 23.10, les solutions maximales ne sont définies sur
un sous-intervalle strict que si |x| tend vers +∞. Or (on considère ici t > t0 pour simplifier)
Z t
kx(t)k ≤ kx0 k + B(t − t0 ) + A kx(s)k
t0
D’après le lemme de Gronwall 23.1 appliqué à ϕ(t) = kx(t0 + t)k , on ne peut donc avoir
divergence de |x| vers +∞ en temps fini.
246
23.5 Points fixes, stabilité
Le théorème suivant donne une condition suffisante de stabilité asymptotique, ainsi qu’une
condition suffisante de non stabilité, pour un point d’équilibre dans le cas autonome dans RN .
Théorème 23.15. On se place dans RN . Soit x0 un point fixe de l’équation ẋ = f (x). On
suppose f continûment différentiable dans un voisinage de x0 , et l’on introduit le gradient
!
∂fi
∇f =
∂xj 1≤i,j≤N
1. Si toutes les valeurs propres de ∇f sont de parties réelles strictement négatives, alors
le point x0 est asymptotiquement stable.
2. Si l’une (au moins) des valeurs propres a une partie réelle strictement positive, alors
x0 n’est pas stable.
Exemple 23.1. Dans le cas où les parties réelles des valeurs propres sont nulles, tous les
cas peuvent se produire, comme l’illustre la situation suivante. On considère le flot dans R2
associé à !
−x2 + α |x|2 x1
f (x) =
x1 + α |x|2 x2
Notons en premier lieu que pour tout α réel, le gradient de f a des valeurs propres imaginaires
pures (i et −i). Dans le cas α = 0, le point fixe x0 = 0 est stable (mais non asymptotiquement
stable). Pour α > 0, le point est instable, et pour α < 0, le point est asymptotiquement stable.
Proposition 23.16. Soit ϕ une fonction C 1 de RN dans R. On note W = {x , ϕ(x) ≤ 0},
et l’on considère une fonction f définie sur U × R+ , qui vérifie les hypothèses du théorème
de Cauchy Lipschitz, avec W ⊂ U . Si
alors les trajectoires à droite (vers les temps positifs) du problème de Cauchy-Lipschitz asso-
ciées aux données (x0 , t0 ) avec x0 ∈ W sont dans W .
Corollaire 23.17. Dans les hypothèses de la proposition précédentes, si l’on suppose de plus
W compact, la solution est définie sur tout [t0 , +∞[.
247
Definition 23.18. (Fonction de Lyapunov)
On considère un point d’équilibre de l’équation autonome ẋ = f (x) dans RN , c’est-à-dire
un point xeq tel que f (xeq ) = 0. On appelle fonction de Lyapunov pour xeq une fonction ϕ
continue sur un voisinage V de xeq , continûment différentiable sur V \ {xeq }, et telle que
1. xeq est un minimum strict de ϕ sur V ,
2. ∇ϕ(x) · f (x) ≤ 0 pour tout x ∈ V \ {xeq },
Proposition 23.19. Si le point d’équilibre xeq admet une fonctionnelle de Lyapunov, alors
il est stable. Si la fonctionnelle peut être choisie de telle sorte que l’inégalité (ii) est stricte
(pour x 6= xeq ), alors xeq est asymptotiquement stable.
Démonstration. Soit ε > 0, suffisamment petit pour que B(xeq , ε) soit dans V . Le minimum
de ϕ sur la sphère est atteint, il est donc strictement plus grand que la valeur en xeq . On
choisit β compris strictement entre ces deux valeurs, et l’on introduit
C’est un ouvert qui contient xeq , il contient donc une boule B(xeq , η). Pour toute condition
initiale dans cette boule, la trajectoire reste dans B(xeq , ε), car ϕ(x(t)) est décroissant, donc
reste inférieur à β, donc ne peut s’approcher de la frontière de B(xeq , ε).
On suppose maintenant l’inégalité est stricte. On considère une trajectoire t 7→ y(t) issue
de y(0) ∈ B(xeq , η). Comme ϕ(y(t)) est décroissante, elle converge vers une limite ℓ. Si ℓ est
le minimum de ϕ sur V , alors toute valeur d’adhérence x de la trajectoire vérifie ϕ(x) = ℓ,
d’où x = xeq , et on a convergence de la trajectoire (qui est incluse dans le compact B(xeq , ε))
vers xeq . Si la limite est strictement supérieure à ce minimum, on considère l’ensemble
y atteint donc son maximum, qui est strictement négatif d’après l’hypothèse :
Les résultats précédents portent sur des propriétés de stabilité locale. La notion de fonc-
tionnelle de Lyapunov permet dans certains cas d’assurer le caractère attractif d’un point
d’équilibre de façon globale, ou au moins sur une certaine zone de l’espace.
Proposition 23.20. On considère un point d’équilibre de l’équation autonome ẋ = f (x) dans
un ouvert U de RN , sur lequel f est localement Lipschitzienne. Soit V ⊂ U un ouvert, tel
que toute trajectoire issue d’un point de V reste dans un compact inclus dans V . On suppose
qu’il existe sur V une fonctionnelle de Lyapunov stricte au sens suivant :
248
1. ϕ est continue sur V ,
2. xeq est un minimum strict de ϕ sur V ,
3. La fonction ϕ est strictement décroissante le long de toute trajectoire dans V .
Alors xeq est attractif sur V , i.e. toute trajectoire issue d’un point de V converge ver xeq .
On suppose maintenant que ℓ > ϕ(xeq ) (en vue de montrer que c’est impossible). La
trajectoire étant bornée, on peut extraire une sous-suite qui converge vers z, avec z ∈ V pour
les mêmes raisons que précédemment, et l’on a ϕ(z) = ℓ > ϕ(xeq ). On considère la trajectoire
zt issue de z0 = z. Comme z 6= xeq , ϕ(zt ) est strictement décroissante, on a z1 = ℓ − ε, avec
ε > 0. Par continuité de la solution par rapport aux conditions initiales, il existe η > 0 tel
que, pour | y0 − z0 | < η, on a ϕ(y1 ) < ℓ − ε/2. On peut donc trouver un point y0 de la suite
extraite précédente tel que y1 , qui fait partie de la trajectoire issue de x0 , donne à ϕ une
valeur strictement inférieure à ℓ, ce qui est absurde.
23.6 Compléments
où I(x0 ,t0 ) est l’intervalle de définition de la solution maximale associée à la donnée de Cauchy
(x0 , t0 ).
249
24 Espaces de Sobolev
Proposition 24.2. L’espace L2 (Ω) est un espace de Hilbert pour le produit scalaire
Z
(u, v) = u(x)v(x) dx,
Ω
où k est une fonction mesurable telle que 0 < m ≤ k(x) ≤ M presque partout.
Démonstration: Le fait que cette forme bilinéaire soit bien définie sur L2 × L2 est consé-
quence directe de l’inégalité de Cauchy-Schwarz. Il s’agit alors de montrer que L2 est bien
complet pour la norme associée. Pour cela on considère une suite de Cauchy, on montre par
un argument de convergence monotone que la suite converge presque partout vers une limite,
que la limite appartient bien à L2 , et que l’on a bien convergence pour la norme L2 vers cette
limite. On trouvera une démonstration détaillée dans [2], page 57.
ρn ⋆ f −→ f dans L2 (RN ).
Remarque 24.5. Toute fonction f de L2 (Ω) peut être prolongée par 0 à RN tout entier.
On peut donc appliquer ce qui précède. Les propriétés de convergence énoncées ci-dessus
s’appliquent ainsi à la restriction de ρn ⋆ f à Ω.
250
Definition 24.6. On note D(Ω) l’espace des fonctions C ∞ à support compact dans Ω. On
vérifie que cet espace est non vide en considérant une boule ouverte B(a, r) dont l’adhérence
est dans Ω, et la fonction
!
1
ϕ(x) = exp si x ∈ B(a, r) , ϕ(x) = 0 si x ∈
/ B(a, r).
|x − a|2 − r 2
Proposition 24.7. L’espace D(Ω) est dense dans L2 (Ω).
Remarque 24.8. L’appartenance à L2 n’exige aucune régularité en espace (aucune ”corrél-
ation spatiale” n’est exigée). En particulier, si l’on considère une partition de Ω sous la forme
Ω = Ω1 ∪ Ω2 , Ω1 ∩ Ω2 = ∅, où les Ωi sont des ouverts tels que ∂Ω1 ∩ ∂Ω2 est de mesure nulle,
pour toutes fonctions fi ∈ L2 (Ωi ), la fonction f dont la restriction à Ωi est fi est dans L2 (Ω).
Nous verrons qu’une telle construction par morceaux d’une fonction est en général impossible
pour les espaces de Sobolev.
On notera H 1 (Ω)N l’espace des champs de vecteurs dont chaque composante appartient
à H 1 (Ω). Le gradient ∇u est alors une matrice dont la ligne i est le gradient de la i-ème
composante de u.
Proposition 24.11. L’espace H 1 (Ω) muni de la norme k · k définie par
Z Z
kvk2 = u2 + |∇u|2
Ω Ω
251
Démonstration: On construit pour cela une isométrie entre H 1 (Ω) et un sous-espace fermé
de L2 (Ω) × L2 (Ω)N . Voir [2, Prop. IX.1].
Notation: On désignera par |u|0,Ω la norme L2 de u sur Ω (nous omettrons Ω quand il n’y
a pas d’ambigüité), et par |u|1,Ω la semi norme H 1 :
Z
|u|21,Ω = |∇u|2 ,
Ω
En dimension 1, une fonction peut s’écrire comme intégrale de sa dérivée, comme le précise
la proposition suivante.
Proposition 24.14. Soit I un intervalle de R. Toute fonction u ∈ H 1 (I) admet un repré-
sentant continu ũ, qui vérifie
Z y
ũ(x) = u(x) p.p. sur I , ũ(y) − ũ(x) = u′ (t) dt.
x
Cette fonction continue sur I est prolongeable par continuité aux extrémités de I.
Proposition 24.15. Soit u une fonction de L2 (Ω). Les assertions suivantes sont équiva-
lentes :
(i) u ∈ H 1 (Ω).
(ii) Il existe une constante C telle que
Z
u∇ϕ ≤ C kϕkL2 ∀ϕ ∈ D(Ω).
Ω
(iii) Il existe une constante C telle que, pour tout ω ⊂⊂ Ω, pour tout h tel que |h| <
dist(ω, Ωc ),
kτh u − ukL2 (ω) ≤ C |h| .
(ii) =⇒ (i) Pour i entre 1 et N , on considère la forme linéaire définie sur Cc∞ ⊂ L2 (Ω)
Z
ϕ 7−→ v∂xi ϕ.
Ω
252
Cette forme linéaire est continue pour la norme L2 par hypothèse. Elle se prolonge donc par
densité de Cc∞ (Ω) en une forme linéaire continue sur L2 (Ω). Le théorème de représentation
de Riesz-Fréchet assure donc l’existence de wi ∈ L2 (Ω) tel que
Z Z
v∂xi ϕ = − wi ϕ,
Ω Ω
(i) =⇒ (iii) Soit ω ⊂⊂ Ω, et h < dist(ω, Ωc ). On considère dans un premier temps une
fonction u régulière (u ∈ D(Ω)). On a
Z 1
u(x + h) = u(x) + ∇u(x + th) · h dt,
0
d’où Z 1
|u(x + h) − u(x)|2 ≤ |h|2 |∇u(x + th)|2 ,
0
et donc
Z Z Z 1 Z 1Z
|τh u − u(x)|2 ≤ |h|2 |∇u(x + th)|2 ≤ |h|2 |∇u(x + th)|2 .
ω ω 0 0 ω
On choisit maintenant ω ′ fortement inclus dans Ω, qui contient tous les translatés de ω par
th, pour t ∈ [0, 1]. On a Z
kτh u − ukL2 ≤ |h| |∇u|2 .
ω′
On conclut en utilisant la propriété de densité 24.17.
(iii) =⇒ (ii) Soit ϕ ∈ Cc∞ (Ω), et ω ⊂⊂ Ω qui contient le support de ϕ. Pour tout h tel
que h < dist(ω, Ωc ), on a
Z
(τh u − u)ϕ ≤ C kϕkL2 (ω) |h| ≤ C kϕkL2 (Ω) |h| .
ω
D’autre part,
Z Z Z
(u(x + h) − u(x))ϕ(x) = (u(x + h) − u(x))ϕ(x) = u(y)(ϕ(y − h) − ϕ(y)).
ω Ω Ω
Notation: On dit que ω est fortement inclus dans Ω si ω est compact et inclus dans Ω. On
note ω ⊂⊂ Ω.
253
Proposition 24.17. Pour tout ω ⊂⊂ Ω, tout u ∈ H 1 (Ω), il existe une suite (un ) dans D(Ω)
telle que
un −→ u dans L2 (Ω) , ∇un −→ ∇u dans L2 (ω)N .
Corollaire 24.18. Soit (ωn ) une suite de domaines fortements inclus dans Ω, et u ∈ H 1 (Ω).
Il existe une suite (un ) dans D(Ω) telle que
Definition 24.19. On définit H01 (Ω) comme l’adhérence de D(Ω) dans H 1 (Ω).
Par rapport à H01 , l’espace H 1 peut se décrire comme l’ensemble des fonctions L2 de
gradient L2 qui peuvent “prendre des valeurs non nulles sur le bord”. Cette expression ne
pourra se voir donner un cadre mathématique précis qu’après que l’on aura défini la notion
de régularité du bord (voir, section 24.3, la définition de l’opérateur trace sur le bord γ0 ).
On peut néammoins dès maintenant donner un sens abstrait à la notion de valeur au bord,
sans faire aucune hypothèse sur la géométrie de Ω. Par analogie avec l’espace des traces des
fonctions de H 1 dans le cas d’un bord régulier (voir définition 24.31), nous noterons H̃ 1/2
l’espace abstrait correspondant.
Definition 24.20. On définit l’espace H 2 (Ω) comme l’ensemble des fonctions de H 1 (Ω)
dont toutes les dérivées partielles par rapport à l’une des composantes sont elles-mêmes dans
H 1 (Ω). C’est un espace de Hilbert muni de la norme
2 2
X ∂u X ∂2u
kuk2H 2 (Ω) = |u|20 + + = |u|20,Ω + |u|21,Ω + |u|22,Ω .
i
∂xi 0 i,j
∂xi ∂xj 0
On peut définir de façon analogue les espaces H m (Ω) pour m = 3, 4, . . ., mais nous
n’utiliserons ici que m ≤ 2.
Definition 24.21. (Espace Hloc m)
m (Ω)
Soit m un entier positif (on utilisera le cas m = 2 dans la suite). On définit l’espace Hloc
comme l’espace vectoriel des (classes de) fonctions de Ω dans R dont la restriction à ω est
dans H m (ω), pour tout ω fortement inclus dans Ω. De façon équivalente, c’est l’ensemble des
fonctions u de Ω dans R telles que θu est dans H m (Ω) pour tout θ dans D(Ω).
m permet de parler de ses dérivées m-ièmes
Noter que l’appartenance d’une fonction à Hloc
comme de fonctions (mesurables) définies sur Ω. On donne ainsi un sens à des expressions
du type ∂ m u/∂xm 2
i = g presque partout dans Ω, où g est une fonction de Lloc .
24.3 Traces
254
fonction à ∂Ω. Dans le contexte présent, nous avons vu que les fonctions de H 1 (Ω) ne sont
pas nécessairement continues, et ne sont définies a priori que comme des classes de fonctions
(à un ensemble de mesure nulle près). La frontière d’un ouvert régulier étant de mesure nulle,
la notion de restriction n’a pas de sens. Nous allons montrer ici qu’il est possible de donner un
sens précis à cette notion de trace, dès que les fonctions que l’on considère ont une régularité
suffisante en espace.
Noter que, d’après la définition de H01 , on a aussi kũkH 1 /H 1 = inf h∈D(Ω) ku − hkH 1 .
0
soit strictement inclus dans D(RN )). L’espace quotient défini précédemment est alors l’espace
trivial {0}. C’est le cas par exemple de R2 privé d’un point, ou de R3 privé d’un point ou
d’une droite (voir l’exercice 24.1 ci-après sur la notion de capacité).
1) Calculer la capacité CrR d’une boule de rayon r vis-à-vis d’une boule de rayon R, dans
Rn pour n = 1, n = 2, et n = 3.
2) Préciser la limite de cette capacité lorsque le rayon intérieur r tend vers 0, à R > 0
fixé.
Proposition 24.24. Soit u ∈ H01 (Ω). On définit ũ comme la fonction qui vaut u(x) pour
tout x ∈ Ω, et qui prend la valeur 0 à l’extérieur de Ω. Alors ũ ∈ H 1 (RN ).
Démonstration: Tout d’abord remarquons que ũ est dans L2 (RN ). Par définition de H01 , u
est limite d’une suite (un ) de fonctions C ∞ à support compact dans Ω. Pour tout ϕ ∈ D(RN ),
on a
Z Z Z
ũ∇ϕ = u∇ϕ = lim un ∇ϕ
RN Ω n→+∞ Ω
Z Z Z
= − lim ϕ∇un = − ϕ∇u = − ϕv.
n→+∞ Ω Ω RN
255
Qρh
x′
ρ
xN = ϕ(x′ )
h
xN
Dans cette section nous précisons les propriétés qui vont nous permettre de définir des
valeurs au bord pour des fonctions appartenant aux espaces de Sobolev introduits précédem-
ment. On se reportera à [6] ou [2] pour les démonstrations détaillées.
Dans la définition qui suit, “X” représente une régularité fonctionnelle du type C o , Lipschitz,
C k , etc...
Definition 24.25. Soit Ω un ouvert de RN . On dit que la frontière de Ω est de classe X si
en tout point a ∈ ∂Ω, il existe un système de coordonnées et ρ, h > 0, tels qu’il existe une
application n o
ϕ : x′ ∈ RN −1 , x′ < ρ −→ R
de classe X telle que
(ii) ϕ(0) = 0,
256
On note D(Ω) l’ensemble des restrictions des fonctions de D(RN ) à Ω.
Démonstration: Voir Brezis [2, Th. IX.7] dans le cas d’un ouvert C 1 . L’ingrédient principal
de la démonstration est le prolongement par réflexion dont nous indiquons ici le principe dans
le cas N = 1. On considère u ∈ H 1 (]0, 1[), et l’on construit ũ comme la fonction qui s’identifie
à u sur ]0, 1[, et telle que ũ(x) = u(−x) sur ] − 1, 0[. La fonction ũ est dans L2 (] − 1, 1[), et sa
dérivée ũ′ est définie presque partout sur ] − 1, 1[ (avec ũ′ (−x) = −u′ (x) pour x > 0. Nous
allons montrer que cette fonction ũ′ est bien la dérivée de u au sens de Sobolev sur ] − 1, 1[.
Pour toute fonction-test ϕ ∈ D(] − 1, 1[), si l’on note ϕ̃(x) = ϕ(−x), on a
Z 1 Z 0 Z 1 Z 1 Z 1 Z 1
′ ′ ′ ′ ′
uϕ = uϕ + uϕ = − uϕ̃ + uϕ = u(ϕ − ϕ̃)′ .
−1 −1 0 0 0 0
Notons ψ = ϕ − ϕ̃. On ne peut pas utiliser l’appartenance de u à H 1 (]0, 1[) car ψ n’est pas à
support compact dans ]0, 1[. On se ramène à une fonction à support compact en introduisant,
pour ε > 0, la fonction x 7−→ ηε (x) = η(x/ε), où η est une fonction C ∞ sur R+ , nulle sur
[0, 1/2] et sur [1, +∞[. La fonction ψε = ηε ψ est dans D(]0, 1[). On a d’une part
Z 1 Z 1 Z 1 Z 1
uψε′ = − ψε u′ −→ − ψu′ = − ϕũ′ ,
0 0 0 −1
et d’autre part Z Z Z
1 1 1
uψε′ = ηε ψ ′ u + ηε′ ψu.
0 0 0
Le second terme se majore (en utilisant ψ(x) = O(x) et |ηε′ | ≤ C/ε),
Z Z Z
1 ε 1 ε √
ηε′ ψu = ηε′ ψu ≤ Cε |u| ≤ C ε.
0 0 ε 0
R1 R1
d’où 0 uψε′ −→ 0 ψ ′ u,
On a donc ũ ∈ H 1 (] − 1, 1[).
Proposition 24.28. Soit Ω un ouvert de frontière Γ Lipschitzienne. Alors D(Ω) est dense
dans H 1 (Ω).
Démonstration: On se limite ici à une démonstration dans le cas du demi espace RN −1 ×R+
(pour lequel le résultat est vrai malgré le caractère non borné), et l’on se reportera à [2] pour
257
une démonstration plus complète. On peut se limiter à des fonctions régulières nulles pour
xN ≥ 1. Pour une telle fonction, on a
Z 0
′
ϕ(x , 0) = ∂N ϕ,
1
d’où Z Z Z 2 Z Z
0
ϕ(x′ , 0)2 = ∂N ϕ ≤ |∂N ϕ|2 ≤ |∇u|2 .
RN−1 RN 1 RN RN
Remarque 24.30. On notera que seul le contrôle sur la dérivée dans la direction verticale
(normale à la frontière) a été utilisé dans la démonstration précédente. La rigidité transverse
(selon RN −1 dans le cas précédent) va conditionner la régularité de la trace (dont on peut
montrer qu’elle est strictement plus régulière que L2 ).
Remarque 24.32. L’espace H 1/2 peut se définir sur l’espace entier par la transformée de
Fourier (voir définition ??), puis par cartes locales sur une variété régulière. Il est essentiel
de garder à l’esprit que l’inclusion de H 1/2 est stricte. En particulier, l’appartenance à H 1/2
exclut les discontinuités franches (voir remarque 24.32, page 258).
Proposition 24.33. L’espace H01 (Ω) est constitué des fonctions de H 1 (Ω) dont la trace sur
∂Ω est nulle.
Noter que l’on n’utilise pas ici la densité de D(Ω) dans H 2 (Ω) (qui, de fait, n’est pas
exigée).
258
Proposition 24.36. (Première formule de Green)
Soit Ω un ouvert borné de frontière Γ Lipschitzienne. Pour tous u et v dans H 1 (Ω), on a
Z Z Z
v∇u = − u∇v + uvn.
Ω Ω Γ
où les Ωi sont des ouverts de frontière lipschitzienne, inclus dans Ω, deux à deux disjoints.
On note Γij = Ωi ∩ Ωj . Soit u une fonction définie sur Ω, dont la restriction ui à Ωi est dans
H 1 (Ωi ) pour tout i = 1, . . . , p. On suppose que pour tous i, j tels que Γij 6= ∅ les traces de ui
et uj sur Γij s’identifient. Alors u est dans H 1 (Ω).
où ni (resp. nj ) est la normale à Γij sortante au domaine Ωi (resp. Ωj ), de telle sorte que
ni + nj = 0. On a donc bien u ∈ H 1 (Ω) avec ∇u = v.
Remarque 24.39. On prendra garde au fait que (on reprend les notation du théorème précé-
dent), même si u est dans H 2 (Ωi ) pour tout i, le raccord des traces sur les interfaces ne suffit
pas pour assurer l’appartenance de u à H 2 (Ω). Cette remarque est à la base des difficultés que
l’on peut avoir à approcher une fonction sur un maillage qui ne respecte pas la géométrie.
24.4 Injections
Théorème 24.41. Soit Ω un domaine borné de frontière Lipschitzienne. Alors, pour tout
entier m > N/2, H m (Ω) s’injecte de façon continue dans C 0 (Ω). En particulier les fonctions
de H 2 (Ω) sont continues pour les dimensions physiques N = 1, 2, ou 3.
259
On retrouve notamment le fait déjà énoncé que les fonctions de H 1 (I), où I est un inter-
valle réel, sont continues. En revanche, le théorème ne s’applique pas à H 1 (Ω) en dimension
2. Il existe effectivement des fonctions de H 1 (R2 ) qui ne sont pas continues.
On notera également qu’une fonction de H 2 (Ω) est continue sur Ω, sans hypothèse de
régularité, car tout x ∈ Ω est dans une boule incluse dans Ω. En l’absence de régularité du
bord, il est en revanche possible que l’on n’ait pas kuk∞ ≤ C kukH 2 .
Exercice 24.2. Montrer que l’injection de H 1 (Ω) dans L2 (Ω) n’est jamais compacte quand Ω
n’est pas borné.
260
On a donc
Z Z Z L Z L
2
u ≤ L |∇u|2
Ω RN−1 0 0
Z Z L Z
≤ L2 |∇u|2 = |∇u|2 .
RN−1 0 Ω
Remarque 24.44. On appelle constante de Poincaré du domaine Ω le plus petit réel CΩ tel
que l’inégalité ci-dessus est vérifiée. On a
Z
|∇u|2
1
= inf ZΩ .
CΩ2 u6=0
|u|2
Ω
On peut ainsi montrer 1/CΩ2 = λ1 , où λ1 est la plus petite valeur propre du Laplacien avec
conditions de Dirichlet, c’est-à-dire le plus petit réel tel qu’il existe u ∈ H01 (Ω) non nul
vérifiant 128
−△u = λu.
La proposition précédente assure λ1 ≥ 1/L2 , pour tout domaine Ω inclus dans une bande
d’épaisseur L.
Corollaire 24.45. Soit Ω un domaine de RN borné dans une direction. Alors la forme
bilinéaire Z
(u, v) 7−→ ∇u · ∇v
Ω
est un produit scalaire sur H01 (Ω), qui induit une norme équivalente à la norme de départ.
L’inégalité de Poincaré énoncée ci-dessus est un cas particulier d’une inégalité plus géné-
rale :
Démonstration: On raisonne par l’absurde. Si la propriété est fausse, alors pour tout n on
peut construire un ∈ H 1 (Ω) tel que
261
On peut choisir un tel que kun k = 1. La suite un étant bornée dans H 1 , on peut en extraire une
sous-suite (que nous noterons toujours (un )) qui converge fortement dans L2 (Ω) (l’injection
de H 1 (Ω) dans L2 (Ω) étant compacte), vers u ∈ L2 (Ω)). Comme la suite (∇un ) tend vers
0 dans L2 , elle est de Cauchy, et par suite (un ) est de Cauchy dans H 1 . Elle converge donc
dans H 1 vers une limite, qui est nécessairement la limite u dans L2 . Comme T un tend vers
0, on a nécessairement T u = 0. D’autre part, comme (∇un ) → 0, on a ∇u = 0, et ainsi u
est constante sur Ω (voir proposition 24.13, page 252). Comme T u = 0, cette constante est
nulle, ce qui est absurde car kuk = lim kun k = 1
Nous présentons dans cette section des résultats classiques d’existence et d’unicité de
solutions pour le problème de Poisson.
262
Conditions aux limites de Neumann
On considère maintenant des conditions au bord de type Neumann. Comme ces conditions
ne font intervenir que les dérivées, comme l’opérateur de Laplacien lui-même, le problème
de Poisson avec de telles conditions est évidemment mal posé (si l’on ajoute une fonction
constante, qui est bien dans H 1 (Ω) dès que Ω est borné, à n’importe quelle solution, on
obtient bien une autre solution). On verra à la fin de cette section que ce problème est
pourtant bien posé dans un certain espace, sous réserve que f vérifie une certaine condition.
Dans un premier temps, nous utilisons un moyen élémentaire de contourner ce problème,
qui consiste à rajouter au Laplacien un terme d’ordre 0. On s’intéressera donc au problème
suivant
u − △u = f dans Ω
∂u (24.3)
= 0 sur ∂Ω,
∂n
où f est donnée.
Definition 24.51. On appellera solution classique (dans le cas où f est au moins continue)
une fonction de C 2 (Ω) qui vérifie le système ci-dessus, et solution faible une fonction de
H 1 (Ω) telle que Z Z Z
uv + ∇u · ∇v = fv ∀v H 1 (Ω). (24.4)
Ω Ω Ω
L’existence et l’unicité d’une solution faible est immédiate sans qu’il soit nécessaire de
faire des hypothèses sur le domaine, comme le précise la proposition ci-dessous. Il est en
revanche délicat de préciser en quel sens une solution faible est solution de (24.3), car la
dérivée normale n’est en général pas définie sur le bord.
Proposition 24.52. Soit f ∈ L2 (Ω). Alors le problème 24.3 admet une unique solution
faible. Cette solution faible est l’élément de H01 (Ω) qui minimise la fonctionnelle
Z Z Z
1 2 1 2
v−
7 → |v| + |∇v| − f v.
2 Ω 2 Ω
Nous abordons maintenant le problème de régularité des solutions faibles construites pré-
cédemment. Il s’agit notamment de déterminer si l’équation de départ est vérifiée comme
identité entre fonctions mesurables (auquel cas il est licite de préciser presque partout), ou
dans un sens plus faible. On considère ainsi des équations aux dérivées partielles du type
−△u = f , u − △u = f ou − ∇k · ∇u = f,
P
où △ est le Laplacien △ = ∂ 2 /∂x2i , k est un champ scalaire régulier tel que 0 < m ≤
k(x) ≤ M < +∞.
263
Proposition 24.53. Soit Ω un domaine de RN et u ∈ H 1 (Ω). On suppose qu’il existe
f ∈ L2 (Ω) tel que Z Z
∇u · ∇ϕ = f ϕ ∀ϕ ∈ D(Ω).
Ω Ω
Alors u est dans H2loc (Ω) et vérifie
−△u = f p.p.
Démonstration: On suppose dans un premier temps que Ω est l’espace RN tout entier.
Comme D(Ω) est alors dense dans H 1 (Ω), la formulation variationnelle est vérifiée pour
toute fonction test de H 1 (Ω), en particulier les fonctions-test particulières que nous allons
construire à partir de u. Pour h ∈ RN , on introduit
1
Dh u = (τh u − u) ,
|h|
et l’on écrit la formulation variationnelle avec v = D−h Dh u. Il vient
Z Z
1
∇u · ∇v = ∇u · (τh ∇u − 2∇u + τ−h ∇u) .
RN |h|2 RN
On peut écrire
Z Z
∇u · (−∇u + τ−h ∇u) = τh ∇u · (−τh ∇u + ∇u) ,
RN RN
d’où finalement
Z
|Dh ∇u|2 ≤ kf kL2 kD−h Dh ukL2 ≤ kf kL2 k∇Dh ukL2 = kf kL2 kDh ∇ukL2 ,
RN
pour tout h ∈ RN . On a donc kDh ∂i ukL2 uniformément borné, et donc, toujours d’après la
proposition 24.15, ∂i u ∈ H 1 (RN ) pour tout i = 1, . . . , N .
avec g ∈ L2 (RN ). La fonction θu est donc dans H 2 (RN ) d’après ce qui précède. On a donc
2 (Ω).
bien u ∈ Hloc
Proposition 24.54. On suppose Ω borné dans une direction. Soit f un élément de L2 (Ω). La
2 (Ω)
solution faible u ∈ H01 (Ω) de (24.2)) avec conditions de Dirichlet homogènes est dans Hloc
et vérifie
−△u = f p.p.
264
2 à l’appartenance à H 2 (Ω) est loin d’être immédiat. Nous
Le passage de la régularité Hloc
nous bornerons ici à énoncer des résultats de régularité dans un certain nombre de situations.
Proposition 24.55. Soit Ω un domaine de classe C 2 , borné dans une direction, et de fron-
tière Γ bornée. Pour tout f dans L2 (Ω), la solution faible de −△u = f avec conditions aux
limites de Dirichlet homogènes appartient à H 2 , et il existe une constante C (qui dépend du
domaine Ω) telle que
kukH 2 ≤ C kf kL2 .
Démonstration: L’appartenance à Hloc 2 (Ω) est assurée par la proposition 24.53. On se re-
portera à Brezis [2, Th. IX.25] pour une étude détaillée de la régularité près du bord. La
démonstration, très technique, utilise des changements de variables permettant de se ramener
au cas d’une frontière hyperplane. Pour ce dernier cas, la régularité jusqu’au bord est démon-
trée selon une méthode de translation analogue à celle utilisée dans la proposition 24.53, les
translations étant effectuées parallèlement au bord considéré.
Proposition 24.56. Les conclusions du théorème ci-dessus sont valides si l’on suppose le
domaine polyédrique et convexe.
−∇ · k∇u = f,
où k est une fonction C 1 de la variable d’espace sur Ω, minorée par une constante
Remarque 24.58. Le cas de conditions aux limites panachées (Dirichlet sur une partie du
bord, Neumann sur une autre) et très délicat. Nous admettrons que le passage d’un type de
condition à l’autre ne pose pas de problème lorsque les deux composantes de la frontière se
rencontrent à angle droit. On trouvera dans Costabel 129 une analyse détaillée de la régularité
dans ce type de situation, en fonction de l’angle du raccord entre les composantes.
u − △u = f,
avec conditions aux limites de Dirichlet, tout ce qui a été dit précédemment reste valable, sans
que l’on ait besoin de l’hypothèse que Ω soit borné dans une direction pour assurer l’existence
et l’unicité d’une solution faible.
On peut définir les espaces de Sobolev l’aide de la transformée de Fourier. Cette approche
est particulièrement adaptée aux problèmes posés sur l’espace tout entier, ou en géométrie
129. M. Costabel, M. Dauge, Edge singularities for elliptic boundary value problems, Journées équations aux
dérivées partielles, 1992, pp. 1–12.
[Link]
265
périodique, ce qui la place un peu en marge de cet ouvrage dont l’un des objectifs est pré-
cisément la prise en compte de géométries complexes en domaines bornés. Nous indiquons
néammoins ici certains éléments de cette approche, qui permet notamment de bien com-
prendre le théorème de Rellich, qui est à la base de l’analyse de la méthode des éléments
finis.
Théorème 24.62. L’application u 7−→ ũ est une isométrie de L2 (RN ) sur lui-même.
On peut définir l’espace H 1 (RN ) à l’aide de la transformée de Fourier, ce que nous pré-
sentons ici comme un thérorème si l’on prend la définition 24.10, page 251 comme référence.
Théorème 24.63. L’espace H 1 (RN ) est l’ensemble des fonctions u de L2 (RN ) telles que
1/2
1 + |ξ|2 ũ ∈ L2 (RN ).
Nous démontrons à présent le théorème de Rellich 24.42 déjà énoncé à la page 260.
Démonstration: On considère une suite (un ) bornée dans H 1 (Ω). On note P l’opérateur de
prolongement de la proposition 24.27, page 257. On choisit P de telle sorte que P v soit nul à
l’extérieur d’un borné K, pour tout v ∈ H 1 (Ω). On conserve la notation (un ) pour désigner
l’image par P de la suite initiale. D’après le théorème 22.32, page 231, on peut en extraire une
sous-suite qui converge faiblement dans H 1 (RN ). On notera toujours (un ) cette sous-suite.
Quitte à translater la suite, on suppose que la limite faible est 0. On écrit à présent, pour
tout M ≥ 0
Z Z Z Z
1
kun k2L2 = kũn k2L2 = 2
|ũn | + |ũn | ≤ 2
|ũn | + 2
1 + |ξ|2 |ũn |2 .
|ξ|<M |ξ|>M |ξ|<M 1 + M2 |ξ|>M
Le second terme tend vers 0 quand M tend vers +∞. Il suffit donc de montrer que, pour M
fixé, le premier terme tend vers 0. On a, pour tout ξ,
Z Z
1 −iξ · x 1
ũn (ξ) = e un (x) dx = χK e−iξ · x un (x) dx,
(2π)−n/2 RN (2π)−n/2 RN
où χK est la fonction caractéristique de K (de telle sorte que χK e−iξ · x est dans L2 (R)),
Cette quantité tend donc vers 0 quand n tend vers +∞ d’après la convergence faible de un
vers 0 dans L2 . Comme par ailleurs |ũn (ξ)|2 est majoré par une constante, le théorème de
convergence dominée assure donc la convergence de |ũn (ξ)|2 vers 0 dans L1 (B(0, M )). On a
donc bien convergence vers 0 de kun kL2 .
266
24.9 Approche Hdiv
Nous décrivons ici une approche qui permet de donner un sens aux équations de type
problème de Poisson comme identité entre fonctions de L2 sans passer par la régularité H 2 .
On dit alors que v admet une divergence faible dans L2 (Ω), et l’on écrit ∇ · v = q.
définie sur D(Ω). Comme elle est continue pour la norme L2 (Ω) d’après l’hypothèse, cette
forme se prolonge par densité en une forme linéaire continue sur L2 (Ω). Comme il s’agit d’un
espace de Hilbert, cette forme admet un représentant q ∈ L2 (Ω).
Proposition 24.67. L’espace Hdiv est un espace de Hilbert pour le produit scalaire
Z Z
(u, v)Hdiv = u·v + (∇ · u) (∇ · v) .
Ω Ω
d’où l’on déduit que u est dans Hdiv , avec ∇ · u = q. On vérifie immédiatement la convergence
de un vers u pour la norme de Hdiv .
Remarque 24.68. On peut identifier la trace normale d’un champ de Hdiv à un élément du
dual topologique de H 1/2 . On considère Ω un ouvert de frontière Γ Lipschitzienne et bornée.
L’application qui à u ∈ D(Ω) associe la restriction à Γ de la quantité ∇u · n peut être identifiée
à un élément du dual de H 1 (Ω) grâce au fait que, pour toute fonction ϕ ∈ D(Ω),
Z Z Z
ϕu · n = ϕ∇ · u + u · ∇ϕ.
Γ Ω Ω
R
L’application ϕ 7→ Γ ϕu · n se prolonge donc par continuité en une forme linéaire continue
sur H 1 (Ω), que nous noterons ψu . Vérifions que < ψu , v > ne dépend que de la valeur de
v sur le bord. Il suffit pour cela de vérifier que H01 est dans le noyau de Ψu . Considérons
267
donc v ∈ H01 (Ω). D’après la proposition 24.33, v s’écrit comme limite de fonctions vn dans
D(Ω). On note ωn le support de vn . En admettant que la propriété de densité 24.18, page 254,
s’étend à Hdiv c’est-à-dire qu’il existe un ∈ D(Ω)N tel que
on obtient hΨu , vi = 0. La forme linéaire s’annule donc sur H01 , et par suite elle peut être
vue comme une forme linéaire sur l’espace quotient H 1 /H01 que nous avons défini comme
H̃ 1/2 . Comme H̃ 1/2 s’identifie à H 1/2 dans le cas d’une frontière Lipschitz (par l’isométrie
ṽ ∈ H̃ 1/2 7→ γv), on a bien donné un sens à u · n sur Γ en tant qu’élement du dual de H 1/2 (Γ).
On écrira ainsi
u · n|Γ ∈ H −1/2 (Γ),
en prenant bien garde au fait qu’il s’agit d’une identification faite selon le procédé ci-dessus.
Il est en particulier illicite d’écrire “presque partout” à côté d’une égalité identifiant deux
élements de cet espace.
Cela implique que ∇v possède une divergence faible L2 . Si l’on décide de désigner par △
l’opérateur ∇ · ∇, à valeurs dans L2 (Ω), défini sur l’ensemble des champs de H 1 (Ω) dont le
gradient admet une divergence L2 , alors on peut écrire
−△u = f p.p.
D’après la remarque qui précède, on peut aussi donner un sens à la trace normale du gradient
∂u/∂n, non pas en tant que fonction, mais en temps que forme linéaire sur l’espace H 1/2 (Γ)
des traces des fonctions de H 1 .
24.10 Exercices
1) Montrer que l’infimum est atteint en un point unique, et que la fonction u qui réalise le
minimum est solution (sur Ω \ ω) du problème aux limites
−∆u = 0 dans Ω \ ω,
u = 0 sur ∂Ω,
u = 1 sur ∂ω.
268
2) Montrer que la fonction qui réalise l’infimum ne dépend que du rayon ρ (distance à l’ori-
gine).
∂ 2 v (d − 1) ∂v
∆v(ρ) = + .
∂ρ2 ρ ∂ρ
4) Dans quel sens peut on dire qu’un point est de capacité nulle pour les dimensions 2 et 3 ?
5) (Cette dernière question vise à préciser le fait qu’il est impossible de donner un sens à la
valeur ponctuelle d’une fonction de H 1 (Rd ) dès que d ≥ 2.)
Montrer que, pour d = 2 et d = 3, l’ensemble des fonctions C ∞ à support compact dans Rd
privé d’un point est dense dans H 1 (Rd ).
269
25 Optimisation sous contrainte
lim J(x) = ∞.
x∈X,kxk→+∞
On dit que J est strictement convexe si l’inégalité ci-dessus est stricte dès que x 6= y.
Definition 25.3. (Fonctionnelle λ-convexe, fortement convexe)
Soit E un espace vectoriel normé, et J une fonctionnelle définie d’un ensemble convexe X
de E dans R. On dit que J est λ- convexe, pour λ ∈ R, si
λ
J((1 − θ)x + θy) ≤ (1 − θ)J(x) + θJ(y) − θ(1 − θ) kx − yk2 ∀x , y ∈ X , θ ∈ [0, 1].
2
Une fonctionnelle λ-convexe avec λ > 0 est dite fortement convexe.
N.B. : la définition de la λ− convexité est telle que, dans une espace de Hilbert, la fonctionnelle
canonique |x|2 /2 est exactement 1-convexe. Pour cette fonctionnelle particulière, l’inégalité
ci-dessus est une égalité.
Un fonctionnelle fortement convexe est de façon évidente strictement convexe. Une fonc-
tionnelle strictement convexe peut en revanche ne pas être fortement convexe (par exemple
x 7→ x4 , qui viole la condition en 0, ou x 7→ |x|3/2 , qui viole la condition pour en ±∞).
Pour λ < 0, une fonctionnelle λ-convexe peut ne pas être convexe, il s’agit d’une notion
affaiblie de convexité. Une telle fonction peut en revanche être rendue convexe par l’ajout
d’un terme quadratique. Certaines fonctions ne sont λ-convexe pour aucun λ, considérer par
exemple x 7→ − |x| (la concavité singulière en 0 n’est pas rattrapable).
270
Démonstration. Soit z ∈ F . L’ensemble F ∩ {x ∈ F , J(x) ≤ J(z)} est un fermé borné (par
coercivité de J) non vide, donc un compact non vide. La fonctionnelle J est donc minorée sur
cet ensemble, et atteint son minimum en un certain xm ∈ F . Il s’agit bien d’un minimiseur
sur F d’après la définition du compact ci-dessus.
Dans le cas d’un fonctionnelle non convexe, l’unicité d’un minimiseur n’est pas assurée,
cependant l’occurrence de minimiseurs multiples n’est pas générique 130 . Plus que la non-
unicité du minimiseur, la conséquence essentielle de la non-convexité d’un fonctionnelle est
la fait qu’il puisse exister des minima locaux. En conséquence, les conditions nécessaires
d’optimalité abordées dans la suite ne sont pas suffisantes. Dans le cas où plusieurs minima
locaux co-existent, il faut comparer les valeurs respectives de tous ces minimiseurs pour
déterminer le minimiseur global, s’il existe 131 .
271
Proposition 25.10. Soit U un ouvert d’un espace vectoriel normé E, et J une fonctionnelle
différentiable sur U . Si u est un minimum local de J sur U , alors DJ(u) = 0.
d’où hDJ(u) , hi ≥ 0 pour tout h. Comme on peut prendre h et −h dans l’inégalité, cela
implique hDJ(u) , hi = 0.
d’où
1
J(v) − J(u) ≥ (J(u + θ(v − u) − J(u))
θ
qui tend vers hDJ(u) , v − ui ≥ 0 quand ε tend vers 0.
hDJ(u) , v − ui ≥ 0 ∀v ∈ K.
272
L’essentiel de ce qui suit est consacré à la notion de multiplicateur de Lagrange, variable
auxilliaire permettant de prendre en compte une contrainte dans un problème de minimisa-
tion. Le cœur de l’approche repose sur l’utilisation de variations autour d’un minimiseur. Dans
le cas sans contrainte vu précédemment, toutes les directions étaient permises, ce qui a permis
de conclure à l’annulation de la différentielle. Dans le cas contraint, seules les variations qui
ne font pas sortir de l’ensemble sont autorisées.
Proposition 25.13. Soit J une fonctionnelle C 1 sur un ouvert U de V = Rd . On suppose
que J admet un minimum local sur U ∩ K en u, avec
K = u0 + ker B , B ∈ MN d (R).
Remarque 25.14. Tant que le nombre de contraintes reste fini, la proposition précédente
s’applique immédiatement au cas où V est un espace de Hilbert, qui peut être de dimension
infinie, il suffit de remplacer la matrice B exprimant les contraintes (qui se trouverait avoir
une infinité de colonnes) par une application qui envoie V dans RN :
où les ϕi sont éléments de V ′ . L’image de B étant fermée, on a (ker B)⊥ = im B ⋆ , d’où
l’existence du vecteur λ de multiplicateurs de Lagrange.
(ker B)⊥ = im B ⋆ .
Si l’image de B est fermée (ce qui est équivalent au fait que l’image de B ⋆ soit fermée d’après
la proposition 21.22, page 221), on aura bien existence d’un λ ∈ Λ comme dans la proposition
ci-dessus (on identifie Λ à son dual) :
Proposition 25.15. Soit J une fonctionnelle C 1 sur un ouvert U d’un espace de Hilbert V .
On considère
K = u0 + ker B,
avec B ∈ L (V, Λ) à image fermée. Si u est un minimiseur local de J sur U ∩ K, alors il
existe λ ∈ Λ tel que
∇J(u) + B ⋆ λ = 0
Bu = Bu0 .
273
Remarque 25.16. Dans le cas où l’image de B n’est pas fermée, il est possible qu’un tel λ
n’existe pas. On pourra en revanche toujours trouver une suite (λε ) telle que
∇J(u) + B ⋆ λε = o(1).
Le cas de contraintes d’égalité dans le cas non linéaire est beaucoup plus délicat. On
peut néanmoins énoncer une propriété permettant de définir des multiplicateurs de Lagrange
dans ce contexte, en dimension finie, pour un nombre fini de contraintes (avec condition
d’indépendance des gradients au point considéré) : voir proposition 25.40, page 283.
u − s ∈ C =⇒ λ(u − s) ∈ C ∀λ > 0.
Sauf indication contraire, les cônes qui nous considérerons dans la suite seront de sommet
l’origine 0.
Definition 25.18. (Polaire d’un ensemble)
Soit K une partie de H, on définit le polaire de K comme
K ◦ = {v ∈ H , (v, u) ≤ 0 ∀u ∈ K} .
Noter que dans le cas où K est un sous-espace vectoriel de H, l’ensemble K ◦ est simple-
ment l’orthogonal de K. Cette définition est donc une généralisation de la définition 21.20,
page 221.
Proposition 25.19. Pour tout K ⊂ H, K ◦ est un cône convexe fermé.
Definition 25.20. (Enveloppe convexe conique, enveloppe convexe conique fermée)
Soit K ⊂ H. On appelle enveloppe convexe conique de K le plus petit cône convexe qui
contient K, i.e. l’intersection des cônes convexes qui contiennent K. On la note co(K). On
appelle enveloppe conique fermée le plus petit cône convexe fermé qui contient K. Il s’agit de
l’adhérence de co(K), que l’on notera en conséquence co(K).
Proposition 25.21. Soit K ⊂ H une partie de H. On a
K ◦ = (co(K))◦ = (co(K))◦ .
274
On appelle C l’enveloppe convexe fermée conique de K. Si l’inclusion est stricte, il existe
z ∈ K ◦◦ qui n’appartient pas à C. On peut alors, d’après 132 le théorème de Hahn-Banach 21.2,
page 218, séparer le convexe fermé C de {z} : il existe h tel que
hh | vi ≤ α < hh | zi ∀v ∈ C.
Comme v décrit un cône de sommet 0, (h, v) est forcément négatif ou nul pour tout v (s’il
prenait une valeur strictement positive, le sup serait +∞, ce qui est exclut par la majoration
ci-dessus). On a donc h ∈ C ◦ . Par ailleurs le maximum de (h, v) est 0, et donc α ≥ 0, d’où
(h, z) > 0 ce qui est absurde car h ∈ C ◦ et z ∈ C ◦◦ .
où les gi sont des points d’un espace de Hilbert H. L’ensemble défini précédemment est
de façon évidente un cône convexe. S’il est immédiat que l’espace vectoriel engendré par
une famille finie de vecteurs est fermée, il est un peu plus délicat de démontrer une telle
propriété de fermeture pour le cône (convexe) engendré par une telle famille. C’est l’objet de
la proposition suivante :
Démonstration. Supposons dans un premier temps que les gi forment une famille libre. On
se place dans l’espace vectoriel W engendré par les gi , et l’on introduit
n
X
G : λ ∈ Rn 7−→ λi gi ∈ W.
i=1
Cette application est inversible par hypothèse, d’inverse G−1 linéaire continu (la dimension
P k
est finie). Considérons maintenant une suite v k = λi gi qui converge vers v ∈ W . Alors
G−1 v k converge vers G−1 v, i.e. le vecteur λk converge vers un vecteur λ de Rn , dont toutes
les composantes sont positives ou nulle par continuité, on a donc bien v ∈ C.
Si maintenant la famille est liée, on raisonne par récurrence sur le nombre de vecteurs
gi . Supposons que tout cône convexe engendré par n vecteurs est fermé, et considérons une
famille de n + 1 vecteurs. Il existe µ1 , . . ., µn+1 , non tous nuls, tels que
n+1
X
µi gi = 0. (25.2)
i=1
132. Il s’agit ici du “petit” théorème de Hah-Banach, c’est à dire dans un cadre Hilbertien, qui ne nécessite
pas l’axiome du choix, et oeut se démontrer en quelques lignes à l’aide de la projection sur un convexe fermé.
275
On suppose (quitte à prendre la combinaison opposée) que l’un des coefficients de la
combinaison non triviale (25.2) est strictement négatif. On considère alors, pour tout k, le
plus grand β k ≥ 0 tel que λki + β k µi ≥ 0 pour tout 1 ≤ i ≤ n + 1. L’inégalité est en fait
une égalité pour au moins l’un des indices. Au moins l’un des indices i0 réalise l’égalité une
infinité de fois, on extrait la sous-suite correspondante (sans changer les indices pour alléger
les notations). La limite v s’écrit donc comme
X
v = lim (λki + β k µi )gi
i6=i0
qui est dans le cône convexe engendré par les n vecteurs (gi )i6=i0 (d’après l’hypothèse de
récurrence), donc dans C.
K = {h ∈ H , hgi | hi ≤ 0 ∀i ∈ I} .
On a ( )
X
◦
K = λi gi , λi ≥ 0 ∀i .
i∈I
qui, comme cône convexe fermé (d’après la proposition 25.23), s’identifie à son bipolaire
(proposition 25.22). On a donc K ◦ = C ◦◦ = C.
Remarque 25.25. On peut voir ce lemme de Farkas comme une version unilatérale de la
proposition 21.3, page 218, qui est elle-même une généralisation de la propriété (ker B)⊥ =
ImB ⋆ pour les matrices. Cette proposition assure que si un vecteur g est orthogonal à tout
vecteur h lui-même orthogonal à des vecteurs g1 , . . ., gn , alors g est combinaison linéaire
des gi . Le présent lemme de Farkas est en fait une stricte généralisation (dans le contexte
Hilbertien) de cette proposition, puisqu’il suffit de dédoubler la famille des gi (en rajoutant
−gi ) pour que C soit en fait le sous-espace orthogonal à vect(gi ).
Exercice 25.1. Énoncer et démontrer une version non hilbertienne du lemme de Farkas. On
pourra considérer un e.v.n. E, g1 , . . ., gn des éléments de E, et définir K comme l’ensemble
des f ∈ E ′ négatives contre tout gi .
Contraintes d’inégalité
K = { v ∈ H , ϕi (v) ≤ 0 , i = 1, . . . , n} (25.3)
276
Definition 25.27. (Qualification des contraintes)
Soit u ∈ H, et Iu l’ensemble des contraintes actives en u. On dit que les contraintes [ϕi ≤ 0]
sont qualifiées en u ∈ H s’il existe un vecteur h ∈ H tel que
Proposition 25.28. Soit J une fonctionnelle C 1 définie sur un ouvert U d’un espace de
Hilbert H, et u un minimiseur local de J sur U ∩ K défini par (25.3)), où les ϕi sont conti-
nûment différentiables sur U . On suppose que les contraintes sont qualifiées en u. Il existe
alors λ1 , λ2 , . . ., λn ≥ 0 tels que
n
X
∇J(u) + λi ∇ϕi = 0 ,
i=1
P
avec ϕi (u)λi = 0. On notera que, du fait que les composantes de ϕ(u) (resp. λ) sont
négatives (resp. positives), cette identité implique que λi = 0 dès que la contrainte i n’est pas
saturée.
Démonstration. Soit h vérifiant h∇ϕi (u) | hi < 0 pour toute contrainte i active en u (avec
éventuellement égalité pour une contrainte affine). Pour t > 0 suffisamment petit, on a u+th ∈
K ∩ U , et donc
J(u + th) ≥ J(u) ∀t ∈ [0, t⋆ [,
d’où
J(u) + th∇J(u) | hi + o(t) ≥ ∇J(u),
et donc nécessairement
h∇J(u) | hi ≥ 0.
Pour tout h tel que l’on ait simplement l’inégalité au sens large h∇ϕi (u) | hi ≤ 0, on a la même
propriété. En effet, considérons un h⋆ pour lequel on a les inégalités strictes (qui existe bien
d’après l’hypothèse de qualification des contraintes, sauf dans le cas où toutes les contraintes
sont affines, traité à la fin), on préserve les inégalités strictes pour (1 − ε)h + εh⋆ , d’où
C ◦ = {h ∈ H , h∇ϕi | hi ≤ 0 ∀i ∈ Iu }
qui s’identifie à
X
C= λi ∇ϕi (u) , λi ≥ 0
i∈Iu
d’après le lemme de Farkas (proposition 25.24). Il existe donc des λi positifs ou nuls tels que
X
∇J(u) + λi ∇ϕi (u) = 0.
i∈Iu
277
On obtient une somme sur tous les i en complétant par des multiplicateurs de Lagrange nuls
sur les contraintes non actives.
Si toutes les contraintes sont affines, il est possible que le h de la propriété de qualification
soit nul. Si seul ce vecteur nul réalise les inégalités, cela signifie en particulier que l’orthogonal
de la famille engendrée par les ∇ϕi est réduit au vecteur nul, donc que cette famille engendre
l’espace complet, et que par conséquent ∇J(u) peut s’écrire comme combinaison linéaire de
ces vecteurs.
Remarque 25.30. Dans le cas de contraintes affines, on peut bien sûr panacher entre des
contraintes d’égalité et des contraintes d’inégalité, l’écriture de la propriété correspondante
est laissée en exercice.
G(q) = inf L(v, q) ∈ [−∞, +∞[ , F (v) = sup L(v, q) ∈] − ∞, +∞]. (25.4)
v∈V q∈Λ
On a alors
G(q) ≤ F (v) ∀q ∈ Λ , v ∈ V.
Par suite, s’il existe u et p tels que G(p) = F (u), alors
Definition 25.32. Dans le contexte, et avec les notations, du lemme précédent, on appellera
278
Definition 25.33. (Point-selle)
Soient V et Λ deux ensembles, et L( · , · ) une application de V × Λ dans R. On dit que (u, p)
est un point selle de L (sur V × Λ) si
Démonstration. Remarquons en premier lieu que (ii) ⇒ (iii) et, d’après le lemme 25.31, on
a (iii) ⇒ (ii). Il reste à démontrer que (i) est équivalent à (ii).
(i) =⇒ (ii) Comme (u, p) est point-selle, on a F (u) ≤ L(u, p) et G(p) ≥ L(u, p). On a
par ailleurs (d’après le lemme 25.4) G(p) ≤ F (u). Ces deux quantités sont donc égales, et
correspondent au maximum (respectivement minimum) de G (resp. de F ).
On a
L(u, p) = F (u) = sup L(u, q),
q
K = {v ∈ X , ϕi (v) ≤ 0 , ψj (v) = 0 ∀i , j , 1 ≤ i ≤ Nu , 1 ≤ j ≤ Ne }
279
Chaque contrainte d’égalité pouvant s’écrire comme deux contraintes d’inégalité, on peut
toujours se ramener à un Lagrangien limité aux contraintes unilatérales (en dédoublant les
multiplicateurs de Lagrange associés aux contraintes d’égalité). Sur le plan algorithmique,
on peut néanmoins avoir intérêt à traiter différemment ces types de contraintes (voir par
exemple l’algorithme d’Uzawa 20.1, page 213, qui peut s’écrire pour des contraintes d’égalité
en supprimant la projection à chaque étape).
Pour exprimer le lien entre point-selle et propriétés de minimisation, nous nous limiterons
en revanche au cas d’inégalités.
K = {v ∈ X , ϕi (v) ≤ 0 ∀i , j , 1 ≤ i ≤ N }
N
X N
X N
X
J(u) + qi ϕi (u) ≤ J(u) + pi ϕi (u) ≤ J(v) + pi ϕi (v) ∀q ∈ RN
+ , v ∈ X.
i=1 i=1 i=1
Si X est un ouvert d’un espace de Hilbert, et que les fonctions J, ϕ1 , . . ., ψNe sont
dérivables, alors on a de plus
N
X
∇J(u) + pi ∇ϕi (u) = 0.
i=1
P
Démonstration. D’après la première inégalité du point-selle, la quantité qi ϕi (u) est bornée
sur RN+ , on a donc nécessairement ϕi (u) ≤ 0 pour tout i. On montre ainsi u ∈ K. On a par
P
ailleurs (en utilisant encore cette première inégalité avec q = 0) 0 ≤ pi ϕi (u). Comme il
s’agit d’une somme de termes négatifs ou nuls, tous les termes sont nuls : pi ϕi (u) = 0, et ainsi
pi = 0 dès que ϕi (u) < 0 (i.e. quand la contrainte n’est pas activée). On utilise maintenant
la seconde inégalité :
N
X N
X
J(u) = J(u) + pi ϕi (u) ≤ J(v) + pi ϕi (v)
i=1 i=1
Si maintenant X est un ouvert d’un espace de Hilbert et si les fonctions impliquées dans
le problème (fonctionnelle à minimiser et fonctions définissant les contraintes) sont régulières,
alors la fonctionnelle
N
X
v 7−→ ∇J(v) + pi ∇ϕi (v)
i=1
est régulière, et le fait que u la minimise implique que son gradient soit nul en u (proposi-
tion 25.10), ce qui conclut la démonstration.
280
Théorème 25.37. (Kuhn et Tucker)
On considère un ouvert convexe U de Rd , J convexe différentiable sur U , et l’ensemble
admissible
K = {v , ϕi (u) ≤ 0 , 1 ≤ i ≤ N } .
On suppose les ϕi différentiables et convexes sur U .
X N
X
u∈U ∩K, pi ϕi (u) = 0 , ∇J(u) + pi ∇ϕi (u) = 0. (25.6)
i=1
sur U × RN
+ et u minimise ainsi J sur U ∩ K.
Le couple (u, p) est alors point-selle du Lagrangien L(v, q) = J(v) + q · ϕ(v) sur U × RN
+ et u
minimise ainsi J sur U ∩ K.
Démonstration. Il suffit d’écrire chaque contrainte d’égalité comme deux contraintes d’inéga-
lité. Plus précisément, si l’on sépare en I + et I − les indices correspondant à des pi respecti-
vement positifs et négatifs, on peut écrire
N
X X X
pi ∇ϕi (u) = pi ∇ϕi (u) + (−pi )∇(−ϕi (u)),
i=1 i∈I + i∈I −
on est donc ramené à la situation du théorème 25.37 avec les contraintes d’inégalité associées
aux fonctions ϕ1 , . . . , ϕn , −ϕ1 , . . . , −ϕn .
281
25.5 Compléments
Proposition 25.39. On considère une fonctionnelle d’un ensemble X dans R, et l’on suppose
que le Lagrangien associé au problème de minimisation de J sur
K = {v ∈ V , ϕi (v) ≤ αi , 1 ≤ i ≤ n} ,
m(α) ≥ m(0) − p0 · α.
∂m
pi = − .
∂αi
qui est (d’après la première inégalité qui caractérise (uα , pα ) comme point-selle) plus petit
que
X n
X n
X
J(uα ) + pαi (ϕi (uα ) − αi ) + p0i αi = J(uα ) + p0i αi
i=1 i=1
d’où
∇m(0) · α + o(1) ≥ −p0 · α,
pour tout α décrivant un voisinage symétrique de 0. On a donc bien ∇m = −p0 .
282
Proposition 25.40. (Muliplicateurs de Lagrange, contraintes d’égalité)
Soit J : U ⊂ Rd −→ R une fonctionnelle C 1 sur l’ouvert U . Soit u un point de U ∩ K en
lequel J réalise un minimum local de J sur U ∩ K. On suppose que les gradients en u des
fonctionnelles ϕi forment une famille libre. Il existe alors λ1 , . . ., λN , tels que
N
X
∇J(u) + λi ∇ϕi (u) = 0.
i=1
Démonstration. Le point-clé consiste à montrer que tout vecteur h orthogonal à tous les
∇ϕi (u), est une direction admissible en u, c’est à dire qu’il existe η(t) défini dans un voisinage
de 0, avec η(0) = 0, tel que u + η(t) ∈ K, et que la tangente en 0 soit h, c’est à dire que
η̇(0) = h. Si cette propriété est vraie, alors on peut écrire pour tout h orthogonal aux ∇ϕi (u),
et η une trajectoire associée selon les considérations précédentes,
∇J · η̇(0) = ∇J · h = 0.
Le gradient de J est ainsi orthogonal à l’orthogonal de vect(∇ϕi (u))i , ce qui termine la preuve.
Montrons maintenant que tout vecteur h orthogonal à tous les ∇ϕi (u), est une direction
admissible en u.
On notera γk l’application qui ne dépend que de xk et des yi , les autres xj étant fixés à 0.
Pour construire une courbe dans K qui passe par u, dont la tangente en u est hk , on considère
l’application
(xk , y1 , y2 , . . . , yN ) 7−→ ϕ ◦ γk (xk , y1 , . . . , yN ),
où l’on note ϕ(v) le vecteur de dimension N dont les composantes sont les ϕi (v). Comme
u ∈ K, l’application ϕ ◦ γk est nulle en 0. Montrons que l’on peut utiliser le théorème
des fonctions implicites pour construire une courbe (y1 , . . . , yN ) = y = y(xk ) au voisinage de
(xk , y) = 0 qui annule ϕ◦γk , ce qui assurera l’appartenance de γk (xk , y) à K . La différentielle
de la iième composante de ϕ ◦ γk par rapport à yj est
∂(ϕi ◦ γk )
= ∇ϕi (xk , y) · gj = ∇ϕi (xk , y) · ∇ϕj (0, 0).
∂yj
283
Notons G la matrice dont les colonnes sont les gradients des ϕj en γk (0, 0) = u. Le gradient
de l’application ϕ ◦ γk est ainsi GT G, qui est inversible puisque les gi forment une famille
libre.
On a par ailleurs
∂(ϕi ◦ γk ) ∂(ϕ ◦ γk )
= ∇ϕi (xk , y) · hk , d’où |(0,0) = GT hk .
∂xk ∂xk
On peut donc construire une courbe y = y(t) dans un voisinage de 0 telle que
ϕ ◦ γk (t, y(t)) = 0
c’est à dire que la courbe est dans K. La dérivée de y en 0 s’écrit, d’après le théorème des
fonctions implicites,
∂(ϕ ◦ γk ) T −1 T
ẏ(0) = − (∇(ϕ ◦ γk ))−1 = G G G hk
∂xk
qui est nul car hk est orthogonal à tous les gi . On a donc
d
γk (t, y(y))|t=0 = hk + ẏ1 (0)g1 + · · · + ẏN (0)gN = hk ,
dt
ce qui termine la démonstration.
Remarque 25.41. La condition d’indépendance des gradients est essentielle dans la proposi-
tion précédente. On pourra par exemple considérer, dans R2 , ϕ1 (x, y) = y et ϕ1 (x, y) = y−x2 .
L’ensemble K est réduit au point (0, 0), et n’importe quelle fonctionnelle dont le gradient en
(0, 0) n’est pas colinéaire à (0, 1) invalide la proposition.
25.7 Illustrations
Considérons une chaı̂ne horizontale de n+1 masses 0, 1, 2, . . ., n, reliées entre elles (0 reliée
à 1, 1 à 2, etc...) par des ressorts de longueur au repos nulle et de raideur k. Les positions
de ces masses sont représentées par le vecteur position (x0 , x1 , . . . , xn ) ∈ Rn+1 . L’énergie
potentielle du système s’écrit
n
1 X 1
J(x) = k |xi − xi−1 |2 = k(Ax, x),
2 i=1 2
où A est (à une constante multiplicative près) la matrice du Laplacien discret avec conditions
de Neuman. Tout point diagonal (x, x, . . . , x) de Rn+1 minimise cette énergie. On s’intéresse
maintenant à la situation où la masse 0 est fixée au point x0 = 0, et la masse n au point
xn = L > 0. Il s’agit donc maintenant de minimiser J sur l’espace affine
284
La matrice B s’écrit !
1 0 ... 0 0
B= .
0 0 ... 0 1
∇J(x) + B ⋆ λ = 0.
k(x0 − x1 ) + λ0 = 0
k(−xn−1 + xn ) + λ1 = 0.
Ces relations expriment l’équilibre des masses extrêmales, et permettent d’interpréter −λ0
(resp. −λ1 ) comme la force exercée par le support en 0 sur la masse 0 (resp. par le support
en 1 sur la masse n). On peut préciser la configuration minimisante en notant que, pour
i = 1, . . . , n − 1, on a
xi+1 − xi = xi − xi−1 ,
de telle sorte que les longueurs des ressorts sont toutes identiques, égales L/n, et ainsi
λ0 = −λ1 = kL/n.
Cet exemple permet aussi d’illustrer et d’interpréter mécaniquement une méthode très
utilisée en pratique, la méthode de pénalisation. Elle consiste à relaxer la contrainte, et à
ajouter à la fonctionnelle à minimiser un terme supplémentaire qui pénalise la non vérification
des contraintes. Dans l’exemple considéré, elle consiste à considérer la fonctionnelle
n
1 X 1
Jε (x) = k |xi − xi−1 |2 + |x0 |2 + |xn − L|2 .
2 i=1 2ε
Noter que cela revient à supposer les masses 0 et n attachées à des supports respectivement
en 0 et L par des ressorts dont la raideur 1/ε tend vers l’infini.
Remarque 25.42. Noter que la manière d’écrire les contraintes n’est pas unique. On peut
rajouter par exemple xn − x0 = L. On aura alors un troisième multiplicateur de Lagrange, qui
correspondrait à la tension (positive ou négative) au sein d’une barre rigide qui relierait les
points extrêmaux. La non unicité met en évidence le fait concret qu’il est a priori impossible de
prévoir la tension effective au sein de ce raidisseur, ainsi que l’effort au niveau des supports.
Dans la réalité, il peut se produire par exemple que seuls les supports fixes soient actifs,
jusqu’à ce que l’un d’entre eux se détériore et finisse par lâcher, pour être relayé par le
raidisseur, sans que rien ne transparaisse au niveau de ce que nous appelerons par la suite les
variables primales (i.e. les positions des ressorts). On parlera dans un contexte mécanique de
situation hyperstatique (il y a trop de contrainte), par opposition aux situations isostatiques
(jeu minimal de contraintes assurant l’unicité des multiplicateurs de Lagrange). On notera
qu’il y a un lien fort entre l’expression mathématique d’un ensemble de contraintes et les
moyens que l’on pourrait se donner pour les réaliser en pratique.
L’exemple du pont rigide entre les points extrémaux évoqué plus haut est un peu caricatural
car la troisième contrainte est manifestement redondante. Dans des situations plus compli-
quées pourtant, il peut ne pas être aisé de supprimer des contraintes pour parvenir à un jeu
285
minimal équivalent qui assurera l’unicité des multiplicateurs de Lagrange (comme dans le mo-
dèle de prise en compte de la congestion pour les foules, présenté dans la section 9.2, page 97,
en lien avec la figure 9.4). D’autre part certains systèmes réels très courants conduisent à une
non unicité. Ainsi, pour la chaise à 4 pieds posés sur un sol horizontal, on aura un multipli-
cateur de Lagrange associé à chacun des 4 contacts avec le sol. Or 3 contacts suffisent pour
que la chaise ne rentre pas dans le sol (nous ne considérons pas ici les questions de stabilité).
Il est ainsi impossible de prévoir, même si l’on dispose de toutes les informations, quel est
l’effort au niveau de chacun des pieds d’une chaise parfaitement équilibrée. Dans la pratique,
ces efforts sont susceptibles de changer au cours du temps de façon très irrégulière.
Remarque 25.43. Cet exemple permet d’illustrer et d’interpréter mécaniquement une mé-
thode très utilisée en pratique, la méthode de pénalisation. Elle consiste à relaxer la contrainte,
et à ajouter à la fonctionnelle à minimiser un terme supplémentaire qui pénalise la non véri-
fication des contraintes. Dans l’exemple considéré, elle consiste à considérer la fonctionnelle
n
1 X 1
Jε (x) = k |xi − xi−1 |2 + |x0 |2 + |xn − L|2 .
2 i=1 2ε
Noter que cela revient à supposer les masses 0 et n attachées à des supports respectivement
en 0 et L par des ressorts dont la raideur 1/ε tend vers l’infini.
Equilibre de Nash
gi : U1 × · · · × UN −→ R,
où Ui est l’ensemble des stratégies possibles pour i. On note ui ∈ Ui la stratégie choisie par
l’agent i. Son gain (pay-off dépend donc de sa propre stratégie ui et des stratégies des autres
joueurs. On notera u−i la collection des stratégies des autres joueurs, de telle sorte que gi
peut être vue comme une fonction de (ui , u−i )
Definition 25.44. On appelle équilibre de Nash associé au jeu ci-dessus une collection de
stratégies telle que chaque joueur maximise son utilité, au vu des stratégies des autres joueurs,
i.e. u = (u1 , . . . , uN ) ∈ U1 × · · · × UN est un équilibre de Nash si et seulement si
25.8 Exercices
Exercice 25.2. On considère un “agent” à qui est offerte la possibilité d’acquérir des biens
1,. . .,n. Les biens sont caractérisés par des fonctions d’utilité p 7→ uj (p) qui quantifient la
satisfaction qu’il retire en consacrant la part p de son capital à l’achat de biens de type j. On
considère qu’il dispose d’un capital P , et qu’il cherche à maximiser sa satisfaction maximale
X n
X
max uj (pj ) , pj ≤ P,
j=1
286
où le supremum est pris sur (R+ )n . Faire l’analyse de ce problème d’optimisation.
On pourra notamment étudier le cas où les fonctions d’utilité sont concaves régulières
croissantes sur [0, +∞[, nulles en 0, par exemple uj (p) = αj log(1 + p), et étudier comment
la stratégie optimale varie en fonction de P .
Exercice 25.3. (La loi d’ohm comme conséquence de la loi des nœuds)
On considère un réseau électrique connexe constitués de fils e ∈ E ⊂ V × V , où V est
l’ensemble fini des sommets. On note Γ un sous-ensemble de points de V (au moins 2), en
lesquels l’intensité entrante est supposée fixée, de façon conservative (la somme des intensités
est nulle). Écrire les conditions d’optimalité associées au problème de minimisation de l’énergie
dissipée
1X
J(I) = r(e)I(e)2 ,
2 e
sous la contrainte de flux imposé en les points de Γ, et la loi des nœuds (ou de Kirschhof) en
chaque point intérieur au réseau. En déduire la loi d’Ohm sur chaque arête du réseau, où le
potentiel électrique apparaı̂t comme un multiplicateur de Lagrange de la loi des nœuds.
287
A Compléments théoriques
A.1 Inégalités
n n
!1/p n
!1/q
X X p
X q
|θi xi yi | ≤ θi |xi | θi |yi | .
i=1 i=1 i=1
n
!1/p n
!1/p n
!1/p
X p
X p
X p
θi |xi + yi | ≤ θi |xi | + θi |xi | .
i=1 i=1 i=1
On rappelle ici quelques formules d’intégration par partie. On supposera tous les champs
réguliers . L’extension de ces formules à des champs scalaires ou vectoriel moins réguliers doit
faire l’objet d’une vérification qui n’est pas traitée ici.
288
Soit u = (u1 , u2 )T un champ de vecteur. Sa divergence est
∂ !
∂x1
u1 ∂u1 ∂u2
∇·u = · = + .
∂ u2 ∂x1 ∂x2
∂x2
Noter que |A| = (A : B)1/2 est une norme euclidienne sur l’espace des matrices (appelée
norme de Frobenius). Pour u et v deux champ de vecteurs
∂u1 ∂u1 ∂v1 ∂v1
2 X 2
∂x1 ∂x2
∂x1 ∂x2 X
∂ui ∂vi
∇u : ∇v = : = .
∂u2 ∂u2 ∂v2 ∂v2
i=1 j=1
∂xj ∂xj
∂x1 ∂x2 ∂x1 ∂x2
133. Cette hypothèse reflète le caractère assez peu naturel de cette notation. C’est un peu comme si, pour
une fonction x 7−→ f (x), avec x = (x1 , x2 ) = x1 e1 + x2 e2 ∈ R2 , on écrivait ∂f /∂e1 la dérivée de f par rapport
à x1 . Pour pousser plus loin cette remarque, précisons qu’il existe une situation dans laquelle cette notation
serait justifiée, mais pour désigner quelque chose de très différent à l’usage. On considère une partie de Rd ,
strictement convexe au sens où tout point de la frontière est extrémal, et une fonction définie sur cette frontière
§que l’on suppose régulière, même si cela n’est pas vraiment nécessaire). Du fait de la stricte convexité, si l’on
se donne un vecteur unitaire , il existe un unique point de la frontière tel que la normale en se point corresponde
à ce vecteur, on peut donc écrire la fonction comme une fonction de n, et considérer la différentielle de f par
rapport à n.
289
La notation |∇u|2 est utilisée pour désigner ∇u : ∇u.
Soit σ un champ de matrices (ou de tenseurs). Sa divergence est un vecteur, dont chaque
composante est la ligne de la matrice correspondante
∂σ11 ∂σ12
σ11 σ12
! +
∂x1 ∂x2
∇·σ = ∇· =
σ21 σ22 ∂σ21 ∂σ22
+
∂x1 ∂x2
Si ∇ · u = 0, on a
∂u1 ∂u1
u1 + u2
∂x1 ∂x2
∇ · (u ⊗ u) = (u · ∇) u =
∂u2 ∂u2
u1 + u2
∂x1 ∂x2
Toujours sous la condition ∇ · u = 0,
!
|u|2
(∇ · (u ⊗ u)) · u = ((u · ∇) u) · u = ∇ · u .
2
Si ∇ · u = 0, alors
∇ · t ∇u = 0.
En conséquence, si ∇ · u = 0, alors
∇ · ∇u + t ∇u = ∇ · ∇u = ∆u.
290
Soient u et v des champs scalaires. On a
Z Z Z
∂u
v∆u = ∇u · ∇v + v , (A.5)
Ω Ω Γ ∂n
où n est la normale sortante au domaine.
En conséquence, si ∇ · u = 0, alors
Z Z Z
∆u · v + ∇u : (∇v + t ∇v) = v · ∇u + t ∇u · n. (A.9)
Ω Ω Γ
Soit ω un système matériel advecté par le champ de vitesse u(x, t), et F (x, t) une fonction
scalaire. On a Z Z Z
d ∂F
F (x, t) = (x, t) + F (x, t) u · n. (A.12)
dt ω(t) ω(t) ∂t ∂ω(t)
291
Proposition A.5. Soient u et v deux champs de vecteurs réguliers définis sur Ω. On suppose
que u est à divergence nulle. On a alors
Z Z
t t
0=− ∇u : ∇v + v· ∇u · n
ω ∂ω
Démonstration. On écrit
Z Z Z
t
v· ∇u · n = n · (∇u · v) = ∇ · (∇u · v)
∂ω ∂ω ω
X X XX X X
= ∂i vj ∂j ui = ∂i vj ∂j ui + vj ∂j ∂i ui .
i j i j j i
Le second terme ci-dessus est nul car u est à divergence nulle, d’où l’on déduit l’identité
annoncée.
Démonstration: On a
Z Z
(∇u · v) · n = ∇ · (∇u · v)
Γ ZΩ X X
= ∂i vj ∂j ui
Ω i j
Z XX
= ((∂i ∂jui )vj + ∂j ui ∂i vj )
Ω i j
Z Z
= v (∇∇ · u) + ∇u : t ∇v
ZΩ ZΩ Z
= (∇ · u) v · n − (∇ · u) (∇ · v) + ∇u : t ∇v
Ω Ω Ω
Definition A.7. Une matrice A = (aij ) ∈ Mn (C) est dite à diagonale strictement dominante
si X
|aii | > |aij | ∀i = 1, . . . , n.
j6=i
292
A.4 Spectre du Laplacien discret
La matrice
2 −1 0 · · 0
−1 2 −1 0 · ·
0 −1 · · ·
A= ∈ MN −1 (R) (A.13)
· · · · ·
·
· 2 −1
0 · · 0 −1 2
possède N − 1 valeurs propres distinctes
2 kπ
λk = 4 sin , k = 1 , . . . , N − 1. (A.14)
2N
Le vecteur propre associé à la valeur propre λk s’écrit
kπ 2kπ (N − 1)kπ
uk = t sin , sin , . . . , sin .
N N N
293
Références
[1] G. Allaire, Analyse numérique et optimisation, Publications Ecole Polytechnique, No 15,
Ellipses Paris, 2005.
[2] H. Brezis, Analyse Fonctionnelle, Théorie et Applications, Masson 1983.
[3] H. Brezis, Opérateurs maximaux monotones et semi–groupes de contraction dans les
espaces de Hilbert, North Holland publishing company 1973.
[4] V. Girault, P.A. Raviart, Finite Element Methods for Navier-Stokes Equations- Theory
and Algorithms Springer Verlag, Berlin, 1986.
[5] B. Maury, Analyse Fonctionnelle, exercices et problèmes corrigés, Ellipses, Paris, 2004.
[6] P.-A. Raviart, J.M. Thomas, Introduction à l’Analyse Numérique des Équations aux
Dérivées Partielles, Masson, Paris, 1983.
[7] F. Santambrogio, Optimal Transport for Applied Mathematicians, Progress in Nonlinear
Differential Equations and Their Applications, Vol. 87, Birkhäuser Basel, 2015.
[8] C. Villani, Topics in optimal transportation, American Mathematical Soc, Vol. 58, 2003.
294