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Evaluation de La Valeur Économique Directe de L'élevage Bovin Au Nord-Bénin

Cette étude évalue la valeur économique directe de l'élevage bovin au nord-Bénin, en réponse à la demande croissante de produits animaux due à l'urbanisation et à l'augmentation des revenus. Les résultats montrent que la valeur totale de la production bovine dans le bassin de la Donga est de 1 009 400 000 FCFA, soit 4143 FCFA par habitant, représentant seulement 4% de la valeur totale de production alimentaire au Bénin. Cela souligne la faible contribution de l'élevage bovin à la sécurité alimentaire dans le pays.

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Evaluation de La Valeur Économique Directe de L'élevage Bovin Au Nord-Bénin

Cette étude évalue la valeur économique directe de l'élevage bovin au nord-Bénin, en réponse à la demande croissante de produits animaux due à l'urbanisation et à l'augmentation des revenus. Les résultats montrent que la valeur totale de la production bovine dans le bassin de la Donga est de 1 009 400 000 FCFA, soit 4143 FCFA par habitant, représentant seulement 4% de la valeur totale de production alimentaire au Bénin. Cela souligne la faible contribution de l'élevage bovin à la sécurité alimentaire dans le pays.

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Evaluation de la valeur économique directe de l’élevage

bovin au nord-Bénin
Adam Sounon Kon’de Lafia Sika, Edouard Aho, P. Lesse, Alexandre Ickowicz,
Samir Messad, Matthieu Lesnoff, Marcel Houinato

To cite this version:


Adam Sounon Kon’de Lafia Sika, Edouard Aho, P. Lesse, Alexandre Ickowicz, Samir Messad, et al..
Evaluation de la valeur économique directe de l’élevage bovin au nord-Bénin. International Journal
of Biological and Chemical Sciences, 2019, 13 (1), pp.8-17. �10.4314/ijbcs.v13i1.2�. �hal-05177711�

HAL Id: hal-05177711


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Available online at [Link]

Int. J. Biol. Chem. Sci. 13(1): 8-17, February 2019

ISSN 1997-342X (Online), ISSN 1991-8631 (Print)

Original Paper [Link] [Link]

Evaluation de la valeur économique directe de l’élevage bovin au nord-Bénin

K. L. S. Adam SOUNON1*, Edouard AHO2, P. LESSE 3, Alexandre ICKOWICZ4,5,


Samir MESSAD4,5, Matthieu LESNOFF4,5 et Marcel R. B. HOUINATO3

1
Institut National des Recherches Agricoles du Bénin (INRAB), Abomey-Calavi, Bénin.
2
Ecole Nationale d’Administration et de Magistrature (ENAM), Abomey-Calavi, Bénin.
3
Faculté des Sciences Agronomiques de l’Université d’Abomey-Calavi, Abomey-Calavi, Bénin.
4
CIRAD, UMR SELMET, F-34398 Montpellier, France.
5
SELMET, Univ Montpellier, CIRAD, INRA, Montpellier SupAgro, Montpellier, France.
*
Auteur correspondant ; E-mail : kone907@[Link]; Tél. : 00 (229) 96 00 03 88 ;

RESUME

Dans l’espace ouest-africain, la demande en produits d’origine animale augmente au rythme


de la croissance de la population, de l’urbanisation et de l’accroissement des revenus. Cette situation offre
un marché potentiel de bétail, de viande et de lait. Mais le paradoxe demeure la part de plus en plus croissante
des importations extra africaines de produits animaux. L’économie pastorale éprouve des difficultés réelles à
faire face à l’accroissement de la demande de viande et de lait dans les pays ouest-africains. C’est pourquoi
l’un des défis majeurs auxquels la filière bétail /viande et lait est confronté est d’assurer aux populations un
niveau suffisant de consommation de viande et de lait tout en développant les exportations. Cependant, la
Revue Economique Mondiale du Pastoralisme a illustré dans ces travaux l’état de pauvreté du savoir sur les
économies pastorales, le manque de collecte de données dans certains pays et l’absence de désagrégation des
données nationales dans d’autres pays. C’est pour contribuer à combler le déficit de savoirs sur les économies
pastorales que la présente étude a été consacrée à l’évaluation de la valeur économique de l’élevage bovin au
Bénin à partir d’un bassin de production. Elle permettra de fournir des chiffres capables de générer des critères
mieux avisés pour permettre l’investissement public et la prise de décisions politiques en faveur de l’élevage
bovin. Cette étude s’est appuyée sur des enquêtes menées au niveau de 52 exploitations d’élevages bovin de
deux principaux systèmes naisseurs, choisis de manière raisonnée dans 12 localités représentatives de la
diversité du bassin de la Donga. La démarche méthodologique suivie pour évaluer la valeur économique des
productions bovine, se décline en trois étapes : la recension documentaire, l’estimation des productions et leur
conversion en valeur monétaire. Au terme de l’évaluation, la valeur économique totale de la production bovine
dans le bassin de la Donga, représentée par les productions d’animaux sur pied, de viande et de lait, est de un
milliard neuf millions quatre cent mille (1 009 400 000) francs CFA. Rapportée à la population du bassin, cette
valeur économique de la production bovine est de 4143 FCFA/habitant. Comparée à la valeur totale de
production d’aliments en 2012 au Bénin qui est de 99000 FCFA/habitant, la valeur de la production bovine
représente 4%. Ce résultat met en évidence la faible participation de l’élevage bovin dans la production de
l’aliment au Bénin.
© 2019 International Formulae Group. All rights reserved.

Mots clés : Valeur économique, systèmes d’élevage, bovin, produits animaux, Bénin.

© 2018 International Formulae Group. All rights reserved. 8089-IJBCS


DOI : [Link]
K. L. S. A. SOUNON et al. / Int. J. Biol. Chem. Sci. 13(1): 8-17, 2019

Assessment of the direct economic value of cattle herding in northern Benin

ABSTRACT

In the West African area, demand for animal products is growing in line with population growth,
urbanization and rising incomes. This situation offers a potential market of meat and milk for livestock. But the
paradox remains the growing importation rate of animal products from extra-African. The economy of pastoral
activities is facing real difficulties in coping with the increasing demand for meat and milk in West African
countries. This is why one of the major challenges in meat and milk sector is to ensure that people have a
sufficient level of consumption of meat and milk while developing exportation. However, the World Economic
Review of Pastoralism illustrated in this work the state of poverty of knowledge about pastoral economies, the
lack of data collection in some countries and the lack of disaggregation of national data in other countries. It is
to help fill the knowledge gap on pastoral economies that this study has been devoted to assessing the
economic value of cattle farming in Benin from a production base. It will provide figures capable of generating
better criteria for public investment and political decision-making in favor of cattle breeding. This study was
based on surveys conducted at 52 cattle farms of two main systems, carefully selected in 12 localities
representative of the diversity of the Donga district. The methodological approach followed to evaluate the
economic value of cattle production, is divided into three stages: literature review, the estimation of the
productions and their conversion into monetary value. At the end of the appraisal, the total economic value of
beef production in the Donga Basin, represented by the production of live animals, meat and milk, is one
billion nine million four hundred thousand (1,009,400,000) CFA francs. Relative to the population of the area,
this economic value of the cattle production is 4143 FCFA / inhabitant. Compared with the total value of food
production in Benin in 2012, which is 99,000 FCFA / inhabitant, the value of cattle production represents 4%.
This result highlights the low participation of cattle breeding in the production of food in Benin.
© 2019 International Formulae Group. All rights reserved.

Keywords: Economic value; Livestock systems; Cattle; Animal products; Benin

INTRODUCTION
L’élevage pastoral joue un rôle part de plus en plus croissante des
prépondérant dans l’économie des pays de importations extra africaines de produits
l’Afrique tropicale (Lesse et al., 2015). Dans animaux. En effet, les importations agricoles
l’espace ouest-africain, la demande en des Pays les Moins Avancés (PMA) ont
produits d’origine animale augmente au enregistré une augmentation spectaculaire,
rythme de la croissance de la population, de passant de 2,5 milliards US$ environ en 2000
l’urbanisation galopante et de l’accroissement à 32,8 milliards environ en 2015, pour
des revenus (Sounon, 2016). Déjà en 2001, représenter 2,5 pourcent du total des
Faye annonçait que les prévisions d'évolution importations agricoles mondiales en valeur.
démographique et de croissance de la Les exportations, en revanche, ont évolué plus
consommation individuelle de produits lentement, atteignant tout juste 1,4 pour cent
animaux exigent que d'ici 2020, il va falloir des exportations mondiales en valeur, d'où un
produire plus de 220 milliards de litres de lait creusement du déficit commercial des PMA
et 100 milliards de tonnes de viande dans les sur les produits agricoles, qui s'est élevé à 15
pays en voie de développement (Faye et milliards US$ en 2015 (FAO, 2018). Dans les
Alary, 2001). Cette situation offre non pays de l’UEMOA, le déficit de la balance
seulement une garantie de marché, mais aussi commerciale se creuserait sous l’effet de la
des opportunités de développement du hausse des importations (+1,0%), conjuguée à
commerce régional de bétail et de lait entre le une baisse des exportations (-2,3%)
sahel qualifié de bassin de production et les (UEMOA, 2016). Au Bénin, les importations
pays côtiers, bassin de consommation de produits animaux sont évaluées en 2010 à
(Sounon, 2016). Mais le paradoxe demeure la 141.178.000 US$ pour la viande et
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20.110.000 US$ pour le lait (Jan et al., 2013). dans certains pays et l’absence de
L’économie pastorale éprouve alors des désagrégation des données nationales dans
difficultés réelles à faire face à d’autres pays (Luis Rodriguez, 2008). C’est
l’accroissement de la demande potentielle de pour contribuer à combler le déficit de savoirs
viande (de 31% dans les années 80 à 60% en sur les économies pastorales que la présente
2020) et de lait (de 25% dans les années 80 à étude a été consacrée à l’évaluation de la
52% en 2020) dans les pays en développement valeur économique de l’élevage bovin au
(Abdrahmane, 2006). L’un des défis majeurs Bénin à partir d’un bassin de production.
auxquels la filière bétail /viande et lait est Cette étude s’est penchée uniquement sur la
confronté est d’assurer aux populations un valeur économique directe des produits de
niveau suffisant de consommation de viande l’élevage bovins (bétail, viande et lait). Elle a
et de lait tout en développant les exportations pour objectif de fournir des chiffres capables
(FAO et CEDEAO, 2017). Il est attendu des de générer des critères mieux avisés pour
politiques de développement de la filière permettre l’investissement public et la prise de
bétail/viande et lait d’influencer décisions politiques en faveur de l’élevage
l’environnement économique globale de la bovin.
production animale mais également la
commercialisation et la consommation des MATERIEL ET METHODES
produits alimentaires ainsi que les échanges L’étude sur la valeur économique
sur les marchés extérieurs. Historiquement, directe de l’élevage bovin s’est appuyée sur
l’élevage bovin a joué un rôle majeur dans le une typologie des exploitations d’élevage qui
développement économique des pays de distingue deux systèmes pastoraux naisseurs:
l’Afrique de l’Ouest, à travers sa contribution le système semi-sédentaire (SED) et le
à la sécurité alimentaire et aux échanges système mobile (MOB) (Sounon et al., 2015).
commerciaux, en favorisant l’essor du marché Le milieu d’étude est un bassin de production
local des animaux et des produits d’origine situé à 9°42'18" N et 1°40'1" E (Biaou, 2006).
animale (Nugteren et Le Côme, 2016). De ce Le bassin de la Donga, localisé dans la zone
point de vue, la valeur économique de agro-écologique subhumide de l’Afrique de
l’élevage bovin paraît bidimensionnelle et l’ouest, a subi ces dernières décennies des
rend compte d’une part de sa valeur directe, changements profonds au niveau social et de
qui est mesurable et quantifiable à partir de l’occupation des sols entraînant une
l’évaluation des échanges monétaires que diminution de la disponibilité en ressources
génèrent ses productions, et d’autre part de sa pastorales et une augmentation des besoins en
valeur indirecte mesurable à partir des produits animaux (Blein et al., 2008 ; Séguis
emplois qu’il pourvoit. Ainsi, aux valeurs et al., 2004 ; Jouve, 2007). Son climat est
marchandes que génère la production unimodal, avec une pluviométrie annuelle
d’aliments que sont le lait et la viande, moyenne de 1250 mm (Blanchard et al.,
s’ajoute la fourniture de nombreux services 2007). Sa végétation est dominée par les
dont la fumure des champs, la traction savanes boisées, arborées et arbustives dont
animale, la fourniture d’emplois. Pour mieux 37182 ha constituent des forêts classées
comprendre ce rôle de l’élevage bovin dans le (Leroux, 2012). L’accroissement annuel de la
développement économique des pays de population dans le bassin est de 3,48% depuis
l’Afrique de l’Ouest, une étude sur la valeur 1979 (INSAE, 2013). Il suit la tendance ouest-
économique des systèmes d’élevage pastoraux africaine qui est en moyenne de 2,6% par an
est nécessaire. Une étude sur la valeur (Blein et al., 2008). Pour l’évaluation
économique totale du pastoralisme engagée proprement dite, la démarche méthodologique
depuis 2006 par la Revue Economique suivie a comporté trois étapes : la revue et
Mondiale du Pastoralisme a illustré l’extrême l’analyse documentaires, l’estimation des
état de pauvreté du savoir sur les économies productions et leur conversion en valeur
pastorales, le manque de collecte de données monétaire.

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La phase de revue et d’analyse d’entrée du modèle sont la taille totale du


documentaires a permis de visiter plusieurs cheptel, la structure par sexe et par classe
sources documentaires sur les opportunités et d’âge, et les paramètres démographiques (taux
les contraintes des productions animales, les de mise bas, taux de mortalité et taux
données sur la production et la d’exploitation par catégorie d’âge) qui sont
commercialisation de produits animaux en estimés par la méthode 12MO. Les paramètres
Afrique de l’ouest et au Bénin. tels que les poids moyens des catégories
Les productions totales fournie par d’âge, le rendement carcasse à l’abattage, le
chaque système d’élevage est estimée en rendement lait, la durée de lactation, la
multipliant leur productivité moyenne par les proportion de femelles en lactation sont
effectifs de leur cheptel (Ba et al., 2011). fournis par la littérature. Les valeurs utilisées
pour ces paramètres sont les suivantes: le
Production = productivité moyenne * rendement moyen de la carcasse est de 47% ;
effectifs de cheptel les poids moyens des animaux sont de 53 kg
Pour estimer la productivité moyenne pour les juvéniles, 166 kg pour les subadultes,
des systèmes d’élevage, en raison de la 194 kg pour les vaches et 246kg pour les
dispersion et de la mobilité des troupeaux, et taureaux (Youssao et al., 2000). La proportion
de l’absence d’enregistrement des données de femelles en lactation est de 65% de
démographiques animales par les éleveurs, la l’effectif total de femelles ; le rendement lait
méthode choisie est celle rétrospective est de 200l/an/vache (MAEP, 2012 ; Soulé et
"12MO" (Lesnoff et al., 2010). Ainsi, entre al., 2017).
février et mars 2012, pendant trois semaines, Les prix du marché utilisés pour
des enquêtes ponctuelles "12MO", fondées sur quantifier la valeur économique directe des
la mémoire des éleveurs, ont permis de produits d’élevage sont pris au niveau
reconstituer les évènements démographiques national. Ainsi, Le prix à la ferme du lait cru
qui se sont produits les 12 mois ayant précédé est de 200 FCFA/litre (Mama Sambo, 2013),
l’enquête. Ainsi, des enquêtes ont été menées le prix moyen d’un bovin dans le bassin de la
au niveau de 52 exploitations d’élevages Donga est de 200 000 FCFA et le Prix du Kg
bovin des deux systèmes, choisis de façon de viande bovine est de 1500 FCFA (MAEP,
raisonnée, en tenant compte des modalités 2012). Il existe également une différence entre
telles que : le statut foncier de l’éleveur, la les prix pratiqués par les différents types
taille du troupeau, le nombre de propriétaires d’opérateurs (éleveurs, commerçants locaux,
des animaux du troupeau, la pratique de la bouchers, commerçants exportateurs)
transhumance. Les exploitations d’élevage (Kadekoy-Tigague, 2002). Cette différence de
enquêtées sont sélectionnées dans 12 localités prix n’est pas prise en compte.
choisies également de façon raisonnée, sur la Les formules de calcul des valeurs
base des critères comme : la taille des unités économiques des produits sont les suivantes :
administratives, leur accessibilité, la taille de Valeur d’animaux sur pied = productions
la population (totale, agricole, active), l’accès d’animaux * prix moyen animal ;
aux services communautaires de base (eau, Valeur de la viande = productions de viande
école et santé), la présence d’élevages (bovins * Prix du Kg de viande bovine ;
et petits ruminants). L’effectif total d’animaux Valeur du lait = production de lait * prix à la
du bassin utilisé est tiré des statistiques du ferme du lait cru.
Ministère de l’Agriculture, de l’Elevage et de
la Pêche et de la FAO (FAO, 2010). Les RESULTATS
productions moyennes d’animaux, de viande Les analyses nous révèlent trois
et de lait des deux systèmes d’élevage (semi- résultats majeurs: (a) les paramètres
sédentaire et mobile) ont été estimées à l’aide démographiques des deux principaux
d’un modèle démographique dénommé systèmes d’élevage, (b) les quantités de
DYNMOD (Lesnoff, 2012). Les paramètres

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productions (numériques, de viande et de lait) par le test de comparaison qui a révélé une p-
et (c) les valeurs économiques des produits. value de 0,0173.
D’une façon générale, les taux de
Paramètres démographiques mortalité naturelle (qui ne prend pas en
Le diagnostic sur les systèmes compte les abatages) sont modérés dans les
d’élevage semi-sédentaire et mobile a ressorti deux systèmes (inférieur à 0,10/animal/an).
des différences entre les paramètres des deux Cependant, on note quelques particularités.
systèmes d’élevage, lesquelles, si elles sont Chez les mobiles par exemple, la mortalité des
maintenues dans le temps, pourraient juvéniles (moins d’un an) est la plus faible
engendrer des déficits de production bovine. (0,03/animal/an) alors qu’elle est la plus
Effectifs des cheptels élevée chez les semi sédentaires
L’estimation des effectifs des cheptels (0,10/animal/an). Aussi, chez les semi
bovin des deux systèmes d’élevage du bassin sédentaires, le taux de mortalité des sub
en 2010, issu des statistiques officielles du adultes est faible (0,05/animal/an), ce qui
Ministère de l’Agriculture, de l’Elevage, pourrait s’expliquer par un effectif d’achat de
attribue 21 217 têtes (53%) au système semi- sub adultes élevé ; ce qui atténue l’ampleur de
sédentaire et 18 619 (47%) têtes au système la mortalité. Le test de comparaison des taux
mobile (Tableau 1). de mortalité entre les systèmes semi
Paramètres démographiques sédentaire et mobile n’est pas significatif chez
Deux catégories de paramètres les adultes. Une différence significative est
démographiques sont estimées : les notée entre les taux de mortalité chez les semi
paramètres d’état (structures par sexe et par sédentaire et chez les mobiles au niveau des
âge) et les taux naturels (taux de mise bas et juvéniles.
de mortalité) (Tableau 2). Du point de vue de
la répartition par sexe, pendant que le système Productions des systèmes semi-sédentaire
mobile contient environ 70% de femelles, on et mobile
n’en relève que 60% chez les semi Les productions des systèmes
sédentaires. Cette différence de proportions de d’élevages semi-sédentaire et mobile sont
femelles et particulièrement des vaches qui est exprimées en nombre de têtes de bétail, en
de 36% chez les mobiles et de 34% chez les poids de viande et en volume de lait (Tableau
semi sédentaires, présage de ce que le système 3). L’estimation de la production numérique
mobile pourrait être plus productif que celui révèle une production globale de 3238 têtes.
semi sédentaire. Par contre, une comparaison La contribution du système semi sédentaire
des proportions par classes d’âge, ressort que est estimée à 1318 têtes, soit 41% de la
la part de males subadultes de 27% est production globale ; alors que celle du
exceptionnellement élevée par rapport à la système mobile est estimée à 1920 têtes, ce
part de femelles subadultes qui est de 18%, qui représente 59% de la production globale.
dans le système semi sédentaire. Cette Pourtant, le système semi-sédentaire
situation est à l’opposé de ce qui s’observe représente 53% du cheptel total, contre 47%
dans le système mobile où la proportion de pour le système mobile. La production en
males subadultes (18%) est inférieure à la viande quant à elle, est de 381 tonnes. 52% de
proportion de femelles subadultes (25%). cette production (197 tonnes) sont fournis par
Toutefois, il faut souligner que la part de le système semi-sédentaire et 48% (184
mâles adultes est très faible dans les deux tonnes) par le système mobile. Le système
systèmes, 6% dans le système semi-sédentaire semi-sédentaire qui présente une faible
et 3% dans le système mobile. production numérique a contribué plus que le
Les taux de mise bas estimés dans système mobile à cause de l’embouche qu’elle
l’analyse 12MO, montrent que les élevages pratique. Pour le troisième produit qu’est le
mobiles ont un taux plus élevé (0,46/vache/an) lait, la quantité produite est estimée à 1809000
que les élevages semi sédentaires litres. Le système semi-sédentaire en a fourni
(0,39/vache/an). Cette différence se confirme
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938000 litres (52%) et le système mobile a cent mille (361 800 000) francs CFA pour le
fourni 871000 litres (48%). lait (Tableau 4). De façon globale, la valeur
économique de la production bovine du bassin
Valeurs économiques des productions des est la somme des valeurs en bétail et en lait,
systèmes semi-sédentaire et mobile soit un milliard neuf millions quatre cent mille
La conversion monétaire des (1 009 400 000) francs CFA. Les
productions bovines expriment les valeurs contributions des deux principaux systèmes
économiques directes de la production du naisseurs sont de quatre cent cinquante-un
bassin. Ces valeurs sont respectivement de six millions deux cent mille (451 200 000) francs
cent quarante-sept millions six cent mille CFA pour le système semi-sédentaire et cinq
(647 600 000) francs CFA pour le bétail, cinq cent cinquante-huit millions deux cent mille
cent soixante-onze millions cinq cent mille (558 200 000) francs CFA pour le système
(571 500 000) francs CFA en équivalent mobile.
viande et trois cent soixante-un millions huit

Tableau 1: Effectifs des cheptels des systèmes d’élevages bovins dans le bassin.

Cheptel
Systèmes d’élevage Global Semi-sédentaire Mobile
Effectifs (nb de têtes) 39836 21 217 18 619
Proportions (%) 100 53 47

Tableau 2: Paramètres démographiques des principaux systèmes d'élevage.


Structure sexe-âge (%) valeur-P Signification
(a) (b)
Sexe Catégorie âge Semi-sédentaire Mobile 0,0948 -
F JUV 07 09 0,0033 *
SAD 19 25 0,3650 -
ADU 34 36 0,1185 -
TOTAL 59 70 8,798e-06 ***
M JUV 07 10 3,865e-05 ***
SAD 27 18 0,0033 *
ADU 06 03 6,314e-06 ***
TOTAL 41 30 0,0948 -
Taux de mise bas (/femelle-année * 100)
39 46
Taux de mortalité (/animal-année * 100)
JUV 10 03 0,0396 *
SAD 05 08 0,1084 -
ADU 09 08 0,6612 -
(a)
F = Féminin ; M = Masculin
(b)
JUV = Juvéniles (0 à 1 an), SAD = Sub-adult (> 1 an et < 4 ans), ADU = Adulte (> 4 ans) (Lesnoff 2012).

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Tableau 3: Productions des systèmes semi sédentaire et mobile.


Production numérique (têtes) Production de viande (tonnes) Production de lait (1000 litres)
Semi- Mobile total Semi- Mobile total Semi- Mobile total
Systèmes
sédentaire sédentaire sédentaire
Quantités 1318 1920 3238 197 184 381 938 871 1809
Proportions (%) 41 59 100 52 48 100 52 48 100

Tableau 4:Valauers économiques des productions des systèmes semi-sédentaire et mobile (millions
FCFA).
Valeur de la production Valeur de la production de viande Valeur de la production de lait
numérique
Semi- Mobile total Semi- Mobile total Semi- Mobile total
Systèmes
sédentaire sédentaire sédentaire
Montants 263.6 384 647.6 295.5 276 571.5 187.6 174.2 361.8

DISCUSSION généralement auprès des éleveurs leurs


L’analyse de la différence de structures animaux de trait qu’ils gardent eux-mêmes
entre les systèmes semi-sédentaire et mobile (Houehanou et al., 2008). La situation
révèle bien que la proportion très élevée de diagnostiquée en 2012 dans le bassin de la
jeunes mâles dans le système semi-sédentaire Donga montre que les systèmes d’élevage
ne provient pas des naissances. Il y a donc une bovin du bassin génèrent chaque année, une
importation de jeunes mâles qui pourrait production totale directe équivalente à un
provenir du système mobile (stratégie de milliard neuf millions quatre cent mille (1
complémentarité des systèmes). Autrement 009 400 000) francs CFA, soit six cent
dit, une partie de la production du système quarante-sept millions six cent mille
mobile est transférée au système semi (647 600 000) francs CFA pour le bétail et
sédentaire en âge sub-adulte pour trois cent soixante-un millions huit cent mille
l’engraissement. C’est ce qui permet au (361 800 000) francs CFA pour le lait. La
système semi-sédentaire d’augmenter sa valeur économique de la viande n’est pas
production en viande et dépasser celle du comptabilisée ; car Le chiffre d’affaire des
système mobile dont la production numérique éleveurs repose essentiellement sur la vente
est pourtant supérieure de 602 têtes à celle du des animaux sur pieds et celle du lait (Maman
système semi-sédentaire. et al., 2018). Ce résultat indique que les
Dans cette étude, la valeur économique éleveurs de la Donga pratiquent un élève peu
directe de la production bovine est représentée spécialisé, c’est-à-dire que les objectifs sont
par l’ensemble des produits de l’élevage bovin aussi bien la production du bétail/viande que
qui sont directement vendables sur les celle du lait. En effet, si la vente du bétail
marchés et exprimés en termes monétaires. Il procure au chef de ménage les ressources
s’agit principalement du bétail sur pied, de la nécessaires pour satisfaire les besoins des
viande et du lait. Les produits non membres du ménage, l'équité dans la
commercialisables directement sur les distribution des richesses au sein du ménage
marchés par l’éleveur (fumier, force de octroi aux femmes le revenu issu de la vente
travail, laine, emploies) ne sont pas pris en du lait (Chabi Toko et al., 2015). Les résultats
compte. La traction animale est certes une obtenus mettent également en évidence
réalité dans le milieu d’étude, mais la force de l'importance qu'il y a à évaluer les
travail n’est pas vendue directement par potentialités économiques des systèmes
l’éleveur. Les agriculteurs achètent d’élevages. Pour un marché local de 243615
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habitants, des incertitudes existent quant à la le bassin de la Donga s’est focalisée sur les
capacité de l’élevage bovin à sortir les revenus générés par les productions de bétail
éleveurs de la pauvreté. La valeur moyenne de sur pied, de viande et du lait. Les résultats de
production bovine est de 4143 FCFA/habitant, cette évaluation révèlent que ces productions
alors que la FAO indique une valeur moyenne mobilisent aussi bien les performances
de production totale d’aliments (toutes filières zootechniques des animaux que les
confondues) de 198 I$/habitant au Bénin en opportunités de marché. La contribution de
2012 (FAO, 2013), soit 99000 FCFA/habitant l’élevage bovin est faible dans le
(pour un taux de conversion moyen de 500 développement économique du Bénin.
FCFA/I$). Ce qui donne une contribution de L’étude a mis en évidence des incertitudes
l’élevage bovine de 4% sur la valeur totale des quant à la capacité de l’élevage bovin à sortir
aliments produits par habitant. C’est la preuve les éleveurs de la pauvreté, alors qu’il
que l’élevage bovin est marginalisé dans le constitue une source importante de revenus
développement économique du Bénin. monétaires pour relever le niveau de vie des
Pourtant, quand on s’en tient à quelques populations rurales. Pour exploiter réellement
études sur le rôle de l’élevage dans la le potentiel économique de l’élevage bovin,
formation des revenus des petits paysans, la des investissements ciblés sont nécessaires
conclusion est sans équivoque : c’est une dans le secteur afin de tirer de la production
source importante de revenus monétaires qui animale les ressources nécessaires à une
contribuent un tant soit peu à relever le niveau croissance économique réelle et à la lutte
de vie des populations rurales (Sibiri Zoundi contre la pauvreté.
et Hitimana, 2008). Des études de cas en
Afrique subsaharienne montrent que l’élevage CONFLIT D’INTERETS
apporte 34% des revenus monétaires des Les auteurs déclarent qu'ils n'ont aucun
ménages ruraux contre 14% pour les produits conflit d’intérêts pour cet article.
végétaux et la contribution de l’élevage au
PIB agricole varie de 5% en Côte d’Ivoire à CONTRIBUTIONS DES AUTEURS
44 % au Mali et fournit de l’emploi à environ ASKLS a participé à la conception de
50% de la population économiquement active l’étude, à la production et à l’analyse
(Adow, 2013). L'élevage bovin a un potentiel données, ainsi qu’à la rédaction du manuscrit.
confirmé de contribuer à chacun des huit EA est intervenu dans la relecture et la
OMD et les investissements dans le secteur de correction du manuscrit. LP est intervenu
l'élevage peuvent favoriser la croissance dans la relecture et la correction du manuscrit.
économique de façon significative, la AI a encadré scientifiquement l’étude depuis
réduction de la pauvreté et la réalisation des sa conception jusqu’à la rédaction du
OMD en Afrique (Banque Mondiale, 2014). manuscrit. ML a conçu et mis à la disposition
Cependant, une transformation de de l’équipe, les outils de collecte et d’analyse
l’agroéconomie autour de la production de des données; il a lu et corrigé les résultats des
viande et de lait est nécessaire. Un diagnostic analyses. SM est co-concepteur des outils de
des pertes potentielles de performances et des collecte et d’analyse des données. A ce titre,
facteurs de risques et de vulnérabilité il a suivi et facilité la collecte des données et
faciliterait l’examen de stratégies les analyses statistiques. MH a suivi et
d’optimisation des processus de production encadré scientifiquement l’étude; il a lu et
pastorale et des possibilités de couverture des corrigé le manuscrit.
risques (Abdrahmane, 2006).
REMERCIEMENTS
Conclusion Nos remerciements vont à l’endroit du
La présente étude sur la valeur Centre de Coopération Internationale en
économique directe de l’élevage bovin dans Recherche Agronomique pour le

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K. L. S. A. SOUNON et al. / Int. J. Biol. Chem. Sci. 13(1): 8-17, 2019

Développement (CIRAD) qui nous a aidé à Blein R, Soulé BG, Dupaigre BF, Yérima B.
réaliser des analyses pertinentes. L’argent, 2008. Les potentialités agricoles de
c’est le nerf de la guerre… C’est pourquoi l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).
nous exprimons notre gratitude au projet FARM) 116 p.
"Elevage, Climat et Société" (ECLIS) qui a Chabi Toko R, Adégbidi A, Lebailly P. 2015.
financé en partie la collecte de données. Valorisation des produits laitiers dans les
Merci surtout à tous les éleveurs, à toutes les ménages Peul du Nord-Est du Bénin. Int.
autorités de la commune de Djougou, qui ont J. Biol. Chem. Sci., 9(6): 2716–2726.
accepté de contribuer à la réalisation de cette DOI:
étude et de se rendre disponibles pour les [Link]
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