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Documentation: Chapitre 10

La documentation d'audit est essentielle pour garantir la validité et la rigueur des conclusions des missions d'audit, en fournissant des preuves et en facilitant la supervision et la continuité des travaux. Elle doit être complète, rigoureuse, organisée, précise et exploitable, et inclut divers types de documents tels que des feuilles de travail, des comptes rendus d'entretien et des preuves. La gestion électronique de la documentation offre des avantages en termes d'accessibilité et de sécurité, tout en nécessitant des précautions pour éviter les risques associés.

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Documentation: Chapitre 10

La documentation d'audit est essentielle pour garantir la validité et la rigueur des conclusions des missions d'audit, en fournissant des preuves et en facilitant la supervision et la continuité des travaux. Elle doit être complète, rigoureuse, organisée, précise et exploitable, et inclut divers types de documents tels que des feuilles de travail, des comptes rendus d'entretien et des preuves. La gestion électronique de la documentation offre des avantages en termes d'accessibilité et de sécurité, tout en nécessitant des précautions pour éviter les risques associés.

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CHAPITRE 10

DOCUMENTATION
« L’encre la plus pâle vaut mieux que la mémoire la plus fidèle. »

La documentation est le socle invisible de l’audit interne. Invisible car elle demeure dans l’ombre du rapport
final, dans les classeurs numériques ou physiques que seuls les auditeurs et leurs superviseurs consultent.
Pourtant, sans elle, l’édifice s’effondre. Une constatation non documentée est une opinion sans preuve.
Une recommandation sans dossier de travail est une affirmation sans substance. Un audit sans
documentation est un château de sable que la première marée de contestation emportera.

La documentation, ce sont les papiers de travail, les working papers de nos collègues anglo‑saxons. C’est
la mémoire vive et la mémoire morte de la mission. C’est le récit, fidèle et ordonné, de ce que l’auditeur a
fait, vu, entendu, conclu.

« La documentation, c’est la conscience professionnelle de l’auditeur couchée sur le papier. »

10.1. DÉFINITION ET FINALITÉS DE LA DOCUMENTATION D’AUDIT

La documentation d’audit est l’ensemble des supports – papier ou électroniques – qui consignent :

· Les informations recueillies sur l’entité ou le processus audité ;


· Les procédures d’audit mises en œuvre ;
· Les preuves obtenues (documents, confirmations, captures d’écran, comptes rendus d’entretien) ;
· Les analyses effectuées ;
· Les conclusions tirées et leur justification ;
· Les recommandations formulées.

Les sept finalités de la documentation

1. Fonder les conclusions : apporter les preuves nécessaires à l’appui de chaque constatation et
recommandation.
2. Permettre la supervision : offrir au chef de mission ou au directeur de l’audit la possibilité de vérifier la
qualité et l’exhaustivité des travaux.
3. Faciliter la mémoire : permettre à l’auditeur lui‑même, s’il doit reprendre le dossier des mois plus tard,
de se remémorer précisément le déroulement de la mission.
4. Assurer la continuité : en cas d’absence ou de départ de l’auditeur, un successeur doit pouvoir prendre
le relais sans tout recommencer.
5. Répondre aux revues qualité : les évaluateurs internes ou externes examineront la documentation pour
apprécier la conformité aux normes.
6. Se prémunir des contentieux : en cas de contestation sur une conclusion ou une recommandation, la
documentation constitue la preuve du travail effectué.
7. Capitaliser les connaissances : les dossiers d’audit archivés sont une source d’apprentissage pour les
missions futures.

Encadré 10.1 – Norme 2330 de l’IIA


« Les auditeurs internes doivent documenter les informations pertinentes pour étayer les conclusions et
les résultats des missions. […] La direction de l’audit interne doit contrôler l’accès aux dossiers de mission
et doit obtenir l’autorisation du Conseil et/ou du conseiller juridique avant de les communiquer à des tiers
externes. »

10.2. PRINCIPES FONDAMENTAUX D’UNE BONNE DOCUMENTATION


Cinq principes gouvernent la constitution du dossier d’audit. Ils forment l’acronyme mnémotechnique
C.R.O.P.E. (Complet, Rigoureux, Organisé, Précis, Exploitable).

10.2.1. COMPLÈTE

La documentation doit être suffisante pour qu’un auditeur expérimenté, n’ayant pas participé à la mission,
puisse comprendre :

· Ce qui a été audité (périmètre, période, entités) ;


· Pourquoi cela a été audité (objectifs, risques) ;
· Comment cela a été audité (procédures, échantillons, outils) ;
· Quels résultats ont été obtenus (constatations, preuves) ;
· Quelles conclusions en ont été tirées (opinion, recommandations).

Règle d’or : un dossier d’audit doit se suffire à lui‑même. Aucune information essentielle ne doit être laissée
à la mémoire orale de l’auditeur.

10.2.2. RIGOUREUSE

La documentation doit être fiable et exacte. Elle reflète fidèlement ce qui a été fait et constaté. Elle ne
comporte ni erreur matérielle, ni approximation, ni omission volontaire.

Exigences de rigueur :

· Chaque document produit ou collecté est daté et, le cas échéant, signé ou visé.
· Les sources des informations sont clairement indiquées.
· Les calculs sont vérifiés et justifiés.
· Les abréviations sont définies.
· Les renvois entre documents sont cohérents.

10.2.3. ORGANISÉE

La documentation suit une structure logique et standardisée. Le lecteur doit pouvoir s’orienter facilement
dans le dossier, sans avoir à le parcourir intégralement.

Structure type :

· Section A : Administration de la mission (lettre de mission, programme validé, fiches de temps).


· Section B : Prise de connaissance (notes de planification, entretiens préliminaires, cartographie des
risques).
· Section C : Programmes de travail et feuilles de travail (par processus ou par objectif).
· Section D : Preuves et pièces justificatives (documents collectés, copies, captures).
· Section E : Synthèse et reporting (projet de rapport, réponses de l’audité, rapport final).
· Section F : Suivi (plans d’action, vérifications ultérieures).

10.2.4. PRÉCISE

La documentation est claire et détaillée. Elle évite les généralités, les imprécisions, le jargon inexpliqué.

Exemples comparés :
10.2.5. EXPLOITABLE
La documentation est accessible et utilisable par les personnes autorisées. Cela implique :

· Un classement clair et indexé.


· Un format pérenne (PDF/A pour l’archivage, formats bureautiques courants).
· Une protection contre les altérations (lecture seule après finalisation).
· Une gestion des versions (chaque modification est tracée).

« Un dossier d’audit bien tenu est comme une bibliothèque bien rangée : on y trouve immédiatement
l’ouvrage que l’on cherche, sans avoir à déplacer tous les livres. »

10.3. LES DIFFÉRENTS TYPES DE DOCUMENTS DE TRAVAIL

La documentation d’audit revêt des formes variées, adaptées à la nature des travaux et au support (papier
ou électronique).

10.3.1. LES FEUILLES DE TRAVAIL (WORKING PAPERS)

Ce sont les documents de base de l’auditeur. Une feuille de travail est généralement consacrée à une
procédure d’audit spécifique. Elle comprend :

· Un en‑tête (mission, entité, période, référence, date, auteur).


· L’objectif de la procédure.
· La source des données et la méthode d’échantillonnage.
· Le détail des vérifications effectuées.
· Les anomalies constatées.
· La conclusion sur la procédure.
· La référence aux pièces justificatives.

Figure 10.1 – Modèle conceptuel de feuille de travail

```
┌─────────────────────────────────────────────────────────────┐
│ MISSION : Audit du cycle Achats – Filiale Belgique │
│ RÉF. : BEL‑ACH‑05 │
│ AUDITEUR : M. Dupont DATE : 15/03/N │
├─────────────────────────────────────────────────────────────┤
│ OBJECTIF : Vérifier que les commandes > 5 k€ sont approuvées│
│ conformément à la délégation de pouvoirs. │
│ │
│ POPULATION : Fichier des commandes 01/01/N-2 – 31/12/N-1 │
│ (12 845 lignes) │
│ ÉCHANTILLON : 25 commandes sélectionnées aléatoirement. │
│ │
│ TRAVAIL EFFECTUÉ : │
│ ┌─────┬──────────────┬──────────┬──────────┬─────────────┐ │
│ │ N° │ Fournisseur │ Montant │ Visa │ Conforme ? │ │
│ ├─────┼──────────────┼──────────┼──────────┼─────────────┤ │
│ │ C12 │ Dupont SAS │ 8 200 € │ M. X │ Oui ││
│ │ C45 │ Martin GmbH │ 12 500 € │ Mme Y │ Oui ││
│ │ C78 │ Lefebvre SA │ 6 800 € │ Absent │ NON ││
│ │ ... │ ... │ ... │ ... │ ... ││
│ └─────┴──────────────┴──────────┴──────────┴─────────────┘ │
│ │
│ ANOMALIES : 2 commandes sur 25 sans visa d’approbation │
│ (8 %). │
│ │
│ CONCLUSION : Le taux de déviation constaté (8 %) dépasse │
│ le seuil de tolérance fixé (5 %). Le contrôle │
│ n’est pas efficace. Recommandation : │
│ sensibiliser les acheteurs et renforcer les │
│ contrôles automatisés. │
└─────────────────────────────────────────────────────────────┘

10.3.2. LES COMPTES RENDUS D’ENTRETIEN

L’entretien est une source majeure d’information. Sa traçabilité est essentielle.

Règles de rédaction :

· Mentionner la date, le lieu, la durée, les participants (nom, fonction).


· Indiquer l’objet de l’entretien.
· Restituer les points essentiels de façon synthétique, mais fidèle.
· Distinguer clairement les faits (déclarations de l’interlocuteur) des commentaires ou analyses de
l’auditeur.
· Faire valider le compte rendu par l’interlocuteur (si possible).

Encadré 10.2 – Extrait de compte rendu d’entretien

ENTRETIEN AVEC : Mme Martin, Responsable comptable fournisseurs


DATE : 12/03/N
PARTICIPANTS : Mme Martin, M. Dupont (auditeur)
OBJET : Processus de validation des factures

PROPOS RECUEILLIS :
- « Nous recevons environ 1 500 factures par mois. »
- « Depuis la mise en place du workflow électronique en janvier, toutes les factures > 1 k€ sont
automatiquement routées vers le responsable Achats pour validation. »
- « Il arrive que des factures urgentes soient payées sans attendre cette validation, avec l’accord oral du
chef comptable. Ces cas représentent moins de 5 % du volume. »

ANALYSE DE L’AUDITEUR :
Le contournement occasionnel du contrôle formel crée un risque de paiement sans autorisation, même si
limité. À creuser (échantillon sur les paiements urgents).

10.3.3. LES COPIES DE DOCUMENTS ET CAPTURES D’ÉCRAN

Les preuves physiques ou numériques sont annexées au dossier. Elles doivent être identifiées (source,
date, nature) et référencées (lien avec la feuille de travail correspondante).

Bonnes pratiques :

· Pour les copies papier : dater, signer, numéroter, mentionner « copie conforme ».
· Pour les captures d’écran : inclure la barre d’état ou l’URL, dater, annoter si nécessaire.
· Pour les fichiers électroniques : nommer selon une convention (ex.
« BEL‑ACH‑05_Preuve_facture_12345.pdf »).

10.3.4. LES PROGRAMMES D’AUDIT ET LEURS MISES À JOUR

Le programme d’audit (chapitre 9) fait partie intégrante de la documentation. Il doit être versionné pour
retracer les éventuelles modifications en cours de mission.
10.3.5. LA SYNTHÈSE DE MISSION

Document interne (hors rapport final) qui résume, pour le superviseur, l’avancement, les difficultés
rencontrées, les conclusions provisoires.

10.4. LA DOCUMENTATION ÉLECTRONIQUE

La dématérialisation bouleverse les pratiques documentaires. L’auditeur moderne travaille avec des
dossiers électroniques, des logiciels spécialisés (TeamMate, Galvanize, ACL), des stockages cloud
sécurisés.

Avantages de la documentation électronique :

· Accessibilité à distance (travail en mobilité, équipes dispersées).


· Facilité de recherche (mots‑clés, indexation).
· Partage et collaboration en temps réel.
· Archivage et conservation simplifiés.
· Sécurité (chiffrement, traçabilité des accès).

Risques et précautions :

· Nécessité de sauvegardes régulières.


· Risque d’obsolescence des formats.
· Vigilance accrue sur la confidentialité (accès non autorisés, piratage).
· Nécessité de conventions de nommage et de classement rigoureuses.

« Le passage au tout numérique ne dispense pas de l’ordre et de la méthode. Un dossier électronique mal
nommé, mal rangé, c’est un tiroir virtuel en désordre : on croit gagner du temps, on en perd. »

10.5. LE DOSSIER PERMANENT ET LE DOSSIER DE MISSION

La distinction entre dossier permanent et dossier de mission est classique en audit.

10.5.1. LE DOSSIER PERMANENT

Le dossier permanent rassemble les informations durables sur l’entité auditée, utiles pour plusieurs
missions successives. Il évite de redemander chaque année les mêmes documents.

Contenu typique :

· Statuts, organigramme, délégations de pouvoirs.


· Descriptions des processus et des systèmes d’information.
· Cartographie des risques.
· Historique des audits précédents (synthèses).
· Textes légaux et réglementaires applicables.
· Convention collective, accords d’entreprise.

Mise à jour : chaque mission doit être l’occasion de vérifier la pertinence du dossier permanent et de
l’actualiser.

10.5.2. LE DOSSIER DE MISSION

Le dossier de mission est constitué pour une mission spécifique. Il contient toute la documentation relative
à cette mission. Il est clos à la fin de la mission et archivé selon la politique de conservation de
l’organisation.
Contenu du dossier de mission (synthèse) :

· Documents de planification (lettre de mission, programme, évaluation des risques).


· Documents de travail (feuilles de travail, comptes rendus, preuves).
· Correspondances avec l’audité.
· Projets et version finale du rapport.
· Plans d’action et engagements de la direction.
· Suivi des recommandations (le cas échéant).

10.6. INDICES ET RÉFÉRENCEMENT

Un dossier d’audit bien organisé repose sur un système d’indexation cohérent. Chaque document reçoit
une référence unique qui permet de le situer et de l’identifier.

Exemple de convention de référencement :

[Code entité]-[Code processus]-[Numéro séquentiel]


BEL-ACH-01 → Belgique / Achats / Document n°1
BEL-ACH-02 → Belgique / Achats / Document n°2

Principe de « cross‑referencing » :

· Une feuille de travail cite les pièces justificatives qui l’étayent (ex. : « Voir facture n° F123, référencée
BEL‑ACH‑01‑P01 »).
· Les pièces justificatives portent la référence de la feuille de travail qui les utilise.
· La conclusion renvoie aux feuilles de travail qui la fondent.

« Un dossier non référencé est une bibliothèque sans cote : on sait que le livre est là, mais on ne le trouvera
jamais. »

10.7. LA REVUE DE LA DOCUMENTATION

La documentation n’est pas un exercice solitaire. Elle doit être revue par le superviseur.

Objectifs de la revue :

· Vérifier que les procédures prévues au programme ont bien été exécutées.
· S’assurer que les conclusions sont fondées sur des preuves suffisantes.
· Détecter d’éventuelles erreurs ou omissions.
· Apprécier la qualité et la clarté de la documentation.

Modalités :

· Revue au fur et à mesure (revue continue).


· Revue finale avant diffusion du rapport.
· La revue est tracée (signature, visa électronique, date).
· Les commentaires du superviseur et les réponses de l’auditeur sont conservés.

Encadré 10.3 – Extrait de grille de revue documentaire

· Toutes les procédures du programme sont‑elles documentées ?


· Chaque constatation est‑elle appuyée par une preuve référencée ?
· Les calculs sont‑ils exacts et justifiés ?
· Le langage est‑il précis et professionnel ?
· Les anomalies sont‑elles correctement quantifiées ?
· Les conclusions sont‑elles cohérentes avec les constats ?

10.8. ARCHIVAGE ET CONSERVATION

La documentation d’audit a une durée de vie qui dépasse la clôture de la mission. Elle doit être conservée
pour répondre aux exigences légales, normatives et aux besoins éventuels de consultation ultérieure.

Durées de conservation :

· À défaut de prescription légale spécifique, la norme de l’IIA recommande une conservation d’au moins
cinq ans.
· Certaines activités réglementées (banque, assurance) imposent des durées plus longues (dix ans ou plus).
· Le dossier permanent est conservé sans limitation de durée, tant que l’entité existe.

Conditions d’archivage :

· Intégrité : les documents ne doivent pas être altérés après clôture.


· Sécurité : accès restreint aux personnes autorisées.
· Lisibilité : formats pérennes (PDF/A de préférence).
· Traçabilité : registre des consultations.

10.9. DÉFIS CONTEMPORAINS DE LA DOCUMENTATION

10.9.1. L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE ET L’AUTOMATISATION

Les outils d’audit assisté par ordinateur (CAAT) et les solutions d’intelligence artificielle génèrent une
documentation automatisée : requêtes, analyses, détection d’anomalies.

Question émergente : Comment documenter le travail d’un algorithme ? Faut‑il conserver les scripts, les
paramètres, les jeux de données ? La norme 2330 s’applique : la documentation doit être suffisante pour
permettre la compréhension et la revue du travail effectué, quel qu’en soit l’auteur (humain ou machine).

10.9.2. LA DOCUMENTATION COLLABORATIVE

Les plateformes collaboratives (SharePoint, Teams, Google Workspace) permettent à plusieurs auditeurs
de travailler simultanément sur les mêmes dossiers. Cela exige une discipline collective :

· Verrouillage des documents en cours de modification.


· Gestion rigoureuse des versions.
· Nettoyage des commentaires et des annotations provisoires avant finalisation.

10.9.3. LA SOBRIÉTÉ DOCUMENTAIRE

La tentation du « tout conserver » est forte à l’ère du numérique. Or, une documentation pléthorique nuit à
la lisibilité et augmente les risques de non‑conformité (données personnelles conservées trop longtemps).
L’auditeur doit exercer un jugement professionnel sur ce qui est vraiment pertinent à documenter.

« La documentation n’est pas une fin en soi. Elle est au service de l’audit, non l’inverse. Savoir ce que l’on
doit documenter est aussi important que savoir documenter. »

La documentation est souvent perçue comme la partie la moins gratifiante du travail de l’auditeur. Elle est
chronophage, minutieuse, et reste invisible pour le commanditaire. Pourtant, elle est le garant ultime de la
qualité et de la crédibilité de la fonction.

L’auditeur expérimenté sait que le temps consacré à bien documenter n’est jamais perdu. C’est un
investissement qui protège son travail, facilite la supervision, prépare les missions futures et honore
l’exigence de professionnalisme.
Les auditeurs débutants, pressés d’en finir, négligent souvent cette phase. Ils rédigent des notes hâtives,
oublient de référencer les pièces, conservent des brouillons illisibles. Ils découvrent, lors de la première
revue par leur superviseur, que leur travail est inexploitable. L’apprentissage est parfois rude, mais il est
nécessaire.

« Documenter, ce n’est pas écrire pour écrire. C’est construire, pierre après pierre, l’édifice de la preuve.
Chaque feuille de travail est une pierre. L’édifice ne tient que si les pierres sont solides et bien jointes. »

Je confesse avoir longtemps détesté documenter. Je trouvais cela fastidieux, presque indigne du travail
intellectuel de l’audit. Je préférais courir les entretiens, analyser les données, rédiger les rapports. La
documentation était pour moi une corvée, une obligation administrative que je repoussais autant que
possible.

Un jour, un superviseur exigeant m’a renvoyé un dossier entier en me disant : « Votre travail est bon, mais
votre dossier est illisible. Si vous êtes percuté par un bus demain, personne ne pourra reprendre votre
mission. » La métaphore du bus m’a marqué. Elle m’a fait comprendre que la documentation n’est pas un
supplément d’âme, mais une responsabilité professionnelle et collective.

Depuis, j’ai fait de la documentation une discipline quotidienne. J’ai appris à la soigner sans y passer des
heures. J’ai découvert qu’un dossier bien tenu me faisait gagner du temps à l’étape du rapport, car toutes
les pièces étaient sous la main, toutes les analyses étaient traçables. J’ai même fini par y prendre goût – ce
que je n’aurais jamais imaginé.

Puissent ces lignes convaincre les auditeurs que la documentation n’est pas l’ennemie de l’action, mais
son alliée la plus fidèle.

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