Histoire Des: Mathématiques
Histoire Des: Mathématiques
Préhistoire
Les mathématiques préhistoriques sont mal connues, puisque l'activité mathématique est
essentiellement intellectuelle et ne laisse pas de traces archéologiques. Par exemple, on peut
imaginer que l'Homme a très tôt su compter sur ses doigts, mais rien ne permet de le prouver.
De plus, les quelques traces qui nous sont parvenues sont souvent interprétables de plusieurs
manières. Par exemple une série d'encoches de 13 traits dans la pierre est-elle : un processus
de comptage ? le signe de la connaissance des nombres premiers ? un calendrier ? ou une
expression artistique dénuée de tout lien avec les nombres ?
Pythagore
Pythagore de Samos - Grec (-569 ; -475)
Pythagore est né à Samos (Grèce) vers -570 avant J.C. Sa mère s’appelle Pythais et son
père Mnesarchus.
Il est à la fois mathématicien, astronome, savant et philosophe.
Pythagore ne nous laisse aucun écrit et de ce fait nous ne savons pas grand-chose de ses
travaux et de sa vie. Certains historiens prétendent même que le personnage
de Pythagore n’aurait pas existé et que son nom est plutôt associé à une communauté de
savants.
Pythagore acquiert ses connaissances au cours de ses voyages (Syrie, Egypte, Babylone, ...).
Il fait progresser l'arithmétique (science des nombres) et agrandit l'univers des maths avec la
musique (voir plus bas) et la mécanique.
Pythagore est un des premiers à affirmer que la terre est sphérique et qu'elle gravite avec
d'autres planètes autour d'un feu central. Mais cette théorie ne repose pas sur des concepts
scientifiques mais plutôt philosophiques et esthétiques. Pythagore considère la sphère comme
le solide le plus parfait. La terre qu’il voit comme une création de Dieu, ne peut avoir qu’une
forme parfaite donc sphérique. Le mouvement des planètes repond selon lui à une harmonie
musicale : l'harmonie des sphères.
Le théorème de Pythagore bien connu des élèves de 4e, n'est en fait pas une découverte
de Pythagore, il était déjà connu sur des cas particuliers par les Chinois et les Babyloniens
1000 ans avant lui. La Columbia Institut conserve la célèbre tablette d’argile qui présente ce
théorème. Elle est écrite en caractères cunéiformes et est baptisée Plimpton 322.
Les Egyptiens connaissaient aussi le théorème. Ils utilisaient la corde à 13
noeuds (régulièrement répartis) qui une fois tendue formait le triangle rectangle 3 ; 4 ; 5 et
permettait d’obtenir un angle droit entre deux « longueurs ». Corde qui sera encore utilisée
par les maçons du XXe siècle pour s’assurer de la perpendicularité des murs.
A Crotone, Pythagore crée une école proche d'une secte qui donne une interprétation
mystique des nombres : la Fraternité pythagoricienne.
Cette école comprend deux catégories de disciples :
• les acousmaticiens (qui ne s'attachent qu'au résultat d'une théorie : les auditeurs)
• les mathématiciens (qui démontrent le résultat : les initiés).
Son symbole est le Pentacle ou Pentagramme formé d’un pentagone et d’une étoile à cinq
branches. Cette figure qui possède la particularité de contenir le nombre d’or peut par
enchevêtrements se reproduire à l’infini.
Le fondement de la Fraternité est : "Tout est nombre".
"Nombre" au sens d'un entier ou d'une fraction. L'erreur des pythagoriciens est d'avoir
toujours nié l'existence des nombres irrationnels.
Par la diagonale d'un carré de côté 1, ils trouvent le nombre inexprimable qui étonne
puis bouleverse les pythagoriciens. Dans un carré d'une telle simplicité niche un nombre
indicible et jamais rencontré jusqu'alors. Cette découverte doit rester secrète pour ne pas
rompre le fondement même de la Fraternité jusqu'à ce qu'un des membres, Hippase de
Métaponte, trahisse le secret. Celui-ci périra "curieusement" dans un naufrage !
Les pythagoriciens proposent aussi une classification des nombres :
- 1, 4, 9, 16, ... sont appelés les carrés.
- 1, 3, 6, 10, 15, ... soient les nombres de la forme n(n+1)/2 sont appelés les triangles.
- les nombres non premiers sont appelés les rectangles ou oblong (voir Les nombres
premiers pour comprendre).
Outre ces théories scientifiques, Pythagore s’attache aussi à des concepts philosophiques. Il
est peut-être même à l’origine du mot « philosophie » qu’il définit comme « l’amour de la
sagesse ».
Il croit en la métempsychose, doctrine d’origine indienne basée sur la transmigration de
l’âme. Les pythagoriciens prétendent pouvoir revivre sous une autre forme, se réincarner sous
une autre apparence, humaine ou même animale …
Aux environs de 510 avant J.C., la Fraternité pythagoricienne se trouve au centre de quelques
conflits dont l’attaque des habitants de Sybaris. Pythagore finit par fuir la ville et son école
pour s’exiler à Métaponte où il meurt à un âge très avancé.
La Fraternité perdurera pendant plus d'un siècle encore.
Euclide
Euclide d'Alexandrie - Grec (-320? ; -260?)
Euclide est un des plus grands mathématiciens de l’Antiquité et pourtant on ne connaît pas
grand chose de sa vie.
Il aurait commencé ses études dans l’Académie, l’école d’Athènes fondée par Platon. Il y
apprend la géométrie d’Eudoxe de Cnide(-408 ; -355) et de Théétète d'Athènes (-415 ; -369).
On sait qu’il vit à Alexandrie en Egypte, ville érigée par Alexandre le Grand en 331 avant J.C.
et célèbre pour son phare aujourd'hui détruit.
Dans la prestigieuse Ecole d’Alexandrie, il dirige une équipe de mathématiciens qui
participent à l’écriture de son œuvre. Cette école connaîtra plus tard d’autres savants tels
qu’Archimède de Syracuse (-287 ; -212) et Apollonius de Perge (-262 ; -190).
Copie en grec des Eléménts (IXème siècle)
L’ œuvre phénoménale, « Les éléments », que nous laisse Euclide, servira de base à toute la
géométrie pendant plus de 2000 ans. Après la Bible, c'est l'ouvrage qui possède le plus
d'éditions. Une vraie encyclopédie, composée de 13 livres, qui traite des figures géométriques,
des polygones inscrits et circonscrits à un cercle, des proportions, de la géométrie dans
l’espace ainsi que des nombres. Deux autres livres seront complétés plus tard
par Archimède (cercles, cylindres, Apollonius (cônes, coniques : ellipse, parabole,
hyperbole).
Les premières démonstrations rendent cette œuvre novatrice pour l’époque. Euclide apporte
des définitions rigoureuses et démontre les grands théorèmes de ses ancêtres, comme ceux
de Thalès de Milet (-624 ; -548) et Pythagore de Samos (-569 ; -475) par exemple.
Dans "Les éléments", on trouve en particulier les cinq postulats qui fondent les bases de la
géométrie.
« Postulat » vient du latin « postulare = demander ». Un postulat est un principe que l’on
demande d’accepter, qui est admis pour établir une démonstration ou pour la poursuite d’une
théorie.
Postulat 1 :
Par deux points distincts, il passe une droite et une seule.
Postulat 2 :
Tout segment est prolongeable en une droite.
Postulat 3 :
Deux points distincts étant donnés,
il passe un cercle et un seul de centre le premier point et passant par le second.
Postulat 4 :
Tous les angles droits sont égaux entre eux.
Postulat 5 :
Par un point extérieur à une droite, il passe une droite et une seule parallèle à la droite
donnée.
Lobatchevski
Par la suite, d’autres géométries non euclidiennes seront créées comme la géométrie
sphérique de l'Allemand Bernhard Riemann(1826-1866) :
« Il n'existe pas de parallèle passant par un point extérieur à une droite donnée. »
Un exemple "concret" de cette géométrie se trouve par exemple sur la sphère :
« Deux droites quelconques sont sécantes en deux points. (!!!) »
Dans le livre XIII, Euclide étudie aussi les cinq polyèdres réguliers (dits de Platon). Il
démontre qu’il en existe cinq et cinq seulement : le tétraèdre, l'octaèdre, l’icosaèdre, le cube et
le dodécaèdre.
(Les faces d’un polyèdre régulier sont des polygones réguliers tous identiques.)
Les livres VII, VIII et IX parlent d'arithmétique (science des nombres). Euclide travaille en
particulier sur les nombres premiers (nombre ayant aucun diviseur autre que 1 et lui-même) et
prouve entre autre que leur nombre est infini. Il ne l'affirme pas de cette manière car les grecs
de l'Antiquité refusent toute idée de la notion d'infini actuelle. Il énonce :
« Les nombres premiers sont plus nombreux que toute multitude de nombres premiers
proposés. »
Sa démonstration va dans ce sens. Soit un nombre premier : 7 par exemple. Démontrons qu'il
en existe un plus grand. Formons alors le produit des nombres premiers inférieurs ou égaux
augmenté de 1, soit 2x3x5x7+1. Ce nombre n'est pas divisible par 2, ni par 3, 5 ou 7. Il est
donc premier et plus grand que 7.
Ce raisonnement peut être reproduit avec tout nombre premier.
Il invente aussi un algorithme bien célèbre qui porte aujourd’hui le nom d’algorithme
d’Euclide permettant de calculer le PGCD de deux nombres. Algorithme qu'il utilise
également pour donner une méthode permettant de vérifier que deux nombres sont premiers
entre eux.
Son œuvre ne s’arrête pas aux "Eléments". Il énonce 94 propositions sur les figures dans «
Data », il étudie des partages de constructions dans « Les divisions », il étudie les perspectives
dans « Optique » et dans «Phénomène», il traite d’astronomie.
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Internet Archive Les éléments d'Euclide par Oliver Byrne
m@ths et tiques Les cinq polyèdres de Platon
Bibliographie
Nous le connaissons d'abord pour avoir donné une approximation très précise (3,14185)
du nombre Pi.
Les géomètres grecs de l’Antiquité savent que la circonférence d’un cercle et son diamètre
varient de façon proportionnelle. Le rapport de la circonférence au diamètre reste donc une
valeur constante, il s’agit de Pi.
La démarche d’Archimède s’inspire de la méthode d’exhaustion due à Eudoxe de Cnide (-
408 ; -355).
Elle consiste à encadrer un cercle de rayon 1 par des polygones réguliers dont il sait calculer
le périmètre de façon précise.
Il applique cette méthode en prenant des polygones à 96 côtés et obtient une valeur approchée
de la circonférence pour en déduire un encadrement de Pi :
Ce qui est remarquable à cette époque puisqu'on ne dispose pas encore d'un système de
numération performant et les figures se dessinent souvent sur le sable.
Archimède généralisera et perfectionnera la méthode d’exhaustion pour de nombreux calculs
d’aires et de volumes en construisant une autre figure « très proche » dont on connaît l’aire ou
le volume.
Il prouve par exemple que l’aire d’une sphère est égale à quatre fois celle de son grand cercle
et qu'une boule inscrite dans un cylindre occupe les deux tiers de son volume.
Cette preuve aurait demandé tant d’efforts à Archimède qu’il fait le vœu que l’on grave sur sa
tombe une sphère inscrite dans un cylindre.
Archimède est aussi l'auteur d'une étude précise sur une spirale qui porte aujourd'hui le nom
de spirale d'Archimède. Chaque point de la spirale est défini à partir d'un angle polaire et
d'un rayon variant uniformément.
En physique, il étudie la statique, la mécanique, l'hydrostatique et l'optique. Il s'intéresse par
exemple aux centres de gravité définis dans son livre sur la mécanique. Et nous lui devons
bien sûr, la poussée d'Archimède à qui, il a laissé son nom.
"Tout corps plongé dans un liquide subit de la part de celui-ci, une poussée exercée du bas
vers le haut, et égale, en intensité, au poids du liquide déplacé."
L'histoire raconte que le roi Hiéron posséde une couronne qui pèse bien le poids d'or qu'il a
donné à son bijoutier mais il n‘est pas sûr que le bijoutier ne l'ait pas trompé en travaillant la
couronne avec d’autres matériaux que de l’or pur.
Il demande donc à Archimède de s'assurer de la supercherie sans refondre la couronne. Dans
son bain, Archimède prend conscience de la poussée de l'eau sur tout corps plongé. Celui-ci
est si joyeux d'avoir trouvé la solution qu'il sort de l'eau et traverse la ville de Syracuse, tout
nu, en criant "Eurêka!" (J'ai trouvé!).
Ainsi Archimède pèse de l'or dans l'eau puis hors de l'eau. Il constate que dans l'eau, l'or perd
un vingtième de son poids. Il fait la même expérience avec la couronne du roi et s'aperçoit que
dans l'eau la couronne perd plus d'un vingtième de son poids. Donc la couronne n'est pas faite
que d'or pur. Le roi a été trompé !
Archimède est aussi un fabuleux inventeur de machines de guerre avec lesquelles la ville de
Syracuse résistera contre l'envahisseur romain pendant plusieurs années.
Il met au point la catapulte qui permet de projeter de lourdes pierres sur les vaisseaux
romains, le miroir parabolique que les syracusains utiliseront, dit-on, pour mettre le feu aux
voiles des navires. Il a également l'idée des meurtrières, trous de la largeur d’une main taillés
dans la muraille pour permettre aux archers de tirer des flèches tout en se protégeant.
Archimède est aussi l'inventeur de la roue dentée, de la poulie et du levier. Il met au point
des machines capables de décupler la force que l’on y exerce pour soulever des poids très
lourds.
Citons à ce sujet d’Archimède :
"Donnez-moi un point d'appui et je soulèverai le monde"
En Egypte, Archimède invente encore la vis sans fin (appelée aussi le limaçon) et la vis à
eau servant à faire remonter de l’eau que les habitants du bord du Nil utilisent pour arroser
leurs terrains agricoles.
Vis à
eau
Vis permett
san ant de
s faire
fin remonte
r un
liquide
Après plusieurs années de siège, les romains réussissent finalement à prendre la
ville. Archimède est épargné par le général romain Marcellus.
Mais une légende raconte la mort tragique d'Archimède. Le savant traçant des figures sur le
sol, est troublé par un soldat romain.
"Tu déranges mes cercles", dit-il.
Celui-ci, vexé, tue Archimède d'un coup d'épée.
Mais rien n'affligea tant Marcellus que la mort d'Archimède. Ce philosophe était alors chez
lui, appliqué à quelque figure de géométrie; et comme il donnait à cette méditation tout son
esprit et tous ses sens, il n'avait pas entendu le bruit des Romains qui couraient de toutes
parts dans la ville, et il ignorait qu'elle fût en leur pouvoir. Tout à coup il se présente à lui un
soldat qui lui ordonne de le suivre pour aller trouver Marcellus. Il refuse d'y aller jusqu'à ce
qu'il ait achevé la démonstration de son problème. Le Romain, irrité, tire son épée et le tue.
D'autres disent qu'un soldat étant allé d'abord à lui, l'épée à la main, pour le tuer, Archimède
le pria instamment d'attendre un moment, afin qu'il ne laissât pas son problème imparfait; et
que le soldat, qui se souciait fort peu de sa démonstration, le perça de son épée. Un troisième
récit, c'est qu'Archimède étant allé lui-même porter à Marcellus, dans une caisse, des
instruments de mathématiques, tels que des cadrans au soleil, des sphères, et des angles avec
lesquels on mesure la grandeur du soleil, des soldats qui le rencontrèrent, croyant que c'était
de l'or qu'il portait dans cette caisse, le tuèrent pour s'en emparer. Mais ce qui est avoué de
tous les historiens, c'est que Marcellus fut très affligé de sa mort, qu'il eut horreur du
meurtrier comme d'un sacrilège, et qu'ayant fait chercher les parents d'Archimède, il les
traita de la manière la plus honorable.
Empire romain
Les Romains écrivaient les nombres avec des chiffres représentés par des lettres I (1), V (5),
X (10), L (50), C (100), D (500) et M (1000). Pour le calcul, ils utilisaient une planche à
compter appelée abaque, qui était pratique pour l'addition mais assez peu pour la
multiplication.
Article à lire : Chiffres romains.
Les Romains on récupéré les connaissances mathématiques grecques mais les ont très peu
développées. On peut citer les découvertes géométriques de Ptolémée (IIe siècle après J-C),
mais il les a développé principalement pour sa pratique astronomique.
On a tendance à décrire les Romains comme des pragmatiques, peu intéressés par
l'abstraction, et cherchant l'efficacité. Ils ont utilisé les mathématiques surtout pour mener à
bien leurs grands travaux (construction d'aqueducs, de temples, de monuments) pour lesquels
ils ont développé une grande précision.
Autres grandes civilisations
D'autres civilisations ont développé des mathématiques originale indépendamment des
mathématiques occidentales.
Chine
Les mathématiques chinoises sont apparues vers -1400. Les Chinois utilisaient un système de
numération à base décimale sans zéro, et savaient écrire les nombres négatifs et les nombres
décimaux.
Article à lire : Numération chinoise.
Japon
Sangaku japonais datant de 1859
Le Japon a une longue histoire. Le développement des mathématiques a principalement eu
lieu durant l'époque Edo (1603-1867), quand le pays est coupé du reste du monde. Les
mathématiques japonaises (wasan) s'opposent aux mathématiques occidentales (yosan) et
seront abandonnées à l'époque Meiji(1868-1912) quand l'empereur ouvrira son pays au reste
du monde.
Les mathématiques japonaises prennent leur source dans les mathématiques chinoises. Les
mathématiciens japonais vont développer l'arithmétique et le calcul infinitésimal. Yoshida
Schichibei Koyu a écrit Jinkoki (1627), un livre sur les méthodes de calcul avec le boulier
japonais (le soroban).
Parmi les traces archéologiques, il y a les sangaku3 : des tablettes, souvent en bois, proposant
un problème mathématique (souvent géométrique) aux étudiants. Au verso, la solution est
détaillée et le résultat est donné. Ils montrent que les japonais maîtrisaient bien les théorèmes
de géométrie euclidienne(sans passer par la démonstration axiomatique des Éléments) et
résolvaient des problèmes complexes de calcul de longueurs de surface et de volume (avec
des polyèdres, des cercles, des ellipses, des paraboles, des sphères...).
Civilisation islamique
Entre 600 et 1500 après J-C, le monde arabo-musulman connaît un développement important
des mathématiques. Héritiers des Grecs et des Indiens, les mathématiciens arabes vont
profondément transformer la discipline, développant la géométrie et la trigonométrie et
fondant l'algèbre. Elles seront transmises à l'Occident vers la fin du Moyen-Âge.
Article à lire : Mathématiques de la civilisation arabo-musulmane.
Les mathématiques occidentales
Moyen-Âge et Renaissance
Manuscrit du Liber abaci, conservé à la Bibliothèque nationale de Florence
Les mathématiques stagnent en Europe médiévale. Du Ve au Xe siècle, le trivium (rhétorique-
grammaire-dialectique) domine le quadrivium (arithmétique-musique-géométrie-astronomie).
Elles connaîtront un nouvel essor à partir du Xe siècle avec la découverte des textes arabes
(en Espagne musulmane et en Sicile), qui véhiculent la science grecque.
Gerbert d'Aurillac (938-1003) va faire découvrir l'écriture des nombres en chiffres arabes.
Mais c'est durant les XIIe et XIIIe siècles que les musiciens et les commerçants vont les
adopter et les diffuser, pour des raisons de facilités de calcul. Léonard de Pise, dit Fibonacci
(Italie, 1180-1250) va écrire un traité de leur utilisation, le Liber abaci. Les nombres
irrationnels et les nombres négatifs vont être utilisés et acceptés comme solutions à des
problèmes, ce que les mathématiciens arabes avaient refusé de faire.
Omar Khayyam (livre)
En 1434, Gutenberg invente l'imprimerie. La fabrication plus rapide et facile de livres va faire
baisser les prix, ce qui permettra une diffusion plus aisée et rapide des connaissances
scientifiques. Les premiers livres de mathématiques imprimés sont Les éléments d'Euclide en
1482, De la sphère et du cylindred'Archimède et la Summa de Lucas Pacioli en 1492
(compilation du savoir mathématique de l'époque). Des bibliothèque publiques sont ouvertes
par les princes pour abriter ces ouvrages, comme à Florence ou Rome.
Giordano Bruno (livre)
Durant la Renaissance, les sciences se développent en parallèle des autres sciences,
notamment en Italie, en France, en Pologne et en Allemagne. les mathématiciens inventent de
nouvelles notations pour écrire des nombres et des calculs de plus en plus complexes. Jusqu'à
présent en effet, les résolutions se faisaient essentiellement en phrases, ce qui rendaient les
textes longs et confus. Les symboles mathématiques inventés par le français François Viète, le
hollandais Simon Stevin, l'allemand Stifel, l'anglais Recorde, l'italien Raphaël Bombelli, et
bien d'autres, permettront de les alléger considérablement.
Ce nouveau langage permettra le développement de l'algèbre fondée par les mathématiciens
arabes. Les mathématiciens italiens du XVIe siècle vont se stimuler à travers des défis et
trouver les formules pour calculer les solutions d'équations du troisième et du quatrième
degré.
En 1580, Viète est nommé maître des requêtes au parlement de Paris et conseiller privé
d’Henri IV. Il est chargé de décrypter les messages secrets interceptés que s’envoient les
espagnols. Il y arrive systématiquement ce qui provoque l’exaspération de ses ennemis qui
finissent par l’accuser de sorcellerie et le dénoncer au pape.
Pour se défendre de ses accusateurs, Viète exposera en 1590 sa méthode dans un traité.
Henri IV
En 1591, il publie un nouvel ouvrage de
18 pages, "In artem ananyticam
isagoge" qui représente une avancée
considérable pour l’algèbre. Avec Viète,
le calcul littéral trouve ses bases dans le
but de résoudre tout problème. Les
grandeurs cherchées sont désignées par
des voyelles et les grandeurs connues par
des consonnes.
Les symboles d’opérations sont
officialisés : +, -, une barre horizontale
pour : et in pour x ; la multiplication par
2 est notée bis. Pour les parenthèses, il
utilise des accolades.
La notion d’équations y est longuement
développée et une théorie sérieuse
commence à se mettre en place. Avant
les équations étaient résolues de façon
géométrique. Les identités remarquables,
par exemple, reposant par le passé sur
des concepts géométriques deviennent
avec Viète des formules proprement
dites.
Par exemple, l’équation 12 + 5 x = 20 se
note 12 + 5 in A aequatur 20.
Viète calcule également une valeur
approchée avec 10 décimales exactes
de Pi.
2e semestre
XVIIe et XVIIIe siècles
La vie scientifique
Durant cette période, la science s'autonomise, se codifie et s'éloigne de la
religion. Galilée, Francis Bacon et René Descartes établiront les règles de la méthode
scientifique. Rompant avec la pensée antique, qui cherchait à expliquer le pourquoi, il s'agit
désormais d'expliquer le comment.
Les mathématiques deviennent le langage permettant aux autres sciences de décrire la nature.
En 1623, Galilée écrit dans Il Saggiator : « L'univers est écrit en langue mathématique, et ses
caractères sont des triangles, des cercles et autres figures géométriques, sans le moyen
desquels il est humainement impossible d'en comprendre un mot.}}
Les savants sont souvent des amateurs. S'ils ont de la chance, ils sont pris en charge par
un mécène, qui leur demande souvent d'être précepteur de leur enfant en échange. Il faut donc
suivre la cour du protecteur, et les mathématiciens sont isolés les uns des autres. Mais le
développement de la correspondance au XVIIe siècle et des périodiques au XVIIIe siècle va
permettre d'échanger des idées à travers toute l'Europe.
Les Universités, fidèles au cursus médiéval, ne jouent aucun rôle dans le développement des
sciences. Les mathématiciens sont des innovateurs et forment un réseau indépendant, souvent
en lien avec la Compagnie des Jésuites (comme Descartes, Mersenne, Fontenelle ou Cassini).
En revanche, les pouvoirs royaux vont créer des académies de savants où ils pourront se
rencontrer, mener leurs travaux et valider les avancées scientifiques : Academia dei lincei
à Rome (1603), Royal society à Londres (1645), Academia del Cimento à Florence (1657),
Académie des sciences à Paris (1666)…
Les voyages permettent le brassage des idées et des cultures. Paris, Florence, Amsterdam,
Londres, Rome sont des passages obligés pour l'étudiant en mathématiques. Le latin reste la
langue de référence pour communiquer. Cependant au XVIIIe, les idées
des Lumières poussent à diffuser la connaissance au plus grand nombre et les langues
nationales gagnent du terrain. L'Encyclopédie est écrite en français. Plusieurs de ses
rédacteurs sont des mathématiciens importants, en particulier Jean Le Rond d'Alembert.
Naissance de l'analyse
La principale avancée de cette période concerne la naissance de l'analyse, avec l'invention de
la géométrie analytique et du calcul infinitésimal. On peut aussi noter l'invention
du logarithme en 1614 par l'anglais John Napier qui facilitera et raccourcira grandement les
calculs.
Le calcul infinitésimal permet à Newton de calculer les orbites des astres du système solaire
La géométrie analytique est inventée par Renée Descartes en 1637 dans La géométrie. A la
suite de Galilée qui a amené le mouvement dans la géométrie, Descartes voit les courbes
comme l'évolution d'un point dans le temps. Il innove en plaçant ces courbes dans un repère et
en voyant les coordonnées comme des fonctions du temps. Il se lance alors dans une
classification des courbes selon l'équation qui lie leurs coordonnées.
Le calcul infinitésimal est inventé en parallèle par l'anglais Isaac Newton entre 1671 et 1704
(pour exprimer et utiliser ses lois de la gravitation) et l'allemand Gottfried Leibniz entre 1675
et 1684 (pour résoudre des problèmes de calcul d'aires et de tangentes à une courbe). Une
querelle de postérité aura lieue entre ces deux savants.
Le développement de l'analyse s'est nourri des problèmes de l'astronomie et de la physique.
Le monde et ses lois vont être traduits en équations, que l'on manipulera avec le calcul
infinitésimal et visualisera avec la géométrie analytique. Mécanique des corps, mécanique des
fluides, mécanique des ondes, optique, acoustique… aucune science n'échappera à la
mathématisation. La prédiction en 1705 par Edmund Halley du retour de la comète qui portera
son nom marquera le triomphe de la physique mathématique.
Une synthèse des connaissances en analyse sera menée au XVIIIe siècle par les deux grands
mathématiciens du siècle, le suisse Leonhard Euler (étude de la fonction exponentielle et des
fonctions trigonométriques, classification des fonctions, établissement des notations encore
utilisées aujourd'hui) et le français Joseph-Louis Lagrange (règles du calcul différentiel et du
calcul intégral).
Les autres domaines
D'autres disciplines connaissent d'importantes innovations :
Probabilités : elles sont inventées par Blaise Pascal et Pierre de Fermat en 1654. Elles
seront développées tout au long du XVIIIe siècle.
Algèbre : les mathématiciens recherchent sans succès les formules donnant les
solutions des équations du cinquième degré et plus ; le concept de matrice est
développé à partir de 1748 par les britanniques Colin MacLaurin et Gabriel Cramer ;
en 1746, après plusieurs tentatives infructueuses d'Euler et Lagrange, D'Alembert
démontre, mais de manière imparfaite, le Théorème fondamental de l'algèbre.
Géométrie : de nouvelles branches émergent, développant des points de vue différents
et originaux ; Girard Desargues fonde la géométrie projective en 1636 dans Pratique
de la perspective, ses travaux seront développés par Blaise Pascal, Philippe de la Hire
et Isaac Newton et mèneront à la géométrie descriptive de Gaspard Monge dans les
années 1790 ; Leonhard Euler fonde la théorie des graphes en résolvant le problème
des sept ponts de Königsberg en 1736.
Arithmétique : Bachet de Méziriac traduit les Arithmétiques de Dophiante en 1624 ;
Pierre de Fermat énonce un grand nombre de propositions, dont son Grand Théorème,
dont la quête de la démonstration occupera les mathématiciens pendant 300 ans ;
Mersenne, Fermat, Goldbach, Descartes et Euler s'intéressent aux nombres
premiers (formules pour en trouver, répartition dans la suite des nombres entiers).
XIXe siècle
La vie scientifique
Les mathématiques sont dominées au début du siècle par Carl Friedrich Gauss et à la fin
par Henri Poincaré. La discipline se professionnalise. Jusqu'à présent, seuls de fortunés
amateurs pouvaient soit pratiquer eux-mêmes, soit entretenir des génies. En plus, il est
désormais très difficile de maîtriser l'ensemble des sciences et les savants sont de moins en
moins polyvalents. Gauss et Poincaré sont les derniers génies universels.
Les revues spécialisées se multiplient : Journal für die reine und angewandte Mathematik de
Crelle, Journal de mathématiques pures et appliquées de Liouville,Acta Mathematica de
Mittag-Leffler… Le latin est remplacé par les langues nationales. La France et l'Allemagne
sont en pointe, suivis par la Grande-Bretagne et l'Italie.
Pour faire face aux besoins du progrès technique (machine à
vapeur, électricité, magnétisme…), la société est en demande d'ingénieurs aux méthodes
efficaces et rapides. Pour les former les universités se modernisent et accueillent les sciences
modernes et de grandes écoles sont crées : Polytechnique, Centrale… La séparation
mathématiques pures et mathématiques appliquées apparaît.
La quête des fondements
Le XIXe siècle est une longue quête de la clarification des fondements de la discipline. Les
mathématiciens rêvent d'une science absolument rigoureuse et claire : Charles Babbage
et Ada Lovelace s'interrogent sur les machines à calculer et la programmation (entre 1812 et
1844) ; George Boole établit les règles de la pensée logique (1854), Georg Cantor fonde la
théorie des ensembles en s'interrogeant sur la nature de l'infini (1872), Giuseppe Peano
détermine les axiomes fondamentaux de l'arithmétique (1889). Ces travaux sont la source de
la crise des fondements du XXe siècle.
L'arithmétisation de l'analyse
Augustin Louis Cauchy met de l'ordre dans l'analyse en définissant rigoureusement les
notions (limite, infiniment petit), en choisissant des notations rigoureuses et en redémontrant
les théorèmes fondamentaux. Cela permet à lui et ses successeurs de développer la théorie des
fonctions à variable complexe et la résolution des équations différentielles. Bernhard
Riemann (en utilisant la géométrie) et Karl Weiestrass (utilisant la logique pure)
synthétiseront ces travaux et détailleront la construction des ensembles de nombres.
L'algèbre moderne