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JJMLL: La Métaphore Terminologique Dans Le Domaine de L'informatique

Cet article examine la métaphore terminologique dans le domaine de l'informatique, en se concentrant sur deux types de métaphores : par forme et par fonction. Il explore comment la métaphorisation permet de conceptualiser de nouveaux référents en l'absence de termes spécifiques, en utilisant des traits sémantiques pour créer des représentations mentales. L'étude souligne l'importance de la métaphore comme outil cognitif et terminologique dans le langage spécialisé.

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JJMLL: La Métaphore Terminologique Dans Le Domaine de L'informatique

Cet article examine la métaphore terminologique dans le domaine de l'informatique, en se concentrant sur deux types de métaphores : par forme et par fonction. Il explore comment la métaphorisation permet de conceptualiser de nouveaux référents en l'absence de termes spécifiques, en utilisant des traits sémantiques pour créer des représentations mentales. L'étude souligne l'importance de la métaphore comme outil cognitif et terminologique dans le langage spécialisé.

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Jordan Journal of Modern Languages and Literatures Vol.16, No.

1, 2024, pp57-73
JJMLL

La Métaphore Terminologique dans le Domaine de l’Informatique †


Jaber AbuAlasal *
Département de Français et d’Anglais, Université Al-Zaytoonah, Jordanie
Institut Français du Proche-Orient, Jordanie

Laïth Ibrahim, Ayman Alsmadi


Département des Langues Européennes, Université de Mutah, Jordanie

Received on: 24-7-2022 Accepted on: 12-3-2023

Résumé

Cet article aborde la métaphore terminologique des mots composés dans le domaine de
l’informatique du point de vue cognitif. En considérant la métaphore comme un outil de conceptualisation
cognitive, l’article a pour objectif d’expliciter les mécanismes de métaphorisation de deux types de
métaphore : la métaphore par forme et la métaphore par fonction. La première désigne les propriétés
physiques associées à l’objet désigné. La deuxième mobilise les qualités fonctionnelles. Il s’agit de
montrer comment la métaphorisation, qui résulte d’une résolution de conflit, s’effectue non seulement par
la suspension de traits sémantiques mais aussi par l’acquisition de certains traits sémantiques. Ce
processus de métaphorisation, qui crée une nouvelle représentation mentale, est un moyen apte à exprimer
une pensée organisée et structurée dans le but de décrire un nouveau référent extralinguistique en cas
d’absence de terme savant.
Mots-clés : Métaphore, Cognition, Langue de spécialité, Métaphore terminologique, Informatique.

Metaphorical Abstraction in Compound Terms in Computing


Abstract

This article is devoted to the terminological metaphor of compound words in the computer science
field from a cognitive point of view. By considering the metaphor as a tool of cognitive
conceptualization, the article tries to explain the mechanisms of metaphorization of two types of
metaphor: the metaphor by form and the metaphor by function. The first designates the physical
properties associated to the related object. The second calls to the functional qualities. It is a question of
showing how metaphorization is carried out not only by the suspension of semantic features, but also by
the acquisition of certain semantic features. This process of metaphorization is a suitable way to describe
an organized and structured thought with the aim of describing a new extralinguistic referent in the
absence of a scholarly term.
Keywords: Metaphor, Cognition, Specialized Language, Terminological metaphor. Informatic.


2024 JJMLL Publishers/Yarmouk University. All Rights Reserved.
*
Doi : [Link]
*
Corresponding Author: jaber-abualasal@[Link]
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AbuAlasal, Ibrahim, Alsmadi

1. Introduction
L’informatique est un domaine riche en unités terminologiques. Ces unités sont représentées
quelquefois sous forme de métaphores qui facilitent aux utilisateurs de saisir leur portée et leur
connotation sous-jacente. Ces termes terminologiques concernent, dans notre recherche, deux sous-
domaines de l’informatique : logiciel et matériel. Ces unités sont empruntées au vocabulaire général non
spécialisé et/ou d’autres domaines scientifiques (Phal, 1969). Par exemple, le terme « souris »1, dispositif
aidant à gérer le déplacement sur l’écran de l’ordinateur, a été emprunté au domaine de la zoologie. De
même, l’unité terminologique « carte fille »2 est composée de deux éléments provenant du lexique
commun.3 Ces deux exemples représentent respectivement deux types d’unité terminologique : unité
terminologique simple composée d’un seul élément « souris » ; unité terminologique complexe composée
de deux éléments « carte fille ». Notre recherche porte sur cette dernière, du fait que l’étude des propriétés
sémantiques et leur fonctionnement dévoile la présence sous-jacente de la métaphore et explicite ses
mécanismes.
Ainsi, l’observation d’une liste de termes, d’expressions et de définitions publiés au Journal Officiel
de la République Française par la commission générale de terminologie et néologie en 2009 dans un
ouvrage intitulé Vocabulaire des techniques de l’information et de la communication (TIC), permet de
relever deux types de métaphore : la métaphore par forme et la métaphore par fonction.
La métaphore par forme est basée sur la ressemblance de la forme ou des caractères physiques de
façon explicite comme dans le terme « souris » employé en informatique du fait de la ressemblance de
forme entre l’objet utilisé et l’animal « souris ». Ce type de métaphore est fréquent et joue un rôle
important dans la formation des unités terminologiques dans le domaine de l’informatique. Quant à la
métaphore par fonction, ce type renvoie à la manière de procéder et/ou de fonctionner. Elle paraît dans les
textes scientifiques et techniques de façon implicite comme le cas du terme « bombardement ». Ce dernier
est défini comme : « Envoi d’une grande quantité de messages à un destinataire unique dans une intention
malveillante ».4 Ainsi, nous analysons les « traits sémantiques » qui signifient, selon Bernard Pottier
(1976, 62), des caractéristiques significatives (ou sèmes) communes et distinctives qui contribuent à
définir le sens. En ce qui concerne la terminologie, ces traits sont appelés « traits de substance ». Il s’agit
de « la somme des caractéristiques de l’objet tel qu’il est conçu dans la réalité » (Allao 1989, 174). Les
terminologues hésitent à utiliser les « traits de substance » ou les « traits conceptuels » : « Pour certains,
le trait serait "conceptuel" ou "de substance", alors qu’il serait "sémantique" en linguistique. » (Béjoint et
Thoiron 2000, 8). Pour nous, comme le travail porte sur le passage du lexique commun vers la
terminologie, nous nous contentons d’utiliser « trait sémantique ». Pour en expliquer l’emploi, dans la
définition de « bombardement », nous remarquons que le fonctionnement du trait sémantique de l’envoi
d’une grande quantité de « messages » est retenu, mais ce n’est pas celui « des obus ou des bombes »
trouvés dans TLFI « Action de lancer, de larguer des obus, des bombes ».
Partant de ces observations, beaucoup d’interrogations se posent quant à la nature des propriétés
sémantiques de ces deux types de métaphore et de leur fonctionnement. En effet, en quoi consiste la
métaphore terminologique ? Quels sont les aspects sémantiques distinguant l’unité terminologique en tant

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La Métaphore Terminologique dans le Domaine de l’Informatique

que métaphore ? Comment fonctionnent-elles ? Quel est le rôle de l’abstraction des traits sémantiques ?
De fait, l’abstraction et le processus de l’abstraction qui font d’ailleurs l’objet de cet article, selon Michel
Le Guern (1973, 15-16), représentent un processus essentiel pour permettre à un élément lexical, par la
suppression d’un trait sémantique, ou encore le trait de substance selon le travail terminologique, d’être
considéré comme un cas de métaphore, suite à une sorte d’incompatibilité d’un ou de plusieurs traits avec
les traits conçus dans la réalité (Voir infra L’abstraction métaphorique).
Pour répondre à ces interrogations, il est essentiel, tout d’abord, de délimiter le cadre théorique de
l’analyse de ces types de métaphore. Ensuite, nous définirons le corpus de notre étude et viserons à
repérer les exemples les plus importants de la métaphore. Puis, nous passerons à l’observation de ces
exemples pour les analyser selon le cadre théorique. Une fois cette analyse accomplie, nous étudierons le
fonctionnement sémantique des éléments qui composent l’unité terminologique et les mécanismes de la
métaphore qui les sous-tendent. Ensuite, nous passerons aux processus de dénomination et de formation
des unités terminologiques afin de les catégoriser selon le corpus étudié.

2. La métaphore en linguistique cognitive


Selon Lakoff et Johnson, « l’essence d’une métaphore est qu’elle permet de comprendre quelque
chose (et d’en faire l’expérience) en termes de quelque chose d’autres » (1980, 15). Ainsi, la métaphore
représente notre manière de penser et fait partie intégrante de la vie quotidienne. Lakoff et Johnson
soulignent que la métaphore « envahit tout notre système conceptuel » (1980, 125). Si ce phénomène
langagier existe depuis toujours, il n’en demeure pas moins qu’au fil du temps il s’est affirmé pour
conquérir de nouveaux domaines scientifiques. Il est ainsi cognitif dans le domaine de la terminologie du
fait que les unités terminologiques choisies pour la dénomination de nouveaux produits et/ou les
découvertes sont déterminées, délimitées, structurées et organisées par une pensée et une communauté
scientifiques. Nombreux sont les unités terminologiques employées dans les domaines de la métaphore:
linguistique, histoire, informatique, économie, médecine, ou autres sciences appliquées.
La métaphore possède une définition précise dans la linguistique cognitive. Elle représente une
vision cognitiviste s’opposant à la vision purement lexicalisée qui a été popularisée par la pensée
Aristotélicienne. Lakoff et Johnson dans leur ouvrage Les métaphores dans la vie quotidienne (1980),
consacré à la métaphore cognitive, ont postulé que la métaphore n’est pas un simple fait de langage et
uniquement littéraire, mais un processus mental régulier lié étroitement à la pensée humaine et qui permet
de raisonner et de comprendre.
Lors du processus de métaphorisation, la métaphore fonctionne donc au niveau conceptuel par
projection automatique et inconsciente, c’est à dire de la relation entre un domaine source concret (le
concept utilisé pour référer au concept cible) vers un domaine cible abstrait (ce à quoi la métaphore
réfère) et projette sur ce dernier tout ou partie de la logique du domaine source. Le domaine cible dans cet
article sera donc celui de l’informatique. En effet, ce dernier est plus abstrait que les domaines
conceptuels sources auxquels la métaphore a recours comme le domaine de la zoologie. Le rôle de
l’interlocuteur interprétant dans ce processus est donc de filtrer le(s) trait(s) sémantique(s) pertinent(s)

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AbuAlasal, Ibrahim, Alsmadi

pour réorganiser le sens voulu par son locuteur. La métaphore, dans ce sens, n’est rien d’autre qu’une
réorganisation du monde qui nous entoure par la construction d’une image mentale ou représentation.
Selon la linguistique cognitive, la fonction principale de la métaphore est de créer un nouveau
concept, désignant un référant d’une nouvelle réalité abstraite ou concrète. C’est la raison pour laquelle
les langues de spécialité ne peuvent s’en passer,comme le souligne Loffler-Laurian: « La métaphore, dans
les discours scientifiques, est un "catalysateur" de compréhension. Elle "parle" à l’imagination, elle
visualise, incarne, spécifie ce qui, selon le jugement du rédacteur, ne peut être "saisi" intellectuellement
autrement » (1994, 78).
Dans le même sens, Gardes-Tamine confirme que la métaphore constitue « un outil particulièrement
utile dans la création lexicale. De fait, il n’existe aucun domaine de la langue qui puisse s’en passer, y
compris les langues de spécialité ou les domaines techniques » (2007, 14). La métaphore implique
généralement un rapprochement entre deux idées différentes en tout ou en partie, à travers une
comparaison explicite, par forme, ou implicite, par fonction. Présentons désormais, une brève description
des fonctions principales de la métaphore.

3. Fonctions de la métaphore
Comme nous l’avons déjà mentionné, la fonction principale attribuée à la métaphore est de rendre
signifiant par une représentation imagée ce qui a priori semble un non-sens. En langues de spécialité
comme l’est également en langue générale, la métaphore peut remplir des fonctions principales sur
lesquelles peuvent s’ajouter d’autres fonctions secondaires. Jamet et Terry (2019, 11) regroupent six
fonctions que nous présentons ainsi :
1. La fonction ornementale ou esthétique : cette fonction a pendant longtemps été considérée comme la
seule fonction de la métaphore. En langues de spécialité, celle-ci n’est pas la fonction principale dont
le but est généralement est de rendre le texte plus beau, plus esthétique.
2. La fonction conceptuelle : le but de la métaphore est principalement cognitif du fait de son pouvoir de
créativité. Ainsi, la métaphore permet d’aborder le réel, de se le représenter d’une autre façon.
Autrement dit, elle permet de rapprocher deux concepts hétérogènes dont le rapprochement crée un
conflit n’étant principalement pas issus de la même catégorie ontologique. La résolution de conflit se
réalise par l’émergence d’une nouvelle image mentale, une représentation en mettant en relief
certains éléments communs aux deux concepts, et en même temps, en rejetant ceux qui ne sont pas
nécessaires à la compréhension. Cette nouvelle représentation a très souvent besoin d’être nommée
en langues de spécialité; ce besoin de dénomination entraine une nouvelle fonction de la métaphore
qui est la métaphore terminologique.
3. La fonction terminologique ou dénominative : cette fonction représente un moyen de dénomination
dans les domaines scientifiques et sert à nommer un nouveau référent extralinguistique n’ayant pas
de dénomination précise. Dans ce cas, selon Jamet et Terry, « la métaphore n’est pas (ou plus)
perçue, car l’analogie entre les deux domaines n’est pas (ou plus) ressentie, puisqu’il n’y a justement
pas de façon à nommer le réel » (2019, 14).

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La Métaphore Terminologique dans le Domaine de l’Informatique

4. La fonction didactique : cette fonction se trouve selon Jamet et Terry: « à mi-chemin entre les deux
premières fonctions. Elle est courante dans l’enseignement et la vulgarisation scientifique. Elle est
donc associée à la transmission du savoir. Elle a pour but de rendre compréhensible aux non-experts
les nouveaux concepts difficiles à expliquer, surtout en sciences et en langues de spécialité » (2019,
15).
5. La fonction dialectique, dite conative : cette fonction est utilisée dans tous les cas où le locuteur
cherche soit à gagner l’adhésion de son interlocuteur à son propos, soit à le convaincre du bien-fondé
de son propre dire.
6. Les fonctions secondaires : parmi ces fonctions, Jamet et Terry (2019, 19) qualifie d’une fonction
sociale de la métaphore, l’utilisation dans laquelle le locuteur s’appuie sur ses connaissances
partagées entre lui et son interlocuteur pour créer une sorte de complicité entre les deux participants
à l’acte communicatif.
Selon Jamet et Terry (2019), il existe aussi d’autres fonctions associées à la métaphore comme la
fonction euphémique/dysphémique ou la fonction humoristique qui ne sont pas utilisées en langues de
spécialité.
En ce qui concerne notre étude, nous ne retenons qu’une seule fonction de la métaphore, il s’agit de
la fonction terminologique qui sert, comme nous l’avons déjà mentionné, à désigner un nouveau référent
extralinguistique en cas d’absence de terme spécialisé. Cette désignation se neutralise ensuite dans le
langage de sorte que la métaphore devient une catachrèse. Selon Oliveira:
La catachrèse ici revêt un intérêt particulier car elle représente une ressource lexicale
lorsque le spécialiste ne possède pas de terme savant pour dénommer une réalité.
Les catachrèses sont des tropes qui ont un rôle de suppléance dans la dénomination
faute de terme savant. La dénomination figurée est indispensable à cause de
l’absence de terme savant correspondant, elle vient donc combler une lacune de
dénomination (2009, 95).

Enfin, l’approche adaptée dans notre recherche s’inscrit dans la lignée des travaux d’Assal (1994)
qui considère que la métaphore, comme un outil de conceptualisation cognitive dans les domaines
scientifiques, a acquis un statut épistémologique. Mais en quoi consiste la métaphore terminologique ?

4. La métaphore terminologique
La démarche de la dénomination scientifique par la « métaphore terminologique » consiste à
concevoir de nouveaux concepts utilisés dans les nouvelles technologies par le recours à des études
minutieuses qui permettent une démarche scientifique. Il s’agit d’une démarche sophistiquée, mais
conventionnelle de la part des communautés scientifiques. Selon Assal, la métaphore terminologique peut
être définie de la manière suivante :
La métaphore terminologique est loin d'être une simple façon de parler, elle est
essentiellement une manière de penser. Certes elle est un emprunt imagé, mais une

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AbuAlasal, Ibrahim, Alsmadi

fois que cet emprunt est réinvesti dans une pratique sociale, une fois que sa
signification est réglée par les acteurs agissant dans le cadre de cette pratique, elle
devient l'expression d'un nouveau concept (1994, 23).
En effet, la métaphore terminologique constitue une manière de penser. Elle mérite donc d’être étudiée
dans une perspective bien précise pour entamer de nouvelles procédures d’analyse. De fait, ce type de
métaphore est basé sur les mêmes fondements que la métaphore rhétorique, soit la ressemblance et le
rapprochement de fonction; mais elle est abordée comme manière de penser plus structurée selon les
domaines scientifiques. La métaphore terminologique représente ainsi un moyen de conceptualisation
dans les domaines scientifiques. Ce moyen nécessite une démarche pré-expliquée pour convaincre,
défendre et justifier le choix d’un terme.
Cela montre que la métaphore est l’un des outils importants pour la dénomination terminologique et
parfois une nécessité pour une communauté scientifique à qui se confère le choix d’une dénomination
convenable. Dans ce sens, il est important de rappeler que le choix d’un terme par la communauté
scientifique lui confère une valeur intrinsèque objective et une neutralité scientifique. Même si la valeur
intrinsèque du terme est subjective, elle est toujours représentée par le choix de la dénomination.
En effet, la contradiction entre la subjectivité et l’objectivité nous porte à traiter cette question. Selon
Oliviera, la tradition wüsterienne traite la métaphore comme « une entité non rationnelle » et dépourvue
de fermeté et de rigueur scientifique portant ainsi des représentations floues et une sorte d’ambiguïté
(2005, 2). Au contraire, elle explique que la métaphore terminologique ne constitue pas une
dénomination chaotique et ne résulte pas d’une pensée désorganisée et/ou mal structurée. Selon elle :
La métaphore terminologique ne peut constituer un ensemble chaotique et
déstructuré, mais elle doit suivre un ordre déterminé, susceptible de guider le
scientifique quand il structure conceptuellement une zone nouvelle de son domaine.
La métaphore scientifique se conçoit nécessairement comme une métaphore usée,
contrôlée, identifiable et interprétable, indépendamment du contexte d'emploi. La
métaphore terminologique n’est en aucun cas un produit relevant de l’esthétique ou
du caprice humain, mais un instrument indispensable à la cognition et à la
dénomination (2005, 2)
L’emploi de la métaphore se conçoit ainsi dans une démarche adaptée qui se décrit à partir de
méthodes appropriées. C’est tout simplement un processus indispensable à la dénomination par la
cognition pour conceptualiser le nouveau domaine comme déjà cité.
Pour nous, nous adoptons l’idée qu’il s’agit d’une valeur intrinsèque, soit objective qui demeure
dans l’élément et qui évoque la représentation mentale et une valeur extrinsèque, soit subjective qui
représente le choix de la communauté scientifique.

5. Corpus et approche d’analyse


Notre corpus est constitué à partir d’une liste de termes, d’expressions et de définitions publiés dans
le Journal Officiel de la République Française par la commission générale de terminologie et néologie en
2009 dans un ouvrage intitulé Vocabulaire des techniques de l’information et de la communication (TIC).

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La Métaphore Terminologique dans le Domaine de l’Informatique

Le but de cet ouvrage est d’enrichir la langue française, de rendre l’emploi de ces termes officiels à la
place des équivalents étrangers pour les services de l’État et ses établissements publics et de faciliter la
compréhension de ces termes mal connus. La spécificité de ces termes est qu’ils ne se trouvent pas dans
les dictionnaires généraux ou qu’ils s’y trouvent mais avec un sens commun (ou encore vulgarisé)
différent de celui qu’ils pourront avoir dans un domaine particulier comme en informatique. Il s’agit donc
d’un ouvrage de spécialisation des termes techniques qui vise à généraliser le sens métaphorique de ces
termes sans expliquer d’avantage le processus de leur intégration.
Après une lecture attentive des termes glosés dans les fascicules de cet ouvrage, la métaphore, sous-
tendue dans plusieurs termes, a suscité notre attention. Nous avons relevé tous les termes composés de
deux éléments qui pourraient renvoyer, dans le processus de leur création, à la métaphore (au total, 61
unités terminologiques dont 9 représentent une métaphore par forme et 52 une métaphore par fonction).5
Enfin, nous avons choisi quelques exemples de chaque type pour les analyser et en dégager les
caractéristiques et les mécanismes de la création et de l’abstraction.

6. L’abstraction métaphorique
Ce processus de métaphorisation permet de décrire les mécanismes du passage à la terminologie de
l’informatique. De fait, la nouvelle représentation faite par la métaphore consiste en l’absence, la
suspension ou encore la suppression de certains traits sémantiques. Cette suppression est considérée,
selon Le Guerne (1973, 16), comme une sorte d’incompatibilité. Ce qui permet à une nouvelle
représentation. Reprenons l’exemple cité plus haut « bombardement » où le trait sémantique « envoi
massif » est retenu au détriment des autres traits sémantiques « obus et projectiles ». Comme l’envoi des
messages ne nécessite pas d’obus ni de projectiles, ces derniers traits sont suspendus ou encore
supprimés. Ainsi, la représentation mentale qui évoque « envoi massif » est la première à apparaître et
résoudre le conflit sémantique quand on utilise le terme « bombardement » dans le domaine de
l’informatique :
L’interprétation de la métaphore n’est possible que grâce au rejet du sens propre,
dont l’incompatibilité avec le texte oriente le lecteur ou l’auditeur vers le processus
particulier de l’abstraction métaphorique (1973, 16).
Dans ce sens, il convient de souligner qu’il ne s’agit pas de la métonymie abstrait-concret/concret-
abstrait. Cette dernière consiste à rendre la substance du référent en tant que substance concrète ou
abstraite. Mais dans le cas de la métaphore terminologique, ce sont l’ensemble du référent et ses traits
sémantiques qui sont conceptualisés et non d’un de ses traits sémantiques comme dans le cas de la
métonymie. Pour Le Guerne, il est indispensable d’avoir une exception apparente pour aboutir à une
métonymie. D’ailleurs, il considère que l’abstraction est indépendante du mécanisme de la métonymie :
La métaphore se caractérise par la suspension d’éléments de signification, c’est-à-
dire par certain processus d’abstraction que l’on ne retrouve pas dans la métonymie,
le cas de la métonymie d’abstraction ne constituant qu’une exception apparente,

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AbuAlasal, Ibrahim, Alsmadi

puisque le processus d’abstraction y est indépendant du mécanisme métonymique


proprement dit (1973, 19).
Ainsi, le processus de l’abstraction est un mécanisme du passage vers la métaphorisation. Concernant les
traits sémantiques exclus, ils sont considérés comme éléments hors de l’isotopie6 du contexte. Par
conséquent, ils sont éloignés, suspendus et, à la limite, marginalisés dans le contexte en faveur des
éléments maintenus (1973, 16). De ce fait, lorsque nous traitons les unités terminologiques complexes,
nous nous penchons sur l’élément qui introduit l’ensemble de l’unité complexe à la métaphorisation.

7. Mécanismes de la métaphore terminologique


Avant de procéder à l’analyse des unités terminologiques dans ce travail, nous soulignons que notre
démarche consiste à traiter les termes composés de deux éléments liés ou non par une préposition. Parmi
les unités terminologiques que nous traitons, nous avons choisi quelques exemples des plus significatifs
de notre corpus.

7.1 Métaphore par fonction


C’est le type de métaphore le plus employé. L’échantillon, ci-dessous, montre que ce type de
métaphore représente 85% des unités terminologiques. Il s’agit d’une ressemblance/analogie entre deux
éléments basée sur la fonction de ces éléments réemployés dans le domaine de l’informatique. Cette
métaphore prend en compte uniquement les caractéristiques et les propriétés sémantiques du
fonctionnement à l’instar de l’exemple traité auparavant « bombardement ». Il s’agit ainsi de relever les
caractéristiques et les propriétés sémantiques implicites et/ou cachées dans l’élément analysé. Par
conséquent, nous avons recours à des types d’analyses sémantiques minutieuses. D’ailleurs, il convient de
signaler que certains domaines ou encore sous-domaines recourent abondamment à ce type de métaphore.
Prenons pour exemple le sous-domaine de l’informatique logiciel. Dans ce qui suit, nous exposons
quelques exemples significatifs trouvés dans le corpus.

7.1.1 Foire aux questions (FAQ) : il s’agit d’un fichier de questions posées fréquemment et vers lequel les
gens se dirigent pour avoir des réponses déjà élaborées. L’élément « foire » possède des sèmes permettant
d’introduire sa fonction dans l’informatique. En effet, le mot « foire » est défini dans le Trésor de la
Langue Française Informatisé (TLFI) comme une: « Manifestation commerciale ou attractive se tenant
dans une ville, un bourg ou un village à une ou des époque(s) et en un lieu généralement fixes. ». Par
conséquent, les deux éléments de ressemblance sont « manifestation » et « attirer et se tenir dans un
lieu ». La communauté scientifique s’est basée sur l’analogie de la fonction de « foire » pour pouvoir
l’utiliser dans ce domaine. Quant à l’unité terminologique « Foire aux questions », elle renvoie à une
rubrique présentant le sujet et les questions les plus posées sur un site internet. Dans le Vocabulaire des
techniques de l’information et de la communication (TIC), nous retrouvons la définition suivante :
♦ Abréviation : FAQ. ♦ Domaine : Informatique-Télécommunications/Internet. ♦
Synonyme : fichier des questions courantes, questions courantes. ♦ Définition :
Rubrique présentant par sujets les questions les plus fréquemment posées par les
utilisateurs, accompagnées des réponses correspondantes. ♦ Note : La foire aux

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La Métaphore Terminologique dans le Domaine de l’Informatique

questions a, en particulier, pour but de faciliter l’intégration des internautes novices


dans un groupe de discussion et de diminuer le nombre des messages diffusés dans
le réseau. ♦ Équivalent étranger : FAQ file, frequently asked questions (file) (FAQ).
Il convient de noter ici que le niveau d’abstraction permettant à l’élément « foire » d’être introduit dans la
terminologie de l’informatique par métaphore est plutôt opaque. De ce fait, le sème de l’élément « foire »
est lié à la signification « se manifester fréquemment » et le caractère « collectif ». Néanmoins, il s’agit
d’un mécanisme d’abstraction sémantique où l’incompatibilité entre les traits sémantiques se manifeste
clairement d’un côté dans le lieu où se tient l’événement « ville, bourg, village » ou « rubrique ». Le lieu,
dans ce cas est un espace abstrait. D’un autre côté, il est destiné aux questions. Par conséquent, l’élément
de signification suspendu pour son incompatibilité est le « lieu » qui renvoie à un espace abstrait. Le
caractère ou trait « collectif » et « pluriel » est conservé également.

7.1.2 Magasin de données : c’est un ensemble d’entrepôts utilisés pour fournir des informations précises
et spécialisées pour certains utilisateurs. Dans le (TLFI), nous trouvons cette définition « : I. A. Lieu
aménagé pour le dépôt de provisions ou de marchandises. Synon. Entrepôt, réserve, resserre. ». Il s’agit
donc d’un lieu destiné aux produits et marchandises. La définition du magasin de données mène aussi à la
même signification: « ♦ Domaine : Informatique. ♦ Définition : Entrepôt de données spécialisé, destiné à
ne contenir que les informations élaborées pour un objectif particulier. ♦ Équivalent étranger : datamart».
La ressemblance portée par l’unité lexicale « magasin » et l’unité terminologique « magasin de données »
est faite par fonction. Les deux maintiennent les traits sémantiques « emplacement, entrepôt et lieu
aménagé ». L’on constate également une autre ressemblance relevée par les traits sémantiques « aménagé
et élaboré » dans les deux définitions.
Quant à l’incompatibilité du trait sémantique véhiculée par ce terme, elle se caractérise par
l’abstraction de « lieu ». Nous constatons la suspension de trait sémantique « lieu » et l’utilisation de traits
sémantiques « entrepôt », « marchandises » et « données » pour abstraire la signification. Cela aboutira
par conséquent à une métaphore par fonction. Nous notons dans cet exemple qu’il s’agit d’une suspension
et un remplacement d’un trait sémantique par un autre à l’inverse des cas précédemment traités où nous
avons relevé la suspension et l’ajout des traits sémantiques.
Les métaphores par forme, comme nous l’avons déjà dit, sont, elles aussi, fréquemment présentes
dans le lexique qui concerne le domaine de l’informatique, leurs productions, leurs utilisations et leurs
capacités d’acquisition.

7.1.3 Tatouage numérique : il s’agit d’une opération consistant à ajouter une marque sur un document,
vidéo, audio ou image dans le but de protéger le copyright ou de vérifier l’originalité. L’emploi de
l’élément « tatouage » comporte une métaphore dans ce domaine. L’élément « tatouage » signifie dans
(TLFI) : « A. 1. Action de tatouer, fait de tatouer, de se faire tatouer. [...] P. anal. Fait de pratiquer une
marque définitive ou temporaire sur la peau d'une partie du corps. ». Dans la définition, nous prenons en
compte le trait sémantique « marque » et excluons sur « la peau » étant traduits par le fait de laisser une
marque dans la technologie moderne sur un document. Ainsi, la fonction de cette marque joue un rôle

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AbuAlasal, Ibrahim, Alsmadi

important dans le domaine de l’informatique. Quant au trait sémantique « peau », nous remarquons une
suspension. Dans le (TIC), nous trouvons la définition suivante :
♦ Domaine : Audiovisuel-Informatique/Internet. ♦ Définition : Insertion, dans un
document audiovisuel numérique, d’une marque ou d’un message non perceptible,
robuste et indélébile; par extension, la marque ou le message inséré. ♦ Note : Une
application usuelle du tatouage numérique est l’insertion d’une signature identifiant
l’origine du document ou son ayant droit. ♦ Équivalent étranger : digital tattoo
(marque), digital tattooing, watermark (marque), watermarking.
Le maintien du trait sémantique « marque » et la suspension d’un autre « peau » (car il provoque un
conflit sémantique avec « numérique ») sous-tend une métaphore. L’abstraction qui se réalise d’un côté,
par le maintien d’un trait sémantique et, d’un autre côté, par la suspension d’un autre trait sémantique et
son remplacement par un autre mène à une métaphore par résolution de conflit et création d’une nouvelle
représentation.

7.1.4 Salle blanche : il s’agit d’un espace sur le disque dur de l’ordinateur pour contrôler l’humidité, la
température et la poussière. Il est appelé aussi « salle propre ». Dans le (TLFI), « salle » signifie : « A.
Pièce d’habitation. 1. [Dans un château, un palais, un vaste édifice]. 2. [Dans un appartement, une
maison] Pièce réservée à un usage particulier ». La signification « pièce d’habitation » menée par le
lexique courant porte une sorte d’incompatibilité car l’unité terminologique « salle blanche » n’est pas
destinée à l’habitation. Il s’agit donc d’une incompatibilité de la fonction. Cette unité terminologique
comporte ainsi une métaphore par fonction. Dans la deuxième exception de l’entrée « A » du même
dictionnaire, nous constatons que la ressemblance entre l’unité lexicale « salle » et l’élément employé
dans la terminologie de l’informatique « salle » signifie « espace réservée à un usage, emploi, utilisation,
fonctionnement particulier ». Dans le (TIC), « salle blanche » désigne :
♦ Domaine : Électronique/Composants électroniques. ♦ Synonyme : salle propre. ♦
Définition : Salle conçue pour maintenir les taux de poussières et éventuellement
d’autres agents contaminants, la température et l’hygrométrie à des niveaux spécifiés
de façon à pouvoir y réaliser des opérations sensibles à ces facteurs. ♦ Équivalent
étranger : clean room.
Lors du traitement de l’élément « salle », nous constatons la suspension du trait sémantique « habitation »
au profit du maintien de la signification de l’élément « espace ». Ce dernier est destiné, comme déjà
expliqué, à un usage particulier. Quant à l’adjectif « blanche », il est employé pour référer aux normes
relatives à l’emploi de « salle », à savoir (température, hygrométrie, poussière, etc.), qui doivent être
respectées et contrôlées. Autrement dit, l’adjectif « blanche » n’a plus le trait sémantique de « couleur »
mais porte à ce qui est inhérent dans la qualité trouvée dans « salle ».
Nous remarquons que les deux types de métaphore sont très massivement utilisés dans le lexique de
l’informatique en raison de leur qualité physique et leur fonctionnalité. Cette utilisation est très utile pour
la familiarisation de l’informatique et sa généralisation.

66
La Métaphore Terminologique dans le Domaine de l’Informatique

7.2 Métaphore par forme


Il s’agit d’un type de métaphore basée sur la ressemblance physique ou l’analogie de manière
explicite. L’analogie porte sur les mêmes caractéristiques du point de vue de leur forme. Nous avons le
célèbre exemple déjà donné « souris » où la morphologie de cet animal a été employée pour désigner un
outil informatique. Ce type de métaphore est utilisé abondamment dans certains domaines de spécialité ou
encore sous-domaines de spécialité. Nous remarquons que ce type de métaphore s’inscrit dans le côté
matériel de l’informatique. Dans ce qui suit, nous analyserons quelques exemples significatifs.
7.2.1 Mer de portes se trouve aussi sous la forme « Océan de portes » : il s’agit d’un tableau ou d’une
puce avec une surface pleine de portes. L’élément composant « mer » possède le sème « surface vaste et
étendu ». Selon le TLFI, la mer renvoie à une « vaste étendue d'eau salée qui occupe la plus grande
partie de la surface terrestre ». Quant à l’unité terminologique ''Mer de portes'' en informatique, elle
signifie selon le TIC :
♦ Domaine : Électronique/Composants électroniques. ♦ Synonyme : mer de silicium.
♦ Définition : Réseau prédiffusé dans lequel les portes élémentaires sont réparties
sur toute la surface de la puce sans utilisation de canaux de routage spécifiques. ♦
Note : On trouve également dans l’usage le terme « océan de portes ». ♦ Voir aussi :
réseau prédiffusé. ♦ Équivalent étranger : sea of gates.
L’incompatibilité du sème « eau » éliminé dans la définition scientifique permet à l’élément
terminologique d’être employé à partir d’un autre trait sémantique, soit ici « surface ». Cet élément
comporte une ressemblance par forme. D’ailleurs, il est employé dans le domaine de l’informatique parce
qu’il consiste en l’emploi du trait sémantique « surface ». Le trait sémantique « eau » est ainsi éliminé au
profit de l’emploi d’un autre sème « surface » qui est compatible avec « porte » et aboutit par résolution
de conflit à une métaphore par forme.
7.2.2 Pavé tactile : c’est un dispositif intégré dans l’ordinateur portable qui permet à l’utilisateur de
naviguer dans l’ordinateur ou de surfer sur l’internet par une touche dessus. Dans (TLFI), on trouve la
signification suivante de l’élément « pavé » : « I. A. 1. Revêtement d'une voie publique, d'une cour ou du
sol d'un bâtiment, qui est constitué d'éléments (pavés, dalles, pierres, mosaïque) juxtaposés et mis à
niveau ». Ici, nous prenons en compte les traits sémantiques « juxtaposé et mis à niveau » pour relever la
ressemblance utilisée afin de maintenir la métaphore. Dans la définition spécialisée nous trouvons
« surface plane » :
♦ Domaine : Informatique. ♦ Définition : Dispositif de pointage et de navigation, qui
comporte une surface plane sur laquelle on déplace le doigt. ♦ Équivalent étranger :
touch pad, track pad.
D’ailleurs, il est possible aussi de souligner d’autres traits sémantiques inclus dans la définition qui
sont déduits dans la signification comme « une voie pour que les gens marchent dessus » dans l’élément
« pavé » et dans le terme « naviguer et/ou déplacer le doigt ». Ainsi, la ressemblance entre « pavé » d’une
voie publique et « pavé » sur l’ordinateur portable semble physique. Il s’agit en effet d’une métaphore par
forme.

67
AbuAlasal, Ibrahim, Alsmadi

Quant à l’abstraction qui permet à l’élément d’être employé dans la terminologie de l’informatique,
nous constatons qu’il s’agit non seulement d’une suspension des traits sémantiques « d'une voie publique,
d'une cour ou du sol d'un bâtiment » mais aussi d’un ajout du trait sémantique. De fait, l’élément
« pavé », dans l’informatique, ajoute le trait sémantique « dispositif de pointage ». De même, l’élément
ajouté par extension « tactile » et l’ajout d’un trait sémantique qui n’était pas avant, soit ici « dispositif de
pointage », joue un rôle non dans la suspension du trait sémantique mais plutôt dans l’ajout du trait
sémantique. Cela montre que, malgré la ressemblance physique (métaphore par forme), soit ici l’élément
conducteur qui permet à l’élément composant « pavé » d’être acquis dans la nouvelle technologie, il y a
une sorte d’incompatibilité menée par le fonctionnement « dispositif de pointage » ou par l’ajout d’un
élément d’extension « tactile ».
7.2.3 Manche à balai : il s’agit d’un dispositif d’une forme allongée qui permet de commander ou pointer
le curseur sur l’écran. Il est à noter que ce dispositif ne fait pas partie de l’ordinateur mais il y est
considéré comme accessoire et non comme partie intégrale. Il est ainsi utilisé pour plus de degré de
liberté lors du commandement. Une autre unité terminologique est utilisée aussi pour désigner « manche à
balai », c’est l’élément « poignée ». Mais nous nous intéressons ici à l’unité terminologique complexe
«manche à balai ». Nous suggérons l’analyse de l’élément « manche » qui désigne selon le (TLFI) : « 1.
A. - Manche Partie d'un outil, d'un instrument, généralement de forme allongée et plus ou moins droite,
par laquelle on le tient lorsqu'on l'utilise. Manche d'un couteau, d'une raquette, d'un battoir ».
Nous remarquons que l’élément composant « manche » de l’unité terminologique s’avère compatible
avec les propriétés sémantiques de « forme allongée ». De fait, l’incompatibilité apparaît lors de l’ajout de
l’élément composant « balai » qui porte sur une autre action « balayage » car il ne s’agit pas de balayer
dans le domaine de l’informatique; or la signification ne porte pas sur le nettoyage mais sur le
déplacement. Le balayage implique le déplacement. De fait, le terme « manche à balai » désigne selon le
TIC :
♦ Forme abrégée : manche, n.m. ♦ Domaine : Informatique. ♦ Définition : Dispositif
de commande à plusieurs degrés de liberté servant à déplacer le curseur d’un écran
de visualisation. ♦ Note : On trouve aussi, dans une acception voisine, « poignée ». ♦
Équivalent étranger : joystick. Source : Journal officiel du 22 septembre 2000.
Ici, nous remarquons que l’effet sémantique de l’élément « balai » ajouté exprime une sorte
d’incompatibilité et joue également un rôle primordial permettant à l’ensemble de l’unité terminologique
complexe d’être traitée comme métaphore à la suite de sa ressemblance par forme. D’ailleurs, aucune des
propriétés sémantiques n’est suspendue dans « partie d’un outil, d’un instrument généralement de forme
allongée ». Nous notons ainsi que l’incompatibilité ou la suspension ne sont pas seulement les
mécanismes utilisés mais aussi l’ajout d’un élément composant incompatible et relevé d’un autre
domaine.

7.2.4 Gant numérique : il s’agit d’un gant qui ressemble à la pièce d’habillement et qui revêtit la main et
les doigts, destiné à simuler les gestes de la main de l’être humain dans l’objectif d’effectuer des
opérations virtuelles. Pour ainsi faire, le gant numérique est disposé des capteurs. De ce fait, il s’avère que

68
La Métaphore Terminologique dans le Domaine de l’Informatique

l’élément « gant » n’appartient pas au domaine de l’habillement comme dans le TLFI : « I . Pièce de
l'habillement qui recouvre et protège toute la main, au moins jusqu'au poignet, et qui, en général, épouse
la forme de chaque doigt séparément. ».
L’apparence de mêmes propriétés sémantiques du composant « gant », puisqu’on revêtit la main et
les doigts avec cette pièce, semble avoir la même signification, excepté que les capteurs trouvés dans le
gant numérique peuvent introduire une sorte d’incompatibilité.
Gant numérique ♦ Domaine : Informatique. ♦ Définition : Gant muni de capteurs
destinés à convertir les mouvements de la main et des doigts en signaux utilisables
par un ordinateur pour l’analyse de gestes ou l’action dans un environnement de
synthèse. ♦ Équivalent étranger : data glove. Source : Journal officiel du 20 avril
2007.
Malgré la ressemblance par forme, l’incompatibilité provient non seulement de l’appartenance à un autre
domaine comme déjà expliqué, mais aussi l’ajout des capteurs qui permettent à l’élément composant
«numérique» d’être annexé à l’élément de base « gant ».

8. Conclusion
Comme nous le signale Béguin-Verbrugge, la métaphore dans le domaine de la vulgarisation
scientifique, contrairement à la métaphore littéraire, «a une visée explicative, voir
argumentative : l’univers étranger des sciences est socialisé par une mise en rapport avec l’univers
quotidien » (2004, 86). La métaphore contribue donc, par sa capacité de l’extension du sens et la force de
la représentation créée, à enrichir la terminologie de l’informatique et la rendre plus accessible aux
besoins de communication rapide caractérisant notre monde. Elle consiste à déplacer et à réemployer un
terme dans un contexte spécifique par substitution analogique. C’est un outil de communication et
d’intégration de nouvelles technologies et de nouveaux savoirs dans un monde qui se développe très vite.
La métaphore rend accessible au grand public une nouvelle terminologie avec des traits pertinents et aide
le locuteur et l’interprétant à se construire de nouvelles représentations.
Les processus de métaphorisation concernant le lexique utilisé dans le domaine de l’informatique
sont décrits à l’aide de deux séries d’associations. La première suit les propriétés physiques associées à
l’objet désigné (par forme). La deuxième mobilise les qualités fonctionnelles (par fonction).
La dénomination est un consensus lié au choix de la communauté scientifique. Ce choix peut
s’effectuer par un processus de métaphorisation qui se manifeste comme moyen apte à décrire une pensée
organisée et structurée, processus qui a un statut épistémologique. Dans cette démarche, il s’avère que
l’abstraction est basée sur la suspension, l’exclusion et/ou l’ajout de certains traits sémantiques
représentant l’action primordiale dans le processus de la métaphorisation.
Les analyses montrent que la métaphorisation s’effectue par résolution de conflit et la création
d’une représentation non seulement par la suspension d’un trait sémantique mais aussi par l’ajout de
certains traits sémantiques. D’ailleurs, la suspension et/ou l’ajout des traits sémantiques peuvent jouer un
rôle extrêmement important dans le type de métaphore (forme ou fonction). Le maintien ainsi d’un trait
sémantique signifie qu’il ne provoque pas de conflit. Quant à la suspension et/ou l’ajout, ils mettent en
valeur l’aspect créatif de la représentation du nouveau domaine de transposition.

69
‫‪AbuAlasal, Ibrahim, Alsmadi‬‬

‫اﻟﺘﺠﺮﯾﺪ اﻟﻤﺠﺎزي ﻓﻲ اﻟﻤﺼﻄﻠﺤﺎت اﻟﻤﺮﻛﺒﺔ ﻓﻲ ﻋﻠﻮم اﻟﺤﺎﺳﻮب‬

‫ﺟﺎﺑﺮ أﺑﻮ اﻟﻌﺴﻞ‬


‫ﻗﺴﻢ اﻟﻠﻐﺔ اﻟﻔﺮﻧﺴ ّﻴﺔ واﻻﻧﺠﻠﻴﺰ ّﻳﺔ‪ ،‬ﺟﺎﻣﻌﺔ اﻟﺰﻳﺘﻮﻧﺔ‪ ،‬اﻷردن‬
‫اﻟﻤﻌﻬﺪ اﻟﻔﺮﻧﺴﻲ ﻟﻠﺸﺮق اﻷدﻧﻰ‪ ،‬اﻷردن‬

‫ﻟﻴﺚ إﺑﺮاﻫﻴﻢ‪ ،‬أﻳﻤﻦ اﻟﺼﻤﺎدي‬


‫ﻗﺴﻢ اﻟﻠﻐﺎت اﻷوروﺑﻴّﺔ‪ ،‬ﺟﺎﻣﻌﺔ ﻣﺆﺗﺔ‪ ،‬اﻷردن‬

‫اﻟﻤﻠﺨﺺ‬

‫ﻳﺘﻨﺎول ﻫﺬا اﻟﺒﺤﺚ اﻻﺳﺘﻌﺎرة اﻻﺻﻄﻼﺣﻴّﺔ ﻟﻠﻜﻠﻤﺎت اﻟﻤﺮﻛﺒﺔ ﻓﻲ ﻣﺠﺎل اﻟﺤﺎﺳﻮب ﻣﻦ وﺟﻬﺔ ﻧﻈﺮ ﻣﻌﺮﻓ ّﻴﺔ‪ ،‬وذﻟﻚ ﻣﻦ ﺧﻼل‬

‫اﻋﺘﺒﺎر اﻻﺳﺘﻌﺎرة أداة ﻟﻠﺘﺼﻮر اﻟﻤﻌﺮﻓﻲ‪ ،‬وﻧﺤﺎول ﻓﻲ ﻫﺬا اﻟﺒﺤﺚ ﺷﺮح ﻧﻮﻋﻴﻦ ﻣﻦ اﻻﺳﺘﻌﺎرة‪ :‬اﻻﺳﺘﻌﺎرة ﺑﺎﻟﺸﻜﻞ واﻻﺳﺘﻌﺎرة‬

‫ﺑﺎﻟﻮﻇﻴﻔﺔ‪ ،‬إذ ﻳﺤﺪد اﻟﻨﻮع اﻷول اﻟﺨﺼﺎﺋﺺ اﻟﻔﻴﺰﻳﺎﺋ ّﻴﺔ اﻟﻤﺮﺗﺒﻄﺔ ﺑﺎﻟﺸﻲء اﻟﻤﺤﺪد‪ .‬ﻓﻲ ﺣﻴﻦ ﻳﺤﺸﺪ اﻟﻨﻮع اﻟﺜﺎﻧﻲ اﻟﺼﻔﺎت اﻟﻮﻇﻴﻔ ّﻴﺔ‪.‬‬

‫ﻛﻤﺎ ﻳﻬﺪف ﻫﺬا اﻟﺒﺤﺚ إﻟﻰ ﺗﺤﺪﻳﺪ ﻛﻴﻔﻴﺔ ﺗﻨﻔﻴﺬ اﻻﺳﺘﻌﺎرة ﻋﻦ ﻃﺮﻳﻖ ﺗﻌﻠﻴﻖ اﻟﺴﻤﺎت اﻟﺪﻻﻟﻴّﺔ ﻣﻦ ﺟﻬﺔ‪ ،‬وﻋﻦ ﻃﺮﻳﻖ اﻛﺘﺴﺎب ﺳﻤﺎت‬

‫دﻻﻟ ّﻴﺔ ﻣﻌﻴﻨﺔ ﻣﻦ ﺟﻬﺔ ﺛﺎﻧﻴﺔ‪ ،‬ﻓﻌﻤﻠ ّﻴﺔ اﻻﺳﺘﻌﺎرة اﻟﺘﻲ ﺗﺨﻠﻖ ﺗﻤﺜﻴﻠًﺎ ﻋﻘﻠﻴًﺎ ﺟﺪﻳﺪًا‪ ،‬ﻫﻲ وﺳﻴﻠﺔ ﻟﻠﺘﻌﺒﻴﺮ ﻋﻦ ﻓﻜﺮ ﻣﻨﻈﻢ ﻳﻬﺪف إﻟﻰ إﻳﺠﺎد‬

‫ي ﺟﺪﻳﺪ ﻓﻲ ﻏﻴﺎب اﻟﻤﺼﻄﻠﺢ اﻟﻌﻠﻤﻲ‪.‬‬


‫وﺻﻒ ﻟﻤﺮﺟﻊ ﺧﺎرﺟ ‪‬ﻲ ﻟﻐﻮ ّ‬

‫اﻟﻜﻠﻤﺎت اﻟﻤﻔﺘﺎﺣﻴﺔ‪ :‬اﻻﺳﺘﻌﺎرة‪ ،‬اﻹدراك‪ ،‬ﻟﻐﺔ ﻣﺘﺨﺼﺼﺔ‪ ،‬اﺳﺘﻌﺎرة ﻣﺼﻄﻠﺤﻴّﺔ‪ ،‬اﻟﺤﺎﺳﻮﺑﻴّﺔ‪.‬‬

‫‪70‬‬
La Métaphore Terminologique dans le Domaine de l’Informatique

Notes de fins

1 « Souris, n.f. ♦ Domaine: Informatique. ♦ Définition: Dispositif de commande tenu à la main, connecté à
un ordinateur, et dont le déplacement sur une surface entraîne le déplacement d’un repère sur l’écran.
♦ Note: Ce dispositif comporte un ou plusieurs boutons-poussoirs qui permettent de déclencher des
opérations en fonction de la position du repère. ♦ Équivalent étranger: mouse. » Journal officiel du
22 septembre 2000, dans Vocabulaire des techniques de l’information et de la communication (TIC),
Commission d’enrichissement de la langue française, Premier ministre, 2017. Désormais, toutes les
références au journal officiel renvoient à cette édition.
2 « carte fille ♦ Domaine: Électronique/Composants électroniques. ♦ Définition: Carte électronique
enfichée sur une autre carte, en général la carte mère. ♦ Équivalent étranger: daughter board,
daughterboard, daughter card, daughtercard ». Journal officiel du 26 mars 2002.
3 Nous avons choisi le terme « lexique commun » au lieu de « vocabulaire » parce que celui-ci est
conservé pour un élément lexical utilisé dans un discours spécialisé avant qu’il soit élaboré dans une
terminologie selon Janine Gallais-Hamonon (1982, 87). Ainsi, nous avons gardé l’expression « unité
lexicale » pour l’emploi de son sens envisagé par rapport à un domaine de spécialité. De fait, nous
constatons (Voir infra dans les exemples analysés), à plusieurs reprises, que « vocabulaire » et
« unité lexicale » sont employés comme éléments composants d’un terme. Ces éléments n’ont pas de
signification dans un domaine de spécialité sans l’ajout d’un autre élément composant. Ils sont donc
syncatégorématiques. Autrement dit, ces éléments sont dépendants d’autres éléments composants
dans un terme selon Richard Huyghe (2013, 2). Ainsi, l’élément composant provenant du lexique
commun peut être un vocabulaire, une unité lexicale, une langue courante, un autre domaine de
spécialité et/ou qui représente un élément synctégorématique.
4
Ibid.
5 Voir annexe.
6 L’isotopie est un concept traité par Greimas dans sa Sémantique structurale (1966, 69-72). Il est repris
par Michel Le Guern pour qui « on pourrait définir sommairement l’isotopie comme l’homogénéité
sémantique d’un énoncé ou d’une partie d’énoncé » (1973, 16).

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