Pour l’inverse on écrit
1 1 ` − un 1
− = < |u − `| ,
un ` un ` ρ|`| n
où ρ est comme dans le lemme (appliqué à la suite |un | qui
converge vers |`| > 0 (vérifiez-le)). Ainsi pour tout ε > 0, on
trouve un Nε tel que pour n ≥ Nε on a
1 1 ε
− < .
un ` ρ|`|
1
Là encore, c’est suffisant pour affirmer que un converge vers 1` .
Exemple 4.12 – Voyons comment cette proposition nous sim-
plifie la vie. Admettons que l’on souhaite connaître la limite
de
4n2 + 1
un = 2 .
5n − n + 2
On commence par diviser par n2 au numérateur comme au dé-
nominateur :
4 + n12
un = .
5 − n1 + n22
On a vu dans l’exemple 4.7 que n1 → 0. Grâce à la formule pour
le produit, on sait désormais que n12 = ( n1 )( n1 ) converge égale-
ment vers 0×0 = 0. De même n22 → 2×0 = 0 et − n1 → (−1)×0 = 0,
encore par la formule pour le produit.
Maintenant, la formule pour la somme nous dit que 4 +
1
n2 → 4 et que 5 − n1 + n22 → 5 , 0. On peut donc utiliser la
formule pour l’inverse qui donne finalement
4
un −−−−−→ .
n→∞ 5
Suites croissantes et décroissantes
Définition 4.13 – On dit que la suite (un )n≥0 est croissante
lorsque un ≤ un+1 pour tout n ; on dit qu’elle est décroissante
lorsque un+1 ≤ un .
70
On dit que (un ) est majorée lorsqu’il existe M ∈ R tel que un ≤
M, pour tout n ; on dit qu’elle est minorée lorsqu’il existe m tel
que m ≤ un .
Théorème 4.14 – Toute suite croissante et majorée est convergente.
Toute suite décroissante et minorée est convergente.
Démonstration. Soit (un )n≥0 une suite croissante et majorée. On
pose
` = sup{un | n ∈ N} ,
ce qui a un sens puisque cet ensemble est majoré par hypo-
thèse.
Soit ε > 0 et considérons `0 = ` − ε < `. Alors `0 ne peut pas
être un majorant de l’ensemble ci-dessus, puisque ` est le plus
petit. Ce qui revient à dire qu’il y a au moins un élément de
l’ensemble, disons uN , tel que uN > `0 .
Or la suite est croissante, donc un ≥ uN > `0 pour tous les n ≥
N. On a donc ` − ε < un ≤ ` pour ces valeurs de n, et fina-
lement |un − `| < ε. On peut donc prendre Nε = N et la suite
converge vers le sup de ses valeurs.
Si (un ) est décroissante et minorée, on applique le résultat
ci-dessus à (−un ), qui est croissante et majorée.
Exemple 4.15 – Voici une deuxième façon, plus facile, de mon-
ter que αn → 0 lorsque 0 ≤ α < 1. Posons un = αn . Alors uun+1 =
n
α < 1, donc un+1 < un : la suite est décroissante. Tous les termes
sont > 0, donc elle est minorée. Par le théorème, (un ) admet une
certaine limite `. Montrons que ` = 0.
Soit vn = αn+1 . D’un côté nous avons vn = α αn = αun . Par la
formule pour les produits de suites, on en déduit vn −−−−−→ α`.
n→∞
D’un autre côté, nous avons vn = un+1 . Il est donc clair
que vn a la même limite que un puisque c’est la même suite
avec simplement les termes décalés d’un cran. Donc vn −−−−−→ `.
n→∞
On doit donc avoir ` = α`. Si on avait ` , 0, on en dédui-
rait α = 1 ce qui contredit les hypothèses. Donc ` = 0.
71
Convergence vers ±∞
Définition 4.16 – On écrit
un −−−−−→ +∞ ou lim un = +∞ ,
n→∞ n→∞
lorsque la condition suivante est remplie. Pour tout M > 0, il
doit exister un entier N = NM tel que un > M pour tous les
entiers n ≥ N.
De même on dit que un → −∞ lorsque pour tout m < 0, il
existe un entier N = Nm tel que un < m dès que n ≥ N.
En d’autres termes, quand un → +∞ les termes de la suite
deviennent arbitrairement grands lorsque les indices sont suf-
fisamment grands.
Les exemples vont provenir du résultat suivant. C’est une
variante de la proposition 4.10, mais les choses ne marchent
pas aussi bien.
Proposition 4.17 – Soient (un )n≥0 et (vn )n≥0 deux suites. On sup-
pose que un −−−−−→ +∞ et que vn −−−−−→ `, où l’on peut avoir aussi
n→∞ n→∞
bien ` ∈ R que ` = ±∞. Alors :
1. (somme) si ` , −∞ alors un + vn → +∞ ;
2. (produit)
(a) si ` > 0 alors un vn −−−−−→ +∞, et
n→∞
(b) si ` < 0 alors un vn −−−−−→ −∞ ;
n→∞
3. (inverse)
1
(a) −−−−−→ 0 ;
un n→∞
1
(b) si ` = 0, et si ∀n on a vn > 0, alors −−−−−→ +∞ ;
vn n→∞
1
(c) si ` = 0, et si ∀n on a vn < 0, alors −−−−−→ −∞.
vn n→∞
Vous montrerez cette proposition à titre d’exercice. Avant
de passer aux exemples, notons que ce dernier énoncé ne couvre
pas tous les cas : que dire de un + vn lorsque ` = −∞ ? Que dire
72
de un vn lorsque ` = 0 ? Réponse : rien en général. On dit que
ce sont les « formes indéterminées ». Toutes les situations sont
envisageables.
1
Exemple 4.18 – Puisque −−−−−→ 0 pour tout entier k , le 3(b) de
nk n→∞
la proposition nous dit que nk −−−−−→ +∞. On peut évidemment
n→∞
vérifier très facilement ceci à partir de la définition.
De la même manière, βn → +∞ si β > 1 : en effet posons α =
1 n
β < 1, alors α → 0, et on applique encore le 3(b). Toujours
pour les mêmes raisons, on a n! → +∞.
Enfin, nous avons vu un exemple de forme indéterminée
+∞
dans l’exemple 4.12, en l’occurence une « forme +∞ ». Nous
avions montré dans ce cas précis qu’il y avait bien une limite,
à savoir 4/5 .
Il y a certaines formes indéterminées que l’on peut ré- TO DO : ajouter
soudre, et il est utile d’en mémoriser quelques unes au fur la comparaison
et à mesure qu’on les rencontre. En voici une première. facto-
rielle/puissances
Lemme 4.19 – Soit α un réel tel que 0 ≤ α < 1, et k un entier. Alors
nk αn −−−−−→ 0 .
n→∞
Démonstration. C’est une forme indéterminée « +∞ × 0 ». Soit un =
nk αn . On fait l’estimation suivante :
un+1 1
= (1 + )k α −−−−−→ α .
un n n→∞
Prenons ε = 1−α2 > 0 ; alors pour tous les n ≥ N, pour un cer-
tain N = Nε , on a
un+1 α+1
α−ε < < α+ε = < 1.
un 2
En posant ρ = α+1
2 , on voit d’abord que uN+1 < ρuN ; puis uN+2 <
ρuN+1 < ρ2 uN ; et une récurrence nous mène immédiatement à
uN+n < ρn uN ,
73
pour tous les n ≥ 0. Comme ρn uN −−−−−→ 0 (le terme uN n’est
n→∞
qu’une constante !), on en déduit bien que un converge vers 0.
– Deuxième lecture –
Convergence absolue
Partant d’une première suite (an )n≥0 , on peut considérer la
« série de terme général an », c’est-à-dire la suite
n
X
un = a0 + a1 + a2 + · · · + an = ak .
k=0
(Cf l’exemple 4.5.)
Le théorème suivant peut paraître surprenant : il dit que
pour montrer la convergence de un , il suffit de montrer la
convergence de la série de terme général |an | :
Théorème 4.20 – Soit (an )n≥0 une suite. Si la limite
n
X
lim |ak |
n→∞
k=0
existe, alors la limite
n
X
lim ak
n→∞
k=0
existe également. On dit alors que la série de terme général an
converge absolument.
Démonstration. On pose
n
X n
X
Sn = |ak | et un = ak .
k=0 k=0
74
Par hypothèse Sn → `. Soit ε > 0, alors pour tous les n suffisam-
ment grands on aura |Sn − `| < 2ε , et donc
|Sn − Sm | = |(Sn − `) + (` − Sm )| ≤ |Sn − `| + |Sn − `| < ε
lorsque n et m sont tous les deux supérieurs à un certain N. On
en déduit pour la suite (un ) que
n
X n
X
|un − um | = ak ≤ |ak | = Sn − Sm < ε ,
k=m+1 k=m+1
lorsque n ≥ m ≥ N. On dit souvent que (un ) est une suite de
Cauchy pour exprimer cette propriété (à savoir que |un − um | < ε
pour n et m suffisamment grands). La fin de la démonstration
va établir qu’une suite de Cauchy de nombres réels converge
toujours.
En effet, soient
αn = inf{uk | k ≥ n} et βn = sup{uk | k ≥ n} ,
de sorte que αn ≤ un ≤ βn . Par construction la suite αn est
croissante et majorée ; donc elle admet une limite `1 d’après le
théorème 4.14. De même βn converge vers une limite `2 parce
qu’elle est décroissante et minorée.
Mais nous avons montré que pour tout ε > 0, il existe un
rang N au-delà duquel |un − uN | < ε ; pour ces valeurs de n, le
nombre un est dans l’intervalle ]uN −ε; uN +ε[ de longueur 2ε, et
on en déduit que βn − αn ≤ 2ε pour n ≥ N. Ceci montre que βn −
αn → 0 et donc que `1 = `2 . Finalement l’encadrement αn ≤
un ≤ βn garantit que un converge également vers cette limite.
Notez bien que la démonstration
P ne dit pas du tout com-
P
ment calculer la limite de ak , même si on connaît celle de |ak |.
Notez également que ce théorème serait faux si on travaillait
sur Q ; d’ailleurs la démonstration utilise des bornes supé-
rieures et inférieures, qui sont propres à R.
75
Dorénavant, nous utiliserons la notation suivante, plus sug-
gestive, pour les limites de sommes. On écrit :
+∞
X n
X
ak = lim ak ,
n→∞
k=0 k=0
lorsque cette limite existe.
Exemple 4.21 (L’exponentielle) – Soit x ∈ R fixé. Posons
n
X xk
un = .
k!
k=0
Montrons que cette suite converge absolument. Nous devons
donc montrer que
n
X |x|k
Sn =
k!
k=0
admet une limite. La suite (Sn ) est croissante, donc d’après le
théorème 4.14 il suffit de montrer qu’elle est majorée.
Pour k suffisamment grand, disons k ≥ K, on a |x| < k ; on
peut même choisir α < 1 tel que |x|
k < α pour k ≥ K. On a alors
|x|K+1 |x| |x|K |x|K
= · <α .
(K + 1)! K + 1 K! K!
De même on a
|x|K+2 |x| |x|K+1 |x|K+1 |x|K
= · <α < α2 .
(K + 2)! K + 2 (K + 1)! (K + 1)! K!
Par récurrence on obtient
|x|K+k |x|K
< αk .
(K + k)! K!
Ceci va nous suffire, puisqu’en posant C = SK−1 on peut écrire
76
pour n ≥ K :
n−K
X |x|K+k
Sn = C+
(K + k)!
k=0
|x|K
≤ C+ (1 + α + α2 + · · · + αk−K )
K!
|x|K 1 − αn+1−K
= C+
K! 1 − α
|x|K 1
≤ C+ .
K! 1 − α
La suite (SN ) est donc bien majorée en plus d’être croissante,
elle est donc convergente ; par suite (un ) est absolument conver-
gente, et donc elle-même convergente d’après le théorème. Sa
limite, qui dépend de x, est notée exp(x) ou ex , et appelée l’ex-
ponentielle du nombre x. En clair
+∞ k
X x
ex = .
k!
k=0
Cette définition de l’exponentielle coïncide, heureusement,
avec les définitions qui vous sont esquissées au lycée. Nous
montrerons ça en tant voulu.
Exemple 4.22 – Certaines séries convergent, mais sans conver-
ger absolument : il faut donc faire attention. Par exemple,
(−1)k+1
nous pourrons montrer plus loin que pour ak = k+1 , la sé-
rie converge et on a même
+∞
X (−1)k+1 1 1 1 1
= 1 − + − + + · · · = ln(2) .
k+1 2 3 4 5
k=0
Par contre en prenant les valeurs absolues, nous montrerons
que l’on a en fait
+∞
X 1 1 1 1 1
= 1 + + + + + · · · = +∞ ,
k+1 2 3 4 5
k=0
c’est-à-dire qu’il n’y a pas de limite finie.
77
Suites de complexes
Lorsque l’on se donne pour chaque entier n un nombre
complexe zn = an + ibn , et lorsque an → `1 et bn → `2 , on dit
que (zn )n≥0 converge vers ` = `1 + i`2 , et on note zn −−−−−→ `. Par
n→∞
exemple
3n2 2n + 5 2i
n
+ i −−−−−→ .
2 7n − 12 n→∞ 7
Cette définition a le mérite d’être simple. Cependant on peut
donner une définition plus directe, sans référence aux suites
réelles, en remplaçant simplement les valeurs absolues par les
modules ; en clair :
Proposition 4.23 – La suite (zn )n≥0 converge vers ` exactement
lorsque la condition suivante est remplie. Pour chaque réel ε > 0, il
doit y avoir un entier Nε tel que |zn − `| < ε dès que n ≥ Nε .
Ici |zn − `| est le module du nombre complexe zn − `. À part
ça, la condition est la même que pour les suites réelles.
Démonstration. Écrivons zn = an + bn . Pour commencer, suppo-
sons que an → `1 et bn → `2 . Étant donné ε > 0, on trouve N1 tel
que |an − `1 | < ε pour n ≤ N1 , et de même pour tous les n plus
grands qu’un certain entier N2 on a |bn − `2 | < ε. Lorsque n est à
la fois plus grand que N1 et que N2 , on a
q √ √
|zn − (`1 + i`2 )| = (an − `1 )2 + (bn − `2 )2 ≤ ε2 + ε2 ≤ 2ε .
Ceci montre bien (en recommençant avec ε̃ = √ε ) que la condi-
2
tion donnée est remplie pour ` = `1 + i`2 .
Réciproquement, supposons cette condition remplie pour
un certain ` = `1 +i`2 , et étudions la convergence des suites (an )
et (bn ). Soit ε > 0. En notant simplement que
|an − `1 | ≤ |zn − `| ,
on constate que si |zn − `| < ε, alors |an − `1 | < ε, et ceci établit
que an → `1 , clairement. De même (bn ) converge vers `2 .
78
La convergence absolue fonctionne encore avec les com-
plexes :
Théorème 4.24 – Soit (zn )n≥0 une suite de nombres complexes. Si
la limite
Xn
lim |zk |
n→∞
k=0
existe, alors la limite
n
X
lim zk
n→∞
k=0
existe également. On dit que la série converge absolument.
Démonstration. Écrivons zn = an + ibn . On a |an | ≤ |zn | et donc
n
X n
X +∞
X
Sn = |ak | ≤ |zk | ≤ |zk | .
k=0 k=0 k=0
La suite Sn est donc majorée. Elle est visiblement croissante,
donc elle converge. D’après le théorème 4.20, on en déduit
l’existence de
+∞
X
ak ;
k=0
de même on montre l’existence de
+∞
X
bk .
k=0
Mais bien sûr on a
n n
n n
X X X X
< zk = ak , = zk = bk .
k=0 k=0 k=0 k=0
Puisque ces parties réelles et imaginaires convergent, c’est bien
que la somme elle-même converge.
79
Exemple 4.25 (L’exponentielle complexe) – Soit z ∈ C fixé. On
pose
n
X zk
un = .
k!
k=0
Soit x = |z| ; c’est un nombre réel ≥ 0, et on a montré dans
l’exemple 4.21 la convergence de
+∞ k
X x
.
k!
k=0
C’est donc que (un ) converge absolument. D’après le théorème,
elle converge. La limite dépend de z, on la note exp(z) ou ez . En
clair
+∞ k
X z
ez = .
k!
k=0
Lorsque z = iθ avec θ ∈ R, la notation eiθ coïncide avec celle
que vous connaissiez au lycée, comme nous le montrerons plus
loin.
Sur cette exemple on peut apprécier le secours qui nous est
apporté par le théorème sur la convergence absolue : étudier
les parties réelles et imaginaires de (un ) directement serait bien
difficile.
Pour travailler directement avec les complexes sans passer
par les parties réelles et imaginaires, il nous manque encore un
ingrédient : c’est la très utile inégalité triangulaire, que nous
avons vu dans le cas de R dans le lemme 2.7. Elle reste vraie
sur C :
Lemme 4.26 – Si a et b sont des nombres complexes, on a
|a + b| ≤ |a| + |b| ,
et
| |a| − |b| | ≤ |a − b| .
Nous allons donner une démonstration très générale dans
le paragraphe suivant (voir le lemme 4.30).
80