Cours Concis
de
Mathématiques
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Pierre Guillot
Chapitres
Une table des matières détaillée se trouve à la fin du livre
1 Ensembles 3
2 Nombres 22
3 Polynômes 44
4 Suites 62
5 Matrices 84
6 Continuité 108
7 Déterminants 126
8 Compacité 146
9 Dérivées 154
10 L’exponentielle 176
11 Espaces vectoriels 195
12 Formules de Taylor 220
13 Applications linéaires 235
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14 Intégrale de Riemann 262
15 Fractions rationnelles 298
16 Diagonalisation 317
17 Équations différentielles linéaires 342
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Chapitre 1
Ensembles
– Première lecture –
Ensembles et appartenance
Les objets mathématiques peuvent être rangés dans des en-
sembles, que l’on écrit avec des accolades. Par exemple,
E = {1, 2, 3} et F = {19, 11}
sont des ensembles. On note x ∈ X pour signifier que x appar-
tient à X, et dans le cas contraire on emploie le symbole < ; par
exemple, on a 2 ∈ E et 3 < F.
Un ensemble ne comprend jamais de « répétition », et n’est
pas ordonné : ainsi
{2, 2, 2, 3, 3} = {2, 3} et {3, 2, 1} = {1, 2, 3} .
Il existe bien sûr des ensembles infinis, comme l’ensemble N
des nombres entiers, dont nous reparlerons au chapitre sui-
vant. Il y a également un ensemble vide, qui ne contient aucun
élément : on le note ∅ ou, plus rarement, {}.
Lorsque tous les éléments d’un ensemble A sont aussi dans
l’ensemble B, on dit que A est une partie de B, ou qu’il est inclus
dans B, et on note A ⊂ B. Par exemple
{2, 4, 6, 8} ⊂ {1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9} .
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Les ensembles sont souvent dessinés comme des bulles, et pour
représenter l’inclusion on place ces bulles les unes dans les
autres, comme ci-dessous :
Fixant B, on peut considérer l’ensemble P (B) dont les élé-
ments sont toutes les parties de B ; ainsi dans le cas où B =
{1, 2, 3}, on a
P (B) = {∅, {1}, {2}, {3}, {1, 2}, {1, 3}, {2, 3}, {1, 2, 3}} .
(On n’oublie ni la partie vide, ni B lui-même.)
Enfin, étant donnés deux ensembles A et B, on peut for-
mer leur produit cartésien noté A × B, dont les éléments sont les
paires (a, b) avec a ∈ A et b ∈ B. Lorsque A = {1, 3} et B = {2, 4, 6}
par exemple, on a
A × B = {(1, 2), (1, 4), (1, 6), (3, 2), (3, 4), (3, 6)} .
On notera que pour les paires, l’ordre est important : ainsi l’élé-
ment (1, 2) de N × N est différent de l’élément (2, 1).
Quelques constructions
Lorsqu’on dispose d’un ensemble E, on peut s’intéresser
aux élements de E qui vérifient une certaine propriété P. Ceux-
ci forment à nouveau un ensemble, que l’on note ainsi :
{x ∈ E | P(x)} .
(Parfois le | est remplacé par deux points, ou par l’expression
complète « tels que ». Il y a de nombreuses variantes et il faut
s’habituer à des notations qui changent de temps en temps, en
général pour éviter les lourdeurs.)
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Par exemple, supposons que A ⊂ E. Alors le complémentaire
de A dans E est par définition
{x ∈ E | x < A} .
On le note généralement E − A ou E r A.
Autre exemple, si A et B sont deux parties de E, alors leur
intersection est
A ∩ B = {x ∈ E | x ∈ A et x ∈ B} ,
leur union est
A ∪ B = {x ∈ E | x ∈ A ou x ∈ B} .
Exemple 1.1 – Prenons E = N × N, puis
A = {(n, m) ∈ N × N | n = 0} ,
et enfin
B = {(n, m) ∈ N × N | m = 0} .
Alors A ∩ B = {(0, 0)}. On peut également écrire
A ∪ B = {(n, m) ∈ N × N | nm = 0} .
Note : en pratique, on écrirait plutôt A = {(0, m) ∈ N × N} ou
encore A = {(0, m) | m ∈ N}, l’essentiel étant de se faire com-
prendre.
Il est très important de comprendre dès maintenant que la
lettre x qui est employée ci-dessus dans la description des en-
sembles peut être remplacée par n’importe quelle autre : on
obtient rigoureusement les mêmes ensembles. Par exemple si
A = {x ∈ N | il existe y ∈ N tel que x = 2y} ,
et si
B = {a ∈ N | il existe b ∈ N tel que a = 2b} ,
alors A = B = les nombres entiers pairs.
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Propositions mathématiques
On ne peut pas utiliser tout et n’importe quoi pour décrire
les ensembles. Pour se convaincre que les propriétés P comme
ci-dessus ne peuvent pas être complètement arbitraires, voir
l’encadré « Deux paradoxes ». Pour bien faire les choses, il
conviendrait de définir précisément quelles sont les propriétés
acceptables, ou en d’autres termes, définir ce qu’est un « énoncé
mathématique ».
Cette théorie existe, et il existe même plusieurs systèmes
concurrents. Cependant il serait complètement hors de pro-
Deux paradoxes
L’énoncé selon lequel {x ∈ E | P(x)} Notre deuxième exemple utilise
est un ensemble lorsque E est un pour P(x) la propriété « x < x ».
ensemble peut paraître anodin. En Celle-ci est parfaitement accep-
réalité il est bien plus fin qu’on pour- table. C’est sa signification intuitive
rait le croire. Nous allons voir deux proche de zéro qui donne un par-
paradoxes célèbres, dont l’élucida- fum de paradoxe au raisonnement
tion fait intervenir de manière sub- suivant, pourtant correct.
tile cette construction. Montrons la chose suivante : pour
Voici le premier. Pour un entier n, tout ensemble E, il existe un en-
considérons la propriété « n ne semble A tel que A < E. En effet, soit
peut pas être décrit en moins de
16 mots ». Appelons cette pro- A = {x ∈ E | x < x} .
priété P(n), et soit Si on avait A ∈ E, alors on consta-
A = {n ∈ N | P(n)} . terait que A ∈ A exactement
lorsque A < A, par définition. C’est
Les mots de la langue française absurde, donc A < E.
sont en nombre fini, donc en 16 On énonce souvent ce résul-
mots on ne peut décrire qu’un tat sous la forme suivante : il
nombre fini de nombres. Ainsi, A est n’existe pas d’ensemble de tous
infini et en particulier, non-vide. Soit les ensembles. Nous venons bien
alors a le plus petit élément de A. Ce de le démontrer. S’il est tentant
nombre est« le plus petit nombre qui d’écrire quelque chose comme U =
ne peut pas être décrit en moins de {x | x est un ensemble} pour essayer
16 mots ». On vient tout juste de dé- de le définir malgré tout, on se rend
crire a en 15 mots ! compte que cette expression n’est
C’est absurde. Et pour cause, la pas de la forme {x ∈ E | P(x)}, et
propriété P(n) ne fait pas partie donc ne désigne pas un ensemble.
des propriétés mathématiques ac- La présence de l’ensemble E pour
ceptables. « chapeauter » les x est essentielle.
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pos de donner une description précise de l’un de ces système
dès maintenant (les détails sont parfois donnés en troisième ou
quatrième année, et encore). Nous allons nous contenter d’une
discussion informelle qui suit les grandes lignes de ce que l’on
appelle la logique du premier ordre (pour des raisons que l’on
n’expliquera pas).
Nous avons rencontré des propositions mathématiques :
x ∈ A par exemple, et on pourrait citer aussi les égalités comme
x = y. La négation d’une proposition en est une, ainsi x < A est
un énoncé mathématique.
On peut créer de nouveaux énoncés à l’aide de « ou » et de
« et » : nous l’avons fait dans la définition des intersections et
des unions. On peut aussi relier deux énoncés P et Q par le
symbole ⇒, qui se lit « implique ». On obtient l’énoncé P ⇒ Q,
qui est faux lorsque P est vrai et Q est faux ; dans tous les autres
cas P ⇒ Q est vrai. Voyons un exemple :
A = {(x, y) ∈ N × N | x , 0 ⇒ y = 0} .
Les éléments de A sont les paires (x, 0) avec x entier, ainsi que
les paires (0, y) avec y entier.
Le symbole ⇒ est surtout pertinent lorsqu’on l’utilise en
conjonction avec le quantificateur universel, c’est-à-dire le petit
symbole ∀ qui signifie « pour tout ». Nous pouvons par exemple
utiliser ce symbole pour montrer que A ⊂ B est un énoncé ma-
thématique : en effet il revient à dire
∀x, x ∈ A ⇒ x ∈ B.
L’autre quantificateur à notre disposition est le quantifica-
teur existentiel, qui s’écrit ∃ et signifie « il existe ». On a déjà ob-
servé que, pour un nombre entier n, la propriété « n est pair »
s’écrit
∃m ∈ N tel que n = 2m .
(En toute rigueur, en logique du premier ordre on écrit plu-
tôt ∃m, m ∈ N et n = 2m. On s’autorise un peu de souplesse
pour plus de clarté.)
En règle générale, un « énoncé mathématique » est une
phrase que l’on peut réduire à une suite de symboles com-
binant ∀, ∃, ∈, =, ⇒, des négations, des « ou » et des « et ». En
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pratique cependant, la moindre définition, le moindre théo-
rème, occuperaient des milliers de symboles si on voulait les
décortiquer complètement. En conséquence, il faut veiller en
permanence à ce que les énoncés que l’on produit soient théori-
quement remplaçables par des symboles, sans jamais effectuer
concrètement ce remplacement. Notons tout de même qu’à
l’aide d’un ordinateur, on peut parfois rédiger certaines dé-
monstrations jusqu’au moindre détail : c’est ce qu’on appelle
les « preuves automatiques ».
Ajoutons enfin que dans certaines situations, nous utili-
serons les symboles ∀, ∃ ou autres, lorsque l’on souhaite le-
ver toute ambigüité. Ainsi de la définition des limites, par
exemple.
Fonctions
Étant donnés deux ensembles A et B, une fonction f de A
vers B associe à tout élément x ∈ A un élément f (x) ∈ B et
un seul. On peut traduire cette définition (un peu vague) en
termes d’ensembles. Si l’on souhaite être extrêmement précis,
on dira :
Définition 1.2 – Une fonction, ou application, est un objet f dé-
terminé par trois ensembles :
1. un ensemble A, appelé le domaine de définition de f , ou
parfois la source de f ;
2. un ensemble B, appelé le but de f ;
3. un ensemble Γ , qui est une partie de A × B et que l’on
appele le graphe de f , ayant la propriété suivante : pour
chaque x ∈ A, il existe un unique y ∈ B tel que (x, y) ∈ Γ .
Ce y est noté f (x).
On utilise la notation
f : A −→ B
pour indiquer que f est une fonction dont le domaine de défi-
nition est A et dont le but est B.
On représente typiquement une fonction A → B de la ma-
nière suivante :
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Chaque flèche sur ce dessin part d’un élément x ∈ A et pointe
sur f (x). La caractéristique importante est que chaque point
de A marque le début d’une flèche, et d’une seule.
Voyons quelques exemples.
Exemple 1.3 – Il y a une (et une seule) fonction f : N → N telle
que f (n) = 2n2 + 1. On utilise parfois la notation
f : N −→ N
n 7→ 2n2 + 1
pour désigner cette fonction. C’est très souvent par des for-
mules, telles que 2n2 + 1, que l’on va définir les fonctions.
Ici le domaine de définition est A = N, le but est B = N, et le
graphe de f est Γ = {(n, 2n2 + 1) | n ∈ N}.
Exemple 1.4 – Soit p : N r {0} → N la fonction telle que p(n) =
le n-ième nombre premier. Ainsi p(1) = 2, p(2) = 3, p(3) = 5,
p(4) = 7 et ainsi de suite. Cette fonction p est bien définie,
même si on n’a pas utilisé de formule. (Cela dit, il en existe.)
Exemple 1.5 – Nous allons anticiper un peu et supposer que
vous connaissez un minimum l’ensemble R. On le représente
par une droite, et R × R par un plan. Une fonction A → B
avec A ⊂ R et B ⊂ R est donnée par son graphe, qui ressemble
de près ou de loin à une courbe dans le plan. Par exemple la
figure suivante représente un tel graphe.
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La propriété caractéristique des graphes se voit bien sur le
dessin. Si maintenant on fait subir une rotation à cette figure,
obtient-on encore le graphe d’une fonction ?
La réponse est visiblement non : pour le x indiqué, il y a deux
nombres couples (x, y1 ) et (x, y2 ) qui appartiennent à la courbe.
Ce n’est donc pas un graphe. On retiendra la traduction géomé-
trique simple : lorsque A ⊂ R et B ⊂ R, une partie Γ de A × B est
le graphe d’une fonction A → B si et seulement si chaque droite
verticale d’équation x = a (avec a ∈ A) coupe Γ exactement en
un point.
Dans la suite du chapitre nous allons étudier la propriété
correspondante en utilisant cette fois des droites horizontales.
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