Explication linéaire n°23
« Roman », Les Cahiers de Douai, Rimbaud, 1870
Introduction
« Roman », plus connu sous le titre « On est pas sérieux quand on a 17 ans », raconte la vie
d'un jeune adolescent. Rimbaud, tout juste âgé de 16 ans lorsqu'il écrit ce poème, narre sa soif
d'aventures, de découvertes de nouveaux horizons, d'un monde jusque là inconnu.
Lorsqu'il écrit ce poème, Rimbaud est en pleine fugue (guerre France / Prusse) et présente une
période d'errance, de révolte et de liberté. À travers cet écrit, il introduit également une poésie
lyrique à la recherche de modernité.
Problématiques possibles :
– Quel sens peut-on donner au titre du poème ?
– Comment se manifeste le lyrisme poétique dans ce poème ?
– Quel sens le poète donne-t-il à son poème ?
Plan : mouvements selon les chapitres choisis par Rimbaud comme dans un livre « roman ».
I/ Premier mouvement : un passage autobiographique empreint de liberté et de lyrisme
• Le poème s'ouvre sur une négation totale par laquelle Rimbaud affirme un état de
jeunesse. Il souligne le manque de sérieux et de maturité lié à son jeune âge.
• Rimbaud, lorsqu'il écrit ce poème a réellement 17 ans (28 septembre 1870). Cet ancrage
autobiographique fait de ce poème un texte sincère et authentique dans lequel Rimbaud
se livre.
• Ce CL du temps jalonne l'extrait : « 17 ans » *2, « bons soirs de juin », « un beau
soir »... qui ancre le poème dans un moment précis : celui de l'adolescence.
• Présence d'adjectifs mélioratifs « beau », « éclatants », « sentent bon », « les bons
soirs », « si doux » qui montrent que Rimbaud prend du bon temps, il se sent bien.
• Tous les sens convoqués : « lustres éclatants », « on ferme la paupière » (la vue), « les
tilleuls sentent bons » (l'odorat), « l'air est si doux » (le toucher), « le vent chargé de
bruits » (l'ouïe), « foin des bocks et de la limonade » (le goût). Cette omniprésence
montre que Rimbaud veut profiter de ce moment dans tout ce qu'il a de plus beau à
offrir. // Synesthésis de Baudelaire.
• Rimbaud ancre également son poème dans un lieu réel dans lequel il a errer dans sa
jeunesse « foin des bocks et de la limonade », « des cafés tapageurs »...
• CL de la ville qui ancre le poème dans la modernité « foin des bocks », « cafés
tapageurs », « la ville n'est pas loin », « parfums de vignes et parfums de bière »... les
poètes avaient l'habitude de mettre en avant la nature, la campagne qui étaient
synonymes de lyrisme, romantisme... en parlant de la ville, Rimbaud octroie du lyrisme
à ce lieu et en fait une inspiration poétique. // Baudelaire. Ce qui fait de lui un poète
moderne qui innove quant aux thématiques poétiques.
II/ Deuxième mouvement : un poète roman – tique
• Jeu de mots : le titre peut renvoyer à la fois au « roman », genre romanesque car il narre
ses aventures de jeunesse mais il fait également écho au mouvement romantique dont il
semble se moquer de manière ironique.
• Se détache du « je » lyrique et préfère le « on » impersonnel pour montrer que tout le
monde peut être touché par cet amour.
• Évoque l'amour dans ce deuxième mouvement mais le sublime octroyé au romantisme
semble laisser place à un amour dérisoire, complètement aux antipodes du grandiose
romantique : « petit chiffon », « petite branche », « petit et toute blanche », « petite
bête », « petits airs charmants », « petites bottines ».
• « Nuit de juin ! Dix-sept ans ! » : deux exclamations qui sont presque un éloge de cette
nuit d'été où il se sent jeune et libre. L'été et la jeunesse sont des prétextes pour se laisser
emporter par l'ivresse amoureuse.
• Métaphore : « la sève est du champagne » : qui évoque également l'ivresse de l'amour
qui vous « monte à la tête » telle une boisson alcoolisée.
• Comparaison « un baiser[...] comme une petite bête » : qui accentue sur la douceur de
ses divagations.
• Ivresse de l'amour : « lèvres », « baiser », « palpite », « cœur fou » « airs charmants »,
« vos lèvres », « amoureux » *2, « l'adorée ». Ici, c'est l'aspect sensuel qui est mis en
exergue par le poète. Il est dans la fleur de l'âge.
III/ Troisième mouvement : un amour qui se matérialise
• Ce troisième mouvement s'ouvre sur le terme « coeur » qui renvoie directement à
l'amour. Le cœur, siège des sentiments amoureux, de l'ivresse, des sentiments.
• « Le cœur fou robinsonne à travers les romans » : ce verbe inventé, construit à partir du
personnage de roman Robinson Crusoé, montre que le poète attribue à l'amour des
symboles de la nature, de la simplicité, de l'aventure.
• Le terme « roman » ici, qui renvoie au genre littéraire montre l'aventure, l'histoire, les
personnages qui habitent un roman. Rimbaud veut nous raconter une histoire, en tout
cas, un passage de son histoire.
• Le terme « clarté » vient s'opposer « à l'ombre » deux vers plus loin. Si la nuit éclaire
cette charmante demoiselle, elle est de suite remise dans l'ombre de son père.
• Le CL du mouvement montre que la jeune fille n'est que de passage dans la rue mais
aussi dans la vie de Rimbaud comme il l'écrira dans le dernier chapitre : « passe »,
« trotter », « tourne », « mouvement vif ».
• Passage du « on » impersonnel au « vous » comme si Rimbaud voulait créer une sorte
d'identification du lecteur au poète.
• « Et, comme elle vous trouve immensément naïf » : ici, le terme « naïf » doit être
assimilé à la jeunesse de Rimbaud. Manque de sérieux, de maturité pour être considéré
comme un « parti ».
• Il y a tout de même échange de regards et un jeu de séduction entre ces deux jeunes
personnes. Elle se retourne pour le regarder à nouveau.
• Mais c'est un amour éphémère, sans lendemain, un amour de jeunesse, un coup de
foudre qui fait du bien à l'âme, au cœur. Le verbe « mourir » employé ici par Rimbaud
montre qu'il n'y a pas de suite à cet amour.
• Les points de suspension à la fin de la strophe accentue ce coup de foudre qui va durer
… un été. Les points de suspension sont aussi un moyen pour Rimbaud de laisser le
lecteur vaquer à ses rêveries et imaginer la suite. Ou enfin, il peut être un moyen de
montrer que le poète ne sait plus quoi dire. Ce nouvel amour, qu'il découvre, le prend de
court et lui ôte tous les mots.
IV/ Quatrième mouvement : un témoignage presque ironique
• Rimbaud s'amuse de cette rencontre fortuite, hasardeuse et courte, qui ne dure que le
temps d'un été.
• L'anaphore « vous êtes amoureux » : il est presque euphorique lorsqu'il écrit cette
phrase, il découvre l'amour et ses palpitations. Tout est au mieux durant cette période de
sa vie et l'amour rajoute de la beauté à ce moment.
• « Loué jusqu'au mois d'août » : elle fera donc ses louanges jusqu'à la fin de l'été. Amour
court mais intense puisqu'il l'a marqué.
• « Tous vos amis s'en vont, vous êtes mauvais goût » : Rimbaud se sent seul, presque
abandonné par ses amis à cause de cette amourette de jeunesse. Presque ironiquement, il
dit qu'il perd de sa saveur aux yeux des autres.
• Hyperbole « l'adorée » : c'est presque exagéré et comique pour un amour si éphémère. Il
y a comme un décalage entre l'importance accordée à celle-ci et la fin de leur amour.
• « a daigné vous écrire !... » : ici la fin de la strophe sonne presque comme une chute.
Après l'avoir loué, rigolé ensemble, été abandonné par ses amis, l'avoir adorée, elle le
quitte !
• Le point d'exclamation montre d'abord qu'il est étonné par la réaction de la jeune fille
puis les points de suspension qui suivent montrent qu'il reste bouche bée, presque
choquée par cette fin si brutale à laquelle il ne s'attendait pas.
• L'incise « un soir » accentue sur cette fin si brutale, ce n'est pas un soir comme les autres
cet été. Il est d'ailleurs repris au vers d'après comme une anaphore.
• « Ce soir-là... » encore des points de suspension qui montre que son état de choc ne dure
pas bien longtemps et qu'il reprend vite ses vieilles habitudes et son manque de sérieux
caractéristique de son âge.
• Reprise du premier couplet comme une boucle mais dans un ordre inversé comme si
l'écriture remontait le temps du poème et revenait au début.
• C'est un amour d'un adolescent fougueux qui reprend vite sa vie d'errance et de liberté
qu'il apprécie particulièrement.
Conclusion
Dans ce poème, Rimbaud évoque la fin de l'été et les amourettes de jeunesse. Le jeu des
pronoms personnels est un moyen de montrer que tous les lecteurs peuvent vivre ce genre
d'aventures amoureuses à 17 ans. Il se moque de lui-même, ironise et vit pleinement ses 17 ans.
Rimbaud montre également à travers ce poème qu'il est innove et s'ancre dans la modernité grâce à
l'évocation de la ville, les nombreuses marques de ponctuations et la rupture avec le mouvement
romantique.