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Expose

Le document explore la question de la nature humaine, en définissant d'abord ce concept et en examinant les arguments des philosophes qui soutiennent son existence, tels que les essentialistes, les humanistes et les religions. Il aborde ensuite les critiques de cette notion, notamment celles des existentialistes, des structuralistes et des postmodernes, qui rejettent l'idée d'une essence humaine universelle. En somme, le texte présente un débat philosophique complexe sur ce qui définit l'être humain, entre nature innée et construction sociale.
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Le document explore la question de la nature humaine, en définissant d'abord ce concept et en examinant les arguments des philosophes qui soutiennent son existence, tels que les essentialistes, les humanistes et les religions. Il aborde ensuite les critiques de cette notion, notamment celles des existentialistes, des structuralistes et des postmodernes, qui rejettent l'idée d'une essence humaine universelle. En somme, le texte présente un débat philosophique complexe sur ce qui définit l'être humain, entre nature innée et construction sociale.
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INTRODUCTION

Depuis toujours, les philosophes s’interrogent sur ce qui définit véritablement l’être humain. Est-ce
sa capacité à raisonner ? Son besoin de vivre en société ? Son aptitude à créer, à aimer ou à faire la
guerre ?
Face à cette complexité, une grande question se pose : existe-t-il une nature humaine, c’est-à-dire
un ensemble de caractéristiques propres, communes et permanentes à tous les êtres humains, quelle
que soit leur époque ou leur culture ?
Ou bien l’homme est-il un être changeant, façonné uniquement par la société, la culture ou ses
propres choix ?
Pour répondre à cette question, nous verrons d’abord la définition de la nature, ensuite ceux qui
affirment l’existence d’une nature humaine, avant d’examiner ceux qui la rejettent.

I) Définition de «NATURE»
Le mot nature vient du latin “natura”, issu de nasci (« naître »), et désigne ce qui existe par soi-
même, indépendamment de l’action humaine. En un sens général, la nature peut désigner
l’ensemble du monde physique, des plantes aux astres, ou encore le principe d’organisation interne
d’un être. Appliquée à l’homme, la nature humaine renvoie à ce qui est inné, universel et essentiel
chez tous les individus : la raison, la liberté, la sensibilité morale, le langage, ou encore la vie en
société. Elle s’oppose à ce qui est acquis, variable ou culturel. En philosophie, affirmer l’existence
d’une nature humaine, c’est soutenir qu’il existe une essence propre à l’homme, qui fonde sa
dignité, ses droits universels, et qui rend possible une compréhension morale et rationnelle de l’être
humain, au-delà des différences individuelles.

II) Ce qui défendent l’existence d’une nature humaine


Les principaux défenseurs de la thèse de l’existence d’une nature humaine sont principalement : les
essentialistes, les humanistes et la religion.
A. Les Essentialistes
1) Définition
L’essentialisme est une doctrine philosophique qui soutient que les objets ou les êtres possèdent des
caractéristiques fondamentales et invariantes, appelées essences, qui définissent ce qu'ils sont.
Selon cette théorie, il existe une nature intrinsèque et immuable à chaque entité, et cette essence
détermine ses propriétés et son comportement. L’essence précède l’existence, c’est-à-dire que pour
tout être, il existe une idée ou une nature préétablie qui définit ce qu’il est avant même qu’il n'existe
dans le monde.

2) Origines
L'idée d'essence est ancienne, remontant à la Grèce antique, où elle a été explorée par des
philosophes comme Platon et Aristote. L’essence désigne, dans ce contexte, ce qui fait qu'une
chose est ce qu’elle est, ce qui est commun à toutes les instances d’une même catégorie d’êtres.
• Platon (427-347 av. J.-C.)
Platon, dans ses dialogues, développe l’idée que le monde sensible, celui que nous percevons avec
nos sens, n'est qu’une imitation ou une copie imparfaite d’un monde idéal. Selon lui, les objets
matériels n'ont d’existence réelle que parce qu'ils participent à des formes idéales, qui sont les
essences véritables des choses. Par exemple, une chaise matérielle n’est qu’une imitation de l’idée
pure de "chaise" qui existe dans le monde des Idées (ou Formes). L'essence de la chaise, pour
Platon, réside dans l'idée parfaite de la chaise elle-même, indépendante du monde sensible
• Aristote (384-322 av. J.-C.)
Aristote, disciple de Platon, adopte également une vision essentialiste, mais diffère de Platon par sa
conception de l’essence et de la matière. Pour Aristote, l’essence d'un objet n’est pas séparée du
monde sensible. Il propose une vision plus réaliste, où chaque chose a une essence qui détermine sa
nature et son but (téléologie). Par exemple, l'essence d'un être vivant est liée à sa fonction et à sa
finalité. Aristote parle de "substance" comme étant composée de matière et de forme (l'essence), et
il considère que comprendre l'essence d'un objet, c’est comprendre ce qu’il est et pourquoi il existe.
Selon lui, la connaissance des essences permet de comprendre les causes profondes des
phénomènes.

3) Pensée de certains philosophes essentialistes


Certains penseurs vont défendre l’idée selon laquelle il existe une nature humaine. Les philosophes
Aristote et Descartes vont tenter de définir l’homme à partir de la raison. Aristote considère que
l’homme est un animal raisonnable . Ceci le différencie des animaux sauvages à savoir cette
aptitude à penser. Comme il le souligne dans l’Âme, les animaux peuvent émettre des sons pour
exprimer une sensation immédiate, mais ils ne peuvent pas combiner des sons pour produire des
pensées abstraites,complexes et détachées de la réalité sensible immédiate. Descartes pour sa part
estime que ce qui définit l’être humain, c’est sa capacité à penser rationnellement, d’où sa célèbre
formule : « Je pense, donc je suis » (Cogito, ergo sum). Cette faculté de penser est innée, et elle
constitue l’essence même de l’homme, au-delà du corps et des perceptions sensibles. L’être humain
est donc, avant tout, une substance pensante (res cogitans), distincte du corps matériel (res extensa).
Ainsi, pour Descartes, la nature humaine réside dans l’esprit, la raison, et la capacité à douter,
réfléchir et connaître, indépendamment de l’expérience sensorielle ou des influences extérieures.

B) Les Humanistes
1) Définition
L’humanisme est un courant de pensée qui place l’homme au centre des préoccupations
philosophiques, morales et sociales. Les humanistes affirment l’existence d’une nature humaine,
mais ils insistent sur la valeur, la dignité, et le développement de l’homme par la raison et la culture.
Il s’est développé à plusieurs moments de l’histoire, mais surtout pendant la Renaissance (XVe-
XVIe siècles), avec des penseurs comme Érasme, Montaigne, ou encore Pic de la Mirandole.

2) Pensée de certains philosophes humanistes


Pendant la Renaissance, les humanistes pensent que l’être humain possède une nature noble, mais
qu’il peut se perfectionner grâce à l’éducation, à la culture, à la raison
Exemple :
Pic de la Mirandole
Dans son texte Discours sur la dignité de l’homme, il dit que Dieu a créé l’homme libre, sans
forme définie, et lui a donné la possibilité de se construire lui-même. Cela montre une idée forte :
L’homme a une nature ouverte, mais aussi une capacité à se former lui-même par la
culture et la volonté.
Montaigne
Dans ses Essais, il observe les hommes dans leur diversité, mais affirme qu’il y a quelque chose
d’universel : une même humanité. Il critique le fait de juger les autres peuples (comme les
Amérindiens) comme "sauvages", car cela nie cette nature humaine partagée.
Au XVIIIe siècle, les philosophes des Lumières (Voltaire, Rousseau, Diderot…) vont encore plus
loin :
• Ils défendent l’idée que tous les hommes sont égaux par nature
• Ils croient en la raison universelle
• Ils affirment des droits naturels (comme la liberté, l’égalité, la propriété)
Cela va nourrir des textes comme la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (1789), qui
s’appuie clairement sur l’idée d’une nature humaine commune.

C) Les Religions
Dans la pensée religieuse, la nature humaine est ce que l’homme est par essence, par création
divine. Cela signifie :
• L’homme n’est pas un être purement biologique ou matériel.
• Il a été voulu et créé par Dieu.
• Il possède des caractéristiques fondamentales, données par Dieu (ex. : l’âme, la raison, la
liberté morale).
• Sa nature est à la fois élevée (il est proche de Dieu), et fragile (capable de pécher, de se
détourner de Dieu).
A titre illustratif en islam, l’être humain est une création de Dieu (Allah), avec une nature pure
appelée "fitra".

🌿 La Fitra
La fitra est :
• L’état naturel de l’homme, dans lequel il reconnaît Dieu
• Une disposition innée vers le bien, la vérité, la soumission à Dieu (Islam = soumission)
• Une guidance intérieure
Le Coran dit :
"Dirige tout ton être vers la religion exclusivement [l’Islam] selon la nature (fitra)
qu’Allah a donnée aux hommes" (Sourate 30 Ar rûm Verset 30 )

Mais cette fitra peut être altérée par :


• L’éducation
• L’environnement
• Le choix de désobéir à Dieu
💬 Le libre arbitre
En islam, l’homme est libre, mais il sera jugé selon ses actes. Sa nature humaine implique :
• Une responsabilité morale
• Une capacité à choisir le bien ou le mal

III) Ceux rejettent l’idée d’une nature humaine


A) Les Existentialistes
1) Définition
L'existentialisme est une philosophie qui se concentre sur l'expérience individuelle de l'existence
humaine, sur la liberté, l'angoisse, la responsabilité, et le sens de la vie. Cette doctrine se développe
principalement au XXe siècle, en réaction aux systèmes de pensée qui mettaient l'accent sur des
principes abstraits ou des essences universelles. L'existentialisme affirme que l'être humain est
défini par ses actions et ses choix, et qu'il est confronté à un monde absurde, sans sens
prédéterminé.

2) Origines
L'existentialisme n’est pas un mouvement philosophique unique, mais plutôt un ensemble de
réflexions qui partagent certaines préoccupations communes. Bien que le terme "existentialisme"
ait été popularisé au XXe siècle, les racines de cette philosophie peuvent être retracées à plusieurs
penseurs plus anciens, comme Søren Kierkegaard et Friedrich Nietzsche.

• Søren Kierkegaard (1813-1855)


Le philosophe danois Søren Kierkegaard est souvent considéré comme l'un des premiers
existentialistes. Il se concentre sur l'angoisse, la liberté individuelle et la foi. Selon lui, l'existence
humaine est marquée par l'incertitude et le doute, et il soutient que chaque individu doit faire face à
des choix existentiels cruciaux, souvent en présence de l'angoisse ou de l'absurde. Kierkegaard met
en avant la notion de saut de foi, selon laquelle l'individu doit choisir de croire en quelque chose,
malgré l'incertitude totale. L'individu est libre, mais cette liberté est également une source de
souffrance, car elle impose une responsabilité écrasante.

• Friedrich Nietzsche (1844-1900)


Le philosophe allemand Friedrich Nietzsche a également influencé la pensée existentialiste. Il
rejette les valeurs traditionnelles et affirme que les individus doivent créer leur propre sens dans un
monde dépourvu de sens objectif. Nietzsche introduit des concepts clés comme l'Übermensch (le
surhomme), une figure qui dépasse les valeurs traditionnelles et crée ses propres valeurs. Il remet en
question les concepts de Dieu et de morale, proclamant le "morale des maîtres", une vision de la
vie où l'individu s'affranchit des contraintes sociales pour vivre pleinement sa liberté. La célèbre
maxime "Dieu est mort" symbolise la fin des croyances traditionnelles et la nécessité de créer un
sens individuel.

3) Pensée de certains philosophes existentialistes


• Jean-Paul Sartre (1905-1980)
Jean-Paul Sartre est l'une des figures majeures de l'existentialisme. Dans son œuvre fondamentale,
"L'Être et le Néant" (1943), il définit l'existence humaine comme marquée par la liberté absolue.
Sartre soutient que "l'existence précède l'essence", ce qui signifie qu'il n'y a pas de nature humaine
prédéfinie. L'homme existe d'abord, puis il se définit par ses actions et ses choix. Ce concept rejette
l'idée qu'il y aurait une essence ou un destin humain fixe, et met en avant la notion de liberté
radicale, qui impose une immense responsabilité sur l'individu.

• Simone de Beauvoir (1908-1986)


Simone de Beauvoir, philosophe et féministe, est une figure importante de l'existentialisme,
notamment à travers son œuvre "Le Deuxième Sexe" (1949). Elle applique la pensée existentialiste
à la condition féminine, en rejetant l'idée qu'il existerait une "nature féminine" prédéfinie. Selon de
Beauvoir, les femmes ne sont pas définies par une essence biologique ou sociale, mais sont
construites par leurs expériences et les structures sociales. Elle proclame la célèbre phrase : "On ne
naît pas femme, on le devient", soulignant que l'identité féminine est une construction sociale, et
que chaque individu, homme ou femme, doit créer son propre sens et son identité à travers ses choix
et ses actions.
En outre Lucien Malson (1926-2017), dans son ouvrage les Enfants sauvages, va décrire
l’expérience d’enfant abandonné à la naissance, qui sera recueilli et élevés par des loups et
lorsqu’ils seront retrouvés et intégrées dans la société, ils devront apprendre à se comporter comme
des hommes. De cette expérience, on peut tirer l’enseignement selon lequel le petit enfant, à la
naissance, peut s’adapter à des conditions différentes . Tant qu’il vit, l’enfant ne mérite pas encore
le nom d’homme. Ainsi à travers cette expérience , il affirme: «L’homme n’a pas de nature mais
qu’il a une histoire ». C’est pourquoi Erasme de Rotterdham déclarait:« On ne naît pas Homme, on
le devient ».

B) Les Structuralistes
1)Définition
Le structuralisme est un courant de pensée apparu au XXe siècle, qui cherche à comprendre les
phénomènes humains (langage, culture, société, pensée) à travers les structures profondes et
inconscientes qui les organisent. Ces structures sont souvent comparées à des règles de grammaire
invisibles qui déterminent nos comportements sans qu’on en ait conscience.

2) Pensée des structuralistes


Les structuralistes, comme Claude Lévi-Strauss (Anthropologue), Michel Foucault (Philosophe)
et Jacques Lacan (Psychanalyste), rejettent l'idée d'une nature humaine universelle et fixe. Pour
eux, l’homme n’est pas défini par une essence biologique ou naturelle, mais par des structures
sociales, culturelles et langagières qui organisent nos comportements et nos pensées. Lévi-Strauss,
en étudiant les sociétés « primitives », montre que des structures communes comme les règles de
parenté et les mythes sous-tendent toutes les sociétés humaines, ce qui remet en cause l’idée d’une
nature humaine universelle. Foucault, quant à lui, soutient que l’homme est une invention récente,
apparue avec les sciences humaines au XIXe siècle, et qu'il pourrait même disparaître un jour. Selon
lui, l’homme est une construction historique, produite par des discours et des savoirs. Lacan, en
psychanalyse, affirme que l’homme est structuré par l’inconscient, qui est lui-même gouverné par
des structures symboliques (comme le langage). Ainsi, pour les structuralistes, ce que l’on appelle
"nature humaine" n’est qu’un effet des structures qui organisent l’expérience humaine, et non une
essence stable et universelle.

C) Les Postmodernes
1) Définition
Le postmodernisme est un courant intellectuel, culturel et artistique complexe qui a émergé dans la
seconde moitié du XXe siècle, en réaction ou en rupture avec les idéaux du modernisme. Il n’existe
pas une seule définition du postmodernisme, car il s’agit d’un ensemble hétérogène de pensées,
mais on peut en dégager certains traits communs, notamment sa remise en question des grands
récits, des vérités absolues et des structures fixes, comme la notion de nature humaine

2) Pensée Postmoderne
Les penseurs postmodernes remettent profondément en question l’idée d’une nature humaine
universelle, stable et intemporelle. Pour Michel Foucault, ce que nous appelons "nature humaine"
est en réalité une construction historique produite par des discours de pouvoir : les institutions
comme la médecine, la justice ou l’école fabriquent des normes en définissant ce qui est humain.
Jean-François Lyotard, quant à lui, rejette les grands récits explicatifs comme ceux du progrès ou
de la raison, affirmant qu’ils ne sont plus crédibles et qu’ils masquent la pluralité des formes
d’existence humaine. Jacques Derrida, avec sa méthode de déconstruction, montre que toute
tentative de définir une essence humaine repose sur des oppositions binaires instables et des
hiérarchies implicites. Jean Baudrillard, de son côté, pense que dans une société dominée par les
médias et les signes, la figure de "l’homme" devient un simulacre, une image sans fondement réel.
Enfin, Judith Butler démontre que les identités de genre, souvent perçues comme naturelles, sont
en fait performées : elles sont le résultat de répétitions d’actes et de normes sociales. Ainsi, pour
tous ces auteurs, la nature humaine n’existe pas comme une essence fixe, mais comme une
construction sociale, historique et linguistique, toujours mouvante et sujette à interprétation.

CONCLUSION

Pour conclure, nous pouvons dire que l’idée d’une nature humaine est au cœur de nombreux débats
philosophiques. Certains y voient une réalité profonde, qui définit ce que nous sommes par essence,
tandis que d’autres la rejettent au profit d’une conception plus historique, culturelle ou existentielle
de l’homme. La question reste ouverte : sommes-nous nés avec une nature, ou sommes-nous
uniquement ce que nous devenons ? Peut-on alors penser l’humanité au-delà de l’opposition entre
nature et culture ?

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