La Théorie du Modèle d'Évaluation des Actifs Financiers
de Sharpe
Imaginez un monde où il serait possible de déterminer exactement quel investissement est le
meilleur en fonction de son risque associé. C’est un peu ce que propose le Modèle d’Evaluation
des Actifs Financiers, ou MEDAF, développé par William Sharpe dans les années 60. Ce modèle,
pour lequel Sharpe a reçu plus tard le Prix Nobel, cherche à répondre à une question fondamentale
« Quel retour puis-je espérer pour un niveau de risque donné ? » Cet outil est d’une grande
importance dans la finance moderne, où il est souvent utilisé par les banques, les sociétés et les
gestionnaires de portefeuille pour évaluer les investissements et déterminer le coût de leur capital.
Bien qu'il commence à dater un peu, il reste un outil précieux encore utilisé dans la pratique pour
répondre à des questions financières variées.
Le MEDAF, se repose sur une formule assez simple qui combine le risque et le rendement :
E(Ri)=Rf+βi(E(Rm)−Rf)
Voici ce que cela signifie concrètement :
E(Ri) : le rendement que vous pouvez espérer de l'actif que vous examinez.
Rf : le rendement sans risque. Généralement, on prend le taux des obligations d'État à
court terme. C'est le rendement que vous gagnerez si vous mettiez votre argent dans
un placement 100% sûr.
βi (beta) : C'est la mesure du risque de l'actif par rapport au marché. C'est un peu
comme un coefficient qui indique si l'actif est plus ou moins volatil que le marché
global.
E(Rm) : C'est le rendement attendu du marché dans son ensemble. On pourrait prendre
par exemple le rendement attendu du CAC 40 ou du S&P 500.
Le terme (E(Rm)−Rf) s'appelle la "prime de risque du marché". C'est le surplus que les
investisseurs exigent pour accepter de prendre des risques en investissant dans le marché plutôt
que dans des actifs sûrs.
Le beta est particulièrement intéressant. Il nous dit comment un actif réagit par rapport au marché :
Si beta = 1 : L'actif suit le marché. S'il monte de 10%, l'actif monte de 10% en
moyenne.
Si beta > 1 : L'actif est plus volatil que le marché. Par exemple, un beta de 1,5 signifie
que pour chaque variation de 1% du marché, l'actif varie de 1,5%.
Si beta < 1 : L'actif est moins volatil que le marché. Un beta de 0,5 signifie que pour
chaque variation de 1% du marché, l'actif varie de 0,5%.
Le MEDAF est basé sur six hypothèses qui simplifient les choses :
[Link] investisseurs sont rationnels et cherchent à maximiser leur profit.
[Link] le monde a accès aux mêmes informations.
[Link] n'y a pas de frais de transaction.
[Link] peut emprunter ou prêter à un taux sans risque.
[Link] marché est efficient (les prix reflètent toutes les informations disponibles).
[Link] peut diversifier autant que l'on veut.
Il va sans dire que ces hypothèses sont idéalisées et ne correspondent en rien à la réalité. Les
investisseurs ne sont pas toujours rationnels, il y a des frais de transaction, et le marché est
rarement parfaitement efficient. Néanmoins, le MEDAF est extrêmement utile malgré ces
imperfections.
Le MEDAF de Sharpe a changé la donne en finance en établissant le lien mathématique entre le
risque et le rendement. Bien que ses hypothèses soient souvent remises en cause, personne ne
peut nier l’utilité pratique du modèle. Les entreprises l'utilisent pour estimer leur coût du capital, les
gérants de fonds d’investissement pour apprécier la performance de leur portefeuille, et les
analystes financiers pour savoir si un actif est sous ou surévalué. Plus de 50 ans après
l’avènement de ce modèle, il continue de faire partie intégrante de l’arsenal de tout financier digne
de ce nom. Son élégance mathématique et désormais intuitive lorsque l'on parle de la relation
entre le risque et le rendement en font un modèle classique qui n’a pratiquement pas pris une ride.