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Module III

Le Dernier Jour d’un Condamné de Victor Hugo dépeint les derniers jours d'un homme anonyme condamné à mort, explorant ses pensées, peurs et regrets dans un récit à la première personne. L'œuvre, écrite dans un contexte de forte opposition à la peine de mort, vise à susciter la compassion du lecteur et à dénoncer l'inhumanité de cette pratique. Hugo utilise un style de roman à thèse pour défendre l'abolition de la peine capitale, en mettant en lumière la souffrance psychologique du condamné et les injustices du système judiciaire.

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Module III

Le Dernier Jour d’un Condamné de Victor Hugo dépeint les derniers jours d'un homme anonyme condamné à mort, explorant ses pensées, peurs et regrets dans un récit à la première personne. L'œuvre, écrite dans un contexte de forte opposition à la peine de mort, vise à susciter la compassion du lecteur et à dénoncer l'inhumanité de cette pratique. Hugo utilise un style de roman à thèse pour défendre l'abolition de la peine capitale, en mettant en lumière la souffrance psychologique du condamné et les injustices du système judiciaire.

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Module III

Entrée dans l’œuvre – Le Dernier Jour d’un Condamné (Victor Hugo)

Biographie de Victor Hugo

Victor Hugo (1802–1885) est un écrivain français majeur du XIXᵉ siècle, chef de file du
romantisme. Né à Besançon, il se fait connaître très jeune comme poète, puis devient un auteur
incontournable du théâtre, du roman et de l’engagement politique. Défenseur des libertés,
opposé à la peine de mort et à l’injustice sociale, il s’exile sous Napoléon III (1851–1870) avant
de rentrer en France. À sa mort, il est honoré par des funérailles nationales et enterré au
Panthéon.

Quelques œuvres de genres variés

• Poésie : Les Contemplations (1856), Les Châtiments (1853), La Légende des siècles
(1859)
• Romans : Notre-Dame de Paris (1831), Les Misérables (1862), Le Dernier Jour d’un
Condamné (1829)
• Théâtre : Hernani (1830), Ruy Blas (1838)
• Engagement / idées : discours politiques et textes contre l’injustice (peine de mort,
misère, oppression)

Le contexte historique et culturel


Au moment où Victor Hugo écrit Le Dernier Jour d’un Condamné (1829), la France est sous la
Restauration (1815–1830), période de retour à la monarchie après la Révolution et Napoléon.
La société est marquée par des tensions entre idées conservatrices (ordre, religion, autorité) et
aspirations libérales (droits, justice, liberté). La peine de mort est encore courante et les
exécutions publiques attirent parfois la foule, ce qui choque certains intellectuels.
Sur le plan culturel, c’est l’époque du romantisme, mouvement qui met en avant les émotions,
la sensibilité, la révolte contre les injustices et l’intérêt pour les victimes et les exclus. Les
écrivains veulent aussi jouer un rôle dans la société : ils dénoncent la misère, la violence et
l’hypocrisie. Dans ce contexte, Hugo écrit ce roman comme un texte humaniste et engagé, pour
faire réfléchir le lecteur et provoquer un débat sur la justice et l’abolition de la peine de mort.

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La genèse de « Le Dernier Jour d’un Condamné »

Victor Hugo écrit Le Dernier Jour d’un Condamné dans un contexte où la peine de mort est
encore largement pratiquée en France et où les exécutions publiques font partie du quotidien.
Très tôt, Hugo est marqué par l’idée que la justice peut se tromper et que l’exécution est une
violence irréversible. Il veut donc frapper l’opinion non pas avec un débat juridique, mais avec
un récit qui fait ressentir l’angoisse d’un homme qui va mourir.

L’œuvre naît d’un projet clairement engagé : Hugo cherche à dénoncer la peine de mort en
donnant la parole à un condamné anonyme. Le choix du “je” (récit à la première personne) et
de la forme du journal permet d’entrer dans la conscience du personnage, de suivre ses pensées,
ses peurs, ses regrets, et de montrer que derrière “un condamné” il y a un être humain.
L’anonymat du héros est volontaire : Hugo veut que ce condamné puisse représenter tous les
condamnés, et que le lecteur se concentre sur la question morale, pas sur le crime.

Le roman est publié une première fois en 1829, puis Hugo l’accompagne plus tard d’une
préface (1832) où il explique ouvertement son objectif : convaincre le public que la peine
capitale est inhumaine et qu’il faut l’abolir. Ainsi, la genèse de l’œuvre est liée à une double
ambition : une ambition littéraire (inventer un récit intense, psychologique, poignant) et une
ambition sociale et politique (faire évoluer les mentalités).

Le genre : le roman à thèse

Un roman à thèse est un roman qui ne raconte pas seulement une histoire pour divertir : il sert
surtout à défendre une idée (une “thèse”) et à convaincre le lecteur. L’auteur y fait passer un
message moral, social ou politique, en utilisant les personnages, les événements et les émotions
pour influencer l’opinion. Souvent, ce type de roman cherche à dénoncer une injustice et à
faire réfléchir sur un problème de société.

Caractéristiques d’un roman à thèse

• Une cause défendue : l’œuvre porte un message clair (justice, liberté, égalité, droits
humains…).
• Une intention persuasive : l’auteur veut convaincre, émouvoir, provoquer un débat.
• Des procédés argumentatifs dans le récit : appels à l’émotion, exemples, descriptions
choc, questions rhétoriques, dénonciation…
• Des personnages au service de l’idée : ils représentent souvent une situation sociale
ou une victime.
• Le lecteur est impliqué : on le pousse à prendre position.

Pourquoi Le Dernier Jour d’un Condamné est un roman à thèse ?

Dans ce roman, Victor Hugo défend une thèse : la peine de mort est inhumaine et doit être
abolie. Pour convaincre, (1) il donne la parole au condamné en “je”, ce qui crée de la
compassion (2) montre la souffrance psychologique et l’angoisse de l’attente (3) rend le
personnage anonyme, pour qu’il représente tous les condamnés (4) critique implicitement la
société, la prison, le spectacle de l’exécution (5) renforce le message avec la préface (où Hugo
explique clairement son combat). En résumé : Le Dernier Jour d’un Condamné est un roman à
thèse parce qu’il utilise une histoire tragique pour dénoncer la peine capitale et faire changer
les mentalités.

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Résumé général de « Le Dernier Jour d’un Condamné »

Le roman raconte les derniers jours d’un homme condamné à mort, dont on ne connaît ni le
nom ni le crime. Enfermé en prison, il écrit comme dans un journal intime tout ce qu’il ressent
: la peur, l’angoisse, le désespoir, mais aussi ses souvenirs, ses regrets et son attachement à la
vie. Il décrit la dureté de la détention, l’attente interminable, les bruits de la prison, les gardiens,
les autres détenus et l’idée obsédante de l’exécution.

D’abord emprisonné à Bicêtre, il est ensuite transféré à la Conciergerie. Chaque étape le


rapproche de sa mort et renforce sa souffrance intérieure. Il espère parfois une grâce, mais cette
possibilité s’éloigne au fil du temps. Le moment le plus bouleversant est sa rencontre avec sa
petite fille, qui ne le reconnaît pas : cet épisode montre la douleur humaine du condamné et
accentue la critique de la peine de mort.

Finalement, le condamné est conduit à l’exécution. Le roman se termine au moment où il va


mourir, laissant le lecteur face à l’horreur de la peine capitale. À travers ce récit, Hugo cherche
surtout à dénoncer la peine de mort en faisant ressentir au lecteur la détresse d’un homme qui
attend son dernier jour.

Portrait du personnage principal (le condamné)

Le personnage principal de Le Dernier Jour d’un Condamné est un homme condamné à mort
dont Victor Hugo ne révèle ni le nom, ni l’âge exact, ni le crime. Cet anonymat est volontaire
: il permet au personnage de représenter tous les condamnés et de mettre l’accent sur la
question de la peine de mort plutôt que sur l’affaire judiciaire.

Sur le plan psychologique, c’est un personnage très sensible et profondément humain. Il vit
dans une angoisse permanente : l’attente de l’exécution le torture plus que la mort elle-même.
Ses pensées passent sans cesse de l’espoir au désespoir : parfois il s’accroche à l’idée d’une
grâce, puis il retombe dans la peur et la panique. Il est obsédé par l’idée du temps qui passe,
compte les heures, imagine la guillotine, et se sent prisonnier d’un destin irréversible.

Le condamné est aussi un personnage lucide : il observe la prison, les gardiens, les autres
détenus, et comprend que la société transforme l’exécution en spectacle. Il dénonce
implicitement l’inhumanité du système, non par des discours théoriques, mais par ce qu’il
ressent et ce qu’il voit.

Enfin, il apparaît comme un homme capable d’amour et d’attachement à la vie, surtout


lorsqu’il pense à sa fille. Cette relation (et le moment où l’enfant ne le reconnaît pas) montre sa
fragilité, sa douleur et sa dimension tragique. Ainsi, Hugo fait du condamné une victime
émouvante pour éveiller la compassion du lecteur et condamner la peine de mort.

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Les personnages de « Le Dernier Jour d’un condamné »

Personnage principal
Le condamné (narrateur, “je”) : personnage sans nom (choix volontaire de Hugo) ; il écrit
comme un journal ses pensées, peurs et souffrances, depuis Bicêtre jusqu’à la Grève.

Personnages liés à sa vie privée


Sa fille Marie : petite fille (très jeune) ; scène bouleversante où elle ne le reconnaît pas et lit
sans comprendre sa condamnation.
Sa femme et sa mère : figures absentes mais essentielles (il les évoque comme victimes
indirectes de la peine : “trois femmes… trois veuves du fait de la loi”).
La “bonne” (nourrice/servante de Marie) : accompagne l’enfant ; rôle pratique dans la visite.

Personnages de la Justice
Le président (du tribunal) : dirige l’audience, pose les questions, lit/fait appliquer la
procédure.
Le greffier : employé “insignifiant”, chargé de lire le verdict au condamné.
Les jurés : rendent le verdict (souvent vus comme une machine judiciaire impersonnelle).
Le procureur général : symbole de l’accusation et de la volonté de faire exécuter ; il est
explicitement nommé comme celui qui “a demandé” sa tête.
L’avocat (défenseur) : plaide, mais le narrateur le vit parfois comme impuissant/à côté de sa
détresse.
L’huissier près la cour royale : messager officiel ; lit le rejet du pourvoi et encadre le transfert.

Personnages de la prison et de l’Église


Le directeur (de la prison) : autorité interne ; apparaît lors du transfert et dans l’organisation
de l’escorte.
Le prêtre / l’aumônier : accompagne le condamné, tente de le soutenir spirituellement ; le
narrateur reconnaît sa bonté.
Le porte-clefs / guichetier : personnel de la prison (accès, surveillance) ; figure de
l’administration carcérale.
Les forces de l’ordre
Le “bon vieux gendarme” : surveillant humain, respectueux (“on ne parle pas si haut dans la
chambre d’un mort”).
Le gendarme superstitieux (et cupide) : remplaçant décrit comme “figure inepte”; il croit que
les condamnés peuvent “voir la loterie d’avance” et cherche des numéros gagnants.

Autres figures rencontrées


Le “sous-architecte” de la prison : vient mesurer les murs, indifférent et presque moqueur.
Le friauche (argot : jeune voleur/filou) : autre condamné, “héritier” du narrateur à Bicêtre ;
parle en argot, incarne la misère et la délinquance produites par l’exclusion sociale.
Le bourreau (appelé aussi Charlota en argot, note du texte) : figure de la peine de mort
(exécuteur), omniprésent dans l’angoisse du narrateur.
La foule / les spectateurs : masse qui entoure l’exécution (curiosité, fascination), dénoncée
implicitement par Hugo.

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Les lieux dans « Le Dernier Jour d’un Condamné »

Bicêtre (la prison) : C’est le premier lieu du récit : le condamné y vit l’attente, le cachot et la
vie carcérale. Hugo en donne une description très sombre : bâtiment dégradé, barreaux, figures
de galériens/fous.

La Conciergerie (prison à Paris) : Deuxième étape : le condamné est transféré à Paris,


“comme dit le procès-verbal”. Le trajet se termine par l’arrivée dans la cour de la
Conciergerie.

Le parcours dans Paris (rues, quais et ponts) : Le déplacement traverse la ville (faubourg
Saint-Marceau, Cité), et le condamné sent le regard des passants. Lors de la marche vers
l’exécution : quai aux Fleurs, cabarets, foule, puis Pont-au-Change.

La place de Grève (lieu de l’exécution) : C’est le lieu final, celui de l’échafaud : Hugo insiste
sur l’horreur et la foule. Le condamné résume son itinéraire en trois étapes : “Bicêtre, la
Conciergerie, la Grève”.

L’Hôtel de Ville : Juste avant l’exécution, il écrit “D’une chambre de l’Hôtel de Ville”,
bâtiment collé à la Grève. Description lugubre : “édifice sinistre… de plain-pied avec la Grève”.

L’échafaud / la guillotine (lieu symbolique) : Même quand il n’est pas encore sur place, le
condamné est obsédé par “ce lieu” et par la machine de mort.

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La structure du texte de l’œuvre

1) Un paratexte (autour du récit)

Préface / texte argumentatif (édition 1832) : Hugo explique la visée du livre (défendre “la
cause d’un condamné quelconque” et supprimer “le nom propre”, l’“anecdote”, etc.). Un
“dialogue” satirique (Une comédie à propos d’une tragédie) : scène en forme de pièce, qui
met en débat la réception du livre et les critiques qu’il a suscitées.

2) Le récit principal : un journal en chapitres

Le texte prend la forme d’un journal intime / “procès-verbal” des souffrances, “heure par
heure, minute par minute”. Il est découpé en chapitres numérotés en chiffres romains : le récit
commence par I – “Bicêtre”. Il va jusqu’à XLIX (dernier chapitre), ce qui donne une
progression continue vers la fin.

3) Une progression dramatique en 3 grandes étapes (trajet vers la mort)

Le récit suit un mouvement de plus en plus oppressant : Bicêtre (attente, enfermement,


angoisse) La Conciergerie (transfert officiel, rapprochement de l’exécution) La Grève / l’Hôtel
de Ville (préparatifs, bourreau, dernière demande) Le narrateur résume lui-même ce trajet
en “trois pas” : “Bicêtre, la Conciergerie, la Grève.”

4) Un récit subjectif : “je” + présent + retours en arrière

Le narrateur raconte à la 1ère personne, au plus près de ses pensées (“Condamné à mort
! … Je n’ai plus qu’une pensée…”). La narration est surtout au présent de l’attente, mais elle
contient aussi des retours en arrière (ex. souvenir du procès et de la salle d’audience). L’œuvre
se construit comme une montée de l’angoisse (“progression… de douleurs”, “autopsie
intellectuelle”).

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Extrait de la préface de 1832

Qu’avez-vous à alléguer pour la peine de mort ? Nous faisons cette question sérieusement ; nous la faisons aux
criminalistes², (...) aux hommes de loi proprement dit, aux dialecticiens³, aux raisonneurs, à ceux qui aiment la
peine de mort pour la peine de mort, pour sa beauté, pour sa bonté, pour sa grâce.

Voyons, qu’ils donnent leurs raisons :

Ceux qui jugent et qui condamnent disent la peine de mort nécessaire. D’abord, — parce qu’il importe de retrancher
de la communauté sociale un membre qui lui a déjà nui et qui pourrait lui nuire encore — S’il ne s’agissait que de
cela, la prison perpétuelle suffirait. A quoi bon la mort ? Vous objectez qu’on peut échapper d’une prison ? Faites
mieux votre ronde. Si vous ne croyez pas à la solidité des barreaux de fer, comment osez-vous avoir des
ménageries ?

Pas de bourreau où le geôlier suffit.

Mais, reprend-on, — il faut que la société se venge, que la société punisse. — Ni l’un, ni l’autre. Se venger est de
l’individu, punir est de Dieu.

La société est entre deux. Le châtiment est au-dessus d’elle, la vengeance au-dessous. Rien de si grand et de si petit
ne lui sied. Elle ne doit pas « punir pour se venger » ; elle doit corriger pour améliorer. Transformez de cette façon
la formule des criminalistes, nous la comprenons et nous y adhérons.

Reste la troisième et dernière raison, la théorie de l’exemple. — Il faut faire des exemples ! il faut épouvanter par
le spectacle du sort réservé aux criminels ceux qui seraient tentés de les imiter ! — Voilà bien à peu près
textuellement la phrase éternelle dont tous les réquisitoires⁴ des cinq cents parquets de France ne sont que des
variations plus ou moins sonores. Et bien ! nous nions d’abord qu’il y ait exemple. Nous nions que le spectacle des
supplices produise l’effet qu’on en attend. Loin d’édifier le peuple, il le démoralise, et ruine en lui toute sensibilité,
partant toute vertu. Les preuves abondent et encombreraient notre raisonnement si nous voulions en citer. Nous
signalerons pourtant un fait entre mille, parce qu’il est le plus récent. Au moment où nous écrivons, il n’a que dix
jours de date. Il est du 5 mars, dernier jour du carnaval. A Saint-Pol, immédiatement après l’exécution d’un
incendiaire nommé Louis Camus, une troupe de masques est venue danser autour de l’échafaud encore fumant.
Faites donc des exemples, le mardi gras vous rit au nez.

Mais vous, est-ce bien sérieusement que vous croyez faire un exemple quand vous égorgillez⁵ misérablement un
pauvre homme dans le recoin le plus désert des boulevards extérieurs ? En Grève⁶, en plein jour, passe encore ;
mais à la barrière Saint-Jacques ! mais à huit heures du matin ? Qui est ce qui va là ? Qui est-ce qui sait que vous
tuez un homme là ? Qui est ce qui se doute que vous faites un exemple là ? Pour les arbres du boulevard
apparemment. Toutes les raisons pour la peine de mort, les voilà donc démolies.

Voilà tous les syllogismes⁷ de parquets mis à néant. Tous ces copeaux de réquisitoires, les voilà balayés et réduits
en cendres. Le moindre attouchement de la logique dissout les mauvais raisonnements.

On est tenté parfois de croire que les défenseurs de la peine de mort n’ont pas bien réfléchi à ce que c’est. Mais
pensez donc un peu à la balance de quelque crime que soit ce droit exorbitant⁸ que la société s’arroge⁹ d’ôter ce
qu’elle n’a pas donné, cette peine, la plus irréparable des peines irréparables !

De deux choses l’une :

Où l’homme que vous frappez est sans famille, sans parents, sans adhérents¹⁰ dans ce monde. Et dans ce cas, il n’a
reçu ni éducation, ni instruction, ni soins pour son esprit, ni soins pour son cœur, et alors de quel droit tuez-vous
ce misérable orphelin ? Vous le punissez de ce que son enfance a rampé sur le sol sans tige et sans tuteur¹¹ ! Vous
lui imputez un forfait¹², l’isolement où vous l’avez laissé ! De son malheur vous faites son crime ! Personne ne lui
a appris à savoir ce qu’il faisait. Cet homme ignore. Sa faute est à sa destinée, non à lui. Vous frappez un innocent.
Ou cet homme a une famille ; et alors croyez-vous que le coup dont vous l’égorgez ne blesse que lui seul. Que son
père, sa mère, que ses enfants n’en saignent pas ? Non. En le tuant,

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Analyse du Chapitre I
Situation du passage par rapport à l’œuvre
Ce chapitre est l’incipit du récit-journal : on est au début du livre, à Bicêtre, au moment où le narrateur vit
déjà depuis plusieurs semaines avec la sentence. Il sert à installer le lieu (Bicêtre) et surtout l’état
psychologique (idée fixe, enfermement), et à présenter le “je” : récit à la 1re personne, confession
immédiate, sans explication du crime (choix qui universalise le cas).
Hypothèse de lecture du chapitre I
Dans ce premier chapitre, Hugo ouvre le récit par un choc : l’annonce « Condamné à mort ! » et la description
immédiate de ses effets. L’hypothèse de lecture est que ce début cherche surtout à faire comprendre que la
condamnation n’est pas seulement un verdict, mais une torture intérieure qui envahit tout : le narrateur vit
depuis “cinq semaines” avec cette pensée, seul avec elle, “courbé sous son poids”. En faisant entrer le lecteur
directement dans cette obsession, Hugo veut provoquer la compassion et installer dès l’incipit l’idée centrale
du roman : la peine de mort détruit l’homme avant même l’exécution.
Axes de lecture
Axe 1 — Un incipit de rupture : l’obsession martelée et la gradation de l’horreur
Le chapitre s’ouvre sur une formule répétée et brutale : « Condamné à mort ! », qui fonctionne comme un
coup de massue. La répétition et le rythme insistant renforcent l’impression d’obsession : le narrateur n’a plus
“qu’une pensée, qu’une conviction, qu’une certitude” (accumulation/gradation). Hugo amplifie ensuite
l’effroi avec une gradation : “une horrible, une sanglante, une implacable idée !”. Le champ lexical de la mort
et de la violence (“sanglante”, “mort”, “couteau”) installe dès le début une atmosphère tragique. Ce procédé
fait comprendre que ce n’est pas un simple état d’esprit : c’est une condamnation mentale, permanente.
Axe 2 — Le contraste “Autrefois / Maintenant” : de la liberté à l’enfermement total
Hugo construit le chapitre sur une opposition très nette : “Autrefois…” puis “Maintenant…”. Avant,
l’imagination du narrateur est décrite comme un espace libre et foisonnant (“je pouvais penser à ce que je
voulais, j’étais libre”), avec un champ lexical lumineux et vivant (“fête”, “bruit”, “lumière”, “jeunes filles”,
“promenades”). Après la condamnation, tout bascule dans le champ lexical carcéral : “captif”, “fers”,
“cachot”, “prison”, “grilles hideuses. La formule la plus forte résume cette double captivité : “Mon corps est
aux fers… mon esprit est en prison dans une idée”. Le contraste donne une interprétation essentielle :
l’enfermement n’est pas seulement physique, il est aussi psychologique, et c’est cette prison intérieure que le
texte fait ressentir.
Axe 3 — Une pensée personnifiée : métaphores, images et hantise (la “pensée” devient un bourreau)
La “pensée” est présentée comme un être vivant : Hugo la personnifie (“elle est toujours là”, “elle secoue”,
“elle se glisse”, “elle sème”, “elle épie”, “elle reparaît”). Cette personnification transforme l’idée en
persécuteur : elle “chasse toute distraction” et reste “face à face” avec lui. Les métaphores renforcent cette
hantise : la pensée est “un spectre de plomb” (poids, froideur, fatalité) et elle le secoue de “deux mains de
glace”. Elle revient aussi “comme un refrain horrible” (répétition musicale oppressante) et s’infiltre jusque
dans le sommeil : “m’obsède éveillé, épie mon sommeil convulsif”, “reparaît dans mes rêves sous la forme
d’un couteau”. Tout le champ lexical du froid et de la peur (“glacé”, “poids”, “convulsif”, “infernale”,
“hideuses”) construit une atmosphère de cauchemar : la mort est déjà là, sous forme d’images, de sensations,
de visions.
Synthèse (chapitre I)
Le chapitre I installe d’emblée la logique du roman : faire vivre au lecteur l’expérience de la condamnation.
Par la répétition, la gradation, l’opposition “Autrefois / Maintenant”, la personnification et les métaphores,
Hugo transforme une formule juridique en supplice psychologique : le condamné n’existe plus qu’à travers
une idée unique qui l’emprisonne et le hante.

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Analyse du Chapitre II et III
Hypothèse de lecture (chapitres II et III)
Dans ces deux chapitres, Hugo met en scène le passage décisif du procès à la condamnation : l’univers
judiciaire apparaît comme un spectacle froid et fatal, tandis que l’enfermement transforme l’homme en être
traqué, réveillé par le métal, ramené à la paille, arraché au moindre apaisement. En parallèle, la foule (dans le
tribunal) se comporte comme une populace avide, attirée par le crime comme par un divertissement, ce qui
accentue l’inhumanité du système.
Axe 1 — Le procès : un spectacle sombre, entre grotesque et sanglant
Dès l’ouverture du chapitre II, le procès est décrit comme une mise en scène qui se répète depuis “trois jours”.
Hugo emploie une comparaison frappante : les spectateurs “s’abattre[nt]” sur les bancs “comme des corbeaux
autour d’un cadavre” : la justice devient un charnier symbolique, et la foule un oiseau de mauvais augure. Le
narrateur réduit ensuite tout l’appareil judiciaire à une “fantasmagorie” : le mot suggère l’illusion, le théâtre,
mais aussi un défilé d’ombres. L’énumération (“juges”, “témoins”, “avocats”, “procureurs du roi”), comme
une machine.
Enfin, Hugo installe une opposition très parlante : “tantôt grotesque, tantôt sanglante, toujours sombre et
fatale”. L’alternance “grotesque/sanglante” dénonce une justice qui oscille entre ridicule et violence, mais
dont l’issue reste “fatale”.
Axe 2 — Les horreurs de l’enfermement : bruit, fer, violence du réveil
Le chapitre II bascule vite dans l’univers carcéral : le condamné est ramené “sur la paille” du “cachot”, et le
texte insiste sur les sensations et le sonore. Le champ lexical du métal et de la prison (“souliers ferrés”, “nœud
de clefs”, “verrous”, “grincement rauque”, “cellule”) construit une atmosphère d’étouffement.
Même l’éveil devient une agression : “il fallut… sa rude voix… et sa main rude sur mon bras”. La répétition
de “rude” souligne la brutalité du pouvoir : le détenu n’est plus un homme qu’on réveille, mais un corps qu’on
secoue. Hugo fait aussi sentir la privation : le condamné n’aperçoit qu’un “reflet jaune” au plafond du corridor,
“seul ciel” qu’il puisse voir. Cette métaphore implicite (le corridor comme “ciel” de prison) montre que la
prison réduit le monde à presque rien. La phrase courte “J’aime le soleil.”
Axe 3 — La populace : curiosité cruelle et violence collective
La foule est déjà présente dans le chapitre II : elle forme une “nuée de spectateurs”, image qui déshumanise
le public (nuée = masse indistincte) et annonce son instinct de prédation avec les “corbeaux”.
Dans le chapitre III, la condamnation est relayée par la foule elle-même : “– Condamné à mort ! dit la foule”.
Ce détail est important : la société entière semble prononcer l’arrêt, comme si le tribunal n’était qu’un porte-
voix. Puis l’image devient franchement menaçante : “tout ce peuple se rua sur mes pas avec le fracas d’un
édifice qui se démolit”. La comparaison transforme la foule en catastrophe : un bruit de destruction, un
mouvement collectif incontrôlable.
Face à cette violence, le narrateur décrit son état : “ivre et stupéfait”, et surtout le basculement intérieur : il se
sent désormais séparé des autres par “une clôture” entre “le monde et moi”. L’image de la “clôture” reprend
implicitement l’enfermement : même au milieu des hommes, il est déjà mis à part.
Synthèse
Les chapitres II et III enchaînent trois expériences : le procès-spectacle, la prison sensorielle, la foule
menaçante. Hugo fait sentir une même logique : la justice ne se contente pas de juger, elle expose, écrase et
isole. La comparaison des spectateurs à des “corbeaux”, la violence sonore de la prison, puis la foule qui “se
rue” construisent une montée d’angoisse : le condamné est déjà condamné socialement et moralement, avant
même l’échafaud.

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Analyse du Chapitre IV et V
Situation du passage dans l’œuvre
Après les premiers chapitres dominés par l’angoisse et la pensée obsédante, puis le trajet en « voiture noire »,
le texte s’ancre ici dans le cadre carcéral : Bicêtre devient le décor majeur. Le narrateur passe du choc de
l’arrivée (chap. IV) à la découverte brutale des règles et de la logique du système (chap. V).
Axe 1 — Bicêtre : un “palais” qui se décompose, miroir d’une société malade
Hugo construit une description très visuelle fondée sur l’opposition de loin / de près : « Vu de loin, cet édifice
a quelque majesté (…) un air de château de roi. Mais à mesure que vous approchez, le palais devient masure
». Cette antithèse crée un effet de révélation : ce qui semblait noble devient misérable.
Le vocabulaire insiste sur la dégradation et la saleté (champ lexical) : « pignons dégradés », « honteux », «
appauvri », « hideux ». La métaphore frappe : « on dirait que les murs ont une lèpre ». La prison apparaît
comme un corps contaminé : c’est la société elle-même qui porte la maladie morale de la peine de mort.
Enfin, la répétition négative (« Plus de vitres, plus de glaces… ») produit une impression de dépouillement :
tout ce qui est humain/normal disparaît, remplacé par le fer (« massifs barreaux de fer entre-croisés ») La
chute « C’est la vie vue de près » fonctionne comme une formule amère : voir “de près”, c’est voir la vérité
sordide derrière les façades.
Axe 2 — La violence de l’enfermement : un corps confisqué, une liberté supprimée
Le chapitre V montre immédiatement la prise de contrôle physique : « des mains de fer s’emparèrent de moi».
La personnification/métaphore (“mains de fer”) donne au système une force inhumaine, mécanique, écrasante.
La gradation des mesures (“On multiplia les précautions…”) détaille une logique sécuritaire obsessionnelle :
« point de couteau, point de fourchette », puis « camisole de force », puis « sac de toile (…) emprisonna mes
bras ». Le champ lexical de l’entrave et de l’enfermement (précautions, emprisonna, paralysé) transforme le
condamné en objet dangereux, comme si la prison devait empêcher non seulement l’évasion, mais aussi tout
geste humain.
Même quand une “amélioration” arrive, elle reste dégradante : il n’obtient la promenade qu’une fois par
semaine, et parce que quelques signes extérieurs (jeunesse, docilité, latin) facilitent la faveur. La liberté est
donc une concession, jamais un droit.
Axe 3 — Une dénonciation implicite : préserver un homme… pour mieux le tuer
Le passage dévoile l’absurdité morale du système : « on répondait de ma vie », non pas pour sauver l’homme,
mais parce qu’il faut le “conserver” jusqu’à l’exécution : « il importait de me conserver sain et sauf à la place
de Grève ». Cette logique froide fait sentir l’inhumanité de la peine de mort : la prison protège la victime…
de la victime elle-même, afin que la société puisse accomplir sa mise à mort. Même la “douceur” devient
insupportable, car elle annonce l’échafaud : « Les égards d’un guichetier sentent échafaud» (métaphore + effet
de choc). Et quand la brutalité “ordinaire” revient, le narrateur parle d’une amélioration : cela souligne à quel
point la prison inverse les valeurs et détruit les repères humains.
Synthèse
Dans les chapitres IV et V, Hugo transforme Bicêtre en preuve : la prison n’est pas un simple décor, c’est une
machine sociale. La description (dégradation, métaphore de la lèpre, répétitions négatives, omniprésence du
fer) rend le lieu répulsif, tandis que le traitement (gradation des entraves, “mains de fer”) montre la
confiscation du corps. Enfin, l’ironie tragique du système éclate : on préserve un homme “sain et sauf”
uniquement pour pouvoir l’exécuter “à la place de Grève”.

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Analyse du Chapitre VI et VII
Situation du passage dans l’œuvre
Après avoir décrit la prison et ceux qui l’entourent (les détenus qui parlent argot, les geôliers qui rient), le narrateur
arrive à un moment charnière : il se demande à quoi bon écrire, puis comprend que l’écriture peut devenir son
dernier espace de liberté et, peut-être, une leçon pour ceux qui condamnent.
Axe 1 — Écrire depuis le cachot : l’enfermement transforme la pensée en “matière” de récit
Dans le chapitre VI, l’écriture naît directement de la claustration. Le narrateur dresse le décor d’un enfermement
total : “quatre murailles”, absence d’“horizon”, immobilité forcée, regard réduit au “carré blanchâtre” découpé par
le judas.

➡️ La prison n’enferme pas seulement le corps : elle rétrécit le monde, et pousse l’esprit à tourner sur lui-même.
Procédés utiles (formes + interprétation) : Accumulation / rythme oppressant : “sans liberté… sans horizon…”, qui
martèle le manque et fait sentir la privation.
Champ lexical de l’enfermement : “murailles”, “pierre”, “froide”, “cachot”, “judas”, “mur sombre”. Question
rhétorique qui traduit le vertige existentiel : “Est-ce que je puis avoir quelque chose à dire, moi qui n’ai plus rien à
faire dans ce monde ?” Opposition implicite : l’extérieur (horizon/liberté) vs l’intérieur (mur/ombre/immobilité).
L’écriture apparaît comme une réponse possible à ce vide.
Puis, le narrateur comprend que, même si tout est “monotone et décoloré” autour de lui, il a en lui une “tempête,
une lutte, une tragédie” : son monde intérieur devient la vraie scène du récit.

➡️ L’écriture transforme l’angoisse en objet d’observation : “le seul moyen d’en moins souffrir, c’est de les
observer, et les peindre m’en distraira.”
Axe 2 — Du journal intime au plaidoyer : une écriture qui accuse la justice… puis retombe dans le désespoir
Toujours au chapitre VI, le narrateur donne à son texte une valeur plus large qu’un simple “journal” : il parle de
“procès-verbal de la pensée agonisante” et d’“autopsie intellectuelle”.

➡️ Ces métaphores (procès-verbal / autopsie) font basculer l’écriture : vers le juridique (procès-verbal) : il veut
laisser une trace, un dossier, une preuve ; vers le scientifique (autopsie) : il dissèque la souffrance pour révéler ce
qu’on ne veut pas voir. L’objectif est clairement accusateur : son texte doit apprendre aux juges que l’arrêt de mort
contient une “lente succession de tortures”. Et il insiste sur l’humanité du condamné : “une tête qui pense, une tête
d’homme”.

➡️ La répétition de “tête” + l’ajout “d’homme” réhumanise celui que la justice réduit à un dossier. Procédés utiles
: Gradation très parlante : “heure par heure, minute par minute, supplice par supplice” (le temps devient une marche
vers l’exécution). Anaphore en “Peut-être…” : le narrateur formule un espoir fragile (que son texte fasse hésiter
ceux qui condamnent). Métaphore du couteau (guillotine) : “la chute verticale d’un couteau triangulaire” —
réduction froide de la mort à un mécanisme.
Mais le chapitre VII casse brutalement cette ouverture “utile”. Le narrateur s’effondre moralement : même si son
texte pouvait sauver d’autres condamnés, cela ne le sauvera pas lui. ➡️ On entend une lutte intérieure : idéal (servir
à quelque chose) vs désespoir (plus rien n’est à lui). La fin du passage s’élargit en une plainte lyrique, avec une
énumération du monde vivant désormais perdu : “le soleil, le printemps, les champs pleins de fleurs, … la liberté,
la vie”. ➡️ Champ lexical de la nature / vie / liberté opposé au cachot : cette liste fait sentir la mutilation totale de
l’existence.
Synthèse
Les chapitres VI et VII sont un pivot : au VI, le narrateur découvre que l’écriture peut résister à l’enfermement et
donner une forme à l’angoisse (décrire, observer, “peindre”). Mais au VII, l’idée d’un texte “utile” se heurte à
l’évidence de sa mort : l’écriture devient à la fois acte d’accusation et cri de dépossession (la vie et la liberté ne
sont “plus à moi”).

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Production écrite

Sujets 1–3 : peine de mort / justice

1. La peine de mort est-elle une justice ou une vengeance ?


Rédige un texte argumentatif où tu défends ton point de vue en t’appuyant sur des exemples (œuvre
+ réalité).
2. Peut-on réparer une erreur judiciaire après une exécution ?
Développe une argumentation sur le caractère irréversible de la peine de mort.
3. La société a-t-elle le droit de retirer la vie à un individu ?
Rédige un texte argumentatif : tu discuteras cette idée et proposeras une alternative (prison à vie,
réinsertion, etc.).

Sujets 4–6 : prison / enfermement

4. La prison doit-elle punir ou corriger ?


Rédige un texte argumentatif où tu montres le rôle de la prison et les limites d’une punition
“inhumaine”.
5. L’enfermement détruit-il l’homme plus que la condamnation elle-même ?
Argumente en montrant les effets psychologiques (angoisse, obsession, perte de liberté).
6. Le respect de la dignité humaine doit-il s’appliquer même aux criminels ?
Rédige un texte argumentatif : tu peux traiter la question de la torture mentale, du traitement en
prison, des droits humains.

Sujets 7–9 : justice-spectacle / foule

7. Le procès est-il devenu un spectacle pour la foule ?


Rédige un texte argumentatif en dénonçant ou en justifiant la curiosité du public.
8. La foule (la “populace”) influence-t-elle la justice ?
Argumente : pression sociale, médias, opinion publique, risque d’injustice.
9. Pourquoi certaines personnes prennent-elles plaisir à voir souffrir ?
Rédige un texte argumentatif sur la curiosité morbide (exécutions, crimes, scandales…).

Sujets 10–12 : écriture / rôle de l’auteur

10. L’écriture peut-elle être une forme de résistance face à l’injustice ?


Argumente en montrant comment écrire soulage, dénonce et peut faire changer les idées.
11. Un écrivain doit-il s’engager dans les problèmes de la société ?
Rédige un texte argumentatif (oui/non/nuancé) en citant des exemples d’auteurs engagés.
12. Pour convaincre, vaut-il mieux émouvoir ou raisonner ?
Argumente en comparant persuasion par l’émotion (récit du condamné) et par la logique.

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Sujet : Le respect de la dignité humaine doit-il s’appliquer même aux criminels ?

Je suis convaincu que le respect de la dignité humaine doit s’appliquer même aux criminels. Je comprends
parfaitement la colère d’une famille qui a perdu un proche, ou la peur d’une société face à des actes graves.
La justice doit protéger, punir et empêcher la récidive. Pourtant, je refuse l’idée qu’un être humain puisse
perdre totalement sa dignité parce qu’il a commis un crime. À mon avis, c’est justement dans ces situations
limites qu’on reconnaît la valeur d’une société : soit elle reste fidèle à ses principes, soit elle se laisse
emporter par la vengeance. Je vais donc défendre mon point de vue à travers plusieurs arguments.

D’abord, je pars d’un principe moral simple : la dignité est un droit humain universel. Un criminel est
coupable d’un acte, mais il reste un homme. Le punir ne doit pas signifier le transformer en objet, en bête
ou en “déchet”. Si j’accepte que la dignité ne concerne que “les bons”, alors je transforme la dignité en
récompense, alors qu’elle devrait être une valeur fondamentale. Autrement dit, la justice peut condamner
un acte, mais elle ne devrait jamais nier l’humanité de la personne. Sinon, je crée une société où la valeur
d’un individu dépend du regard de l’autre, et cela peut vite devenir dangereux.

Ensuite, je distingue clairement justice et vengeance. La vengeance cherche à faire souffrir celui qui a fait
souffrir. La justice, elle, devrait être rationnelle : elle doit sanctionner selon la loi, protéger la société et
éviter de reproduire la violence. Or, quand on humilie un détenu, quand on le prive volontairement de tout
respect, on ne rend pas justice : on se venge. Et à ce moment-là, la société descend au niveau de ce qu’elle
condamne. Au contraire, si la punition reste humaine, elle garde une différence essentielle : elle montre
que la loi n’est pas une violence de plus, mais une règle supérieure. Donc, respecter la dignité, ce n’est pas
excuser le crime ; c’est empêcher la justice de se transformer en cruauté.

De plus, je pense aux conséquences : respecter la dignité protège aussi les innocents. La justice n’est pas
infaillible. Il peut y avoir des erreurs, des témoignages faux, des jugements influencés, ou des dossiers mal
traités. Si je tolère des traitements inhumains au nom de la punition, alors je prends le risque qu’un innocent
subisse ces horreurs. En protégeant la dignité même du criminel, je protège un principe qui peut un jour
me protéger moi-même, ou protéger n’importe quel citoyen. Ainsi, la dignité n’est pas un privilège accordé
au coupable : c’est une garantie collective contre les abus.

Par ailleurs, je raisonne de façon pratique : une punition indigne n’améliore pas forcément la sécurité, au
contraire. Quand on écrase un détenu, on peut le rendre encore plus violent, rempli de haine, incapable de
se reconstruire. Bien sûr, certains crimes sont terribles et exigent des peines lourdes. Cependant, je crois
qu’une prison qui respecte la dignité (soins, hygiène, règles claires, éducation, travail) peut au moins
réduire la récidive et limiter la brutalité. Autrement dit, l’humanité n’est pas seulement une valeur morale
: c’est aussi une solution intelligente pour éviter que la prison devienne une école de violence. Donc, punir
dignement peut être plus efficace que punir en humiliant.

Enfin, je tiens à la cohérence des valeurs. Si je défends la loi, l’ordre, le respect de la vie et des droits, je
dois rester fidèle à ces valeurs même face au crime. Sinon, je tombe dans une contradiction : je condamne
la violence, mais j’accepte qu’elle soit exercée légalement sous une autre forme. En respectant la dignité
du criminel, je montre que la société n’agit pas par colère, mais par responsabilité. Je rappelle aussi que le
crime touche rarement une seule personne : il y a souvent une famille, des proches, un passé, parfois de la
misère ou de l’ignorance. Cela n’excuse rien, mais cela explique pourquoi une société doit chercher à
corriger plutôt qu’à écraser. Ainsi, garder la dignité, c’est garder une part d’humanité, même quand c’est
difficile.

En conclusion, je maintiens mon point de vue : oui, le respect de la dignité humaine doit s’appliquer même
aux criminels. Je ne dis pas qu’il faut les laisser libres ni minimiser leurs actes. Je suis pour des peines
justes, fermes, et protectrices. Mais je refuse que la punition devienne humiliation, torture ou
déshumanisation. À mes yeux, une société vraiment forte n’est pas celle qui fait souffrir, mais celle qui
punit avec justice tout en restant fidèle à ses principes humains.

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Sujet 2 : Faut-il maintenir la peine de mort ou l’abolir ? Discutez en défendant l’abolition.

Certaines personnes défendent le maintien de la peine de mort en la présentant comme une solution ferme
contre le crime, tandis que d’autres réclament son abolition au nom de l’humanité et de la justice. Pour ma part,
je me situe clairement en faveur de l’abolition. En effet, même si je comprends la colère des victimes et le
besoin de sécurité, je considère que la peine capitale est une réponse dangereuse, irréversible et inefficace. Je
vais donc adopter une démarche dialectique : dans chaque partie, je présenterai un argument souvent avancé
par les partisans de la peine de mort, puis je le réfuterai.

1) “Il faut la peine de mort pour dissuader les criminels.” / Mais c’est un faux argument !

On me répète souvent que la peine de mort ferait peur et empêcherait les crimes. Selon cette idée, plus la
sanction est dure, moins il y aurait de violence. Mais soyons sérieux : beaucoup de crimes sont commis sous
la colère, la drogue, la peur ou le désespoir. Dans ces moments-là, le criminel ne calcule pas calmement la
peine qu’il risque. Donc la dissuasion est largement illusoire. Pire encore, faire de la mort un outil de prévention
revient à croire qu’on peut “éduquer” une société par l’horreur : c’est un raisonnement brutal et simpliste.

2) “La peine de mort rend justice aux victimes.” / Non : c’est de la vengeance déguisée !

J’entends aussi : “œil pour œil, vie pour vie”. On veut faire croire que tuer le coupable réparerait la souffrance.
Mais quelle justice est-ce là ? La mort du condamné ne rend pas la victime à sa famille, ne guérit pas le
traumatisme, ne reconstruit rien. Au contraire, cela ajoute une autre mort et entretient la logique de la violence.
Quand l’État tue, il ne “rend” pas justice : il donne l’exemple d’une violence officielle. À mes yeux, c’est une
vengeance habillée en justice, une manière de calmer la colère publique plutôt que de défendre de vrais
principes.

3) “Certains criminels sont irrécupérables, il faut les éliminer.” / C’est une facilité dangereuse !

Les partisans du maintien disent : “Certains sont trop dangereux, il faut les supprimer.” Je comprends la peur,
mais je refuse cette idée. Car une société digne ne “supprime” pas les êtres humains comme on jette un objet.
Il existe des peines très lourdes : prison à perpétuité, isolement, surveillance stricte. Donc on peut protéger la
société sans tuer. Dire “éliminons-les”, c’est choisir la solution la plus radicale parce qu’elle évite de réfléchir
à la prévention, à la justice efficace et aux conditions carcérales. C’est simple, c’est violent… et c’est
moralement faible.

4) “Ça coûte moins cher que la prison à vie.” / Voilà un argument indécent !

Parfois, on ose même dire que la peine de mort coûterait moins cher à l’État. Franchement, quel cynisme !
Mettre un prix sur la vie humaine, c’est déjà une défaite morale. La justice n’est pas un marché où l’on calcule
le “meilleur coût”. Et si l’on veut parler d’argent, qu’on investisse plutôt dans la prévention, l’éducation, la
lutte contre la pauvreté et la protection des citoyens. Réduire la peine de mort à une question économique, c’est
oublier totalement que la justice doit être fondée sur des valeurs, pas sur des économies.

5) “Au moins, avec la peine de mort, on est sûr qu’il ne recommencera pas.” / Et l’erreur judiciaire, alors?

Oui, un mort ne récidive pas. Mais je réponds : un mort ne peut pas non plus être innocenté. Or l’erreur
judiciaire existe. Des preuves peuvent être mal interprétées, des témoins se tromper, des aveux être arrachés,
des enquêtes être biaisées. Une peine de prison, aussi dure soit-elle, peut être réparée : on peut libérer,
indemniser, reconnaître l’erreur. Mais une exécution, jamais. Pour moi, cette seule idée suffit à condamner la
peine de mort : une justice qui peut tuer un innocent n’est pas une justice, c’est une catastrophe.

En définitive, même si je comprends les arguments des partisans du maintien, je les trouve soit inefficaces, soit
moralement dangereux, soit carrément hypocrites. La peine de mort ne répare pas, ne protège pas mieux qu’une
peine lourde, et surtout elle est irréversible. Je suis donc clairement pour son abolition, parce qu’une société
juste doit se défendre sans imiter la violence qu’elle condamne. Pour moi, la vraie force d’un État ne se mesure
pas à sa capacité de tuer, mais à sa capacité de punir avec fermeté tout en restant humain.

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