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143 ABSOLUTION DES PECHES D'APRES L'ECRITURE SAINTE
transgression. C'est le sens ordinaire de ce mot dans soir même du jour de Pâques, à Jérusalem, dans une
maison dont les disciples avaient fermé les portes. Celles
l'Écriture. Il n'y a aucune raison de l'entendre ici de la
peine du péché, comme il doit s'entendre II Cor., v, 21, que rapporte saint Matthieu, au contraire, sont données
où saint Paul dit que Dieu « a fait [victime pour le] péché comme les dernières paroles de Jésus aux siens, et ont
été dites par lui en Galilée, sur la montagne où il leur
Celui qui n'avait pas connu le péché ».
avait donné rendez-vous. Matth., xxvm, 16. Pour saint
c) L'incident du paralytique montre bien la différence
qu'il y a entre remettre les péchés et enlever les peines Luc, il est vrai qu'il semble attribuer à la première
du péché. Jésus avait dit au paralytique : « Tes péchés apparition, du jour de Pâques, les paroles concernant la
te sont remis, » et le paralytique conservait toujours son prédication et la pénitence; mais l'usage de cet évan-
infirmité ; et c'est à la suite des murmures des phari- géliste, quand il emploie la formule slusv 8é, vi, 1, 12;
siens et pour leur prouver qu'il avait le pouvoir de re- ix, 46, 51; xin, 23; xvm, 15, etc., et la comparaison
avec saint Marc, xvi, 15-19, font voir qu'à partir du y. ii
maladie. mettre les péchés, que Jésus guérit l'infortuné de sa
il ne s'agit plus du même discours de Jésus. Knaben-
2° Ce pouvoir est productif et non seulement décla- bauer, Comment. inEvang. sec. Luc, Paris, 1896. p. 6i6.
ratif de la rémission des péchés. — Luther, d'après son D'ailleurs, ces diverses paroles de Notre-Seigneur
principe fondamental que la foi seule justifie, dit que eussent-elles été prononcées dans la même circonstance,
il ne serait pas permis de les identifier : car chacune
les ministres de l'Évangile déclarent seulement que les
péchés sont remis à ceux qui ont la foi, ou encore qu'ils d'elles a un sens bien précis et bien déterminé, qui ne
remettent les péchés en excitant, par leur prédication, permet pas de confondre « prêcher » avec « remettre les
la foi qui justifie les pécheurs. Cette doctrine, indépen-
damment du fondement sur lequel elle s'appuie, est péchés
3° Ce ».pouvoir est distinct de celui de baptiser. —
insoutenable.
a) Les circonstances de l'institution, les paroles
o) Nulle part dans l'Écriture, « remettre les péchés » employées par Notre-Seigneur, le rite qu'il établit,
ne signifie « déclarer qu'ils sont remis » ; ces mots l'effet produit, tout marque une différence profonde
s'entendent toujours d'une rémission effective et pro- entre le baptême et l'absolution des péchés donnée par
prement dite : soit celle que Dieu accorde aux hommes, les ministres de Jésus-Christ.
soit celle par laquelle les hommes se pardonnent leurs Le baptême de Jésus-Christ a été institué définitive-
offenses mutuelles. Matth., xvm, 32, 35; Marc, xi, 23; ment en Galilée, immédiatement avant l'Ascension,
Luc, vu, 47-49; xi, 4; Rom., iv, 7, etc. Matth., xxvm, 16-19; le pouvoir de remettre les péchés a
b) Le pouvoir que Jésus a donné à ses apôtres, été donné aux apôtres le jour de Pâques, à Jérusalem.
d'après les propres paroles de Notre-Seigneur, est tel que Les paroles employées par Notre-Seigneur sont diffé-
Dieu lui-même opère la rémission prononcée par ses rentes : « Vous baptiserez [toutes les nations] au nom
ministres : Quorum remiseritis , remittuntur ; quœ- du Père et du Fils et du Saint-Esprit, » et : « Ceux à
cumque solveritis, soluta sunt. L'acte des apôtres est qui vous remettrez les péchés, ils sont remis; ceux à
suivi d'un effet, d'une rémission réelle; or, une décla- qui vous les retiendrez, ils sont retenus. »
ration serait par elle-même inefficace : elle constaterai! Le rite est autre. Le baptême est une ablution exté-
seulement l'existence des conditions requises pour la rieure avec de l'eau, (îaim'Çstv, « enfoncer dans l'eau, » et
rémission, elle ne l'opérerait pas. — Si l'explication de c'est à l'eau conjointement avec le Saint-Esprit qu'est
Luther était vraie, il serait plus juste de dire que les attribuée la purification de l'homme pécheur : mundans
pécheurs eux-mêmes se remettent leurs péchés; et Notre- lavacro aquse in verbo vitSR. Eph., v, 26; I Petr., m,
Seigneur se serait servi d'une expression bien impro- 21. Pour l'absolution des péchés, il n'est pas fait men-
pre, si en disant : « Vous remettrez les péchés, » il avait tion de l'eau et c'est à la volonté des ministres de Jésus,
voulu dire que ses ministres n'avaient d'autre pouvoir agissant comme juges, qu'est attribuée la rémission des
que celui de constater et de déclarer que les péchés péchés : Quorum remiseritis, remittuntur.
sont remis à ceux qui ont la foi. Le baptême est le sacrement de la régénération,
c) La locution ne serait pas moins impropre, si la nisi quis renatus fuerit ex aqua et Spiritu Sanclo ;
rémission des péchés opérée par les apôtres consistail rien de semblable n'est dit de la rémission des péchés
seulement dans la prédication par laquelle ils excitent à accordée à tous, par conséquent à ceux qui sont déjà
la foi et à la pénitence. Dans ce cas, l'action des apôtres régénérés.
sur la rémission serait trop éloignée et trop indirecte Dans le baptême, la rémission des péchés est un acte
pour que Notre-Seigneur ait pu dire purement et sim- de pure grâce, aucune peine n'est infligée à celui qui
plement Quorum
: remiseritis... remissa sunt. reçoit ce sacrement; dans la pénitence, au contraire, la
d) D'ailleurs, on ne comprendrait pas, si l'explication rémission se fait au moyen d'une sentence judiciaire, et
de Luther était la vraie, en quoi consisterait le pouvoir des peines peuvent et doivent être imposées, même à
qu'ont les apôtres de retenir les péchés. Ce serait le ceux qu'on absout.
pécheur lui-même qui retiendrait ses péchés et nulle- b) S'il y avait identité entre le baptême et la rémission
ment les minislres déclarant qu'ils ne sont pas remis, si des péchés, le pouvoir donné par Jésus de retenir les
on n'a pas la foi. Il serait encore plus absurde de dire péchés serait incompréhensible. Dire que les péchés
qu'ils retiennent les péchés en ne prêchant pas : car, sjnt retenus, à ceux à qui on ne donne pas le baptême
dans ce cas, ils auraient le droit de ne pas prêcher; tan- s trait une locution très impropre. Déplus, Jésus a donné
dis que Jésus leur a fait une obligation de prêcher. à ses ministres le droit de retenir les péchés, tandis qu'il
Matth., xxvni, 19; I Cor., ix, 16, etc. l 'ur a donné l'ordre de baptiser tout le monde : Eunles
Mais on objecte le parallélisme entre les textes de docete omnes gentes, baplizantes eos.
saint Jean : Quorum remiseritis..., de saint Luc 4° Ce pouvoir s'étend à tous les péchés commis après
\Oporlebal\ praidicari in nomine ejus [Christi] pwni- le baptême. — Les paroles de Notre-Seigneur sont abso-
tentiam et remissionem prccaiorum in omnes gentes, lument générales et sans aucune restriction: Quodcumque
xxiv, 47; et de saint Matthieu : Emîtes docete omnes solveris . .. ; Qb .vcu aiqu h solveritis...; Quohlm remiseritis
gentes..., xxvm, 19. On en conclut à l'identité du pouvoir (<xv Tivwv OUtivgç); « ceux, quels qu'ils soient, à qui vous
de remettre les péchés avec celui de prêcher. remettrez les péchés. » Les péchés les plus graves ne
Ce parallélisme n'existe pas. Les paroles citées oui sunt donc pas exceptés. Les péchés de rechute ne sont
été prononcées dans des circonstances touies différentes. pas exceptés davantage. Saint Pierre ayant demandé à
Celles que rapporte saint Jean ont été dites par Jésus, Jésus : Domine, quoties peccabit in me frotter métis ci
la première fois qu'il est apparu à tous ses disciples, le dimittam a f usque septies? en reçut la réponse: Non