Hans Amble-
Espaces Vectoriels
Définition Espace vectoriel
Soit K un corps commutatif (par exemple R ,C,Q).
On appelle espace vectoriel sur K (ou K-espace vectoriel ) tout un ensemble muni de deux lois :
⋆ une loi interne , notée + telle que (E , +) est un groupe commutatif dont l’élément neutre est noté 0E .
Autrement dit la loi doit satisfaire les quatres axiomes de groupe
• Loi de composition interne ∀x, y ∈ E , x+y ∈E
• Associativité ∀x, y, z ∈ E , (x + y) + z = x + (y + z)
• Élément neutre ∃e ∈ E , ∀x ∈ E , e+x = x +e = x
• Symétrique ∀x ∈ E , ∃y ∈ E , x+y = y +x =e
• Commutativité ∀x, y ∈ E , x+y = y +x
⋆ une loi externe, notée · qui est une application de K × E → E vérifiant les propriétés ,
∀α, β ∈ K , ∀x, y ∈ E :
• α · (x + y) = α · x + α · y
• (α + β) · x = α · x + β · x
• (αβ) · x = α · (β · x)
• 1·x = x .
Les éléments de E s’appellent des vecteurs et les éléments de K des scalaires.
0E est appélé vecteur nul de E.
[Link] BRAMoU
Remarque
La commutativité de la loi interne est-elle utile dans la définition ?
[Link]
Exercice 1
1 Soit R1 [X ] l’ensemble des fonctions définies sur R par x → ax + b avec a ∈ R et b ∈ R
Montrer que (R1 [X ], +, ·) est un R-espace vectoriel ( · étant la loi externe de multiplication par un réel).
p p
2 Soit Q[ 2] l’ensemble des réels s’écrivant a + b 2 avec a ∈ Q et b ∈ Q .
p
Montrer que (Q[ 2], +, ·) est un Q-espace vectoriel .
[Link]
Propriété Les espaces vectoriels de référence
En mathématiques, on travaille le plus souvent dans des espaces vectoriels dont les plus connus sont les suivant,
⋆ L’espace nul est l’espace vectoriel sur un corps K comportant un unique élément, qui est nécessairement le
vecteur nul.
⋆ Tout corps K commutatif se présente comme un K -espace vectoriel.
⋆ L’ensemble des n-uplets d’éléments de K , muni des lois usuelles, forme l’espace vectoriel K n .
⋆ R2 ,R3 et plus généralement Rn , Rn avec n entier positif non nul munis de l’addition et de la multiplication
⋆ R[X ] l’ensemble des polynômes à coefficents réels ( ou C[X ] à coefficients complexes ) munis de l’addition
et de la multiplication par un réel
⋆ Mn,p (R) les matrices à coefficients réels ou complexes ( Mn,p (C)) muni de l’addition des matrices et de la
multiplication par un réel
Hans Amble- Espaces Vectoriels Espaces Vectoriels Page 1
⋆ F (R, R) des ensembles de fonctions de R dans R muni de l’addition et de la multiplication par un réel
⋆ RN l’ensemble de suites réelles muni de l’addition et de la multiplication par un réel
Définition Sous-espace vectoriel
Soit E est un espace vectoriel et F est un sous ensemble de E (une partie de E ).
Si F est un espace vectoriel (pour les mêmes addition et multiplication que E ), on dit que F est un sous-espace
vectoriel de E.
Remarque
Les polynômes qui s’annulent en zéro forment un sous-espace vectoriel des polynômes ( muni des opérations clas-
siques). Par contre , l’ensemble de ceux qui ne s’annulent pas en zéro n’en forment pas un .
L’ensemble des vecteurs de R2 dont la somme des coordonnées vaut 0 forment un sous-espace vectoriel des
vecteurs de R2 ( muni des opérations classiques). Par contre l’ensemble des vecteurs de R2 de norme 1 ( avec la
norme classique) n’en forment pas un .
Propriété Sous-espace vectoriel et stabilité
Soit (E , +, .) un espace K-vectoriel et F une partie de E ( F ⊂ E ) .
F est un sous-espa e ve toriel de E si et seulement si
⋆ 0E ∈ F
⋆ ∀x, y ∈ F , x+y ∈F
⋆ ∀α ∈ K , ∀x ∈ F , α·x ∈ F
Dans ce cas, F est un espace vectoriel pour les lois mêmes addition et multiplication que celles de E .
Autrement dit :
Une partie F de E est un sous-espace vectoriel de E si F est non-vide et si F est stable par + et ·.
Remarque
On peut montrer facilement qu’on peut remplacer la condition 0E ∈ F par F non vide .
Propriété Sous espace vectoriel et combinaisons linéaires
Soit (E , +, .) un espace K-vectoriel et F ⊂ E .
(F, +, .) est un sous-espa e ve toriel de E si et seulement si
⋆ F non vide
⋆ F stable par combinaison linéaire ( ∀α, β ∈ K , ∀x, y ∈ F , α · x + β · y ∈ F )
Remarque
Un sous espace vectoriel contient toujours le vecteur nul.
Remarque
Hans Amble- Espaces Vectoriels Espaces Vectoriels Page 2
Exemples :
⋆ Dans l’espace RR des applications de R dans R, on considère souvent les sous-espaces vectoriels constitués
des applications continues, ou dérivables, ou polynomiales, ou solutions d’une équation différentielle linéaire
homogène.
⋆ L’ensemble des fonctions paires sur R.
(x, y) ∈ R2 | 3x + 4y = 0 est un sev de R2
© ª
⋆ F=
La première chose à faire est donc de vérifier que 0 ∈ F .
En effet,
— Si 0 ∉ F alors F n’est pas un sous espace vectoriel.
— Si 0 ∈ F alors F est non vide et il est donc possible que ce soit un espace vectoriel.
La deuxième chose sera donc la stabilité par combinaisons linéaires.
Une fois que l’on a vérifié que 0 ∈ F , il reste à étudier la stabilité par combinaisons linéaires.
La méthode habituelle consiste à prendre deux vecteurs u et v dans F ( possible puisque F est non vide) et deux
réels α et β dans K .
On montre alors que la combinaison linéaire αu + βv est dans F .
Ainsi cette partie de démonstration commence par : Soient u, v ∈ F et soient α, β ∈ K, montrons que αu +βv ∈ K .
Pour montrer qu’un sous espace d’un espace vectoriel n’est pas vectoriel, il faut une des trois choses suivantes :
— montrer que 0 ∉ F
— trouver deux vecteurs u, v ∈ F tels que u + v ∉ F .
— trouver un vecteur u ∈ F et un scalaire α tels que tels que αu ∉ F .
Définition somme
Soit F et G deux sous-espaces vectoriels de E .
On appelle somme de F et G l’espace vectoriel noté F + G défini par F + G = {x + y; x ∈ F, y ∈ G}.
Définition somme directe
Soit F et G deux sous-espaces vectoriels de E .
Deux sous-espaces F et G sont en somme directe si la décomposition de tout vecteur de F + G comme somme
d’un vecteur de F et d’un vecteur de G est unique. On note alors F ⊕ G.
Propriété
Deux sous-espaces F et G sont en somme directe si et seulement si F ∩ G = {0}.
Définition Supplémentaires
On dit que F et G sont supplémentaires dans E s’ils sont en somme directe et si F ⊕ G = E .
Exercice 2 Corrigé :
Soit E un espace vectoriel et soient F et G deux sous-espaces vectoriels de E .
Montrer que F ∪ G est encore un sous-espace vectoriel de E si et seulement si F ⊂ G ou G ⊂ F .
Exercice 3
Les vecteurs u suivants sont-ils combinaison linéaire des vecteurs ui ?
1 E = R2 , u = (1, 2), u1 = (1, −2), u2 = (2, 3) ;
2 E = R2 , u = (1, 2), u1 = (1, −2), u2 = (2, 3), u3 = (−4, 5) ;
3 E = R3 , u = (2, 5, 3), u1 = (1, 3, 2), u2 = (1, −1, 4) ;
4 E = R3 , u = (3, 1, m), u1 = (1, 3, 2), u2 = (1, −1, 4) (discuter suivant la valeur de m).
Exercice 4
Hans Amble- Espaces Vectoriels Espaces Vectoriels Page 3
1 Dans l’espace vectoriel R[X ], le polynôme P (X ) = 16X 3 − 7X 2 + 21X − 4 est-il combinaison linéaire de P 1 (X ) =
8X 3 − 5X 2 + 1 et P 2 (X ) = X 2 + 7X − 2 ?
2 Dans l’espace vectoriel F (R, R) des fonctions de R dans R, la fonction x 7→ sin(2x) est-elle combinaison linéaire
des fonctions sin et cos ?
Exercice 5
Dans E = F (R, R) l’espace vectoriel des fonctions de R dans R, est-ce que la fonction arctan est combinaison
2
linéaire de e x , e −x et sin ?
Exercice 6
Dans E = F (R, R) l’espace vectoriel des fonctions de R dans R, on considère les fonctions définies par f 1 (x) =
sin(x) f 2 (x) = x sin(x) f 3 (x) = cos(x) f 4 (x) = x cos(x).
Montrer que la famille ( f 1 , f 2 , f 3 , f 4 ) est libre .
Exercice 7
Les parties F suivantes sont-elles des sous-espaces vectoriels de R2 ?
(x, y) ∈ R2 | x ≤ y
© ª
1 F=
(x, y) ∈ R2 | x = −y
© ª
2 F=
(x, y) ∈ R2 | x y = 3
© ª
3 F=
(x, y) ∈ R2 | x + y = 2
© ª
4 F=
Exercice 8
On considère dans chaque cas , un espace vectoriel E et une partie F ( F ⊂ V ).
Déterminer pour chacun , si la partie est un sous-espace vectoriel :
1 E = R3 , F = (x, y, z) ∈ R3 | x + 2y − z = 0
© ª
2 E = R3 , F = (x, y, z) ∈ R3 | x + 2y − z = 0
© ª
3 E = C 2 ([0, 1], R) , F = f ∈ C 2 ([0, 1], R) | f ′′ = f ′
© ª
4 E = R3 [X ] , F = { P ∈ R[X ]3 | P (1) = P (2). }
Exercice 9
Montrer que l’ensemble des fonctions paires est un espace vectoriel R-espace vectoriel .
Est-ce que l’ensemble des suites monotones est un ev ?
Soit F= { f ∈ C 1 ([a, b]), f ′ (a) = f ′ (b)}. Est-ce que c’est un Rev ?
ker( f ) = {x ∈ E ; f (x) = 0}.
Exercice 10 Corrigé :
Montrer que P 1 (X ) = (X − 2)2 , P 2 (X ) = X 2 et P 3 (X ) = (X + 2)2 forment une base de R2 [X ] .
Donner les coordonnées de X et de X 2 + X + 1 dans cette base.
Exercice 11
On considère dans R3 les vecteurs v 1 = (1, 1, 0), v 2 = (4, 1, 4) et v 3 = (2, −1, 4).
1. Montrer que la famille (v 1 , v 2 ) est libre. Faire de même pour (v 1 , v 3 ), puis pour (v 2 , v 3 ).
2. La famille (v 1 , v 2 , v 3 ) est-elle libre ?
Exercice 12
Démontrer que les familles suivantes sont libres dans F (R, R) :
1. (x 7→ e ax )a∈R ;
2. (x 7→ |x − a|)a∈R ;
3. (x 7→ cos(ax))a>0 ;
4. (x 7→ (sin x)n )n≥1 .
Exercice 13 Corrigé :
Déterminer une base des sous-espaces vectoriels suivants de R3 et
une application linéaire dont le noyau est l’ensemble cité .
1 F = {(x, y, z) ∈ R3 ; 3x − 2y − z = 0}
2 G = {(x, y, z) ∈ R3 ; x + 2y + z = 0 et 3x − y + z = 0}
3 H = {(x, y, z) ∈ R3 ; x = y}
Hans Amble- Espaces Vectoriels Espaces Vectoriels Page 4
Exercice 14
Donner une équation ou un système d’équations des espaces vectoriels engendrés par les vecteurs suivants :
1 u1 = (1, −2, 3)
2 u1 = (1, 2, 4) et u2 = (−2, 0, 1)
3 u1 = (1, 2, 0), u2 = (2, 1, 0) et u3 = (1, 0, 1).
4 u1 = (1, 2, 1), u2 = (2, 1, 2) , u3 = (1, 1, 1) et u4 = (1, −1, 1).
Exercice 15 Corrigé :
Soit E = F (N; R) , l’espace vectoriel des suites réelles définies sur N.
On considère F et G deux sous-espaces vectoriels de E tels que :
F = {(un )n∈N ; ∀n ∈ N, u2n = 0}
G = {(un )n∈N ; ∀n ∈ N, u2n = u2n+1 }.
Démontrer que F et G sont supplémentaires dans E .
Hans Amble- Espaces Vectoriels Espaces Vectoriels Page 5