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Alger

Le document traite de l'histoire préhistorique et antique d'Alger, mettant en lumière les découvertes archéologiques dans la région du Sahel d'Alger, ainsi que l'identification de la ville antique d'Icosium avec Alger. Il souligne les lacunes dans les fouilles préhistoriques et les diverses cultures qui ont occupé la région, notamment le paléolithique, le néolithique et l'âge du bronze. Enfin, il évoque l'importance du déterminisme géographique et des circonstances historiques dans le développement d'Alger en tant que ville et capitale.

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Le document traite de l'histoire préhistorique et antique d'Alger, mettant en lumière les découvertes archéologiques dans la région du Sahel d'Alger, ainsi que l'identification de la ville antique d'Icosium avec Alger. Il souligne les lacunes dans les fouilles préhistoriques et les diverses cultures qui ont occupé la région, notamment le paléolithique, le néolithique et l'âge du bronze. Enfin, il évoque l'importance du déterminisme géographique et des circonstances historiques dans le développement d'Alger en tant que ville et capitale.

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Encyclopédie berbère

4 | 1986
4 | Alger – Amzwar

Alger
G. Camps, M. Leglay, L. Golvin, R. Mantran et P. Boyer

Édition électronique
URL : [Link]
DOI : 10.4000/encyclopedieberbere.2434
ISSN : 2262-7197

Éditeur
Peeters Publishers

Édition imprimée
Date de publication : 1 septembre 1986
Pagination : 447-472
ISBN : 2-85744-282-3
ISSN : 1015-7344

Référence électronique
G. Camps, M. Leglay, L. Golvin, R. Mantran et P. Boyer, « Alger », Encyclopédie berbère [En ligne], 4 |
1986, document A163, mis en ligne le 01 décembre 2012, consulté le 12 octobre 2020. URL : http://
[Link]/encyclopedieberbere/2434 ; DOI : [Link]
encyclopedieberbere.2434

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Alger 1

Alger
G. Camps, M. Leglay, L. Golvin, R. Mantran et P. Boyer

Préhistoire (G. Camps)


1 Si le site propre du vieil Alger, face aux îlots de l’Amirauté, ne révèle que fort peu de
traces d’occupation humaine préhistorique, il n’en est pas de même du Sahel d’Alger,
région aujourd’hui en grande partie urbanisée. Par Sahel d’Alger on entend l’ensemble
du massif de la Bouzaréah, qui atteint 400 m d’altitude, et de ses abords, entre l’oued
Mazafran à l’ouest et le cours inférieur de l’Harrach à l’est. Ce massif constitue un môle
paléozoïque qui avance dans la Méditerranée et domine un littoral étroit au nord,
beaucoup plus étendu à l’ouest et à l’est. Au quaternaire ancien le littoral septentrional
fut creusé de grottes aujourd’hui colmatées et souvent redécouvertes au moment de
l’exploitation de carrières. Au sud-est une importante couverture marno-sableuse de
l’Astien donne une succession de falaises mortes qui s’élèvent au-dessus de l’étroite
plaine littorale occupée aujourd’hui par une partie du Grand Alger. Cette formation très
friable, connaissant des éboulements fréquents, convient moins que le littoral nord à la
constitution d’abris susceptibles de conserver des sédiments archéologiques, mais c’est
paradoxalement dans cette région que fut découvert et exploité le gisement
paléolithique le plus important, celui des Allobroges (aujourd’hui El Meki).
2 La région d’Alger fut très sérieusement prospectée, ce qui s’explique par la proximité
d’une ville qui fut un grand centre intellectuel en même temps qu’une capitale.
Malheureusement cette prospection débuta trop tôt : ainsi la grotte de Pointe Pescade
(Ras Hamidou) fut « fouillée » en 1868, à une époque où commençait à peine
l’exploitation des gisements de la Vézère, en Périgord. Jusqu’à la fin du XIXe siècle, ces
travaux furent conduits avec précipitation ; il ne s’agissait même pas de ce que nous
appellerions aujourd’hui des fouilles de sauvetage mais de simples récoltes hâtives
d’ossements et de pièces archéologiques dont la situation stratigraphique n’était
presque jamais notée. De plus, des collections parfois importantes, ne furent pas
toujours conservées et bien des affirmations ne peuvent aujourd’hui être vérifiées. Les
recherches, enfin, étaient menées par des amateurs, animés certes d’un honorable

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enthousiasme, mais dont l’absence de méthode (on songe en particulier au D r Bourjot,


le mieux connu de ces préhistoriens de la première heure) eut les plus graves
conséquences. Aussi les nombreuses grottes du littoral, au nord-ouest et à l’ouest
d’Alger, ne contribuèrent que très faiblement à la connaissance des premières
occupations du massif de la Bouzaréah et de ses environs.
3 Le paléolithique inférieur demeure étrangement absent de la région, après un siècle de
prospection. Un seul biface fut découvert dans le Sahel d’Alger tel que nous l’avons
délimité, encore est-il dans le secteur le plus éloigné du site d’Alger, au voisinage de
Mahelma. Ses caractéristiques techniques invitent à l’attribuer à un Acheuléen moyen
sinon plus vraisemblablement supérieur.
4 Le paléolithique moyen est mieux représenté. Toute la faune renfermée dans les
brèches à ossements et grottes du littoral (carrière Sintès, carrière Anglade à Aïn
Benian (ex Guyotville), aux Bains romains, à Ras Hamidou, (ex Pointe Pescade)
appartient aux différents étages du Würm, à l’exclusion bien entendu des restes
d’animaux domestiques des niveaux néolithiques qui ne furent pas toujours distingués.
Après les relevés altimétriques du général de Lamothe en 1911 et les patientes
explorations du géologue A. Aymé jusqu’en 1960, les recherches récentes (M. Betroumi,
1983) permettent de reconnaître le long de ce littoral l’existence de deux formations
marines nettement distinctes : d’une part une plage ancienne eutyrrhénienne associée
à une dune de régression (Présoltanien du Würm I), d’autre part une plage plus récente,
néotyrrhénienne, surmontée de grès dunaires et de limons rouges interstratifiés
(Soltanien, Würm II à IV). C’est dans les limons rouges que se trouve l’industrie
atérienne. Mais c’est dans un quartier des Hauts d’Alger, à Hydra, lors de la
construction d’une cité nommée les Allobroges (aujourd’hui cité Melki) que fut
découvert le gisement le plus important de la région (1961). Il s’agissait d’un abri sous
roche démantelé, en bordure d’un petit cours d’eau fossile, sous lequel les hommes
atériens dépecèrent une quantité considérable de mammifères parmi lesquels
dominaient les phacochères accompagnés de bovidés (Bos primigenius, Homoïceras
antiquus), d’équidés, dont un caballin disparu (Equus algericus), des rhinocéros, des porc-
épics, etc. Des rares outils furent recueillis ; ce sont des pointes et des grattoirs
pédonculés, caractéristiques de l’industrie atérienne, des éclats divers et des galets
aménagés. Dans Alger même, à Mustapha supérieur, dans une grotte contenant une
faune semblable (grotte du Boulevard Bru) mais associée à des restes plus récents,
avaient été recueillies des coquilles d’huîtres fossiles que le découvreur croyait avoir
été taillées intentionnellement. Un simple examen de ces documents a fait rejeter cette
interprétation (L. Balout, 1956).
5 Après l’Atérien, l’Ibéromaurusien, une industrie à lamelles contemporaine de la fin du
Würm et du début de l’Holocène, a laissé de nombreuses traces dans le Sahel d’Alger,
comme sur tout le littoral méditerranéen du Maghreb. En fait un seul gisement, celui
du confluent des oueds Kerma, au sud d’Alger, fut fouillé et correctement publié (A.
Aymé et L. Balout, 1942). Les nombreux points de récolte de lamelles et de petits éclats
divers, particulièrement à l’ouest du massif, sont généralement attribués à
l’Ibéromaurusien, mais beaucoup pourraient être néolithiques. Inversement, un
gisement attribué au Néolithique, la grotte de l’oued Kerma, appartient
vraisemblablement à l’Ibéromaurusien (C. Brahimi, 1970).

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La préhistoire dans le Sahel d’Alger (dessin Y. Assié).

6 Le Néolithique est représenté en de nombreux secteurs. Le gisement le plus important


était la grotte du Grand Rocher de Guyotville (Aïn Benian) qui fut fouillé en 1869 par le
Dr Bourjot. Cette grotte, vaste et assez profonde, avait deux entrées superposées, une
chambre longue de 20 m et large de 4 à 5 m était en relation avec d’autres excavations.
Les couches archéologiques les plus épaisses furent fouillées à l’entrée de la grotte et
dans le ravin voisin ainsi que dans une petite excavation. Leur âge néolithique est
confirmé par la présence de trois haches polies, appelées celts à l’époque, un polissoir
et des poteries incisées et imprimées. Des ossements humains ont été récoltés en grand
nombre à l’entrée ; il y avait au moins sept individus qui semblent avoir présenté
quelques caractères mechtoîdes, comme c’est souvent le cas au Néolithique sur le
littoral algérien. La faune, très abondante mais banale, comprenait des animaux
domestiques : chiens, moutons, bœufs. Des objets d’époque romaine révèlent la longue
occupation du site.
7 D’autres gisements littoraux (Cap Caxine, Ras Acrata, Aïn Benian) ont livré des restes
néolithiques alors que ceux-ci font curieusement défaut à l’intérieur des terres, mais,
comme il a été dit supra, bien des gisements de plein air de l’ouest du massif attribués à
l’Ibéromaurusien peuvent appartenir à un Néolithique pauvre. Seul mérite d’être
signalée une hache polie découverte au sud-est d’Alger, sur la rive gauche de l’Oued
Harrach, à quelques dizaines de mètres de l’embouchure.
8 De l’Age du bronze, nous ne pouvons citer qu’un seul document, la hache à talon
découverte, dans des conditions mystérieuses par le Dr Bourjot dans son propre jardin à
Saint-Eugène (Bologhine). Cet objet est le seul de ce type découvert au Maghreb, il
caractérise le bronze moyen européen.
9 Un peu plus récents sont les dolmens de Beni Messous, l’une des nécropoles
mégalithiques les plus importantes du littoral algérien qui livra un abondant mobilier
céramique et de nombreux anneaux de bronze. Cette nécropole, dont il ne subsiste que

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des épaves, s’étendait sur les deux rives escarpées de l’Oued Beni Messous ; on connaît
deux ensembles, celui de Beni Messous, stricto sensu (rive droite) et celui d’Aïn Kalaa
(rive gauche).
10 Mégalithique aussi, d’époque encore plus récente, était la sépulture découverte à
proximité d’Ouled Fayet en 1867. La dalle qui recouvrait le ciste porte la seule
inscription libyque reconnue dans le Sahel d’Alger (J. Chabot, R.I.L., 858).
11 C’est donc un véritable échantillonnage des différentes cultures préhistoriques du
Maghreb qu’offre le Sahel d’Alger mais aucun gisement important n’y fut découvert à
l’exception de celui des Allobroges (cité Melki) et de celui, mal fouillé, de la grotte du
Grand Rocher (Aïn Benian). Dans le site primitif d’Alger aucune trace d’une occupation
préhistorique n’a été signalée, mais cela ne saurait surprendre compte tenu de
l’ancienneté et de la continuité de l’habitat urbain. Ce site présentait tant d’avantages
qu’il est permis de penser qu’il fut, sinon occupé du moins régulièrement fréquenté au
Néolithique sinon auparavant.

Alger antique (M. Le Glay)


12 Le père Hardouin, le premier, proposa d’identifier Icosium à Alger. Puis le docteur Shaw,
qui en 1832 habitait Alger, commença à rassembler les documents et les preuves, pour
affirmer que la ville des Corsaires correspondait bien à l’antique Icosium. Depuis lors,
l’identification n’a plus été remise en cause.
13 L’histoire d’Alger s’ouvre sur une légende rapportée par Solin, grammairien de la
seconde moitié du IIIe siècle de notre ère : « Hercule passant à cet endroit fut abandonné
par vingt hommes de sa suite, qui y choisirent l’emplacement d’une ville dont ils
élevèrent les murailles ; et, afin que nul d’entre eux ne pût se glorifier d’avoir imposé
son nom particulier à la nouvelle cité, ils donnèrent à celle-ci une désignation qui
rappelait le nombre de ses fondateurs » (XXV, 17). Ainsi d’eikosi, qui en grec veut dire
vingt, viendrait Icosium. Cette étymologie est absurde.

Le site d’Alger

14 Comme l’a montré R. Lespès, le déterminisme géographique a joué dans la fixation du


site et dans l’histoire du développement de la ville un rôle à la fois important et fragile.
Un rôle important au départ, lors de la fondation du premier établissement humain, de
l’époque historique. Un rôle fragile ensuite, dans le passage de l’état de cité au rang de
capitale ; ni la structure de la côte, ni celle du sol, ni la présence des crêtes parallèles à
cette côte, dont elles sont trop proches, n’ont créé les conditions favorables à
l’installation et au développement d’une tête de ligne ou d’un carrefour commercial,
d’une forteresse militaire ou d’un capitale politique, bref pour faciliter l’extension
d’une grande ville. Il a fallu pour assurer le développement d’Alger un concours de
circonstances historiques, politiques, administratives assez exceptionnel.
15 Le facteur historique, c’est en l’occurrence l’impérialisme carthaginois. A la recherche
de l’or du Soudan d’une part, d’autre part de l’argent d’Espagne et de l’étain des Iles
Cassitérides, dont les routes aboutissaient près de l’embouchure du Gua-dalquivir, à
Tartessos (Tarsis), Carthage entreprit d’installer de point en point une série de relais,
qui d’est en ouest s’échelonnaient sur les côtes méridionales de la Méditerranée à des

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distances, variant entre 25 et 45 km, qui représentaient le chemin que pouvait


parcourir quotidiennement une balancelle. Ce sont les fameuses « échelles puniques »,
où les navigateurs pouvaient trouver asile, s’assurer un ravitaillement et troquer leurs
marchandises. P. Cintas en a dressé la liste depuis Cartilage jusqu’à l’embouchure de la
Moulouya et sur les côtes marocaines. La chronologie de ces comptoirs fait l’objet de
savantes discussions. Les Phéniciens les ont-ils fréquentés avant les Puniques ? C’est
possible. Constatons simplement qu’aucune tombe punique du littoral algéro-marocain
n’a pu jusqu’ici être datée avant la fin du VIe siècle av. J.-C, la plus ancienne étant
d’ailleurs proche d’Alger ; c’est le grand caveau qui gît au milieu du port de Tipasa.
16 Mais pour fonder un relais, installer une échelle, encore faut-il qu’existe un bon
mouillage, à l’abri d’une île, d’un cap ou d’un estuaire. Ici intervient donc le facteur
géographique. Entre Rusguniae, l’actuel Cap Matifou, dont le nom trahit à lui seul
l’origine punique et le rôle déterminant joué par le relief, et Tipasa, où des vestiges de
l’occupation carthaginoise sont apparents, il y a plus de 80 km. Cette distance exige un
relais. Or il se trouve précisément dans le golfe, qui vers l’ouest suit le Cap Matifou, un
site particulièrement intéressant qui réunit en effet les meilleures conditions pour
constituer une escale. Entre une plage battue par les vagues
- le rivage de Bab-el-Oued — et une baie exposée aux vents du nord et de l’est
- la baie de l’Agha — quatre îlots formant une sorte de T, peu éloignés de la terre,
constituant du côté du sud un excellent mouillage pour les bateaux et en même temps
une position facile à défendre. En face, sur la terre ferme, se trouve à 250 m de là un
promontoire-acropole où il est possible de se réfugier. Un promontoire élevé et des
îlots délimitant une aiguade bien abritée créent « un site vraiment phénicien » (S.
Gsell). Les matériaux de construction ne manquaient pas dans le massif de la Bouzaréa,
dont les calcaires peuvent fournir de bons moellons, ni dans les environs d’Alger, où
abondent les terres à brique, enfin, l’eau ne faisait pas défaut. Le comptoir pouvait se
développer facilement en cité portuaire.

Le comptoir punique d’Ikosim

17 Des origines mêmes d’Alger nous ne savons pas grand chose, un peu plus que S. Gsell
qui, rédigeant son Histoire ancienne de l’Afrique du nord, ne trouvait dans son dossier que
la légende rapportée par Solin et une stèle punique dont on n’est même pas sûr qu’elle
n’ait été apportée dès l’Antiquité de Cap Matifou ou d’ailleurs. Elle a été trouvée à
Alger, rue du Vieux Palais. Devant cette pénurie de documents, S. Gsell écrivait : « Si les
Phéniciens ou les Carthaginois occupèrent Rusguniae, ils se fixèrent sans doute aussi en
face, à Icosium (Alger) : les deux ports pouvaient tour à tour les abriter, l’un étant à
couvert des vents d’est, l’autre des vents d’ouest.
18 A cet ex-voto punique, S. Gsell aurait dû ajouter un sarcophage en pierre, découvert en
1868 dans le jardin Marengo. Ce sarcophage, monolithe, long de 2,39 m, haut de 0,82 m,
était en partie engagé dans un caveau creusé dans le rocher. Couvert de deux dalles, il
contenait : un anneau d’or qui servait probablement de monture à une amulette
(scarabée), un bijou fait d’un fil d’or enroulé en spirale (12 mm), sans doute un élément
de collier, une amulette égyptienne figurant Anubis, en terre émaillée, percée d’un trou
latéral (elle devait appartenir à un collier, le dieu gardien des tombeaux est représenté
assis, les mains posées sur les genoux) un fragment d’une autre amulette, des fragments
d’anneaux en verre bleu (provenant d’un collier), des fragments de perles en terre avec

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décor jaune et rouge ; enfin un vase en terre cuite a été trouvé près du sarcophage. Il
s’agit sans aucun doute d’un tombeau punique.
19 Cette preuve qui manquait à Gsell et dont l’absence l’obligeait à s’en tenir à un
pressentiment phénicien, fut la découverte, effectuée en 1940 dans le quartier de la
Marine, de 158 monnaies puniques en plomb et en bronze frappées entre le milieu du IIe
siècle et le milieu du Ier siècle av. J.-C. A l’avers, une tête de femme dont la coiffure en
bandeaux est surmontée d’une couronne. En face d’elle, une Victoire aux ailes éployées
tend une couronne de fleurs. On a pensé à Isis couronnée par la Victoire ou à la
personnification d’Alger. Au revers, un personnage masculin de face, debout sur un
socle ; il est barbu et porte sur la tête trois protubérances qui ressemblent à des rayons
et qui font penser aux portraits de Ba‛al figurés sur des stèles puniques d’El-Hofra à
Constantine. Il est vêtu d’une tunique et de son épaule gauche descend une draperie qui
a l’aspect d’une peau de bête. On reconnaît le dieu phénicien Melqart, revêtu de la peau
de lion attribuée par la légende à Hercule. Ainsi à la fable rapportée par Solin fait écho
cette découverte archéologique.

Monnaies d’Ikosim (photo I.A.M.).

20 Ce personnage est accompagné d’une légende composée de cinq signes qu’il faut lire :
IKOSIM. Pour la première fois apparaît le nom punique de la ville, dont la forme
Icosium, adaptée à l’époque romaine, n’est que la latinisation. Que signifie Ikosim ? J.
Cantineau a montré qu’Ikosim était composé de deux mots : l’i initial qui veut dire l’île —
ce qui ramène aux quatre îlots de l’Amirauté, d’autre part, Kosim. Ici, selon J. Cantineau,
on peut hésiter entre deux sens, celui d’épines et celui d’oiseaux impurs habitant dans
les ruines, c’est-à-dire hiboux. Ikosim voudrait dire l’île des épines ou l’île des hiboux.
Victor Bérard dans ses célèbres Navigations d’Ulysse avait déjà abordé le problème à

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partir d’Icosium et traduit Kos par mouette. Icosim serait alors l’île aux mouettes. J.
Carcopino a préféré cette troisième explication, avec raison sans doute.
21 Depuis cette découverte qui a révélé le nom d’Alger aux origines de son histoire, une
autre trouvaille a fourni quelques renseignements complémentaires sur la vie et les
relations d’Ikosim. Il s’agit du puits du quartier de la Marine retrouvé en 1952 à
l’emplacement du bâtiment du Trésor. La fouille du puits a été conduite jusqu’à 14,50 m
de profondeur mais le fond était à plus de 19,75 m du sol moderne. L’intérêt de la
découverte de ce puits réside dans les poteries qu’on a pu extraire de ce dépotoir où des
vases brisés et souvent réduits en menus tessons se sont accumulés en couches
superposées. Pour l’Antiquité, trois niveaux bien distincts ont été repérés :
a. au fond, au-delà de 13 m : des poteries noires, grises et blanches en fragments d’un
intérêt exceptionnel ; les tessons à vernis noir proviennent de vases campa-niens
datables des IIIe, IIe et Ier siècles av. J.-C. Ils reportent à une époque plus haute que les
monnaies puniques d’Ikosim et ils attestent dès ce moment des relations commerciales
soit avec l’Italie du sud, doit avec les colonies grecques du sud de la Gaule ou de la côte
orientale de l’Espagne. Au même niveau, un bol appartient à la catégorie des vases à
pâte blanche, fabriqués dans les ateliers gaulois de la vallée de l’Allier.
b. Plus haut, entre – 13 m et – 8,45 m, apparaît la poterie rouge vernissée : poterie
d’Arezzo, poterie gallo-romaine de Lezoux et de la Graufesenque (à partir des Flaviens).
c. Enfin plus haut, entre - 8,45 m et - 6,40 m, on ne rencontre plus que de la poterie
romaine courante, de plus en plus grossière, sans vernis et sans décor en relief IIIe, IVe et
Ve siècles).

Le puits antique du Quartier de la Marine (d’après M. Le Glay).

22 Ces poteries renseignent sur la vie d’Ikosim et d’Icosium dans ses relations commerciales
avec l’Italie du sud, l’Espagne et la Gaule, dans sa vie quotidienne, dans la vie des

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générations qui se sont succédé autour de ce puits dépotoir entre le IIIe siècle av. J.-C. et
le IVe ou le Ve siècles ap. J.-C.

De la chute de Carthage à la conquête romaine

23 La chute de Carthage, en 146 av. J.-C, n’apporte pas ici de grands changements. Ikosim
appartient au royaume numide puis au royaume maure du roi Bocchus et de ses
successeurs.
24 Jusqu’en 40 ap. J.-C, l’ouest de l’Afrique (la Maurétanie) reste indépendant sous
l’autorité des rois indigènes, d’une indépendance relative il est vrai à partir de 25 av. J.-
C, lorsqu’Auguste installe sur le trône le jeune Juba II ; c’est le prélude à l’annexion. De
25 av. J.-C. à 40 ap. J.-C, deux rois vassaux se succèdent à la tête du royaume de
Maurétanie : Juba II, puis son fils Ptolémée. Icosium appartient à ce royaume.
25 De cette période intermédiaire, entre Ikosim punique et Icosium romain, survivent
quelques souvenirs. D’abord une monnaie de Cléopâtre VII trouvée en 1950 dans le
centre d’Alger et publiée par P. Gautier. Ce moyen bronze montre à l’avers le buste de
Cléopâtre et au revers l’aigle ptolémaïque debout sur un foudre et accompagné de la
corne d’abondance.
26 A noter ensuite, parmi les tentatives coloniales de la fin de la République et du début de
l’Empire, celle qui intéressa Icosium dont les colons, citoyens romains domiciliés en
cette ville, furent pourtant rattachés à la colonie d’Illici (Elche) en Espagne Citérienne
(Pline, III, 19).
27 Ce rattachement démontre que ces colons devaient être peu nombreux : sans doute
formaient-ils un conventus civium romanorum (association privée de citoyens établis en
territoire étranger), comme il en existait ailleurs en Afrique. D’autre part il est
remarquable que le lien s’établisse avec une colonie espagnole ; c’est le témoignage des
relations étroites existant alors entre la Maurétanie et la péninsule Ibérique depuis
l’époque punique. On parle parfois d’une civilisation ibéro-punique dans l’ouest de
l’Afrique du nord, face à la civilisation gréco-punique de la partie orientale.
28 Si les colons romains d’Icosium ne formaient pas au début un groupe important, ils n’en
avaient pas moins déjà des institutions à part comme le montre une base honorifique
dédiée au roi Ptomélée trouvée rue Hadj-Omar. On y lit :
29 [R]egi Ptolemae[o]/reg(is) Iubae f(ilio)/L(ucius) Caecilius Rufus/Agilis f(ilius), honoribus/
omnibus patriae/suae consummatis/d(e) s(ua)p(ecunia) f(aciendum) c(uravit) et consacravit.
30 Ainsi, Icosium avait des magistrats municipaux dès avant la conquête romaine, sous le
règne de Ptomélée (23-40 ap. J.-C.) et ces magistrats entretenaient les meilleures
relations avec le roi de Maurétanie. Notons que le même personnage, qui fut chargé de
tous les honneurs municipaux de sa petite patrie, apparaît sur une autre inscription,
gravée sur une dalle toujours incluse dans le minaret de la grande Mosquée malékite :
31 [L (ucius) Caecili]us Rufus, Agilis f(ilius), fl(amen ?) /[ob honorem flamin ?] atus d(e) s(ua)
p(ecunia) donum d[edit].

Icosium romain

32 En 40 de notre ère, l’annexion par Rome de la Maurétanie, annexion que laissait


présager depuis 25 av. J.-C. l’installation de rois vassaux, est consommée. L’empereur

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Caligula fait assassiner Ptolémée à Lyon et la Maurétanie est réduite en province


romaine. Un procurateur-gouverneur s’installe à Caesarea (Cherchel). Icosium est
désormais ville romaine. Elle reçut très vite une promotion. Pline l’Ancien rapporte que
Vespasien octroya les privilèges du droit latin à Icosium (V, 2, 20) qui devint ainsi une
colonie avec des droits réduits par rapport aux colonies de droit romain. Ce statut de
droit latin fut-il plus tard transformé en statut de droit romain ? C’est probable mais
nous n’en savons rien, bien que les documents épigraphiques deviennent pour cette
période plus nombreux. Trois inscriptions l’intéressent. D’abord une dédicace à
l’empereur Vespasien trouvée en 1896 au delà de la porte de Bab-el-Oued : par la
titulature impériale elle est datée entre juillet 74 et juillet 76. Elle est dédicacée par un
certain Flavius qui est l’un des premiers magistrats romains de la ville devenue colonie.
L’inscription précise qu’il en a été le premier pontife. Vient ensuite une dédicace à P.
Sittius Plocamianus trouvée au n° 29 de la rue Bab-Azoun. Plus récemment, en 1950,
une dédicace à M. Messius Masculus a été trouvée dans le quartier de la Marine ; datée
avec certitude par la mention des trois Augustes (Septime Sévère et ses fils) et le
martelage des noms de Caracalla et Géta, elle a été gravée entre 209 et 211.

L’étendue d’Icosium

33 S. Gsell notait déjà que « l’espace circonscrit par le rempart antique paraît avoir
correspondu à peu près à l’ancienne ville turque. Icosium s’étendait probablement au
nord jusque vers la place Bab-el-Oued, au sud jusqu’au square Bresson, à l’ouest jusqu’à
la Casbah. Mais les habitations ne se pressaient que dans la partie voisine de la mer
(surtout dans le quartier actuel de la Marine) ; à l’ouest les pentes raides que domine la
Casbah ne devaient guère être occupées que par des jardins ». Il est possible
maintenant d’en dire davantage.
34 Pour préciser l’étendue de la ville romaine, on peut recourir à plusieurs moyens et
utiliser divers critères : les découvertes archéologiques effectuées aux alentours, qui
peuvent fournir des indications sur l’étendue et la vie des faubourgs, l’examen des
remparts là où des traces en subsistent et enfin l’étude des nécropoles, qui par leur
emplacement permettent de circonscrire l’étendue de la cité des vivants.
35 Dans la partie haute de la ville, aucune découverte d’antiquités n’a été faite hormis une
tête de jeune femme couronnée de feuillage, trouvée près de la Casbah. Elle est en
marbre blanc, de grandeur naturelle. Feuillage et fruit dans la chevelure permettent
d’identifier une divinité des jardins : Pomone peut-être.
36 Une autre tête de femme, dans les collections du musée d’Alger, a la chevelure
couronnée d’épis. On pense donc à la déesse des moissons, à Cérès. Comme la tête de
Pomone, celle-ci a les yeux lisses et doit dater de la même époque : première moitié du
IIe siècle ap. J.-C.

37 A signaler encore une statue en marbre de Pomone trouvée à El Biar. Elle devait porter
de la main gauche une corne d’abondance dont il reste quelques traces. Une autre
statue de divinité féminine a été trouvée avec une autre statue sur une mosaïque
romaine à Ben Aknoun. Pas plus que la précédente elle n’a de valeur artistique. Mais
elles présentent toutes un intérêt documentaire : ces quatre sculptures représentent
des divinités de la végétation : Pomone ou Abondance ? Divinités des jardins, des
vergers, elles proviennent sans doute de ces petits sanctuaires ruraux qui occupaient
les jardins des villas et parsemaient les campagnes. On y voit la preuve que, comme à

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Cherchel, non seulement la ville était entourée de villas rurales mais qu’elle
comportait, au-dessus d’une ville basse où la population était dense, des quartiers
résidentiels sur les premières hauteurs. Cette impression est confirmée par d’autres
découvertes : d’abord celle d’une tête de l’empereur Hadrien, trouvée en 1870 à
Belcourt, rue Belouizdad Mohamed. Elle devait, selon S. Gsell, décorer une riche villa
sur la route d’Icosium à Rusguniae.
38 Outre cette villa installée dans la « banlieue » d’Icosium, il faut signaler, un peu plus
loin, des petits thermes, trouvés rue de Lyon, près du Jardin d’Essai. Ils ont
probablement appartenu eux aussi à une villa qui devait se trouver sur la même route.

Le rempart d’Icosium

39 Pour apprécier l’extension d’Icosium, il existe une autre méthode très sûre, qui
consisterait à suivre le tracé de son rempart. La ville possédait en effet une enceinte
fortifiée, que le prince rebelle Firmus réussit à forcer à la fin du IVe siècle et que les
Vandales probablement détruisirent. Malheureusement, ce rempart n’est connu que
par bribes. Seuls quelques éléments en ont été retrouvés. Encore n’est-on pas toujours
certain de leur origine romaine là où ils ont été réutilisés dans les remparts berbères du
Xe siècle et turcs du XVIe siècle. En quelque sept endroits, des traces à peu près sûres de
murs ou de tours ayant appartenu à l’enceinte romaine ont toutefois été relevées.
40 De ces données archéologiques, que conclure ? P. Gavault, qui en 1887 a consacré au
rempart d’Icosium une brève étude, estime que la ville s’étendait sur la hauteur à peu
près autant que l’El-Djezaïr arabe. Il convient d’être plus prudent. Et avant de se
prononcer, de tenir compte d’un autre critère : l’emplacement des nécropoles.

Monuments funéraires et nécropoles

41 On sait en effet que la législation romaine interdit d’enterrer les morts — qu’ils soient
incinérés ou qu’ils soient inhumés — à l’intérieur des cités. Fixer sur la carte le site des
cimetières aboutit donc à circonscrire les limites de la ville.
42 Parmi les éléments « mobiles » et sans attacher une trop grande importance à l’endroit
de leur découverte, citons :
- rue Bab-Azoun, entre le lycée Abd-el-Kader et l’hôpital civil, une urne cinéraire, un
coffret en marbre destiné aux cendres de Calpurnius Martialis, fils d’Imilis.
- une stèle au cavalier provenant de Bal-el-Oued.
- 16 rue de la Charte, un cippe calcaire encastré dans un mur : Aconia Lucilla y vénère la
mémoire de son « père absolument irréprochable ».
- Découverte dans une cave, rue de la Marine, une stèle funéraire anépigraphe où le
défunt est représenté dans une niche portant dans la main droite une grappe de raisin.
- Rue Philippe, une inscription funéraire engagée dans le mur d’une fontaine : M. Fadius
Celer y célèbre le souvenir de Iulia Celsa, « la meilleure des épouses ».
- Rue d’Orléans, le cippe funéraire d’un enfant mort à 5 ans et 3 mois.
- Rue des Consuls furent signalées près du rempart et derrière la caserne, une mosaïque
assez grossière et, en remploi comme seuil de porte dans une maison, une stèle
funéraire en marbre portant le nom d’un autre jeune enfant, mort à 4 mois.
43 Après ces trouvailles éparses, il convient d’insister davantage sur les découvertes de
tombeaux, et singulièrement sur l’emplacement de ces découvertes.

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44 Au 12 et 14 rue Bab-el-Oued on a trouvé, en 1859, deux sépultures romaines avec


mobilier qui, il faut le remarquer, se trouvent à l’intérieur des remparts, au cœur de la
ville romaine ce qui est tout à fait anormal. D’autant que tous les autres tombeaux se
regroupent en deux endroits : au-delà de la porte Bab-Azoun et autour du jardin
Marengo.
45 En 1868, en dégageant l’esplanade de Bab-el-Oued, on découvrit sous le cimetière des
deys un cimetière romain.
46 Plus tard, d’autres sépultures ont été exhumées à proximité : une véritable nécropole a
été découverte avenue Bab-el-Oued, près du Kursaal en face de l’entrée du jardin
Marengo, entre 1903 et 1912. Elle comprenait des fosses à un seul corps et des chambres
sépulcrales. Un troisième columbarium, trouvé en 1912, contenait une urne funéraire
en terre cuite, remplie d’ossements brûlés, deux petits vases et deux lampes marquées
C. CLO. SVC., du nom d’un grand fabricant de lampes de la fin du Ier siècle et du début
du IIe siècle. (Caïus Clodius Successus). Une inscription fut recueillie en 1909 dans la
nécropole du Kursaal :
47 D(is)M(anibus)/ T(itus) Fl(avius) Sextus/miles leg(ionis) IIII Fe(licis)/Fl(aviae), stip(endiorum)
XXVI / vixit annis L ;/Fl(avius) Restutus/h(eres), b(ene) m(erenti) f(aciendum) c(uravit).
48 La legio IIIIa Flavia était une légion danubienne. T. Flavius Sextus qui a servi 26 ans, a
dû venir en Maurétanie pour participer à la répression de quelque insurrection.
49 Au lycée Abd-el-Kader, en creusant les fondations on a rencontré à 8-12 m de
profondeur, des sépultures romaines en maçonnerie et trois tombeaux plus
importants : l’un, de forme cubique, contenait le squelette d’un homme, neuf plats en
terre rouge, des vases et des bols, quatre lampes de petite taille et quatre clous en fer de
caractère prophylactique peut-être.
50 Un autre tombeau découvert en 1862, à 8 m de profondeur, comportait un grand caveau
contenant un abondant matériel funéraire : plats en terre rouge, cinq assiettes en
poterie jaune, trois vases à deux anses en poterie rouge, trois lampes, trois unguentaria
en terre cuite, un peigne en ivoire, cinq couteaux en fer et des clous.
51 Enfin, à 12,50 m sous le sol, fut découvert en 1863 un tombeau important qui donne une
bonne idée de ce qu’était les tombeaux sous le Haut-Empire. Il comportait un caveau
voûté dont les parois étaient creusées de niches au-dessus d’une banquette. L’entrée,
qui se trouvait à l’est, était souterraine. On y accédait par un couloir dans lequel
s’ouvraient encore deux niches. Une dalle le séparait de la chambre sépulcrale. Il y
avait donc en tout quinze niches (columbaria) où déposer les urnes cinéraires. Parmi le
matériel, très abondant, notons des urnes cinéraires de trois sortes : cylindriques,
coniques et quasi sphériques ; des ampullae à panse conique ou sphérique et à col plus
ou moins long, des unguentaria à panse ovoïde, surmontée d’un col allongé, enfin des
gobelets dont l’un portait un décor émaillé particulièrement intéressant qui
représentait deux combats de gladiateurs. Ce gobelet est d’un type connu de Bégram,
en Afghanistan, jusqu’en Gaule ; il paraît dater de la fin du IIIe siècle ou du début du IIIe
siècle.
52 La principale nécropole se trouvait donc, semble-t-il, au nord - nord-ouest de la ville,
comme plus tard à l’époque berbère, puis à l’époque turque et encore aujourd’hui, avec
cette différence que le cimetière, dit de Saint-Eugène, se trouve à plus de 2 km du cœur
de la cité, tandis qu’aux temps anciens, les sépultures étaient contiguës aux remparts.

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Aspect d’Icosium

53 D’assez nombreux tronçons de voies ont été repérés au cours des travaux d’urbanisme.
En relevant leurs traces et en se fondant sur l’orientation des dallages, on peut avoir
une idée assez précise du réseau des rues qui parcourait la ville d’Icosium. Il n’est pas
toujours facile de les situer exactement sur un plan d’Alger ; le quartier du Vieil Alger
qui nous intéresse ici a subi tant de destructions et de reconstructions, le tracé des rues
tant de remaniements, qu’il est généralement indispensable de recourir aux anciens
plans de la ville.
54 On constate alors que, par rapport à la ville antique, la ville basse moderne est en
quelque sorte surimposée. Depuis la côte jusqu’au pied de la Casbah d’une part, depuis
le lycée Abd-el-Kader jusqu’au square de la Liberté d’autre part, non seulement elle
reste en 1837 dans les limites de la ville romaine, mais elle respecte même l’orientation
de ses rues et souvent jusqu’à leur tracé.
55 Parmi les découvertes effectuées à l’intérieur d’Icosium et qui sont essentiellement,
comme il arrive pour les cités antiques que recouvrent des villes modernes, le fait du
hasard, on signalera notamment :
- un chapiteau de pilier corinthien qui dut appartenir à un édifice important.
- Des mosaïques ornementales provenant probablement de thermes. Des thermes ont
d’ailleurs été reconnus en plusieurs endroits.
56 Sur la vie économique de l’antique Icosium on ne sait pas grand-chose. Sans doute le
port avait-il quelque activité. Aucun document n’y fait cependant allusion. Tout au plus
a-t-on retrouvé dans le quartier de la Marine une pierre de contrepoids d’huilerie et
lors de la construction de l’hôpital civil de la rue Bab-Azoun un moulin romain et une
anse d’amphore estampillée découverte dans les fouilles du Vieux Palais.
57 De la vie religieuse d’Icosium quelques témoignages nous sont parvenus. On y vénérait
certainement d’une manière officielle les grand dieux du panthéon romain et en
particulier la Triade Capitoline, Jupiter, Junon et Minerve. Mais jusqu’ici nulle trace de
ces cultes n’a été relevée. Nous avons en revanche deux documents qui nous
renseignent sur la religion populaire : une stèle votive à Saturne, trouvée au cœur de
l’ancienne ville, à 100 m à peine du port antique et une inscription mithriaque
découverte rue du Vieux Palais en creusant les fondations de l’ancienne mairie. Ce
document indique que le culte du dieu iranien Mithra fut pratiqué à Icosium, port où
relâchaient des bateaux venus d’Orient.

Icosium chrétien

58 L’histoire des origines du christianisme africain est mal connue. Elle l’est
particulièrement ici. Quand la colonie d’Icosium devient-elle chrétienne ? On ne peut le
dire. On sait cependant qu’Icosium a eu des évêques. Les auteurs ecclésiastiques nous en
font connaître trois, deux catholiques et un donatiste, ce qui montre bien que, comme
Caesarea et à l’inverse de Tipasa où l’on n’a jusqu’ici retrouvé aucune trace du fameux
schisme qui divisa l’église d’Afrique à partir des premières années du IVe siècle, Icosium
fut touché par la propagande donatiste.
59 Le premier évêque dont le nom est conservé est précisément le donatiste Crescens, qui
figure parmi les participants à la conférence de Carthage de mai 411. Le deuxième est

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Laurentius, évêque catholique qui figure sur la liste des 217 évêques convoqués à
Carthage en 418. Il semble, d’après une lettre de saint Augustin (Coll. Concil. I, p. 1250),
que Laurentius y fut destitué.
60 Le troisième et dernier évêque d’Icosium dont les textes anciens nous ont légué le nom
est Victor qui figure sur la liste des prélats de Maurétanie Césarienne dans la notice de
484.
61 Les documents archéologiques ne nous en apprennent pas beaucoup plus. Du moins la
présence de chapiteaux et d’une fenestella confessionis atteste-t-elle l’existence d’édifices
du culte. La fenestella confessionis est un carré de pierre creusé selon un cercle tangent
dans lequel est inscrite la croix monogrammatique qui n’apparaît pas en Afrique avant
le Ve siècle.
62 Aussi rares que les documents archéologiques, les textes littéraires nous livrent peu de
l’histoire d’Icosium dans les derniers siècles de l’Antiquité. Grâce à Ammien Marcellin
(XXIX, 5, 16), nous apprenons qu’en 371 ou 372, la ville subit un rude assaut. Un prince
maure, remuant et ambitieux, Firmus*, se révolta contre Rome. Ayant rassemblé une
armée de mécontents, il la lança contre les villes côtières. Tipasa sut repousser les
rebelles grâce à la solidité de ses remparts et, dit-on, à la protection de sainte Salsa.
Césarée, en revanche, fut prise et incendiée. Et il en fut de même d’Icosium qui fut mis à
sac. Le général romain Théodose dut intervenir ; et en 373, Firmus lui remit la ville d’
Icosium avec tout le butin dont il s’était emparé.
63 Après cet événement, l’histoire d’Icosium se dilue dans l’histoire générale de la province
de Maurétanie. Aucun fait marquant n’a plus été retenu par les auteurs anciens jusqu’à
ce que, en l’an 960, le ziride Bologguîn vint y fonder une ville. Alors s’ouvre un nouveau
chapitre de l’histoire d’Alger.

Alger — période médiévale


64 Le passé médiéval d’Alger nous apparaît comme un épais tissu de brumes parfois
traversé par de brèves éclaircies... Le nom même de la ville musulmane, al-Ğazā’ir, pose
un problème. On suppose généralement qu’il désigne quelques îlots, aujourd’hui reliés à
la côte par le môle du port moderne, mais, on ignore quand et dans quelles
circonstances ce nom a pu désigner l’antique Icosium.
65 Les auteurs arabes relatant les étapes de la conquête, ne mentionnent jamais ce nom. La
cité, tournée vers la mer, protégée par l’écran de la montagne Kabyle, semble vivre en
marge des grands événements qui vont bouleverser l’Occident. Il faut attendre le Xe
siècle pour trouver mention d’al-Ğazā’ir chez des auteurs orientaux. Ibn Ḥawqal, un
commerçant de Bagdad qui parcourt le Maghreb au Xe siècle, dut visiter la ville vers
950, il fait état de son enceinte robuste (sans doute était-elle un héritage de
l’Antiquité ?). Il évoque ses marchés, ses sources, il admire les vastes plaines qui
l’entourent et la montagne peuplée de Berbères. Cet arrière pays lui paraît riche grâce à
l’élevage de bœufs et de moutons et à la pisciculture. Le beurre et le miel sont si
abondants qu’on en exporte. Un détail est à retenir : « il y a près de la ville, à une portée
de flèche, une île qui lui fait face ; lorsqu’un ennemi les attaque, les habitants se
réfugient dans cette île, s’y mettent en état de défense et y trouvent un abri sûr contre
ceux dont ils se gardent et dont ils redoutent l’agression ». Il semble ainsi attesté que
les fortifications avaient surtout, initialement, été prévues pour parer des attaques

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venues de la mer, d’où l’on peut en déduire qu’elles étaient assez vulnérables dans ses
parties supérieures vers l’intérieur des terres... Au Xe siècle, le danger semble bien venir
des régions centrales du Maghreb : repli de populations berbères refoulées par l’avance
des conquérants, incursions arabes, attaques des tribus zénètes ennemies...
66 Du récit d’al-Muqaddasi (vers 375 = 985), il n’y a pratiquement rien à retenir, l’auteur
reprenant, semble-t-il, une partie de la description d’Ibn Hawqal. Il faut alors attendre
le XIe siècle pour trouver quelques maigres détails chez al-Bakrī, frappé surtout par les
vestiges antiques de la ville ; il note la présence d’une dār al-mal‛ab (théâtre,
amphithéâtre ?), pavé de mosaïque et les ruines d’une église, il mentionne cependant
l’existence de souks (al-aswāq) et une mosquée cathédrale (masgid al-ǧāmi). Il trouve le
port bien abrité ( ?), et fréquenté par des marins d’Ifrî-qiya, d’Espagne et « d’autres
pays ».
67 Bien que démarquant étroitement al-Bakrī, l’inconnu de l’Istibṣār ( XIIe siècle) mentionne
les murailles (oubliées par al-Bakrī). A une date sensiblement identique, al-Īdrīsī nous
brosse un tableau un peu plus complet d’al-Ǧaz’a’ir, manifestement emprunté aux
divers textes précédents. Il fait état de puits complétant les apports d’eau des sources.
Alger est « une ville très peuplée, dont le commerce est florissant et les bazars très
fréquentés, les fabriques bien achalandées ». Le reste de son récit est la répétition de
celui d’Ibn Ḥawqal.
68 Ainsi, jusqu’au XIIe siècle, Alger nous apparaît comme une cité portuaire dotée d’un
arrière-pays immédiat riche, peuplé essentiellement de Berbères. L’importance des
souks laisse supposer une activité commerciale intense. Il n’est pas téméraire de penser
que le gros de la population est berbère, le nom même de la ville nous y invite, les
textes les plus anciens évoqués la nomment en effet Ǧazā’ir bani Mazġanna, du nom
d’une tribu connue ; elle est une fraction de la grande confédération des šanhāǧa « de la
première race » (Ibn Kẖaldūn), lesquels occupent tout le pays comprenant les villes de
Msila, Hamza (Bouira), Alger, Médéa et Miliana. Les Mazġanna avaient pour voisins et
rivaux les Talkāta qui ne devaient pas tarder à s’imposer par l’importance politique de
la famille de Zīrī, fils de Manād, allié des Fāṭimi-des. En récompense de ses loyaux
services, Zīrī est autorisé, par le Calife fāṭimide al-Manṣur, à construire sa capitale :
Achîr, obtenant, de ce fait, la souveraineté sur le pays occupé par sa tribu et « sur les
territoires qu’il pourrait conquérir ».

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Grande mosquée d’Alger ; travée latérale. Construction almoravide (photo M. Bovis).

69 De plus, al-Manṣur autorisait le fils de Zīrī, Buluggīn, à « fonder » trois villes : Médéa,
Miliana et Alger, autrement dit, il apanageait le futur successeur de Zīrī en lui
accordant autorité sur trois des principales cités du Maghreb central.
70 Alger, donc, restait un fief essentiellement berbère ; sans doute soupçonne-t-on, dans
les commerçants des éléments étrangers, juifs en particulier, exerçant les fonc-tins de
bijoutiers, de courtiers et de banquiers ; sans doute également peut-on imaginer
quelques européens, espagnols ou italiens disposant d’un pied-à-terre, pêcheurs ou
trafiquants, courtiers. La ville ne joue qu’un rôle secondaire lors des grands
bouleversements qui secouent le Maghreb aux XIe et XIIe siècles. Elle fait partie tour à
tour du domaine des Hammādides, puis de celui des Almorávides, marquant la pointe
extrême de l’avancée vers l’Est des hommes voilés. En dépit du silence des textes, on
peut penser que l’occupation almoravide fut très effective, suffisamment au moins pour
qu’ils y bâtissent la grande mosquée, conservée de nos jours.
71 En 1151, les Almohades s’en emparent d’assaut avant d’aller donner le coup de grâce
aux Hammādides de Bougie et de la Qal‛a.
72 Entre temps, le Maghreb central subit, après l’Ifrīqiya, la présence encombrante de
nomades arabes. Alger n’est pas à l’abri de ces infiltrations où des éléments Athbeǰ et
Ǧušām sont signalés, mais le groupe le plus important est constitué de Ma‛qil et, plus
particulièrement, de la fraction des Ṯa‛laba qui vont créer, au XIVe siècle, une dynastie
locale de magistrats à la tête d’une sorte de « sénat bourgeois » (W. Marcáis). Al-Ǧazā’ir
ne peut cependant subsister qu’en louvoyant entre ses puissants voisins : les ‛Abd al
Wādides de Tlemcen, lesquels doteront la grande mosquée almoravide d’un minaret, les
Marinides de Fès, qui marqueront leur présence en édifiant une madrasa dite
Bū‛Inānīya (œuvre de Abūl-Ḥasan selon Ibn Marzūq), enfin, les Ḥafṣides de Tunis.

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73 Peut-on avoir une idée de l’état de la ville à la fin du XVe siècle ? Alger « est très grande
et fait dans les 4 000 feux. Ses murailles sont splendides et extrêmement fortes,
construites en grosses pierres. Elle possède de belles maisons et des marchés bien
ordonnés dans lesquels chaque profession a son emplacement particulier » (Jean-Léon
l’Africain).
74 Son importance commerciale, ses richesses, la ville les doit surtout, à n’en pas douter, à
la course. Elle s’adonne depuis longtemps à la piraterie en Méditerranée (Ibn Khaldūn).
Les exploits de ses corsaires finiront par provoquer la réaction des chrétiens. Ferdinand
d’Aragon contrôle la côte, il neutralise Alger en fortifiant l’îlot (le Peñon) qu’il dote
d’une redoutable artillerie braquée sur la cité. On sait comment, pour se libérer de cette
sujétion chrétienne, Ṣālim al-Tūmī, chef des Ṯa‛laba et « roi » d’Alger, n’hésitera pas à
faire appel à ῾Arūj*. Quelle est la situation de la ville à ce tournant de son histoire ?
75 A la population traditionnelle citée sont venus s’adjoindre des éléments arabes et des
réfugiés andalous, nombreux après la prise de Grenade (1492) : on remarque également
des éléments négroïdes et noirs, provenant de la traite ; on y devine d’autres esclaves :
les européens victimes de la course. Sans doute l’action des Espagnols a-t-elle mis
provisoirement un terme aux exactions des corsaires, mais la menace chrétienne fut de
courte durée et la course devait reprendre de plus belle avec les frères Barberousse.
76 Alors commence vraiment l’histoire d’Alger, la ville va prendre le rang de capitale du
Maghreb central qui allait devenir beaucoup plus tard l’Algérie.

Alger à la période ottomane (A. Mantran)


77 Au début du XVIe siècle, Alger est une ville d’environ 20 000 habitants, dirigée par une
minorité bourgeoise de marchands appuyés sur la puissante tribu des Ṯha‛laba ; depuis
le XIVe siècle, Alger, comme d’autres ports du Maghreb, trouve dans la course l’essentiel
de ses ressources, mais les attaques et incursions des corsaires maghrébins amènent les
Espagnols à réagir et à intervenir contre les bases de ceux-ci. Leurs conquêtes (Melilla,
Mers el-Kebir, Peñon de Velez, Bougie, Tripoli) poussent les Algérois à se les concilier :
ils décident de payer un tribut au roi d’Espagne et de céder à Pedro Navarro un des îlots
situés au nord-ouest de la rade ; Navarro y fait construire une forteresse, le Peñon
d’Alger, qui commande désormais l’entrée du port. A la mort du roi d’Espagne
Ferdinand II en 1516, les Algérois cherchent à se libérer de l’emprise espagnole : ils
demandent l’aide de nouveaux corsaires apparus en Méditerranée occidentale, les
corsaires ottomans, et font appel à l’un des frères Barberousse, ’Oroudj (‛Aroudj*), qui
entre dans Alger mais, faute de moyens, ne peut attaquer le Peñon ; les dirigeants
algérois essayent de l’éliminer, mais, averti, ’Oroudj réagit et fait exécuter Salîm al-
Toumî, le shaykh des Tha‛laba, et d’autres personnalités de la ville. Après avoir
triomphé d’une contre-attaque espagnole (septembre 1516), il confie la défense d’Alger
et de sa région à son frère Khidhr, plus connu sous le nom de Khayr ed-din.
78 Celui-ci, se rendant compte de la précarité de sa situation, offre la suzeraineté sur les
territoires conquis au sultan ottoman Selim 1er qui, en retour, le nomme beylerbey
(gouverneur) et lui envoie des renforts. Abandonnant Alger en 1520, Khayr ed-din y
rentre en 1525 et s’empare du Peñon en 1529 : c’est alors qu’il décide de créer à Alger
un véritable port en reliant entre eux les îlots qui limitent la rade et en comblant
l’espace qui s’étend entre le Peñon et la côte : grâce à cette digue, Alger offre un

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meilleur abri aux navires et va devenir la principale base de corsaires en Méditerranée


occidentale.

Siège d’Alger par Charles Quint (1541). Gravure de Münster (Iconographie de l’Algérie, pl. VI, 17).

79 En 1541, une flotte espagnole attaque Alger mais est vaincue par la conjugaison d’une
violente tempête et d’une sévère riposte de Hasan Agha, successeur de Khayr ed-din ;
les Turcs renforcent alors les défenses de la ville, surtout du côté de la mer : elles sont
constituées par une enceinte percée de portes (Bab Azzoun, Bab el-Oued, Bab Djedid,
Bab Djézira) et accompagnée d’une série de forts (bordj) : el-Fanar, el-Goumen, Ras el-
Moul, Setti, Takelit, ez-Zoumbia, Moulay Hasan (ou Sultan Kalesi, ou Fort l’Empereur),
Kala’at el-Foul, Mers ed-Debban, construits aux XVIe et XVIIe siècles, le bordj Djédid
datant de 1774 et les bordjs el-Bahr et Ma-fin du début du XIXe siècle.
80 La présence turque à Alger entraîne des modifications dans la composition de la
population et dans l’administration de la ville. Selon des estimations approximatives,
Alger a compté environ 60 000 habitants vers la fin du XVIe siècle, 100 000 peu avant le
milieu du XVIIe, 50 000 à la fin du XVIIIe, 70 000 en 1808 et entre 30 et 35 000 dans les
années qui précèdent la conquête française.
81 Les Turcs d’origine ou « assimilés » tiennent les principaux postes de l’administration,
de l’armée et de la marine ; ils sortent pour la plupart du corps des Janissaires,
originaires de l’Anatolie, de l’Archipel égéen ou des provinces européennes de l’Empire
ottoman et rassemblés en odjaq dans huit casernes sous l’autorité de l’agha de la milice ;
le cas échéant, ils peuvent aussi gérer un commerce ou devenir artisan. Les enfants qui
naissent du mariage de Turcs avec des Arabes sont appelés kouloughlis (littéralement
« fils d’esclaves », plus précisément « fils d’hommes qui se consacrent au service du
sultan ») ; ces kouloughlis constituent un élément distinct, essentiellement urbain, qui
occupe de hauts postes de l’administration, mais sont aussi présents dans la vie

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économique. La marine est aux mains des re’is (chefs corsaires) d’origine ottomane,
mais plus souvent renégats.
82 Les Arabes d’Alger descendent soit d’Arabes arrivés au XIIIe siècle, les Tha‛laba, soit
d’émigrés andalous ou tagarins (originaires d’Aragon) venus au XVe siècle ou au début
du XVIe ; ils tiennent à se distinguer des Arabes de l’intérieur, et plus encore des
Berbères : on les trouve dans l’administration, le commerce, l’artisanat, les milieux liés
à la vie religieuse. Les berrani (étrangers à la ville) proviennent des oasis du Sud et
travaillent soit pour des particuliers, soit pour des gens des corporations ; les Mzabites
tiennent une large part du petit commerce ; les noirs sont esclaves domestiques et ceux
qui sont affranchis se rencontrent dans les « petits métiers ». Les Kabyles, peu
nombreux, sont généralement au service des dirigeants du gouvernement ou beylik.
Tous au bas de l’échelle sociale, les Juifs, venus d’Espagne aux XIVe et XVe siècles, puis de
Livourne à partir du XVIIe, tiennent une place importante dans le commerce, et les
« Livournais » contrôlent largement le commerce « international ». Les Européens, peu
nombreux, sont consuls, négociants ou religieux (Trinitaires, Pères de la Merci,
Lazaristes, Pères de la Mission, qui se consacrent au rachat des captifs chrétiens). Enfin
les captifs, essentiellement chrétiens, dont le nombre a pu atteindre 25 000 à la fin du
XVIe siècle, 25 à 30 000 en 1634, et diminue durant le XVIIIe siècle pour n’être plus que
1 200 en 1816 ; s’ils peuvent faire l’objet d’une rançon ou s’ils sont au service du beylik
ou du capitaine du port, ils bénéficient d’un service particulier ; en revanche les
galériens vivent dans des conditions misérables.
83 Alger est avant tout le siège du gouvernement de la province ottomane d’Algérie : aux
beylerbeys qui l’ont dirigée jusqu’en 1574 ont succédé des pachas nommés pour trois ans
par le sultan, mais l’exercice réel du pouvoir est entre les mains de la corporation des
chefs-corsaires (tā’ifat al-ru‛asā) qui doivent au début du XVIIe siècle le partager avec les
Janissaires, puis le leur céder ; le gouvernement, ou beylik, est alors dirigé par l’agha des
Janissaires assisté par un dīvān ou conseil ; en 1671 une révolte des corsaires entraîne
l’arrivée au pouvoir de l’un d’eux, désigné par ses pairs, avec le titre de dey ; un peu plus
tard, le dey est élu par les officiers de la milice, et au début du XVIIIe siècle, le dey Ali
Shawoush élimine le pacha envoyé par le sultan et obtient de celui-ci d’être reconnu
comme pacha ; jusqu’à la fin de la période ottomane les titres de dey et de pacha seront
détenus par la même personnalité. Le dey, en principe désigné « à vie », est assisté d’un
conseil restreint où siègent le khaznadji (gardien du Trésor, qui a aussi la haute main sur
la ville d’Alger), l’agha de la mahallé (chef de l’armée), le khodjet el-kheil (secrétaire aux
chevaux, mais en fait collecteur des tributs et gérant des biens du domaine public), le
beyt ul-maldji (chargé des affaires de succession et des confiscations) et le oukil el-hardj
Bab Djézira (chargé de la marine) ; assistent également au dîvân l’agha des deux lunes
(chef de l’odjaq des Janissaires), le mufti hanéfite (chef religieux du rite des Turcs) et le
mufti malékite (chef du rite des Maghrébins) qui administrent la justice pour les
Musulmans.

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Alger 19

Raïs, capitaine de corsaires et janissaire d’Alger au XVIIe siècle. Estampe de Wolfgang (Iconographie
de l’Algérie, pl. XII, 33, et XXVIII, 76).

84 Le chef des services municipaux d’Alger est le shaykh el-beled ; la police est dirigée par le
bash-shawoush ; les corporations sont contrôlées par le mouhtaseb (appelé aussi mizwar)
et chaque corporation a pour chef responsable un amin ; les moukad-dem sont les
représentants des différents groupes ethniques ; des khodja sont préposés aux douanes,
aux poids et mesures, etc. Toutes les charges donnant lieu à des perceptions d’argent
(taxes, droits, impositions, amendes) sont affermées pour des sommes fixes. La
communauté juive a ses propres institutions, mais elle est soumise à des contraintes
fiscales supérieures à celles des autres communautés, parfois à des exactions violentes,
surtout lorsque l’accumulation de richesse par sa fraction livournaise paraît excessive.
Les musulmans subissent eux aussi les rigueurs de l’administration sous forme de
confiscations ; pour s’en protéger, certaines familles transforment leurs biens en
fondations pieuses (habous) dont elles conservent la gestion et les avantages qui en
découlent. Les biens confisqués reviennent pour une part au beylik et pour le reste
deviennent des habous gérés par des associations dont l’une des plus importantes utilise
les revenus ainsi obtenus à l’entretien de bâtiments divers destinés, à La Mekke et à
Médine, aux pèlerins algériens.

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Alger 20

Vue d’Alger en 1688. Gravure de Wolfgang (Iconographie de l’Algérie, pl. XXXII, 83).

85 La course procure à Alger l’essentiel de ses ressources, tant au beylik qu’aux particuliers
et aux re’is eux-mêmes. Elle a connu son âge d’or au XVIIe siècle, mais ses excès ont
provoqué les représailles des puissances européennes, sous forme de bombardements
d’Alger, notamment par les Français (1661, 1665, 1682-83, 1688) et les Anglais (1655,
1672 et surtout 1816). Le beylik perçoit une partie des prises et les revenus qu’il en tire
lui permettent d’entretenir la milice, d’armer des bâtiments, d’entreprendre des
travaux d’utilité publique (système d’égouts, aqueducs du Hamma et de ’Aïn Zaboudja,
fontaines publiques) et de construire des mosquées : Ali Bitchnin (1662), Djemaâ el-
Djédid ou mosquée de la Pêcherie (1660), Sidi Abd er-Rahman (1694), es-Seyyida
(reconstruite à la fin du XVIIIe siècle), Ket-chaoua (1794).
86 Les re’is et les hautes personnalités du beylik se font construire des résidences luxueuses
dans le quartiers de la basse ville, tandis que les familles arabes demeurent surtout
dans la partie haute. Les deys ont longtemps résidé dans les palais de la Djenina, mais
en 1817, à la suite d’une révolte des Janissaires, le dey Ali Khodja est allé s’installer dans
la Kasbah, qui à l’origine constituait la citadelle d’Alger. La ville a aussi été soumise à
plusieurs reprises à des tremblements de terre, par exemple en 1716 et en 1755, et à des
épidémies de peste (1740, 1752, 1787, 1817).
87 Au moment où les Français débarquent près d’Alger, la ville dont on estime qu’elle
compte 8 000 maisons (sur lesquelles 3 000 appartiennent à des particuliers), a perdu
beaucoup de son importance économique et sa population a fortement diminué ; elle ne
joue plus en Méditerranée un rôle majeur et cherche avant tout à survivre en
s’efforçant de résister aux pressions des puissances européennes, en vain car le sultan
lui-même ne peut lui apporter le secours indispensable ; trois siècles de présence
ottomane ont donné à Alger un caractère original à beaucoup de points de vue et lui
ont procuré à certains moments une prospérité indéniable ; mais faute d’une
organisation politique et administrative solide et stable, ils n’ont pu lui assurer une

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Alger 21

force suffisante, susceptible de lui conserver son autonomie de fait au sein d’un Empire
ottoman alors lui-même confronté aux difficiles problèmes de la question d’Orient.

Alger et les Berbères (P. BOYER)


88 Les rapports d’Alger avec le monde berbère environnant ont été constants encore qu’un
peu heurtés. Comptoir phénicien à l’origine (Ikosim), repris par les Romains sous le nom
d’Icosium, ce n’est encore qu’une petite bourgade peuplée de berbères romanisés.
Vespasien l’élèvera au rang de colonie latine. En 371-72 elle est occupée par le chef
berbère Firmus lors de sa révolte. Elle subit la domination vandale et son évêque,
Victor, aurait assisté au colloque de Carthage organisé en 484 par le roi Hunéric. Il
semble que l’agglomération ait disparu au siècle suivant sous les coups des tribus
environnantes. N’en subsisteront que les ruines qu’El Bekri signale encore au XIe siècle.
89 Cet effacement total de la scène se prolongera longtemps. Les géographes arabes du XIe
siècle, comme Ibn Khurradadhbih, ignorent Alger. La région est alors occupée par une
tribu berbère sanhadja les Beni Mazghanna, auxquels succédèrent, à une date
indeterminée, les Beni Melikeuch.
90 La renaissance d’Alger va être la conséquence de l’implantation des Zirides dans le
Maghreb central. Le plus célèbre d’entre eux, Bologguin, fonde la nouvelle cité à la fin
du Xe siècle, sans doute pour fournir à son état un débouché sur la mer. Et de fait
l’agglomération devient vite prospère, si l’on en croit Ibn Hawqal, qui signale
l’existence de nombreux bazars et l’exportation régulière de miel, de beurre et de
figues. Mais la population ne devait pas être considérable puisqu’il ajoute qu’elle
pouvait, en cas de danger, se réfugier sur les îlots qui avaient servi à baptiser la
nouvelle cité : El Djezaïr des Béni Mazghanna.

Le cimetière des Princesses. Alger (photo H. Camps-Fabrer).

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91 Le développement de celle-ci va malheureusement être compromis par la réactivation


du port de Bougie du fait des Hammadites, successeurs locaux des Zirides. Promue
bientôt au rang de capitale, cette ville drainera toute l’activité intellectuelle et
économique du Maghreb central. Réduite aux rôles secondaires, Alger subira le joug des
Almoravides qui construiront sa Grande Mosquée, puis des Almohades, après
l’intermède des Beni Ghanyia. Par la suite, grâce à sa position géographique qui la
situait aux frontières des zones d’influence hafcide et abd el waddite, la ville conquit
peu à peu une sorte d’indépendance, comme par exemple de 1256 à 1277 et de 1303 à
1313 avec Ibn Alian.
92 Mais un événement lointain allait amorcer la désagrégation du caractère jusque-là
exclusivement berbère d’Alger. En effet la confédération zénète des Beni Toudjin,
profitant du déclin des Abd el Waddites de Tlemcen, avait constitué, dans l’Ouarsenis,
une sorte d’état d’où ses tribus rayonnaient. Elles avaient ainsi chassé du Titteri voisin
la petite tribu arabe des Tha‛alaba qui s’était installée alors dans la Mitidja. Ceux-ci
profitant de l’instabilité du pouvoir des maîtres successifs d’Alger, s’arrogèrent une
influence grandissante sur les destinées de la ville. Après l’échec de Mohammed Abou
Zayan pour organiser, vers 1438, un état abd-el-waddite, indépendant de Tlemcen,
autour de celle-ci, les Tha‛alaba contrôleront pratiquement la cité.
93 Pendant cette longue période Alger n’avait guère prospéré. Certes son port était
fréquenté à la fois par les trafiquants chrétiens, pisans ou vénitiens, et par les navires
d’Ifrikyia et de l’Espagne musulmane avec laquelle s’étaient établies des liaisons quasi
régulières. Mais la concurrence de Bougie limitait toujours son commerce et le savant
Mohammed el Abdari qui y séjourna à la fin du XIIIe siècle déplorait l’inculture de ses
habitants. La seule mutation d’importance avait été l’arabisation progressive de la cité,
concrétisée sur le tard dans le domaine religieux par l’influence du théologien Si Abder
Rahman-et-Tha’albi, qui deviendra le saint protecteur de la ville (1490). Cette
arabisation s’inscrivait certes dans l’évolution générale, résultat de l’invasion
hillalienne, mais elle s’était trouvée localement renforcée par l’arrivée régulière de
Maures espagnols, Tagarins ou Andalous, qui donnèrent également un regain à la
course maritime locale. Alger, à la fin du XVe siècle, reste ce qu’elle n’a cessé d’être
depuis ses origines, une bourgade secondaire, écrasée par une voisine prestigieuse,
Caesarea à l’époque romaine, Bougie tout au long du Moyen Age.
94 Le XVIe siècle allait marquer, pour la ville, la rupture définitive avec la médiocrité et le
début d’une fortune extraordinaire. Mais ce changement se fera au prix de l’abandon de
sa spécificité berbère déjà bien entamée. L’agglomération va se transformer en un
conglomérat allogène rassemblant toutes les races méditerranéennes, et bientôt
européennes, qui ne tardera pas à se heurter violement au plus important des
groupements berbères subsistant dans la région, à savoir les Kabyles.
95 Paradoxe de l’histoire, ces derniers seront pourtant, à l’origine, les premiers alliés des
Turcs et joueront, à leurs côtés, un rôle essentiel dans la fondation de la Régence
d’Alger. Ce sont des contingents originaires de Djidjelli et de ses environs qui aident
Arouj à se débarrasser du maître d’Alger, Salim-et-Toumi, lequel l’avait bien
imprudemment appelé pour chasser la garnison espagnole installée depuis 1511 sur les
îlots, face à la ville, dans la fameuse forteresse du Peñon. Celle-ci ne sera prise qu’en
1530 par Kheir-ed-din, toujours soutenu par ses Kabyles. C’est grâce à eux qu’une
poignée de Turcs et de Renégats pourra conquérir tout le pays et en particulier abattre
définitivement les Abd el Waddites de Tlemcen et les Hafcides de Bougie et Constantine.

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96 Mais cette alliance masque en fait une réalité très différente. La rivalité traditionnelle
qui oppose les deux « états » kabyles, celui de Couco et celui des Beni Abbès, fait que les
Turcs ne cesseront de jouer l’un contre l’autre et l’existence d’alliés kabyles entraînera
automatiquement celle de kabyles hostiles voire ennemis déclarés. Or ces tribus
représentent la seule force militaire du pays capable de s’opposer à l’Odjaq. D’où naîtra
la tentation, pour ceux des dirigeants algérois que menaceront des révoltes de
Janissaires, de s’appuyer sur un des clans kabyles. Ainsi Hassan Pacha, qui, en 1560,
épouse la fille du roi de Couco pour disposer de 6 000 Zouaoua à sa dévotion. En
1640-45, c’est au tour du chef des Raïs d’Alger, Ali Pichin, qui est le maître effectif de la
ville, de prendre encore femme à Couco afin de contenir les prétentions de l’Odjaq. A la
veille de l’intervention française, le dey Ali Khodja fera appel aux contingents kabyles
pour écraser les Janissaires insurgés, 1 500 d’entre eux seront massacrés ; mais ce qui
aurait pu être l’amorce d’une révolution interne, débouchant sur un Etat quasi
national, tournera court.
97 Inversement l’indépendance des tribus kabyles n’avait cessé de susciter des conflits
armés avec Alger. L’énumération en serait fastidieuse. Retenons seulement quelques
dates : 1542 (Couco), 1559 et 1590 (Beni Abbès), 1602-03 (Couco), 1629-ls45 (grande
révolte des Kouloughlis et des kabyles), 1668 (Zouaoua), 1752-54 (Couco et Guechtoula),
1766 (Flisset el-bahr), 1818-25 (insurrection générale, campagnes de Yahya Agha). A la
veille de la conquête française le consul des États unis, Shaler signalait l’arrestation des
Kabyles d’Alger par mesure de représailles (1823).
98 Dans ces conditions, on conçoit que les autorités algéroises n’aient accepté, au cours
des ans, qu’avec beaucoup de réticence la présence de Kabyles à demeure dans leurs
murs. A l’origine, la fraternité d’armes avait bien facilité l’installation d’un contingent
de ces mercenaires zouaoua qui, jusqu’à la fin, serviront les Turcs. A l’époque d’Haedo
les Kabyles (ces 2 à 3 000 Zouaoua compris) représentent à peu près le 1/10 e de la
population d’Alger. Les Renégats en constituent alors la moitié, les Turcs d’origine et
les Bladi, Tagarins et Andalous, se partageant presque à égalité les 4/10 e restant. La
ville comptait alors, dit-on, 60 000 habitants.

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Le fort l’Empereur en 1830 (Iconographie de l’Algérie, pl. CVIII, 251).

La place Royale (future place du Gouvernement, aujourd’hui place des Martyrs) en 1832
(Iconographie de l’Algérie, pl. XCIII, 218 bis).

99 Il semble que la situation des Kabyles se soit dégradée dès le début du XVIIe siècle. C’est
l’époque où les royaumes de Labbès et de Couco flirtent alternativement avec Madrid.
Le soutien apporté par les Kabyles aux Kouloughli révoltés de 1629-45 n’améliora pas
leur implantation algéroise et il semble que la révolte zouaoua de 1668 aboutit à
l’expulsion des mercenaires zouaoua d’Alger. Toujours est-il qu’au XVIIIe siècle les
Kabyles ne figurent plus parmi les 6 « corporations » de Berrani (étrangers) tolérées

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dans la cité : Biskri, Laghouati, M’ziti, gens du Mzab, de Djid-jelli, et nègres libres. Seule
exception pouvant toucher les Kabyles, et qui a traversé les siècles, le sort particulier
fait aux habitants de Djidjelli, alliés de la première heure des frères Barberousse et qui
jouissent d’ailleurs d’un statut particulièrement avantageux. De ce fait l’élément kabyle
est relégué hors des portes, dans les faubourgs ou les campagnes environnantes. Mais,
malgré toutes les entraves apportées, il a réussi à s’insérer dans l’économie locale. Les
Kabyles trustent à Alger le commerce de l’huile, de la laine, des légumes, etc. Beaucoup
sont jardiniers. Enfin ils fournissent le personnel domestique des Consulats européens.
100 C’est l’occupation française qui va paradoxalement ouvrir la voie à la reconquête kabyle
de la cité, car on va assister, comme au début du XVIe siècle, à un bouleversement
démographique. Alger, qui dans la première moitié du XVIIe siècle, âge d’or des pirates
barbaresques, avait compté jusqu’à 150 ou 200 000 habitants, n’avait cessé depuis de
dépérir : 100 000 habitants au début du XVIIIe siècle, 50 000 à la fin, 30 000 vers 1825. Or
les premiers recensements français de 1831 ne dénombrent que de 9 à 10 000
musulmans. Même en tenant compte des 5 à 6 000 Turcs exilés, on aboutit à une perte
de l’ordre de 50 % par émigration volontaire. L’Intendant civil Pichon, bien renseigné,
l’estimait en 1832 au tiers de la population d’origine.

Une rue de la ville haute (« Casbah ») (photo H. Camps-Fabrer).

101 La répugnance de l’élément musulman à vivre à côté des chrétiens va freiner pendant
très longtemps le rééquilibrage. Ce n’est qu’en 1901 qu’Alger retrouvera sa population
musulmane de 1830. Les Kabyles, néanmoins, seront les premiers à revenir, au point
que dès 1837 l’administration française dut créer une nouvelle « corporation » de
Berrani réservée aux Kabyles. La seule corporation existant sous les Turcs qui touchait
le monde berbère était celle des M’ziti, tribu vivant entre l’Ouenougha et la région de

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Bordj bou Arréridj, mise à part, naturellement, celle des Djidjelliens qui constituaient
un cas très particulier.
102 Mais le mouvement de « berbérisation » de la cité ne s’affirmera qu’au début du XXe
siècle. En 1911 les Kabyles représentent déjà 1/3 des musulmans algérois ; en 1925 les
2/5e. La Casbah abrite désormais une très large majorité de familles de Djurdjura et des
massifs environnants. A la veille de la guerre de 1939-40 on estimera l’élément kabyle
aux 2/3 du total. Bien que leur nombre n’ait cessé de croître, le pourcentage aura par la
suite tendance à diminuer du fait de l’afflux des arabophones du Sud et des Hauts-
Plateaux. En 1954, au dernier recensement fait par l’administration française,
l’agglomération algéroise comptait, pour la première fois depuis 1830, une très légère
majorité de musulmans : 293 000 sur un total de 570 000 habitants. La communauté
kabyle pouvait être évaluée, grosso modo, à 180 000 âmes.

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INDEX
Mots-clés : Algérie (partie nord), Espagne, Géographie, Histoire, Préhistoire, Villes

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