Cours de l’inconscient
Critique de Descartes.
a) Critique de la substantialisation de la conscience
Pour Descartes, comme ma pensée me suffit pour être assuré que je
suis un homme, mon corps n'est que le véhicule matériel de ma
pensée. Mais peut-on réduire ainsi ce que je suis à ce que je connais
de moi ? Mon corps n’est-il pas indispensable à ma pensée.
Leibniz oppose à Descartes que pour qu'il y ait pensée, il faut qu'il y
ait de la diversité dans mes pensées. Donc soit cette diversité me
vient soit de mon corps qui est un moyen de contact avec d'autres
réalités soit il me vient directement d'autres esprits. Conséquences
(thème " matière et esprit ") : Ma conscience ne préexiste pas
séparée des autres réalités, elle surgit en même temps que le monde.
Husserl souligne ainsi que " toute conscience est conscience de
quelque chose ", toute conscience est conscience de l'objet auquel
elle se rapporte. Pour lui, la démarche de Descartes est juste une
mise entre parenthèses des corps extérieurs et de mon propre
corps. La conscience est enracinée dans le monde par
l'intermédiaire de mon corps. Le corps est « indétachable » de mon
âme, je suis mon corps, je n'ai pas seulement un corps auquel je
commande ou qui perturbe ma conscience. Mon corps agit par
intuition, en corrélation avec mon âme et non sous l'effet d'un ordre
qu'il subirait, donné par mon âme. Pour aller au fond de cette salle,
je ne commande pas à mon corps de se déplacer, il y a une
corrélation spontanée entre mon intention et le mouvement de mon
corps.
Ainsi, Merleau-Ponty souligne que mon corps fait corps avec mon
âme, ma conscience est incarnée (au sens propre) dans mon corps
de sorte que les manifestations de mon corps expriment mon
intériorité de manière immédiate, mes comportements ne sont pas
des signes à interpréter. Ma colère n'est pas derrière le
rougissement de mon visage ou l'agitation de mon corps comme
cachée derrière des signes, elle est tout entière dans ces
comportements. C'est pourquoi, ma pensée ne faisant qu'un avec
les comportements de mon corps, je peux comprendre autrui
immédiatement à travers ses comportements. Certes je peux
essayer de dissimuler mes pensées, mes intentions derrière des
comportements mais cette attitude n'est pas spontanée mais
seconde, réfléchie.
4- Conscience et inconscience
a)La théorie leibnizienne des petites perceptions Leibniz Nouveaux
essais sur l'entendement humain.
Descartes conçoit la pensée comme transparente à elle-même et
indépendante du corps (même si parfois celui-ci l'influence dans les
passions). Au contraire, Leibniz montre que la conscience comprend
en elle même des pensées inconscientes. Comment expliquer mes
changements de pensées (le passage d'une idée à une autre) alors
que mon environnement est le même et que ma volonté est occupée
à une tache ? Selon Leibniz, il faut distinguer les perceptions dont je
m'aperçois, dont j'ai conscience et celles dont je ne m'aperçois pas.
L'aperception est une perception dont je m'aperçois c'est-à-dire dont
je suis conscient - Exemple du moulin à eau ou de la fontaine auprès
desquels je vis et dont je ne cesse de percevoir le bruit sans
pourtant, à force d'habitude, m'en apercevoir. Cette inconscience
des perceptions habituelles est liée à la concentration de mon
attention sur d'autres objets. - A ce premier cas de perception sans
conscience, Leibniz ajoute la perception d'un phénomène composé
d'une multitude de petites parties qui sont trop petites pour que je
sois conscient que je les perçoive bien que je les perçoive
nécessairement puisque je suis conscient de la perception du
phénomène qu'elles composent. Je suis conscient du phénomène
global, de la synthèse des petites perceptions inconscientes. Par
exemple, même si je ne pourrais être conscient du bruit d'une seule
vague au loin, je suis conscient de la somme des bruits de toutes
ces vagues. Pour percevoir le bruit de la mer, il faut bien que je
perçoive les bruits des éléments qui la composent (les vagues) bien
que je ne sois conscient que du phénomène constitué par leur
somme. Cette théorie des petites perceptions inconscientes n'est
qu'un cas particulier de la théorie de l'expression ou de l'entre-
expression. Pour Leibniz, chaque être substantiel exprime à sa
manière la totalité de l'univers de sorte que même si je ne suis pas
conscient de tout ce qui se passe dans l'univers, mon être en est
l'expression et la conscience que j'ai des phénomènes qui 9
m'entourent exprime sous forme synthétique (et non analytique) la
totalité de l'univers. Cette théorie permet aussi d'expliquer que les
phénomènes naturels n'arrivent jamais brutalement (" la nature ne
fait pas de saut ") mais ma conscience ne s'aperçoit pas de tous les
petits phénomènes qui engendrent un phénomène suffisamment
grand pour que j'en prenne conscience. La nature obéit à un principe
de continuité.
III/ L'INCONSCIENT ET LA PSYCHANALYSE
L'inconscience désigne dans le langage courant tout ce qui échappe
momentanément à l'attention de ma conscience (et notamment
l'incapacité d'un individu à évaluer les conséquences et la portée de
ses actes) ou bien l'état de celui dont la conscience est
momentanément absente (évanouissement). L'inconscient en
revanche pour la psychanalyse désigne un ensemble de réalités
psychiques inaccessibles à ma conscience de manière permanente.
Pour Freud, il existe un inconscient psychique et non pas physique
qui détermine ma conscience. L'inconscient désigne alors des
souvenirs mais aussi des désirs liés à une énergie affective qui
cherche à s'exprimer, qui se traduit psychiquement tout en
provenant d'une fonction organique. 1. Origine de la psychanalyse
(Freud Cinq leçons sur la psychanalyse) Freud (1856-1939), médecin
viennois, étudie les hystéries. Ce sont des maladies dont les
symptômes sont physiques (paralysie, convulsions, aphasie, etc)
mais dont on ne parvient pas à déceler de causes physiques. Cette
impossibilité à les expliquer conduisait nombre de médecins à
considérer ceux qui en souffraient ou bien comme des possédés ou
bien comme des simulateurs. Or, grâce à l'hypnose (sommeil plus
ou moins profond artificiellement provoqué), les patients
parviennent à évoquer des souvenirs oubliés, inaccessibles à l'état
de veille, et qui s'accompagnent d'une forte décharge émotive (sorte
de crise de nerfs appelée abréaction). Une fois réveillés, les patients
ne s'en souviennent pas mais leurs symptômes ont disparu. Tout se
passe comme si une pensée demeurée inconsciente exerçait sur la
vie consciente du patient une influence, un déterminisme, comme si
elle était la cause inconsciente de symptômes conscients. De plus,
la suggestion post-hypnotique (ordre donné sous hypnose et
accompli sans qu'il sache pourquoi, après le réveil, par le patient à
un signal convenu sous hypnose) donne une image très nette de
l'influence que la pensée consciente peut recevoir d'une pensée
inconsciente. L'intérêt théorique de cette pratique est de montrer
qu'un souvenir demeuré intact en dépit du temps écoulé et chargé
d'un surcroît d'émotion et d'excitation n'ayant pu être évacué par les
voies normales de la conscience a été refoulé dans une partie
inconsciente du psychisme (de la pensée). Cette pensée chargée
d'une énergie affective (l'émotion qui l'accompagne) s'exprime alors
en se déguisant à travers les symptômes mais aussi à travers les
rêves dans lesquels la conscience est beaucoup moins vigilante
qu'à l'état de veille mais encore dans les actes manqués. Les actes
manqués sont des actes habituellement réussis mais qui,
exceptionnellement, en dépit de circonstances favorables, sont
ratés : par exemple, les lapsus qui sont des erreurs de langage dans
lesquelles le locuteur utilise un mot à la place de celui dont le sens
conviendrait, mais encore les oublis de mots (cette impression qu'on
les a " sur le bout de la langue " mais dont on ne parvient pas à se
souvenir alors qu'on les connaissait), etc. Cette pratique
thérapeutique (= qui vise la guérison) qui utilise l'hypnose est
appelée méthode cathartique (du grec, "catharsis" qui signifie
purgation). Le patient se purge sous hypnose grâce à la décharge
émotive des souvenirs cherchant à s'exprimer malgré lui et dont le
refoulement provoquait le traumatisme. Le rêve apparaît alors à
Freud comme la " voie royale " pour l'étude de l'inconscient car il est
à mi-chemin entre une pensée consciente dont je serais maître et
une pensée inconsciente involontaire. Le souvenir du rêve, difficile
à conserver, est conscient mais les images du rêve viennent à
l'esprit du rêveur de manière involontaire comme une pensée qui se
fait en lui malgré lui.
11 Selon Freud, tout rêve, comme le sont de manière évidente ceux
des enfants, peut être interprété comme la satisfaction imaginaire et
déguisée (d'où son caractère plus ou moins incompréhensible) d'un
désir inassouvi. Le rêve présente un double contenu : - un contenu
manifeste (= apparent) composé d'images et d'un scénario plus ou
mois logique et plus ou moins cohérent avec ce qui est possible
dans la réalité et qui exprime - un contenu latent (=caché), appelé "
pensées du rêve " qui représente le désir inassouvi. Si ces pensées
se déguisent dans le rêve, c'est parce que le désir inassouvi est
refoulé, interdit de s'exprimer par une partie elle aussi inconsciente
du psychisme : la censure. La censure exprime les exigences
morales héritées et intégrées lors de mon éducation ainsi que les
exigences sociales et matérielles de la réalité.
D'où une première topique (= représentation spatiale, du grec
"topos" signifiant le lieu) du psychisme selon Freud :
Inconscient Souvenirs refoulés qui subissent la censure ellemême
inconsciente (sinon je serais conscient de ce que je censure!) et qui
cherchent à tout prix à se manifester à la conscience en contournant
la censure grâce à des processus de déguisement qui les rend
méconnaissables (actes manqués, rêves, symptômes de la maladie)
CENSURE
Préconscient Partie qui peut apparaître à la conscience, rêves
notamment
Conscient Partie "émergée" du psychisme
Mais la méthode cathartique n'apporte pas de résultats durables :
les symptômes finissent par réapparaître. D'où l'idée de Freud de
faire prendre conscience au patient des souvenirs traumatisants par
une nouvelle méthode, qui deviendra la méthode propre de la
psychanalyse: la méthode des associations libres. Le patient doit
obéir à une règle : dire tout ce qui lui vient à l'esprit par association
d'idées sans choisir ni s'interdire ce qu'il doit ou non dire. Or le
patient ne parvient pas à respecter cette règle : le mutisme (" je ne
vois rien à dire "), la parole à tord et à travers, la dénégation (" cela
me fait bien penser à quelque chose mais je ne vais pas en parler car
ça n'a pas d'intérêt ") sont les manifestations d'une résistance à la
libre expression de l'inconscient. Cette résistance indique à
l'analyste qu'une pensée importante se cache derrière elle, qu'il faut
la lever en amenant le patient à en parler quand même.
L'interprétation des rêves est un des moyens privilégiés pour
contourner cette résistance, pour lever peu à peu la censure
(responsable du refoulement et qui oblige les pensées inconscientes
à se déguiser, à se rendre méconnaissables pour accéder à la
conscience). Ce travail d'interprétation des rêves est difficile car les
pensées inconscientes y sont déguisées : les pensées non
seulement sont mises en images mais certains éléments
apparemment insignifiants du rêve sont en fait ceux qui se font le
plus discrets car ils sont porteurs des significations les plus
importantes et secrètes (processus de déplacement qui fait penser
à la figure de style poétique de la métonymie), certains éléments du
rêve peuvent métaphoriser toute une partie de la vie du patient
(processus de condensation). L'analyste demande au patient de dire
ce que lui suggère tel ou tel élément, il lui demande d'associer des
idées à certains éléments du rêve. L'analyse des rêves n'est donc
pas une simple traduction de symboles prédéfinis et communs mais
les éléments du rêve sont la plupart du temps des symboles issus
de la vie propre du patient, vie qu'il convient alors de connaître.
Notons cependant que toutes les névroses ne viennent pas de
l'enfance, elles peuvent venir d'un conflit psychique présent ou
récent : la pression d'exigences sociales ou professionnelles qui
inhibe certains désirs et provoquant une angoisse (ce que
couramment on appelle le " stress ") : ce sont les " névroses
actuelles ". D'où une seconde topique :
- le " ça ", inconscient, est le réservoir des pulsions sexuelles, il obéit
au principe de plaisir, c'est-à-dire qu'il cherche à tout prix à se
satisfaire quitte à ce que cela se fasse au prix de la maladie
- le " surmoi ", principalement inconscient, constitué des interdits
moraux, qui exerce sur le " ça " une censure - le " moi ", à la fois
conscient et inconscient, il obéit au principe de réalité et s'efforce de
concilier les pulsions du " ça " avec la réalité et les exigences du "
surmoi ".
L'inconscient suit une logique de pensée différente de celle du
conscient : alors que la pensée consciente s'efforce de respecter le
principe de contradiction, l'inconscient laisse coexister des
contradictions entre les exigences des pulsions et celles du surmoi
de même qu'il laisse coexister des pulsions contradictoires.
L'inconscient s'exprime par des images qui en sont comme des
métaphores ou des métonymies et dont le scénario peut manquer de
cohérence par rapport au monde réel. L'inconscient ignore le temps
(les pulsions infantiles ne sont pas supprimées même si elles
changent d'objets). L'inconscient ignore la réalité tout ce qu'elle veut
c'est se satisfaire(y compris par la maladie). A partir des pulsions,
de leur refoulement et de leur sublimation, ma personnalité se
structure.
Critiques et défense de la psychanalyse.
4. Critique de la psychanalyse
Un nombre trop restreint de cas cliniques observés pour une théorie
si sophistiquée. On peut reprocher à Freud de ne faire reposer sa
théorie que sur un nombre fort restreint de 14 cas cliniques dont peu
de compte-rendu, toujours partiels en plus, sont accessibles au
public. Ainsi Freud aurait construit une grande théorie sur un petit
corpus de cas : une théorie novatrice, révolutionnaire mais un petit
nombre d’observations dont nous allons voir qu’elles sont plutôt
des interprétations. Autrement dit, les hypothèses de Freud, qui se
présente pourtant comme un scientifique exigeant, sans concession
avec les exigences de la raison et de la vérité, sont d’une part
vérifiées sur un petit nombre de cas dont, d’autre part, les analyses
ne sont que peu et partiellement publiées. Or, plus une théorie est
confirmée par un grand nombre de cas, plus elle est acceptable (à
défaut d’être à proprement parler vérifiée, comme nous le verrons
dans le cours sur les sciences et la question de la validité de
l’induction et de la vérification expérimentale). De plus, les analyses
cliniques menées par les analystes ne peuvent être examinées par
un observateur impartial.
Par ailleurs, le concept d’inconscient n’est-il pas contradictoire ? En
effet, comment refouler des pensées sans être en même temps
conscient de ce que l’on refoule ? L’idée d’une censure inconsciente
est nécessaire mais n’est-elle pas contradictoire ? Il faut sans doute
comprendre que le moi, conscient, se forme à partir du refoulement,
il en est le résultat, il ne lui préexiste pas. La seconde topique du
psychisme (ça, moi, surmoi) apporte la réponse à cette apparente
contradiction d’une censure inconsciente. A défaut de pouvoir
suivre des instincts puisqu’il en est dépourvu, l’homme suit sa
conscience, c’est-à-dire la place de libre arbitre laissée par le conflit
entre deux instances totalement ou principalement inconscientes :
le ça et le surmoi. Une hypothèse superflue ?
Toutefois, Jean-Paul Sartre considère que l’hypothèse de
l’inconscient est superflue : le refoulement n’est qu’une attitude de
mauvaise foi, c’est-à-dire une manière d’être de la conscience qui se
voile à elle-même. Cependant réduire l’inconscient et le refoulement
à de la mauvaise foi semble une simplification outrancière des
données complexes et singulières de la vie psychique. La mauvaise
foi ne serait-elle pas plutôt une manifestation normale et amoindrie
du processus de refoulement, la preuve que les instances
inconscientes du psychisme sont sans cesse actives ?