IV.
Appréciation critique globale et perspectives d’amélioration de la politique de transport
A. Un bilan contrasté au regard des critères d’évaluation des politiques publiques
L’autopsie d’une politique publique suppose d’apprécier sa performance à partir de critères
objectifs. L’analyse du secteur des transports au Cameroun révèle un bilan contrasté,
caractérisé par des avancées notables mais aussi des insuffisances persistantes.
1. Une politique pertinente mais insuffisamment efficace
D’un point de vue stratégique, la politique de transport apparaît pertinente. En effet, faire
du transport un pilier de l’émergence constitue un choix rationnel, car ce secteur
conditionne tous les autres : commerce, industrie, agriculture, tourisme. Aucun
développement économique durable ne peut être envisagé sans infrastructures de mobilité
performantes.
Cependant, si les objectifs sont cohérents, leur réalisation demeure partielle. Malgré la
construction de routes et de ports modernes, les problèmes de congestion, de coûts
logistiques élevés et d’enclavement rural persistent. L’efficacité de la politique reste donc
limitée, car les résultats obtenus ne correspondent pas pleinement aux ambitions initiales.
Ainsi, on observe un décalage entre la vision stratégique et les effets concrets sur le terrain.
2. Une faible efficience dans l’utilisation des ressources publiques
Le critère d’efficience renvoie au rapport entre les moyens engagés et les résultats obtenus.
Or, dans le secteur des transports, ce rapport demeure insatisfaisant.
Les investissements consentis sont très importants, mais les retards, les surcoûts et les
malfaçons réduisent la rentabilité économique des projets. Certaines infrastructures se
dégradent rapidement, ce qui oblige l’État à engager de nouvelles dépenses de
réhabilitation.
Par conséquent, l’action publique apparaît coûteuse et parfois peu rationnelle, traduisant
une gestion perfectible des ressources publiques.
3. Des impacts économiques et sociaux réels mais encore limités
Certes, la politique de transport a produit des impacts positifs :
• amélioration de la circulation sur certains axes ;
• augmentation des capacités portuaires grâce au Port en eau profonde de Kribi
;
• création d’emplois temporaires lors des chantiers ;
• facilitation des échanges commerciaux.
Cependant, ces impacts restent insuffisants pour transformer profondément l’économie
nationale. Les coûts de transport demeurent élevés, les zones rurales restent isolées et les
conditions de mobilité urbaine sont encore difficiles.
Ainsi, l’impact structurel sur la compétitivité économique et la qualité de vie des populations
demeure modéré.
4. Une durabilité compromise par le manque de maintenance
La durabilité constitue un indicateur essentiel de réussite des politiques publiques. Or,
l’entretien insuffisant des infrastructures compromet la pérennité des investissements.
Construire sans entretenir entraîne une détérioration rapide des routes et réduit la durée de
vie des ouvrages. Cette situation met en évidence une logique de court terme davantage
axée sur la visibilité politique que sur la durabilité économique.
De ce fait, la politique de transport peine à s’inscrire dans une perspective véritablement
soutenable.
B. Les perspectives d’amélioration pour une émergence effective du secteur des transports
Face à ces constats, plusieurs pistes d’amélioration peuvent être envisagées afin de
renforcer la performance de la politique de transport.
1. Renforcer la gouvernance et la planification stratégique
L’État doit améliorer la coordination entre les institutions et adopter une planification plus
rigoureuse des projets. Une meilleure articulation entre niveau central et collectivités
territoriales permettrait une gestion plus adaptée aux réalités locales.
La professionnalisation de la gestion des projets et la lutte contre les retards administratifs
contribueraient également à améliorer l’efficacité de l’action publique.
2. Instaurer une culture d’évaluation et de gestion axée sur les résultats
Toute politique d’émergence nécessite une évaluation permanente. Il est donc indispensable
d’intégrer :
• des indicateurs de performance clairs ;
• des audits réguliers ;
• des évaluations ex-ante et ex-post ;
• la participation des usagers.
Cette approche permettrait d’ajuster les stratégies et d’optimiser l’utilisation des ressources
publiques.
3. Prioriser la maintenance et la durabilité des infrastructures
Au lieu de privilégier uniquement la construction de nouveaux ouvrages, l’État devrait
accorder une priorité à l’entretien régulier des infrastructures existantes. Une maintenance
préventive coûte moins cher qu’une reconstruction complète et garantit la pérennité des
investissements.
Cette orientation renforcerait la viabilité financière et technique du secteur.
4. Développer des transports urbains modernes et inclusifs
Pour répondre aux défis de l’urbanisation rapide, il devient nécessaire de promouvoir des
systèmes modernes de transport collectif (bus rapides, tramways, trains urbains). Ces
solutions amélioreraient la mobilité, réduiraient la congestion et contribueraient à une
meilleure qualité de vie des populations.