Cas Du Territoire de Katanda, Entre Les Groupements Bena Nshimba Et Bena Muembia Et Bena Kapuya
Cas Du Territoire de Katanda, Entre Les Groupements Bena Nshimba Et Bena Muembia Et Bena Kapuya
ISSN : 2658-9311
Vol : 03, Num 32 Octobre 2025
Pour citer cet article : KAZADI KAZADI EMMANUEL (2025). « GUERRES ETHNO-TRIBALES EN
RDC : DÉFIS ET PERSPECTIVES POUR LE DÉVELOPPEMENT SOCIO-ÉCONOMIQUE : CAS DU
TERRITOIRE DE KATANDA, ENTRE LES GROUPEMENTS BENA NSHIMBA ET BENA
MUEMBIA ET BENA KAPUYA», African Scientific Journal « Volume 03, Num 32 »
pp: 0702 – 0719.
DOI : 10.5281/zenodo.17351630
Copyright © 2025 – ASJ
[Link] Page a
African Scientific Journal
ISSN : 2658-9311
Vol : 03, Num 32 Octobre 2025
Résumé
Dans le territoire de Katanda (Kasaï-Oriental), des conflits récurrents opposent les groupements
de Bena Nshimba, Bena Muembia et Bena Kapuya. Ces tensions, exacerbées par des enjeux
fonciers et identitaires, ont de lourdes conséquences sur le développement socio-économique :
destruction des infrastructures, déplacements de populations et paralysie des activités agricoles
et commerciales, aggravant l'insécurité alimentaire et la pauvreté. Cette étude vise à analyser la
dynamique de ces affrontements. Les données recueillies confirmeront que l'origine des
atrocités est foncière et que leurs conséquences ont un impact fortement négatif sur le
développement du territoire de Katanda, des villages voisins et de la ville de Mbuji-Mayi.
L'objectif est de fournir un diagnostic précis qui servira de base à l'élaboration de stratégies
efficaces pour une paix durable. Pour ce faire, nous nous poserons les questions suivantes :
1. Quelles sont les causes profondes de ces conflits ?
2. Quelles en sont les conséquences socio-économiques ?
3. Quelles stratégies peuvent être mises en place pour y mettre fin ?
Abstract
In the Katanda territory (Kasaï-Oriental), recurrent conflicts oppose the Bena Nshimba, Bena
Muembia, and Bena Kapuya groupings. These tensions, exacerbated by land and identity issues,
have severe consequences for socio-economic development: destruction of infrastructure,
population displacement, and the paralysis of agricultural and commercial activities, worsening
food insecurity and poverty. This study aims to analyze the dynamics of these clashes. The data
collected will confirm that the origin of the atrocities is land-related and that their consequences
have a strongly negative impact on the development of the Katanda territory, neighboring
villages, and the city of Mbuji-Mayi. The objective is to provide an accurate diagnosis that will
serve as the basis for developing effective strategies for lasting peace. To this end, we will
address the following research questions:
1. What are the deep-seated causes of these conflicts?
2. What are their socio-economic consequences?
3. What strategies can be implemented to put an end to them?
Keywords
Guerres ethno-tribales : Ce sont des conflits armés (armes de guerres, armes blanches etc) qui
ont lieu entre différents groupes ethniques ou tribaux, souvent liés à des luttes pour des
ressources ou à des revendications identitaires.
1. Défis : Il s'agit des obstacles, problèmes et difficultés majeurs qui se dressent face à la
résolution d'un problème.
2. Perspectives : Ce sont les solutions, opportunités et voies d'action possibles pour
surmonter les défis et atteindre un objectif.
3. Développement socio-économique : C'est le processus par lequel le bien-être d'une
population s'améliore, à la fois sur le plan économique (croissance, revenus) et sur le
plan social (éducation, santé, réduction de la pauvreté).
INTRODUCTION
La République Démocratique du Congo traverse aujourd'hui une période critique, marquée par
des défis internes et externes. Au-delà des agressions extérieures, le pays est fragilisé par de
multiples conflits dits "ethno-tribaux". Ces affrontements, comme ceux du Kasaï avec la milice
Kamwena Nsapu ou dans le Kwango avec les Mobondo, illustrent une instabilité chronique qui
freine le développement. D'ailleurs, une récente étude de la Banque Mondiale affirme que les
conflits fonciers non résolus coûtent des milliards de dollars à l'économie congolaise en pertes
de production et en instabilité. Ces guerres ont des conséquences incalculables dans tous les
secteurs de la vie quotidienne. Sur le plan humain, elles entraînent une perte tragique de vies,
réduisent le capital humain et engendrent un nombre croissant de jeunes sans avenir, poussés
vers l'exode rural et la délinquance juvénile. Sur le plan éducatif, la destruction des écoles et
l'interruption du calendrier scolaire augmentent l'analphabétisme. Sur le plan économique, on
note le départ des investisseurs, le pillage des commerces et une inflation des prix. Enfin, sur le
plan sanitaire, les épidémies se multiplient et l'accès aux soins de santé est compromis.
Le Kasaï-Oriental a longtemps été le théâtre de rivalités tribales, ravivées par des facteurs
historiques tels que la colonisation et une gestion post-coloniale qui a souvent ignoré les besoins
des communautés. Les affrontements entre les groupements de Nshimba, Kapuya et Muembia
illustrent comment des coutumes ancestrales de partage et de possession des terres ont été
détournées en conflits violents. En effet, la notion de propriété foncière dans de nombreuses
communautés congolaises est souvent liée à des liens profonds créés par l'héritage culturel, ce
qui rend la résolution des conflits d’autant plus difficile. De plus, la concurrence pour les terres
a été intensifiée par des facteurs externes, notamment l’exploitation des ressources naturelles
par des entreprises minières qui ont souvent contribué à creuser le fossé entre les communautés
La cité de Katanda, située à 60 kilomètres de Mbuji-Mayi dans le Kasaï-Oriental, est un
exemple frappant de cette réalité. Autrefois carrefour commercial stratégique, elle est
aujourd'hui le théâtre d'affrontements entre les groupements de Bena Nshimba, Bena Muembia
et Bena Kapuya. Ces violences ont totalement paralysé cette entité administrative, faisant de
son passé prospère un lointain souvenir. Pour nous, le conflit dans le territoire de Katanda est
le reflet d’une problématique complexe qui dépasse la simple lutte pour des terres. Ce
phénomène, ancré dans des décennies de tensions intercommunautaires, mérite une analyse
approfondie qui éclaire à la fois le contexte historique, les dynamiques culturelles et les
implications socio-économiques.
1
idem
2
Auteur
3
Shomba Kinyamba, S. (2016). Méthodologie et épistémologie de la recherche scientifique. Presses universitaires de Kinshasa
2. RECENSEMENT THEORIQUE
1. Généralités sur la thématique 4
▪ Guerres ethno-tribales en RDC
Ce concept fait référence aux conflits armés qui ont lieu en République Démocratique du Congo
(RDC) et dont les causes principales seraient liées aux tensions et rivalités entre différents
groupes ethniques et tribaux. Ces guerres ne sont pas de simples affrontements, elles sont
souvent le résultat de facteurs complexes tels que :
1. La lutte pour le contrôle des terres et des ressources naturelles (minerais, terres fertiles).
2. Les discriminations et les injustices historiques perçues par certains groupes.
3. Les manipulations politiques qui exploitent les divisions ethniques pour des gains
personnels.
4. Les questions d'identité et d'appartenance.
Ces conflits ont des conséquences dévastatrices sur la population, entraînant des déplacements
massifs, des pertes de vies humaines et la destruction des infrastructures sociales.
▪ Défis et perspectives5
1. Les défis représentent les obstacles, les problèmes et les difficultés actuelles qui
entravent la résolution des conflits et le progrès en RDC. Dans votre cas, cela inclut la
fragilité de l'État, l'impunité, le manque de justice, la pauvreté généralisée, et la présence
de groupes armés.
2. Les perspectives désignent les solutions, les opportunités et les voies potentielles pour
surmonter ces défis. Cela peut inclure des pistes comme la réconciliation
communautaire, le renforcement des institutions, la mise en place d'une justice
équitable, la promotion du dialogue inter-ethnique, ou encore le désarmement des
groupes armés.
▪ Le développement socio-économique6
Ce concept se réfère à un processus de transformation qui vise à améliorer le bien-être général
de la population. Il ne se limite pas à la simple croissance économique (augmentation du PIB)
mais englobe deux dimensions principales :
4
Bouchet-Saulnier, F. (2014). Dictionnaire pratique du droit humanitaire (4e éd.). La Découverte
5
Bouchet-Saulnier, F. (2014). Dictionnaire pratique du droit humanitaire (4e éd.). La Découverte
6
Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD). (2014, décembre). Rapport national sur le développement humain :
Cohésion nationale pour l’émergence de la RDC
7
Omasombo Tshonga, J. (2014). Kasaï Oriental : Un nœud gardien dans l’espace Congolais. Musée royal de
l’Afrique Centrale.
3. Situation Administrative
Le territoire de Katanda est subdivisé en quatre secteurs : Nsangu, Tshitolu, Baluba Lubilanji
et Mutuayi.
2.1. Secteur Nsangu (Chef-lieu : Dilunga)
Ce secteur comprend les agglomérations de Tshitenge, Bakua Ndaba, Bena Kabindi et Bakwa
Bowa. Il est limité :
• Au nord : Par la rivière Mbuji-Mayi jusqu'à son confluent avec la rivière Lubilanji.
• À l'est : Par la rivière Lubilanji jusqu'à l'affluent du ruisseau Kansense.
• Au sud : Par le ruisseau Kansense jusqu'à son croisement avec la route de Mbuji-Mayi.
• À l'ouest : Par la rivière Mbuji-Mayi jusqu'à l'embouchure du ruisseau Kameleka.
2.2. Secteur Tshitolu (Chef-lieu : Nsomue)
Ce secteur est essentiellement composé du groupement de Bena Tshitolu. Ses limites sont :
• Au nord : Une ligne reliant la rivière Sankuru, le ruisseau Nzala et la rivière Mumu.
• À l'est : Une ligne reliant la source de Kansense, le ruisseau Kamane jusqu'à son
confluent avec la rivière Kindule.
• Au sud : La rivière Kindule jusqu'à son confluent avec la rivière Lubilanji.
• À l'est : Par une ligne brisée reliant plusieurs points et ruisseaux (Kamane, Kindule,
Tshyama, Kankule).
• Au sud : Par une ligne reliant la montagne Tshonga et le ruisseau Tshyabukengele,
jusqu'à son affluent dans le ruisseau Mutuayi, puis dans la rivière Lubilanji.
• À l'ouest : La rivière Lubilanji jusqu'à l'embouchure de la Kadule.
Fig.1 Carte géographique du territoire de Katanda8
Source : Wikipédia
3. Méthodologie9
Notre étude, étant de nature scientifique, s'appuie obligatoirement sur des méthodes et
techniques éprouvées. Selon Sylvain Shomba (2019), la méthodologie est la voie particulière
suivie pour éclairer l'itinéraire de la réflexion.
Pour cette recherche, nous avons opté pour une approche qualitative et analytique, combinant
plusieurs techniques :
• Revue documentaire : Analyse des rapports, articles et autres écrits pertinents sur le
sujet.
• Entretiens structurés : Recueil d'informations approfondies auprès des acteurs clés.
• Observation de terrain : Enquête directe pour saisir les phénomènes et les dynamiques
du conflit.
• Analyse des données recueillies : Interprétation rigoureuse des informations collectées.
L'ensemble de ces méthodes nous a permis de saisir et de démontrer les fondements du
phénomène étudié
1. Analyse des données sur les dégâts des conflits
Cette section présente une analyse de quelques rapports de mission documentant les retombées
directes et indirectes de la crise humanitaire dans le territoire de Katanda.
8
www. Wikipé[Link]
9
Sylvain Shomba Kinyamba, Méthodologie et épistémologie de la recherche scientifique, Presse de l’université de Kinshasa,2016
A. Revue Documentaire
A.1. Rapport d'évaluation rapide multisectorielle (2020)10
Le rapport d'évaluation rapide multisectorielle, mené du 23 septembre au 1er octobre 2020, met
en lumière les conséquences humanitaires considérables du conflit foncier qui oppose les
communautés de Katanda. Malgré les efforts de pacification, ces affrontements ont gravement
dégradé les conditions de vie des populations locales. Les données de ce rapport révèlent une
véritable catastrophe humanitaire :
• Déplacements massifs : Sur une population totale de 18 329 personnes dans les
groupements de Bena Kapuya, Bena Muembia et Bena Nshimba, 17 942 individus (soit
97,88%) ont été contraints de fuir. Ces déplacés se sont réfugiés dans quatre zones de
santé voisines, engendrant une pression démographique inhabituelle.
• Destruction des infrastructures : La quasi-totalité des 2 563 habitations (99%) a été
détruite, donnant l'impression que les villages ont été complètement rasés. De plus,
100% des infrastructures socio-éducatives et sanitaires, ainsi que les points d'eau, ont
été saccagés. Voire fig.2,3,4.
• Pertes matérielles et humaines : La destruction des champs et le pillage des greniers
ont entraîné la perte des articles de première nécessité. Le rapport confirme 15 décès
documentés (bien que la population estime le bilan à plus de 50 morts) et rapporte au
moins 7 blessés, soulignant les graves violations des droits humains. Ces événements
ont profondément détérioré les conditions de vie des habitants.
• A.2. Jean Omasombo Tshonga, Kasaï-Oriental : un nœud gordien dans l'espace
congolais (2014)11
Dans son ouvrage, Jean Omasombo Tshonga documente l'ampleur et l'historique des conflits.
Il y cite le gouverneur Alphonse Ngoyi Kasanji qui, en septembre 2007, affirmait qu'une
vingtaine de personnes avaient été tuées et environ 500 cases incendiées lors des affrontements
entre les Bena Nshimba et la coalition Bena Muembia-Bena Kapuya.
L'auteur décrit ces hostilités en plusieurs phases, notant que chacune a engendré des pertes
significatives, tant en vies humaines qu'en infrastructures. Ces combats déciment la population
jeune, ce qui mène au vieillissement des communautés et a un impact direct et négatif sur la
production et le développement. Les jeunes qui refusent de participer aux combats quittent leurs
10
Lumbala, C. (2020). Rapport d’évaluation rapide multisectorielle : Kasaï Oriental (Tshilenge-Katanda). Rapport non publié.
11
Omasombo Tshonga, J. (2014). Kasaï Oriental : Un nœud gardien dans l’espace Congolais. Musée royal de l’Afrique Centrale
villages pour se réfugier dans des zones urbaines. Souvent sans emploi, ils contribuent à une
insécurité croissante dans ces centres urbains.
A.2. Synthèse des entretiens avec les informateurs clés12
Les entretiens menés avec des leaders communautaires et des informateurs clés confirment
l'ampleur des conséquences du conflit sur le territoire de Katanda. Les informations recueillies
en groupe de discussion révèlent plusieurs points cruciaux.
• 1. Impact humanitaire et social
• Les familles déplacées et celles qui les accueillent sont laissées sans assistance depuis
le début de la crise.
• Les conditions de sécurité, gravement détériorées par les affrontements, ont entraîné
l'interruption brutale de la production agricole. Les communautés de Bena Nshimba,
Bena Muembia et Bena Kapuya, autrefois centres de production de manioc, maïs,
haricot, et huile de palme, ont abandonné toute activité productive.
• Le bilan humain et matériel est lourd :
o 90 % des denrées stockées et des animaux d'élevage ont été pillés, brûlés ou
consommés.
o 100 % du matériel aratoire et des semences ont été pillés ou incendiés.
o La saison culturale A de 2020 a été ratée à plus de 90 %, les paysans ayant fui
leurs champs sans pouvoir les entretenir.
Fig.2 Fig.3
Source : Rapport de
l’évaluation Rapide
Multisectorielle K.
Or (Tshilenge et
Katanda)
• 2. Conséquences économiques
• Les marchés locaux, bien que fonctionnels, sont quasi inapprovisionnés en produits de
base (légumes, viande, etc.) en raison de la rareté des denrées et du pillage des animaux
d'élevage.
• Les prix des produits ont presque triplé en 2020 par rapport à 2019, rendant l'accès aux
biens essentiels extrêmement difficile pour la population.
12
Auteur
fig4.
3. Crise de l'éducation et de la santé
• La majorité des écoles ont été endommagées ou complètement détruites, et le matériel
didactique a été brûlé. Toutefois, des efforts de reconstruction sont notables : le Projet
de 145 Territoires a permis de redorer l’image de cette entité avec quelques écoles
reconstruites, un effort qui avait déjà été initié par le programme PRISE du Ministère
du Développement Rural.
• La chute du revenu familial empêche les parents de payer les frais de scolarité, ce qui
entraîne une hausse de l'analphabétisme, en particulier chez les enfants de 6 à 11 ans.
Heureusement, la politique de gratuité de l’enseignement, prônée par le Chef de l’État
et appliquée dans bon nombre d’écoles, a permis de récupérer un nombre important
d’enfants.
• Les enseignants et les élèves des villages affectés ont fui, se joignant à la population
déplacée.
• L'accès aux soins de santé est compromis, comme en témoignent les 15 cas
d'accouchement en brousse signalés. Un cas tragique a été rapporté — celui d'une
femme enceinte violée et mutilée, son fœtus ayant été retrouvé attaché à un arbre — ce
qui illustre l'extrême violence de la situation.
Cette analyse met en lumière l'ampleur de la catastrophe humanitaire et économique à Katanda,
tout en soulignant la nécessité d'une action urgente pour restaurer la sécurité, la cohésion sociale
et la résilience communautaire.
Source : Auteur
Il ressort de ce tableau que tous les ouvrages, rapports consultés confirment qu’il s’agit bel
et bien du conflit Foncier.
INTERVIEW
SOURCE / I N T E RV I E W
NOMS DU VILLAGE Nbre DE PESONNNES D O NNEES
FONCIEREAUTRE 140
NSHIMBA 20 20 0 120
MUEMBIA 20 19 1 100
80
KAPUYA 20 17 3 60
BIBANGA 20 18 2 40
20 Fig.3
KALAMBAYI 20 15 5 0
LUKANGU 20 20 0
Total 120 109 11
^% 100 90,8 9,2 Série1 Série2 Série3
Source : enquête
Ce tableau présente les résultats des entretiens menés auprès de 120 personnes interrogées non
seulement dans les villages en conflit, mais aussi dans les localités environnantes. L'objectif
était de recueillir la perception des voisins sur les causes de ces affrontements. Il en ressort que
sur les 120 répondants, 109, soit 90,8%, ont confirmé que la source principale du conflit est
foncière, focalisée sur les litiges de limites territoriales. Seulement 11 personnes, soit 9,2%, ont
estimé que d'autres facteurs se sont ajoutés à l'origine foncière, notamment la politique et l'enjeu
du gisement de ciment. Parmi les répondants qui attribuent le conflit à des causes autres que
foncières, la répartition géographique est la suivante : Aucun répondant n'a été enregistré à
Katanda.
13
Auteur
AUTRES
31-45
15-30
46---
Cette enquête a été réalisée sur un échantillon aléatoire composé de diverses catégories
socioprofessionnelles, incluant des enseignants, des leaders d’opinion (religieux et chefs
coutumiers), et des commerçants (tout sexe confondu). Les lieux d'enquête privilégiés étaient
les sites de rassemblement clés : les débits de boissons et les marchés lors des jours d’activité.
Bien que cet échantillon ne soit pas strictement représentatif, la répartition par tranches d'âges
a été prise en compte. La tranche des 15-30 ans, considérée comme la plus abusivement
exploitée dans ce conflit, a été ciblée pour 40% des entretiens, sous l'hypothèse qu'elle détient
des informations cruciales sur les dynamiques du conflit. L'analyse des résultats révèle que :
• 94,2% des répondants considèrent que la cause principale du conflit est foncière.
• 5,8% estiment que le conflit a évolué, cessant d'être purement foncier pour prendre des
allures politiciennes et de vengeance.
5. Environnement
• Les champs ont été dévastés et les animaux domestiques ont été consommés par les
belligérants.
• L'incendie d'infrastructures publiques, d'églises et de forêts a non seulement détruit le
patrimoine local, mais a également un impact négatif sur les conditions climatiques et
la qualité de l'air.
6. Éducation
• De nombreuses infrastructures scolaires ont été incendiées.
• Les enseignants ont perdu leur emploi, et l'insécurité les empêche de se déplacer.
• Les parents refusent d'envoyer leurs enfants à l'école par peur, ce qui a conduit à une
forte hausse de l'analphabétisme.
Conclusion
Le secteur de Baluba Lubilanji est le théâtre d'affrontements violents entre, d'une part, le
groupement de Bena Nshimba et, d'autre part, les groupements de Bena Muembia et de Bena
Kapuya depuis plusieurs décennies. Ces conflits, qui ont connu des pics d'intensité en 1986,
1991, 1992, 2007, 2020, et plus récemment en 2023-2024, continuent de causer des morts, de
déplacer des populations et de semer la désolation de toute une contrée en particulier et province
en général. Notre analyse des données de terrain confirme que l'origine de ces atrocités est
foncière, un problème qui remonte à l'époque coloniale. Les conséquences de ces violences ont
un impact fortement négatif sur le développement socio-économique du territoire de Katanda,
ainsi que sur les villages voisins et la ville de Mbuji-Mayi.
Bien que notre étude ait mis en lumière la cause principale et les conséquences de cette crise,
des questions fondamentales persistent : qui a spolié qui ? Pourquoi l'État n'a-t-il pas réussi à
imposer son autorité et à mettre fin à ces violences ? En effet, le processus de restauration de la
paix a cependant connu une avancée significative. Le rassemblement du 20 janvier 2025 à
Bakua Bowa, où plus de 60 participants (chefs traditionnels) ont engagé un dialogue constructif,
représente un tournant décisif. Cette initiative locale, saluée par le porte-parole de la
commission de paix, démontre la volonté des communautés de dépasser des décennies de
violence.
Pour notre part, bien que des accords aient été signés avec l'engagement de ne pas s'attaquer
mutuellement, l'histoire de ces hostilités montre que ces pactes ne suffisent pas à eux seuls. Une
évaluation honnête des ressources et des droits de propriété est nécessaire. Il est essentiel
d'adopter une approche multidimensionnelle qui s'attaque aux causes profondes des conflits,
exhortant les parties en conflit au sursaut patriotique, à la flexibilité et à la concession en vue
d'aboutir à un consensus définitif. Étant donné que les différends fonciers sont souvent le
résultat d'une marginalisation économique, il est primordial que les accords de paix incluent la
revitalisation économique des communautés. Cela pourrait se faire par des initiatives de
développement rural, l'accès à des ressources financières ou la création d'activités génératrices
de revenus.
Des perspectives innovantes pourraient inclure la formation à l'agriculture durable, le respect
des normes environnementales et l'élaboration de plans de gestion des ressources naturelles qui
profitent à toutes les parties prenantes, favorisant ainsi une approche collaborative et réduisant
la compétition entre les groupements.
Recommandations
Le chemin vers la paix à Katanda est long et semé d’embûches, mais les récents efforts de
dialogue illustrent une volonté collective de changement. En tant que société, il est crucial de
regarder au-delà des conflits pour envisager un avenir où les terres ne sont pas des sources de
discorde, mais des moyens de prospérité partagée. Une véritable réconciliation ne pourra être
atteinte que grâce à un engagement sincère, non seulement envers la paix, mais aussi envers le
développement durable et la coexistence harmonieuse entre toutes les communautés locales.
Ces initiatives de paix sont non seulement une nécessité pour les communautés de Katanda,
mais forment également un modèle qui pourrait inspirer d’autres régions du pays où les conflits
fonciers demeurent une préoccupation majeure. En fin de compte, la résilience des
communautés congolaises et leur capacité à transformer les rivalités en coopération seront la
clé pour bâtir un avenir meilleur et plus pacifique.
Pour assurer une paix durable et redorer l'image de la cité de Katanda, nous recommandons aux
autorités de la République Démocratique du Congo, et notamment au Ministère de l'Intérieur,
de la Décentralisation et des Affaires Coutumières, de prendre les mesures suivantes :
• Imposer l'autorité de l'État : Utiliser toutes les prérogatives pour établir une présence
étatique forte et impartiale dans la région.
• Mettre en place des mécanismes de suivi et d'évaluation : Créer des structures adéquates
pour garantir que les accords de paix sont respectés et pour prévenir de nouveaux
incidents.
• Soutenir le développement économique : Investir dans des projets de développement
rural et d'activités génératrices de revenus pour les communautés affectées, afin de
s'attaquer aux racines de la marginalisation.
• Promouvoir le dialogue et la médiation : Continuer à encourager les initiatives locales
de dialogue pour renforcer la cohésion sociale et la réconciliation.
BIBLIOGRAPHIE
1. Bouchet-Saulnier, F. (2014). Dictionnaire pratique du droit humanitaire (4e éd.).
La Découverte.
2. Lebou, L. (2023). L’Afrique doit se réveiller. Les éditions du Grand Lac.
3. Lumbala, C. (2020). Rapport d’évaluation rapide multisectorielle : Kasaï Oriental
(Tshilenge-Katanda). Rapport non publié.
4. Omasombo Tshonga, J. (2014). Kasaï Oriental : Un nœud gardien dans l’espace
Congolais. Musée royal de l’Afrique Centrale.
5. Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD). (2014, décembre).
Rapport national sur le développement humain : Cohésion nationale pour
l’émergence de la RDC.
6. République Démocratique du Congo. (2011). Plan quinquennal de croissance et de
l’emploi 2011-2015.
7. République Démocratique du Congo, Ministère du Plan. (2005). Monographie du
Kasaï Oriental.
8. Shomba Kinyamba, S. (2016). Méthodologie et épistémologie de la recherche
scientifique. Presses universitaires de Kinshasa.
9. Wikipédia. (s. d.). [Page d’accueil de Wikipédia] (Consulté le [Date de consultation]).