Complexes
Complexes
26 novembre 2025
Les mathématiques consistent à prouver des choses évidentes par des moyens complexes.
George Polya
Pour ce nouveau gros chapitre, nous allons revenir sur une notion que la plupart d’entre vous
ont déjà abordée en Maths Expertes l’an dernier, celle de nombres complexes. Ces derniers forment
un outil fondamental en mathématiques, à la fois d’un point de vue théorique et d’un point de vue
pratique (notamment en géometrie, comme on le verra un peu plus loin), et se trouvent de ce fait
à la croisée entre plusieurs grands domaines des mathématiques, notamment pour nous l’algèbre, la
trigonométrie et la géométrie plane. Mais avant de commencer les explications, une petite question :
pourquoi avoir « inventé » de toutes pièces ces nombres complexes ? Les différents ensembles de
nombres sont apparus historiquement de façon relativement naturelle pour résoudre des problèmes
concrets : les entiers naturels servent tout simplement à compter, les entiers relatifs deviennent
nécessaires dès qu’on veut quantifier de façon un peu abstraite des échanges commerciaux, et les
rationnels apparaissent dès qu’on cherche à diviser en plusieurs parts une quantité entière. Enfin,
les réels permettent de graduer une droite et sont donc utiles pour se repérer (ils apparaissent par
ailleurs assez rapidement dans des problèmes de géometrie : diagonale d’un carré ou périmètre d’un
cercle). Les complexes, eux, ont été d’abord introduits pour permettre de résoudre des équations, les
autres applications n’apparaissant qu’ensuite. En effet, on sait bien par exemple que tout nombre
positif possède une racine carrée réelle (autrement dit, l’équation x2 = a admet une, et même deux,
solutions réelles si a > 0), mais qu’en est-il pour les nombres négatifs, et notamment pour −1 ?
L’ensemble des nombres complexes possède l’étonnante propriété que toute équation polynomiale y
admet (au moins) une solution, ce qui le rend « suffisant » pour à peu près toutes les applications
algébriques que vous pourrez y faire à votre niveau.
Objectifs du chapitre :
• maîtrise du calcul algébrique sur les nombres complexes : résolution d’équations, utilisation
alternée de la forme algébrique et de la forme exponentielle dans la résolution de problèmes.
• compréhension du lien entre trigonométrie et nombres complexes via la notation d’exponen-
tielle complexe.
1
• résolution de problèmes géométriques à l’aide des nombres complexes (interprétation d’angles
et de distances à l’aide de modules et d’arguments, notamment), connaissance des isométries
et similitudes du plan.
Remarque 1. Les définitions des opérations s’interprètent plus facilement à l’aide des notations précé-
dentes : les propriétés des opérations qu’on va énoncer juste après font qu’on va calculer « classique-
ment » avec les nombres complexes (développements des produits notamment), avec la convention
que i2 = −1.
Démonstration.
• Les propriétés de l’addition découlent immédiatement de celles de l’addition sur les réels.
L’opposé de z = a + ib sera bien sûr le nombre −z = −a + i(−b).
• En posant z = a + ib, z ′ = c + di et z ′′ = e + f i trois nombres complexes, on a zz ′ =
(a + ib)(c + id) = (ac − bd) + i(ad + bc) = (c + id)(a + ib), donc le produit est bien commutatif.
De même (zz ′ )z ′′ = ((ac−bd)+i(ad+bc))(e+if ) = ace−bde−adf −bcf +i(acf −bdf +ade+bce)
et z(z ′ z ′′ ) = (a + ib)((ce − df ) + i(cf + de)) = ace − adf − bcf − bde + i(acf + ade + bce − bdf ).
Les deux résultats étant les mêmes, le produit est bien associatif.
a − ib
• L’inverse du nombre z = a + ib est le complexe 2 . En effet, (a − ib)(a + ib) = a2 − b2 .
a + b2
2
• La distributivité est à nouveau un calcul sans difficulté : z(z ′ +z ′′ ) = (a+ib)(c+e+i(d+f )) =
a(c+e)−b(d+f )+i(a(d+f )+b(c+e)) = ac−bd+i(ad+bc)+ae−bf +i(af +be) = zz ′ +zz ′′ .
Remarque 2. On pourrait résumer tout le théorème en une seule phrase : « C est un corps commu-
tatif » mais on attendra le prochain chapitre pour avoir le droit de faire ça.
Définition 2. Soit z = a + ib un nombre complexe. Le réel a est appelé partie réelle de z, et noté
Re(z). Le réel b est appelé partie imaginaire de z, et noté Im(z).
Définition 3. Un nombre complexe de partie réelle nulle est appelé imaginaire pur, et on note iR
l’ensemble des nombres imaginaires purs.
Définition 4. À tout nombre complexe z = a + ib, on peut associer le point M du plan (muni d’un
repère orthonormé) de coordonnées (a, b). Le point M est appelé image du nombre complexe z, et le
nombre z affixe du point M . L’ensemble des points du plan muni de cette identification est souvent
désigné sous la dénomination de « plan complexe ». Les deux axes de ce plan seront souvent nommés
« axe réel » et « axe imaginaire » pour des raisons évidentes.
1.2 Conjugaison.
On peut définir sur les nombres complexes une autre opération qui sera la première pour laquelle
nous aurons une interprétation géométrique simple :
Définition 5. Soit z = a + ib un nombre complexe, on appelle conjugué de z, et on note z, le
nombre a − ib.
3
Démonstration. C’est une conséquence immédiate du fait que le symétrique de M (a, b) par rapport
à l’axe des abscisses est M ′ (a, −b).
Remarque 3. Le symétrique de M par rapport à l’axe imaginaire (axe des ordonnées) a pour affixe
−z. Le symétrique de M par rapport à l’origine du repère a pour affixe −z.
M’’(−z) M(z)
2
0
−4 −3 −2 −1 0 1 2 3 4
−1
−2
M’’’(−z) M’(z)
−3
1.3 Module.
√
Définition 6. Le module d’un nombre complexe z = a + ib, noté |z|, est le réel positif
√ zz =
a 2 + b2 .
Remarque 4. Pour un nombre réel, le module coincide avec la valeur absolue, ce qui explique que la
notation soit la même (on peut d’ailleurs en donner une définition commune à l’aide de la notion de
distance que nous allons rappeler ci-dessous).
√ √
Démonstration. En effet, |zz ′ | = zz ′ zz ′ = zzz ′ z ′ = |z|.|z ′ |. Le quotient se fait de la même façon.
Le fait que |z| = |z| découle immédiatement de la définition.
4
Démonstration. C’est évident en utilisant la remarque précédente, puisque Re(z) et Im(z) repré-
sentent les distances de O aux projetés orthogonaux de M sur les axes du √ repère. C’est d’ailleurs
tout aussi évident à partir de la définition du module sous sa forme |z| = a2 + b2 .
Exemple : On peut passer de ce type d’équation de cercle à une équation cartésienne (faisant
intervenir les deux coordonnées sous forme de parties réelle et imaginaire des nombres complexes
manipulés) par un calcul élémentaire. Faisons-le sur un exemple, celui du cercle de centre A(1 + i) et
de rayon 2. En posant z = a + ib, on peut écrire l’équation du cercle sous la forme |z − (1 + i)|2 = 4,
soit |(a − 1) + i(b − 1)|2 = 4, donc (a − 1)2 + (b − 1)2 = 4. On reconnait bien là une équation de
cercle, qu’on peut développer entièrement pour la mettre sous la forme a2 + b2 − 2a − 2b − 2 = 0.
On doit bien entendu être capable de déterminer rapidement les caractéristiques du cercle à partir
de n’importe laquelle de ces différentes équations.
5
2 Complexes et trigonométrie.
2.1 Nombres complexes de module 1.
Définition 7. On note U l’ensemble des nombres complexes de module 1 (ou nombres complexes
unimodulaires). Cet ensemble est stable par produit et passage à l’inverse.
Proposition 7. En notant eiθ le nombre complexe cos(θ) + i sin(θ) (où θ ∈ R), tout
élément de U peut s’écrire sous la forme eiθ , l’angle θ étant unique module 2π.
Démonstration. Comme |z| = 1, le point M (a, b) image de z dans le plan complexe appartient au
cercle trigonométrique. On peut donc écrire ses coordonnées sous la forme a = cos(θ) et b = sin(θ),
où θ est un angle défini à 2π près, et z = a + ib = eiθ .
Remarque 8. La notation exponentielle complexe est à première vue totalement arbitraire, et semble
n’avoir aucun rapport avec les exponentielles de nombres réels. Les régles de calcul rappelées dans
la propriété ci-dessous suffiraient à justifier cette notation puisque ce sont les mêmes que celles des
exponentielles réelles, mais le lien est en fait plus profond : il existe de « meilleures » définitions de
la fonction exponentielle qui sont cohérentes avec toutes les formes que nous avons vues jusqu’ici,
réelle ou complexe (par exemple à base de séries entières que vous étudierez l’an prochain).
Démonstration. La première propriété découle imédiatement des formules d’addition pour le cos et le
′
sin : eiθ eiθ = cos(θ) cos(θ ′ )−sin(θ) sin(θ ′ )+i(cos(θ) sin(θ ′ )+sin(θ) cos(θ ′ )) = cos(θ+θ ′ )+i sin(θ+θ ′ ).
La troisième propriété découle bien sûr de cette première formule par récurrence (pour les entiers
n positifs) et en combinant avec la formule de l’inverse pour les entiers négatifs. Cet inverse est
évident à obtenir via la première formule : eiθ × e−iθ = ei0 = 1. On en déduit d’ailleurs tout aussi
classiquement la deuxième formule de la proposition. Enfin, le calcul du conjugué est immédiat si on
se rappelle que le cosinus est une fonction paire, et le sinus une fonction impaire.
6
2.2 Argument d’un nombre complexe.
Proposition 9. Tout nombre complexe non nul z peut s’écrire sous la forme z = reiθ ,
où r = |z| ∈ R+ , et θ est un réel unique à 2π près. Cette écriture est appelée forme
exponentielle du nombre complexe z.
Définition 8. Le réel θ est appelé argument du nombre complexe z, et noté arg(z) (il n’est pas
unique). L’unique valeur de θ appartenant à l’intervalle ] − π, π] est l’argument principal de z,
souvent noté Arg(z).
Démonstration. C’est en fait une simple redite des propriétés vues au paragraphe précédent. Si
′
z = reiθ et z ′ = r ′ eiθ , on a les formes exponentielles suivantes : −z = r(−eiθ ) = r(− cos(θ) −
′ ′ i(θ+θ ′ )
i sin(θ)) = r(cos(θ + π) + i sin(θ + π)) = rei(θ+π) ; z = reiθ = re−iθ ; zz ′ = rr ′ eiθ eiθ =rr e , et de
même pour le quotient.
Remarque 10. L’argument d’un nombre complexe représente l’angle entre l’axe réel et la demi-droite
[OM ) (M désignant bien sûr l’image du nombre complexe) dans le plan complexe. En tant que tel,
il est fondamental dans tout ce qui est interprétation d’angles en termes de nombres complexes. Il
est en particulier indispensable de connaitre cette propriété : si A(zA ),B(zB ) etC(zC ) sont trois
−−
→ −→ zC − zA
points du plan complexe, alors l’angle orienté (AB, AC) est égal à arg . En particulier,
zB − zA
zC − zA
les trois points sont alignés si et seulement si le quotient est un nombre réel, et les droites
zB − zA
(AB) et (AC) sont perpendiculaires si et seulement si ce même quotient est imaginaire pur.
7
Démonstration. C’est en fait une simple redite pour le cas de eiθ des formules z + z = 2 Re(z) et
z − z = 2i Im(z)
n
Démonstration. Cette formule est tout bêtement équivalente à einθ = eiθ .
Plus que les formules elles-mêmes, ce sont quelques calculs classiques les utilisant qu’il faut connaitre :
Exemple 1 : Expression de cos(nθ) et sin(nθ) en fonction de cos(θ) et sin(θ).
On a vu dans le chapitre de trigonométrie des formules de duplication et de triplication du cosinus.
Les formules de Moivre et d’Euler permettent plus généralement de calculer cos(nθ) comme un
polynome en cos(θ) (et de même pour le sinus, au détail près qu’un facteur cos(θ) restera présent
si n est un entier pair) via la formule du binome de Newton (que nous énoncerons enfin dans le
prochain chapitre de cours consacré au dénombrement ; en attendant, on peut toujours calculer les
coefficients de ce genre de développement en se servant du triangle de Pascal). Par exemple :
cos(5θ) = Re(ei5θ )
= Re((cos(θ) + i sin(θ))5 )
= Re(cos5 (θ) + 5i cos4 (θ) sin(θ) − 10 cos3 (θ) sin2 (θ) − 10i cos2 (θ) sin3 (θ)
+5 cos(θ) sin4 (θ) + i sin5 (θ))
= cos5 (θ) − 10 cos3 (θ)(1 − cos2 (θ)) + 5 cos(θ)(1 − cos2 (θ))2
= 16 cos5 (θ) − 20 cos3 (θ) + 5 cos(θ)
8
n n
!
X X
cos(kθ) = Re eikθ
k=0 k=0 !
1 − ei(n+1)θ
= Re
1 − eiθ
(n+1)θ (n+1)θ (n+1)θ
!
ei 2 (e−i 2 − ei 2 )
= Re θ θ θ
ei 2 (e−i 2 − ei 2 ) !
nθ
ei 2 × (−2i sin( (n+1)θ
2 ))
= Re
−2i sin( 2θ )
(n+1)θ
cos( nθ
2 ) sin( 2 )
=
sin( θ2 )
Remarquons pour finir que c’est exactement le même calcul qui permet de retrouver rapidement
les formules de transformations somme-produit trigonométriques que vous avez oublié pendant les
i(p+q) i(p−q) i(q−p)
vacances ip + eiq ) = Re(e 2 (e 2
: par
exemple
cos(p) + cos(q)
= Re(e + e 2 ))
p−q i(p+q) p−q p+q
= Re 2 cos e 2 = 2 cos cos . On peut naturellement retrouver les
2 2 2
autres formules de la même façon.
Exemple 4 : Un calcul trigonométrique moins direct faisant intervenir les exponentielles complexes
est la transformation des expressions de la forme a cos(x) + b sin(x) en A cos(x + ϕ) (calculs très
fréquents en physique, les nombres A et ϕ étant alors appelés amplitude et déphasage de la
fonction trigonométrique x 7→ a cos(x) + b sin(x)). Une façon rapide de faire est d’interpréter la
somme de cosinus et de sinus comme la partie réelle d’un produit de nombres complexes. Par exemple,
2 cos(x) − sin(x) = Re((2 + i)(cos(x) + i sin(x))) = Re((2 + i)eix ). Il ne
reste plus qu’à mettre le
√ √ 2 1
nombre 2 + i sous forme exponentielle : |2 + i| = 5, donc 2 + i = 5 √ + √ i . Léger souci,
5 5
on ne reconnait pas d’angle remarquable
dans l’argument de ce qui se trouve dans la parenthèse.
1 h πh
Pas grave, on va poser θ = arctan qui conviendra très bien (en effet, il appartient à 0,
2 √ 2
et sa tangente est √égale à celle de √l’argument recherché). On trouve alors 2 + i = 5eiθ , puis
2 cos(x) − sin(x) = 5 Re(ei(x+θ) = 5 cos(x + θ). Autrement dit, l’amplitude de notre fonction est
√ 1
de 5 et son déphasage de arctan .
2
Remarque 11. Cette définition généralise à la fois celle de l’exponentielle réelle et celle donnée pour
les imaginaires purs. On a en fait arg(ez ) = Im(z) et |ez | = eRe(z) .
9
Exercice : Résoudre dans C l’équation ez = 1 + i.
Il s’agit en fait simplement de mettre le nombre sous forme exponentielle
√ puis d’identifier module
2 iπ
et argument des deux membres. On calcule très facilement 1 + i = e 4 , et notre équation peut
√ 2
2 iπ
donc se mettre, en posant z = x + iy, sous la forme ex eiy = e 4 , ce qui implique simplement
√ ! 2
2 1 π
x = ln = − ln(2), et y ≡ [2π]. Les solutions de l’équation sont donc données par S =
2 2 4
1 π
− ln(2) + i + 2ikπ | k ∈ Z .
2 4
3 Équations complexes.
3.1 Équations du second degré à coefficients complexes.
Théorème 3. Pour résoudre une équation du second degré à coefficients complexes (E) :
az 2 + bz + c = 0, où a ∈ C∗ et (b, c) ∈ C2 , on commence par calculer son discriminant
∆ = b2 − 4ac puis :
b
• si ∆ = 0, l’équation (E) admet une unique solution z0 = − .
2a
−b + δ −b − δ
• si ∆ 6= 0, l’équation (E) admet deux solutions z1 = et z2 = , où δ
2a 2a
2
est un nombre complexe vérifiant δ = ∆.
Démonstration. La preuve est la même que dans le cas réel : en divisant l’équation par a puis en
b 2
∆
mettant sous forme canonique, on obtient z + = . Si ∆ est nul, il n’y a qu’une seule
2a 4a2
−b b δ b δ
solution égale à . Sinon, on a z + = ou z + = − , ce qui donne les deux solutions
2a 2a 2a 2a 2a
annoncées.
Méthode : Pour obtenir une racine carrée d’un nombre complexe (ce qui est nécessaire ici pour
déterminer δ à partir de ∆), on cherche tout simplement la valeur de la racine carrée sous forme
algébrique :en posant δ = a+ib, on calcule δ2 = a2 −b2 +2iab, et l’égalité δ2 = ∆ se traduit donc par
a2 − b2 = Re(∆) (1)
le système . Pour simplifier la résolution de ce système, on ajoutera
2ab = Im(∆) (2)
systématiquement l’« équation aux modules » |δ|2 = |∆|, qui s’écrira sous la forme a2 + b2 = |∆| (3).
On effectue alors les combinaisons d’équations (1) + (3) et (3) − (1) pour obtenir les valeurs de a2
et b2 et donc, au signe près, celles de a et b. L’équation (2) sert alors simplement à bien choisir les
signes des deux inconnues (deux possibilités cohérentes, ce qui est normal puisque deux valeurs de δ
sont possibles, opposées l’une de l’autre).
Exemple : On veut résoudre l’équation z 2 − iz − i − 1 = 0. On calcule donc le discriminant
∆ = (−i)2 − 4(−i − 1) = −1 + 4i + 4 = 3 + 4i. Cherchons donc δ = a + ib vérifiant δ2 = 3 + 4i.
Comme δ2 = a2 − b2 + 2iab, on obtient les deux conditions
√ a2 − b2 = 3 et 2ab = 4. On ajoute la
2 2 2
condition sur le module |δ| = a + b = |∆| = 3 + 4 = 5. En additionant et soustrayant la
2 2
première et la dernière équation, on a 2a2 = 8, soit a = ±2, et 2b2 = 2, soit b = ±1. Comme par
ailleurs 2ab > 0, a et b doivent être de même signe, ce qui laisse les possibilités δ1 = 2+i et δ2 = −2−i.
i+2+i i−2−i
Les solutions de l’équation initiale sont donc z1 = = 1 + i, et z2 = = −1.
2 2
10
Proposition 14. Soient z1 et z2 les deux solutions de l’équation az 2 + bz + c = 0, alors
b c
z1 + z2 = − et z1 z2 = .
a a
Démonstration. On peut s’en sortir directement avec les formules donnant les solutions : z1 + z2 =
−b − δ −b + δ −2b b −b − δ −b + δ b2 − δ 2 4ac c
+ = − , et z1 z2 = = 2
= 2 = .
2a 2a 2a a 2a 2a 4a 4a a
Terminons ce paragraphe en citant, sans le démontrer, un théorème extrêmement fondamental sur
les équations complexes :
Théorème 4. D’Alembert-Gauss.
Toute équation polynomiale admet au moins une solution dans C.
Remarque 12. Ce théorème porte également le nom pompeux de théorème fondamental de l’algèbre.
Il peut être précisé, le nombre de racines d’un polynome de degré n étant toujours égal à n si on les
compte avec multiplicité. Nous yreviendrons dans un chapitre ultérieur spécifiquement consacré aux
polynômes.
Remarque 13. Cette équation admet (presque, le seul cas particulier étant z = 0) toujours plusieurs
√ 1
solutions, qu’il est hors de question de noter sous la forme n a ou même a n . En effet, contrairement
à ce qui se passe dans R, il n’existe aucun ordre naturel sur C, et donc aucune façon évidente
de distinguer l’une de ces solutions pour l’identifier de façon unique à l’aide de ces notations. En
particulier, comme nous l’avons d’ailleurs déjà fait dans le paragraphe précédent concernant les
équations du second degré, on ne parlera jamais de la racine carrée d’un nombre complexe, mais
bien d’une racine carrée, les deux valeurs possibles jouant systématiquement un rôle interchangeable.
Définition 11. On appelle racines n-èmes de l’unité les racines n-èmes du nombre a = 1. On
note Un l’ensemble des racines n-èmes de l’unité.
2ikπ
Théorème 5. Les racines n-èmes de l’unité sont les n nombres complexes e n , avec
k ∈ {0, . . . , n − 1}.
Démonstration. En effet, soit z = reiθ un nombre complexe (non nul) mis sous forme exponentielle.
En séparant module et argument, l’équation z n = 1 se traduit par les deux conditions r n = 1 et
nθ ≡ 0[2π]. Or, r étant désormais
un réel positif (c’est un module !), la seule possibilité est r = 1,
2π
et on a par ailleurs θ ≡ 0 , ce qui donne bien, les n valeurs annoncées (si on continue à faire
n
augmenter la valeur de k on retombe sur les mêmes valeurs puisque l’argument aura augmenté de
2π entre la valeur correspondant à k = 0 et celle correspondant à k = n).
11
Proposition 15. Les images dans le plan complexe des racines n-èmes de l’unité y forment
un polygone régulier à n côtés inscrit dans le cercle trigonométrique (voire ci-dessous
l’illustration pour n = 3 et n = 8).
i i
1 1
2iπ
Définition 12. On note habituellement j le nombre complexe e 3 . Les racines cubiques de l’unité
2π 4π
sont donc les nombres 1, ei 3 = j et ei 3 = j 2 = j.
2ikπ
Remarque 14. Plus généralement, on peut en fait remarquer qu’en notant ω = e n , l’ensemble des
racines n-èmes de l’unité est constitué des nombres de la forme ω k , pour k variant entre 0 et n − 1
(ω est appelée racine n-ème primitive de l’unité, car on peut obtenir toutes les autres en prenant les
puissances de celle-ci). En particulier, il est stable par produit, ce qui en fait techniquement ce qu’on
appelle un sous-groupe de U (il est bien entendu toujours inclus dans U, d’où la notation employée
pour le désigner).
Proposition 16. La somme de toutes les racines n-èmes de l’unité est toujours nulle.
2π
Démonstration. Il s’agit d’un simple calcul de somme géométrique : en posant ω = ei n , il s’agit
n−1 n−1
X 2ikπ X 1 − ωn
de calculer e n = ωk = = 0 puisque par définition ω n = 1. En fait, on vient de
1−ω
k=0 k=0
démontrer que le polygone régulier évoqué dans la propriété précédente est centré en 0.
Proposition 17. Soit a = reiθ un nombre complexe mis sous forme exponentielle. Ses
√ i(θ+2kπ)
racines n-èmes sont les nombres de la forme n re n , avec k ∈ {0, . . . , n − 1}.
Démonstration. C’est exactement le même calcul que pour les racines de l’unité : en posant z =
′
r ′ eiθ , l’équation z n = a se traduit, en séparant module et argument, par les conditions r ′n = r et
nθ ′ ≡ θ[2π], dont découlent les formules annoncées.
12
Exemple : On cherche à déterminer
√ les√racines cubiques
√ de πa = 2+2i. Commençons par écrire a sous
forme exponentielle : |a| = 4 + 4 = 2 2, donc a = 2 2ei 4 . En notant z = reiθ , l’équation z 3 = a
√ π √
se ramène à r 3 e3iθ = a, c’est-à-dire aux deux conditions r 3 = 2 2 et 3θ ≡ [2π], soit r = 2, et
4
√ iπ √ i( π + 2π ) √ i 3π
π 2π
θ≡ . Autrement dit, les trois racines cubiques sont z1 = 2e 12 , z2 = 2e 12 3 = 2e 4 ,
12 3
√ π 4π √ 17π
et z3 = 2ei( 12 + 3 ) = 2ei 12 (seule la deuxième de ces trois racines cubiques peut s’écrire aisément
sous forme algébrique).
Remarque 15. Les propriétés des racines n-èmes de l’unité se généralisent à toutes les racines n-
èmes. En particulier, les racines n-ème d’un nombre complexe quelconque ont des images formant
toujours un polgone régulier centré en 0 dans le plan complexe (mais insscrit, non plus dans le cercle
√
trigonométrique, mais dans un cercle de rayon n r, où r est le module du nombre complexe dont on
a calculé les racines).
zA + zB
Proposition 19. Le milieu I du segment [AB] a pour affixe complexe zI = . Le
2
zA + zB + zC
centre de gravité G du triangle ABC a pour affixe complexe zG = .
3
Proposition 20. Soient ~u et ~v deux vecteurs du plan, alors ~u.~v = Re(z~u z~v ) et det(~u, ~v ) =
Im(z~u z~v ).
Démonstration. Si ~u = (a, b) et ~v = (a′ , b′ ), alors z~u = a + ib et z~v = a′ + ib′ , donc Re(z~u z~v ) =
aa′ + bb′ = ~u.~v . De même, Im(z~u z~v ) = ab′ − a′ b = det(~u, ~v ).
Remarque 16. En particulier, deux vecteurs ~u et ~v sont orthogonaux si et seulement si z~u z~v ∈ iR, ou
z z
plus simplement si ~u ∈ R. Ils sont colinéaires si et seulement si ~u ∈ R. Ces propriétés correspondent
z~v z~v
exactement à celles annoncées lors de la définition de l’argument d’un nombre complexe : trois points
zC − zA
A, B et C sont alignés si et seulement si ∈ R, et le triangle ABC est rectangle en A si et
zB − zA
zC − zA
seulement si ∈ iR.
zB − zA
13
4.3 Transformations du plan.
Une transformation du plan est tout simplement une application bijective définie sur l’ensemble
des points du plan, ayant la plupart du temps une interprétation géométrique simple. Dans le cadre
de ce chapitre, nous verrons de telles applications sous la forme de fonctions f : C → C (on iden-
tifiera donc un point avec son affixe complexe quand on parlera de ces transformations). Vous avez
déjà étudié depuis plusieurs années de telles transformations géométriques : translations, rotations,
symétries font partie de cette catégorie. Le but de cette dernière partie de chapitre est de classifier
rigoureusement ces transformations, en commençant par définir des catégories de transformations
selon les caractéristiques géométriques qu’elles conservent.
Définition 14. Une isométrie du plan est une transformation du plan qui conserve les distances :
quels que soient les points M et N du plan, en notant M ′ et N ′ leurs images par la transformation,
on aura toujours M ′ N ′ = M N .
Une similitude du plan de rapport k ∈ R+∗ est une transformation du plan qui multiplie toutes
les distances par le même réel k. Avec les mêmes notations que ci-dessus, on aura donc toujours
M ′N ′ = k × M N .
Une simitude (ou une isométrie) est directe si elle conserve de plus les angles orientés, indirecte si
elle transforme un angle orienté en angle opposé.
Remarque 17. Il est sous-entendu dans la dernière partie de la définition qu’une similitude conserve
nécessairement les angles au signe près, propriété que nous ne démontrerons pas, mais qui est bien
sûr vraie.
Exemples : parmi les choses que vous avez déjà étudiées, toutes les translations et les rotations
sont des isométries directes. Les réflexions (symétries par rapport à des droites) sont des isométries
indirectes. La notion de symétrie centrale (par rapport à un point) ne sera pas évoquée puisqu’il
s’agit en fait d’une rotation (d’angle π). Enfin, les homothéties sont des exemples de similitudes
directes du plan.
Démonstration.
• En notant M (z) et M ′ (z ′ ) l’image de M par la translation de vecteur ~u, on a par définition
−−−→′
M M = ~u, donc zM ′ − zM = z~u , ce qui correspond bien à la formule annoncée.
• Avec les mêmes notations que pour la translation, on peut caractériser l’image d’une rotation
−−→ −−→ zM ′ − zA
par le fait que AM = AM ′ , et (AM , AM ′ ) = θ. Autrement dit, le nombre complexe
zM − zA
a pour module 1 (le numérateur et le dénominateur ont pour module respectif AM ′ et AM ),
zM ′ − zA
et pour argument θ. On peut donc écrire = eiθ , soit zM ′ = eiθ (zM − zA ) + zA .
zM − zA
zM ′ − zA
• Même principe que pour la rotation, on aura cette fois-ci = k (le rapport des
zM − zA
modules vaut k, et l’angle est nul), dont on déduit aisément la formule.
• On a déjà vu la caractérisation géométrique de la conjugaison.
14
√ !
2π 1 3
Exemple : La rotation de centre A(i) et d’angle transforme M (z) en M ′ (z ′ ) avec z ′ = − + i
3 2 2
√ ! √
1 3 3 3i
(z − i) + i = − + i z− + .
2 2 2 2
Démonstration. La démonstration est faisable par des moyens élémentaires, mais assez rébarbative,
je vous en fais grâce.
Méthode : Pour reconnaitre une similitude directe à partir de son équation z ′ = az + b, on peut
procéder de la façon suivante :
• Si a = 1, on reconnait immédiatement une translation, dont le vecteur a pour affixe b.
• Si a 6= 1, l’application z 7→ az +b admet un unique point fixe ω, dont on notera Ω l’image dans
le plan complexe. En notant k = |a| et θ = arg(a), la transformation est alors la similitude
directe de centre Ω, de rapport k, et d’angle θ.
Exemple : Considérons l’application f : z 7→ (1 + i)z − 2i. On recherche le point fixe de l’application
en résolvant l’équation z = (1 + i)z − 2i, ce qui donne iz = 2i, soit z = 2. Comme par ailleurs
√ π
|1 + i| = 2, et arg(1 + i) = , l’application f est donc la similitude directe de centre A(2), de
√ 4
π
rapport 2 et d’angle .
4
Exemple : On peut également définir une similitude directe à l’aide de l’image de certains points.
En effet, si (M, N ) et (M ′ , N ′ ) sont deux couples de points distincts du plan, il existe toujours une
unique similitude directe f telle que f (M ) = M ′ et f (N ) = N ′ .
Considérons par exemple les quatre points du plan (et leurs affixes complexes) A(2 − i), B(−1 + i),
A′ (3 + 7i) et B ′ (5 − 3i), et cherchons à déterminer les éléments caractéristiques de la similitude
directe f vérifiant f (A) = A′ et f (B) = B ′ . Le théorème de classification des similitudes du plan
nous assure que f a une expression complexe de la forme f (z) = az + b. Appliquée aux affixes des
deux
points dont on connait l’image, cette équation nous permet d’obtenir le système d’équations
a(2 − i) + b = 3 + 7i
. En soustrayant ces deux équations, on déduit immédiatement que
a(−1 + i) + b = 5 − 3i
−2 + 10i (−2 + 10i)(3 + 2i)) −26 + 26i
(3 − 2i)a = −2 + 10i, donc a = = 2 2
= = −2 + 2i. On calcule
3 − 2i 3 +2 13
15
ensuite facilement b = 3 + 7i − (−2 + 2i)(2 − √ i) = 5 +√i. On procède ensuite comme d’habitude :
le rapport de la similitude est égal à |a| = 8 = 2 2 puis, après avoir écrit a sous la forme
√
1 1 3π
a = 2 2 − √ + √ i , on reconnait comme angle de la simitude arg(a) = . Il ne reste plus qu’à
2 2 4
trouver l’affixe du centre de la similitude en résolvant l’équation f (z) = z, soit (−2 + 2i)z + 5 + i = z,
−5 − i (−5 − i)(−3 − 2i) 13 + 13i
ce qui implique z = = = = 1 + i. L’application f est donc la
−3 + 2i 13 13
√ 3π
similitude directe de centre C(1 + i), de rapport 2 2 et d’angle .
4
A’
7
2
B
1 C
0
−3 −2 −1 0 1 2 3 4 5 6 7
−1
A
−2
−3
B’
−4
16