La technique
Exemples de sujets
• Quel est le pouvoir de la technique ?
• Faut-il avoir peur de la technique ?
• Faut-il séparer la science de la technique ?
• Le travail et la technique sont ils des moyens de civilisations ou de
barbarie ?
• L'art nous est-il plus nécessaire que la technique ?
Une première approche
• La technique peut se définir comme une opération ou un ensemble d’opérations
par laquelle des moyens sont mobilisés et agencés en vue d’aboutir à une fin.
• Ex. un plat cuisiné (cause finale) nécessite de réunir des ingrédients (cause matérielle) et de
suivre une série d’opérations permettant d’obtenir le résultat souhaité (cause efficiente)
• Le cheminement qui permet d’aboutir à cette fin est appelé une méthode (du
grec met : « par » et hodos : « le chemin ») ou encore un procédé (du latin pro:
« en avant » et cedere « avancer, marcher »).
• Ex. en cuisine, c’est la recette qui recense la somme des causes nécessaires et suffisantes
pour produire un plat.
Le mythe de Prométhée
• Epiméthée (du grec epi : « par-delà » – methée : « la pensée »), un titan au
naturel distrait, est chargé par les dieux de répartir entre les animaux les dons qui
leur permettront de survivre à leur environnement.
• Chacune des espèces vivant sur la Terre reçoit un don spécifique (ex. les griffes du
lion, le vol du moineau, la dissimulation du caméléon…).
• Quand vient le tour de l’Homme, Epiméthée s’aperçoit qu’il ne lui reste plus rien
à distribuer.
• Pour lui venir en aide, son frère, Prométhée (celui qui regarde « en avant » – le
prévoyant), dérobe aux dieux les « arts du feu » et les donne aux hommes.
• Puni pour son geste, Prométhée sera enchaîné par Zeus à une montagne du
Caucase. Son foie, dévoré le jour par un aigle, se régénère chaque nuit.
Les leçons du mythe
• Un mythe fondateur de l’Humanisme
• L’Homme se distingue radicalement des autres animaux
• Libre car sans but assigné pour lui par les dieux, il occupe une place
privilégiée dans la création
• Les « arts du feu » = intelligence
• La pudeur et la justice sont amenés ultérieurement aux hommes par
Zeus pour leur permettre de vivre ensemble.
La faculté de créer des outils
• « La main semble bien être non pas un outil, mais plusieurs. Car elle est pour ainsi dire un outil qui
tient lieu de tous les autres. […] Car la main devient griffe, serre, corne, ou lance ou épée ou tout
autre arme ou outil. Elle peut être tout cela parce qu'elle est capable de tout saisir et de tout
tenir. » (Aristote, Les Parties des animaux, IVe siècle avant J.-C)
• Alors que chaque organe du corps semble avoir une fonction définie par avance, la main semble pouvoir
remplir une infinité de rôles. Une ambivalence qui se reflète dans le langage : la même main qui,
lorsqu’elle est « armée » (dans l’attaque « à main armée »), tient le poignard ou le pistolet, est
également celle que l’on « tend » pour secourir ou que l’on « serre » pour saluer.
• Pour l’ethnologue Leroi-Gourhan, c’est la station verticale qui a libéré la main, lui permettant de saisir
des outils et de développer son habileté.
Formaliser et transmettre des savoirs-faire
• « L'intelligence, envisagée dans ce qui en paraît être la démarche originelle, est la faculté de
fabriquer les objets artificiels, en particulier des outils à faire des outils, et d'en varier
indéfiniment la fabrication. » (Bergson, L’évolution créatrice)
• Pour Bergson, l’intelligence humaine réussit mieux quand elle est employée à créer des outils que
lorsqu’elle essaie de comprendre le monde.
• Varier indéfiniment la fabrication des outils va de pair avec le fait de pouvoir formaliser des processus
(cf. l’illustration ci-dessous : schéma permettant de conceptualiser un barrage) et les transmettre. Ces
deux facultés – formalisation et transmission - apparaissent proprement humaines.
Technique et instrumentalisation
• Un instrument prolonge / parfait le corps humain.
• En grec, « instrument » se traduit d’ailleurs par organon, qui a donné le mot « organe ».
• Instrumentaliser une chose ou une personne c’est faire de cette chose (ce qui est
légitime) ou de cette personne (ce qui est illégitime si on se contente de cette
dimension) un simple instrument, autrement dit un simple moyen utilisé en vue
d’une fin.
• La raison instrumentale, autrement dit l’application de la raison pour évaluer les
moyens en fonction de fins déterminées – est un autre nom pour la pensée
technique.
• On peut opposer cet usage de la raison à son usage éthique qui réfléchit aux fins
elles-mêmes.
Raison éthique et raison instrumentale
Raison éthique
Raison éthique : l’action de A vers B n’a pas d’autre but qu’elle-même. L’action de A
ACTE LIBRE / INCONDITIONNÉ peut-être dite « désintéressée » et B est pour A une fin en soi.
Ex. un don à un inconnu dans le besoin. A donne à B sans rien attendre en retour.
Raison instrumentale : A s’adresse à B dans le
ACTE CONDITIONNÉ RÉSULTAT HYPOTHÉTIQUE but d’obtenir C. B n’est pas pour A une fin en
soi : c’est un moyen en vue de la fin qui est C.
Ex. une relation commerciale entre un vendeur
et un client. Chacun attend quelque chose de la
part de l’autre.
Raison instrumentale
A B C
Œuvre d’art et ouvrage technique
Œuvre
De même qu’une bonne action est une fin en soi, une œuvre d’art est également son
d’art ACTIVITE LIBRE propre but, elle n’a pas d’autre finalité qu’elle-même. C’est ainsi que se comprend la
phrase de Kant : « le Beau est le symbole du Bien ».
Inversement, un ouvrage technique n’est pas en
ACTIVITE CONDITIONNÉE RESULTAT ATTENDU lui-même sa propre fin : il sert un but qui lui est
extérieur. Dans cet exemple, le but d’un barrage n’est
pas de faire un barrage, c’est de produire de l’
électricité. L’électricité elle-même étant un moyen
pour faire fonctionner d’autres objets techniques etc.
Ouvrage technique
A B C
Science et technologie
Science (fondamentale)
La science se définit comme la libre recherche de la vérité pour elle-même. Son but
ACTIVITE LIBRE ultime est la connaissance des lois qui régissent la nature.
La technologie est « l'application de la science aux
ACTIVITE CONDITIONNÉE RESULTAT ATTENDU arts utiles » (selon la définition de Jacob Bigelow,
l’inventeur du mot en 1829). Elle met la science au
service de la technique dans le but de la rendre
toujours plus efficace.
Technologie (appliquée)
A B C
Vocabulaire
RAISON ETHIQUE RAISON TECHNIQUE / INSTRUMENTALE
ACTE GRATUIT / EFFECTUÉ POUR LUI-MÊME ACTE UTILE / EFFECTUÉ POUR UN BUT EXTÉRIEUR
ACTION DÉSINTERESSÉE ACTION INTERESSÉE
ACTION LIBRE ACTION CONDITIONNÉE
FIN EN SOI MOYEN
IMPÉRATIF CATÉGORIQUE IMPÉRATIF HYPOTHÉTIQUE
BIEN, BEAU, VRAI UTILE
BUT MORAL / ARTISTIQUE / SCIENTIFIQUE BUT PRAGMATIQUE / TECHNIQUE / TECHNOLOGIQUE
SPIRITUALITÉ / TRANSCENDANCE MATÉRIALISME / IMMANENCE
Hannah Arendt : la tripartition de la « vita activa »
Selon Hannah Arendt (philosophe allemande, disciple d’Heidegger, exilée à New-York lors de la deuxième guerre
mondiale), trois types d'activités caractérisent la condition humaine : le travail, l’œuvre et l'action.
ACTION
L'action + libre L’Homme est un animal politique qui, par l'action et la parole,
révèle son identité aux autres en interagissant avec eux, ce
que ne permettraient ni le travail ni l’œuvre. C’est ainsi qu’il
ZOON POLITIKON manifeste son plus haut degré de liberté.
L‘œuvre PRODUCTION
L’homme est un « homo faber » car, par son travail, il crée
un monde distinct du monde naturel (celui des bâtiments, des
HOMO FABER institutions et des œuvres d’art), dans lequel il peut se
reconnaître entièrement.
Le travail
PRODUCTION + CONSOMMATION
- libre L’homme est un « animal laborans » dans la mesure où il est
dans la nécessité de travailler pour assurer sa survie.
ANIMAL LABORANS
Faut-il avoir peur de la technique ?
Un plan détaillé est donné ci-après. Un « corrigé » intégralement rédigé est accessible sur le site.
• Dans le mythe de Prométhée, la technique est associée à une transgression
originelle.
• Un pouvoir qui vient des dieux.
• Mais qui leur fut dérobé contre leur volonté.
• Et qui a conféré aux hommes une puissance considérable.
• Par la technique l’homme semble s’affranchit de toute destination tracée par
avance par la nature (n’étant rien au départ, il peut tout devenir).
• Un pouvoir dont les contours ne sont pas définis
• Un pouvoir dont ils ne mesurent pas toutes les implications
• Un pouvoir qui s’affranchit peu à peu de toute maîtrise ?
Le plan détaillé (I)
I. La technique fait l’objet de peurs irrationnelles
I. Les ressorts de la peur de la technique :
I. Sentiment qu’on éprouve face à ce qui semble nous rendre vulnérable : l’inconnu, l’absence de maîtrise,
voire l’assimilation fantasmatique du technique au vivant (cf. les films d’épouvante : 2001 l’Odyssée de
l’espace, Frankenstein…).
II. Maîtriser la technique (« retrouver le mode d’emploi ») permet de dissiper la peur
• L’objet technique maîtrisé perd sa magie et redevient « inerte »
III. Mais dissiper la peur de l’objet technique n’est pas rendre illégitime toute peur de la
technique elle-même
• Sans qu’on puisse la considérer comme un être vivant, on doit bien reconnaître
que la technique possède une dynamique autonome : l’efficacité, l’économie, la
performance…
• La technique consiste souvent à produire des solutions à des problèmes qu’elle s’invente elle-même
dans un cercle sans fin que nous ne maîtrisons plus. Les solutions techniques sont comme toutes
les décisions rationnelles : elles s’imposent à nous plus que nous ne les choisissons.
Le plan détaillé (II)
II- Peut-il y avoir une peur légitime de la technique ?
I. Les ravages de la technique ne sont pas que fantasmatiques
I. Par ex. 87% des espèces animales ont disparu depuis l’apparition de l’homo sapiens du fait de son
action sur l’environnement.
II. La technique apparaît comme un cocon dans lequel l’homme se trouve comme à l’abri du monde et
finalement ignorant de sa propre vulnérabilité
II. La technique a enflé de telle sorte qu’elle échappe largement à notre capacité de maîtrise (cf.
Jacques Ellul et le stade de l’ordinateur dont la complexité échappe à la compréhension immédiate)
I. Si la technique prolonge le corps, elle semble avoir fait de nous des êtres proches des
dinosaures : un corps devenu immense tandis que l’âme demeure la même.
II. Bergson appelle à un supplément d’âme pour combler le gouffre.
III. Face à notre responsabilité vis-à-vis des générations futures, le philosophe Hans Jonas
propose alors de recourir à la peur comme heuristique (du grec heurô : « trouver »).
I. Le but : provoquer sciemment la peur comme révélateur de périls qui, sinon, restent invisibles ou
peu visibles (OGM, nanotechnologies, intelligence artificielle, réchauffement climatique…).
Le plan détaillé (III)
III- La peur de la technique ne nous fait pas sortir de la technique
I. Contre Jonas : susciter volontairement la peur pour avertir d’un danger, c’est
encore faire usage d’une technique
I. C’est encore recourir à un « truc » …
II. C’est de la pensée technique elle-même qu’il faudrait avoir peur.
I. Contre la « colonisation » de la pensée instrumentale, penser les fins – les buts de la vie
humaine - avant de penser les moyens de résoudre tel ou tel problème
II. Heidegger : « l’arraisonnement » de la nature considérée comme un stock d’ustensiles à la
disposition de l’Homme.
III. « La rose est sans pourquoi » (Höderlin). Habiter poétiquement le monde : le contempler tel
qu’il se donne à nous sans chercher à lui faire rendre raison de son existence.
III. Mais la technique n’est pas pour l’homme une simple “option”
I. La technique semble ne pas avoir de dehors. Elle est l’essence même de l’homme (cf. le
mythe de Prométhée). Echapper à la technique : un idéal structurellement inaccessible ?
« Seul un dieu pourra nous sauver » (Heidegger dans une interview tardive au Spiegel)…
Les auteurs mobilisés
• Platon
• Protagoras
• Descartes
• Discours de la méthode
• Hans Jonas
• Le principe de responsabilité
• Martin Heidegger
• Etre et Temps