Vfcomp
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OU COMPAGNON
Hervé Carrieu, Maurice Fadel, Etienne Fieux, Patrice Lassère & Frédéric Rodriguez
12 février 2007
2 RÉSULTATS FONDAMENTAUX 4
2.1 Endomorphismes et matrices cycliques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4
2.2 Théorème de décomposition de Frobenius . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
2.3 Quelques propriétés topologiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
2.4 Propriétés spectrales . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
6 CONCLUSION 32
1
« How I Became a Torchbearer for Matrix Theory », American Mathematical Monthly
(1988), Vol. 95-9.
1
1 INTRODUCTION
Dans tout ce travail et sauf mention contraire le symbole K désignera le
corps2 R ou C. À tout polynôme unitaire
P (X) = X n + an−1 X n−1 + · · · + a1 X + a0 ∈ K[X]
on associera sa matrice de Frobenius ou compagnon3
0 0 ... 0 −a0
1 0 . . . 0 −a1
0 1 . . . 0 −a2
CP = ∈ Mn (K).
.. . . .. . ..
. . . .. .
0 ... 0 1 −an−1
Un calcul élémentaire (en développant par exemple par rapport à la dernière
ligne) montre que son polynôme caractéristique4
PCP (X) := det(XIn − CP ) = P (X),
Ce lien entre matrice et polynôme (illustré par l’appellation « compagnon » )
permet souvent de « traduire » certains énoncés « matriciels » en des énoncés
« polynomiaux » et réciproquement : c’est la source d’élégantes démonstrations
souvent plus élémentaires que par les approches classiques. Nous proposons ici
une étude assez détaillée de ces matrices et de leurs applications.
Notations : B La matrice compagnon CP d’un polynôme P (X) = X n +
an−1 X n−1 + · · · + a1 X + a0 sera aussi parfois appelée matrice compagnon Ca
du vecteur a = (a0 , a1 , · · · , an−1 ).
B Pour un endomorphisme ϕ (resp. une matrice M ), Pϕ et πϕ (resp. PM et
πM ) désignent le polynôme caractéristique et le polynôme minimal as-
sociés.
B Une matrice est cyclique (cf. §2.1) si, et seulement si, elle est semblable à
une matrice compagnon et l’ensemble des matrices cycliques sera noté Cn .
B Il faut enfin signaler que nous userons et abuserons tout au long de cet
article de l’isomorphisme canonique « matrice ' endomorphisme ».
2 RÉSULTATS FONDAMENTAUX
2.1 Endomorphismes et matrices cycliques
Un endomorphisme ϕ d’un K-espace vectoriel E (de dimension n) est
cyclique s’il existe un vecteur x tel que B := {ϕk (x), k = 0, . . . , n − 1} soit une
2
Un grand nombre des résultats restent vrais dans le contexte d’un corps plus général,
toutefois afin de faciliter la lecture il est plus raisonnable de se cantonner au cas R ou C.
3
Ou matrice compagne pour les automaticiens.
4
Bien noter que le polynôme caractéristique est ici (et contrairement à la tradition) uni-
taire, nous suivons le point de vue de Fresnel [5].
2
base de E. Il est alors immédiat que la matrice de ϕ dans la base B sera une
matrice compagnon et la réciproque est claire : si la matrice de ϕ est semblable
à une matrice compagnon alors ϕ est cyclique. On dira qu’une matrice est
cyclique si elle est la matrice d’un endomorphisme cyclique (autrement dit, s’il
existe x ∈ E tel que {x, M x, . . . , M n−1 x} soit une base de E) ; on a donc :
Proposition 1 Une matrice est cyclique si, et seulement si, elle est semblable
à une matrice compagnon.
Dans l’anneau des polynômes à une indéterminée K[X], tout idéal est en-
gendré par un polynôme unitaire de degré minimal. Ainsi pour tout x ∈ E,
l’idéal © ª
Iϕ,x := P ∈ K[X] : P (ϕ)(x) = 0
est engendré par un polynôme πϕ,x . C’est le polynôme minimal de x rela-
tivement à ϕ. Le résultat qui suit est essentiel, nous l’utiliserons à plusieurs
reprises dans ce travail.
Lemme fondamental Il existe x ∈ E tel que πϕ,x = πϕ .
Démonstration : Il est déjà évident (πϕ ∈ Iϕ,x ) que πϕ,x divise πϕ pour tout
x ∈ E. Il n’existe donc, lorsque x décrit E qu’un nombre fini de tels polynômes
πϕ,x1 , . . . , πϕ,xl , soit [
E= Ker(πϕ,xi )
16i6l
3
2.2 Théorème de décomposition de Frobenius
Pour A ∈ Mn (C) la mise sous forme triangulaire et la réduite de Jordan5 sont
quelques unes des multiples réductions sous forme canonique d’une matrice6 , un
autre type de réduction est celle en blocs de matrices compagnon (réduction ou
décomposition de Frobenius) :
avec P1 = πϕ et P1 P2 . . . Pr = Pϕ .
4
Soit à présent F = {x ∈ E, ∀k ∈ N, e∗d (ϕk (x)) = 0} et montrons que E = Ey ⊕F .
Par définition, F est l’ensemble des vecteurs x de E dont la d-ième coordon-
née de ϕi y dans la base {e1 , . . . , ed } est nulle pour tout i et ceci a pour consé-
quence immédiate que F est stable par ϕ (puisque e∗d (ϕk (ϕ(x)) = e∗d (ϕk+1 (x)) =
0 si x ∈ F ). De plus, si z = a1 e1 + . . . + ad ed , e∗d (z) = ad et aussi si z =
a1 e1 + . . . + ak ek avec k < d, e∗d (ϕd−k (z)) = ak et ceci montre que z =
a1 e1 +. . .+ad ed ∈ F ⇔ a1 = a2 = . . . = ad = 0, autrement dit que Ey ∩F = {0}.
Il reste à montrer que F est de dimension n − d.
Pour cela considérons l’opérateur T défini sur K[ϕ] ⊂ E ∗ = L(E, K) :
T : g 7→ T (g) = e?d ◦ g
T est injectif car si e?d ◦ g = 0 avec g non nul, on peut l’écrire sous la forme
g = a1 IdE + a2 ϕ + · · · + ap ϕp−1 avec p 6 d et ap non nul. Or
ce qui est absurde. Par conséquent, dim ImT = d et comme, par définition,
F est l’orthogonal de ImT (au sens du dual), on trouve bien que dim F =
n − dim ImT = n − d.
MNous avons donc trouvé un sous-espace F stable par ϕ et tel que E =
Ey F . Soit P1 le polynôme minimal de ϕ|Ey : P1 = πϕ|Ey car ϕ|Ey est
par construction un endomorphisme cyclique (cf. Exercice 1), soit encore P1 =
πϕ,y = πϕ . Soit maintenant P2 le polynôme minimal de ϕ|F , F est stable par ϕ
donc P2 divise P1 . On n’a plus qu’à reprendre la procédure avec ϕ|F et au bout
d’un nombre fini d’étapes on obtiendra la décomposition annoncée.
I Unicité : Supposons l’existence de deux suites de sous-espaces F1 , F2 , . . . , Fr
et G1 , G2 , . . . , Gs tous stables par ϕ vérifiant les trois premières propriétés. No-
tons Pi = πϕ|Fi et Qi = πϕ|Gi .
Il est déjà clair que P1 = πϕ = Q1 (et dim F1 = dim G1 ). Supposons les deux
suites distinctes et notons j > 2 le premier indice tel que Pj 6= Qj (un tel indice
Xr Xs
existe toujours car deg(Pi ) = deg(Qj ) = dim E). On a alors (puisque
i=1 j=1
Pj (Fj+k ) = 0 si k > 0) :
et aussi :
5
qui implique que Qj divise Pj et par symétrie Pj divise aussi Qj soit Pj = Qj
ce qui est absurde. Finalement Pi = Qi pour tout i (et r = s).
La forme matricielle dans l’énoncé du théorème est évidemment obtenue en
considérant les bases associées à la décomposition E = E1 ⊕ . . . ⊕ Er dont on
vient de démontrer l’existence. ¥
Proposition 2 Une matrice diagonale par blocs de Frobenius est cyclique si,
et seulement si, deux blocs distincts sont sans valeur propre commune.
6
¡ ¢n−1
Démonstration : I En effet, si A ∈ Cn , il existe x0 ∈ Cn tel que Ak x0 0
soit une base de Cn . Alors, l’application continue sur Mn (C)
vérifie donc ϕx0 (A) 6= 0. Par continuité de ϕx0 en A il existe δ > 0 tel que
ϕx0 (M ) 6= 0 pour tout M ∈ B(A, δ) i.e. B(A, δ) ⊂ Cn et Cn est bien ouvert.
I Pour la connexité, on aura toujours
mais alors
Cn = {A ∈ Mn (C) : pA = πA } = ψ −1 ({0C[X] })
est fermé dans Mn (C) comme image réciproque d’un fermé par une application
continue. Nous avons vu plus haut que Cn est ouvert : c’est donc une partie
à la fois ouverte, fermée, non vide du connexe Mn (C), la seule alternative est
Cn = Mn (C) : égalité absurde si n > 2 et triviale si n = 1. ¥
7
I Les sous-espaces propres sont toujours de dimension 1 : tout cela
est immédiat dès que l’on a observé que pour tout λ ∈ C, le rang de la matrice
−λ 0 ... 0 −a0
1 −λ ... 0 −a1
0 1 ... 0 −a2
CP − λIn =
.. .. .. .. ..
. . . . .
0 ... 0 1 −λ − an−1
est visiblement supérieur ou égal à n − 1.
Remarque : Tout ceci peut se déduire aussi du fait que pour une matrice
compagnon, polynômes minimal et caractéristique coïncident exercice 1.2) mais
ceci est plus savant.
I Si les racines de P sont toutes simples, CP est donc diagonalisable et
on connait une base de vecteurs propres de sa transposée, car pour λ racine de
P , si on pose
t
eλ = (1, λ, λ2 , . . . , λn−1 )
on vérifie sans peine (en utilisant la relation P (λ) = 0 pour la dernière ligne)
que
t
CP eλ = λeλ ,
© ª
Ainsi λ1 , . . . , λn désignant les n racines distinctes de P , la famille B = eλ1 , . . . , eλn
est une base de vecteurs propres de tCP . En particulier, la matrice de passage
G à la forme diagonale
0 1 0 ... 0
. .. .
.
. 0 1 . .
.
t
CP := .
.
.
. .. .. = G diag(λ1 , . . . , λn ) G−1
. . . . 0
0 0 ... 0 1
−a0 −a1 ... −an−2 −an−1
8
il n’est pas difficile (en utilisant cette fois-ci les relations P (k) (λi ) = 0, 0 6 k 6
αi − 1) de vérifier8 que la matrice de passage de tCP à sa forme de Jordan est
µ ¶
e00 (λ1 ) e(α1 −1) (λ1 ) e(αd −1) (λd )
G= e(λ1 ), e0 (λ1 ), ..., , . . . , e(λd ), . . . ,
2! (α1 − 1)! (αd − 1)!
9
Complétons alors la famille libre {x, Ax, . . . , Ad−1 x} pour obtenir une base de
Cn de la forme
{x, Ax, . . . , Ad−1 x, ed+1 , . . . , en }
µ ¶
CP Z
Dans cette base la matrice A est de la forme où B ∈ Mn−d (C), Z ∈
0 B
Md,n−d (C) et CP est la matrice compagnon du polynôme P (X) = X d −
ad−1 X d−1 − · · · − a1 X − a0 i.e. :
0 0 ... 0 a0
1 0 ... 0 a1
0 1 ... 0 a2
CP =
.
.
.. .. .. .. ..
. . . .
0 ... 0 1 an−1
on a donc PA (X) = PCP (X)PB (X), mais alors
dans la seconde inégalité les deux endomorphismes PCP (A) et PB (A) commutent
comme polynômes en A. Ainsi PA (A)x = 0, ∀x ∈ Cn i.e. PA ≡ 0. ¥
10
Démonstration : Le théorème de décomposition donne directement la dé-
composition de Jordan dans le cas d’un endomorphisme nilpotent (modulo une
permutation des vecteurs de base de la forme (e1 , . . . , ek ) 7→ (ek , ek−1 , . . . , e2 , e1 )
dans chacun des sous-espaces stables apparaissant dans la décomposition de l’en-
domorphisme nilpotent ϕ).
Dans le cas général, supposons que ϕ admet m valeurs propres distinctes
λ1 , . . . , λm et que Pϕ (X) = (X − λ1 )l1 . . . (X − λm )lm . D’après le lemme des
Mm
noyaux, E = Fi avec Fi = Ker (ϕ − λi IdE )li et on peut alors appliquer le
i=1
cas précédent aux restrictions de u − λi IdE à Fi , pour i allant de 1 à m. On
obtient ainsi la décomposition de Jordan. ¥
et 3
0 0 a 0 0 0 0 0 0
2
1 0 −3 a 0 0 0 0 0 0
0 1 3a 0 0 0 0 0 0
0 0 0 0 0 a
3
0 0 0
Frob(M ) = 0 0 0 1 0 −3 a
2
0 0 0
0 0 0 0 1 3a 0 0 0
2
0 0 0 0 0 0 0 −a 0
0 0 0 0 0 0 1 2a 0
0 0 0 0 0 0 0 0 a
En particulier, M = aIn (où In est la matrice identité d’ordre n) est le cas très
particulier de matrices qui sont à la fois des réduites de Jordan et de Frobe-
nius (autrement dit, si M a ses réduites de Frobenius et de Jordan identiques
alors M est un multiple (non nul) de l’identité). Par contre, dès que M pos-
sède au moins deux valeurs propres distinctes, le nombre de blocs de Jordan
11
(de la réduite de Jordan) est strictement supérieur au nombre de blocs Fro-
benius (de la réduite de Frobenius). De ce point de vue, le cas extrême est
le cas où M admet n valeurs propres (M étant une matrice carrée d’ordre
n) deux à deux distinctes. Dans ce cas là, la matrice diagonale (formée par
les valeurs propres) est la décomposition de Jordan de M (qui est donc for-
mée de n blocs d’ordre 1) alors que la réduite de Frobenius
à de M ne
! compte
a 0 0 0
0 b 0 0
qu’un seul bloc. Par exemple, pour n = 4 et M = 0 0 c 0 , on ob-
0 0 0 d
à 0 0 0 −abcd
!
1 0 1 abc + abd + acd + bcd
tient frob(M ) = 0 1 0 −(ab + ac + ad + bc + bd + cd) lorsque a, b, c et d sont
0 0 1 a+b+c+d
deux à deux distincts (on voit naturellement apparaître dans les coefficients de
(X − a)(X − b)(X − c)(X − d) les polynômes symétriques sur lesquels nous
reviendrons plus loin).
De manière générale, on peut facilement voir que l’on peut connaître la ré-
duite de Jordan d’une matrice dont on connaît la réduite de Frobenius à condi-
tion de tenir compte de la multiplicité de chacune des racines des invariants
de similitude (i.e., des valeurs propres de la matrice). Réciproquement, on peut
trouver les invariants de similitude (et donc la réduite de Frobenius) d’une ma-
trice à partir de sa réduite de Jordan et des suites de Segré attachées à chaque
valeur propre.
12
En « petite dimension », cela se traduit par :
0 0 ... 0 −a0
a1 a2 ... an−1
1
1 0 ... 0 −a1 a2 a3 ... 1 0
0 1 ... 0 −a2
A =
.. .. .. . .
,
S =
.
.
.
.
.
. ...
.
.
.
.
.
.
∈ GLn (C),
. . . .
. . . an−1 1 ... 0 0
0 ... 0 1 −an−1 1 0 ... 0 0
13
alors −a
0 0 0 ... 0 0
0 a2 a3 ... an−1 1
..
0 a3 a4 . 1 0
AS =
.
.
.
.
.
.
.
.
.
.
. . . ... . .
0 an−1 1 ... 0 0
0 1 0 ... 0 0
¡
t
¢ ¡ ¢
est une matrice symétrique et par conséquent AS = AS = S tA i.e. A =
¡ ¢
S tA S −1 .
Théorème 6
1) Pour toute matrice carrée réelle, il existe une matrice de passage à sa trans-
posée qui soit symétrique.
2) Les matrices de passage d’une matrice A ∈ Mn (K) à sa transposée sont
toutes symétriques si, et seulement si, la matrice A est cyclique.
14
Terminons par un corollaire intéressant10
Corollaire 3 Toute matrice carrée réelle est le produit de deux matrices sy-
métriques réelles.
A = SS 0 , où S 0 = tAS −1
et comme
t
(S 0 ) = t( tAS −1 ) = tS −1 A = S −1 S tAS −1 = tAS −1 = S 0
3.5.1 Le commutant
CP 1 0
CP2
Démonstration : 1) Soit
..
la décomposition
.
0 CPk
15
deg(P2 ) + . . . + deg(Pk ) = n et il est clair que l’ensemble des matrices diagonales
par blocs :
0
.. ½
. 0 i = 1, . . . , k
avec
0 ij = 1, . . . , deg(Pi ) − 1
i
CPj
i
et CPl = CP × . . . × CP
0 | {z }
.. l fois CP
0 .
0
est une famille libre H formée de n vecteurs appartenant à Com(u) et ceci prouve
que dim Com(u) > n.
2) Supposons u cyclique et soit x un vecteur cyclique pour u (i.e. {x, u(x), . . . ,
un−1 (x)} est une base de E). Alors tout v de Com(T ) est entièrement déterminé
par v(x) (puisque v(ui (x)) = ui (v(x)), pour tout 1 6 i 6 k) et l’application
linéaire de Com(u) dans E donnée par
u 7−→ u(x)
est injective. Ceci prouve que dim Com(u) 6 n et en tenant compte de (1), on
conclut que dim Com(u) = n lorsque u est cyclique.
Supposons à présent que u ne soit pas cyclique ; en reprenant les notations
de la partie (1), il faut montrer que Com(M ) contient au moins un élément qui
n’est pas dans Vect(H). Sans perte de généralité, on peut supposer k = 2 (u
n’est pas cyclique) ; il existe alors une base B de E telle que
µ ¶
CP Q 0
MB (u) =
0 CP
16
Visiblement MB (L̃) 6∈ Vect(H), ce qui achève la preuve du théorème. ¥
Remarques : 1. Il est clair que K[u] ⊂ Com(u) pour tout endomorphisme u
et on a donc Com(u) = K(u) si, et seulement si, u est cyclique.
2. On notera le principe de la preuve lorsque u n’est pas cyclique : dire que M
n’est pas une matrice compagnon revient à dire que la décomposition de Frobe-
nius de M comprend au moins deux blocs compagnon. Par exemple, ³ si cette
´
A 0
décomposition comprend exactement deux blocs, i.e. si elle s’écrit : 0 B ,
³ ´
0 0
l’idée est de chercher une matrice de la forme C 0 telle que :
³ ´ ³ ´ ³ ´ ³ ´
A 0 0 0 0 0 A 0
(∗) 0 B C 0 = C 0 0 B
est fermé dans Mn (C). Pour établir ce dernier point, considérons, si A ∈ Mn (C),
l’endomorphisme ϕA ∈ L(Mn (C)) défini par ϕA (B) = AB − BA. Puisque
Ker(ϕA ) = Com(A),
Sous cette forme, il est n’est pas difficile de vérifier que F est fermé dans Mn (C) :
soit A ∈ F , il existe dans F une suite (Ak )k de limite A, ce qui implique
aussitot : lim ϕAk = ϕA . Montrer que A ∈ F est maintenant une conséquence
k
17
immédiate de la semi-continuité inférieure de l’application rang en dimension
finie, précisément :
Pour tout espace vectoriel E de dimension finie d et tout entier 1 6 k 6
d, les ensembles de niveau Rk = {T ∈ L(E) : rang(T ) 6 k} sont fermés
dans L(E).
En effet, pour T ∈ Rk , (Tl )l ⊂ Rk de limite T : si r = rang(T), la matrice T
admet un mineur ∆r (T ) non nul et par continuité : lim ∆r (Tl ) = ∆r (T ) 6= 0. Il
l
existe donc l0 tel que l > l0 implique ∆r (Tl ) 6= 0 ; autrement dit :
3.5.3 Le bicommutant
Le résultat s’ensuit alors de calculs très élémentaires. Pour tout v ∈ EndK (E), ??
on écrira µ ¶
X Y
MB (v) =
Z W
avec X ∈ Mn1 (K), W ∈ Mn2 (K), Y ∈ Mn1 ,n2 (K) et Z ∈ Mn2 ,n1 (K).
18
µ ¶ µ ¶
X Y Idn1 0
Soit N = ∈ Bicom(u). La matrice est dans
Z W 0 0
Com(u) et
µ ¶µ ¶ µ ¶µ ¶
X Y Idn1 0 Idn1 0 X Y
=
Z W 0 0 0 0 Z W
i.e. µ ¶ µ ¶
X 0 X Y
=
Z 0 0 0
¶ µ
X 0
montre que nécessairement Z = 0 et Y = 0. Par conséquent, N =
0 W
est diagonale par blocs. De plus, N commute avec M et ceci signifie que X ∈
Com(A) et W ∈ ¶
µ Com(B) d’après le théorème précédent, on obtient N =
Π1 (A) 0
où Π1 et Π2 sont des polynômes. A présent le calcul de
0 Π2 (B)
N LC et LC N (où LC est la matrice de la remarque qui suit le théorème 5) :
µ ¶µ ¶ µ ¶
Π1 (A) 0 0 0 0 0
=
0 Π2 (B) C 0 Π2 (B)C 0
et µ ¶µ ¶ µ ¶
0 0 Π1 (A) 0 0 0
=
C 0 0 Π2 (B) CΠ1 (A) 0
montre que CΠ1 (A) = Π2 (B)C puisque N ∈ Bicom(M ). Par ailleurs, comme
LC ∈ Com(M ), on a BC = AC et on en déduit que Π1 (B)C = Π2 (B)C et
finalement Π1 (B) = Π2 (B) car C est de rang maximum. On a ainsi montré que
µ ¶
Π1 (A) 0
N= = Π(M ) avec Π ∈ K[X]
0 Π2 (B)
i.e., que Bicom(M ) ⊂ K[M ]. Ceci achève la preuve de Bicom(M ) = K[M ] ou,
de façon équivalente, Bicom(u) = K[u]. ¥
n 6 dim Com(A) 6 n2
19
; en effet, si k = 1, A est cyclique et dim Com(A) = 2 (théorème 5) et si k = 2,
A = λId et dim Com(A) = 4.
Ce raisonement sur le nombre de blocs Frobenius de la réduite de Frobenius
d’une matrice se généralise au cas d’une dimension quelconque et le résultat
suivant montre que la dimension du commutant ne dépend que du nombre et
de la taille12 des blocs Frobenius.
Avant d’énoncer ce résultat, fixons les notations. On prend toujours u ∈
EndK (E) où E est un K-espace vectoriel de dimension n. Soit k le nombre de
blocs Frobenius de la réduite de Frobenius de u et p1 , p2 , . . ., pk les tailles
respectives de ces blocs avec p1 > p2 > . . . > pk . On a bien entendu :
p1 + p2 + . . . + pk = n
i.e., la suite d’entiers P = (p1 , p2 , . . . , pk ) est une partition de n que l’on appel-
lera partition associée à u. À une partition P = (p1 , p2 , . . . , pk ) d’un entier n est
associé son diagramme de Young : c’est simplement le dessin de k lignes, la ième
ligne comprenant pi « cases » ou « points ». Par exemple voici les diagrammes
• • • •
• • • •
de Young : • • et • • • qui correspondent respectivement aux
•
partitions (4, 2, 1) et (4, 3) de 7. On définit alors la partition conjuguée (ou
duale) de P de la manière suivante : si l’on voit le diagramme de Young de P
comme une matrice (à k lignes et p1 colonnes), la transposée de cette matrice
définit une autre partition de n qui est, par définition, la partition duale P ∗
• • •
• •
de P. Par exemple, dans les deux exemples précédents, on obtient • et
•
• •
• •
• • , ce qui signifie que (4, 2, 1)∗ = (3, 2, 1, 1) et (4, 3)∗ = (2, 2, 2, 1). On peut
•
noter encore (1, 1, . . . , 1)∗ = (n), la partition (1, 1, . . . , 1) correspondant à une
matrice multiple de l’identité et la partition (n) correspondant à une matrice
cyclique : ce sont les deux « situations extrêmes ».
On peut à présent énoncer le résultat annoncé13 .
On notera simplement ici (voir [3] pour une peuve détaillée) que ce résultat
met en avant l’intérêt de la décomposition de Frobenius. En particulier, il existe
un énoncé « équivalent » (cf. [1]) que l’on obtient à partir de la décomposition
12
Une matrice carrée à k lignes est dite de taille k.
13
Cf. Question-Réponse 338 (RMS 9/10, 1998/99) pour un énoncé partiel de ce résultat.
20
de Jordan mais dont l’énoncé (à partir des suites de Segré) est beaucoup plus
fastidieux.
Une conséquence immédiate de ce résultat concerne la codimension du commu-
tant14 :
21
4 AUTRES APPLICATIONS MATHÉMATIQUES
10 0
1
...
...
0
0
−a1
−a2
Cp =
.. .. .. . .
∈ Mn (Z)
. . . .
. . .
0 ... 0 1 −an−1
15
Zwei Sätze über Gleichungen mit ganzzahligen Coeffienten, Crelle, Oeuvres 1 (1857) 105-
108.
16
[1], T.1, pages 127-128.
17
E. Leichnam « Exercices corrigés de Mathématiques, Polytechnique, ENS » (Algèbre et
Géométrie), exercice 1-30, Ellipse, (1999)
22
est triangularisable dans Mn (C), il existe G ∈ GLn (C) vérifiant
ζ1 ∗ . . . ∗ N
ζ1 ∗ ... ∗
.. .. .
. .. .. .
.
. . −1 . .
Cp = G−1
.
G. Mais alors Cp
N
= G
.
G ∈
.. ..
0 . ∗ 0 . ∗
N
ζn ζn
Mn (Z), autrement dit CpN est une matrice à coefficients dans Z qui admet
ζ1N , . . . ζnN comme valeurs propres : son polynôme caractéristique répond à la
question.
18
[Link]/[Link]/cas/mathstat/ People/kalman/pdffiles/[Link]
23
Pour établir ces formules, considérons la matrice compagnon C ∈ Mn (C) de P .
Il est bien connu
∀ k > 1 tr(C k ) = sk ,
ainsi, pour k > n les formules de Newton s’écrivent aussi sous la forme
soit encore
¡ ¢
tr C k + an−1 C k−1 + · · · + an−k+1 In = (n − k)an−k ,
et on a la relation de récurrence
xn−1 In + xn−2 Qn−1 (C) + · · · + xQ2 (C) + Q1 (C) = (xIn − C)−1 P (xIn ),
soit
¡ ¢ ¡ ¢
nxn−1 + tr xn−2 Qn−1 (C) + · · · + xQ2 (C) + Q1 (C) = tr (xIn − C)−1 P (xIn )
24
et il ne reste plus qu’à remarquer que puisque P (xIn ) = P (x)In
¡ ¢ ¡ ¢
tr (xIn − C)−1 P (xIn ) = P (x)tr (xIn − C)−1
Xn
1
= P (x)
j=1
x − rj
= P 0 (x) ∀ x ∈ C \ spect(C)
i.e.
¡ ¢
nxn−1 +tr xn−2 Qn−1 (C)+· · ·+xQ2 (C)+Q1 (C) = P 0 (x), ∀ z ∈ C\spect(C)
|a0 |
6 |z ? | 6 1 + max{|a0 |, |a1 |, . . . , |an−1 |}
|a0 | + max{1, |a1 |, . . . , |an−1 |}
25
|a0 |
6 |z ? | 6 (1+|a0 |2 +|a1 |2 +· · ·+|an−1 |2 )1/2
{1 + |a0 |2 + |a1 |2 + . . . , |an−1 |2 }1/2
26
I La lecture du remarquable ouvrage de J. Fresnel [5], est des plus conseillée,
on y trouvera de nombreuses précisions et beaucoup d’exercices. La même re-
marque vaut pour la RMS : depuis quelques années les matrices compagnon
ont fait un retour remarqué dans les épreuves écrites de certains concours et
sont aussi la source (de manière plus ou moins explicite) de nombreux exercices
d’oral.
27
R.E. Kalman a démontré que la propriété de commandabilité ne dépend que
de la paire (A, B) et que la propriété d’observabilité ne dépend que de la paire
(A, C) et il a formulé les critères éponymes suivants :
Donnons juste ([4]) une idée de la démarche dans le cas d’un système dis-
cret24 : (
X(k + 1) = A X(k) + B u(k)
Y (k) = C X(k)
et l’évolution du vecteur d’état sur un horizon N est donnée par
N
X −1
X(N ) = AN (X(0)) + AN −1−k Bu(k)
k=0
soit
à u(N − 1)
!
.
X(N ) = AN (X(0))+(B AB A2 B . . . An−1 B An B . . . AN −1 B) .
.
.
u(0)
28
par la simplicité du calcul qui en découle. Dans un cas, il s’agit de déterminer
le vecteur K ∈ Rn pour imposer les valeurs propres de A − B tK et dans l’autre
cas, le vecteur L ∈ Rn pour imposer les valeurs propres de A−LC. Le placement
des valeurs propres est quelquefois utilisé pour stabiliser un système lorsque les
valeurs propres naturelles sont à parties réelles positives, mais plus souvent il est
mis en place pour accélérer la dynamique d’évolution afin de réduire le temps
de réponse du dispositif et plus rarement il constitue un moyen pour ralentir
l’évolution des variables quand des critères de qualité l’exigent.
Dans la base canonique compagne de commande (resp. la base canonique com-
pagne d’observation) nous obtenons les formes suivantes :
0 1 0 ... 0
0 0 1 ... 0 0
ec =
A .
.
.
. .. .. .
. ec =
, B .
.
. . . . . .
0 0 ... 0 1 0
−a0 −a1 ... −an−2 −an−1 1
et −a
n−1 1 0 ... 0
−an−2 0 1 ... 0
eo = ..
A .
. .. .. .
. eo = (
, C 1 0 ... 0 0 )
. . . . .
−a1 0 ... 0 1
−a0 0 ... 0 0
29
6 CONCLUSION
Ce travail prenant des proportion déraisonnables, il est plus que temps de
conclure. Nous n’avons pas traité l’approche algorithmique qui est un volet
essentiel de la théorie mais nous renvoyons le lecteur à l’article de Bernard
Randé « Un algorithme pour la décomposition en espaces cycliques » RMS, (4)
2005.
Références
[1] J.M. Arnaudiés & J. Bertin « Groupes, Algèbre et Géométrie », Ellipse,
(1993) t.1 & 3.
[2] S. Barnett « Matrices in Control Theory », Van Nostrand Reinhold, London
1971.
[3] H. Carrieu, E. Fieux & P. Lassère, « Notes sur les décompositions de Frobe-
nius et de Jordan », travail en cours, 2004.
[4] G.F. Franklin & J.D. Powell « Digital Control of Dynamics Systems » ,
Addison-Wesley publishing Company (1980).
[5] J. Fresnel « Algèbre des Matrices » Hermann University Press (1999).
[6] R.A. Horn & C.R. Johnson « Matrix Analysis » Cambridge (1997).
[7] V.V. Prasolov « Problems and Theorems in Linear Algebra » Translations of
mathematical monographs vol 134. American Mathematical Society (1994).
[8] J.E. Rombaldi « Analyse Matricielle, Cours et Exercices Résolus », EDP
sciences (1999).
[9] J.H. Wilkinson « The Algebraic Eigenvalue Problem », Clarendon Press.
Oxford (1965).
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