Structure détaillée du développement
I. Un récit de possession tragique (Thématique et Forme)
La naissance du mal (Le thème) : Le passage décrit une rencontre vécue
comme un traumatisme. L’amour n’est pas un choix mais une agression
extérieure.
La structure chronologique (La forme) : Phèdre utilise des connecteurs
temporels (« Je le vis », « Depuis son absence ») pour retracer les étapes
d’une lutte perdue d’avance.
La fatalité divine : L’évocation de « Vénus et ses feux redoutables » place
le récit sous le signe de la malédiction héréditaire.
II. La stylistique du déchirement intérieur (Côté stylistique)
Les symptômes physiques (Procédés) : La célèbre gradation ternaire « Je le
vis, je rougis, je pâlis à sa vue » (v. 273) montre l’immédiateté de la
défaite physique.
Le paradoxe de la passion : L’usage de l’oxymore ou de l’antithèse (ex : «
transir et brûler ») illustre le chaos intérieur de Phèdre.
L’impuissance du langage : Les aposiopèses (interruptions) et le recours
aux périphrases pour désigner Hippolyte (« ce dieu que je n’osais nommer
») montrent l’horreur d’un aveu inavouable.
Cet exemple intègre harmonieusement les trois composantes demandées :
Forme : « dimension formelle de l’aveu », « structure tragique ».
Thématique : « perte de soi », « fatalité », « malheur ».
Stylistique : « stylistique du corps souffrant », « syntaxe de la rupture », «
métaphores du culte ».
« Pour répondre à cette problématique, nous articulerons notre réflexion
autour de trois axes majeurs.
Dans un premier temps, nous étudierons comment
Ensuite, nous analyserons la dimension formelle
Enfin, nous verrons en quoi la structure
y
Annonce du plan :
nous étudierons d’abord la forme de cet aveu (structure dramatique et
progression de la tirade),
Nous verrons comment Racine met en scène une confession tragique à
travers la forme dramatique du monologue,
Nous étudierons d’abord la forme, avec la maîtrise de l’alexandrin
classique et la construction d’un récit rétrospectif ;
Nous verrons d’abord que ce passage prend la forme d’un aveu lyrique
marqué par une forte intensité émotionnelle (forme
Nous montrerons d’abord comment la forme poétique et dramatique
traduit l’élan passionnel et la progression de l’aveu
ensuite la thématique centrale (la passion comme mal incurable et
fatalité vengeresse),
la thématique de l’amour coupable et fatal,
puis la thématique, dominée par la passion comme fatalité divine et
l’impuissance de la volonté ;
Nous analyserons ensuite la thématique de la passion fatale, présentée
comme une force divine et inéluctable (thématique).
Nous analyserons d’abord la thématique du coup de foudre comme une
agression physique et divine.
Nous analyserons ensuite la thématique centrale, celle de l’amour
coupable et destructeur, en lien avec la fatalité tragique.
enfin le côté stylistique (procédés qui traduisent l’intensité émotionnelle et
le pathétique racinien).
Et la puissance stylistique qui traduit l’intensité des émotion
Enfin le style, qui par la rhétorique, les images et les sonorités, rend
sensible le combat intérieur de l’héroïne.
Dans un second temps, nous examinerons le côté stylistique de la tirade,
en montrant comment les figures de la passion et le rythme de
l’alexandrin traduisent combat intérieur de l’héroïne._le déchirement d’un
personnage à la fois coupable et victime. »
Enfin, nous étudierons le côté stylistique, marqué par la richesse des
images, le rythme des vers et l’expression des contradictions intérieures,
qui donnent toute sa force à la tirade.
. Dans un second temps, nous étudierons le côté stylistique du texte, où la
forme du récit souligne l’impuissance de la volonté et le triomphe du
tragique.
Puis, nous étudierons le côté stylistique du combat intérieur de Phèdre, où
la forme même du récit souligne l’impuissance de la raison face à la
fatalité.
Enfin, nous montrerons que le style racinien, fondé sur la sobriété
classique et la puissance des images, renforce la dimension tragique du
texte (stylistique).
**Problématique** : Comment Racine, à travers cette tirade, représente-t-il
la passion amoureuse comme une fatalité à la fois physique,
psychologique et divine, tout en faisant naître chez le spectateur terreur et
pitié ?
II. Développement
1. Une passion subie : la thématique de la possession
Dès les premiers vers, l’amour n’est pas un sentiment mais une
pathologie. La thématique de la maladie est omniprésente à travers le
champ lexical de la souffrance corporelle.
Le traumatisme initial : La célèbre gradation « Je le vis, je rougis, je pâlis à
sa vue » souligne la rapidité foudroyante de l’attaque. Les verbes d’action
montrent que Phèdre est réduite à l’état d’objet passif.
La présence divine : Phèdre identifie son mal à une puissance supérieure :
« Je reconnus Vénus et ses feux redoutables ». L’amour est ici une
malédiction héréditaire (« D’un sang qu’elle poursuit »), transformant la
passion en une fatalité dont on ne peut s’échapper.
2. La stylistique du déchirement : un combat perdu d’avance
Le côté stylistique du texte traduit le chaos intérieur de Phèdre par des
jeux d’oppositions et de rythmes brisés.
Le paradoxe des sensations : L’antithèse « transir et brûler » illustre le
désordre des sens. Le corps de Phèdre devient le théâtre d’un conflit entre
des forces contraires que la raison ne peut plus arbitrer (« ma raison
égarée »).
L’inefficacité de la parole : La forme du récit montre une Phèdre incapable
de nommer l’objet de son amour. Elle utilise des périphrases (« ce dieu
que je n’osais nommer ») et des aveux détournés. Même la religion
devient un simulacre : elle brûle de l’encens pour la déesse alors que sa
bouche « implorait le nom » d’Hippolyte. Le texte souligne ici l’hypocrisie
tragique à laquelle elle est condamnée.
3. L’échec de la volonté : la forme du récit rétrospectif
La structure du passage montre les efforts inutiles de Phèdre pour se
libérer.
La vaine résistance : Phèdre tente de regagner sa vertu par l’exil
d’Hippolyte (« Je pressai son exil »). L’utilisation du passé simple marque
une volonté d’action, mais celle-ci est de courte durée.
Le retour du refoulé : Malgré l’absence physique, Hippolyte reste présent
dans l’esprit de Phèdre. L’image du père renvoie sans cesse à celle du fils
(« Mes yeux le retrouvaient dans les traits de son père »), emprisonnant
l’héroïne dans un cercle vicieux où chaque tentative d’oubli renforce
l’obsession.
Développement du commentaire
I – Une forme maîtrisée au service de l’introspection
La première force de ce passage réside dans l’extrême maîtrise formelle
qui permet de transformer un aveu douloureux en un récit ordonné. Racine
utilise l’alexandrin classique avec une souplesse remarquable. Le retour au
passé simple, dès le premier vers, inscrit la scène de la rencontre dans un
passé révolu mais toujours agissant : « Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue
». La succession des verbes d’état et d’action, dans un rythme ternaire,
donne à l’événement une valeur fondatrice. Par la suite, le récit se déploie
selon une progression logique, presque clinique, qui contraste avec la
violence des sentiments exprimés. L’alternance entre la narration au
passé et les interventions au présent, comme l’exclamation « Ô comble de
misère ! », brise cependant la régularité du discours et laisse affleurer
l’émotion immédiate. La construction en deux mouvements, d’abord le
choc de la rencontre et les vaines tentatives de guérison, puis la
persécution d’Hippolyte et le calme trompeur de l’absence, témoigne
d’une architecture rigoureuse qui mime les tentatives de la raison pour
mettre de l’ordre dans le désordre du cœur.
II – Une thématique de la passion fatale et du conflit intérieur
Sur le plan thématique, Racine développe une conception tragique de la
passion héritée des Anciens. Phèdre ne se vit pas comme responsable,
mais comme victime. Dès le cinquième vers, elle personnifie Vénus et la
reconnaît comme une puissance extérieure : « Je reconnus Vénus et ses
feux redoutables ». L’amour n’est pas un sentiment mais une possession,
un châtiment divin qui s’abat sur une lignée maudite, celui « d’un sang
qu’elle poursuit ». Cette dimension religieuse imprègne tout le lexique : les
« vœux », le « temple », les « autels », l’« encens » composent un réseau
sémantique qui transforme l’amour interdit en idolâtrie. Phèdre ne cesse
de lutter, mais ses combats sont vains. Racine met en scène l’échec de
tous les remèdes, qu’ils soient religieux, rationnels ou moraux. La
construction des vers onze et douze est sur ce point éloquente : « D’un
incurable amour remèdes impuissants ! / En vain sur les autels ma main
brûlait l’encens ». L’exclamation initiale condense toute la tragédie d’une
conscience qui mesure sa propre impuissance. Le comble de la misère est
atteint lorsque Phèdre, ne pouvant fuir Hippolyte, le retrouve « dans les
traits de son père ». L’absence du fils ne fait que ramener la présence du
père, et la persécution qu’elle organise contre Hippolyte n’est que la forme
inversée de l’amour qu’elle lui porte.
III – Un style de la tension et de la suggestion
Le style racinien atteint ici une densité exceptionnelle pour rendre sensible
le conflit intérieur. La rhétorique classique est mise au service de
l’expression des contraires. Les antithèses se multiplient, souvent à
l’intérieur d’un même vers : « rougis » et « pâlis », « transir » et « brûler »,
« évitais » et « retrouvait ». Elles traduisent la contradiction permanente
qui déchire l’héroïne. Mais Racine ne se contente pas d’opposer des
termes, il suggère une confusion plus profonde. Le vers « Quand ma
bouche implorait le nom de la déesse, / J’adorais Hippolyte » montre le
glissement imperceptible de la prière à l’adoration profane. La divinité
invoquée est évincée par le dieu qu’on n’ose nommer. La métaphore filée
du sacrifice, des victimes et des autels, installe une atmosphère religieuse
qui rend plus scandaleux encore le détournement du culte. Sur le plan
sonore, Racine utilise les allitérations en sifflantes et en liquides pour
évoquer le trouble physique : « Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue
» fait entendre le frisson qui parcourt le corps. L’aveu lui-même reste
marqué par la pudeur : le nom d’Hippolyte n’est prononcé qu’une fois, et
le détour par le regard, « mes yeux le retrouvaient », suggère une
présence obsédante sans jamais la décrire. Le style devient alors
l’instrument d’une parole qui dit moins qu’elle ne suggère.
I. Conclusion
[Synthèse] Ce passage magistral montre que Phèdre est la victime
exemplaire de la fatalité racinienne. À travers une thématique de la
dépossession et une stylistique du paradoxe, Racine peint une héroïne
lucide sur son propre crime mais incapable d’y résister. [Ouverture] Cet
aveu, s’il libère momentanément Phèdre, déclenche véritablement la
machine tragique qui mènera tous les personnages à leur perte.
La tirade s’ouvre sur la célébration d’un choc émotionnel violent qui
dépasse la simple émotion amoureuse pour devenir une véritable
pathologie. La thématique du coup de foudre est ici traitée comme une
aliénation totale de l’être. Dès le premier vers, la célèbre gradation
ternaire « Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue » souligne l’immédiateté de
la réaction physiologique. Phèdre est dépossédée de son propre corps,
comme en témoigne l’antithèse stylistique « transir et brûler » qui illustre
le chaos sensoriel. Ce mal n’est pas seulement humain ; il est d’origine
divine. En nommant « Vénus et ses feux redoutables », l’héroïne s’inscrit
dans une généalogie maudite. L’amour n’est plus un choix, mais un poison
inoculé par une divinité vengeresse, transformant la victime en un jouet
du destin.
Face à cette agression, la forme du récit met en évidence le combat
désespéré, mais vain, de la raison contre l’instinct. Phèdre tente de
substituer un culte religieux à sa passion criminelle en bâtissant un temple
à la déesse. Toutefois, l’ironie tragique du texte montre que ses actes de
piété sont des simulacres : alors qu’elle sacrifie des victimes, sa raison est
déjà « égarée » et son cœur n’implore que le nom de celui qu’elle n’ose
nommer. La stylistique de la périphrase joue ici un rôle crucial, car elle
révèle l’incapacité de Phèdre à verbaliser directement son crime. Même
l’exil d’Hippolyte, qu’elle organise pour se protéger, se révèle inefficace.
Le récit montre que l’absence du corps ne suffit pas à effacer l’image
mentale, car Phèdre retrouve les traits du fils dans le visage du père,
emprisonnant ainsi l’héroïne dans un cercle vicieux dont la seule issue
semble être la mort.
II. Conclusion
En conclusion, cette tirade constitue l’une des pages les plus saisissantes
du théâtre racinien. Par l’entrelacement d’une thématique de la
possession et d’une forme narrative qui souligne l’échec de la volonté,
Racine donne à voir une héroïne à la fois coupable et digne de pitié. Le
côté stylistique, marqué par la violence des contrastes et la précision des
symptômes physiques, transforme cet aveu en une autopsie de la passion
tragique. Ce moment de vérité absolue, s’il apporte un soulagement
passager à Phèdre, scelle définitivement son destin et lance la machine
infernale de la tragédie.
Ce passage de Phèdre illustre de manière exemplaire la perfection de
l’écriture racinienne. Par la maîtrise formelle, Racine donne à l’aveu une
architecture qui le rend supportable. Par la thématique tragique, il inscrit
la passion dans un ordre du monde où l’homme est dépossédé de sa
liberté. Par le style, enfin, il parvient à faire entendre l’indicible, ce trouble
intérieur qui ne peut se dire qu’à demi-mot. Phèdre, en racontant sa faute,
accomplit un acte de lucidité qui la grandit. Elle est de ces héros tragiques
qui se connaissent eux-mêmes et ne peuvent pourtant s’empêcher.
Développement
I. Un aveu lyrique d’une intensité dramatique (la forme)
Ce passage se présente sous la forme d’un récit rétrospectif à la première
personne, caractéristique du registre lyrique. L’omniprésence du pronom «
je » (« Je le vis, je rougis, je pâlis ») souligne la subjectivité de l’aveu et
place le spectateur au cœur de l’émotion de Phèdre.
Le rythme ternaire du premier vers traduit le bouleversement immédiat
provoqué par la vue d’Hippolyte. L’accumulation de verbes courts et
juxtaposés mime la soudaineté et la violence du trouble. Les phrases
brèves et les exclamations (« Ô comble de misère ! ») accentuent la
dimension pathétique.
Le monologue, typique du théâtre classique, suspend l’action dramatique
pour laisser place à l’analyse intérieure. Ainsi, la forme même du passage
met en valeur l’intensité psychologique du personnage.
II. Une passion fatale et inéluctable (la thématique)
La passion de Phèdre est présentée comme une force supérieure qui la
dépasse. Elle reconnaît l’action de Vénus : « Je reconnus Vénus et ses feux
redoutables ». L’amour apparaît comme une malédiction divine, héritée
d’un destin familial marqué par la faute.
Le champ lexical du trouble et de la souffrance (« trouble », « brûler », «
tourments », « incurable », « misère ») insiste sur la dimension
douloureuse de cet amour. Phèdre parle d’« un incurable amour »,
soulignant l’impossibilité de guérison.
Elle tente pourtant de résister : elle construit un temple à Vénus, multiplie
les sacrifices, cherche à fuir Hippolyte. Mais l’aveu « J’adorais Hippolyte »
révèle l’échec de cette lutte. La passion se révèle plus forte que la volonté.
Cette fatalité correspond aux principes de la tragédie classique : le héros
est victime d’une force qui le dépasse, ici l’amour imposé par les dieux.
III. La puissance stylistique au service du tragique (le style)
Racine adopte un style à la fois simple et intense. Les alexandrins,
réguliers et harmonieux, contrastent avec le désordre intérieur de Phèdre,
créant une tension dramatique.
Les figures de style renforcent l’expression du tragique. Les antithèses («
je rougis, je pâlis ») traduisent le bouleversement physique. Les
métaphores du feu (« feux redoutables », « brûler ») symbolisent la
passion dévorante.
L’hyperbole (« mes cris éternels ») et le vocabulaire religieux ( « temple »,
« autels », « victimes » ) montrent que l’amour prend la dimension d’un
culte sacrilège. Enfin, l’aveu progresse vers une confession de culpabilité :
Phèdre se révolte « contre moi-même », révélant la conscience morale qui
aggrave la souffrance.
Ainsi, le style racinien, sobre mais chargé d’émotion, donne à cette
passion une grandeur tragique.
Conclusion
Dans cet extrait, Racine transforme l’aveu amoureux en une scène
profondément tragique. La forme lyrique du monologue met en relief
l’intensité du trouble intérieur ; la thématique de la passion fatale inscrit
Phèdre dans un destin dominé par les dieux ; enfin, le style racinien, fondé
sur la sobriété, les images du feu et le vocabulaire religieux, confère à cet
aveu une puissance dramatique exceptionnelle.
Ce passage illustre parfaitement la conception racinienne de la tragédie :
la représentation d’un être noble déchiré par une passion coupable,
victime à la fois de lui-même et d’une fatalité implacable.
Développement
Tout d’abord, ce monologue se présente comme une confession
progressive et dramatique. Phèdre décrit le choc de la rencontre avec
Hippolyte : « Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ». La succession des
verbes au passé simple traduit la soudaineté et la brutalité de l’émotion.
Le rythme des alexandrins, alternant fluidité et ruptures, mime la perte de
contrôle : « Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ». Enfin,
l’adresse à Oenone, confidente, donne au monologue une valeur
théâtrale : Phèdre ne parle pas seule, elle se met en scène dans l’aveu.
Ensuite, Racine développe la thématique de l’amour coupable et fatal.
Phèdre avoue un amour interdit, celui qu’elle porte au fils de son mari
Thésée, ce qui rend son désir scandaleux et destructeur. Elle reconnaît
l’action de Vénus : « Je reconnus Vénus et ses feux redoutables »,
montrant que l’amour est une force divine, irrésistible et fatale. La passion
est vécue comme une malédiction. Enfin, Phèdre exprime sa culpabilité et
sa honte : elle tente de lutter contre elle-même, « Contre moi-même enfin
j’osai me révolter », mais son combat est vain. L’exil d’Hippolyte est une
manière de fuir son propre désir, preuve de l’impossibilité de maîtriser
cette passion.
Enfin, la puissance stylistique de l’expression tragique donne toute sa
force au passage. Racine traduit la violence des émotions par des images
sensorielles : « je rougis, je pâlis », « je sentis tout mon corps et transir et
brûler ». Le corps devient le lieu de la passion. Le vocabulaire religieux,
avec les temples, les autels et les sacrifices, souligne l’impuissance des
rites face à l’amour : « De victimes moi-même à toute heure entourée ».
La religion devient un miroir de l’obsession amoureuse. Enfin, les
contrastes et antithèses renforcent la tension tragique : Phèdre oscille
entre haine et amour, « J’excitai mon courage à le persécuter », entre
innocence et faute, « Mes jours moins agités coulaient dans l’innocence ».
Ces oppositions traduisent la contradiction intérieure du personnage.
Conclusion
Ce passage illustre parfaitement l’art tragique de Racine : une confession
progressive qui met en scène la fatalité d’un amour interdit, exprimée
avec une intensité stylistique remarquable. Phèdre apparaît comme une
héroïne déchirée entre passion et culpabilité, victime d’une force divine
qui la dépasse. À travers elle, Racine explore la condition humaine,
prisonnière du destin et des passions, et donne à la tragédie classique
toute sa puissance émotionnelle et universelle.
Ouverture
On peut rapprocher cette tirade de l’aveu de Bérénice dans Andromaque,
autre héroïne racinienne déchirée par un amour impossible. Plus
largement, Phèdre rejoint les grandes figures tragiques de la littérature,
comme Antigone chez Sophocle, qui incarne elle aussi la lutte entre désir
intime et loi supérieure. Ces héroïnes montrent que la tragédie, qu’elle soit
antique ou classique, met en lumière l’éternel conflit entre liberté humaine
et fatalité.