IUA-ANNEE ACADEMIQUE 2026
INSTITUT
UNIVERSITAIRE
D’ABIDJAN
COURS DE DROIT
DES ENTREPRISES
EN DIFFICULTE
Prof. YOLI Bi Manh
1
SOMMAIRE
INTRODUCTION ……………………………………………………………………………
PREMIERE PARTIE – LA PREVENTION DES DIFFICULTES………………………
TITRE 1er : L’APPORT DU DROIT DES SOCIETES …………………………………
Chapitre- Les mécanisme de contrôle de la gouvernance……………………………..
Chapitre 2- L’administration provisoire …………………………………………………….
TITRE II- L’APPORT DU DROIT DES ENTREPRISES EN DIFFICULTE
Chapitre 1er- La conciliation
Chapitre 2- Le règlement préventif………………………………………………………..
DEUXIEME PARTIE – LE TRAITEMENT DES DIFFICULTES
TITRE I- L’OUVERTURE DES PROCEDURES COLLECTIVES DE TRAITEMENT
SOUS-TITRE 1- LES DEBITEURS CONCERNES
Chapitre 1er- Le statut du débiteur
Chapitre 2- La situation financière du débiteur
SOUS-TITRE II- LA DECISION DU TRIBUNAL
Chapitre 1- La nécessité d’un jugement
Chapitre 2- Le choix du jugement
Chapitre 3- Les organes de la procédure
TITRE II- LES EFFETS DE LA DECISION D’OUVERTURE DE LA PROCEDURE
Chapitre 1er- Les effets à l’égard du débiteur
Chapitre 2- Les effets à l’égard des créanciers
TITRE III- LES SOLUTIONS DE REDRESSEMENT JUDICIAIRE ET DE LA
LIQUIDATION DES BIENS
Chapitre 1er- La solution de redressement judiciaire
Chapitre 2- la solution de liquidation des biens
TITRE IV- LES PROCEDURES COLLECTIVES INTERNATIONALES
Chapitre 1er- La reconnaissance des effets de la procédure collective dans les Etats
parties
Chapitre 2- La reconnaissance des effets de la procédure collective en dehors de
l’espace OHADA
TROISIEME PARTIE- LES RESPONSABILITES ET LES SANCTIONS
2
TITRE 1er - LES SANCTIONS CIVILES
Chapitre 1er- Les sanctions patrimoniales
Chapitre 2- Les sanctions extra- patrimoniales
TITRE II-LES SANCTIONS PENALES
Chapitre 1er- La typologie des infractions
Chapitre 2- La poursuite des infractions
3
Introduction Générale
Dans le langage courant, les termes société et entreprise sont parfois
confondus. Ces deux mots renvoient, pourtant, à des réalités différentes1.
Alors que la société est, un acte juridique par lequel deux personnes ou plus
conviennent par un contrat d’affecter à une entreprise commune des biens ou leurs
compétences en vue de partager un bénéfice ou de faire des économies2, l’entreprise
est par contre au sens du droit des procédures collectives, toute personne physique
ou morale exerçant une activité professionnelle indépendante civile, commerciale,
artisanale ou agricole. Elle peut être aussi toute personne morale de droit privé ou
toute entreprise publique ayant la forme d’une personne morale de droit privé 3. En
droit du travail, elle désigne toute organisation économique quelle que soit sa forme
constituée pour une activité de production, de distribution ou de fourniture de services 4.
Dans d’autres systèmes juridiques la notion d’entreprise manque de précision.
Mais dans son sens juridique, elle revêt trois significations. Elle est entendue dans un
sens patrimonial comme un bien, donc susceptible d’être l’objet de convention.
Ensuite, l’entreprise est certes un acteur de la vie économique mais n’est pas un
véritable sujet de droit. Enfin, l’entreprise désigne l’ensemble des formes juridiques
d’exploitation d’une activité économique. Dans ce sens, c’est une notion juridique
générique qui désigne les formes d’organisation regroupant des moyens humains, en
matériel et en capital pour l’exercice d’une activité économique. Il s’ensuit que
l’entreprise est caractérisée par l’exercice d’une activité économique et une
organisation juridique. Elle peut être individuelle ou sociétaire5.
1
Il peut s’agir d’une société commerciale ou d’une société civile, d’une société coopérative etc. La société civile
est celle soumise à un statut particulier et toutes les règles non contraires du droit commun des sociétés. G.
CORNU, Vocabulaire juridique, puf, 2016, p. 972.
2
La société commerciale est, selon l’article 4 de l’Acte uniforme relatif au droit des sociétés commerciales et du
groupement d’intérêt économique, crée par deux ou plusieurs qui conviennent par un contrat, d’affecter à une
activité des biens en numéraire ou en nature, ou en industrie, dans le but de partager le bénéfice ou de profiter de
l’économie qui peut en résulter. Les associés s’engagent à contribuer aux pertes. Toutefois, selon l’article 5 du
même acte uniforme, la société commerciale peut également être crée par une seule personne. La définition de la
société en droit OHADA tire sa source dans l’article 1832 du code civil.
3
L’article 1-3 de l’Acte uniforme portant organisation des procédures collectives et d’apurement du passif.
4
Article 2 du décret 96- 197 de décembre 1996 relatif au règlement intérieur.
5
M. MENJUCQ, Droit commercial et des affaires, Gualino, 11e édition 2018-2019, p. 34.
4
Du point de vue économique, l’entreprise est une organisation complexe et
ouverte, largement interfacée avec d’autres acteurs économiques notamment les
fournisseurs, les clients, l’Etat et les organismes sociaux. Elle intervient dans un
environnement parfois, marqué par des tendances, des opportunités, des risques, des
menaces et par la présence de concurrents. Elle utilise des ressources matérielles ou
immatérielles, financières et humaines afin de créer de la valeur. Organisée en
différentes fonctions, elle peut être la propriété d’une ou de plusieurs personnes qui la
dirigent directement ou non. Elle fait l’objet de décisions stratégiques complexes dont
le but est d’accroître ses ventes, sa performance et sa rentabilité6.
L’entreprise est en difficulté lorsqu’elle n’est plus en mesure de payer ses
dettes. Dans ce cas, soit elle est en cessation des paiements, soit elle connait des
difficultés sérieuses de telle manière qu’elle ne parvient plus à assurer le paiement de
ses créanciers et le sauvetage à la fois de son activité et des emplois. A cet égard, elle
doit recourir aux procédures collectives qui sont des procédures judiciaires ouvertes
lorsque le débiteur professionnel ou la personne morale de droit privé n’est plus en
mesure de payer ses dettes. Les procédures collectives se caractérisent par
l’émergence d’une vision plus globale et plus précoce des difficultés des entreprises.
Selon la doctrine, il en découle la naissance du droit des entreprises en difficulté qui
englobe le droit des procédures collectives qui se veut plus efficace dans le sauvetage
des entreprises viables7.
L’histoire du droit des procédures collectives ou droit des entreprises en
difficulté nous enseigne qu’au XIXe siècle, le commerçant ou la société qui n’était pas
à mesure d’honorer ses engagements à l’égard de ses créanciers était mis(e) en
faillite. Alors, celui-ci était emprisonné parce qu’ayant commis une faute. Cependant,
avec l’évolution et à la faveur des lois du 28 mai 1838 et du 04 mars 1889, l’on assiste
progressivement à un assouplissement des sanctions qui pèsent sur le débiteur
insolvable. Ainsi, lorsqu’il était de bonne foi, le débiteur pouvait tenter d’obtenir un
concordat. Un accord était alors conclu avec les créanciers pour préciser les conditions
de leur désintéressement. Une liquidation et non plus une faillite était alors prononcée8.
6
E. BOSSORELLE, Economie générale, Hachette 2017, p.10 et s
7
Filiga M. SAWADOGO, Traité de Actes uniformes annotés, Acte uniforme portant organisation des procédures
collectives d’apurement du passif, juriscop 2018, p. 1109 et s.
8
Dominique LEGEAIS, droit commerciale et des affaires, 24e édition, DALLOZ, Paris, 2018, P 552
5
Dès lors, il n’est plus question de sanctionner systématiquement le débiteur mais de
lui donner la possibilité de venir à bout de ses difficultés à travers soit le redressement
judiciaire ou si sa situation est irrémédiablement compromise de prononcer contre lui
la liquidation des biens. Le législateur ne s’est pas seulement arrêté aux procédures
qui visent le sauvetage des entreprises, il a également prévu celles visant à prévenir
les difficultés.
Avant l’adoption des actes uniformes de l’OHADA, les procédures collectives
étaient régies par le code de commerce Français. Depuis leur mise en place, la matière
est régie par l’Acte Uniforme portant organisation des procédures collectives
d’apurement du passif adopté le 10 avril 1998, lequel a fait l’objet de révision depuis
le 10 septembre 2015, à l’occasion de la 40ème réunion du Conseil des ministres de
l’OHADA tenue à Grand-Bassam en Côte d’Ivoire. Le texte révisé, a tenu compte des
résultats de l’étude de diagnostic qui a été précédemment conduite. Il prend en compte
les préceptes de l’analyse économique du droit et les meilleures pratiques juridiques
internationales.
Les principales innovations portent sur les définitions des concepts clés pour
faciliter l’application et l’interprétation de L’A.U.P.C, l’élargissement du champ
d’application de l’Acte Uniforme. Elles ont introduit une procédure de conciliation pour
faciliter la sauvegarde des entreprises ainsi que des procédures simplifiées de
règlement préventif, de redressement judicaire et de liquidation des biens adaptés aux
petites entreprises.
Par ailleurs, l’institution de délai dont l’inobservation est sanctionnée afin de
réduire la durée de mise en œuvre des procédures collectives et favoriser l’atteinte
des objectifs poursuivis ainsi que la fixation d’un cadre juridique pour l’activité des
mandataires judiciaires que sont les experts au règlement préventif et les syndics afin
de garantir la compétence, l’éthique et encadrer la rémunération ont été arrêtés.
En outre, l’institution d’un privilège de l’argent frais ou new money pour ceux qui
font de nouveaux crédits à l’entreprise en difficulté pour faciliter son assainissement
ou son redressement tout comme la clarification de l’ordre de priorité des créanciers
ainsi que l’établissement d’un nouveau régime d’insolvabilité transfrontalière ont vu le
jour.
Au regard des innovations qui précèdent, il convient de noter que le texte révisé
marque un saut qualitatif d’envergure. En effet, il tend à renforcer la célérité et
6
l’efficacité des procédures collectives afin de favoriser le sauvetage des entreprises
viables et le paiement substantiel des créanciers.
Le nouvel Acte uniforme est sans doute de nature à soutenir le développement
des marchés du crédit et du secteur privé dans les pays de l’espace OHADA. Il
constitue un levier important d’accès à un meilleur financement pour les entreprises,
de préservations et de créations d’emplois et enfin un mécanisme de promotion de la
croissance économique des Etats membres de l’OHADA.
Anciennement, les procédures collectives avaient pour finalité d’assainir par
l’élimination du commerçant ayant failli à ses engagements et d’organiser le règlement
collectif et égalitaire des créanciers du commerçant failli.
Aujourd’hui, l’acte uniforme portant organisation des procédures collectives
d’apurement du passif même révisé reprend le triple objet à savoir :
- L’organisation des procédures préventives de conciliation et de règlement
préventif ainsi que les procédures de redressement judiciaire et de liquidation
des biens afin de préserver les activités économiques et les niveaux d’emplois
des entreprises débitrices. A cet effet, il entend redresser rapidement les
entreprises viables et liquider les entreprises non viables dans des conditions
propres à maximiser la valeur des actifs pour augmenter les montants
recouvrés par les créanciers et enfin d’établir un ordre précis de paiement des
créances garanties ou non garanties ;
- La définition de la réglementation applicable aux mandataires judiciaires ;
- La détermination des sanctions patrimoniales, professionnelles ainsi que les
incriminations pénales relatives à la défaillance du débiteur applicables aux
dirigeants de toute entreprise débitrice et aux personnes intervenant dans la
gestion de la procédure.
A cet égard, en se fondant sur l’Acte uniforme qui régit la matière et les dispositions
nationales non contraires, seront successivement examinés, d’abord la prévention et
le traitement des difficultés, ensuite les sanctions et responsabilité enfin, les
mandataires judiciaires.
7
8
PREMIERE PARTIE
LA PREVENTION DES DIFFICULTES
Eviter que le débiteur se mette en difficulté ou soit mis en difficulté en anticipant
les maux qui peuvent provoquer est une ligne directrice des reformes du droit des
procédures collectives. A cet effet, l’acte uniforme portant organisation des
procédures collectives d’apurement du passif (AUPC), prévoit deux procédures
préventives destinées à éviter la cessation des paiements de l’entreprise débitrice La
prévention se moule aussi dans une série de mesures dont la connaissance semble
indispensable. En dehors l’AUPC, il existe dans le droit des sociétés d’autres
mécanismes de détection et de prévention des difficultés. A l’instar des mécanismes
de détection, les mesures de prévention visent les mêmes objectifs à savoir prévenir
la cessation des paiements ou éviter l’aggravation des difficultés.
9
10
Sous-titre I
L’APPORT DU DROIT DES SOCIETES
Le droit des sociétés a prévu des mécanismes de contrôle de la bonne
gouvernance de la société. Ces mécanismes visent à détection prématurément la ou
les causes des difficultés qui pourraient menacer l’entreprise. Mais lorsqu’il une crise
survient entre les associés ou les organes de gestion, de direction ou d’administration,
l’intervention d’un administrateur provisoire peut être une solution salutaire pour la
société.
CHAPITRE I
LES MECANISMES DE CONTRÔLE DE LA BONNE GOUVERNANCE
De nombreux mécanismes de détection des difficultés existent dans le droit
des sociétés. En plus de la possibilité pour les sociétés de s’affilier à un centre de
gestion agréé, l’expertise de gestion et la procédure d’alerte sont des moyens de
contrôle de la bonne gouvernance pour éviter les difficultés notamment d’ordre interne.
SECTION 1- L’EXPERTISE DE GESTION
L’expertise de gestion est régie par les articles 159 et 160 de l’acte uniforme
relatif au droit des sociétés commerciales.
§1- La demande d’expertise de gestion
La demande de l’expertise de gestion est à la juridiction compétente du siège
social. Elle ne saurait introduite pour la première fois devant la CCJA 9. Elle peut être
le fait d’un ou plusieurs associés représentant au moins le dixième du capital social.
La demande peut être individuelle ou collective. Il est fait obligation à la juridiction
compétente saisie de statuer dans un bref délai. Mais l’article 159 de l’AUDSC qui
impose cette obligation ne précise ni la durée du délai ni la sanction de l’inobservation
de ce bref délai.
9
CCJA, arrêt n°037/2013 du 2 mai 2013, Ohadata J-15-37.
11
§2- Les effets de la demande d’expertise de gestion
S’il est fait droit à la demande, la juridiction compétente désigne non seulement
un ou plusieurs experts chargés de présenter un rapport sur une ou plusieurs
opérations de gestion, mais également, détermine l’étendue de la mission et les
pouvoirs des experts.
Le rapport est e adressée au demandeur et aux organes de gestion, de direction
ou d’administration ainsi qu’au commissaire aux comptes. Cette analyse appelle
quelques observations. D’abord si la demande est rejetée, le ou les demandeurs ont-
ils un recours contre la décision de rejet ? Dans l’affirmative selon quelles modalités ?
Ensuite, quelle est la suite que les demandeurs peuvent donner au rapport qui leur est
communiqué ? Enfin, quelle doit être l’attitude des organes de gestion, de direction ou
d’administration ? Au regard de l’objet sur lequel porte l’expertise de gestion, il nous
semble que l’objectif c’est d’interpeller aussi bien les associés que les dirigeants
sociaux sur les dangers qui menacent la société.
SECTION- LA PROCEDURE D’ALERTE
La procédure d’alerte régie par les articles 150 à 158-1 de l’acte uniforme relatif
au droit des sociétés commerciales peut être déclenchée par le commissaire aux
comptes ou par les associés.
§1- L’alerte par le commissaire aux comptes
La procédure d’alerte déclenchée par le commissaire aux comptes a lieu dans
toutes les sociétés qu’il s’agisse de sociétés par actions telles que les sociétés
anonymes, les sociétés par actions simplifiées ou les sociétés autres que les sociétés
par actions.
A- Les sociétés autres que les sociétés par actions
Lorsque la désignation d’un commissaire aux comptes est requise dans les
sociétés autres que les sociétés par actions, il exerce une mission de contrôle de la
régularité des documents comptables. À cette occasion, il peut constater l’existence
de de fait de nature à compromettre la continuité de l’exploitation.
Dans ce cas, la loi lui fait obligation de demander par lettre au porteur ou par tout
moyen laissant trace écrite au gérant qui est tenu de répondre sur tout fait de nature à
12
compromettre la continuité de l’exploitation qu’il a relevé lors de l’examen des
documents qui lui sont communiqués ou dont il a eu connaissance à l’occasion de
l’exercice de sa mission.
Le gérant répond à la question posé dans le délai de 15 jours qui suivent la
réception de la demande d’explication. Dans sa réponse, il donne une analyse de la
situation et précise le cas échéant, les mesures envisagées. Dès la réception de la
réponse ou à défaut de réponse de dans le délai de 15 jours, le commissaire aux
comptes informe la juridiction compétente de ses démarches.
Si les dirigeants sociaux ne répondent pas à la demande ou ne le font pas dans les
délais, le commissaire aux comptes établit un rapport spécial qu’il adresse à la
juridiction compétente. Le même rapport est aussi établi lorsqu’il constate que malgré
les mesures prises, la situation de la société ne s’est pas améliorée depuis son
intervention. Le rapport peut être communiqué aux associés ou leur être présenté en
assemblée. Dans l’hypothèse où il n’y a aucune amélioration la juridiction compétente
est saisie.
B- Les sociétés par actions
Il convient de rappeler qu’une démarche identique est menée dans le cadre des
sociétés par actions. Les dirigeants sociaux sont tenus de répondre dans les mêmes
conditions que celles fixées pour les sociétés autres que les sociétés par actions.
§2- L’alerte par les associés
Les associés qui sont les apporteurs ont le droit de contrôler les activités des dirigeants
sociaux qu’ils ont parfois désignés. A cet effet, comme les associés des sociétés autres
que les sociétés par actions, les actionnaires des sociétés par actions sont aussi
habilités à déclencher une procédure d’alerte.
A- Les sociétés par actions
Dans les sociétés par actions, tout actionnaire peut deux fois par exercice, poser
par écrit des questions au président du conseil d’administration, au président directeur
général au à l’administrateur général selon le cas, sur tout fait de nature de nature à
compromettre la continuité de l’exploitation.
Les dirigeants sociaux visés répondent par écrit, dans le délai de 15 jours, aux
questions posées. Dans le même délai, ils adressent une copie de la question et sa
13
réponse aux commissaire aux comptes dont la désignation est obligatoire dans ces
sociétés.
B- Les autres sociétés
Dans les sociétés autres que par actions, tout associé non gérant peut deux fois
par exercice, poser par écrit des questions au gérant sur tout fait de nature de nature
à compromettre la continuité de l’exploitation.
Le gérant répond par écrit, dans le délai de 15 jours, aux questions posées. Dans
le même délai, il adresse une copie de la question et sa réponse aux commissaire aux
comptes s’il en existe.
CHAPITRE II
L’ADMINISTRATION PROVISOIRE
L’administrateur provisoire est un mandataire de justice qui est chargée en cas
de graves crises sociales résultant d'un dysfonctionnement des organes de gestion ou
d'un conflit entre associés mettant en péril les intérêts de la société, d'assurer
momentanément la gestion de la société au lieu et place des dirigeants.
L’administration provisoire est régie par les articles 160-1 à 160-8 de l’acte uniforme
relatif au droit des sociétés commerciales. Les dispositions citées fixent les conditions
de recours à ce mécanisme de gestion des affaires sociales ainsi que les missions.
Section 1- Les conditions de la désignation
La désignation d’un administrateur provisoire suppose une crise au sein de
l’entreprise qui menace son existence. La demande peut être introduite selon des
formes précises.
§1er- Les conditions de fond : la cause
La désignation d’un administrateur provisoire dans une entreprise trouve sa
source dans une seule cause. En effet, selon l’article 160-1 de l’AUDSC, la désignation
d’un administrateur provisoire a lieu que si le fonctionnement normal de la société est
rendu impossible soit du fait des organes de gestion d’administration ou de direction,
14
soit du fait des associés. Il peut s’agir de la défaillance d’un organe, de la mort d’un
dirigeant talentueux ou de mésintelligence entre associés tel que le prévoit l’article 200
AUDSC. La cour d’appel de Cotonou a admis que dans les sociétés par action, un
actionnaire inquiet de la gestion de la société peut demander la nomination d’un
administrateur provisoire10.
§2 – Les conditions de forme : la requête
Lorsqu’il apparait au sein de la société un fait rendant impossible le
fonctionnement normal de la société, la juridiction compétente est saisie par une
requête soit des dirigeants sociaux soit d’un ou plusieurs associés. Dans la demande,
le requérant doit mettre en cause la société et non les personnes physiques qui sont
à l’origine de la crise. A défaut de cette précision la demande est irrecevable. La
juridiction compétente est celle dans le ressort de laquelle l’entreprise a son siège.
§3- La décision du tribunal
A- Le contenu de la décision
La juridiction qui est saisie de la demande doit statuer dans un bref délai. Mais elle
peut décider de nommer un administrateur aux fins d’assurer momentanément la
gestion des affaires sociales. Si elle décide de la nomination d’un administrateur
provisoire, la décision de désignation:
1°) détermine l’étendue de sa mission et ses pouvoirs ;
2°) indique, le cas échéant, ceux des organes de gestion, de direction, ou
d’administration qui restent en fonction et précise les pouvoirs et compétences qui leur
sont maintenus ;
3°) fixe sa rémunération ainsi que la durée qui ne peut excéder six mois sauf
prorogation.
De toute évidence, la durée de la mission peut être prorogée mais sans que la
durée totale ne puisse excéder 12 mois. Dans sa demande de prorogation
l’administrateur doit indiquer à peine d’irrecevabilité les raisons pour lesquelles sa
10
CA Cotonou , arrêt n° 178/99 du 30 septembre 1999, Ohadata,J-06-144.
15
mission n’a pu être achevée, les mesures qu’il envisage de prendre et les délais due
nécessité l’achèvement de la mission.
En plus de ces informations, la décision de nomination doit contenir outre les
mentions de l’article 257 de l’AUDSC les mentions suivantes ;
1°) la cause de l’administration provisoire ;
2°) les nom, prénoms, et domicile du ou des administrateurs provisoires ;
3°) le cas échéant, les limitations de leurs pouvoirs apportées à leurs pouvoirs ;
4°) le lieu où la correspondance doit être adressée et celui où les actes et documents
concernant l’administration provisoire doivent être notifiés ;
5°) le greffe de la juridiction compétente ou l’organe compétent de l’Etat partie auprès
duquel est effectué, en annexe au registre du commerce et du crédit mobilier, le dépôt
des actes et pièces relatifs à l’administration provisoire.
B- La publicité de la décision
La décision de nomination de l’administrateur provisoire est publiée dans un délai
de 15 jours à compter de la date de la désignation dans un journal d’annonces légales
dans l’Etat partie du siège social.
Section 2- Le rôle de l’administrateur provisoire
§1er- Le statut de l’administrateur provisoire
A- Les restrictions au choix de l’administrateur provisoire
Est nommé en qualité d’administrateur provisoire une personne physique qui peut
être un mandataire judicaire inscrit sur une liste spéciale ou toute autre personne
justifiant d’une expérience ou une qualification particulière au regard de la nature de
l’affaire et remplissant certaines conditions de qualification et de réputation11.
A cet égard, sont exclues les personnes morales qu’elles soient de droit privé ou
public. Sont également exclues les personnes qui n’ont aucune qualification ni
compétence nécessaire pour accomplir la mission. Mais le texte qui organise ce choix
est muet sur les parents des associés ou leurs alliés. Ce qui suppose qu’on peut
recourir au service d’un membre de la famille peu importe le degré de lien de parenté
pourvu qu’il ait la qualification nécessaire. On peut légitimement se demander si un tel
11
Article 160-2 alinéa 2 AUDSC.
16
choix ne peut pas aggraver les tensions au sein de l’entreprise si la crise trouvait son
origine dans une mésintelligence entre associés.
B- La rémunération de l’administrateur
La rémunération de l’administrateur est déterminée par la juridiction compétente
mais elle est à la charge de la société. Peut –il contester le montant de la
rémunération ? dans l’affirmation comment vas se faire les modifications ? L’article
160-2 de l’AUDSC étant silencieux sur la question, il appartiendra au juge saisi de
traiter la contestation.
§2- La mission de l’administrateur
L’administrateur provisoire a plusieurs missions qu’on peut résumer en deux :
la représentation et la gestion
En premier lieu, l’administrateur a un pouvoir de représentation dans le cadre
de sa mission et dans la limite de ses pouvoirs. Il agit strictement dans le cadre de sa
mission. Tout acte accompli en outrepassant ses pouvoirs est sont inopposable à la
société. C’est-à-dire que l’inopposabilité est la sanction du dépassement de ses
pouvoirs.
En second lieu, il dispose du pouvoir de gestion ou administration au sein de la
société. Dans ce cas, tous les actes accomplis sont opposables à la société. Dans le
cadre cette gestion, il doit présenter à la juridiction compétente au moins une fois tous
les trois mois un rapport sur l’évolution de sa mission et sur les opérations qu’il a
accomplies. Dans le prolongement de cette mission, il établit dans les quatre mois de
la clôture de l’exercice les états financiers de synthèse annuels. L’établissement de
ces états se fait au vue de l’inventaire qu’il a dressé des divers éléments d’actif et de
passif existant à cette date et un rapport écrit par lequel il rend compte des opérations
d’administration provisoire au cours de l’exercice écoulé. Dans le même sens, il
convoque selon les modalités prévues par les statuts, dans les xis mois de la clôture
de l’exercice l’assemblée des associés. Cette assemblée statue sur les états financiers
17
de synthèse annuels, donne les autorisations nécessaires et le cas échéant,
renouvelle le mandat du commissaire aux comptes. La convocation des associés peut
ne pas avoir lieu si la juridiction compétente accorde une dispense à l’administrateur.
Les associés même s’ils peuvent ne pas être convoqués, pendant la mission de
l’administrateur provisoire, ils peuvent prendre communication des documents sociaux
dans les mêmes conditions qu’antérieurement.
§3- La responsabilité de l’administrateur
L’administrateur engage sa responsabilité civile délictuelle à l’égard tant de la
société que des associés. Dans le silence de l’article 160-8 de l’AUDCS, les conditions
d’engagement de cette responsabilité peuvent celles de droit commun fixées pour les
autres dirigeants sociaux.
§4- La fin de la mission
La mission de l’administrateur provisoire peut prendre de plusieurs manières.
En premier lieu, la mission de l’administrateur provisoire peut prendre fin par le
remplacement étant entend que les causes de son remplacement peuvent être
nombreuses : incompatibilité, faute personnelle, maladie, emprisonnement, absence,
disparition décès. La mission de l’administrateur n’est pas éternelle. Ensuite, sa
mission peut prendre fin à l’expiration du délai fixé par la juridiction. Par ailleurs, sa
mission prend fin en cas de révocation. Celle-ci peut être demandée par tout associé
s’il existe de juste motif. Enfin, la mission de l’administrateur prend fin en cas décès
ou de démission.
18
TITRE II
L’APPORT DU DROIT DES ENTREPRISES EN DIFFICULTE
L’acte uniforme portant organisation des procédures collectives d’apurement du passif
prévoit deux procédures préventives : la conciliation et le règlement préventif.
CHAPITRE 1er
LA CONCILIATION
La conciliation est définie par l’article 2 alinéa 1 de l’AUPC comme une
procédure préventive consensuelle et confidentielle destinée à éviter la cessation des
paiements de l’entreprise débitrice afin d’effectuer en tout ou partie sa restructuration
financière ou opérationnelle pour la sauvegarder. Cette restructuration s’effectue par
le biais de négociations privées et de la conclusion d’un accord de conciliation négocié
entre le débiteur et ses créanciers ou au moins ses principaux créanciers grâce à
l’appui d’un tiers neutre, impartial et indépendant dit « conciliateur ».
Il ne faut aucun doute que la conciliation a pour objectif de chercher une solution
négociée avec les principaux créanciers sous le regard bienveillant d’un conciliateur
qui joue un rôle prépondérant. A cet égard, la conciliation conserve son caractère à la
fois préventif et contractuel qui exclut d’imposer un plan de redressement aux
créanciers et de porter atteinte au pouvoir de gestion du débiteur. En droit français,
contrairement au droit HADA, elle peut être ouverte après la cessation des paiements
dans les quarante-cinq jours qui suivent.
Dans les deux cas, la recherche de solutions négociées obéit à trois étapes : la
première est l’ouverture de la conciliation soumise à certaines conditions (S1) ; la
deuxième étape est le déroulement qui voit l’intervention d’un conciliateur (S2) et puis
la troisième étape est le dénouement qui prend fin avec la conclusion d’un accord
soumis à homologation (S3). Mais il se peut que la procédure échoue (S4).
SECTION 1- L’OUVERTURE DE LA PROCEDURE DE CONCILIATION
L’ouverture de la procédure de conciliation est subordonnée au respect de
certaines conditions dont certaines sont relative à l’entreprise et d’autres à la demande.
C’est au juge du tribunal compétent de prononcer la décision.
19
§1er- Les conditions de fond
La conciliation reste une procédure gracieuse qui entre le débiteur et ses
principaux créanciers tout en favorisant une solution négociée pour réduire ou
éradiquer les difficultés. Lorsqu’elle est ouverte, elle est censée ne porter atteinte ni à
la liberté de gestion du débiteur ni aux droits des créanciers.
A) Le statut juridique du débiteur
Les débiteurs pouvant solliciter une procédure de conciliation sont déterminés
par l’article 1-1 de l’AUPC. Aux termes de cette disposition, la conciliation est ouverte
aux personnes physiques exerçant une activité professionnelle indépendante, civile,
commerciale, artisanale ou agricole. Elle est également ouverte aux personnes
morales de droit privé et aux entreprises publiques ayant la forme d’une personne
morale de droit privé.
A ces personnes, il faut ajouter les personnes morales de droit privé exerçant
une activité soumise à un régime particulier lorsqu’il n’est pas disposé autrement par
une règlementation spécifique. Les activités soumises à un régime particulier sont
celles qui relèvent des établissements de crédit, au sens de la loi bancaire, des
établissements de microfinance et les acteurs des marchés financiers ainsi que les
sociétés d’assurance et de réassurance (opération par laquelle un assureur jugeant
trop lourds ou dangereux pour lui les risques qu’il a acceptés de couvrir s’en décharge
partiellement sur un autre assureur tout en demeurant intégralement tenu vis-à-vis de
l’assuré). Cette liste n’étant pas exhaustive, toutes les sociétés assujetties à un régime
particulier qui ne dispose pas autrement, restent soumises aux procédures collectives
en vigueur.
B) Les difficultés justifiant l’ouverture de la conciliation
La conciliation est ouverte aux débiteurs qui connaissent des difficultés avérées
ou prévisibles sans toutefois en cessation des paiements12. Ce qui signifie que deux
conditions sont exigées pour l’ouverture de la conciliation. La première condition est
l’existence de difficultés avérées ou prévisibles. Ces deux notions n’ont pas été
12
Article 5-1 de l’AUPC.
20
définies par les rédacteurs de l’AUPC. Mais il faut entendre par avérer ce qui se révèle
réellement ou se manifeste ou qui est ou reconnue vrai. Est prévisible ce qui peut être
prévu. On en déduit que les rédacteurs font allusion aux difficultés qui n’existent pas
encore mais qui pourraient se matérialiser. En revanche, si la difficulté est avérée, cela
suppose qu’elle est reconnue. Par conséquent, le débiteur se trouverait en cessation
des paiements comme en droit français.
La deuxième condition d’ouverture de la conciliation est que le débiteur qui la
sollicite ne soit pas en cessation des paiements. La cessation de paiement est au
regard de l’article 1-3 de l’AUPC, l’état où le débiteur se trouve dans l’impossibilité de
faire face à son passif exigible avec son actif disponible à l’exclusion des situations où
les réserves de crédit ou les délais de paiement dont le débiteur bénéficie de la part
de ses créanciers lui permettent de faire face à son passif exigible.
§2- Les conditions de forme
Les conditions de forme d’ouverture de la conciliation répondent à deux
questions : quelle est la juridiction compétente ? comment la juridiction est-elle saisie ?
A) La juridiction compétente
Elle renvoie à l’idée d’identification de la juridiction compétente tant au niveau
de la compétence d’attribution qu’au niveau de la compétence territoriale.
Concernant la compétence matérielle, elle est attribuée à la juridiction
compétente mais précisément au président de la juridiction compétente. Mais quelle
est cette juridiction ? Il s’agit de la juridiction chargée des affaires commerciales. En
droit ivoirien, c’est la loi n°2016-110 du 8 décembre 2016 portant création, organisation
et fonctionnement des juridictions de commerce modifiant la loi n°2014- 424 du 14
juillet 2014 qui régit la matière. En effet, aux termes de l’article 9 de la loi précitée, les
juridictions de commerce sont compétentes pour connaître des procédures collectives
d’apurement du passif. Toutefois, jusqu’à leur mise en place effective, les juridictions
de droit commun conservent leur compétence en matière commerciale.
La juridiction territorialement compétente est celle dans le ressort de laquelle le
débiteur, personne physique, a son principal établissement et s’il s’agit d’une personne
morale, a son siège social. Si le principal établissement ou bien le siège social est à
l’étranger, la procédure se déroule devant la juridiction dans le ressort de laquelle se
21
trouve le principal centre d’exploitation du débiteur ou de la personne morale situé sur
le territoire national.
Toute contestation sur la compétence de la juridiction saisie doit être tranchée
par celle-ci dans les 15 jours de sa saisine et en cas d’appel dans un délai de 30 jours
par la juridiction d’appel. Si la juridiction se déclare compétente, elle doit statuer aussi
sur le fond dans la même décision qui ne peut être attaquée que par la voie d’appel
tant sur le fond que sur la forme.
B) La saisine de la juridiction compétente
La juridiction compétente est saisie par requête émanant du débiteur seul ou de
son représentant s’il s’agit d’une personne morale, soit du débiteur et ses créanciers
dans l’hypothèse d’une requête conjointe. Il convient de préciser que la requête est
adressée au président de la juridiction. Cependant, dans sa demande, le débiteur doit
exposer outre les difficultés, les moyens d’y faire face. La demande doit être
accompagnée de certains documents datant de moins de 30 jours dont la liste est
déterminée par l’article 5-2 de l’AUPC. Ces documents sont essentiels pour permettre
au président de qualifier les difficultés de l’entreprise et de se situer par rapport à la
cessation des paiements. À la lecture de la liste des documents, on s’aperçoit que les
informations demandées sont de nature comptable et financière. Elles ne suffisent pas
à établir un diagnostic ni les perspectives de redressement de l’entreprise. On
comprend bien que cette situation s’explique par l’urgence.
Les documents joints à la requête sont :
1° ) une attestation d’immatriculation, d’inscription, ou de déclaration d’activité à un
registre ou à un ordre professionnel, ou à défaut, tout autre document de nature à
prouver la réalité de l’activité exercée par le débiteur ;
2°) le cas échéant, les états financiers de synthèse comprenant le bilan, le compte de
résultat, un tableau financier des ressources, des comptes et des emplois, l’état
annexé, le montant du Chiffre d’affaires et des bénéfices ou des pertes des trois
derniers exercices ;
3°) un état de la trésorerie et un état chiffré des créances et des lettres avec indication
des dates d’échéance ;
4°) un document indiquant le nombre des travailleurs déclarés et immatriculés à la
date de la demande ;
22
5°) une attestation dans laquelle le débiteur déclare sur l’honneur qu’il n’est pas en
cessation des paiements et qu’il n’est pas soumis à une procédure de règlement
préventif de redressement judiciaire ou de liquidation des biens qui ne serait pas
clôturée.
6°) si le débiteur propose un conciliateur, un document indiquant les nom, prénoms,
qualité et domicile de la personne proposée et une attestation de cette dernière
indiquant ses compétences professionnelles ;
7°) le cas échéant, un document indiquant les noms, prénoms et domicile des
créanciers qui se joignent à la demande du débiteur et le montant de leurs créances
et des éventuelles sûretés dont elles sont assorties.
En tout état de cause, ces documents doivent être datés, signés, certifiés
conformes et sincères par le requérant. Dans le cas où l’un des documents susvisés
ne peut être fourni ou ne peut l’être qu’incomplètement, la requête doit contenir des
motifs de cet empêchement.
§3– La décision d’ouverture
Lorsque les documents exigés sont réunis, le Président de la juridiction compétente
déclare ouverte la procédure de conciliation mais il peut aussi rejeter la demande. Ce
qui signifie qu’à l’issue de la demande formulée par le débiteur, deux scénarios
peuvent se produire.
En premier lieu, le président peut décider d’ouvre la procédure de conciliation. Il
désigne alors dans son ordonnance un conciliateur qui peut être celui proposé par le
débiteur lui-même. Mais en raison du caractère confidentiel de la procédure, il statue
à huis clos. La durée ne peut excéder trois (3) mois. Ce délai peut être prorogé par
décision motivée au moins d’un mois après un avis écrit du conciliateur. A l’expiration
de ces délais, la conciliation prend fin de plein droit et il ne peut être ouvert une
nouvelle procédure de conciliation avant l’expiration d’un délai de trois (3) mois.
En second lieu, la demande d’ouverture de la conciliation peut être rejetée. Dans
le silence de la loi, il nous semble qu’un appel peut être interjeté. Dans tous les cas la
décision ouvrant la conciliation ou rejetant la demande d’ouverture de la conciliation
ne fait l’objet d’aucune publicité. Ce qui signifie que ni les créanciers associés à la
demande ni les tiers ne peuvent être informés du déroulement de la procédure.
23
Section 2 : Le déroulement de la procédure de conciliation
Cette phase importante permet d’analyser le rôle du conciliateur dans la
négociation entre le débiteur et ses créanciers dont il convient de déterminer le statut.
§1er- Le statut du conciliateur
Le conciliateur peut être celui choisi par le débiteur ou non. Mais le choix du débiteur
peut être restreint même si la rémunération du conciliateur est à sa charge.
A- La restriction au libre choix du conciliateur
La décision d'ouverture désigne un conciliateur. Mais celui -ci doit avoir le plein
exercice de ses droits civils, justifier de sa compétence professionnelle et demeurer
indépendant et impartial vis-à-vis des parties concernées par la conciliation. En effet,
n’est pas indépendant celui qui a perçu, à quelque titre que ce soit, directement ou
indirectement, une rémunération ou un paiement de la part du débiteur intéressé, de
tout créancier du débiteur ou d'une personne qui en détient le contrôle ou est contrôlée
par lui, au cours des vingt-quatre (24) mois précédant la décision d'ouverture.
Ainsi ne peuvent pas être choisis comme conciliateur les parents ou alliés du
débiteur, jusqu'au quatrième degré inclusivement. Il en va de même pour tout magistrat
en fonction ou ayant quitté ses fonctions depuis moins de cinq (5) ans.
Dès qu'il est informé de sa désignation, le conciliateur atteste qu'il remplit, à sa
connaissance, les conditions énoncées ci-dessus. A tout moment, durant le
déroulement de la conciliation, s'il lui apparaît qu'il ne remplit plus ces conditions, il en
informe sans délai le Président de la juridiction compétente qui, s'il y a lieu, peut mettre
fin à sa mission et nommer un remplaçant.
B- La rémunération du conciliateur
Les modalités de sa rémunération sont déterminées par le président de la juridiction
avec l'accord du débiteur au jour de l'ouverture de la conciliation. Les critères sur la
24
base desquels la rémunération est arrêtée, son montant maximal chiffré et le montant
des provisions sont précisés dans un document signé par le débiteur et le conciliateur
et annexé à la décision d'ouverture. Si au cours de sa mission, le conciliateur estime
que le montant initialement déterminé est insuffisant, il en informe sans délai le
Président du tribunal qui fixe les nouvelles conditions en accord avec le débiteur. A
défaut d'accord, il est mis fin à la mission du conciliateur. Peu important les modalités
de détermination de la rémunération du conciliateur elle est à la charge du débiteur.
§2- La mission du conciliateur
Quelles missions et quels moyens pour l’accomplir ? quelles incidences sur le
pouvoir de gestion du débiteur ?
A) Le contenu de la mission
La mission fondamentale du conciliateur est de favoriser la conclusion entre le débiteur
et ses principaux créanciers ainsi que le cas échéant, ses cocontractants habituels d’un
accord amiable destiné à mettre fin aux difficultés de l’entreprise.
Dans le prolongement de cette mission, il peut présenter des propositions se
rapportant à la sauvegarde de l’entreprise. Il peut également inviter certains partenaires à
non créanciers afin de contribuer au succès de la mission.
Il n’a pas de pouvoir dans l’entreprise. La gestion de celle-ci incombe essentiellement
au débiteur qui dispose de la plénitude de pouvoir d’administration de disposition. En dépit
de l’extension de la mission du conciliateur, il est tenu à la confidentialité des informations.
D’ailleurs toutes les personnes qui sont impliquées dans cette procédure sont assujetties
à cette obligation. Cependant l’obligation de confidentialité n’est pas absolue car le
conciliateur informe régulièrement le tribunal de l’évolution de la mission ainsi les obstacles
et les observations nécessaires.
B) Les moyens à la disposition du conciliateur
Pour permettre au conciliateur d’accomplir avec efficacité sa mission la loi lui
accorde le pouvoir de demander au tout renseignement utile susceptible de favoriser
25
l’atteinte des objectifs. Il a le devoir de rendre compte régulièrement au président de
la juridiction compétente de l’état d’avancement de sa mission et de formuler toutes
observations utiles. Il peut peser de tout son poids, au moins indirectement sur la
négociation en éclairant le juge. En cas de survenance de la cessation des paiements,
le conciliateur ou le débiteur en informe le président.
C) L’indifférence de la négociation sur le pouvoir de gestion
Pendant la procédure de conciliation le débiteur n’est pas dessaisi de la gestion de
son entreprise. Il dispose de toutes les prérogatives dans l’accomplissement des actes
de gestion et de disposition des biens de son entreprise. Les éventuelles poursuites
dont il peut faire l’objet par ses créanciers ne sont pas automatiquement arrêtées s’il
est mis en demeure ou poursuivi par un créancier appelé à la conciliation pendant la
période de recherche de l’accord. Le président de la juridiction peut à la demande du
débiteur et après avis du conciliateur reporter le paiement des sommes dues et
ordonner la suspension des poursuites engagées par les créanciers. Ces mesures
prennent fin de plein droit au terme de la procédure ou après l’expiration du délai de 3
mois qui peut être prorogé d’un mois par le président.
L’ordonnance prononçant ces mesures est déposée au greffe et ne fait l’objet
d’aucune publicité. Elle est communiquée néanmoins aux créanciers concernés sans
délai et rappelle l’obligation de confidentialité des parties prenantes.
SECTION 3- LE DENOUEMENT DE LA PROCEDURE DE CONCILIATION
La procédure de conciliation peut avoir deux issue : la première est la conclusion
d’un accord ; lequel peut être homologué ou déposé au rang des minutes d’un notaire.
La seconde est l’échec de la procédure de conciliation.
§1- La conclusion de l’accord
A- La négociation débiteur – créanciers
La conciliation nécessite un travail important à réaliser par le conciliateur qui met tout
en œuvre afin que la recherche de solution pour l’entreprise soit facilitée.
B- Le soutien des créanciers
Lors que le débiteur est dans une procédure de conciliation, certains créanciers lui
apportent leur concours. Il peut s’agir d’apport en trésorerie ou de l’apport d’un bien
26
ou service pour permettre la continuation de l’activité et par ricochet du niveau des
emplois.
§2- L’homologation de l’accord ou le dépôt chez un notaire
A- L’homologation de l’accord
Lorsqu’un accord a été trouvé il peut faire l’objet d’homologation ou d’exéquatur
par la juridiction compétente. L’article 5-10 dispose que l’homologation est de droit la
soumet néanmoins à des conditions.
Il faut signaler qu’l n’y a pas d’homologation si l’accord est contraire à l’ordre
public. Le greffier appose la formule exécutoire et les copies valant titre peuvent être
délivrées aux parties à l’accord. La décision d’homologation ou d’exequatur, non
seulement, ne fait l’objet d’aucune publicité, mais aussi, ne reprend pas le contenu de
l’accord. Il est confidentiel et insusceptible des voies de recours.
B- Le dépôt de l’acte chez un notaire
Aux termes de l’article 5-10 de l’Acte Uniforme, « l’accord signé peut être à la
requête de la partie la plus diligente déposée au rang des minutes d’un notaire (..) ».
Le texte étant silencieux, en cas de dépôt au rang des minutes d’un notaire, il nous
semble que toutes les difficultés liées à l’exécution d’un tel accord seront régies selon
le droit commun. En revanche, en cas d’homologation qui, d’ailleurs, est de droit ne
peut être refusé que si l’accord est contraire à l’ordre public. Le greffier appose la
formule exécutoire et les copies valant titre peuvent être délivrées aux parties à
l’accord. La décision d’homologation ou d’exequatur, non seulement, ne fait l’objet
d’aucune publicité, mais aussi, ne reprend pas le contenu de l’accord. Il est confidentiel
et insusceptible des voies de recours.
C- La force obligatoire de l’homologation
L’homologation produit des effets aussi bien à l’égard des créanciers que des
coobligées ou des personnes ayant consenti une sûreté personnelle. En effet, pendant
la durée de son exécution, l’accord interrompt ou interdit toute action en justice et
arrête toute poursuite individuelle tant sur les meubles que les immeubles du débiteur
dans le but d’obtenir le paiement des créances qui en font l’objet. Il interrompt
également pour la même durée les délais impartis aux créanciers parties à l’accord à
peine de déchéance ou de résolution des droits afférents aux créances mentionnées
par l’accord.
27
Les créanciers qui ne sont pas parties à l’accord poursuivent librement le
recouvrement de leurs créances sauf que l’usage par le juge du délai de grâce ou s’il
s’agit des créanciers qui avaient pendant la conciliation engagé une poursuite.
Les personnes ayant consenti une sûreté personnelle ou ayant affecté ou cédé un
bien en garanti ; ainsi que les coobligés peuvent se prévaloir des dispositions de
l’accord. Toutefois, en cas d’une procédure de liquidation des biens postérieurement
à la conclusion d’un accord de conciliation homologué, les personnes qui avaient
consenti dans l’accord un nouvel apport en trésorerie au débiteur en vue d’assurer la
pérennité tant de l’entreprise que de l’activité elle-même, sont payées prioritairement
avant toutes créances nées antérieurement à l’ouverture de la conciliation. Il s’agit du
privilège de l’argent frais. Ce privilège ne s’applique pas aux apports consentis par les
actionnaires ou associés qui ont contribué à une augmentation du capital.
§3- Les incitations pour certains créanciers
A- La détermination des créances privilégiées
Lorsqu’une procédure de conciliation est ouverte, certaines personnes peuvent
apporter leur concours au débiteur pour le permettre de favoriser la mise en œuvre de
l’accord recherché. Il s’agit en premier lieu des personnes qui ont consenti un nouvel
apport de trésorerie au débiteur en vue d’assurer la continuité de et la pérennité de
l’activité. En second lieu, il s’agit également des personnes qui ont fourni un nouveau
bien ou service en vue d’assurer la poursuite de l’activité.
Sont exclues de cette catégorie de créanciers les personnes ayant fait un apport dans
le cadre de l’augmentation du capital social du débiteur.
B- La priorité de paiement attachées à ces créances privilégiées
Lorsque dans le cadre de la conciliation des personnes ont fourni des biens ou service
ou un fait des apports de trésorerie elle bénéficie d’un privilège qui doit être surveillé
par le juge lors de l’homologation du concordat. L’ordre de priorité est fixé par les
articles 166 et 167 de l’AUPC. Selon ces dispositions que les deniers proviennent de
la réalisation des biens mobiliers ou des biens immobiliers les créanciers qui ont
apporté leur appui au débiteur dans une procédure de conciliation sont payés en
premier lieu. D’ailleurs, cette priorité est étendue aux créanciers qui ont joué le même
rôle lors de l’ouverture d’une procédure de règlement préventif ou de redressement
judiciaire.
28
SECTION 4- L’ECHEC DE LA PROCEDURE DE CONCIALIATION
L’échec est possible à un double niveau. La procédure de conciliation n’aboutit pas à
un accord (§1) ou l’accord n’est pas exécuté (§2).
§1er- L’échec de la procédure elle-même
L’échec de la procédure est possible à un double niveau. La procédure n’aboutit
pas à un accord ou l’accord n’est pas exécuté. En cas d’impossibilité de parvenir à un
accord, le conciliateur présente sans délai un rapport écrit au président de la juridiction
compétente. Celui-ci met fin à la mission et à la conciliation après avoir entendu le
débiteur. La décision du président est notifiée au débiteur, au conciliateur ainsi qu’aux
créanciers et contractants appelés à la conciliation. Il importe de rappeler que la
décision est confidentielle et ne fait l’objet d’aucune mesure de publicité.
Mais même en l’absence d’un accord de conciliation notamment à l’expiration
de la période légale de conciliation, la procédure prend fin de plein droit. Toutefois, il
arrive que l’accord trouvé ne soit pas exécuté conformément à ce qui été convenu.
§2- L’inexécution de l’accord
Il arrive que l’accord trouvé ne soit pas exécuté conformément à ce qui a été convenu
ou qu’une autre procédure collective s’ouvre.
A- Le sort de l’accord
L’accord trouvé peut ne pas faire l’objet d’exécution soit volontairement soit
involontairement. Dans le second cas, il peut avoir modification de l’accord pour
l’adapter aux circonstance. Mais dans le premier cas, la partie la plus diligente peut
introduire une action en résolution de l’accord. La juridiction compétente est celle qui
a connu la conciliation. L’article 5-13 qui organise cette action en résolution de l’accord
est silencieux lorsque l’accord est déposé chez un notaire. En tout état de cause,
lorsque la résolution est prononcée, les créanciers recouvrent l’intégralité de leurs
créances déduction faite des sommes déjà perçues.
B- L’ouverture d’une procédure collective
29
La conciliation prend fin à l’expiration des délais légaux ou en cas de survenance
de la cessation des paiements, à l'ouverture d'une procédure de règlement préventif,
de redressement judiciaire ou de liquidation des biens. Ce qui signifie que l’ouverture
d’une procédure de règlement préventif met fin à la conciliation. De même lorsqu’il
apparait la cessation des paiements qui entrainera l’ouverture d’une procédure de
redressement judiciaire ou de la liquidation des biens il est mis fin à l’accord. A cela
s’ajoute la résolution de l’accord sus évoqué. Dans ce cas également, les créanciers
recouvrent l'intégralité de leurs créances, déduction faite des sommes perçues.
30
CHAPITRE II
LA PROCEDURE DE REGLEMENT PREVENTIF
Le règlement préventif est une procédure collective, préventive destinée à éviter
la cessation des paiements de l’entreprise débitrice et à permettre l’apurement de son
passif au moyen d’un concordat préventif. Il est ouvert à toutes les entreprises y
compris les petites entreprises. Dans ce cas, on parle de procédure de règlement
simplifié.
A l’instar de la conciliation, l’ouverture du règlement préventif est subordonnée
à des conditions. Mais lorsqu’il fait droit à la demande du débiteur le règlement
préventif produit plusieurs effets. Sa mise en œuvre obéit aussi à trois étapes :
l’ouverture, le déroulement et l’issue.
SECTION I- L’OUVERTURE DE LA PROCEDURE DE REGLEMENT PREVENTIF
L’ouverture de la procédure de règlement préventif est soumise à des
conditions. Lorsque ces conditions sont réunies, elles autorisent le président de de la
juridiction à prononcer une décision d’ouverture. Il peut aussi s’agir d’une demande
émanant d’une petite entreprise.
§1er- Les conditions d’ouverture de la procédure
Il s’agit des conditions de fond et des conditions de forme.
A) Les conditions de fond
Elles sont relatives au statut du débiteur et à sa situation financière.
1- Le statut du débiteur
Le règlement préventif est applicable à toute personne physique exerçant une
activité professionnelle indépendante, civile, commerciale, artisanale ou agricole, à
toute personne morale de droit privé ainsi qu'à toute entreprise publique ayant la forme
d'une personne morale de droit privé. Il est également applicable aux personnes
morales de droit privé qui exercent une activité soumise à un régime particulier lorsqu'il
n'en est pas disposé autrement dans la réglementation spécifique régissant ladite
activité. Les activités soumises à un régime particulier sont, notamment, celles des
31
établissements de crédit au sens de la loi bancaire, des établissements de micro-
finance et des acteurs des marchés financiers ainsi que celles des sociétés
d'assurance et de réassurance des États parties au Traité de l'OHADA.
2- L’existence de difficultés financières économiques et sérieuses
Pour bénéficier de la procédure règlement préventif, le débiteur ne doit pas être
en cessation de paiement. Il doit justifier l’existence de difficultés financières ou
économiques sérieuses. Si les difficultés financières sérieuses constituent la condition
essentielle, aucune définition de ces notions n’a été donnée par les rédacteurs de
l’Acte Uniforme. En l’absence de définition, il convient de retenir que ces difficultés ne
devraient pas être éventuelles ou incertaines. Autrement, l’entreprise sera en
cessation de paiement. A la question de savoir à quel moment le débiteur peut
solliciter l’ouverture du regelement préventif, il faut relever qu’il peut le faire à tout
moment mais à certaines conditions.
Tout d’abord, le débiteur ne peut pas présenter une demande si un concordat
préventif ou de redressement est en cours d’exécution. Ensuite, la demande est
irrecevable avant l’expiration d’un délai de trois (3) ans à compter de l’homologation
d’un précédent concordat préventif. Enfin, aucun règlement préventif ne peut intervenir
avant l’expiration d’un délai de 18 mois à compter de la fin d’un règlement préventif
n’ayant pas abouti à un concordat préventif.
B- Les conditions de forme
Elles sont relatives à la saisine de la juridiction compétente et au contenu de la
demande.
1- La saisine de la juridiction compétente
La saisine de la juridiction compétente peut être l’œuvre du débiteur ou de l’un
ou plusieurs de ses créanciers. La requête, qu’elle soit introduite par le débiteur seul
ou conjointement, doit être déposée au greffe contre récépissé.
2- Le contenu de la demande
La demande d’une procédure de règlement préventif doit obligatoirement être
établie par requête et non par assignation. Dans la demande, le débiteur est tenu non
seulement d’exposer les difficultés économiques sérieuses qu’il traverse mais
32
également, de proposer les perspectives de redressement de l’entreprise et
d’apurement de son passif. La demande est nécessairement accompagnée d’un
certain nombre de documents sous peine de sanction. Certains sont obligatoires et
d’autres sont facultatifs.
a- Les documents facultatifs
Les documents facultatifs dont la production n’entraîne pas rejet systématique
de la demande sont :
1°) l’état détaillé, actif et passif des sûretés personnelles et réelles données ou reçues
par l’entreprise et ses dirigeants ;
2°) un document indiquant les noms, prénoms et adresses des représentants du
personnel ;
3°) un document indiquant l’identité et les compétences de l’expert au règlement s’il
est proposé par le débiteur ;
4°) si le débiteur propose une personne à la désignation en qualité d'expert au
règlement préventif, un document indiquant les noms, prénoms, qualités et domicile
de cette personne et une attestation de cette dernière précisant qu'elle remplit les
conditions exigées ;
5°) un document indiquant les noms, prénoms, qualités et domiciles des personnes
qui envisagent de consentir un nouvel apport en trésorerie ou de fournir un nouveau
bien ou service, avec l'indication du montant de l'apport ou de la valeur du bien ou du
service ;
6°) un document indiquant les noms, prénoms et domiciles des créanciers qui se
joignent à la demande du débiteur, et le montant de leurs créances et des éventuelles
suretés dont elles sont assorties.
Lorsque ces documents ne peuvent être fournis ou ne peuvent l’être
qu’incomplètement, la demande doit indiquer néanmoins les motifs de cet
empêchement.
b- Les documents obligatoires
Les documents obligatoires sont ceux exigés à peine d’irrecevabilité du dossier. Ils
doivent, aussi bien, être datés de moins de 30 jours que signés, certifiés conformes et
sincères par le requérant. Il s’agit :
33
1°) d’une attestation d'immatriculation, d'inscription ou de déclaration d'activité à un
registre ou à un ordre professionnel ou, à défaut, tout autre document de nature à
prouver la régularité de l'activité exercée par le débiteur ;
2°) des états financiers de synthèse comprenant le bilan, le compte de résultat, un
tableau financier des ressources et des emplois, l'état annexé et, en tout état de cause,
le montant du chiffre d'affaires et des bénéfices ou pertes des trois (03) derniers
exercices ou, à défaut, tout autre document de nature à établir la situation financière
et économique du débiteur si la requête est introduite par un débiteur répondant à la
définition de la petite entreprise ;
3°) d’un état de la trésorerie et un état chiffré des créances et des dettes avec
indication des noms, qualités et adresses des créanciers et des dates d'échéance ou,
à défaut, tout autre document de nature à établir la capacité du débiteur de faire face
à son passif exigible avec son actif disponible si la requête est introduite par un
débiteur répondant à la définition de la petite entreprise ;
4°) d’un document indiquant le nombre de travailleurs et le montant des salaires et des
charges salariales à la date de la demande ou, à défaut, tout autre document de nature
à permettre d'identifier et de dénombrer les travailleurs du débiteur et d'estimer le
montant des salaires et des charges salariales si la requête est introduite par un
débiteur répondant à la définition de la petite entreprise ;
5°) d’une attestation émanant du débiteur par laquelle il déclare sur l'honneur ne pas
être en état de cessation des paiements ;
6°) d’une attestation du débiteur indiquant qu'il ne bénéficie pas d'un accord de
conciliation en cours d'exécution et, en tout état de cause, qu'il n'est pas soumis à une
procédure collective, qui ne serait pas clôturée et qu'il remplit les conditions du dernier
alinéa de l'article 6 c’est-à-dire des cas d’empêchement d’une demande de règlement
préventif ;
7°) l’inventaire des biens du débiteur avec indication des biens mobiliers soumis à
revendication par leurs propriétaires et de ceux affectés d'une clause de réserve de
propriété ou, à défaut, un inventaire provisoire si la requête est introduite par un
débiteur répondant à la définition de la petite entreprise ;
34
8°) s’il s'agit d'une personne morale, la liste des membres solidairement responsables
des dettes de celle-ci, avec indication de leurs noms, prénoms et domiciles, ainsi que
des noms et adresses de ses dirigeants ;
9°) d’un projet de concordat préventif ;
§2- La décision du président du tribunal
Elle est prise par le président de la juridiction compétente. Elle est subordonnée à
l’existence d’un projet de concordat. Mais lorsque la décision est prise, elle a un
contenu non moins négligeable et induit des effets à raison de la période d’observation.
A) Le prononcé de la décision
Le président de la juridiction ne prononce la décision d’ouverture que si le débiteur lui
propose un projet de concordat sérieux. Le concordat est sérieux, si le projet proposé au
président présente des mesures de nature à aboutir au redressement de l’entreprise. Il en est
ainsi des modalités de continuation de l’entreprise telles que la demande de délai et de remise,
la cession partielle d’actif avec indication des biens à céder, la location-gérance d’une branche
formant l’activité d’un fonds de commerce, la cession totale ou partielle de l’entreprise.
Toutefois, ces mesures ne doivent pas être limitatives et exclusives les unes des autres.
Il en est également ainsi des Modalités de maintien et de financement de l’entreprise,
de règlement du passif, ainsi que les garanties fournies pour assurer l’exécution. Ex : La
souscription d’une augmentation de capital par les anciens ou nouveaux associés, une
conversion de créance en capital, l’ouverture de crédit par un établissement bancaire, un
nouvel apport en trésorerie, la continuation des contrats en cours
On peut aussi ajouter l’identité et la qualité professionnelle des personnes tenues
d’exécuter le concordat, le niveau et les perspectives d’emplois ainsi que les licenciements
pour motif économique conformément au droit du travail, le remplacement des dirigeants².
B- Les effets de la décision d’ouverture
35
La décision du président de la juridiction compétente désigne un expert chargé de
faire un rapport sur la situation économique et financière certes mais elle interrompt
les poursuites individuelles.
La décision du président entraîne la suspension des poursuites individuelles.
En effet, la décision d’ouverture prononcée par le président de la juridiction
compétente suspend toutes les poursuites individuelles tendant à obtenir le paiement
des créances nées antérieurement à la décision pour une durée maximale de 3 mois
qui peut être prorogé d’un mois. Cette suspension des poursuites s’applique tant aux
voies d’exécution qu'aux mesures conservatoires y compris toutes les mesures
d’exécution extra-judiciaires. Point n’est besoin de faire une distinction entre les
créances de sorte que la suspension s’applique à toutes les créances chirographaires
et à celles garanties par un privilège général, un privilège mobilier spécial, un gage,
un nantissement ou une hypothèque.
Toutefois, la suspension ou l’interdiction ne s’applique pas aux créanciers de
salaires et d’aliments. Elle ne s’applique pas non plus aux actions tendant à la
reconnaissance des droits ou des créances contestées ni aux actions cambiaires
dirigées contre les signataires d’effets de commerce autres que le bénéficiaire des
actions de la suspension des poursuites individuelles. Il convient d’ajouter que pendant
toute la durée de la procédure, les délais impartis aux créanciers à peine de déchéance
ou résolution de leurs droits sont aussi suspendus.
L’ordonnance d’ouverture de la procédure de règlement préventif produit plusieurs
autres effets. Pendant la période d’observation, les intérêts légaux ou conventionnels
ainsi que les intérêts moratoires et les majorations continuent à courir mais ne sont
pas exigibles sauf remises par les créanciers. En outre, pendant la même période, il
est formellement interdit au débiteur à peine de nullité de plein droit, sauf autorisation
du président de payer en tout ou partie les créances nées antérieurement à la décision
d’ouverture. Il lui est également interdit d’accomplir des actes de disposition étrangers
à l’exploitation de l’entreprise ou même de consentir une sûreté. Enfin, il lui est interdit
de désintéresser les coobligés et les personnes ayant consenti une sûreté personnelle
ou ayant affecté ou cédé un bien en garantie lorsqu’elles ont acquitté des créances
nées avant la décision d’ouverture.
§3- Le cas du règlement préventif simplifié
36
La procédure de règlement simplifié est soumise aux règles applicables au
règlement préventif. A la différence que le débiteur qui a la faculté de demander
l’application de la procédure de règlement simplifié doit répondre à la définition de la
petite entreprise, autrement dit ce débiteur doit obéir aux conditions exigées aux
petites entreprises. Est appelée « petite entreprise » toute entreprise individuelle,
société ou autre personne de droit privé dont le nombre de travailleurs est inférieur ou
égal à 20 et dont le chiffre d’affaires n’excède pas 50 millions de F CFA hors taxe au
cours des 12 mois précédent la saisine de la juridiction compétente.
Il convient d’ajouter que le débiteur souhaitant bénéficier de la procédure de
règlement préventif simplifié doit introduire sa requête dans les mêmes conditions que
la procédure de règlement préventif ordinaire.
Mais si un projet de concordat est exigé pour l’ouverture du règlement préventif
ordinaire, la procédure de règlement préventif simplifié peut être ouverte même si
aucun projet de concordat préventif n’a été fourni.
Rappelons tout de même que le demandeur doit ajouter à sa requête un
document dans lequel il déclare sur l’honneur qu'il remplit les conditions exigées des
petites entreprises. Lorsque le projet de concordat n’a pas été déposé au même
moment que la demande d’ouverture, le projet est établi par le débiteur avec le
concours de l’expert au règlement. Ce projet doit aussi respecter les mêmes conditions
exigées par le règlement préventif ordinaire. Ainsi, le projet doit préciser les modalités
d’apurement du passif, les demandes de délais et de remises, les personnes tenues
d’exercer le concordat préventif y compris le cas échéant tous les éléments permettant
d’établir la viabilité économique du débiteur.
La décision de la juridiction compétente de faire application du règlement
préventif simplifié n’est susceptible d’aucun recours. Mais il faut remarquer que les
délais de 3 mois et d’un mois sont respectivement réduits à 2 mois et 15 jours.
SECTION 2- LE DEROULEMENT DE LA PROCEDURE
§ 1er- La préparation du plan de redressement
37
La préparation du plan de redressement repose principalement sur l’expert au
règlement préventif désigné. Ce dernier doit satisfaire aux conditions exigées des
mandataires judiciaires. Il doit présenter toutes les garanties d’indépendance, de
neutralité et d’impartialité. Il a pour mission de rendre compte de rendre compte
régulièrement au Président de la juridiction, de l’état d’avancement de sa mission et
formuler si nécessaire des observations utiles. S’il a connaissance de la survenance
de la cessation des paiements, il en informe sans délai le président. Dans ce cas, il est
mis fin à la procédure de règlement préventif et à la mission de l’expert après avoir
entendu le débiteur. L’expert informe également le président, s’il lui parait que l’accord
préventif, ou un concordat est impossible à trouver. Celui-ci après avoir entendu le
débiteur et les créanciers peut décider de poursuivre la procédure ou d’y mettre fin.
Pour l’accomplissement de sa mission l’expert dispose des mêmes moyens que le
conciliateur. Il peut donc demander tout renseignement utile au débiteur, entendre
toutes les personnes dont l’audition est nécessaire à la réussite de la mission.
§2- La décision de la juridiction compétente
La juridiction compétente doit en audience non publique se prononcer dans le
mois de sa saisine. Elle peut décider d’homologuer le concordat ou refuser.
A- L’homologation du concordat
La juridiction compétente peut confirmer ou non la décision d’ouverture de
règlement préventif. Dans sa prise de décision, elle peut homologuer l’offre de
concordat préventif ou même rejeter la procédure. A cet effet, elle est saisie par le
président : sa décision doit intervenir immédiatement à partir de sa saisine ou au plus
tard dans un délai de trente (30) jours. Si la décision n’intervient pas dans ce délai à
compter de sa saisine, le règlement préventif prend fin de plein droit.
Conséquemment, les créanciers recouvrent l’exercice de leurs droits et le débiteur
recouvre la pleine administration de ses biens. Rappelons tout de même que pendant
la période de 30 jours, le règlement préventif continue de produire ses effets,
notamment la suspension des poursuites individuelles.
L’homologation du concordat préventif n’est pas obligatoire. En effet, si la
juridiction compétente constate que le débiteur est en cessation des paiements, elle
38
statue d’office sur le redressement judiciaire ou la liquidation des biens. Si elle estime
que la situation du débiteur ne relève d’aucune procédure collective ou si elle rejette
le concordat proposé, le règlement préventif prend fin immédiatement. Dans cette
hypothèse, la décision remet les parties dans l’état où elles se trouvaient avant la
décision d’ouverture. En revanche, si la situation du débiteur le justifie, la juridiction
compétente approuve le concordat préventif en constatant les délais et remises
consentis par les créanciers et en donnant acte au débiteur des mesures proposées
pour le redressement de l’entreprise. Toutefois, les délais et remises consentis par
les créanciers peuvent être différents.
Cette position de la juridiction compétente trouve sa justification dans les
conditions d’homologation du concordat. Pour bénéficier de l’homologation, le
concordat doit remplir les conditions de validité du concordat préventif. Ensuite, aucun
motif tiré de l’intérêt collectif ou de l’ordre public ne doit être de nature à empêcher le
concordat. Enfin, les délais consentis ne doivent pas excéder pas 3 ans pour
l’ensemble des créanciers et un an pour les créanciers de salaire.
En tout état de cause, la juridiction compétente doit vérifier que les privilèges
accordés aux personnes qui ont favorisé le redressement de l’entreprise ne portent
pas atteinte aux intérêts des créanciers.
Mais, il peut arriver que certains créanciers refusent d’accorder au débiteur des
délais ou des remises. Dans ce cas, le Président de la juridiction offre ses bons offices
aux créanciers et débiteur, entend les créanciers sur le motif de leur refus et provoque
une négociation entre les parties en vue de leur permettre d’aboutir à un accord.
Si malgré les bons offices du président, les parties ne parviennent pas à trouver un
accord et dans le cas où le concordat préventif comporte seulement un délai
n’excédant pas deux ans, la juridiction peut le rendre opposable aux créanciers ayant
refusé tout délai et toute remise. Cela n’est possible que si le délai ne met pas en péril
l’entreprise de ces créanciers.
Les créanciers de salaires et d’aliments ne peuvent consentir aucune remise ni
se voir imposer un délai qu’ils n’ont pas consenti eux-mêmes.
B- La force obligatoire du concordat préventif homologué
La force obligatoire du concordat homologué est analysée à l’égard des
créanciers, de l’expert et du débiteur.
39
1- À l’égard des créanciers
L’homologation du concordat préventif rend celui-ci obligatoire à l’égard de tous
les créanciers antérieurs à la décision d’ouverture peu importe la qualité des créanciers
(créanciers munis de sûreté, ou créanciers chirographaires). L’homologation rend
également l’accord obligatoire pour les coobligés ou les personnes ayant consenti une
sûreté personnelle lorsqu’elles ont acquitté les dettes du débiteur nées avant la
décision d’ouverture. Mais il convient de rappeler que les créanciers munis d’un
privilège général, mobilier, spécial, gage, nantissement ne perdent pas leur garantie.
Ils ne peuvent les réaliser qu'en cas d’annulation ou de résolution du concordat
préventif auquel ils ont consenti ou qui leur a été imposé.
La prescription demeure suspendue à l’égard de tous les créanciers qui ne
peuvent exercer leur droit ou action. A l’exception des personnes physiques, les
coobligés ou les personnes ayant consenti une sûreté personnelle ou affecté ou cédé
un bien en garantie ne peuvent se prévaloir des délais et remises du concordat
préventif. Le concordat préventif suspend également les délais impartis aux
créanciers, parties audit concordat sous peine de déchéance ou de résolution des
droits afférents aux créances mentionnées par ledit concordat.
2- A l’égard de l’expert
L’expert désigné rend compte par écrit de sa mission au président de la
juridiction compétente dans le délai d’un mois à compter de la décision d’homologation
ou celle mettant fin au règlement préventif. Le président vise le compte rendu. A défaut
de retrait par le débiteur des papiers et effets remis par lui à l’expert, celui-ci en est
dépositaire pendant deux ans à partir de son compte rendu.
La décision met fin à la mission de l’expert et à la procédure. Toutefois, la
juridiction peut désigner d’office à la demande des parties un syndic et/ou des
contrôleurs chargés de surveiller l’exécution du concordat préventif. L’expert au
règlement peut être désigné comme le syndic. La juridiction compétente désigne
également un juge commissaire chargé de contrôler les activités du syndic ou des
contrôleurs.
3- A l’égard du débiteur
Le débiteur est tenu d’exécuter avec bonne foi les engagements concordataires. Mais
lorsque la décision d’homologation est passée en force de chose jugée, le débiteur
40
recouvre la liberté d’administration et de disposition de ses biens. Il arrive que les
créanciers soient trompés à travers de fausses informations dans l’établissement du
concordat ou que le débiteur n’exécute pas comme convenu ses engagements. Dans
ce cas, le concordat peut être remise en cause.
SECTION 3 – LA REMISE EN CAUSE DU CONCORDAT PREVENTIF
La remise en cause du concordat peut être occasionnée par une action en
annulation ou en résolution. Mais il n’est pas exclu que le concordat préventif soit
modifié après son homologation en raison des circonstances qui rendent difficile son
exécution par le débiteur.
§ 1- L’annulation du concordat préventif
L’annulation est la déclaration judiciaire de la nullité. Il s’agit d’un acte
juridictionnel par lequel un tribunal constate l’existence d’une cause de nullité et décide
en conséquence que l’acte vicié sera rétroactivement tenu pour non avenu en raison
de la violation ou du non-respect des conditions de formation de l’acte.
L’annulation du concordat suscite au moins trois préoccupations. Quelle est la cause
de l’annulation du concordat préventif ? Quelles sont les conditions d’exercice de
l’action en annulation ? Quels sont les effets de l’annulation ?
A- La cause de l’annulation
Le dol est l’unique cause pouvant provoquer l’action en nullité du concordat. Le
dol est défini comme un comportement malhonnête, le plus souvent d’un contractant
envers l’autre, sous forme de manœuvres, de mensonges, feintes, destinés à
surprendre le consentement de l’autre partie. En droit civil, il désigne une tromperie en
l’absence de laquelle le contrat aurait quand même été conclu mais à des conditions
différentes.
En droit pénal, le dol est l’élément psychologique des infractions intentionnelles,
par rapport à la faute constituant l’élément psychologique des infractions non
intentionnelles. En droit des entreprises en difficulté, le dol résulte de la dissimulation
d’actif ou de l’exagération du passif. Toutefois, il doit être découvert après
l’homologation du concordat préventif pour justifier la sanction.
B- L’exercice de l’action en annulation
41
L’action en nullité n’appartient qu'au ministère public et au contrôleur qui apprécient
l’opportunité de son exercice ou non. L’exercice de cette action est enfermé dans le
délai d’un an suivant la découverte du dol. La juridiction qui a ouvert la procédure,
apprécie souverainement l’opportunité de l’annulation ou non du concordat en fonction
de l’intérêt collectif des créanciers et des travailleurs.
C- Les effets de l’annulation
L’annulation du concordat préventif a pour principal effet de libérer de plein droit
les personnes ayant consenti un cautionnement ou affecté ou cédé un bien en garantie
sauf si elles avaient connaissance du dol lors de leur engagement.
En cas d’annulation du concordat et si la juridiction compétente constate la
cessation des paiements du débiteur, elle prononce le redressement judiciaire ou la
liquidation des biens.
Si le débiteur n’a payé aucun dividende, les remises concordataires sont
anéanties et les créanciers antérieurs recouvrent l’intégralité de leurs droits.
Si le débiteur a payé une partie du dividende, les créanciers antérieurs au
concordat ne peuvent réclamer que la part de leur créance primitive correspondant à
la portion du dividende promis qu'ils n’ont pu toucher.
En cas d’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire ou de liquidation
des biens, les titulaires de créances contre la première masse conservent leur droit de
préférence par rapport aux créanciers de la deuxième masse.
Les actes qui sont accomplis par le débiteur entre l’homologation du concordat
et son annulation ne peuvent être déclarés inopposables qu’en cas de fraude au droit
des créanciers et conformément aux dispositions relatives à l’action paulienne. Dans
l’hypothèse d’annulation du concordat de redressement judiciaire, la juridiction
compétente convertit le redressement judiciaire en liquidation des biens et nomme un
syndic. Dans ce cas, il est constitué une seule masse des créanciers antérieurs et
postérieurs au concordat. L’annulation du concordat préventif n’est pas la seule
sanction. Il est susceptible de résolution.
§2- La résolution du concordat préventif
La résolution est l’anéantissement en principe rétroactif d’un contrat
synallagmatique. Fondée sur l’interdépendance des obligations résultant de ce type
42
de contrat, elle consiste à libérer une partie de son obligation lorsque l’obligation de
l’autre ne peut être exécutée soit du fait d’une faute de celle-ci, soit par l’effet d’une
cause étrangère13. Quelles sont les conditions et les effets de la résolution ?
A- Les conditions de la résolution
La résolution peut être prononcée, d’abord en cas d’inexécution par le débiteur de
ses engagements concordataires (remise de dette, délai consenti …). Mais la
juridiction apprécie après avis du ministère public et des contrôleurs si ces
manquements sont de nature à compromettre définitivement l’exécution du concordat.
Dans le cas contraire, elle accorde des délais de paiement qui ne peuvent excéder
plus de six (6) mois ceux déjà consentis par les créanciers.
Ensuite, la juridiction peut prononcer la résolution si le débiteur est frappé pour
quelque cause que ce soit, d’interdiction d’exercer une activité indépendante agricole,
artisanale, professionnelle, civile sauf si la durée et la nature de l’interdiction sont
compatibles avec la poursuite de l’activité de l’entreprise par location-gérance au fin
d’une cession éventuelle d’entreprise dans des conditions satisfaisantes pour l’intérêt
collectif.
Enfin, la résolution est prononcée lorsque, s’agissant d’une personne morale à
qui le concordat a été accordé et dont les dirigeants ont été sanctionnés par la faillite
personnelle assument de nouveaux en fait ou en droit la direction de l’entreprise. Si
l’interdiction frappe les dirigeants en cours d’exécution du concordat, celui-ci est résolu
à moins que les dirigeants cessent d’exercer leur fonction. Mais la juridiction peut
accorder un délai qui ne saurait excéder 3 mois ou procéder au remplacement des
dirigeants. La juridiction compétente est saisie à la requête d’un créancier ou des
contrôleurs du concordat. La juridiction peut se saisir d’office, le débiteur entendu ou
dûment appelé.
B- Les effets de la résolution du concordat
La résolution produit les mêmes effets que l’annulation, seulement que l’annulation
ne libère pas les cautions qui sont intervenues pour en garantir l’exécution totale ou
partielle. Les décisions d’annulation du concordat ou de résolution sont susceptibles
13
G. CORNU, Vocabulaire juridique, puf 2016, p. 917.
43
d’appel du débiteur, du ministère public ou du contrôleur dans un délai de 15 jours à
compter de leur prononcé.
SECTION 4- LES VOIES DE RECOURS
Les voies de recours sont régies par les articles 22 et 23-1 de l’AUPC. Elles
peuvent être exercées par le débiteur, les créanciers et le ministère public.
§ 1er- Les voies de recours à la disposition du débiteur
Les décisions rejetant la demande d’ouverture du règlement préventif, celles
mettant fin au règlement préventif ou rejetant l’homologation du concordat préventif
sont susceptibles d’appel formé par le débiteur dans un délai de 15 jours à compter de
leur prononcé.
La juridiction d’appel statue dans un délai de 30 jours à compter de sa saisine.
Si elle constate la cessation des paiements, elle fixe provisoirement la date de celle-ci
et prononce le redressement judiciaire ou la liquidation des biens. Toutefois, elle
renvoie impérativement la procédure devant la juridiction compétente pour être statué
sur la désignation du juge commissaire dans les 3 jours de la décision. Le greffier de
la Cour d’appel adresse un extrait au greffier de la juridiction de 1er degré qui procède
à la publicité.
Par ailleurs, les décisions du président de la juridiction compétente relativement
aux actes interdits au débiteur en règlement préventif ne peuvent faire l’objet que d’une
opposition dans le délai de 8 jours à compter de leur prononcé. Aussitôt prononcées,
elles sont déposées au greffe le même jour et notifiées sans délai au débiteur par lettre
au porteur contre récépissé ou par lettre recommandée avec demande d’avis de
réception. L’opposition est faite par déclaration au greffe et le greffier convoque
l’opposant à la plus prochaine audience pour qu'il soit entendu en chambre de conseil.
La juridiction compétente doit statuer dans un délai de 8 jours à compter du jour
où l’opposition est formée. Les décisions rendues sur opposition ne sont susceptibles
d’aucune voie de recours autres que le pourvoi en cassation.
44
Mais en l’absence de précision sur la juridiction de cassation, on peut
légitimement penser qu'’il s’agit de la Cour commune de justice et d’arbitrage dans la
mesure où c’est cette juridiction qui est habilitée à résoudre en cassation les litiges en
matière de droit des affaires dans l’espace OHADA à l’exception des sanctions
pénales14.
§2- les recours des créanciers et du ministère public
La décision d’ouverture du règlement préventif, est susceptible d’appel de la
part des créanciers et du ministère public formé dans le délai de 15 jours à compter
de la publicité s’ils estiment que l’entreprise est en cessation des paiements. La
décision homologuant le concordat préventif, est susceptible d’appel de la part du
ministère public et des créanciers formé dans un délai de 15 jours à compter de son
prononcé pour le ministère public et à compter de la première publicité pour les
créanciers. La juridiction d’appel statue dans les mêmes conditions en cas de recours
du débiteur.
14
Article 14 alinéa 3 du traité OHADA.
45
DEUXIEME PARTIE II-
LE TRAITEMENT DES DIFFICULTES
En plus des procédures préventives de conciliation et de règlement préventif,
l’Acte Uniforme prévoit deux autres procédures de traitement des difficultés des
entreprises. Il s’agit du redressement judiciaire et de la liquidation des biens. Le
redressement judiciaire est une procédure destinée à préserver l’entreprise en
cessation des paiements mais dont la situation n’est pas irrémédiablement
compromise et à apurer le passif au moyen d’un concordat de redressement.
La liquidation des biens est une procédure destinée à la réalisation de l’actif de
l’entreprise débitrice en cessation des paiements et dont la situation est
irrémédiablement compromise pour apurer son passif. Ces deux procédures sont
caractérisées par la cessation des paiements. Etant entendu que la première vise le
sauvetage ou le maintien de l’entreprise et la seconde sa disparition, seule la première
est une procédure curative. Dans tous les cas, qu’elles soient nationales ou
internationales, les conditions d’ouverture restent les mêmes.
46
TITRE 1
L’OUVERTURE DES PROCEDURES DE TRAITEMENT DES DIFFICULTES
L’ouverture d’une procédure collective de redressement judiciaire ou de
liquidation des biens suppose que certaines conditions sont réunies par le débiteur
(Titre 1). Elle nécessite également l’intervention d’un tribunal, incontournable dans le
traitement judiciaire des difficultés (Titre 2).
47
SOUS-TITRE I- LES DEBITEURS CONCERNES
Les débiteurs concernés par les procédures collectives sont ceux qui sont
incapables de redresse leur entreprise ou d’assurer la poursuite durable de leur activité
par eux -même ou à l’issue d’une négociation amiable avec les principaux créanciers.
La condition commune d’ouverture de la procédure de redressement judiciaire et de la
liquidation des biens est la cessation des paiements (Ch2). Cette condition commune
aux deux procédures conduit les rédacteurs de l’acte uniforme à ne distinguer que les
solutions. Mais étant donné que tous les débiteurs ne sont pas soumis aux procédures
collectives, la détermination du statut juridique de ceux concernés par lesdites
procédures semble impérative (ch1).
48
Chapitre 1er-
LE STATUT JURIDIQUE DU DEBITEUR
Le droit positif entend favoriser la sauvegarde de l’entreprise en difficulté. Mais
l’absence de personnalité juridique de l’entreprise délimite le champ d’application des
procédures collectives par référence à la personne qui exerce l’activité. C’est cette
délimitation du champ d’application que fait l’article 1-1 AUPC. A cet égard sont
concernés à titre principal deux catégorie de personnes ; les personnes physiques
exerçant une activité professionnelle indépendante et les personnes morales de droit
privé. A ces deux catégories on ajoute certaines personnes à raison de leur
participation à un groupement défaillant. Ce qui signifie que les procédures collectives
ne s’appliquent plus seulement aux commerçants.
SECTION1- LES PERSONNES PHYSIQUES
Réservées initialement aux commerçants, les procédures collectives
s’appliquent aujourd’hui aux artisans, aux agriculteurs et enfin à toutes les personnes
exerçant une profession libérale.
§1- Les commerçants
Depuis le code de commerce, les procédures collectives s’appliquaient aux
commerçants. L’avènement de l’OHADA n’a pas écarté cette catégorie d’acteurs du
champ d’application des procédures collectives. Mais il peut s’agir du commerçant en
activité qui se conforme à l’acte uniforme portant droit commercial général ou du
commerçant qui ne respecte aucune formalité.
A- Le commerçant en activité
« Est commerçant celui qui fait de l’accomplissement des actes de commerce par
nature sa profession »15. Il se dégage de l’interprétation de cette disposition que pour
être qualifié de commerçant, il faut accomplir les actes de commerce par nature prévus
par l’article 3 de l’AUDCG dont la liste n’est pas exhaustive. Il faut faire de
l’accomplissement des actes de commerce cités une profession ce qui induit une idée
d’habitude. À ces conditions, la jurisprudence ajoute que celui qui accomplit ces actes
15
Article 2 de l’Acte uniforme portant droit commercial général
49
de commerce doit le faire à titre indépendant. L’exigence de l’indépendance exclut les
salariés qui sont subordonnés à leur employeur, les collaborateurs et les mandataires
excepté l’agent commercial16 qui bénéficie de la qualité de commerçant en dépit du
mandat qui lui est conféré.
Cependant, l’article 2 AUDCG, soulève quelques difficultés liées à ceux qui exerce
plusieurs activités et à ceux qui sont désignés comme dirigeants des personnes
morales de droit privé et le conjoint du débiteur.
Relativement à la personne qui exerce plusieurs activités, la loi ne fait aucune
distinction entre l’activité principale et l’activité accessoire. Le principe de l’unicité du
patrimoine conduit à l’application des procédures collectives au commerçant qui
exerce plusieurs activités sans distinction.
En ce qui concerne les dirigeants sociaux, en principe, ils n’ont pas la qualité de
commerçant à l’exception des dirigeants qui sont associés des sociétés en nom
collectif ou des commandités des sociétés en commandite simple.
Le conjoint du débiteur ne risque en rien les procédures collectives dans la mesure où
il n’a pas la qualité de commerçant. D’ailleurs pour jouir de cette qualité, il doit
accomplir des actes de commerce séparé de ceux de son conjoint.
B- Le commerçant de fait
Le commerçant de fait est celui qui accomplit les actes de commerce à titre de
profession sans accomplir les formalité d’inscription au registre du commerce et du
crédit mobilier. Mais au regard du droit des procédures collectives, c’est la réalité de
la profession qui est prise en compte. Peu important que l’activité soit exercée en
contravention d’une interdiction ou d’une incompatibilité.
On en déduit que l’immatriculation au registre du commerce et du crédit mobilier
n’est pas un obstacle à l’ouverture d’une procédure collective de redressement
judiciaire et de liquidation des biens. La question se pose de savoir si le commerçant
de fait qui est en difficulté peut faire une déclaration de sa cessation des paiements au
tribunal. Après plusieurs hésitations, la jurisprudence française l’a admis. On peut
aussi l’accepter dans l’espace OHADA ; la seule difficulté qui subsistera c’est de
démontrer que l’activité est exercée à titre de profession.
C- La société crée de fait et l’exploitation en commun
16
L’article 170 de l’AUDCG alinéa dispose que l’intermédiaire de commerce est un commerçant ;
50
Le droit des procédures collectives prend en compte la réalité de l’activité. A cet
égard on peut retenir la qualité de commerçant de fait pour celui qui a participé à une
exploitation commune sur un pied d’égalité avec le commerçant alors même que seul
ce dernier est immatriculé au registre du commerce et du crédit mobilier. Cette
situation est loin d’être exceptionnelle dans les petites entreprises où se développent
des situations de fait non organisées préalablement.
Il faut cependant distinguer cette situation de celle de la société crée de fait ou
de société de fait.
De la combinaison des articles 864 et 865 de l’AUDSC, il y a société crée de
fait lorsque deux ou plusieurs personnes physiques ou morales se comportent comme
des associés sans avoir constitué entre elles l’une des sociétés reconnues par le droit
OHADA. Alors qu’il société de fait lorsque deux ou plusieurs personne physiques ou
morales ont constitué entre elles une société reconnue mais qui comporte un vice de
formation non régularisé ou ont constitué entre elles une société non reconnue par le
droit OHADA.
Dans les deux cas, il faut prouver que la collaboration a dépassé le stade d’une
entraide bénévole mais également montrer tous les éléments d’un contrat de société
sont réunis. En réalité l’avantage pour les créanciers c’est de voir le tribunal mettre à
la charge de plusieurs débiteurs les dettes d’une exploitation commune.
§ 2- Les artisans
Il ressort de l’article 1-1 de l’AUPC que les procédures collectives peuvent être
appliquées aux artisans. Cette solution qui existait déjà en droit français a été reprise
par les rédacteurs de l’AUPC mais sans définir la notion d’artisan.
51
Cependant, des définitions existent dans certaines législations nationales. Il en
est ainsi de la Côte d’Ivoire17, du Togo18, du Cameroun19, du Gabon20etc. à ces lois
nationales on peut ajouter la charte de l’artisanat de l’UEMOA adopté en 2013.
Au regard de ces législations, il ressort que l’artisan est un travailleur
indépendant qui exerce en son nom et pour son compte une activité lucrative c’est-à-
dire une activité permettant d’assurer les moyens de subsistance de la personne qui
l’exerce. Cette personne doit assurer personnellement la direction et la gestion en
participant lui-même. Le travail de l’artisan est essentiellement manuel. Il n’est pas
exclu que le travail soit mécanisé mais cela ne doit pas conduire à une production en
série et à l’automatisation. Dans l’exercice de son activité, l’artisan peut être assisté
les membres de sa famille (aide familiale, apprentis) ou un nombre limité de salariés.
Il ne doit pas utiliser le cours des matières premières. Il a besoin de qualification obtenu
soit par l’apprentissage soit par la formation. Il peut vendre une partie sa production
sans devenir un commerçant. Il peut être qualifié de commerçant si l’activité
commercial représente une partie importante de son activité. Les activités relevant
de l’artisanat sont nombreuses. Parmi ces activités, on peut citer la pèche, la coiffure,
la couture, la peinture, la décoration, la photographie, la menuiserie etc.
Il se posera néanmoins comme problème la preuve de la qualité d’artisan
lorsqu’une déclaration de la cessation des paiements sera faite. Il est prévu parfois par
les législation une inscription dans un registre ou une immatriculation dans un
répertoire des métiers. La question se pose de savoir quelle valeur reconnaître à
l’immatriculation ? L’immatriculation au répertoire des métiers fait-elle présumer la
qualité d’artisan comme pour les commerçant ? on peut aussi s’interroger sur la
possibilité d’ouvrir une procédure de redressement judiciaire ou de liquidation des
biens contre un artisan décédé ou retiré dans le silence de la loi. Il est légitime de
croire comme certains auteurs que la solution varie suivant que le législateur a fait de
l’immatriculation une obligation ou non21. Etant soumis aux procédures collectives
sans distinction, les artisans relèvent de la compétence des juridictions commerciales
en cette matière.
17
Loi n°2014 -338 du 06 juin 2014 relative à l’artisanat.
18
Loi du 7juin 2012 portant code de l’artisanat de la République du Togo.
19
Loi du 13 juillet 2007 régissant l’artisanat
20
Loi 4 aout 1986
21
KALIEU ELONGO (Y. R), Le droit des procédures collectives de l’OHADA, PUA, 2016 p.20.
52
§3- Les agriculteurs
A l’instar des artisans, les agriculteurs qui exercent une activité individuelle
peuvent être soumis aux procédures collectives. Mais en l’absence définition donnée
par l’Acte uniforme, il faut se référer aux législations nationales des pays membre de
l’OHODA.
Traditionnellement l’agriculteur est la personne qui, à titre professionnel cultive
la terre ou élève les animaux destinés être consommés. Mais certaines législations
semblent dépasser cette conception restrictive. Le droit malien ajoute la pèche et
l’exploitation forestière22.
Le droit français présente une définition compliquée de l’agriculteur à partir de
l’activité exercée. Ainsi, sont agricoles « toutes les activités correspondant à la maîtrise
et à l’exploitation d’un cycle biologique de caractère végétal ou animal et constituant
une ou plusieurs étapes nécessaires au déroulement de ce cycle, ainsi, que les
activités exercées par un exploitant agricole qui sont le prolongement de l’acte de
production ou qui ont pour support l’exploitation ».
Quelle que soit la conception retenue, il faut retenir que l’activité agricole
n’exclut pas la vente des produits de l’exploitation. Cependant les agriculteurs sont
soumis aux procédures collectives sans aucune précision sur la situation de leur
immatriculation dans un registre ni le cas de l’agriculteur décédé ou retiré.
§4- Les professionnels indépendants
L’article 1-1 de l’AUPC soumet aux procédures collectives « toute personne
physique exerçant une activité professionnelle indépendante ». La profession
indépendante s’entend de toute profession exercé sans lien de subordination
contrairement aux professions salariées. La subordination de l’exercice de la
profession à une autorisation préalable ou à un agrément importe peu. A cet égard il
faut préciser la situation des membres des professions libérales et celle des personnes
exerçant une activité non réglementée.
Relativement aux personnes qui exercent une profession libérale règlementée,
il suffisant que l’activité soit exercée à titre indépendant, elles sont soumises aux
procédures de redressement judiciaire ou de liquidation des biens lorsqu’elles sont en
22
Loi d’orientation malienne de 2005.
53
cessation des paiements. Il en ainsi des médecins, des pharmaciens, des avocats, des
notaires, des architectes etc.
Quant aux personnes qui exercent une profession indépendante non
réglementée telle que les artistes, les enseignants, les consultants, la question se pose
de la preuve de la qualité de professionnel indépendant et de l’identification de
l’autorité dont ils relèvent.
L’acte uniforme ayant soumis aux procédures collectives tous les
professionnels indépendants, la précision concernant les personnes physiques qui
exercent une activité civiles ne semble pas pertinent.
§5- Les cas particuliers
Il arrive que dans l’exercice de l’activité, la personne qui exerce soit une activité
commerciale, civile artisanale agricole ou toute autre personne exerçant une activité
professionnelle indépendante cesse ses activités ou décède en état de cessation des
paiements.
A- Le débiteur décédé
Le décès du débiteur en état de cessation des paiements autorise malgré la
compassion et les émotions l’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire ou
de liquidation des biens dans des conditions déterminées par l’article 33 de l’AUPC.
Le tribunal doit être saisi dans le délai d’un an à compter de la date du décès
soit sur assignation d’un créancier soit encore sur requête du ministère public ou par
déclaration faite par les héritiers. La juridiction compétente peut se saisir d’office dans
le même délai. Le pouvoir de saisine d’office de la juridiction compétente trouve sa
justification dans la défaillance des autres organes ou dans la correction d’une
procédure déjà engagée du vivant du débiteur.
B- Le débiteur retiré
Le retrait d’un débiteur de la vie des affaires n’est pas un obstacle à l’ouverture
d’une procédure de redressement judiciaire et de liquidation des biens contre lui. En
effet, dans le délai d’un an à compter de sa radiation au RCCM ou de sa cessation
d’activité une telle procédure peut être ouverte contre lui. Cependant, la cessation
54
des paiements doit être antérieure à la radiation ou résulter en tout ou partie de
l’activité antérieurement exercée. L’ouverture d’une telle procédure est subordonnée
à l’assignation d’un créancier ou à la requête du ministère public. Toutefois, la
juridiction compétente peut se saisir d’office.
C- Le retrait d’un associé de la société
Il est possible de demander l’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire
et de la liquidation contre un associé d’une personne morale de droit privé indéfiniment
et solidairement responsable du passif de celle-ci dans le délai d’un an à compter de
la mention de son retrait au RCCM. La condition est que la cessation des paiements
doit être antérieure à cette mention ou lorsqu’elle résulte en tout ou partie de l’activité
antérieurement exercée. Dans les deux cas, la juridiction compétente peut se saisir
d’office. Elle peut également être saisie par l’assignation d’un créancier ou par la
requête du ministère public.
SECTION 2- LES PERSONNES MORALES DE DROIT PRIVE
§1er- Les groupements visés
Les groupements visés sont les sociétés et groupement d’intérêt économique
immatriculés au registre du commerce et du crédit mobilier. Certains de ces
groupements sont qualifiés de commerciale par la forme. Ils sont déterminés par
l’article 6 de l’AUDSC. Cette disposition, sont commerciales en raison de leur forme et
quel que soit leur objet les sociétés en nom collectif (SNC), les sociétés en commandite
simple (SCS), les sociétés à responsabilité limité (SARL), les sociétés anonymes (SA),
les sociétés par action simplifié (SAS). La présence de l’Etat ou d’une personne morale
de droit public n’a aucune incidence sur la nature de la société. La question qui se
pose est celle de savoir s’il est possible d’appliquer cette procédure aux sociétés
commerciales dont la nullité a été constatée ? (voir §2). La question de savoir si le
redressement judiciaire et la liquidation des biens peuvent être appliqués à ces trois
catégories de société, aucune réponse formelle n’a été donnée par l’Acte Uniforme.
Mais, la société dont la nullité a été déclarée, n’existe plus juridiquement hormis
l’hypothèse de la fiction pour les besoins de la liquidation. Par conséquent, en cas de
radiation de cette société, il appartiendra au demandeur de voir si les personnes qui
55
avaient utilisé la personne morale ne l’utilisaient pas comme masque pour camoufler
leurs agissements malhonnêtes.
Dans ce cas, ces personnes peuvent être poursuivies sur d’autres fondements.
Pour les sociétés dont l’identité n’a pas été dévoilée, notamment les sociétés en
participation, on est fondé à agir contre toutes les personnes qui ont accompli les actes
de commerce et qui en ont fait leur profession. Elles seront considérées comme
commerçant à l’instar des associés des sociétés en nom collectif et mises en
redressement judiciaire.
§2- Les groupements échappant au droit des procédures collectives
Les groupements qui échappent aux procédures collectives sont les sociétés sans
personnalité morale et les groupes de sociétés.
A- Les sociétés sans personnalité morale
Les sociétés qui ne bénéficient pas de la personnalité morale sont celles qui n’ont
pas été immatriculées au registre de commerce et du crédit mobilier. Il s’agit des
sociétés de fait, des sociétés de fait des sociétés en participation ou des sociétés en
formation. La société en participation est celle dans laquelle les associés conviennent
qu’elle n’est pas immatriculée au RCCM, elle n’a pas la personnalité morale et n’est
pas soumise à publicité. Il y’a société crée de fait, lorsque deux ou plusieurs
personnes physiques ou morales se comportent comme des associés sans avoir
constitué entre elles, l’une des sociétés reconnues par l’acte uniforme. Il y’a société
de fait lorsque deux ou plusieurs personnes physiques ou morales ont constitué entre
elles une société reconnue mais qui comporte un vice de formation non régularisé ou
ont constitué entre elle une société non reconnue23. Ces sociétés ne sont pas
soumises aux procédures collectives. Mais une procédure spécifique est ouverte
contre chacun des associés lorsqu’il s’agit d’une société commerciale ou lorsque
l’associé a exercé personnellement et indépendamment une activité professionnelle.
B- Les groupes de sociétés
Un groupe de sociétés est l’ensemble formé par des sociétés unies entre elles par
des liens divers qui permettent à l’une de contrôler les autres24. Le groupe de
23
Article 865 de l’AUDSC
24
Article 170 AUDSC.
56
sociétés n’est pas soumis à l’obligation d’immatriculation. Elle n’a donc pas la
personnalité morale. Dans les groupes de sociétés chaque société conserve sa
personnalité. L’ouverture de la procédure collective s’apprécie non pas au regard de
l’entité mais en fonction des la situation de chaque société membre du groupe.
Toutefois, les procédures collectives peuvent s’étendre en cas de société fictives ou
de confusion des patrimoines à certaines personnes physiques ou morales.
C- Les personnes morales de droit public
L’exclusion des personnes morales de droit public ne pose pas de difficultés
particulières lorsqu’il s’agit de l’Etat et de ses démembrements. Mais on s’interroge sur
les établissements publics à caractère industriel et commercial et les entreprise
d’économie mixte. On peut légitimement recourir à certains faisceaux d’indice retenus
par la jurisprudence française25 pour écarter l’application des procédures collectives.
Il en sera ainsi si :
1°) des organes crées par décret,
2°) ayant une mission de service public,
3°) dont la gestion dépend de l’autorité public ;
4°) disposant de prérogative exorbitantes de droit commun conférées par le texte
créateur.
25
[Link]. 8 janvier 2002 act. [Link]. 2002-4, n°54.
57
CHAPITRE II
LA SITAUTION FINANCIERE DU DEBITEUR
Le redressement judiciaire et la liquidation des biens s’ouvrent nécessairement
dans un cadre judiciaire à la condition que le débiteur soit en cessation des paiements.
Cette condition bien que nécessaire n’est pas suffisante, encore faut-il introduire une
demande d’ouverture des dites procédures. Lorsque ces formalités sont réunies, la
décision d’ouverture doit être rendue publique. Cela suppose que l’ouverture de la
procédure est subordonnée à des conditions. Celles-ci peuvent des conditions ou des
conditions de forme.
Section 1- Les conditions de fond
Selon l’article 25 alinéa 1 de l’AUPC, la procédure de redressement judiciaire et
de liquidation des biens est ouverte à tout débiteur en état de cessation des paiements.
§1er – La cessation des paiements
La cessation des paiements est selon l’alinéa 2 de l’article 25 de l’AUPC l’état où
le débiteur se trouve dans l’impossibilité de faire face à son passif exigible avec son
actif disponible à l’exclusion des situations où les réserves de crédits ou les délais de
paiement dont le débiteur bénéficie de la part de ses créanciers lui permettent de faire
face à son passif exigible. La définition de la cessation des paiements tient compte de
la réserve de crédit consenti par certains créanciers. Cette nouvelle définition présente
l’avantage d’offrir une réelle sécurité juridique aux moratoires accordés par les
créanciers au débiteur.
Mais il faut entendre par passif exigible, les dettes qui sont arrivées à échéance et
qui doivent être payées. Il en résulte que sont exclues des dettes exigibles, les dettes
non échues et les dettes pour lesquelles le débiteur bénéficie des délais de paiement.
En outre, il faut comprendre par « actif disponible » l’état de la trésorerie du débiteur.
Ce sont toutes les sommes dont le débiteur peut disposer immédiatement en raison
de leur liquidité ou en raison de leur conversion en liquide à tout moment. Il s’agit aussi
des réserves de crédits (des chèques que l’on peut encaisser ou des lettres de change
dont le délai de paiement est imminent).
58
Eu égard à ces deux éléments, le débiteur est en cessation des paiements
lorsqu’il est dans l’impossibilité après le rapprochement de l’actif disponible et du passif
exigible de régler ses dettes. Mais la notion de cessation des paiements est à
distinguer de l’insolvabilité. Il y’a insolvabilité lorsque tout l’actif du débiteur ne suffit
pas à payer tous ses créanciers peu importe que leurs créances soient échues ou non.
On a parfois fait des confusions entre la cessation des paiements et la faillite (une
sanction professionnelle), la banqueroute (fraude en matière d’entreprise en difficulté)
…
La cessation des paiements est aussi différente de la notion de difficulté
financière ou économique sérieuse. On estime que cette dernière notion est
maladroitement utilisée au sujet du règlement préventif qui devrait traduire des
difficultés éventuelles qui ne se sont pas encore réalisées dans l’exercice des activités
du débiteur. Dans tous les cas, le débiteur qui est en cessation des paiements et qui
veut bénéficier de la procédure de redressement judiciaire ne doit pas être dans une
situation irrémédiablement compromise. Ce qui suppose que le défi de redressement
peut être relevé. Mais encore faut-il faire la preuve de la cessation des paiements.
§2- La preuve de la cessation des paiements
L’ouverture de la procédure de redressement judiciaire et de la liquidation des
biens nécessite que le débiteur soit en cessation des paiements. La charge de la
preuve incombe au demandeur. On estime qu’il est plus facile au débiteur d’apporter
la preuve de la cessation des paiements eu égard aux documents exigés notamment
l’état de la trésorerie, l’état chiffré des créances et dettes, ainsi que les dates
d’échéance.
Pour les personnes autres que le débiteur, la preuve peut être difficile à rapporter.
Mais, ces personnes peuvent se fonder sur des protêts, des instruments de paiements,
sur des chèques sans provision ou voies d’exécution engagées sans succès. La
juridiction compétente quant à elle peut analyser les moyens ruineux des effets de
complaisance, des ventes à perte qui ont retardé la cessation des paiements pour
constater la cessation des paiements.
59
SECTION 2- LA CONSTATATION DE LA CESSATION DES PAIEMENTS
Le débiteur qui constate sa cessation des paiements faut une déclaration au
tribunal compètent afin d’ouvrir contre lui une procédure collective. Mais parfois les
informations communiquées sur la date de la cessation des paiements n’est pas
correcte. Aussi la loi donne –elle pouvoir au tribunal de fixer cette date de cessation
des paiements.
§1er – La fixation de la date de la cessation des paiements
La juridiction compétente doit fixer la date de la cessation des paiements. Cette
date est nécessaire car elle permet de situer les actes frauduleux accomplis par le
débiteur pendant la période suspecte. La date de la cessation des paiements ne doit
pas entre antérieure à plus de 18 mois au prononcé de décision d’ouverture. Elle ne
peut non plus être reportée à une date antérieure à la décision définitive ayant
homologué le concordat préventif sauf en cas de fraude. Si la juridiction modifie la date
de la cessation des paiements par une décision postérieure à la date décision
d’ouverture, elle doit motiver sa décision.
S’il est vrai qu’on peut modifier la date de la cessation des paiements dans
certains cas, dans d’autre cas la demande en modification de la date de la cessation
des paiements fixée par le tribunal n’est pas recevable. Il en est ainsi pour toute
demande tendant à faire fixer la date de la cessation des paiements à une date autre
que celle fixée par la décision d’ouverture n’est pas recevable après la convocation
de l’assemblée concordataire ou après l’expiration du délai d’un an à compter de la
décision prononçant la liquidation des biens
§2- L’absence de date de cessation des paiements
En principe le tribunal doit fixer la date de la cessation des paiements. Logiquement
cette date est facilitée par les documents et pièce fournis par le débiteur. Mais, il arrive
que le tribunal rencontre des difficultés dans la détermination de la date ou que la date
ne soit pas déterminée. Dans ce cas, la cessation est réputée avoir lieu à la date de la
décision qui la constate
60
61
SOUS-TITRE II- LA DECISION DU TRIBUNAL
CHAPITRE 1er- LA NECESSITE D’UN JUGEMENT
L’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire et de la liquidation des
biens relève de la compétente de la juridiction dont il convient de déterminée. Celle-ci
est saisi selon plusieurs modes.
SECTION 1- LE TRIBUNAL COMPETENT
(cf Première partie)
§1er- La compétence d’attribution
§2- la compétence territoriale
SECTION 2- LA SAISINE DU TRIBUNAL
§ 1er- La pluralité des modes de saisine du tribunal
Quelles sont les personnes habilitées à introduire une demande de
redressement judiciaire ou de la liquidation des biens et selon quelle procédure ? Il
ressort de la combinaison des articles 25 à 31 de l’AUPC, que plusieurs personnes ou
organes sont habilités à saisir la juridiction compétente
A- La saisine par le débiteur
.
La saisine de la juridiction par le débiteur, résulte de l’article 25 de l’AUPC aux
termes duquel la procédure de redressement judiciaire et de la liquidation des biens
est ouverte à tout débiteur en état de cessation de paiement. Ce débiteur doit faire une
déclaration aux fins d’obtenir l’ouverture de la procédure quelle que soit la nature de
ses dettes au plus tard dans les 30 jours de la cessation des paiements.
B- La saisine par un créancier
Au regard de l’article 28 de l’AUPC, les créanciers sont habilités à demander par
assignation contre leur débiteur, l’ouverture d’une procédure de redressement
judiciaire ou de la liquidation des biens quel que soit la nature de leur créance.
Toutefois, la créance doit être certaine, liquide et exigible. En tout état de cause, la
62
demande du créancier doit préciser la nature et le montant de sa créance et visée le
titre sur lequel elle se fonde.
C- La saisine d’office
La juridiction compétente peut se saisir d’office sur la base des informations
fournies par le représentant du ministère public, les commissaires aux comptes, les
institutions représentatives du personnel. Cette saisine d’office a pour but de pallier la
carence du débiteur ou celle des créanciers ou encore de corriger une procédure mal
engagée.
D- Le ministère public
La juridiction compétente peut également être saisie par le ministère public. Dans
ce cas, il faudrait des éléments motivant sa demande ; que la juridiction soit saisie par
le ministère public ou qu'elle se saisisse d’office, elle fait convoquer le débiteur par le
soin du greffe, par signification d’huissier ou notification par tous moyens permettant
d’établir la réception effective par le destinataire. La convocation doit contenir la
reproduction intégrale de l’article 29 de l’AUPC à peine de nullité.
Si le débiteur comparait, le président l’informe des faits de nature à motiver la
saisine et recueille ses informations. S’il reconnait être en cessation des paiements ou
si le président acquiert l’intime conviction qu'il est dans un tel état, il lui fixe un délai
qui ne peut excéder 30 jours pour produire les documents exigés par l’article 26 de
l’AUPC. Le même délai est accordé aux membres d’une personne morale indéfiniment
et solidairement responsables du passif de celle-ci. Passé ce délai, la juridiction statue
en audience publique.
Si le débiteur ne comparaît pas, la juridiction statue à la première audience
publique utile par une décision réputée contradictoire à son égard.
SECTION 2- LA PROCEDURE
La juridiction compétente est saisie par requête ou par assignation selon le
demandeur. Lorsque la demande émane du débiteur, elle doit intervenir dans les 30
jours suivant la cessation des paiements. Le débiteur est tenu de produire au moins
10 documents et un projet de concordat déposés au plus tard dans les 60 jours suivant
63
la décision d’ouverture. Le projet susvisé doit démontrer les perspectives de
redressement de l’entreprise débitrice en fonction des possibilités et les modalités
d’exercice de l’activité, de l’état du marché ainsi que des moyens de financement
disponibles.
Il précise les mesures et conditions envisagées pour le redressement de
l’entreprise. Mais il convient d’ajouter que le projet peut établir un traitement différencié
entre les créanciers si les différences de situation le justifient.
64
CHAPITRE II- LE CHOIX DU JUGEMENT D’OUVERTURE
Préalablement au prononcé de la décision, la juridiction compétente qui statue à la 1 ère
audience utile, entend le débiteur, les délégués du personnel, le ministère public, le
cas échéant, les créanciers contrôleurs. Elle peut aussi entendre toute autre personne
dont l’audition lui paraît utile. Elle peut en outre, désigner un juge ou une personne
qu’elle estime qualifiée afin de lui produire un rapport sur la situation sociale du
débiteur dans un délai qu’elle détermine et qui ne peut être supérieur à un mois.
Lorsque le débiteur exerce une fonction libérale soumise à un statut réglementé, la
juridiction compétente entend le représentant de l’ordre professionnel ou l’autorité
compétente dont relève le débiteur avant de se prononcer
SECTIION 1- LE REDRESSEMENT OU LA LIQUIDATION DES BIENS
.
Lorsque la juridiction constate la cessation des paiements, elle prononce le
redressement judiciaire ou la liquidation des biens. Elle ne prononce le redressement
judiciaire que si le débiteur a proposé un concordat sérieux ou qu'un tel concordat a
des chances sérieuses d’être obtenu ou encore si une cession globale est
envisageable.
A défaut, elle prononce la liquidation des biens et fixe un délai au terme duquel
la procédure est examinée sans que ce délai puisse être supérieur à 18 mois après
l’ouverture. Ce délai peut être prorogé de 6 mois une seule fois après les explications
et les justifications du syndic. A toute époque de la procédure, le redressement
judiciaire peut être converti en liquidation des biens si les conditions exigées par le
concordat ne sont plus réunies. La décision de la juridiction compétente est susceptible
d’appel. Le juge d’appel qui l’annule peut prononcer d’office le redressement judiciaire
ou la liquidation des biens.
Mais lorsqu’elle prononce la décision d’ouverture, la juridiction doit fixer
provisoirement la date de cessation des paiements, à défaut elle est réputée avoir lieu
à la date de la décision qui la constate come indiqué.
Dans tous les cas, dans la décision d’ouverture, un juge commissaire est
désigné parmi les juges du siège de la juridiction saisie à l’exclusion du président sauf
si celui-ci est juge unique. La juridiction compétente désigne également le ou les
65
syndics sans dépasser 3 personnes. L’expert désigné par le règlement préventif d’un
débiteur ne peut être désigné comme syndic.
SECTION – LA PUBLICITE DE LA DECISION
Le greffier de la juridiction porte mention sans délai de la décision d’ouverture au
RCCM. Si le débiteur est une personne morale de droit privé non commerçante, la
mention est portée au registre chronologique. En outre, une fiche est établie au nom
du débiteur au fichier alphabétique avec mention de la décision indiquant l’identité et
l’adresse des dirigeants sociaux ainsi que le siège de la personne morale. Si le
débiteur est une personne physique ou morale exerçant une profession ou activité
libérale soumise à un statut réglementé, la décision est notifiée au représentant légal
de son ordre professionnel ou à l’autorité compétente à la diligence du greffier.
La décision est publiée dans un journal d’annonces légales diffusé à partir du lieu
du siège de la juridiction compétente. Une publicité supplémentaire peut être faite dans
tous les autres médias. Les modalités de la publicité ainsi que les éléments à fournir
sont donnés par l’article 35 de l’AUPC. Le syndic vérifie que les formalités de publicité
ont été accomplies. Si elles ne l’ont pas été, il est tenu de les accomplir sous sa
responsabilité.
66
CHAPITRE III
LES ORGANES DE LA PROCEDURE
Plusieurs organes interviennent dans le traitement des difficultés du débiteur.
Malgré leur pluralité, ils sont soumis à des règles communes.
SECTION 1- LA DIVERSITE DES ORGANES
La lecture des dispositions de l’acte uniforme portant organisation des
procédures collectives d’apurement du passif montre deux catégories d’organes : les
organes judiciaires et les organes non- judiciaires.
§1er- Les organes judiciaires
Il s’agit de la juridiction compétente du greffier et du ministère public
A- La juridiction compétente
La juridiction compétente n’a pas été formellement citée parmi les organes de
la procédure. Mais en réalité, force est de constater que c’est le premier organe. Elle
a pour rôle de connaître des procédures de redressement judiciaire et de liquidation
des biens. Elle a autorité sur tous les autres organes. A ce titre, elle nomme ou
remplace le syndic, les juges commissaires, les contrôleurs etc. Elle prend plusieurs
décisions importantes relatives à celui qui assure la conservation de tous les
documents de la procédure telles que : la fixation des droits des créanciers, la
continuation de l’exploitation de l’entreprise lorsque le débiteur est en liquidation des
biens, la conversion du redressement judiciaire en liquidation des biens, les sanctions
civiles, professionnelles, pénales, etc. De façon générale, elle est compétente pour
connaître de toutes les contestations nées de la procédure.
B- Le greffier
A l’instar de la juridiction compétente, le greffier n’a pas été prévu de façon formelle
comme organe de la procédure de redressement judiciaire et de la liquidation des
biens. Mais il faut tout de même lui reconnaître cette qualité en ce sens qu’il assure
également la publicité des décisions prises dans le cadre de la procédure. Il intervient
à la fois dans la vérification et l’admission des créances.
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C- Le ministère public
Le ministère public doit être informé du déroulement de la procédure du
redressement judiciaire ou de liquidation des biens par le juge commissaire. A toute
époque, il peut requérir communication de tous actes, livres ou documents relatifs à la
procédure. Le défaut de communication d’information ou de document ne peut être
invoqué que par lui. Le ministère public communique au juge commissaire sur sa
demande ou d’office tous renseignements utiles à l’administration de la procédure y
compris toute information provenant d’une procédure pénale concernant le débiteur,
nonobstant le secret de l’instruction.
D- Le juge commissaire
Le juge commissaire est un magistrat du siège nommé par la juridiction
compétente qui peut le remplacer. Un seul juge commissaire est nommé. Mais si la
juridiction compétente estime nécessaire, elle peut désigner un juge commissaire
suppléant. Les rédacteurs de l’AUPC lui ont reconnu de larges attributions ainsi des
moyens d’exercice de sa mission.
a- Les attributions du Juge commissaire
Il a pour rôle de veiller au bon déroulement c’est-à-dire au déroulement régulier et
rapide de la procédure collective. Il assure la protection des intérêts en présence et
l’atteinte des objectifs poursuivis. A ce titre, il contrôle les activités des autres organes.
Il statue également sur les demandes et contestations relevant de sa compétence et
enfin, il fait rapport à la juridiction compétente de toute contestation ou différends nés
de la procédure collective. Rappelons que la fonction de juge commissaire est
exclusive de toute autre attribution juridictionnelle relative à la procédure collective
pour laquelle il a été désigné en cette qualité. Dans quelles conditions exerce-t-il ses
activités ?
b- Les moyens d’exercice de la mission
Dans le souci d’atteindre les objectifs qui lui sont assignés, le juge commissaire
recueille tous les éléments d’informations qu’il juge utile. Pour ce faire, il peut entendre
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le débiteur, les dirigeants sociaux, les préposés, les créanciers ou toute autre personne
y compris le conjoint ou les héritiers du débiteur prédécédé. Le secret professionnel
lui est inopposable. Aussi peut-il obtenir communication par les commissaires aux
comptes, les comptables, les établissements bancaires, les organismes de
prévoyance et de sécurité sociale, tous renseignements de nature à lui donner une
information exacte sur la situation économique, financière et sociale de l’entreprise.
Lorsque le juge commissaire doit statuer ou est tenu de statuer sur les
demandes, revendications et contestations relevant de sa compétence, il doit le faire
dans un délai de 8 jours à compter de sa saisine. A défaut, il est réputé avoir rendu
une décision de rejet. Ses décisions sont immédiatement déposées au greffe qui les
communique sans délai au Président de la juridiction compétente et les notifie à toute
personne à qui elles sont susceptibles de faire grief par tous moyens laissant trace
écrite. Mais ces décisions du juge commissaire peuvent être frappées d’opposition
formée par simple déclaration au greffe de la juridiction compétente dans les 8 jours
de leur dépôt ou de leur notification. Pendant ce même délai, la juridiction compétente
peut se saisir d’office et réformer ou annuler les décisions du juge commissaire.
Aux termes de l’article 216 de l’AUPC, les décisions par lesquelles la juridiction
compétente statue sur le recours formé contre les décisions rendues par le juge
commissaire ne sont susceptibles ni d’opposition ni d’appel sauf :
- les décisions statuant sur les revendications,
- celles ordonnant la cession en affectant une quote-part du prix de cession à
chacun des biens cédés pour la répartition du prix et l’exercice des droits de
préférence26 ;
- celles relatives à la répartition des deniers entre les créanciers27.
§1er - Les organes non-judiciaires
Il s’agit du syndic et des contrôleurs.
A- Le syndic
Il atteste avant l’exercice de sa fonction qu’il remplit les conditions exigées des
mandataires judiciaires et si pendant le déroulement de la procédure, il lui apparait
qu’il ne remplit plus les conditions, il en informe sans délai le président de la juridiction
26
Article 162 de l’AUPC.
27
Article 164 de l’AUPC.
69
compétente qui met fin à sa mission et nomme un remplaçant. Son remplacement peut
être aussi demandé à tout moment par le débiteur ou tout créancier lorsqu’il tombe sur
le coup d’une incompatibilité ou qu’il n’agit plus avec diligence dans l’exercice de sa
mission.
1- Les attributions du syndic
Sous l’autorité d’un juge commissaire, le syndic en tant que mandataire
judiciaire, représente les créanciers, assiste le débiteur en cas de redressement ou le
représente en cas de liquidation. Il lui revient d’accomplir tous les actes nécessaires
au bon déroulement de la procédure. Il peut intervenir à plusieurs titres. Il intervient en
qualité d’organe des créanciers réunis dans une masse, d’organe de la procédure ou
d’organe du débiteur qu’il peut représenter ou assister. En tout état de cause, il a pour
obligation de remettre un rapport écrit sur sa mission et sur le déroulement de la
procédure au juge commissaire au moins une fois tous les deux mois et dans tous les
cas chaque fois que le juge commissaire le lui demande. Dans son rapport, il doit
indiquer le montant des deniers déposés au compte de la procédure collective ouvert
par lui28.
2- Les moyens mis à la disposition du syndic
Le syndic doit agir dans le respect de ses attributions. A défaut, le juge
commissaire peut le révoquer sur action du débiteur ou des créanciers. S’il a été
nommé plusieurs syndics, ils agissent collectivement. Toutefois, le juge commissaire
peut donner à un ou plusieurs d’entre eux le pouvoir d’agir individuellement. Dans ce
cas, seuls les syndics ayant reçu ce pouvoir sont responsables de leur faute. Lorsque
le syndic cesse ses fonctions, il doit rendre ses comptes à son successeur sans délai
en présence du juge commissaire, du débiteur et des contrôleurs convoqués par le
greffe de la juridiction compétente. Les deniers recueillis par le syndic quelle qu’en soit
la provenance sont versés sous sa responsabilité au compte ouvert au nom de la
procédure.
Le syndic est redevable à titre personnel d’un intérêt au taux légal majoré de 8
points sur les sommes non versées au compte sans préjudice des sanctions
disciplinaires. Lorsque les fonds dus au débiteur ont été versés à un compte distinct
28
Article 4-22 AUPC.
70
par des tiers, il en est fait transfert au compte ouvert par le syndic au nom de la
procédure à charge pour lui d’obtenir mainlevée des oppositions éventuelles. Dans
tous les cas, aucune opposition sur les deniers versés au compte spécial de la
procédure n’est recevable. Les fonds qui ont été versés ne peuvent être retirés qu’en
vertu d’une décision du juge commissaire étant entendu que le syndic doit respecter
les exigences comptables. Le syndic est responsable des livres, documents et effets
remis par le débiteur ou appartenant à celui-ci ainsi que par les créanciers ou par tout
déposant pendant 5 ans à partir du jour de la réédition des comptes.
B- Les contrôleurs
1- Les modalités de désignation des contrôleurs
Le juge commissaire, a la faculté de désigner un à cinq contrôleurs à toute
époque de la procédure parmi les créanciers non-salariés. Aucun parent ou allié du
débiteur ou des dirigeants sociaux jusqu’au 4ème degré inclusivement ni aucune
personne détenant tout ou partie du capital social ou des droits de vote ne peut être
nommé contrôleur ou représentant. Ces contrôleurs peuvent être révoqués par la
juridiction compétente sur demande du ministère public ou du débiteur
a- Les contrôleurs créanciers
Dans le délai d’un mois à compter de la décision d’ouverture et à la demande des
créanciers représentant le tiers (1/3) du total des créances même non vérifiées, la
nomination de créanciers contrôleurs est obligatoire. A l’expiration de ce délai, tout
créancier peut demander à être désigné contrôleur sans que le nombre puisse excéder
5. En cas de pluralité de demande, le juge commissaire veille à ce qu’au moins un
créancier contrôleur soit choisi parmi les créanciers munis de sûreté et un autre parmi
les créanciers chirographaires.
b- Les contrôleurs créanciers
Lorsque dans une entreprise, le nombre de salariés est supérieur à 10 au cours
des 6 mois précédent la saisine de la juridiction compétente, le syndic invite le comité
d’entreprise ou à défaut les délégués du personnel à désigner un salarié en qualité de
contrôleur dans le délai de 20 jours à compter de la décision d’ouverture. Lorsqu’il
n’existe ni comité d’entreprise ni délégué du personnel, le syndic invite les salariés à
élire parmi eux, un salarié. Le salarié élu sera désigné comme contrôleur représentant
du personnel.
71
Pour les entreprises qui n’atteignent pas le seuil de 10 salariés, le juge
commissaire désigne d’office un salarié en qualité de contrôleur pour les représenter.
c- Les contrôleurs professionnels
Lorsque le débiteur exerce une profession libérale soumise à un statut règlementé, en
plus des 5 créanciers contrôleurs et d’un contrôleur représentant du personnel, l’ordre
professionnel est de droit contrôleur. Cette désignation de l’ordre professionnel est la
conséquence de l’extension des procédures collectives aux professionnels
indépendants ;
2- Les missions des contrôleurs
Les contrôleurs ont pour mission d’assister le ou les syndics dans leur fonction
et le juge commissaire dans sa mission de surveillance du déroulement de la
procédure. Mais ils veillent sur les intérêts des créanciers. A ce titre, ils peuvent
demander des comptes au syndic, vérifier la comptabilité, l’état de la situation
présentée par le débiteur, les actes accomplis par le syndic, les recettes faites y
compris les versements effectués. Ils doivent être obligatoirement consultés pour la
continuation de l’activité de l’entreprise au cours de la vérification des créances et à
l’occasion de la réalisation des biens du débiteur.
En cas de carence du syndic, ils sont habilités à agir dans l’intérêt collectif. Ils
peuvent, également, saisir le juge commissaire de toute contestation.
Malheureusement, les fonctions de contrôleur sont gratuites et doivent être exercées
personnellement. Ils ne répondent que de leurs fautes lourdes.
SECTION 2- LES COMMUNES APPLICABLES A TOUS LES ORGANES
L’AUPC soumet tous les organes des procédures de traitement à des règles
communes. En effet, de la combinaison des articles 50 et 51 de l’AUPC, deux
catégories de règles peuvent être dégagées. Il s’agit des règles relatives au règlement
des frais résultant de la procédure engagée et des règles concernant l’acquisition des
biens du débiteur.
72
§1er- Le paiement des frais liés à la procédure
La procédure de redressement judiciaire et de la liquidation des biens
occasionne plusieurs frais. Il s’agit des frais de signification, d’affiche, d’insertion dans
un journal d’annonces légales, d’apposition, de garde et de levée des scellées, ou
d’exercice des actions en déclaration d’inopposabilité, de comblement du passif,
d’extension de procédures collectives et de faillite personnelle des dirigeants sociaux.
Or le débiteur assujetti est déjà en cessation des paiements. La question est de savoir
qui les supporte ? Aux termes de l’article 50 de l’AUPC, lorsque les deniers du débiteur
ne peuvent suffire immédiatement aux frais de la décision de redressement judiciaire
ou de la liquidation des biens, ils sont avancés par le trésor public sur décision du juge
commissaire qui en est remboursé par privilège sur les premiers recouvrements
nonobstant toute disposition contraire. La même règle est valable en cas de procédure
d’appel de la décision prononçant le redressement judiciaire ou la liquidation des
biens.
§2- L’exclusion des organes de l’acquisition des biens du débiteur
A l’occasion des procédures collectives, tout ou partie des biens du débiteur
peuvent faire l’objet de vente ou de cession. La question est alors de savoir si un
organe de la procédure est habilité à acquérir ces biens ? La réponse négative se
dégage de l’article 51 de l’AUPC. Selon cette disposition, il est formellement interdit
au syndic et à tous ceux qui ont participé à l’administration de la procédure collective
d’acquérir personnellement, soit directement, soit indirectement, à l’amiable ou par
vente de justice, tout ou partie de l’actif mobilier ou immobilier du débiteur en état de
règlement préventif, de redressement judiciaire ou de liquidation des biens.
73
TITRE II
LES EFFETS DE LA DECISISION D’OUVERTURE DE LA PROCEDURE
La décision d’ouverture de la procédure collective produit des effets aussi bien
à l’égard du débiteur qu’à l’égard des créanciers.
74
CHAPITRE 1er-
LES EFFETS A L’EGARD DU DEBITEUR
Le prononcé de la décision d’ouverture de redressement judiciaire ou de
liquidation des biens a une incidence à la fois sur les pouvoirs du débiteur, certains
actes accomplis par le débiteur et sur la continuité des activités de celui-ci. En effet,
lorsque la décision est prononcée, elle entraîne la restriction des pouvoirs du débiteur.
Lors de la procédure, lorsqu’il est constaté que certains actes accomplis par le débiteur
l’ont été au détriment de la masse des créanciers, ceux-ci peuvent être déclarés
inopposables à la masse des créanciers. Toutefois, lorsque la continuation des
activités du débiteur a été décidée, la gestion de l’entreprise peut être laissée au
débiteur lui-même ou le fonds peut être donné en location- gérance.
SECTION 1-LA RESTRICTION DES POUVOIRS DU DEBITEUR
Le degré de réduction des pouvoirs du débiteur varie en fonction de la nature
de la procédure ouverte. Lorsque la procédure ouverte est un redressement judiciaire,
il y a l’assistance obligatoire du débiteur. Mais lorsqu’il s’agit de la procédure de
liquidation des biens, le débiteur est dessaisi. S’il s’agit d’un débiteur personne morale,
celle-ci est dissoute.
§1er- L’étendue des pouvoirs du débiteur en cas de redressement judiciaire
L’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire, restreint les pouvoirs du
débiteur car, la loi lui impose une assistance obligatoire du syndic. Mais, même si les
pouvoirs du débiteur semblent restreints, il peut parfois agir seul.
A- L’assistance obligatoire du débiteur
Aux termes de l’article 52 de l’AUPC, la décision qui prononce le redressement
judiciaire emporte de plein droit, à partir de sa date et jusqu’à l’homologation du
concordat de redressement, assistance obligatoire du débiteur pour tous les actes
concernant l’administration et la disposition de ses biens.
L’inobservation de cette exigence peut entraîner l’inopposabilité à la masse des
créanciers les actes accomplis. Si le débiteur ou les dirigeants sociaux refusent
75
d’accomplir un acte nécessaire à la sauvegarde du patrimoine, le syndic y procède
sans délai. Ainsi, le syndic peut prendre des mesures conservatoires. Il peut procéder
au recouvrement des effets et des créances exigibles. Il est tenu de procéder sans
délai à la vente des objets dispendieux à conserver ou soumis à dépérissement ou à
dépréciation imminente après avoir obtenu une autorisation du juge commissaire.
Cette autorisation lui est exigée pour mettre en œuvre tant en demande qu’en défense
toute action mobilière ou immobilière.
B- Les tempéraments à la réduction des pouvoirs du débiteur
Il est vrai qu’à partir de l’ouverture de la procédure de redressement judiciaire, le
débiteur est assisté pour tous les actes concernant l’administration et la disposition de
ses biens. Mais, il arrive que le débiteur accomplisse seul des actes conservatoires et
ceux de gestion courante entrant dans l’activité habituelle de l’entreprise
conformément aux usages de la profession à charge pour lui de rendre compte au
syndic. De même, si le syndic refuse son assistance au débiteur ou au dirigeant, ceux-
ci ou les contrôleurs peuvent l’y contraindre par décision du juge commissaire.
§2- L’étendue des pouvoirs du débiteur en cas de liquidation des biens
L’ouverture d’une procédure de liquidation des biens entraîne le
dessaisissement de tous les débiteurs et la dissolution des débiteurs personnes
morales.
A- Le dessaisissement du débiteur personne physique
Le débiteur personne physique n’a aucun pouvoir en cas d’ouverture d’une
procédure de liquidation des biens. En effet, aux termes de l’article 53 alinéa 2 de
l’AUPC, la décision qui prononce la liquidation des biens emporte de plein droit à partir
de sa date et jusqu’à la clôture de la procédure, dessaisissement pour le débiteur de
l’administration et de la disposition de ses biens présents et ceux qu'il peut acquérir à
quelque titre que ce soit. Les différents actes et actions du débiteur sont accomplis ou
exercés par le syndic qui agit seul en représentation du débiteur. Les actes accomplis
en violation de cette règle seront déclarés inopposables à l’ensemble des créanciers
en état d’union.
76
Toutefois, le débiteur peut accomplir des actes conservatoires. S’il arrivait que
le syndic refuse d’accomplir un acte ou d’exercer une action concernant le patrimoine
du débiteur, il peut être contraint par une décision du juge commissaire à la demande
du débiteur, des dirigeants ou des contrôleurs.
B- La dissolution du débiteur personne morale
Lorsque le débiteur est une personne morale, la décision qui prononce la
liquidation des biens de ce débiteur emporte de plein droit la dissolution de la personne
morale.
Pour les dirigeants sociaux, la décision entraîne la neutralisation de leur liberté de
céder les parts sociales ou les titres de capitaux qui doivent faire l’objet d’une
autorisation du juge commissaire.
§3 : Les pouvoirs du syndic
La loi accorde au syndic le pouvoir d’accomplir les actes relatifs au patrimoine
et à l’administration de l’entreprise du débiteur.
A- Les attributs du syndic portant sur patrimoine du débiteur
Lorsque le syndic est nommé, il est tenu d’accomplir tous les actes nécessaires à
la conservation des droits du débiteur contre les créanciers de celui-ci. A ce titre, il
requiert au nom de la masse toutes les inscriptions des sûretés mobilières et
immobilières soumises à publicité qui n’ont pas été requises par le débiteur.
Quant au débiteur, il doit présenter au syndic dans les trois jours de la décision
d’ouverture les livres comptables en vue de leur examen et de leur clôture. Même si
les livres sont détenus par les tiers, ces derniers ont l’obligation de les remettre au
syndic sur sa demande.
Lorsque le bilan n’a pas été remis au syndic, à l’aide des différents livres
comptables, il établit la situation. Il peut être ordonné par le juge commissaire que tous
les courriers adressés au débiteur soient remis au syndic.
Le débiteur peut assister à la remise du courrier s’il en fait la demande. Mais, si le
courrier a un caractère personnel, il lui est remis ou restitué. Le syndic peut aussi
accéder au courrier du débiteur n’ayant pas un caractère personnel. Tous les titres ne
constatant pas des droits sociaux sont déposés entre les mains du syndic. En retour,
77
il dresse un état des droits sociaux et des livres. Aux dirigeants, il délivre un certificat
de dépôt pour leur permettre de participer aux assemblées. Le syndic assure sous sa
responsabilité la garde des titres qui lui sont remis. Il ne peut les restituer qu'après
homologation du concordat de redressement judiciaire ou après la clôture de la
liquidation des biens, sauf à les remettre à un tiers à la demande de la juridiction
compétente.
Par ailleurs, pour éviter la diminution du patrimoine, la juridiction compétente peut
ordonner l’apposition des scellés sur certains biens appartenant au débiteur tels que :
Les caisses, les coffres forts, les portefeuilles, les meubles etc.
En cas d’apposition de scellés, seul le syndic peut demander au juge commissaire
de dispenser certains biens des scellés ou de le faire extraire. (Les effets
indispensables au débiteur et à sa famille). Les pouvoirs du syndic vont aussi
s’observer lorsque la continuation de l’exploitation est nécessaire ou autorisée.
B- Les attributs du syndic quant à la continuation de l’entreprise
Pour la continuation de l’entreprise, le syndic est tenu de faire l’inventaire des
biens du débiteur. A ce titre, il peut requérir la levée des scellés en vue de l’opération
d’inventaire. Dans l’hypothèse où le débiteur exerce une profession libérale soumise
à un statut réglementé, l’inventaire est dressé en présence d’un représentant de l’ordre
professionnel ou de l’autorité dont il relève.
Lorsque le débiteur est prédécédé, l’inventaire est dressé en présence des
héritiers connus ou dument appelés. Le ministère public à la faculté d’assister à
l’inventaire. Il est établi en double exemplaire dont une copie déposée au greffe et
l’autre réservée au syndic.
Lorsque la liquidation a été prononcée et que l’inventaire est terminé,
l’ensemble du patrimoine du débiteur est remis au syndic. Toutefois, le débiteur peut
obtenir des secours fixés par le juge commissaire sur son actif pour lui et pour sa
famille. Le juge commissaire ne peut prendre la décision que si le syndic est entendu.
Dans ce cas, le syndic remet aux différentes administrations (douanières,
sociales) les éléments d’information fournis par le débiteur et ceux dont il dispose. Mais
il arrive que le débiteur refus de coopérer. Si le débiteur n’a pas déféré dans les 20
jours de sa réquisition, le syndic constate sa défaillance et en avise le juge
commissaire.
78
Il en informe les administrations concernées dans les 10 jours en leur
fournissant les informations dont il dispose sur les chiffres d’affaires réalisés et les
salaires payés par le débiteur.
Dans le délai de 30 jours à compter de son entrée en fonction, le syndic remet
un rapport sommaire sur la situation apparente du débiteur au juge commissaire. Celui-
ci le transmet avec ses informations au ministère public avec ses observations. En cas
de retard du syndic, le juge commissaire en avise le ministère public en expliquant les
causes du retard. Si le débiteur est un professionnel libéral avec statut particulier, le
rapport est remis à l’ordre dont il relève.
SECTION 2- LA RECONSTITUTION DU PATRIMOINE DU DEBITEUR
Le débiteur en difficulté est parfois tenté d’accomplir des actes qui peuvent
s’avérer par la suite contraires à l’intérêt de ses créanciers. Cette attitude s’explique
par fait que le plus souvent, il veut éviter la cessation des paiements ou soustraire des
biens de son patrimoine, gage général de ses créanciers. Aux termes de l’article 67
de l’AUPC, lorsque ces actes ont été accomplis pendant la période suspecte, c'est-à-
dire celle allant de la cessation des paiements à la décision d’ouverture de
redressement judiciaire ou de la liquidation des biens, ils peuvent être déclarés
inopposables à la masse des créanciers.
§1er- Les cas d’inopposabilité
Par opposition à la nullité, l’inopposabilité se dit d’un acte en lui-même maintenu
mais dont les effets sont neutralisés à l’égard d’une personne qui est en droit de ne
pas en souffrir à charge de faire déclarer en justice la circonstance qui justifie la
neutralisation.
Contrairement au législateur Français qui sanctionne les actes accomplis
pendant la période suspecte par la nullité, les rédacteurs des Actes uniformes ont
choisi l’inopposabilité en ce sens que la nullité est la sanction encourue par un acte
juridique entaché d’un vice de forme ou d’une irrégularité de fond et qui entraîne
l’anéantissement rétroactif dudit acte.
On aurait pu utiliser l’action paulienne qui consiste à déclarer nul un acte
accompli en fraude au droit du créancier. Mais, celle-ci conduirait également, à
l’anéantissement de l’acte frauduleux. Aussi convient-il d’approuver l’action en
79
inopposabilité adoptée par l’AUPC. Cependant, l’inopposabilité peut être de plein droit
ou facultative.
A- Les inopposabilités de plein droit
Aux termes de l’article 68 de l’AUPC, sont inopposables de plein droit à l’égard des
créanciers, les actes accomplis pendant la période suspecte et susceptibles de porter
atteinte aux intérêts des créanciers. Ce sont :
1°) tous les actes à titre gratuit translatif de propriété mobilière ou immobilière ;
2°) les contrats commutatifs (entrainant des obligations réciproques) dans lesquels les
obligations du débiteur excèdent notablement celles de l’autre partie ;
3°) tous les paiements quel qu’en soit le mode des dettes non échues sauf s’il s’agit
du paiement d’un effet de commerce ;
4°) tout paiement des dettes échues fait autrement qu'en espèce, effet de commerce,
virement, prélèvement, carte de paiement, compensation légale, judiciaire ou
conventionnelle des dettes ayant un lien de connexité entre elles et tout autre mode
normal de paiement ou communément admis dans les relations d’affaires du secteur
d’activité du débiteur ;
5°) toute sûreté réelle conventionnelle constituée à titre de garantie d’une dette
antérieurement contractée à moins qu'elle ne remplace une sûreté antérieure d’une
nature et d’une étendue au moins équivalente ou qu’elle soit consentie en exécution
d’une convention antérieure à la cessation des paiements ;
6°) toute inscription provisoire d’hypothèque judiciaire conservatoire ou de
nantissement judiciaire conservatoire.
B- Les inopposabilités facultatives
Elles trouvent leur origine dans l’article 69 de l’AUPC, selon lequel le juge a la
faculté de déclarer inopposable à la masse des créanciers les actes préjudiciables
suivants :
1°) les actes gratuits translatifs de propriété mobilière ou immobilière faits dans les 6
mois précédant la période suspecte ;
2°) les actes à titre onéreux si les cocontractants du débiteur ont eu connaissance de
la cessation des paiements au moment de la conclusion des actes ;
3°) les paiements volontaires des dettes échues si ceux qui les ont perçus ont eu
connaissance de la cessation au moment des paiements.
80
Cette règle n’est pas applicable aux paiements d’un porteur diligent d’une lettre de
change, d’un billet à ordre ou d’un chèque. Toutefois une action en rapport est possible
dans les cas suivants :
Le tireur ou le donneur d’ordre a eu connaissance de la cessation des
paiements du tiré soit au moment du tirage soit au moment du paiement
de la lettre de change ;
Le bénéficiaire du billet à ordre a eu connaissance de la cessation des
paiements du souscripteur au moment de l’endossement ou au moment
du paiement par le souscripteur ;
Le tireur d’un chèque a eu connaissance de la cessation des paiements
du tiré au moment de l’émission du chèque ;
4°) le bénéficiaire d’un chèque qui a eu connaissance de la cessation des paiements
du tireur au moment de l’émission d’un chèque ;
5°) le bénéficiaire d’un chèque qui a eu connaissance de la cessation des paiements
du tiré soit au moment de l’émission soit au moment du paiement du chèque.
§2-Le régime juridique de l’action en inopposabilité
Etudier le régime juridique de l’action en inopposabilité revient à voir les conditions
d’exercice de celle-ci et les effets qui s’y rattachent.
A- L’exercice de l’action en inopposabilité
Lorsqu’un acte a été accompli pendant la période suspecte et que cet acte est de
nature à causer un préjudice à la masse des créanciers, une action en inopposabilité
peut être déclarée devant la juridiction qui a ouvert la procédure de redressement
judiciaire ou de liquidation des biens. Cette action ne peut être exercée que par le
syndic en qualité de représentant de la masse des créanciers. A peine d’irrecevabilité,
elle ne peut être exercée après l’homologation du concordat de redressement ni après
la clôture de la liquidation des biens.
Le syndic a certes le monopole de l’exercice de l’action en inopposabilité, mais
l’article 72 de l’AUPC permet qu'en cas de sa carence, tous créanciers contrôleurs
agissent dans l’intérêt collectif. Mais après une mise en demeure du syndic restée
infructueuse pendant une période de 21 jours.
B- Les effets de l’inopposabilité
81
Lorsque l’action en in inopposabilité a été rejetée, les actes accomplis pendant la
période suspecte restent valables et produisent les effets escomptés. En revanche, en
cas de succès de l’action en inopposabilité qui profite à la masse, les avantages
obtenus varient suivant les actes accomplis :
1°) si une sûreté a été déclarée inopposable, la masse est colloquée à la place du
créancier dont la sûreté a été déclarée inopposable ;
2°) si un acte à titre gratuit translatif de propriété a été déclaré inopposable, il est privé
d’effet s’il n’a pas été exécuté. S’il a été exécuté, le bénéficiaire de la libéralité doit
rapporter le bien dont la propriété a été transférée gratuitement. En cas de sous
aliénation à titre gratuit, le sous acquéreur même de bonne foi, est tenu de rapporter
le bien ou de payer la valeur sauf si le bien a disparu de son patrimoine par suite d’un
cas de force majeure. En cas de sous aliénation à titre onéreux, le sous acquéreur est
tenu au rapport du bien ou au paiement de sa valeur que si au moment de l’acquisition,
il avait eu connaissance de la cessation des paiements du débiteur.
En tout état de cause, le bénéficiaire principal de l’acte à titre gratuit reste tenu du
paiement de la valeur du bien si le sous acquéreur ne peut ou ne doit pas rapporter le
bien.
3°) si un paiement a été déclaré inopposable le créancier doit rapporter le paiement et
produire au passif du débiteur ;
4°) si un contrat commutatif est déclaré inopposable et qu’il n’a pas été exécuté, il ne
peut plus l’être. En revanche s’il a été exécuté, le créancier peut seulement produire
au passif du débiteur ou la juste valeur de la prestation qu’il a fournie.
5°) si l’acte à titre onéreux est déclaré inopposable, il est privé d’effet s’il n’a pas été
exécuté. Mais s’il s’agit d’une aliénation exécutée, l’acquéreur doit rapporter le bien et
produire sa créance au passif du débiteur.
En cas de sous aliénation à titre gratuit, le sous acquéreur doit rapporter le bien sans
recours contre la masse.
En cas de sous aliénation à titre onéreux, le sous acquéreur rapporte le bien et produit
sa créance au passif du débiteur s’il a été de mauvaise foi.
Dans tous les cas, si le débiteur a reçu tout ou partie de la prestation du cocontractant
qui ne peut être restituée en nature, le créancier doit produire sa créance pour la valeur
de la prestation fournie.
82
SECTION 3- LA CONTINUATION DE L’ACTIVITE DU DEBITEUR
Lorsque la décision d’ouverture autorise la continuation de l’activité du débiteur,
il se pose trois préoccupations majeures. La gestion de l’entreprise doit –elle confiée
au débiteur ou à un tiers ? Quel est le sort des contrats en cours ? Peut-on licencier
les travailleurs ?
§ 1er- L’attribution du pouvoir de gestion
L’entreprise en difficulté peut bénéficier de deux modes de gestion : une gestion
directe exécutée par le débiteur et une gestion indirecte relevant de la compétence
d’un locataire-gérant29.
A- La gestion directe
Il faut distinguer la situation suivant qu’il s’agit du redressement judiciaire ou de la
liquidation des biens.
1- En cas d’ouverture du redressement judiciaire
En cas d’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire, l’activité continue
avec l’assistance du syndic. Lequel établit un rapport présentant le résultat de
l’exploitation à communiquer au juge-commissaire et au ministère public. Le débiteur
ou les dirigeants sociaux participent à la continuation de l’exploitation sauf décision
contraire de la juridiction compétente qui statue à la requête du syndic par une décision
motivée et après avis du ministère public. Lorsqu’ils participent à la continuation, le
juge commissaire fixe les conditions dans lesquelles ils seront rémunérés. Mais, il
n’est pas exclu que le redressement judiciaire soit converti en liquidation des biens.
2- En cas d’ouverture de la liquidation des biens
En principe, la procédure de liquidation des biens met fin à l’activité de l’entreprise
débitrice. Toutefois, à titre exceptionnel la juridiction compétente peut autoriser une
poursuite provisoire de l’activité pour une durée maximale de 60 jours si l’intérêt public
29
Article 112, 113, 114 de l’AUPC
83
ou celui des créanciers l’exige. Ce délai peut être renouvelé une seule fois à la
demande du syndic et après avis du ministère public. En cas de poursuite provisoire,
le syndic fait un rapport concernant les résultats de l’exploitation qu’il communique aux
organes de surveillance (le juge commissaire et le ministère public). Dans cette
poursuite provisoire, le débiteur ou les dirigeants sociaux ne peuvent être employés
pour faciliter la gestion qu'avec l’autorisation de la juridiction compétente. Il peut aussi
arriver que la continuation soit l’œuvre d’un locataire-gérant. Dans ce cas on parle de
gestion indirecte.
B- La location- gérance
Elle se fait par le biais d’un contrat de location-gérance. Il s’agit d’un contrat par
lequel le propriétaire d’un fonds de commerce concède son exploitation à un locataire-
gérant moyennant redevance. Le locataire- gérant exploite le fonds à ses risque et
périls. Mais en cas d’ouverture d’un redressement judiciaire, la formation et l’exécution
du contrat obéissent à des conditions strictement fixées par la loi.
1- La formation du contrat de location-gérance
En cas de redressement judiciaire, lorsque la disparition ou la cessation d’activité,
même provisoire de l’entreprise est de nature à compromettre sa stabilité ou à causer
un trouble grave à l’économie nationale, régionale ou locale dans la production et la
distribution de biens et services, la juridiction compétente peut autoriser la conclusion
d’un contrat de location-gérance à la demande du ministère public, du syndic ou d’un
contrôleur. La conclusion d’un tel contrat est possible même s’il existe une clause
contraire dans le bail de l’immeuble.
La juridiction compétente peut refuser son autorisation si elle estime insuffisantes
les garanties offertes par le locataire-gérant ou si celui-ci ne présente pas une
indépendance suffisante à l’égard du débiteur.
La durée du contrat est de deux ans renouvelable une seule fois. La publication
du contrat est obligatoire. L’inobservation d’une telle mesure entraîne pour le débiteur
deux effets.
En premier lieu, jusqu’à la publication du contrat de location gérance, le propriétaire
du fonds est solidairement responsable des dettes nées de l’exploitation de la location-
gérance. D’ailleurs, la Cour d’appel d’Abidjan a jugé que le non-respect des mesures
84
de publicité dans le délai imparti n’entraîne pas la nullité du contrat de location-
gérance. Un tel manquement autorise une action des tiers à l’encontre du loueur 30.
En second lieu, dans le délai de trois (3) mois à compter de la date de la publication
du contrat de location- gérance, les dettes du loueur peuvent être déclarées
immédiatement exigibles par la juridiction compétente si elle estime que la location-
gérance met en péril leur recouvrement.
2- L’exécution du contrat de location-gérance
Le locataire-gérant est tenu d’exécuter le contrat conformément à l’autorisation
donnée par la juridiction compétente. Afin de veiller au respect des engagements, le
syndic est tenu de surveiller l’activité du locataire-gérant. A ce titre, il peut se faire
communiquer tous les documents et informations utiles à sa mission par le locataire-
gérant. Le syndic rend régulièrement compte de l’exécution des obligations du
locataire-gérant au juge commissaire. Au moins tous les 3 mois, le syndic précise le
montant des sommes reçues et versées au compte de la procédure, les éléments
d’actifs pris en location-gérance et les mesures de nature à résoudre les difficultés
d’exécution.
Lorsque par son fait, le preneur diminue les garanties qu’il avait données ou
compromet la valeur du fonds ou encore ne respecte pas ses engagements, la
juridiction compétente peut, à toute époque, résilier le contrat de location-gérance soit
d’office soit à la demande du syndic ou du ministère public ou à la demande d’un
contrôleur et sur rapport du juge commissaire.
3- Le sort des dettes nées de la continuation de l’activité
Le sort des dettes varie selon leur origine. Lorsqu’elles naissent de l’activité
régulière du débiteur ou du syndic, elles constituent des créances de la masse. Mais
si elles naissent de l’exploitation du locataire-gérant, elles restent exclusivement à la
charge de ce dernier sans solidarité avec le propriétaire du fonds31. Cette position est
conforme aux principes qui gouvernent le contrat de location- gérance qui transfère
les risques du propriétaire au locataire.
30
CA. Abidjan, arrêt n° 263 du 25 février 2005, Ohadata, J-07-32.
31
Article 117 AUPC.
85
§2-Les contrats en cours et les licenciements
A- L’affirmation du principe du maintien des contrats en cours
Le contrat est en cours lorsqu’il a été conclu mais n’est pas entièrement exécuté.
En général, il s’agit des contrats à exécution successive.
Il se dégage de l’article 107 de l’AUPC, un principe qui est celui du maintien des
contrats en cours. Selon ce texte, aucune résiliation ou résolution d’un contrat en cours
ne peut résulter du seul fait de l’ouverture du redressement judiciaire ou de la
liquidation des biens en dépit des dispositions légales ou des clauses contractuelles
contraires. Ce qui suppose que tous les contrats en cours doivent continuer en dépit
de l’ouverture du redressement judiciaire ou de la liquidation des biens. Mais tous ces
contrats ne sont pas nécessairement avantageux pour le débiteur. C’est pourquoi la
loi accorde au syndic la faculté d’opérer un choix, c’est-à-dire qu'’il peut exiger la
continuation du contrat ou le résilier.
1- La continuation exigée par le syndic
Lorsque le syndic exige la poursuite d’un contrat en cours, il doit fournir la prestation
promise au cocontractant qui remplit ses obligations malgré le défaut d’exécution par
le débiteur d’engagement antérieur à la décision d’ouverture de la procédure. Lorsqu’il
est continué, le contrat est exécuté aux conditions en vigueur au jour de l’ouverture de
la procédure nonobstant toutes clauses contraires.
Mais le syndic peut ne pas réagir. Dans ce cas, il peut être mis en demeure par
tout moyen laissant trace écrite de prendre parti sur la poursuite des contrats en cours.
La mise en demeure faite par le cocontractant fait courir un délai de 30 jours à compter
de la réception par le syndic.
2- La résiliation du contrat en cours
La résiliation peut être de plein droit ou facultative.
a- La résiliation de plein droit :
Le juge commissaire constate la résiliation de plein droit du contrat en cours à
la demande du cocontractant dans une double situation. C’est le cas lorsque le syndic
ne répond pas à la mise en demeure dans le délai imparti étant entendu que la
86
fourniture de la prestation promise au cocontractant avant expiration de ce délai vaut
décision de poursuivre le contrat. C’est également le cas lorsque le syndic a exigé la
poursuite du contrat mais ne fournit pas la prestation promise au cocontractant ou bien
ne paye pas une échéance s’il s’agit d’un contrat à exécution ou au paiement
échelonné dans le temps.
b- La résiliation facultative
La résiliation du contrat en cours peut être prononcée à la demande du syndic
par le juge commissaire dans deux hypothèses. D’une part, en l’absence de toute mise
en demeure lorsqu’après avoir exigé l’exécution du contrat, il lui parait au syndic que
ce contrat n’est plus utile à la poursuite de l’activité ou à la sauvegarde de l’entreprise,
il peut prendre la décision d’y mettre fin. La condition exigée est suivante : la résiliation
ne doit pas porter une atteinte excessive à l’intérêt du cocontractant.
D’autre part, si après avoir exigé l’exécution du contrat dans lequel la prestation du
débiteur porte sur le paiement d’une somme d’argent, le syndic ne se sent plus en
mesure de fournir la prestation promise ou encore s’il lui apparait qu’il ne disposera
pas des fonds nécessaires pour remplir les obligations du terme suivant il peut y mettre
fin.
La résiliation peut donner lieu à des dommages et intérêts dont le montant est
produit au passif de la procédure. Ce montant peut se compenser avec les créances
résultant de l’inexécution du contrat antérieur à la décision d’ouverture de la procédure.
Le cocontractant dispose d’un délai de 30 jours pour produire sa créance à compter
de la résiliation. Toutefois, le principe du maintien des contrats en cours ne s’applique
pas au contrat de travail.
B- Le sort des contrats de travail
Lorsque le débiteur est assujetti à une procédure de redressement judiciaire ou de
liquidation des biens, ses employés, à l’instar de ses créanciers éprouvent des
difficultés de recouvrement de leur salaire. Ayant pris conscience du caractère
alimentaire du salaire, les rédacteurs de l’Acte Uniforme ont accordé des privilèges
aux travailleurs. Mais il n’est pas exclu qu’en cas de nécessité, ils soient congédiés ou
licenciés.
87
1- Les super privilèges des salariés
En cas de redressement judiciaire ou de liquidation des biens, toutes les créances
résultant tant du contrat de travail que du contrat d’apprentissage bénéficient d’un
super privilège. En effet, au plus tard dans les 10 jours qui suivent la décision
d’ouverture et sur simple décision du juge commissaire, le syndic paye le salaire des
travailleurs sous déduction des acomptes déjà perçus32. En cas d’insuffisance des
fonds, ils sont payés sur les premières rentrées de fonds avant toutes autres créances.
Lorsqu’il n’existe pas de fonds, le syndic peut se charger de payer ces salaires ou
avoir recours à une autre personne ou un organisme si un tel organisme existe dans
l’Etat partie. Toutes ces personnes qui ont fait des avances pour payer des créances
super privilégiées des salariés sont subrogées dans les droits des travailleurs et sont
remboursées dès la rentrée des fonds nécessaires sans qu’aucune autre créance ne
puisse y faire obstacle. La primauté de paiement aux salariés n’exclut leur
licenciement.
2- Le sort des contrats de travail
En principe l’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire ou de
liquidation des biens n’est pas une cause de rupture du contrat de travail. Mais lorsqu’il
est devenu indispensable ou urgent de réduire la masse salariale, il est possible que
des licenciements soient prononcés pour motif économique. C’est pour le principe de
la continuation des contrats en cours n’est pas applicable au contrat de travail. Le
syndic est l’organe habilité à procéder au licenciement après avoir obtenu l’autorisation
du juge commissaire. Il établit l’ordre des licenciements conformément au droit du
travail applicable.
Sont proposés en premier lieu les licenciements des travailleurs présentant les
moindres aptitudes professionnelles pour les emplois maintenus et en cas d’égalité
d’aptitude professionnelle, les travailleurs les moins anciens, l’ancienneté étant
calculée en fonction du droit du travail. Le syndic doit recueillir l’avis et les suggestions
des délégués du personnel ainsi que le contrôleur, représentant du personnel. Ceux-
32
Article 96 AUPC.
88
ci sont tenus de répondre par écrit sous huitaine à compter de la demande adressée
par le syndic.
Le syndic est tenu de communiqué à l’inspection du travail ses lettres de
consultation des délégués du personnel, du contrôleur représentant du personnel ainsi
que leur réponse écrite ou précisée que ceux-ci n’ont pas répondu dans le délai de 8
jours. Lorsque la procédure a été respectée, le juge commissaire autorise les différents
licenciements dans une décision signifiée aux travailleurs concernés. La décision du
juge commissaire autorisant ou refusant les licenciements est susceptible d’opposition
dans les 15 jours de son prononcé devant la juridiction ayant ouvert la procédure,
laquelle statue sous quinzaine.
89
CHAPITRE II-
LES EFFETS A L’EGARD DES CREANCIERS
Dès l’ouverture de la procédure judiciaire de redressement et de liquidation, les
créanciers antérieurs à la décision se constituent en une masse. Ils ont pour
obligations la production et la vérification de leur créance. Mais la loi prévoit une
réglementation spécifique à l’égard de certains créanciers à statut particulier.
SECTION 1- LA CONSTITUTION DE LA MASSE DES CREANCIERS
La masse des créanciers est le regroupement obligatoire des créanciers d’un
débiteur soumis à une procédure collective. Quels sont les créanciers composant la
masse ? Quels sont les effets à l’égard des créanciers qui la composent ? Seront
analysées successivement la question relative à la composition de la masse et celle
relative aux effets liés à la constitution de la masse.
§1er- La composition de la masse des créanciers
La constitution de la masse des créanciers nécessite que soit déterminés les
créanciers composant cette masse et que soit analysée la personnalité morale de
celle-ci
A- La détermination des créanciers composant la masse
La masse est constituée par tous les créanciers dont la créance est antérieure à la
décision d’ouverture même si l’exigibilité de cette créance était fixée à une date
postérieure à condition que cette créance ne soit pas inopposable en vertu des articles
68 et 69 de l’AUPC. Il n’existe aucune distinction entre les créanciers. Ainsi, peuvent
être membres de la masse les créanciers chirographaires, les créanciers dont la
créance est garantie par une sûreté. Il n’existe pas de distinction au niveau de la nature
de la dette (civile commerciale, fiscale…) ou sur l’origine de la dette.
B- La personnalité morale de la masse
90
La question de la personnalité morale de la masse des créanciers est controversée
en doctrine. Certains auteurs estiment que la masse des créanciers ne peut avoir de
personnalité morale dans la mesure où les formalités préalables à la constitution d’une
telle personne n’existent pas dans la mesure où la masse n’est pas matriculée au
registre du commerce et du crédit mobilier à l’instar des sociétés commerciales. La
masse ne dispose pas non plus de patrimoine propre.
Mais on peut légitiment penser qu’une telle personnalité morale existe pour
plusieurs raisons. D’abord, l’acte uniforme dispose qu’à partir de l’ouverture d’une
procédure de redressement judiciaire ou de liquidation des biens tous les créanciers
sont constitués en une masse représentée par le syndic33. En droit il semble que
seules les personnes ayant une personnalité sont représentées
Ensuite, la mase est colloquée à la place du créancier dont la sûreté est déclarée
inopposable34. Cela signifie que la masse remplace une personne dont l’existence
juridique n’est pas contestée. De plus, l’argument suivant lequel la masse n’est pas
immatriculer ne tient pas dans la mesure où l’ensemble de ces procédures se
déroulent au tribunal avec un rôle prépondérant du greffier.
Enfin, la décision d’ouverture emporte au profit de la mase hypothèque sur les
biens immobiliers présents et futurs du débiteur. Relativement à l’absence de publicité,
il nous semble que la publication de la décision d’ouverture de la procédure et de la
nomination du syndic comme représentant de la masse devrait suffire.
§2- Les effets de la constitution de la masse
La constitution de la masse des créanciers réduit les droits des créanciers. Il peut
s’agir du contenu des droits ou de leur exercice.
A- Le contenu des droits des créanciers
La décision d’ouverture du redressement judiciaire et de la liquidation des biens
arrête le cours des inscriptions de toutes les sûretés mobilières ou immobilières. Elle
agit également sur l’exigibilité des dettes. En effet, la décision d’ouverture ne rend
exigible les dettes non échues qu’en cas de liquidation des biens et à l’égard des tiers
seulement.
33
Article 75 AUPC.
34
Article 71 AUPC.
91
Lorsque les dettes sont exprimées en monnaie étrangère, elles sont converties en
monnaie du lieu où la décision de redressement judiciaire ou de liquidation a été
prononcée selon le cours du change à la date de cette décision. La décision
d’ouverture arrête dans l’intérêt de la masse, le cours des intérêts légaux et
conventionnels de tous intérêts et majorations, de retard de toutes les créances
qu'elles soient ou non garanties par une sûreté. Toutefois, s’agissant d’intérêt résultant
de contrats de prêts conclus pour une durée supérieure ou égale à un an, ou de contrat
assorti d’un paiement différé d’un an ou plus, le cours des intérêts se poursuit durant
la procédure de liquidation judiciaire. Cette règle bénéficie aux personnes physiques
coobligées ou ayant consenti une sûreté personnelle ou ayant affecté ou cédé un bien
en garantie.
B- L’exercice des droits
La décision d’ouverture interrompt toutes les actions en justice de la part de tous
les créanciers composant la masse35. Ces actions doivent avoir pour objet la
condamnation du débiteur au paiement d’une somme d’argent ou la résolution d’un
contrat pour défaut de paiement d’une somme d’argent.
En outre, la décision d’ouverture interdit toutes les procédures d’exécution de la
part des créanciers tant sur les meubles que sur les immeubles ainsi que toutes les
procédures de distribution n’ayant pas produit un effet distributif avant la décision
d’ouverture. Elle entraîne, également, la suspension des délais de prescription ou de
résolution accordés aux créanciers. Par ailleurs, les instances en cours sont
interrompues jusqu’à ce que le créancier poursuivant ait produit sa créance. Elles sont
reprises de plein droit mais celles tendant uniquement à la constatation des créances
et à la fixation de leur montant.
Les actions en justice et les procédures d’exécution sont en principe suspendues
mais si elles doivent être exercées ou poursuivies, il faut nécessairement que le
débiteur soit assisté du syndic. Il en est de même des actions engagées contre les
personnes physiques coobligées ou ayant consenti une sûreté personnelle en garantie
à compter du jugement d’ouverture et durant l’exécution du concordat de
35
Article 75 et 75-1 AUPC.
92
redressement. Les créanciers bénéficiant des garanties peuvent prendre des mesures
conservatoires.
SECTION 2- LES OBLIGATIONS DES CREANCIERS DE LA MASSE
Les créanciers qui composent la masse ont une double obligation : la production et la
vérification des créances.
§1er-La production des créances
L’AUPC fait peser sur une catégorie de créancier l’obligation de production. Cette
obligation incombant aux créanciers suit certaines modalités et est assortie de
sanction en cas d’inexécution par lesdits créanciers.
A- Les créanciers assujettis à l’obligation de produire
Les créanciers sur lesquels pèse l’obligation de production sont ceux composant
la masse. Les créanciers chirographaires ou ceux dont la créance est garantie par une
sûreté sont soumis à l’obligation de production. La même obligation de produire pèse
sur les créanciers ayant introduit avant la décision d’ouverture une procédure en
condamnation en vertu des titres ou à défaut des titres pour faire reconnaitre leurs
droits. Toutefois, n’y sont pas assujettis à cette obligation les créanciers d’aliments. Ils
en sont totalement exonérés.
B- Les modalités d’exécution de la production
A partir de la décision d’ouverture et jusqu’à l’expiration d’un délai de 60 jours
suivant la deuxième insertion dans un journal d’annonces légales, tous les créanciers
composant la masse sont tenus de produire leurs créances. Ceux domiciliés hors du
territoire national où la procédure a été ouverte, bénéficient d’un délai de 90 jours pour
produire leurs créances.
La même obligation est faite au créancier qui a introduit, avant la décision
d’ouverture, une procédure de condamnation en vertu d’un titre ou, à défaut de titre,
pour faire reconnaître son droit. La production interrompt la prescription extinctive de
la créance.
93
Le délai de production des créances ne commence à courir à l’égard des créanciers
bénéficiant d’une sûreté ayant fait l’objet d’une publicité qu'à compter de la notification
de l’avertissement qui doit leur être personnellement donné par le syndic à travers tous
les moyens laissant trace écrite. Les créanciers connus doivent être avertis sans délai
par le syndic s’ils n’ont pas produit leur créance dans les 15 jours de la première
insertion de la décision dans un journal d’annonces légales.
L’avertissement prend la forme d’une lettre au porteur contre récépissé. Le même
avertissement est adressé au contrôleur représentant du personnel s’il en existe. Les
créanciers tenus de produire remettent au syndic une déclaration indiquant le montant
de leur créance due au jour de la décision d’ouverture, les sommes à échoir et les
dates de leurs échéances par lettre au porteur contre récépissé ou tout moyen laissant
trace écrite. La déclaration précise la nature de la sûreté dont la créance est
éventuellement assortie.
Le créancier produit tous les éléments de nature à prouver l’existence et le montant
de sa créance. Si la créance n’est pas liquide, il doit faire l’évaluation. En cas de
créance litigieuse, désigner la juridiction saisie. Il joint aussi les documents justificatifs
qui peuvent être produits en copie, la production des documents peut être faite par le
créancier ou par un mandataire de son choix. Le syndic ne restitue les pièces qui lui
ont été confiées qu’après l’assemblée concordataire en cas de redressement judiciaire
ou après la clôture des opérations en cas de liquidation des biens.
S’agissant de titres cambiaires, la restitution peut être faite dès la fin de la
vérification si le créancier entend exercer ses recours cambiaires contre les signataires
autres que le débiteur.
Concernant les créances du trésor, de l’administration des douanes, des
organismes de sécurité et de prévoyance, leur production est toujours faite sous
réserve des créances non encore établies et des redressements ou rappels
individuels. Si les créances résultent d’une taxation d’office, elles sont admises par
provision.
C- La sanction du défaut de production des créances
Les créanciers tenus de l’obligation de produire qui ne le font pas dans le délai,
sont forclos. En conséquence, ils ne sont pas admis dans les répartitions des
dividendes. Leurs créances sont inopposables à la masse et au débiteur pendant la
94
période de liquidation ou de redressement judiciaire y compris durant la période
d’exécution du concordat de redressement judiciaire. Ces créanciers défaillants
peuvent être relevés de forclusion par décision motivée du juge commissaire tant que
l’état des créances n’a pas été arrêté et déposé mais à condition qu'ils démontrent que
leur défaillance n’est pas de leur fait. La demande en relevé de forclusion est formée
par voie de requête et adressée au juge commissaire. Si celui-ci relève de la forclusion
les créanciers défaillants, mention en est portée par le greffier sur l’état des créances.
Les frais de cette instance sont entièrement supportés par les créanciers défaillants.
Ceux-ci ne peuvent concourir que pour les répartitions et les dividendes postérieurs à
la décision de relevé de forclusion.
§2 : La vérification des créances
En principe l’organe habilité à vérifier est le syndic. Mais dans cette mission le
greffier joue un rôle important36.
A- L’obligation de vérification
La vérification des créances est obligatoire quel que soit l’importance du patrimoine
du débiteur. Mais le principe selon lequel la consistance du patrimoine du débiteur est
indifférente dans l’obligation de vérification connaît des assouplissements. En effet,
selon l’article 146-1 de l’AUPC, il n’est pas procédé à la vérification des créances
chirographaires s’il apparait que le produit de la réalisation de l’actif sera entièrement
absorbé par les créances privilégiées37 ainsi que les frais de justice et les créances
super privilégiées à moins que s’agissant d’une personne morale, il y ait lieu de mettre
à la charge des dirigeants tout ou partie du passif. En outre, si les fonds manquent
pour entreprendre ou terminer les opérations de liquidation des biens, la juridiction
compétente sur rapport du juge commissaire peut prononcer à la demande de tout
intéressé ou même d’office la clôture des opérations pour insuffisance d’actif38.
La vérification incombe au syndic qui le fait au fur et à mesure des productions en
présence du débiteur et des contrôleurs s’il en existe. Cette vérification a lieu dans les
36
Articles 84 à 90 AUPC
37
Article 5-11, 11-1, 33-1 de l’AUPC.
38
Article 173 de l’AUPC.
95
4 mois suivant la deuxième insertion de la décision d’ouverture dans un journal
d’annonces légales.
Si la créance ou la sûreté est discutée ou contestée, le syndic en avise le juge
commissaire et les créanciers concernés. Cet avis du syndic précise l’objet et le motif
de la discussion, le montant de la créance dont l’admission est proposée et contenir la
reproduction de l’article 85 de l’AUPCAP.
Le créancier dispose d’un délai de 30 jours à compter de la réception de l’avis pour
fournir ses explications écrites ou verbales au juge commissaire. Passé ce délai, il ne
peut plus contester la proposition du syndic. Le délai est porté à 60 jours si le créancier
est hors du territoire national.
En revanche, les créances fiscales, douanières et sociales ne peuvent être
contestées que dans les conditions des textes qui leurs sont applicables. A l’expiration
du délai sus-indiqué, le syndic adresse un état des créances contenant ses
propositions d’admission définitive ou provisoire ou de rejet avec indication de leur
nature chirographaire ou garantie par une sûreté. Le créancier dont seule la sûreté est
contestée est admis provisoirement à titre chirographaire. L’état des créances après
vérification et signature par le juge commissaire qui mentionne face à chaque créance
le montant, la nature, le caractère définitif ou provisoire de l’admission, l’existence ou
non d’une instance est déposée au greffe.
Le juge commissaire ne peut rejeter en tout ou partie une créance ou se déclarer
incompétent qu'après avoir entendu le créancier, le débiteur et le syndic appelé par
tout document laissant trace écrite.
B- Le rôle du greffier dans la vérification des créances
Il revient au greffier d’avertir sans délai les créanciers du dépôt de l’état des
créances par une insertion dans un journal d’annonces légales. Il adresse aux
créanciers un extrait de l’état des créances et un avis les informant du rejet en tout ou
partie de leur créance par tout moyen laissant trace écrite. L’avis doit leur parvenir un
jour au moins avant l’expiration du délai prévu pour former une réclamation. L’avis doit
contenir la reproduction intégrale de l’article 88 de l’AUPC.
Quant aux créances contestées ou admises provisoirement, elles sont renvoyées
à la juridiction compétente par le greffier à la première audience pour être jugée sur
rapport du juge commissaire. Le greffier adresse un avis de ce renvoi aux parties huit
96
jours avant l’audience. Si la juridiction n’est pas en mesure de statuer au fond sur les
réclamations avant l’homologation du concordat de redressement ou la clôture de la
liquidation, le créancier est admis à titre provisoire. Dans l’hypothèse où la juridiction
compétente statue, le greffier avise les intéressés dans les trois jours à compter de la
décision de la juridiction compétente. La décision est mentionnée sur l’état des
créances. Elle peut faire l’objet d’appel à la requête du créancier ou du débiteur dans
les 15 jours de son prononcé. Si la juridiction se déclare incompétente, elle admet
provisoirement la créance et le greffier avise les intéressés de cette décision. Si
l’intéressé n’a pas saisi la juridiction compétente, dans le délai d’un mois, il est forclos
et la décision du juge commissaire devient irrévocable à son égard.
Rappelons que les litiges individuels relevant de la compétence des juridictions
sociales ne sont pas soumis aux tentatives de conciliation prévues par la loi de chaque
Etat nonobstant toute disposition contraire.
SECTION 3 : LE SORT DES CREANCIERS A STATUT PARTICULIER
Les créanciers ayant un statut particulier sont nombreux. Il s’agit des cautions
et coobligés, des bailleurs, du conjoint, des vendeurs de meubles et des
revendiquants.
§1er -Les cautions et coobligés (articles 91 à 94 de l’AUPC)
Le créancier porteur d’engagements souscrits, endossés ou garantis
solidairement par deux ou plusieurs coobligés qui ont cessé leurs paiements peut
produire dans toutes les masses pour le montant intégral de sa créance et participer
aux distributions jusqu’à parfait paiement s’il n’a reçu aucun paiement partiel. Avant la
décision d’ouverture de la procédure collective de son ou de ses coobligés, si le
créancier a reçu un acompte sur sa créance, il n’est compris dans la masse que sous
déduction de cet acompte et conserve sur ce qui lui reste de ses droits contre le
coobligé ou la caution.
Ensuite, le coobligé ou la caution qui a fait le paiement partiel est compris dans
la même masse pour tout ce qu’il a payé et qui était à la charge du débiteur. Mais
même si le débiteur bénéficie d’un concordat de redressement, les créanciers
conservent leur action pour la totalité de leur créance contre les coobligés de leur
débiteur sauf si ceux-ci bénéficient de la suspension.
97
Si le créancier a reçu paiement d’un dividende dans la masse de l’un ou
plusieurs coobligés en état de redressement judiciaire ou de liquidation des biens, ces
derniers n’ont aucun recours entre eux sauf si la réunion des dividendes donnés par
ces procédures excède le montant total de la créance en principal et accessoires. Dans
ce cas, l’excédent est dévolu suivant l’ordre des engagements à ceux des coobligés
qui auraient les autres pour garant et, à défaut d’ordre, au marc le franc entre eux.
§2- Le bailleur d’immeuble
En général, toutes les personnes exerçant une activité professionnelle ne le font
pas dans des immeubles dont elles ont la propriété. Dans ce cas, chaque fois qu’elles
sont assujetties à une procédure de redressement judiciaire ou de liquidation des
biens, le propriétaire de l’immeuble peut être tenté de résilier le contrat de bail. Le
changement d’immeuble ou de site peut ne pas être avantageux pour le débiteur soit
en raison de l’éloignement, soit en raison des difficultés dont il fait déjà l’objet.
Conscients de cette difficulté, les rédacteurs de l’AUPC ont prévu le droit de résiliation
du bailleur d’immeuble ainsi que ses privilèges lorsque le locataire est soumis à une
procédure collective.
A- Les privilèges du bailleur d’immeuble
Le bailleur bénéficie des privilèges pour les 12 derniers mois de loyers échus avant
la décision d’ouverture de la procédure collective ainsi que pour les 12 mois échus ou
à échoir postérieurement à la décision. Dans l’hypothèse où le bail est résilié, le bailleur
bénéficie d’un privilège pour les dommages et intérêts ainsi qu’une indemnité
d’occupation qui peuvent lui être alloués. Il peut le demander dès le prononcé de la
résiliation. En outre, il est créancier de la masse pour tous les loyers échus et des
dommages-intérêts ainsi qu’indemnité postérieurement à la décision d’ouverture.
En revanche, si le bail n’est pas résilié, le bailleur ne peut pas exiger le paiement
des loyers à échoir. Dans ce cas, il n’est créancier de la masse pour les loyers échus
qu’après l’ouverture de la procédure qu’au fur et à mesure de leur échéance et si les
sûretés dont il bénéficiait sont maintenues et concernent la même assiette ou celles
qui lui ont été accordées depuis la décision d’ouverture sont jugées suffisantes.
Dans tous les cas, le juge commissaire peut autoriser le syndic à vendre des
meubles garantissant les lieux loués s’ils sont soumis à dépérissement prochain ou à
98
dépréciation imminente ou s’ils sont dispendieux à conserver. Il en est de même pour
les meubles dont la réalisation ne met en cause ni l’existence du fonds ni le maintien
des garanties suffisantes pour le bailleur en cause.
Si le bail n’est pas résilié et qu’il y a néanmoins vente des meubles sus indiqués sans
autorisation aucune, le privilège du bailleur garantit les mêmes créances et s’exerce
de la même manière. Le bailleur peut même demander la résiliation du bail qui est de
droit.
En cas de conflit entre le privilège du bailleur d’immeuble et celui du vendeur de fonds
de commerce sur certains éléments mobiliers, le privilège du vendeur du fonds de
commerce l’emporte.
A- La résiliation du bail d’immeuble
Il est interdit de rompre les contrats en cours en cas d’ouverture d’une procédure
de redressement ou de liquidation des biens. En effet, aux termes de l’article 97 de
l’AUPC nonobstant toute disposition légale ou clause contractuelle, aucune
indivisibilité, résiliation ou résolution du bail des immeubles affectés à l’activité
professionnelle du débiteur y compris les locaux d’habitation du débiteur ou de sa
famille ne peut résulter du seul fait de l’ouverture du redressement judiciaire ou de la
liquidation des biens. En dépit de cette interdiction, le bail peut prendre fin en présence
d’une procédure collective. Il en est ainsi lorsque le syndic ou le débiteur assisté du
syndic décide de ne pas poursuivre le bail. Celui-ci est résilié sur simple congé formulé
par signification d’huissier de justice ou notification par tout moyen permettant d’établir
la réception effective par le destinataire. Dans cette hypothèse, la résiliation prend effet
à l’expiration du délai de préavis notifié dans cet acte qui ne saurait être inférieur à 30
jours.
Ensuite, le bailleur peut demander la résiliation du bail pour des causes
antérieures à la décision d’ouverture. Le bailleur doit introduire sa demande dans un
délai de 30 jours suivant la deuxième insertion dans le journal d’annonces légales.
Enfin, la résiliation du bail est possible pour des causes nées postérieurement
à la décision d’ouverture. Le bailleur qui entende résilier le contrat introduit sa
demande dans le délai de 15 jours à compter de la connaissance par lui de la cause
de résiliation.
99
En tout état de cause, la résiliation est prononcée lorsque les garanties offertes
sont jugées insuffisantes par la juridiction compétente pour garantir les privilèges du
bailleur.
§3- Le conjoint du débiteur
Le redressement judiciaire ou la liquidation des biens en principe n’agit pas sur le
patrimoine du conjoint du débiteur. C’est à dire que l’actif du débiteur n’est pas
composé de biens personnels de son conjoint. Mais le conjoint ne devrait pas non plus
de par ses agissements, diminuer l’actif du conjoint soumis à une procédure de
redressement. La présomption mucienne en vertu de laquelle hors le cas des
immeubles et quel que soit le régime, les biens acquis par la femme du failli, étaient
réputés appartenir au mari, avoir été payés de ses deniers et devraient être réunis à
son actif est désormais abandonnée. Il s’ensuit que le conjoint peut reprendre ses
biens personnels.
A- La reprise des biens personnels du conjoint
Lorsqu’un débiteur est déclaré en redressement judiciaire ou en liquidation des
biens, son conjoint peut reprendre ses biens personnels. Mais, la consistance des
biens personnels du conjoint est établie par lui conformément aux règles de son régime
matrimonial. Il peut s’agir du régime de la communauté des bien ou de celui de la
séparation des biens auxquels il faut désormais ajouter le contrat si les époux ont
rédigé un tel acte. La masse des créanciers peut prouver par tous les moyens que les
biens acquis par le conjoint du débiteur l’ont été en tout ou partie avec des valeurs
fournies par celui-ci (le débiteur). Cette preuve lui permet de demander que les
acquisitions faites soient réunies à l’actif à proportion de la contribution du débiteur, le
cas échéant, en valeur. En tout état de cause, les reprises ne sont exercées par le
conjoint qu’à charge des dettes et sûretés dont les biens sont grevés. Le conjoint du
débiteur est entendu ou dûment convoqué dans par lettre au porteur contre récépissé
avant toute décision autorisant la vente des biens de la communauté.
B- Les avantages des conjoints du débiteur
100
Le conjoint du débiteur qui à l’époque de la célébration du mariage dans l’année
de cette célébration ou dans l’année suivante exerçait une activité professionnelle
indépendante, civile, commerciale, artisanale ou agricole ne peut exercer dans la
procédure collective aucune action en raison des avantages faits par l’un des époux à
l’autre dans le contrat de mariage ou pendant le mariage. Il en résulte que tous ces
avantages restent acquis. De leur côté, les créanciers ne peuvent se prévaloir des
avantages faits par l’un des époux à l’autre. Tous les avantages consentis pendant la
période indiquée restent des biens personnels du conjoint bénéficiaire.
§ IV) Les vendeurs de meubles et les revendiquants
Nous verrons successivement les revendiquants et les vendeurs de meubles
A- Les revendiquants
La revendication suppose la demande et la reprise des biens dont le débiteur
n’a pas la propriété. Cette revendication obéit à des conditions de fond et de forme.
Mais avant de déterminer l’exercice de l’action en revendication, il faudra présenter les
objets de la revendication.
1- Les objets de la revendication
Peuvent être revendiqués, les effets de commerce remis à l’encaissement ou
autre titre non-payé remis par leur propriétaire pour être affectés à des paiements
déterminés et qui se trouvent encore dans le portefeuille du débiteur. Peuvent
également être revendiqués, les marchandises consignées et les objets mobiliers
remis au débiteur soit pour être vendus pour le compte du propriétaire, soit à titre de
dépôt, de prêt, de mandat, de location ou tout autre contrat à charge de restitution (ex
: contrat de crédit-bail). La condition de cette revendication est que ces biens doivent
se trouver en nature.
Peuvent aussi être revendiqués les marchandises et les objets mobiliers faisant
l’objet d’une réserve de propriété selon les conditions et avec les effets prévus par
l’AUPC. Toutefois, si ces biens ont été remis au débiteur pour être vendus il n’y a pas
lieu à revendication si avant leur restitution, le prix est payé intégralement et
immédiatement par le syndic après autorisation du juge commissaire.
101
Peuvent être retenus les marchandises et objet mobiliers qui ne sont pas
délivrés ou expédiés au débiteur ou à un tiers agissant pour son compte. Ce droit de
rétention du vendeur est possible même si le prix est stipulé payable à crédit et le
transfert de propriété opéré avant l’expédition. Peuvent aussi être revendiqués les
biens expédiés au débiteur tant que la transition n’a pas été effectuée dans ses
magasins ou dans ceux de ses mandataires.
2- L’exercice de l’action en revendication
L’action en revendication ne peut être exercée que dans le délai de 90 jours
suivant la deuxième insertion de la décision d’ouverture de la procédure dans un
journal d’annonces légales. La demande est adressée au syndic qui peut acquiescer.
À défaut de réponse du syndic dans le délai de 30 jours ou en cas de refus, le juge
commissaire peut être saisi à la diligence du représentant à compter de l’expiration du
premier délai ou du refus afin que soit statué sur les droits de ce revendiquant et sur
le sort de leur contrat. Le juge commissaire statue par voie d’ordonnance dans le délai
de 8 jours à compter de sa saisine et l’ordonnance est déposée au greffe qui la
communique au syndic et la notifie aux parties. Le ministère public peut demander la
communication de la décision sans délai. L’ordonnance du juge commissaire peut faire
l’objet d’un recours dans le délai de 8 jours à compter de sa notification ou de sa
communication. Si le juge commissaire n’a pas statué dans les délais légaux, la
juridiction compétente peut être saisie dans les mêmes conditions à la demande d’une
partie ou du ministère public. L’examen du recours est fixé à la première audience utile
de la juridiction étant entendu que le syndic et les intéressés sont avisés.
Lorsqu’un contrat porte sur un bien faisant l’objet de publicité, le propriétaire de
ce bien est dispensé de faire reconnaitre son droit de propriété et il adresse une
demande au syndic. En l’absence d’accord dans le délai de 30 jours, le juge
commissaire peut être saisi à la diligence du propriétaire afin qu’il soit statué sur ses
droits.
B- Les vendeurs de meubles
A l’instar des revendiquants, les vendeurs de meubles peuvent demander la
restitution de leurs biens. C’est le cas lorsque les marchandises ou objets remis à
charge de restitution se trouvent en nature entre les mains du débiteur. En cas
102
d’aliénation des marchandises, la revendication est possible contre le sous acquéreur
lorsque le prix n’a pas été payé au jour de la décision d’ouverture.
Il en va de même pour les objets mobiliers faisant l’objet d’une réserve de
propriété. Lorsque les marchandises et objets mobiliers sont expédiés sans tradition,
le vendeur peut les revendiquer. Néanmoins cette revendication n’est pas recevable
si avant leur arrivée, les biens ont été revendus sans fraude sur factures ou titres de
transport réguliers.
Enfin, le vendeur peut revendiquer les marchandises et objets mobiliers s’ils
existent en nature, en tout ou partie dès lors que la vente a été résolue antérieurement
à la décision d’ouverture.
La revendication est admise lorsque l’action en résolution a été introduite
antérieurement à la décision d’ouverture par le vendeur non payé quand bien même
la résolution ait été prononcée postérieurement à la décision. En tout état de cause,
s’il n’y a pas eu de revendication ou si avant la restitution des marchandises ou objets
mobiliers, le prix est payé intégralement et immédiatement par le syndic après
autorisation du juge commissaire.
§5- La responsabilité des tiers
Les tiers créanciers ou non qui par leurs agissements fautifs ont contribué à
retarder la cessation des paiements ou à diminuer l’actif ou encore à aggraver le passif
du débiteur peuvent être condamnés à réparer le préjudice subi par la masse sur action
du syndic agissant dans l’intérêt collectif des créanciers. Pour la réparation du
préjudice subi, la juridiction choisit la solution la plus appropriée : soit le paiement des
dommages intérêts, soit la déchéance de leurs sûretés pour les créanciers titulaires
de telles garanties.
103
TITRE III
LES SOLUTIONS DU REDRESSEMENT JUDICIAIRE ET DE LA LIQUIDATION
DES BIENS.
La juridiction compétente fixe de façon définitive le sort de l’entreprise en
difficulté en adoptant soit la solution de redressement judiciaire parce que la situation
du débiteur n’est pas irrémédiablement compromise, soit celle de la liquidation des
biens parce que les efforts qui seront déployés ne pourront rien restructurer.
104
CHAPITRE 1er-
LA SOLUTION DE REDRESSEMENT JUDICIAIRE
La solution du redressement judiciaire réside dans la formation d’un concordat de
redressement judiciaire. Ce concordat peut comporter une cession partielle ou totale
d’actif.
SECTION 1- LE CONCORDAT DE REDRESSEMENT JUDICIAIRE
§1er – La formation du concordat
A- Le projet de concordat
La formation du concordat suit plusieurs étapes. Après la déclaration de la
cessation des paiements, le débiteur propose un projet de concordat de redressement
judiciaire dans un délai de 60 jours à compter de la déclaration. Le projet doit être
sérieux et présenter de réelles perspectives de redressement pour l’entreprise
débitrice.
Dès le dépôt du projet de concordat de redressement judiciaire par le débiteur,
le greffier le communique au syndic qui recueille l'avis des contrôleurs s'il en a été
nommé. Le greffier avise les créanciers par une insertion dans un journal d'annonces
légales dans l'Etat partie concerné. Il avertit personnellement les créanciers que le
dépôt de l'état des créances doit se faire sans délai. Le document d’avertissement
contient un exemplaire des propositions concordataires.
Les créanciers munis de sûreté doivent faire connaître leurs avis relativement
au projet ou s’ils entendent faire des contre-propositions sous quinzaine. Le délai de
15 jours prévu pour des contestations court dès la réception de cet avertissement.
Pendant ce délai, le syndic doit s’atteler à rapprocher les positions du débiteur
et des créanciers sur l'élaboration du projet de concordat, l’établissement du bilan
économique et social du débiteur. Le syndic assiste le débiteur dans l’établissement
de ce bilan qui sert à préciser l’origine, l’importance et la nature des difficultés du
débiteur. Dans ce cadre, le juge-commissaire doit leur fournir les renseignements,
documents et toutes informations utiles. Lorsque le débiteur exerce une profession
libérale soumise à un statut réglementé, le syndic doit consulter l’ordre professionnel
105
ou l’autorité compétente et transmet au juge-commissaire avant la convocation de
l'assemblée concordataire, un rapport indiquant, pour chaque créancier, s'il a été
effectivement contacté et à quelle date. Le rapport indique s'il apprécie positivement
le projet de concordat et est favorable à son adoption ou s'il y est défavorable ainsi
que la raison qu'il invoque.
Si le projet de concordat prévoit une modification du capital social, le syndic fait
convoquer une Assemblée générale extraordinaire ou une assemblée des associés
par l’autorité sociétaire compétente dans un délai de 15 jours. Passé ce délai, il doit
s’en charger. Le concordat peut contenir des clauses de reconversion des créances
en titre de capital, dans ces cas, les créanciers doivent consentir personnellement.
A- Le vote du concordat
Tous les créanciers sans distinction, prennent part au vote du concordat dans
les conditions fixées pour l’assemblée concordataire, le juge-commissaire et le
Ministère Public sont entendus. Les créanciers doivent s’y présenter personnellement
ou se faire représenter par un mandataire muni d’une procuration spéciale et régulière.
Les débiteurs ou les dirigeants sociaux régulièrement convoqués se présentent en
personne. La représentation n’est admise que pour des motifs reconnus légitimes par
la juridiction compétente.
Lors de l’assemblée, le syndic fait un rapport sur le projet du concordat de
redressement et le bilan économique et social, les formalités qui ont été remplies, les
opérations qui ont eu lieu ainsi que sur les résultats obtenus depuis la décision
d'ouverture. Lequel rapport est signé et remis à la Juridiction Compétente après avoir
entendu le juge-commissaire et le Ministère Public. Ensuite, la Juridiction Compétente
fait procéder au vote. Le vote par correspondance et le vote par procuration sont
admis.
Le projet de concordat de redressement judiciaire définitif est voté par la
majorité en nombre des créanciers admis définitivement ou provisoirement
représentant la moitié, au moins, du montant total des créances.
Enfin, la juridiction compétente dresse le procès-verbal de ce qui a été dit et
décidé au cours de l'assemblée concordataire. La signature, par le créancier ou son
106
représentant, des bulletins de vote joints au procès-verbal, vaut signature dudit procès-
verbal.
§2 – L’homologation du concordat
La décision de la juridiction compétente constatant la réunion vaut homologation
du concordat de redressement judiciaire. Toutefois, la juridiction compétente n'accorde
l'homologation du concordat de redressement judiciaire que si :
1°) les conditions de validité du concordat sont réunies ;
2°) aucun motif, tiré de l'intérêt collectif ou de l'ordre public, ne paraît de nature à
empêcher le concordat ;
3°) en cas de redressement judiciaire d'une personne morale, la direction de celle-ci
n'est plus assurée par les dirigeants dont le remplacement a été proposé dans les
offres concordataires ou par le syndic ou contre lesquels a été prononcée la faillite
personnelle ;
4°) le concordat offre des possibilités sérieuses de redressement de l'entreprise
débitrice, de règlement de son passif et des garanties suffisantes d'exécution ;
5°) les conditions prévues par l'article 33-1 de l’AUPC sont remplies, si des personnes
bénéficient du privilège prévu par ce texte, et que les montants garantis sont
expressément mentionnés.
Sauf disposition contraire, l'homologation du concordat de redressement
judiciaire ne peut valider les avantages particuliers tels que définis et réprimés par les
articles 244 et 245 de l’AUPC. Mais ne sont pas considérés comme avantages
particuliers les délais et remises particuliers consentis par les créanciers titulaires de
sûretés réelles spéciales ou de privilèges généraux dans les conditions prévues aux
articles 120 et 125 de l’AUPC. L’annulation d’une stipulation d'avantages particuliers
n'entraîne pas l'annulation du concordat sauf en cas de dol résultant d’une
dissimulation d’actif ou d’une exagération du passif.
Dans le cas contraire, la décision constate le rejet du concordat et convertit le
redressement judiciaire en liquidation des biens. La juridiction compétente peut
désigner ou maintenir en fonction les contrôleurs pour surveiller l'exécution du
concordat de redressement judiciaire ou à défaut de contrôleurs, le syndic. La décision
107
d'homologation ou de rejet du concordat de redressement judiciaire fait l'objet de
communication et publicité. Elle ne peut faire l'objet que d'un appel formé dans les
quinze (15) jours de son prononcé, que par le débiteur ou par le ministère public.
Lorsqu'une personne morale comportant des membres tenus indéfiniment et
solidairement au passif social est admise au redressement judiciaire, les créanciers
peuvent ne consentir le concordat qu'en faveur d'un ou plusieurs membres. La société
ne peut pas bénéficier d’une remise de concordat.
SECTION 2- LE CONCORDAT COMPORTANT UNE CESSION
Le concordat de redressement judiciaire peut comporter des offres de cession
totale ou partielle d'actif. Dans de tels cas, le délai de 15 jours prévu pour la
convocation de l'assemblée concordataire est porté à 1 mois. La cession peut
concerner tout ou partie des biens corporels ou incorporels, meubles ou immeubles.
Elle peut comporter, également, une cession d'entreprise ou d'établissement.
La cession d’entreprise est toute cession de biens susceptible d'exploitation autonome
permettant d'assurer le maintien d'une activité économique, des emplois qui y sont
attachés et d'apurer le passif.
Lorsque la cession totale ou partielle d'actif ou d'entreprise ou est envisagée
dans le concordat de redressement judiciaire, le syndic établit un état descriptif des
biens meubles et immeubles dont la cession est envisagée, la liste des emplois qui y
sont attachés, les sûretés réelles dont ils sont affectés et la quote-part de chaque bien
dans le prix de cession. Le syndic est chargé de faire connaître ces offres de cession
par tous moyens, notamment par la voie d'annonces légales, dès le moment où elles
sont définitivement arrêtées par lui et le débiteur et approuvées par une décision du
juge-commissaire.
Les offres d'acquisition sont reçues par le débiteur, assisté du syndic, et portées
à la connaissance de l'assemblée concordataire qui décide, par vote de retenir l'offre
la plus avantageuse. La juridiction compétente n’homologuera la cession totale ou
partielle d'actif que si le prix est suffisant pour désintéresser les créanciers munis de
sûretés réelles spéciales sur les biens cédés, sauf renonciation par eux à cette
condition et acceptation des dispositions de l'article 168 ci-dessous. Ou encore si le
108
prix est payable au comptant ou si, dans le cas où des délais de paiement sont
accordés à l'acquéreur, ceux-ci n'excèdent pas deux (02) ans et sont garantis par le
cautionnement solidaire d'un établissement bancaire.
Le débiteur, assisté du syndic, accomplit toutes les formalités de la cession.
Mais si aucune offre d'acquisition n'est exprimée avant l'assemblée concordataire ou
reconnue satisfaisante par celle-ci, le débiteur peut retirer son offre de cession. S'il la
maintient, la cession est réalisée ultérieurement. Le prix de la cession totale ou partielle
d'actif est versé dans l'actif du débiteur. Lorsque l'ensemble cédé comporte des biens
grevés d'une sûreté réelle spéciale, la cession n'emporte point purge de cette sûreté
que si le prix est intégralement payé et le créancier garanti totalement désintéressé.
SECTION 3- LA MISE EN ŒUVRE DU CONCORDAT
L'homologation du concordat de redressement judiciaire rend celui-ci obligatoire
à l'égard de tous les créanciers antérieurs à la décision d'ouverture, quelle que soit la
nature de leurs créances. Toutefois, des dispositions législatives particulières peuvent
interdire à l'administration de consentir des remises ou des délais.
Les créanciers bénéficiant de sûretés réelles spéciales ne sont tenus que par
les délais et remises particuliers qu’ils ont consentis. Si le concordat comporte des
délais n'excédant pas 2 ans, ceux-ci peuvent leur être opposés exceptionnellement si
les délais par eux consentis sont inférieurs.
En ce qui concerne les travailleurs, ils ne peuvent se voir imposer aucune
remise ni délais excédant 2 ans sans préjudice des dispositions de l'article 96 de
l’AUPC. Aussi, les créanciers munis de sûretés réelles ne perdent-ils pas leurs
garanties avec l’homologation du concordat du redressement. Cependant, ils ne
peuvent les réaliser qu'en cas d'annulation ou de résolution du concordat de
redressement auquel ils ont consenti ou qui leur a été imposé, sans préjudice de leur
droit d'agir contre un tiers afin de préserver leurs droits.
A moins qu'il en ait été décidé autrement par le concordat de redressement
judiciaire, l'homologation conserve à chacun des créanciers, sur les immeubles du
débiteur, l'hypothèque inscrite en vertu de l'article 74 de l’AUPC. Dans ce cas, le syndic
est tenu de requérir, en vertu de la décision d'homologation, une nouvelle inscription
109
sur les mêmes immeubles spécifiant les sommes garanties, conformément aux règles
de la publicité foncière. Lorsque la décision d'homologation passe en force de chose
jugée, le débiteur recouvre la libre administration et disposition de ses biens, à
l'exception de ceux qui ont fait l'objet d'une cession totale ou partielle ou d’entreprise
ou d’établissement.
En ce qui concerne le syndic, il rend compte sur l’accomplissement de sa
mission d'assistance au juge-commissaire par écrit en lui remettant un rapport. Le
juge-commissaire vise le rapport. Les fonctions du juge et celles du syndic cessent à
ce moment précis. Toutefois, en cas de maintien de la cession d'actif, leur mission
peut exceptionnellement se poursuivre. En cas de contestation, la juridiction
compétente se prononce dans un délai maximum de trente 30 jours à compter de sa
saisine.
Par ailleurs, lorsqu'il a été désigné un ou plusieurs contrôleurs de l'exécution du
concordat de redressement judiciaire, ceux-ci doivent faire un rapport sans délai, de
tout retard ou autre manquement à l'exécution du concordat au président de la
juridiction compétente qui peut ordonner une enquête par le syndic qui est chargé de
lui rendre compte. Les contrôleurs communiquent au président de la juridiction
compétente, à la fin de chaque semestre civil, la situation des soldes créditeurs qu'ils
détiennent au titre des concordats qu'ils contrôlent. Ils doivent également être titulaires
d'une police d'assurance couvrant leur responsabilité civile qu’ils doivent prouver
auprès du président de la juridiction compétente.
Si pendant l'exécution du concordat de redressement judiciaire, une
modification est nécessaire pour favoriser la bonne exécution du concordat, soit le
débiteur, soit le juge-commissaire sur rapport du syndic ou des créanciers
représentant plus de la moitié de la valeur des créances totales, peuvent demander
au Président de la Juridiction Compétente ladite modification. Après avoir entendu le
Syndic sur son rapport puis le débiteur et les créanciers sur l’opportunité de la
modification demandée, le Président de la Juridiction Compétente rend sa décision.
Celle-ci n’est susceptible que d'un appel qui peut être formé devant la juridiction
compétente dans un délai de quinze 15 jours suivant le prononcé de la décision de
modification ou de son refus. La décision de modification du concordat de
redressement judiciaire vaut homologation. Elle doit faire l'objet de publication.
110
SECTION 4- LES SANCTIONS FRAPPANT LE CONCORDAT DE
REDRESSEMENT
Dans le souci de préserver les droits des créanciers à l’égard de certains
comportements fautifs du débiteur, la loi les autorise à demander la résolution ou
l’annulation du concordat de redressement. Ce sont les deux sanctions qui peuvent
frapper le concordat de redressement étant entend que la juridiction peut modifier
certains dispositions en vue de l’adapter aux circonstances.
§1er -La résolution du concordat
Relativement à la résolution du concordat, l’Acte Uniforme prévoit outre les hypothèse
de résolution, le régime juridique de l’action ainsi que les effets. .
A) Les hypothèses de la résolution
La résolution peut être prononcée dans trois cas. D’abord, la résolution peut être
retenue en cas d'inexécution, par le débiteur, des engagements concordataires.
Toutefois, la juridiction compétente apprécie, après avis du ministère public et des
contrôleurs des engagements concordataires ou des remises et délais, si ces
manquements sont suffisamment graves pour compromettre définitivement l'exécution
du concordat. Dans le cas contraire, elle peut accorder des délais de paiement qui ne
sauraient excéder de plus de six (06) mois ceux déjà consentis par les créanciers .
Ensuite, la résolution peut être prononcée lorsque le débiteur est frappé, pour
quelle que cause que ce soit, de l'interdiction d'exercer une activité professionnelle
indépendante sauf si la durée et la nature de cette interdiction sont compatibles avec
la poursuite éventuellement, d'une cession d'entreprise dans des conditions
satisfaisantes dans l'intérêt collectif.
Enfin, le juge accorde la résolution lorsque, s'agissant d'une personne morale à
qui le concordat a été accordé, les dirigeants fautifs condamnés assument de
nouveau, en fait ou en droit, la direction de l’entreprise. Si l’interdiction frappe les
dirigeants en cours d'exécution du concordat, celui-ci est résolu à moins qu’ils ne
111
cessent, en fait, d'exercer les fonctions interdites. Toutefois, la juridiction compétente
peut accorder un délai raisonnable, qui ne saurait excéder trois (3) mois, pour procéder
au remplacement de ces dirigeants.
B) L’exercice de l’action en résolution
La saisine de la juridiction doit se faire par requête d'un créancier ou des
contrôleurs du concordat. Ces derniers n’ont pas le monopole de la saisine puisque la
juridiction compétente peut se saisir d'office. Toutefois, le débiteur doit être entendu
ou dûment appelé à cet effet. Il convient de rappeler que la résolution du concordat ne
libère point les cautions qui sont intervenues pour en garantir son exécution totale ou
partielle.
C) Les effets de la résolution
La résolution du concordat de redressement judiciaire, conduit la juridiction
compétente à convertir cette procédure en liquidation des biens. Cette décision
publiée constitue une seule masse de créanciers antérieurs et postérieurs au
concordat. En effet, suite à la résolution du concordat de redressement, les créanciers
antérieurs et ceux postérieurs au concordat de redressement forment une seule masse
de créanciers. Après le prononcé de de la résolution, le syndic procède sans délai sur
la base de l'ancien inventaire et avec l'assistance du juge-commissaire au récolement
des valeurs, actions et documents. S'il y a lieu, il procède à l’inventaire et dresse un
bilan supplémentaire. La publication de la décision rendue doit être faite par le greffier
dans un journal d'annonces légales. Ensuite, une invitation aux créanciers nouveaux,
s'il en existe, de produire leurs titres de créance à la vérification dans les conditions
prévues aux articles 78 et suivants de l’AUPC.
Les nouveaux titres de créance produits sont vérifiés. Les créances
antérieurement admises sont reportées d'office au nouvel état des créances, sous
déduction des sommes qui auraient été perçues par les créanciers au titre des
dividendes.
112
Si, avant la résolution du concordat, le débiteur n'a payé aucun dividende, les
remises concordataires sont anéanties et les créanciers antérieurs au concordat
recouvrent l'intégralité de leurs droits. Dans le cas contraire, ils ne peuvent réclamer,
à l’encontre des nouveaux créanciers, que la part de leurs créances primitives
correspondant à la portion du dividende promis qu'ils n'ont pu toucher. Les titulaires
de créances contre la première masse conservent leur droit de préférence par rapport
aux créanciers composant cette masse.
§ 2-L’annulation du concordat de redressement
A) La cause
En ce qui concerne l’annulation du concordat, elle intervient en cas de dol résultant
d'une dissimulation d'actif ou d'une exagération du passif si le dol a été découvert
après l'homologation du concordat préventif ou du concordat de redressement
judiciaire.
B) L’exercice de l’action
L’exercice de l’action en nullité n'appartient qu’au ministère public et aux
contrôleurs qui apprécient l'opportunité de l'exercer. Le délai pour exercer ce recours
est d’un 1 an à partir de la découverte du dol.
L’annulation n’est pas acquise d’office, il appartient à la juridiction compétente
d’apprécier souverainement l'opportunité de la prononcer ou non, en se fondant sur
l'intérêt collectif des créanciers et des travailleurs. Il importe toutefois de rappeler que,
la décision d'annulation est susceptible d'appel dans d’un délai de quinze 15 jours à
compter de son prononcé. Les actes accomplis entre l’homologation du concordat et
sa résolution ou son annulation ne peuvent être déclarés inopposables qu'en cas de
fraude aux droits des créanciers et conformément aux dispositions relatives à l'action
paulienne.
C) Les effets de l’annulation
113
Contrairement à la résolution, l’annulation libère de plein droit du concordat les
personnes ayant consenti un cautionnement ou affecté ou cédé un bien en garantie
d’exécution. Exceptionnellement, si celles-ci avaient connaissance du dol lors de leurs
engagements, elles ne sont pas libérées.
SECTION 5-LA SURVENANCE D’UNE SECONDE PROCEDURE COLLECTIVE
Il y a survenance d’une seconde procédure collective dans les cas où, la
résolution et ou l’annulation d’un concordat préventif ou de redressement débouche
sur une autre procédure collective. Dans un tel cas, les dispositions des articles 141,
142 et 143 de l’AUPC sont applicables.
La juridiction compétente se doit de convertir systématiquement le redressement
judiciaire en liquidation des biens, dans les cas où une personne physique se trouve
dans l'incapacité de continuer son activité en raison des déchéances dont elle est
frappée. La décision de conversion est soumise à publicité.
SECTION 6- LE REDRESSEMENT JUDICIAIRE SIMPLIFIE
La procédure de redressement judiciaire simplifié est soumise aux règles
applicables au redressement judiciaire. A la différence que le débiteur qui a la faculté
de demander l’application de la procédure de redressement judiciaire simplifié doit
répondre à la définition de la petite entreprise.
Est qualifiée de « petite entreprise » toute entreprise individuelle, société ou
autre personne de droit privé dont le nombre de travailleurs est inférieur ou égal à 20
et dont le chiffre d’affaire n’excède pas 50 millions de F CFA hors taxe au cours des
12 mois précédent la saisine de la juridiction compétente.
Le débiteur souhaitant bénéficier du redressement judiciaire simplifié introduit
sa requête dans les mêmes conditions que la procédure de redressement judiciaire
ordinaire.
En ce qui concerne le projet de concordat de redressement, il peut se limiter à
des délais de paiement, des remises de dettes ainsi qu'à des garanties que le chef
d'entreprise doit souscrire pour en assurer son exécution. Il n'est point besoin de
dresser de bilan économique et social. Ce document doit être déposé dans un délai
114
de 45 jours après la déclaration de la cessation des paiements contre 60 jours pour
les autres.
Il faut aussi noter que, jusqu'à la décision d’homologation du concordat de
redressement, la juridiction compétente peut décider de ne plus faire application de la
procédure simplifiée par une décision spécialement motivée à la demande du débiteur,
du syndic, du ministère public ou d'office. La juridiction compétente statue en cas de
redressement judiciaire simplifié après avoir entendu le débiteur, le syndic et les
contrôleurs.
115
CHAPITRE II-
LA SOLUTION DE LA LIQUIDATION DES BIENS
Cette solution comporte deux volets : la réalisation de l’actif et l’apurement du passif.
SECTION 1- LA REALISATION DE L’ACTIF
La réalisation de l’actif suppose la liquidation des biens de toute nature par leur
vente. Le recouvrement des créances du débiteur se fait au profit de l’union. L’union
s’entend de la masse des créanciers après le prononcé de la procédure de liquidation
des biens. Elle naît avec le prononcé de la liquidation et disparait avec la fin de cette
opération. L’opération de liquidation est menée par le syndic. Elle comporte des règles
particulières et se termine par l’apurement du passif.
§ 1er- Les règles générales applicables aux opérations de réalisation de l’actif
De prime abord, le syndic est autorisé à vendre les biens meubles et les
marchandises du débiteur, et le recouvrement des créances puis le règlement de ses
dettes. Cela n’empêche pas pour autant que ce dernier ait des obligations. Il doit
reverser les sommes obtenues dans le compte ouvert à cet effet et les justifier auprès
du juge commissaire. Le syndic peut, avec l'autorisation du juge-commissaire,
compromettre et transiger sur toutes les contestations qui intéressent la masse, même
sur celles qui sont relatives à des droits et actions immobiliers. C’est à ce titre qu’on
estime que l’arbitrage peut intervenir même en cas de procédure collective.
Cependant, cette transaction ne peut se faire sans l’accord préalable du débiteur qui
doit être informé. Mieux, il doit donner son avis sur l’étendue de la transaction.
Ensuite, le syndic peut, en remboursant la dette, retirer au profit de la masse, le
gage, le nantissement ou le droit de rétention conventionnel constitué sur un bien du
débiteur. Dans le cas contraire, et ce à l’expiration d’un délai de 3 mois après le
prononcé de la décision de liquidation, le créancier gagiste ou muni de sûreté peut
reprendre son droit de poursuite individuelle à charge de rendre compte au syndic. Il
en est ainsi pour le Trésor public, l'Administration des douanes et les organismes de
sécurité et de prévoyance sociale.
Par ailleurs, les formalités relatives à la décision du juge commissaire ordonnant
la vente des immeubles du débiteur remplacent le commandement préalable à toute
116
saisie réelle. Elle est notifiée au débiteur, à certains créanciers mais surtout au
conservateur de la propriété foncière qui se charge des règles de publicité foncière et
de délivrer un état des droits réels inscrits sur les titres fonciers concernés au syndic,
au créancier poursuivant ou au notaire.
Enfin, quel que soit le mode utilisé, le produit de la vente est remis au syndic
qui le repartit en respectant les ordres selon la nature du bien vendu.
§2-Les règles spéciales applicables aux opérations de réalisation des
immeubles
Ces règles concernent les ventes sur saisie immobilière, par voie d’adjudication
amiable, de gré à gré et la cession globale examinées successivement.
A- La vente sur saisie immobilière
Les règles relatives à la vente sur saisie immobilière concernent le contenu de la
décision d’autorisation du juge commissaire. Elles sont exclusivement destinées à
préciser la juridiction compétente devant laquelle l'expropriation sera poursuivie, mais
aussi, à l’élection du domicile du créancier poursuivant. Le juge commissaire peut
autoriser le syndic et les créanciers à vendre simultanément plusieurs immeubles ou
tous les immeubles.
B- La vente d’immeubles par voie d’adjudication amiable
L’adjudication amiable est soumise au droit commun. Cependant, en matière
de procédure collective, elle admet quelque spécificité. Notamment, la décision qui
autorise la vente par voie d'adjudication amiable désigne le notaire chargé de procéder
à l'adjudication. Ce dernier diligente la procédure et convoque le syndic et le débiteur
à la vente 1 mois, au moins, à l'avance pour la réalisation de la vente. Les enchères
peuvent être faites sans ministère d'avocat.
Ensuite, dans les dix (10) jours suivant l'adjudication, toute personne peut faire
surenchère du dixième par déclaration au greffe de la juridiction dans le ressort de
laquelle réside le notaire qui a procédé à la vente. Le greffier saisit sans délai le juge-
commissaire de la déclaration.
117
Enfin, s'il y a eu folle enchère, la procédure est poursuivie devant la juridiction
compétente dans le ressort de laquelle réside le notaire. Le certificat constatant que
l'adjudicataire n'a pas exécuté les clauses et conditions de l'adjudication est délivré
par le syndic.
C- La vente d’immeubles de gré à gré
La vente de gré à gré est celle qui s’effectue par négociation. Elle est autorisée
par le juge commissaire. L’acte d'autorisation précise le ou les immeubles à vendre en
fixe les prix ainsi que les conditions de vente.
Elle est notifiée, à la diligence du greffier, par signification d'huissier de justice
ou notification par tout moyen permettant d'établir la réception effective par le
destinataire au débiteur et aux créanciers inscrits, à domicile élu, dont les noms sont
indiqués dans la décision.
Si le prix est insuffisant pour désintéresser tous créanciers inscrits, dans le délai
de trente (30) jours à compter de la notification de la décision il est proposé la
surenchère du dixième sur le prix, par lettre au porteur contre récépissé ou par lettre
recommandée avec demande d'avis de réception ou par tout moyen laissant trace
écrite adressé au syndic.
Passé ce délai, le syndic passe les actes nécessaires à la réalisation de la
vente, soit avec l'acquéreur de son choix en l'absence de surenchère, soit avec le
surenchérisseur le plus disant en cas de surenchère.
D- La cession globale
La cession globale est la vente de tout ou partie de l'actif mobilier ou immobilier
comprenant, des unités d’exploitation, pour laquelle le syndic peut susciter des offres
d'acquisition et fixer des délais pendant lesquels elles sont reçues.
Les acquéreurs de cette cession peuvent être toute personne intéressée à
l’exclusion des dirigeants de la personne morale en liquidation, de leurs parents ou
alliés et du débiteur personne physique jusqu'au quatrième degré inclusivement.
La procédure d’offre d’acquisition doit se faire par écrit dans lequel sont précisés
les éléments suivants :
118
1°) le prix et les modalités de paiement ; au cas où des délais de paiement sont
sollicités, ceux-ci ne peuvent excéder douze (12) mois et doivent être garantis par le
cautionnement solidaire d'un établissement bancaire ;
2°) la date de réalisation de la cession.
L'offre est déposée au greffe de la juridiction compétente où tout intéressé peut en
prendre connaissance et communiquée au syndic, au juge-commissaire et au
ministère public.
Enfin, avant la réalisation de la cession le syndic requiert l’avis du débiteur, des
contrôleurs et soumet l’offre au juge commissaire pour son approbation.
SECTION 2- L’APUREMENT DU PASSIF
L’apurement du passif est l’opération de répartition et de distribution de l’actif
du débiteur entre ses différents créanciers qui forment l’union. Cette opération est
diligentée par le juge-commissaire par ordonnance. Il se charge d’avertir l’ensemble
des membres de l’union et fixe la quotité de la somme de chaque créancier.
Une fois la répartition ordonnée, le syndic adresse à chaque créancier admis,
en règlement de son dividende, un chèque. L’assistance financière faite au débiteur
ou à sa famille ainsi que les frais et dépens de la procédure de liquidation restent à la
charge de tous les créanciers admis. Mais les frais et dépens de la liquidation des
biens, dont les honoraires du syndic, sont prélevés sur l'actif en proportion de la valeur
de chaque élément d'actif par rapport à l'ensemble. En ce qui concerne la
rémunération des dirigeants sociaux, s’il n’a pas encore été statué sur leurs sorts, le
montant est mis en réserve. Les règles qui gouvernent la distribution des deniers
provenant des biens immobiliers et mobiliers diffèrent selon l’origine des deniers.
§1er- La répartition des deniers provenant de l’actif immobilier
Les deniers provenant de la réalisation de l’actif immobilier sont repartis selon
l’ordre suivant :
1°) aux créanciers bénéficiant du privilège prévu par les articles 5-11,11-1 et 33-1 ci-
dessus ;
119
2°) aux créanciers des frais de justice engagés pour parvenir à la réalisation du bien
vendu et à la distribution du prix ;
3°) aux créanciers de salaires super privilégiés en proportion de la valeur de
l'immeuble par rapport à l'ensemble de l'actif ;
4°) aux créanciers titulaires d'une hypothèque conventionnelle ou forcée et aux
créanciers séparatistes inscrits dans le délai légal, chacun selon le rang de son
inscription au livre foncier ;
5°) aux créanciers de la masse tels que définis par l'article 117 ci-dessus;
6°) aux créanciers munis d'un privilège général selon l'ordre établi par l'Acte uniforme
portant organisation des sûretés, à savoir, aux créanciers munis d'un privilège général
soumis à publicité, chacun selon le rang de son inscription au Registre du commerce
et du crédit mobilier, et aux créanciers munis d'un privilège général non soumis à
publicité selon l'ordre établi par l'article 180 de cet Acte uniforme ;
7°) aux créanciers chirographaires munis d'un titre exécutoire ;
8°) aux créanciers chirographaires non munis d'un titre exécutoire.
Toutefois, en cas d'insuffisance des deniers pour désintéresser totalement les
créanciers de l'une des catégories désignées aux 1°, 2°, 3°, 5°, 6°, 7° et 8° du présent
article venant à rang égal, ceux- ci concourent aux répartitions dans la proportion de
leurs créances totales, au marc le franc. Le prix de vente d'un bien spécialement
affecté à une sûreté est insuffisant à payer la créance en principal et intérêts, le
créancier titulaire de cette sûreté est traité, pour le reliquat non payé de sa créance,
comme un créancier chirographaire.
§ II - La répartition des deniers provenant de l’actif mobilier
Les deniers provenant de la réalisation de l’actif mobilier se répartissent comme
suit :
1°) aux créanciers bénéficiant du privilège prévu par les articles 5-11, 11-1 et 33-1 ci-
dessus ;
120
2°) aux créanciers des frais de justice engagés pour parvenir à la réalisation du bien
vendu et à la distribution elle-même du prix ;
3°) aux créanciers de frais engagés pour la conservation du bien du débiteur dans
l'intérêt du créancier dont les titres sont antérieurs en date ;
4°) aux créanciers de salaires super privilégiés en proportion de la valeur du meuble
par rapport à l'ensemble de l'actif ;
5°) aux créanciers garantis par un privilège général soumis à publicité, un gage, ou un
nantissement, chacun à la date de son opposabilité aux tiers ;
6°) aux créanciers munis d'un privilège mobilier spécial, chacun sur le meuble
supportant le privilège
7°) aux créanciers de la masse tels que définis par l'article 117 ci-dessus ;
8°) aux créanciers munis d'un privilège général selon l'ordre établi par l'Acte uniforme
portant organisation des sûretés ;
9°) aux créanciers chirographaires munis d'un titre exécutoire ;
10°) aux créanciers chirographaires non munis d'un titre exécutoire.
Les deux règles complémentaires sus-indiquées, sont valables pour le partage des
biens mobiliers.
SECTION 3- LA CLÔTURE DE L’UNION
La clôture de l’union intervient à la fin des opérations de liquidation ou après les
délais légaux fixés à 18 mois après l’ouverture de la procédure collective lequel délai
peut être prorogé de 6 mois par décision motivée de la juridiction compétente. Ainsi,
la clôture de l’union intervient à la fin des opérations et à l’expiration des délais légaux.
Mais elle intervient suivant deux modalités.
§1er- Les modalité de clôture de l’union
L’union peut être clôturée, non seulement, par l’extinction du passif, mais aussi, en
raison de l’insuffisance d’actif.
121
A- La clôture pour insuffisance d’actif
Lorsque pendant les opérations de la liquidation des biens, les fonds sont
insuffisants pour poursuivre ou terminer l’opération, la juridiction compétente, sur le
rapport du juge-commissaire peut, à tout instant, prononcer, à la demande de tout
intéressé ou même d'office, la clôture des opérations pour insuffisance d'actif. La
cause de cette clôture reste donc le manque d’actif. La décision publiée, ne fait pas
recouvrer systématiquement aux créanciers l'exercice individuel de leurs actions
contre le débiteur.
Mais si la créance résulte d'une condamnation pénale du débiteur ou des droits
attachés à la personne du créancier, elle peut faire l’objet de poursuite. Il existe
d’autres cas dans lesquels les créanciers admis recouvrent leur droit de poursuite. Il
en est ainsi :
- En cas de prononcé de la faillite personnelle du débiteur ou de condamnation
du débiteur pour banqueroute ;
- Si la juridiction compétente constate une fraude du débiteur à l'égard d'un ou
plusieurs créanciers ;
- Si le débiteur ou la personne morale dont il a été le dirigeant a été soumis à une
procédure de liquidation des biens clôturée pour insuffisance d'actif moins de
cinq (05) ans avant l'ouverture de celle à laquelle il est soumis ;
- Si la procédure est une liquidation des biens prononcée à l'encontre du dirigeant
condamné en comblement de passif ;
- Si la procédure collective a été ouverte dans le cadre de l’extension d’une
procédure de redressement judiciaire ou de liquidation des biens aux dirigeants
des personnes morales.
En tout état de cause, la décision peut être rapportée à la demande du débiteur ou de
tout autre intéressé s’il est démontré qu’il existe des fonds nécessaires aux frais des
opérations consignés entre les mains du syndic. D’ailleurs, le syndic dispose de 3 mois
pour déposer ses comptes au greffe. A charge pour le greffe, d’informer le débiteur
immédiatement pour requérir ses observations et enregistrer ses contestations dans
la huitaine.
122
B- La clôture pour extinction du passif
La clôture pour extinction du passif est une solution exceptionnelle dans la
mesure où elle suppose la réunion de fonds suffisant pour désintéresser l’ensemble
des créanciers, chose qui reste rare dans la pratique du droit de la procédure
collective. En effet, à toute époque de la procédure, la juridiction compétente peut
prononcer (au regard du rapport du juge commissaire constatant la réunion des
conditions pour le prononcé d’une telle décision) sur demande du débiteur, d'un
créancier contrôleur ou du syndic, ou même d'office, la clôture de la procédure
collective lorsqu'il n'existe plus de passif exigible ou lorsque le syndic dispose de
deniers suffisants ou lorsque sont consignées les sommes dues en capital, intérêts et
frais.
La solution relève du truisme dans la mesure ou l’objet de la procédure reste de
réunir les fonds pour désintéresser la masse ou l’union selon le cas. Toutefois, il faut
compter souvent avec la mauvaise foi de certains créanciers (refus de recevoir leurs
dus), disparition et ou l’absence de d’autres qui pourraient mettre à mal la poursuite
de la procédure. Dans une telle situation, la somme due est déposée au compte ouvert
à cet effet. Il semble que cette technique vient pour éviter les blocages que peut
rencontrer les syndics et les liquidateurs au cours de l’exercice de leur fonction.
§2 Le régime juridique de la clôture
A- La Procédure de clôture de l’union
La procédure de clôture est établie par le syndic. Il doit informer le débiteur par
tout moyen laissant trace écrite, de la clôture de ladite procédure et rendre ses
comptes au juge-commissaire qui constate la fin des opérations de liquidation dans un
procès-verbal. C’est après communication du Procès-Verbal à la Juridiction
Compétente que celle-ci pourra prononcer la clôture. A cette occasion, elle tranche
les contestations soulevées des comptes du syndic, soit par le débiteur soit par les
créanciers.
B- Les Effets de clôture de l’union
123
La décision de clôture de l’union, dissout de plein droit celle-ci. Par conséquent,
les créanciers recouvrent l'exercice de leurs droits. Toutefois, il convient de préciser
que c’est uniquement sur les actifs qui n'ont pas pu faire l’objet de réalisation durant la
liquidation des biens que doivent être orientés lesdits droits. La décision de clôture de
l’union n'est susceptible d'aucune voie de recours. Elle est communiquée au Ministère
Public et publiée dans les conditions des articles 36 et 37 de l’AUPC.
§3- La liquidation des biens simplifiée : cas de la petite entreprise
La procédure de liquidation des biens simplifiée est soumise aux règles
applicables à liquidation des biens à la différence que le débiteur répond à la
qualification de la petite entreprise.
Toutefois, tout débiteur répondant à cette définition peut demander l’application
de la procédure de liquidation simplifiée à condition de ne pas être propriétaire d’un
actif immobilier. Ce qui signifie que si la petite entreprise dispose d’un actif immobilier
elle ne doit pas solliciter une telle procédure. Dans le cas contraire, le juge doit rejeter
la demande. Cependant, il est regrettable que nulle part, l’acte uniforme ne donne un
sens à l’expression actif immobilier. Ainsi, nous pouvons l’entendre comme un bien
immobilier car, un bien immobilier reste un actif immobilier. Cette restriction est de
nature à réduire considérablement les bénéficiaires d’une telle procédure ou tout
simplement à pousser à la fraude dans la mesure où pour en profiter, certains acteurs
du monde des affaires seront tentés de dissimuler leur bien immobilier.
Le législateur donne la latitude à la juridiction compétente d’appliquer ou non
ladite procédure quand bien même, les conditions réunies. Mieux, la décision de refus
de l’appliquer ou non est insusceptible de recours. Pendant le déroulement de la
procédure, la juridiction compétente peut par décision motivée suspendre l’application
de la liquidation simplifiée pour poursuivre avec la liquidation ordinaire. Il en résulte
que les juges disposent d’un pouvoir souverain dans l’appréciation.
Une autre particularité de cette procédure reste les délais de 120 jours après
son ouverture pour prononcer sa clôture et sa prorogation qui ne peut excéder 60 jours.
Or, dans la liquidation des biens ordinaire, le délai est de 18 mois avec une prorogation
de 6 mois (article 33).
124
TITRE IV
LES PROCEDURES COLLECTIVES INTERNATIONALES
CHAPITRE I
LA RECONNAISSANCE DES EFFETS D’UNE PROCEDURE COLLECTIVE
OUVERTE DANS LES ETATS PARTIES
La reconnaissance des procédures collectives ouvertes dans un Etat partie s’entend
de la capacité de déploiement des effets des décisions prises dans le cadre d’une
procédure collective dans un autre Etat partie. Cette reconnaissance est prévue par
l’AUPC en son article 247 de l’AUPC. Mais elle n’empêche toutefois pas l’ouverture
de procédures collectives concurrentes.
Section I : La reconnaissance de la décision d’ouverture
La reconnaissance de la décision d’ouverture d’une procédure collective dans
les autres Etats parties à l’OHADA exige une seule condition mais met des obligations
à la charge du syndic.
§1er- La condition de la reconnaissance
Aux termes de l’article 247 de l’AUPC, lorsqu’elles sont exécutoires les
décisions d'ouverture et de clôture des procédures collectives ainsi que celles qui
règlent les contestations ou les différends nés de leur application et celles sur
lesquelles elles exercent une influence juridique, prononcées sur le territoire d'un Etat
partie, ont autorité de la chose jugée sur le territoire des autres États parties.
Les décisions reconnues par la juridiction compétente d'un État partie
bénéficient du même traitement. Ce qui signifie que la reconnaissance des
procédures collectives est de plein droit. Toutefois, les mesures d'exécution forcée,
requièrent nécessairement l'exequatur. Autrement les décisions rendues dans le cadre
d’une procédure collective, n’ont pas besoin d’une procédure d’exéquatur lorsqu’elles
doivent s’appliquer sur le territoire d’Etat partie à l’exclusion de celles comportant des
mesures d’exécution forcée. La reconnaissance résulte, par ailleurs, du mécanisme
de publication qui incombe au syndic.
125
§2- L’obligation de publicité des décisions
La publication des décisions reste à la charge du syndic. Il est tenu de publier
dans tout État partie où cette publication pourrait être utile à la sécurité juridique et aux
intérêts des créanciers, le contenu essentiel des décisions relatives à une procédure
collective et, le cas échéant, la décision qui le nomme. La décision de publication peut
être décidée d'office par la juridiction compétente ayant ouvert la procédure collective.
Le syndic peut également publier les décisions relatives à la procédure collective au
livre foncier, au Registre du commerce et du crédit mobilier ou à tout autre registre
public tenu dans les États parties si besoin est. L’inexécution de l’une des obligations,
pourrait engager la responsabilité civile du syndic. Une fois la reconnaissance
effective, quels effets produira-t-elle ?
§3-Les effets de la reconnaissance internationale
Lorsque la décision est rendue par la juridiction compétente. Celle-ci désigne le
syndic qui doit exercer sur le territoire d'un autre État partie tous les pouvoirs, tant
qu’une autre procédure collective concurrente n'est ouverte dans cet État. En outre,
cet effet, rappelons que l’ensemble des décisions notamment d’ouverture, de
règlement de contentieux relatifs à la procédure et de clôture exercent également dans
les autres Etats parties. Aussi les effets tels que ceux relatifs à la suspension des
poursuites se déploient.
Les effets de la reconnaissance des procédures collectives posent le problème
de l’opposabilité. Un créancier qui n’a pas connaissance de la décision d’ouverture
d’une procédure collective peut-il suspendre les poursuites contre son débiteur ? Une
réponse négative s’impose. Sans doute, le débiteur invitera le syndic à satisfaire aux
mesures de publicités exigées pour que la décision soit opposable au créancier. Or,
selon l’acte uniforme, dès que la décision d’ouverture a autorité de chose jugée, elle
produit systématiquement des effets. Il revient aux syndics nommés de prendre toutes
les dispositions utiles pour éviter les contestations qui pourraient surgir à ces
occasions sous peine d’engager leur responsabilité civile39.
39
Article 250 AUPC.
126
SETION 2- L’OUVERTURE DE PROCEDURES COLLECTIVES CONCURRENTES
A la lecture de l’article 251, il ressort que, la reconnaissance internationale des
effets de la procédure collective n’empêche pas l’ouverture d’une autre procédure
collective dans un Etat partie. Cependant il convient de présenter les conditions
d’ouverture d’une autre procédure collective et d’en tirer les leçons.
§1er- Les conditions d’ouverture d’une procédure collective concurrente
La première condition est la réunion de tous les éléments permettant l’ouverture
d’une procédure collective secondaire y compris une autre procédure. Nous avons
notamment, la conformité de la requête en ouverture. Il peut s’agir d’une procédure
collective territoriale ou d’ une procédure collective secondaire.
Aux termes de l’article 1-3, la procédure collective principale est une procédure
collective ouverte conformément au présent Acte uniforme sur le territoire d'un État
partie où le débiteur a son principal établissement ou, la personne morale, son siège.
La procédure collective secondaire est une procédure collective ouverte en
application du présent Acte uniforme sur le territoire d'un État partie où le débiteur n'a
pas son principal établissement ou la personne morale son siège, après l'ouverture
d'une procédure collective principale sur le territoire d'un État partie.
Il pourrait avoir des confusions dans la mesure où, pour une personne morale
débitrice, il faut relever que la procédure secondaire pourrait être plus importante que
la procédure principale dans le cas où le centre d’exploitation se trouve sur un territoire
autre que celui du siège social.
§2 -Les obligations résultant de la pluralité de procédures collectives
A- Les obligations du ou des syndics
La pluralité de procédures implique un devoir d’information réciproque entre les
différents syndics des procédures principales et secondaires. Ils doivent communiquer,
sans délai, tout renseignement qui peut être utile à une autre procédure collective,
notamment l'état de la production et de la vérification des créances et les mesures
visant à mettre fin à la procédure collective pour laquelle ils sont nommés.
127
Le syndic d'une procédure collective secondaire à l’obligation de permettre au
syndic de la procédure principale de présenter des propositions relatives à l'issue de
la procédure collective secondaire ou à toute utilisation des actifs de la procédure
collective secondaire. Tout manquement à une de ses obligations engagerait la
responsabilité civile des syndics.
B- L’obligations de coopération des juridictions
En ce qui concerne les juridictions compétentes, en cas d’ouverture de
procédures collectives dans plusieurs Etats parties à l’encontre d’un même débiteur,
elles doivent coopérer dans la mesure du possible soit directement, soit par
l’intermédiaire d’un syndic.
C- Les obligations des créanciers
Les créanciers peuvent produire leurs créances aussi bien dans la procédure
principale que dans la procédure secondaire ou territoriale. Ils sont tenus au respect
des règles relatives à la production. Les articles 254 et 255 règlent les questions de la
clôture de la procédure secondaire et le sort de la répartition dans les différentes
procédures ouvertes.
Le créancier qui a obtenu un dividende sur sa créance dans une procédure
collective, ne participe aux répartition ouverte dans une autre procédure que si
collective que lorsque les créanciers de même rang ont obtenu dans cette dernière
procédure, un dividende équivalent.
§3- La fin de la procédure collective secondaire
La procédure collective secondaire peut prendre fin de trois manières soit un
concordat préventif, soit un concordat de redressement ou par la liquidation des biens.
Peu important la fin, il faut un accord préalable du syndic de la procédure principale
dans le délai de 30jours à compter de la demande d’avis formulé par le syndic de la
procédure principale. Le silence gardé par le syndic de la procédure principale
pendant le délai exigé vaut accord. De toute évidence il peut refuser de donner son
accord si les solutions proposées affectent les intérêts financiers de des créanciers de
la procédure pour laquelle il est désigné. Sa décision peut faire l’objet de contestation.
Dans ce cas, la juridiction compétente pour la clôture de la procédure collective
secondaire statue conformément au droit commun.
128
CHAPITRE II
LA RECONNAISSANCE DES EFFETS DE PROCEDURE COLLECTIVE OUVERTE
HORS ESPACE OHADA
La règlementation de la reconnaissance des effets des procédures collectives
ouvertes hors espace OHADA est nécessaire pour plusieurs raisons a une pluralité.
Tout d’abord, elle détermine les règles permettant d’assurer la coopération entre les
juridictions et les autres autorités compétentes des États parties et celles des États
étrangers, intervenant dans les procédures collectives étrangères. Ce qui garantit une
plus grande sécurité juridique dans le commerce et les investissements.
Ensuite, elle permet d’administrer équitablement et efficacement les procédures
collectives, de manière à protéger les intérêts de tous les créanciers et des autres
parties intéressées, notamment le débiteur.
Enfin, elle accroit la protection de tous les biens du débiteur et en optimise la
valeur. Conséquemment, elle facilite le redressement des entreprises en difficulté et
préserve les emplois.
Elle est applicable suivants :
1°) une assistance est demandée dans un État partie par une juridiction étrangère ou
un représentant étranger, en ce qui concerne une procédure collective étrangère;
2°) une assistance est demandée dans un État étranger en ce qui concerne une
procédure collective ouverte en application de l’Acte uniforme ;
3°) une procédure collective étrangère et une procédure collective ouverte contre le
même débiteur ont lieu concurremment ;
Il est dans l'intérêt des créanciers ou des autres parties intéressées d'un État
étranger de demander l'ouverture d'une procédure collective, ou de participer à ladite
procédure. Toutefois, ces dispositions ne sont pas applicables aux activités soumises
à un régime particulier notamment, celles des établissements de crédit au sens de la
129
loi bancaire, des établissements de micro finance et des acteurs des marchés
financiers ainsi que celles des sociétés d'assurance et de réassurance des États
parties. En cas de conflit entre les dispositions de l’AU et les traités, celui-ci demeure
prioritaire.
SECTION 2- LE DROIT D’ACCES DES ETRANGERS AUX JURIDICTIONS DES
ETATS PARTIES
Dans le souci de protéger les droits tant des représentants étrangers que des
créanciers étrangers, l’AUPC les autorise à accéder aux juridictions compétentes des
Etats parties.
§1er- L’accès des représentants étrangers aux juridictions
Un représentant étranger est une personne ou un organe, désigné même à titre
provisoire, autorisé dans une procédure collective étrangère à administrer le
redressement ou la liquidation des biens ou des affaires du débiteur, ou à agir en tant
que représentant de la procédure collective étrangère. Il est habilité à s'adresser
directement à une juridiction des États parties. Aussi peut-il demander l’ouverture
d’une procédure si les conditions en sont réunies. Le représentant étranger participe
à toutes les procédures collectives concernant le débiteur, dès la reconnaissance
d’une procédure collective étrangère.
§1er - L’accès des créanciers étrangers aux juridictions
Le créancier étranger est un créancier qui est domicilié hors de l’espace de
l’OHADA. Les créanciers étrangers et non étrangers bénéficient d’un traitement égal
lorsqu’ils participent à la procédure40. Cette égalité de traitement est perceptible au
regard de l’obligation de notification des documents aux créanciers étrangers et non
étrangers.
40
256-12 AUPC.
130
SECTION 3- LA RECONNIASSANCE DE LA PROCEDURE COLLECTIVE
ETRANGERE
Le lieu d’ouverture des procédures collectives ne constitue pas un obstacle à
l’exercice des droits des créanciers étrangers dans l’espace OHADA. L’AUPC traite
également de la procédure de reconnaissance des procédures collectives ouvertes
hors OHADA et les effets s’y rattachant.
§1er- La procédure de reconnaissance
Pour la reconnaissance de la procédure collective étrangère, le représentant
étranger formule une demande de reconnaissance de la procédure étrangère à la
juridiction compétente. La demande de reconnaissance doit être accompagnée d’un
certain nombre de documents. Il s’agit de :
1°) une copie certifiée conforme de la décision d'ouverture de la procédure collective
étrangère et de désignation du représentant étranger ;
2°) un certificat de la juridiction étrangère attestant de l'ouverture de la procédure
collective étrangère et la désignation du représentant étranger ;
3°) en l’absence des deux pièces, toute autre preuve de l'ouverture de la procédure
collective étrangère et de la désignation du représentant étranger susceptible d'être
acceptée par la juridiction compétente.
La demande de reconnaissance est également accompagnée d'une déclaration
identifiant toutes les procédures collectives étrangères concernant les débiteurs qui
sont connues par le représentant étranger. Il faut préciser que tous les documents
fournis à l'appui de la demande de reconnaissance doivent être rédigés ou traduits
dans la langue officielle de l'État partie concerné.
A compter de la date de la présentation de la demande de reconnaissance, le
représentant étranger informe dans les plus brefs délais la juridiction compétente, de
toute modification substantielle du statut de la procédure collective étrangère reconnue
ou du statut de la nomination du représentant étranger et de toute autre procédure
collective étrangère concernant le débiteur qui a été portée à sa connaissance.
131
§2- les mesures possibles
En cas d’urgence, il peut être pris, des mesures provisoires si entre la date de
la demande de reconnaissance et celle de la décision de reconnaissance la juridiction
compétente doit protéger les biens du débiteur ou les intérêts des créanciers. Ces
mesures sont celles tendant à interdire ou suspendre les mesures d'exécution à
l’encontre des biens du débiteur y compris les mesures d'exécution extrajudiciaire. Il
s’agit de confier l'administration ou la réalisation de tout ou partie des biens du débiteur
situés sur le territoire de la juridiction compétente, au représentant étranger ou à un
syndic désigné par celle-ci, afin de protéger et préserver la valeur de ces biens lorsque,
de par leur nature ou en raison d'autres circonstances, ils sont périssables, ou soumis
à dépréciation.
§ 3- Les effets de la reconnaissance d’une procédure étrangère
La reconnaissance d’une procédure étrangère produit des effets tant à l’égard du
débiteur, du représentant étranger que de la juridiction compétente.
A- A l’égard du débiteur
La date de la décision de reconnaissance d'une procédure collective étrangère
principale emporte des effets à l’égard du débiteur. En effet, dès le prononcé de la
décision de reconnaissance, il y a d’abord, interdiction de l'ouverture des actions, des
procédures ou des voies d'exécution individuelles, judiciaires et extrajudiciaires visant
les biens, les droits ou les obligations du débiteur. Si elles ont déjà débuté, la décision
de reconnaissance suspend la poursuite desdites actions, procédures et voies
d'exécution également. Toutefois, cette disposition n'affecte pas le droit d'engager des
actions, des procédures ou des voies d'exécution individuelles, judiciaires et
extrajudiciaires dans la mesure où cela est nécessaire pour préserver une créance
contre le débiteur. Cette exception a une portée plus grande car elle n’empêche pas,
le droit de demander l'ouverture d'une procédure collective et, le droit de produire des
créances dans une telle procédure.
Ensuite, les mesures d'exécution judiciaire et extrajudiciaire contre les biens du
débiteur sont interdites et suspendues pour celles déjà engagées.
132
Enfin, le droit de transférer les biens du débiteur, de constituer des sûretés sur ses
biens ou d'en disposer autrement sont suspendus.
B- A l’égard du représentant étranger
Le représentant étranger qui demande la reconnaissance, peut engager toutes les
actions en inopposabilité de la période suspecte. Cette reconnaissance lui permet
d’intervenir dans toute procédure collective à laquelle le débiteur est partie. Il se doit
de demander des mesures de protection des intérêts des créanciers et du débiteur en
cas de besoin à la juridiction compétente dès la décision de reconnaissance.
C- Les pouvoirs de la juridiction compétente
Lorsque la juridiction compétente estime nécessaire de protéger les biens du débiteur
ou les intérêts des créanciers, elle peut accorder à la demande du représentant
étranger, toute mesure appropriée, notamment :
- L’interdiction des actions, les procédures, les voies d'exécution et les poursuites
individuelles judiciaires et extrajudiciaires concernant les biens, les droits ou les
obligations du débiteur ou suspendre lesdites actions, procédures, voies
d'exécution et poursuites dans la mesure où cette interdiction ou suspension
n'est pas intervenue,
- L’interdiction ou la suspension des mesures d'exécution judiciaires et
extrajudiciaires contre les biens du débiteur, si cette interdiction ou suspension
n'est pas intervenue,
- La suspension du droit de transférer les biens du débiteur, de constituer des
sûretés sur ces biens ou d'en disposer autrement dans la mesure où ce droit
n'a pas été suspendu,
- De faire interroger des témoins, recueillir des preuves ou fournir des
renseignements concernant les biens, les affaires, les droits ou les obligations
du débiteur.
- De confier l'administration ou la réalisation de tout ou partie des biens du
débiteur, situés sur le territoire de la juridiction compétente, au représentant
étranger ou à toute autre personne nommée par ladite juridiction.
- De proroger les mesures provisoires accordées.
- D’accorder toute autre mesure que pourrait prendre le syndic.
133
Enfin, il revient à cette même Juridiction de confier la distribution de tout ou partie des
biens du débiteur situé sur son territoire soit, au représentant étranger soit, au syndic
qu’elle a nommé si elle estime que les intérêts des créanciers résidant sur son territoire
sont suffisamment protégés.
SECTION 4 -L’OBLIGATION DE COOPERATION DES ORGANES
§1er-La coopération des tribunaux étrangers avec les représentants étrangers
A- Les acteurs de la coopération
Le succès de d’une procédure collective recommande une coopération entre tous
les intervenants. La juridiction compétente coopère dans la mesure du possible avec
les juridictions étrangères ou les représentants étrangers, soit directement, soit par
l'intermédiaire d'un syndic.
Elle est habilitée à communiquer directement avec les juridictions étrangères ou
les représentants étrangers, ou à leur demander directement des informations ou une
assistance.
Dans l'exercice de ses fonctions et sous réserve du contrôle de la juridiction
compétente, le syndic coopère dans la mesure du possible avec les juridictions
étrangères ou les représentants étrangers. Il est également habilité à communiquer
directement avec les juridictions étrangères ou les représentants étrangers.
B- Les moyens de la coopération
Les moyens de la coopération sont nombreux et variés. La coopération peut être
assurée par tout moyen approprié, notamment :
la nomination d'une personne ou d'un organe chargé d'agir suivant les instructions
de la juridiction compétente ;
la communication d'informations ;
la coordination de l'administration et de la surveillance des biens et des affaires du
débiteur ;
l'approbation ou l'application par tout tribunal des accords concernant la
coordination des procédures collectives ;
la coordination des procédures collectives concurrentes concernant le même
débiteur.
Cette liste n’est pas exhaustive tout autre moyen approprié pourrait être inclus.
134
§ II- Les Procédures collectives concurrentes
A- Les conditions d’ouverture
Après la reconnaissance d'une procédure collective étrangère principale, une
procédure collective ne peut être ouverte en application du présent Acte uniforme dans
l'État partie où la procédure collective étrangère a été reconnue que si le débiteur
dispose de biens dans ledit Etat partie.
Les effets de la procédure collective ouverte sont limités aux biens du débiteur qui
sont situés dans cet État et, dans la mesure nécessaire, aux autres biens du débiteur
qui, devraient être administrés dans le cadre de cette procédure afin de donner effet
aux mesures de coopération et de coordination.
B- La nécessité de la coordination des procédures
Lorsqu'une procédure collective étrangère et une procédure collective ouverte ont
lieu concurremment à l'encontre du même débiteur, la juridiction compétente s'efforce
d'assurer la coopération et la coordination, suivant des conditions.
Tout d’abord , lorsque la procédure collective ouverte dans un Etat partie est en
cours au moment où est introduite la demande de reconnaissance de la procédure
collective étrangère :
a) toute mesure prise en application des articles 256-18 ou 256-20 de l’AUPC doit
être conforme à la procédure collective ouverte dans l’ Etat partie ;
b) si la procédure collective étrangère est reconnue par la juridiction compétente
en tant que procédure collective étrangère principale, l'article 256-19 de l’AUPC
ne s'applique pas.
Ensuite, lorsque la procédure collective est ouverte dans un État partie après la
reconnaissance de la procédure collective étrangère ou après l'introduction de la
demande de reconnaissance de ladite procédure :
a) toute mesure prise en application des articles 256-18 ou 256-20de l’AUPC est
réexaminée par la juridiction compétente et modifiée ou levée si elle n'est pas
conforme à la procédure collective ouverte par ladite juridiction ;
135
b) si la procédure collective étrangère est une procédure collective étrangère
principale, les mesures d'interdiction et de suspension visées au premier alinéa
de l'article 256-19 ci-dessus sont modifiées ou levées conformément à l'alinéa
2 de l'article 256-19 si elles ne sont pas conformes à la procédure collective
ouverte par la juridiction compétente.
Enfin, lorsque la juridiction compétente octroie, proroge ou modifie une mesure
accordée au représentant étranger d'une procédure collective étrangère non
principale, elle doit s'assurer que la mesure porte sur des biens qui, devraient être
administrés dans la procédure collective étrangère non principale, ou que la mesure a
trait à des renseignements requis dans le cadre de cette procédure.
C- L’ouverture de plusieurs procédures étrangères à l’encontre du débiteur
Lorsque plusieurs procédures collectives étrangères ont été ouvertes à l'encontre
du même débiteur, la juridiction compétente s'efforce d'assurer la coopération et la
coordination conformément aux conditions suivantes :
1°) toute mesure accordée en application des articles 256-18 ou 256-20 de l’AUPC au
représentant étranger d'une procédure collective étrangère non principale après la
reconnaissance d'une procédure collective étrangère principale doit être conforme à
la procédure collective étrangère principale ;
2°) si une procédure collective étrangère principale est reconnue après la
reconnaissance d'une procédure collective étrangère non principale ou après
l'introduction d'une demande de reconnaissance d'une telle procédure collective, toute
mesure prise en application des articles 256-18 ou 256-20 de l’AUPC est réexaminée
par la juridiction compétente et modifiée ou levée, si elle n'est pas conforme à la
procédure collective étrangère principale ;
3°) si, après la reconnaissance d'une procédure collective étrangère non principale,
une autre procédure collective étrangère non principale est reconnue, la juridiction
compétente accorde, modifie ou fait cesser les mesures accordées, dans le but de
faciliter la coordination des procédures collectives concurrentes.
Sauf preuve contraire, la reconnaissance d'une procédure collective étrangère
principale atteste, aux fins de l'ouverture d'une procédure collective de redressement
136
judiciaire ou de liquidation des biens, que le débiteur est en état de cessation des
paiements.
D- Le paiement des créanciers
Sans préjudice des droits des titulaires de créances assorties de sûretés ou des
droits réels, un créancier ayant obtenu satisfaction partielle en ce qui concerne sa
créance, dans une procédure collective ouverte conformément à une loi relative à
l'insolvabilité ou des procédures collectives dans un État étranger, ne peut être payé
pour la même créance dans une procédure collective concernant le même débiteur
tant que le paiement accordé aux autres créanciers de même rang est
proportionnellement inférieur au paiement que ledit créancier a déjà obtenu par une
juridiction étrangère.
137
TROISIEME PARTIE
LES RESPONSABILITES ET LES SANCTIONS
L’ouverture des procédures collectives peut donner lieu à la découverte des certains
comportements malhonnêtes souvent à l’origine des difficultés de débiteur. Ne pas
punir les auteurs de tels comportements fautifs serait promouvoir l’impunité. Aussi,
l’AUPC s’est-il assigné comme un autre objectif la sanction des dirigeants et autres
intervenants dans la gestion des procédures collectives. Les sanctions applicables
sont soit civiles soit pénales.
138
TITRE 1er –
LES SANCTIONS CIVILES
Les sanctions civiles sont soit patrimoniales soit professionnelles.
CHAPITRE I
LES SANCTIONS PATRIMONIALES
Les sanctions patrimoniales se présentent sous la forme d’action en comblement du
passif ou extension du passif social aux dirigeants et de l’extension des procédures
collectives.
SECTION 1- L’EXTENSION DU PASSIF SOCIAL AUX DIRIGEANTS
L’extension du passif social aux dirigeants est aussi appelée le comblement du passif.
§1er- Les conditions de fond
A- Les dirigeants concernés
Les sanctions patrimoniales sont applicables, en cas de cessation des
paiements d'une personne morale, aux dirigeants de droit ou de fait, rémunérés ou
non, et aux personnes physiques représentants permanents des personnes morales
dirigeantes. Les membres indéfiniment et solidairement responsables du passif social,
s'ils ne sont pas dirigeants, sont soumis aux procédures de redressement judiciaire ou
de liquidation des biens. Cette sanction est également applicable dans le cas où un
dirigeant retiré, a continué d'intervenir dans la gestion sociale comme dirigeant de fait,
même si le retrait a fait l'objet de publicité, ou encore lorsque la situation ayant abouti
à l'insuffisance d'actif a été créée alors que le dirigeant retiré se trouvait encore en
fonction.
B- L’exigence d’une faute de gestion
L’action en comblement du passif étant une sanction civile, son fondement
réside dans les conditions de la responsabilité civile. Ainsi, lorsque le redressement
judiciaire ou la liquidation des biens d'une personne morale fait apparaître une
insuffisance d'actif, la juridiction compétente peut, en cas de faute de gestion ayant
contribué à cette insuffisance d'actif, décider, que les dettes de la personne morale
sont supportées en tout ou en partie, avec ou sans solidarité, par tous les dirigeants
ou certains d'entre eux.
139
C- Le préjudice
Pour l’action en comblement d passif aboutisse à la condamnation des dirigeants
sociaux , il est nécessaire que la faute commise donne lei à un préjudice qui est ici
l’insuffisance d’actif.
§2- Le régime juridique de l’action
A- La mise en œuvre de l’action
L’action en comblement du passif est exercée devant la juridiction compétente
qui a prononcé le redressement judiciaire ou la liquidation des biens de la personne
morale. Elle peut être exercée sur assignation du syndic ou des contrôleurs à la
requête du ministère public. Mais la juridiction compétente peut se saisir d’office.
L'action en comblement du passif se prescrit par trois (03) ans à compter de l'arrêté
définitif de l'état des créances. En cas de résolution ou d'annulation du concordat de
la personne morale, la prescription, suspendue pendant le temps qu'a duré le
concordat, recommence à courir. Toutefois, le syndic dispose à nouveau, pour exercer
l'action, d'un délai qui ne peut, en aucun cas, être inférieur à un (01) an.
C- La décision du tribunal
La juridiction compétente peut enjoindre aux dirigeants à la charge desquels a
été mis tout ou partie du passif de la personne morale de céder leurs parts sociales,
titres de capital ou valeurs mobilières donnant accès au capital de celle-ci ou ordonner
leur cession forcée par les soins du syndic, au besoin après expertise. Le produit de
la vente est affecté au paiement de la part des dettes de la personne morale mise à la
charge de ces dirigeants.
La décision intervenue est soumise à publication. La publication de la décision
est effectuée à la diligence et sous la responsabilité du syndic. Elle est faite au Registre
du commerce et du crédit mobilier en ce qui concerne les membres responsables du
passif social ou les dirigeants d'une personne morale commerçante, et, s'ils sont
commerçants, sous le numéro personnel des dirigeants. Le syndic procède également,
dans un délai de trente (30) jours à compter de la décision, à sa publication dans un
journal d'annonces légales de l'Etat partie concerné.
140
SECTION 2- L’EXTENSION DES PROCEDURES COLLECTIVES
§1er- Les hypothèses d’extension de la procédure
L’extension des procédures collectives peut être prononcée contre un dirigeant
social si la personne morale a été mise en redressement judiciaire ou de liquidation
des biens et que le dirigeant a :
1°) exercé une activité professionnelle indépendante, civile, commerciale, artisanale
ou agricole, soit par personne interposée, soit sous le couvert de la personne morale
masquant ses agissements ;
2°) disposé du crédit ou des biens de la personne morale comme des siens propres;
3°) poursuivi abusivement, dans son intérêt personnel, une exploitation déficitaire qui
ne pouvait conduire qu'à la cessation des paiements de la personne morale.
4°) la juridiction compétente peut également prononcer le redressement judiciaire ou
la liquidation des biens des dirigeants à la charge desquels a été mis tout ou partie du
passif d'une personne morale et qui n'acquittent pas cette dette. Toutefois, la cessation
des paiements du dirigeant n’a aucune incidence sur l’extension. Mais il n’est pas exclu
que le dirigeant soit en cessation des paiements. Dans ce cas, la date de la cessation
des paiements du dirigeant ne peut être postérieure à celle fixée par la décision
prononçant le redressement judiciaire ou la liquidation des biens de la personne
morale.
§2- La mise en œuvre de l’action
La juridiction compétente est celle qui a prononcé le redressement judiciaire ou la
liquidation des biens de la personne morale. Relativement aux titulaires et au délai
d’exercice de l’action, le législateur est resté silencieux. Ce silence des réacteurs de
l’Acte uniforme sur les titulaires ainsi que le délai d’exercice de cette action, ne
surprennent pas car, la nature patrimoniale de l’extension impose l’emprunt des règles
relatives au comblement du passif.
141
L’extension vise à contraindre les dirigeants fautifs à payer le passif de la personne
morale. Ce passif comprend, outre le passif personnel du dirigeant, celui de la
personne morale. En effet, les créanciers admis dans la procédure collective ouverte
contre la personne morale sont admis, de plein droit, dans le redressement judiciaire
ou la liquidation des biens du dirigeant auquel la procédure est étendue.
142
CHAPITRE II
LES SANCTIONS EXTRA-PATRIMONIALES
L’Acte uniforme n’a prévu qu’une seule sanction professionnelle, celle de la faillite
personnelle. Mais le failli peut être réhabilité.
SECTION 1- LA FAILLITE PERSONNELLE
§1er – Les conditions de la faillite personnelle
A- Les conditions de fond
1-les justiciables de la faillite personnelle
La faillite personnelle ne s’applique pas aux personnes morales. Elle s’applique
aux personnes physiques exerçant une activité professionnelle indépendante, civile,
commerciale, artisanale ou agricole. Elle s’applique également aux personnes
physiques dirigeantes de personnes morales soumises à une procédure de
redressement judiciaire ou de liquidation des biens et aux personnes physiques
représentants permanents de personnes morales dirigeantes des personnes morales.
Peu importe, les dirigeants des personnes morales visés sont les dirigeants de droit
ou de fait, rémunérés ou non.
2- Les cas de faillite personnelle.
Il faut remarquer que depuis la révision de l’Acte uniforme, la faillite est une
sanction facultative qui peut être prononcée sur la, base de nombreux faits. Il en est
ainsi des personnes qui ont :
- soustrait la comptabilité de leur entreprise, détourné ou dissimulé une partie de
son actif ou reconnu frauduleusement des dettes qui n'existaient pas ;
- exercé une activité professionnelle indépendante, civile, commerciale,
artisanale ou agricole dans leur intérêt personnel, soit par personne interposée,
soit sous couvert d'une personne morale masquant leurs agissements ;
- usé du crédit ou des biens d'une personne morale comme des leurs propres;
- par leur dol, obtenu pour eux-mêmes ou pour leur entreprise, un concordat
annulé par la suite ;
143
- commis des actes de mauvaise foi ou des imprudences inexcusables ou qui
ont enfreint gravement les règles et usages du commerce tels que définis par
l'article 197 .
Peuvent également être déclarés en faillite personnelle les dirigeants d'une personne
morale condamnés pour banqueroute simple ou frauduleuse. En plus, la juridiction
compétente peut prononcer la faillite personnelle des dirigeants qui :
- ont fait preuve d'une incompétence manifeste ;
- n'ont pas déclaré, dans les trente (30) jours, la cessation des paiements de la
personne morale ;
- n'ont pas acquitté la partie du passif social mise à leur charge.
B- Les conditions de forme
Lorsque le syndic a connaissance de faits susceptibles de justifier la faillite
personnelle, il en informe immédiatement le ministère public et le juge-commissaire à
qui il fait rapport dans les dix (10) jours.
Le juge-commissaire adresse ce rapport au président de la juridiction compétente.
A défaut d'un tel rapport du syndic, le juge-commissaire peut faire lui-même rapport au
président de la juridiction compétente.
Dès qu'il est saisi du rapport, le président de la juridiction compétente fait citer à
comparaître à jour fixe, huit (08) jours au moins à l'avance, par signification d'huissier
de justice ou notification à la diligence du greffier, les personnes concernées pour être
entendues par la juridiction compétente siégeant en audience non publique en
présence du syndic ou lui dûment appelé par le greffier.
Les personnes mises en cause doivent ne comparaître en personne ; en cas
d'empêchement dûment justifié, ils peuvent se faire représenter. A défaut, la juridiction
compétente les cite à nouveau à comparaître, dans les mêmes formes et délais. En
cas d'itératif défaut, la juridiction compétente statue par une décision réputée
contradictoire à leur égard.
§2-Les effets de la faillite personnelle
A-La pluralité des sanctions
144
La décision qui prononce la faillite personnelle emporte de plein droit l'interdiction
générale de faire le commerce et, notamment, de diriger, gérer, administrer ou
contrôler une entreprise commerciale à forme individuelle ou toute personne morale.
Elle emporte également l'interdiction d'exercer une fonction publique élective et d'être
électeur pour ladite fonction publique. A cela s’ajoute l'interdiction d'exercer toute
fonction administrative, judiciaire ou de représentation professionnelle.
En plus de ces interdictions, la faillite personnelle prive les dirigeants sociaux
du droit de vote dans les assemblées des personnes morales contre lesquelles est
ouverte une procédure collective. Ce droit est exercé par un mandataire désigné par
le juge-commissaire d'office ou à la requête du syndic ou de tout membre de la
personne morale. Indépendamment des mentions prévues au casier judiciaire, les
décisions prononçant la faillite personnelle sont mentionnées au registre du commerce
et du crédit mobilier.
En ce qui concerne les dirigeants des personnes morales non commerçantes,
ces décisions sont mentionnées sur ledit registre ainsi qu'en marge de l'inscription du
redressement judiciaire ou de la liquidation des biens.
Ces décisions sont, en outre, à la diligence du greffier, publiées par extraits dans un
journal d'annonces légales dans le ressort de la juridiction ayant statué.
B- Le caractère temporaire des sanctions
Lorsque la juridiction compétente prononce la faillite personnelle, elle en fixe la
durée qui ne peut être inférieure à six (06) mois ni supérieure à dix (10) ans. Les
déchéances, incapacités et interdictions résultant de la faillite personnelle cessent, de
plein droit, au terme fixé.
SECTION 2- LA REHABILITATION
§1er- Les cas de réhabilitation
La réhabilitation peut être de plein droit ou facultative ou interdite
A -La réhabilitation de plein
La réhabilitation de plein droit a lieu soit, parce que le failli a obtenu une décision
de clôture pour extinction du passif dans les conditions prévues par l'article 178 de
145
l’AUPC soit, le failli tenu solidairement responsable des dettes d'une personne morale
déclarée en cessation des paiements a justifié qu'il a acquitté, dans les conditions
prévues par l'article 178 de l’AUPC, toutes les dettes de la personne morale.
B- La réhabilitation facultative
2- La réhabilitation facultative de tout failli
Peut être réhabilitée toute personne qui a obtenu des créanciers un concordat
particulier et qui a intégralement payé les dividendes promis. Peut aussi l’être toute
personne qui justifie de la remise entière de sa dette par ses créanciers ou de leur
consentement unanime à sa réhabilitation.
3- La réhabilitation facultative des dirigeants sociaux
Les dirigeants faillis de personnes morales peuvent être réhabilités si ces dirigeants
faillis, soumis à une procédure de redressement judiciaire ou la liquidation des biens
ont obtenu une décision de clôture pour extinction du passif;
Il en est de même des dirigeants faillis, non soumis à une procédure de redressement
judiciaire ou la liquidation des biens ayant obtenu une décision de clôture pour
extinction du passif.
4- La réhabilitation du failli décédé
La personne déclarée en état de faillite personnelle peut être réhabilitée après
son décès si, de son vivant, elle remplissait les conditions prévues pour la réhabilitation
de plein droit ou la réhabilitation facultative.
C-La réhabilitation interdite
Le failli ne peut pas être admis à la réhabilitation s’il a été condamné pour crime ou
délit, tant que la condamnation a pour conséquence de lui interdire l'exercice d'une
activité professionnelle indépendante, civile, commerciale, artisanale ou agricole.
§2- La procédure de la réhabilitation
La demande en réhabilitation formulée par le failli est adressée, avec les pièces
justificatives, au président de la juridiction qui a prononcé la faillite personnelle. Lequel
communique le dossier au ministère public et au syndic.
146
Les trois organes recueillent tous les renseignements possibles et utiles sur la
véracité des faits exposés par le demandeur.
Le greffier de la juridiction compétente avise chacun des créanciers admis ou
reconnus, même par décision judiciaire postérieure, de la demande de réhabilitation.
Tout créancier non intégralement payé peut, pendant le délai d'un (01) mois à partir
de cet avis, faire opposition à la réhabilitation par simple déclaration au greffe appuyée
des pièces justificatives.
Le créancier opposant peut également intervenir dans la procédure de
réhabilitation par requête présentée au président de la juridiction compétente et
signifiée au débiteur.
Le résultat des enquêtes et rapports ainsi que les oppositions formées par les
créanciers sont communiqués au ministère public saisi de la demande qui les transmet
à la juridiction compétente avec ses réquisitions écrites.
La juridiction compétente appelle, s'il y a lieu, le demandeur et les opposants et
les entend contradictoirement en audience non publique. Si la demande en
réhabilitation est rejetée, elle ne peut être renouvelée qu'après une (01) année à
compter de la décision de rejet.
Si elle est admise, la décision est transcrite au Registre du commerce et du
crédit mobilier. Le débiteur peut, s'il y a lieu, notifier la décision de réhabilitation au
représentant légal de son ordre professionnel et la faire publier dans un journal
d'annonces légales de l'Etat Partie.
Le débiteur réhabilité est rétabli dans tous les droits dont il avait été privé par la
décision prononçant sa faillite personnelle.
147
TITRE II
LES SANCTIONS PENALES
Les dispositions relatives aux sanctions pénales organisent les infractions et leur
poursuite..
Chapitre 1er –
LA TYPOLOGIE DES INFRACTIONS
Il faut distinguer les infractions de banqueroute des infractions assimilées.
SECTION 1- LES INFRACTIONS DE BANQUEROUTES
§1er- Les conditions d’application de la banqueroute
A- Les justiciables de banqueroute
Sont justiciables des infractions de banqueroute toutes les personnes physiques
exerçant une activité professionnelle indépendante, civile, commerciale, artisanale ou
agricole, ainsi que les associés des sociétés commerciales qui ont la qualité de
commerçant. Il s’agit des associés des sociétés en nom collectif et des commandités
des sociétés en commandite simple.
B- Les cas de banqueroute
La banqueroute peut être simple ou frauduleuse
1- La banqueroute simple
La banqueroute est dite simple lorsque la personne physique en état de cessation des
paiements se rend coupable des faits suivants :
- elle a contracté, sans recevoir des valeurs en échange, des engagements
jugés trop importants eu égard à sa situation lorsqu'elle les a contractés ;
- dans l'intention de retarder la constatation de la cessation de ses paiements,
elle a fait des achats en vue d'une revente au-dessous du cours ou si, dans la
même intention, elle a employé des moyens ruineux pour se procurer des fonds
;
- sans excuse légitime, elle ne fait pas au greffe de la juridiction compétente la
déclaration de son état de cessation des paiements dans le délai de trente (30)
jours ;
148
- sa comptabilité est incomplète ou irrégulièrement tenue ou si elle n'a tenu
aucune comptabilité conforme aux règles comptables et aux usages reconnus
de la profession eu égard à l'importance de l'entreprise débitrice ;
- ayant été déclarée trois (03) fois en état de cessation des paiements dans un
délai de cinq (05) ans, ces procédures ont été clôturées pour insuffisance d'actif.
Les personnes coupables de banqueroute simple sont punies d’un emprisonnement
de trois mois à deux ans et d’une amende de 300.000 à 1. 000.0000 de francs41.
2- La banqueroute frauduleuse
La banqueroute frauduleuse s’applique aux personnes physiques qui exercent une
activité professionnelle indépendante, civile, commerciale, artisanale ou agricole, et
aux associés des sociétés commerciales qui ont la qualité de commerçants. On y a
recours lorsque ces personnes :
- ont soustrait sa comptabilité ;
- ont détourné ou dissipé tout ou partie de son actif ;
- soit dans leurs écritures, soit par des actes publics ou des engagements sous
seing privé, soit dans leur bilan, se sont frauduleusement reconnues débitrices
de sommes qu'elles ne devaient pas ;
- ont exercé une activité professionnelle indépendante, civile, commerciale,
artisanale ou agricole en violation d'une interdiction prévue par un Acte uniforme
ou par toute disposition légale ou réglementaire d'un État partie ;
- après la cessation des paiements, ont payé un créancier au préjudice de la
masse ;
- ont consenti à un créancier des avantages particuliers à raison de son vote dans
les délibérations de la masse ou a conclu avec un créancier un accord
particulier duquel il résulte pour ce dernier un avantage à la charge de l'actif du
débiteur à partir du jour de la décision d'ouverture.
Sont également coupables de banqueroute frauduleuse si les mêmes les personnes
ont de mauvaise foi, présenté ou fait présenter un compte de résultats ou un bilan ou
un état des créances et des dettes ou un état actif et passif des privilèges et sûretés,
inexact ou incomplet. Elles le sont aussi si sans autorisation du président de la
41
Article 33 de la loi n°2017-727 du 09 novembre 2017 portant répression des infractions prévues par les actes
uniformes du traité relatif à l’l’harmonisation du droit des affaires en Afrique, AJ, n°95/2017, p. 37.
149
juridiction compétente, elles ont accompli un des actes interdits par l'article 11 de
l’AUPC.
Dans ce cas elles sont punies d’un emprisonnement d’un à cinq ans et d’une amende
de 1. 000.000 à 3. 000. 000 francs42.
§2-Les infraction assimilées à la banqueroute
Les infractions assimilées à la banqueroute visent les dirigeants sociaux et ainsi que
les personnes physiques représentantes permanentes de personnes morales
dirigeantes.
Ces dirigeants s’entendent de tous les dirigeants de droit ou de fait et, d'une manière
générale, de toute personne ayant directement ou par personne interposée,
administré, géré ou liquidé la personne morale sous le couvert ou au lieu et place de
ses représentants légaux.
L’assimilation de ces infractions aux banqueroutes a pour objectif de simplifier
l’application du droit pénal des affaires. Les infractions assimilées peuvent être
assimilées à la banqueroute simple ou à la banqueroute frauduleuse
A-Les infractions assimilées à la banqueroute simple
Plusieurs infractions sont assimilées à la banqueroute simple. Sont punis des
peines de la banqueroute simple les dirigeants qui ont, en cette qualité et de mauvaise
foi :
- utilisé ou consommé des sommes appartenant à la personne morale en faisant
des opérations de pur hasard ou des opérations fictives ;
- dans l'intention de retarder la constatation de la cessation des paiements de la
personne morale, fait des achats en vue d'une revente au-dessous du cours ou,
dans la même intention, f employé des moyens ruineux pour se procurer des
fonds ;
- après cessation des paiements de la personne morale, payé ou fait payer un
créancier au préjudice de la masse ;
42
Article 34 de la loi n°2017-727 du 09 novembre 2017 portant répression des infractions prévues par les actes
uniformes du traité relatif à l’l’harmonisation du droit des affaires en Afrique, p.37, AJ, n°95/2017 p. 37
150
- fait contracter par la personne morale, pour le compte d'autrui, sans qu'elle
reçoive de valeurs en échange, des engagements jugés trop importants eu
égard à sa situation lorsque ceux-ci ont été contractés;
- tenu ou fait tenir ou laissé tenir irrégulièrement ou incomplètement la
comptabilité de la personne morale dans les conditions prévues à l'article 228,4°
;
- omis de faire au greffe de la juridiction compétente, dans le délai de trente (30)
jours, la déclaration de l'état de cessation des paiements de la personne morale.
Lorsque l’un des faits sus-indiqués est retenu, la peine est un emprisonnement de
trois mois à deux ans et une amende de 3.00. 000 à 1. 000. 000 francs43.
Les associés indéfiniment et solidairement responsables des dettes des personnes
morales et les représentants légaux ou de fait sont coupables de banqueroute simple
si, sans excuse légitime, ils ne font pas au greffe de la juridiction compétente, dans le
délai de trente (30) jours, la déclaration de leur état de cessation des paiements ou si
cette déclaration ne comporte pas la liste des membres solidaires avec l'indication de
leurs noms, prénoms et domiciles. Dans ce dernier cas, les coupables sont punis d’un
emprisonnement de trois mois à deux ans et une amende de 3.00. 000 à 1. 000. 000
francs44.
B-Les infractions assimilées à la banqueroute frauduleuse
Plusieurs faits sont qualifiés de banqueroute frauduleuse, notamment lorsqu’ils
sont commis par les dirigeants frauduleusement.
Seront punis d’un emprisonnement de cinq ans et d’une amende de 1. 000. 000 à 3.
000. 000 francs45 des peines de banqueroute frauduleuse les dirigeants qui ont :
- soustrait les livres de la personne morale ;
- détourné ou dissimulé une partie de son actif ;
43
Article 36 de la loi n°2017-727 du 09 novembre 2017 portant répression des infractions prévues par les actes
uniformes du traité relatif à l’l’harmonisation du droit des affaires en Afrique, p.37, AJ, n°95/2017 p. 42.
44
Article 37 de la loi n°2017-727 du 09 novembre 2017 portant répression des infractions prévues par les actes
uniformes du traité relatif à l’l’harmonisation du droit des affaires en Afrique, p.37, AJ, n°95/2017 p. 43.
45
Article 38 de la loi n°2017-727 du 09 novembre 2017 portant répression des infractions prévues par les actes
uniformes du traité relatif à l’l’harmonisation du droit des affaires en Afrique, p.37, AJ, n°95/2017 p. 43.
151
- reconnu la personne morale débitrice de sommes qu'elle ne devait pas, soit
dans les écritures, soit par des actes publics ou des engagements sous seing
privé, soit dans le bilan ;
- exercé la profession de dirigeant en violation d'une interdiction prévue par un
Acte uniforme ou par toute disposition légale ou réglementaire d'un État partie
;
- stipulé avec un créancier, au nom de la personne morale, des avantages
particuliers à raison de son vote dans les délibérations de la masse ou a fait
avec un créancier une convention particulière de laquelle il résulterait pour ce
dernier un avantage à la charge de l'actif de la personne morale, à partir de la
date de la cessation des paiements, sauf disposition contraire de l’AUPC ;
- détourné ou dissimulé, tenté de détourner ou de dissimuler, une partie de leurs
biens ou qui se sont frauduleusement reconnus débiteurs de sommes qu'ils ne
devaient pas, en vue de soustraire tout ou partie de leur patrimoine aux
poursuites de la personne morale en état de cessation des paiements ou à
celles des associés ou des membres ou des créanciers de la personne morale.
Sont également punis des peines de la banqueroute frauduleuse, les dirigeants qui, à
l'occasion d'une procédure collective de règlement préventif, ont :
- de mauvaise foi, présenté ou fait présenter un compte de résultats ou un bilan
ou un état des créances et des dettes ou un état actif et passif des privilèges et
sûretés, inexact ou incomplet ;
- sans autorisation du président de la juridiction compétente, accompli un des
actes interdits par l'article 11 ci-dessus.
Il convient de rappeler que les dispositions du code pénal relatives aux sursis et aux
circonstances atténuantes ne sont pas applicables à ces infractions. Le sursis est
organisé par les article 130 et 131 du code pénal. Quant aux circonstances
atténuantes, elles sont organisées par les articles 114 à 116 du code pénal.
SECTION 2- LES AUTRES INFRACTIONS
Ces infractions sont nombreuses et peuvent être commises par le mandataire
judiciaire, les créanciers ou les tiers.
§1er- Les infractions commises par le mandataire judiciaire
152
Les faits constitutifs d’infractions pour le mandataire judiciaire sont prévus par
l’article 243 de l’AUPC. Ils sont au nombre de cinq. En effet le mandataire judiciaire
commet une infraction s’il :
- exerce une activité personnelle sous le couvert de l'entreprise du débiteur
masquant ses agissements ;
- dispose du crédit ou des biens du débiteur comme des siens propres;
- dissipe les biens du débiteur ;
- poursuit abusivement et de mauvaise foi, dans son intérêt personnel, soit
directement, soit indirectement, une exploitation déficitaire de l'entreprise du
débiteur ;
- acquiert en violation des dispositions de l'article 51, pour son compte,
directement ou indirectement, des biens du débiteur.
Lorsque le mandataire judiciaire s’est rendu coupable d’infractions prévues par l’article
de 243 de l’AUPC il est puni, conforment à l’article 42 de la loi n°2017-727 du 09
novembre 2017 portant répression des infractions prévues par les actes uniformes du
traité relatif à l’l’harmonisation du droit des affaires en Afrique46 d’un emprisonnement
de cinq ans et d’une amende de 300. 000 à 3. 000. 000 francs.
§2- Les infractions commise par les créanciers
Ces infractions au nombre de deux sont prévues par l’article 244 de l’AUPC. En effet,
le créancier commet une infraction s’il :
- conclut, avec le débiteur ou avec toutes personnes, des avantages particuliers
à raison de son vote dans les délibérations de la masse;
- conclut une convention particulière de laquelle il résulterait en sa faveur un
avantage à la charge de l'actif du débiteur à partir du jour de la décision
d'ouverture de la procédure collective.
46
Loi n°2017-727 du 09 novembre 2017 portant répression des infractions prévues par les actes uniformes du
traité relatif à l’l’harmonisation du droit des affaires en Afrique, p.37, AJ, n°95/2017 p. 37
153
Lorsqu’un créancier s’est rendu coupable d’infractions prévues par l’article de 244 de
l’AUPC il est puni, conforment à l’article 43 de la loi n°2017 -727 précitée d’un
emprisonnement d’un à trois ans et d’une amende de 100. 000 à 1. 000. 000 francs.
§3-Les infractions commises par les tiers
Les infractions susceptibles d’être commises par les tiers sont prévues par les articles
240 et 241 de l’AUPC. Il faut relever que la loi considère les parents du débiteur comme
des tiers. Il s’agit :
- des personnes convaincues d'avoir, dans l'intérêt du débiteur, soustrait, recélé
ou dissimulé tout ou partie de ses biens meubles ou immeubles, le tout sans
préjudice des dispositions pénales relatives à la complicité ;
- des personnes convaincues d'avoir frauduleusement produit dans la procédure
collective, soit en leur nom, soit par interposition de personne ou sous un faux
nom ;
- des personnes qui, exerçant une activité professionnelle indépendante, civile,
commerciale, artisanale ou agricole sous le nom d'autrui ou sous un faux nom
ont, de mauvaise foi, détourné ou dissimulé, tenté de détourner ou de dissimuler
une partie de leurs biens ;
- du conjoint, des descendants, des ascendants ou des collatéraux du débiteur
ou ses alliés, jusqu'au quatrième degré inclusivement, qui, à l'insu du débiteur,
ont détourné, diverti ou recelé des effets dépendant de l'actif du débiteur en état
de cessation des paiements.
Lorsqu’un tiers s’est rendu coupable d’infractions prévues par l’article 240 de
l’AUPC il est puni, conforment à l’article 39 de la loi n°2017 -727 précitée d’un
emprisonnement d’un à cinq ans et d’une amende de 1. 000. 000 à 3. 000. 000 francs.
Le tiers parent tel que le conjoint un allié ou descendant, est puni d’un emprisonnent
d’un à trois ans et d’une amende de 100. 000 à 1.000. 000 francs ou de l’une de ces
deux peines seulement.
En tout état de cause, alors même qu’il y aurait relaxe, la juridiction saisie statue
sur les dommages-intérêts et sur la réintégration dans le patrimoine du débiteur, des
biens, droits ou actions soustraits.
154
CHAPITRE II-
LA POURSUITE DES INFRACTIONS
SECTION 1- LA SAISINE DU TRIBUNAL
§1- Les titulaires de l’action
Les modes de saisine ont été modifiés afin de permettre une meilleure application
des sanctions. Sont donc habilités à saisir la juridiction pénale les personnes
suivantes :
- le ministère public en sa qualité de défenseur de la société toute entière
- le syndic ;
- deux contrôleurs en cas de carence du syndic .
§2- Les obligations du syndic
Pour permettre à la juridiction de disposer de toutes les informations rendre une
décision tenant compte de la réalité des faits, le syndic doit remettre au parquet toutes
les pièces, titres papiers et renseignements qui lui sont demandés. Pendant le cours
de l’instance, les pièces et titres remis sont tenus en état de communication par le voie
du greffe. Cette communication a lieu sur réquisition du syndic qui peut prendre des
extraits privés ou en requérir d’authentique, qui lui sont expédies par le greffier.
Les pièces, titres dont le dépôt judiciaire n’aurait pas été ordonné sont, après la
décision remis au syndic qui en donne décharge
§3- Les frais de procédure
Le débiteur des frais de poursuite varie suivant la personne qui intente l’action.
Lorsque l’action est intentée par le ministère public, les frais de la poursuite ne
peuvent être mis à la charge de la masse. Cependant l’action peut aboutir à la
condition des personne mise en cause. S’il y a condamnation, le Trésor public ne peut
exercer son recours en recouvrement des frais contre le débiteur qu’après l’exécution
du concordat en cas de redressement judiciaire ou près la clôture de l’union en cas de
liquidation.
Lorsque l’action est intentée par le syndic au nom des créanciers, les frais de
poursuite sont à la charge de la masse s’il y a relaxe. En revanche, s’il y a
condamnation, les frais sont supportés par le Trésor public. Lequel peut exercer son
recours en recouvrement contre le débiteur qu’après l’exécution du concordat en cas
155
de redressement judiciaire ou après la clôture de l’union dans l’hypothèse de la
liquidation des biens.
Les frais de la poursuite intentée par les créanciers contrôleurs sont supportés
par eux en cas de relaxe. Une telle obligation a pour but d’éviter les actions mal fondée
ou des actions à but dilatoire. Pour éviter de payer des frais inutilement les contrôleurs
sont invités à l’obligation de vigilance. Cette action des contrôleurs peut aussi aboutir
à la condamnation, dans ce cas les frais sont supportés par le Trésor public qui pourra
exercer son recours contre le débiteur dans les mêmes conditions que l’action
engagée par le ministère public.
SECTION 2- LA DECISION DU TRIBUNAL
En principe le tribunal condamne une personne lorsque les éléments constitutifs
de l’infraction sont réunis. Mais en droit des entreprises en difficulté, la juridiction peut
condamner pour banqueroute simple ou frauduleuse ou pour délit assimilé à la
banqueroute simple ou frauduleuse même si la cessation des paiements n’a pas été
constatée dans les conditions prévues par l’AUPC. Il s’agit de la consécration d’une
faillite de fait qu’on peut pas justifier même en considération de l’autonomie du droit
pénal47.
47
OHADA, Traité et actes uniforme commentés, Juriscope, 2023 le code vert p. 1919.
156
Références bibliographiques
Ouvrages
1°. JACQUEMONT (A), BORGA(N) et MASTRULLO, Droit des entreprises en
difficulté, 11e édition, LexisNexis 2019
2°. MESTRE (J) et autres, Droit commercial, Tome2 Contrats, Sûretés et Moyens de
paiement, Fonds de commerce et Droits intellectuels, commerce international ,
prévention et traitement des difficultés, 31e édition LGDJ, 2021
3°. KALIEU ELONGO (Y. R), Droit des procédures collectives de l’OHADA, PUA, 2016
4°. POUGOUE (P.G) direction. Encyclopédie du Droit OHADA, Lamy, paris 2011
Thèses de doctorat,
1° AGBENOTO (L), Le cautionnement à l’épreuve des procédures collectives OHADA,
thèse de doctorat en droit Université de Lomé, Université de du Maine, Le Mans 2008
2°. TOE (S), Approche critique de l’application judiciaire du droit des procédures
collectives dans l’espace OHADA, Thèse, Université de Perpignan Via Domitia, 2010.
Textes de lois
1°. Décret n° 2016-48 du 10 février 2016 portant création, attribution, organisation et
fonctionnement de la commission nationale de contrôle des mandataires judiciaires de
Côte d’Ivoire ;
2°. Décret n°2017-226 du 28 février portant création de la Cour d’appel de Commerce
d’Abidjan
3°. Acte uniforme portant organisation des procédures collectives d’apurement du
passif publié au JO de l’OHADA le 25 septembre 2015, entré en vigueur le 25
décembre 2015 ;
4°. Loi n° 2021-893 modifiant la loi n°2019- 574 du 26 juin 2019 portant Code pénal,
JO N°4 du jeudi 13 janvier 2022;
5°. Loi n°2016-1110 du 8 décembre portant création, organisation et fonctionnement
des juridictions de commerce,
157
5°. Loi n°68-346 du 29 juillet 1968, portant création d’un fonds de garantie des crédits
aux entreprises ivoiriennes,
6°. Ordonnance n°2021-902 du 22 décembre modifiant la loi n°2015-532 du 20 juillet
2015 portant Code du Travail ;
7°. Ordonnance 2020-385 du 15 avril 2020 portant création, attribution, organisation
et fonctionnement du fonds d’appui aux acteurs du secteurs informel.
158