These: L'Universite de Bordeaux I
These: L'Universite de Bordeaux I
THESE
PRESENTEE A
L'UNIVERSITE DE BORDEAUX I
ECOLE DOCTORALE DES SCIENCES CHIMIQUES
DOCTEUR
- 2001 -
N° d'ordre : 2457
THESE
PRESENTEE A
L'UNIVERSITE DE BORDEAUX I
ECOLE DOCTORALE DES SCIENCES CHIMIQUES
DOCTEUR
- 2001 -
Remerciements
BIBLIOGRAPHIE DE L'INTRODUCTION 3
A.1. INTRODUCTION. 6
A.1.1. DESCRIPTION DE LA STRUCTURE DE LiCoO2 6
A.1.2. CONTEXTE BIBLIOGRAPHIQUE 8
A.2. PREPARATION DES MATERIAUX LixCoO2 (0.5 ≤ x ≤ 1.0). MESURES 10
A.3. RESULTATS ET DISCUSSION 11
A.3.1. ÉTUDE PAR DIFFRACTION DES RAYONS X 11
A.3.2. ÉTUDE ELECTROCHIMIQUE 14
A.3.3. PROPRIETES ELECTRIQUES 16
A.3.3.1. Conductivité électronique 16
A.3.3.2. Pouvoir thermoélectrique 18
A.3.3.3. Discussion des propriétés électriques 19
7
A.3.4. ÉTUDE PAR RMN MAS DU Li 21
A.4. DISCUSSION GENERALE. CONCLUSION 16
A.5. BIBLIOGRAPHIE PARTIE A 28
ANNEXES 147
Introduction générale
Introduction générale
Introduites sur le marché des accumulateurs pour applications portables il y a tout juste
dix ans, les batteries Li-ion ont crée une véritable révolution, permettant une amélioration des
performances en terme de densité d’énergie et de durée de vie par rapport aux accumulateurs
Ni-Cd et Ni-MH 1-3. De quelques centaines de milliers en 1995, la production mondiale a
atteint 500 millions d’accumulateurs Li-ion pour l’année 2000 (à comparer aux 1300 millions
de batteries Ni-MH), représentant un marché de près de 3 milliards de dollars US en
1999 (pour un marché total pour les batteries portables de 6.5 milliards de dollars US) 4,5.
La rapidité de mise en place des moyens de développement et de production au Japon
a pris de court les fabricants américains et européens, de telle sorte que la production actuelle
est à 95% japonaise, le marché étant dominé par les géants Sanyo et Sony, qui, en 1999,
possédaient à eux deux 45% du marché des batteries Li-ion 4. La situation a cependant
tendance à évoluer avec la mise en place de moyens de production en Corée et en Chine.
Néanmoins, certains analystes prévoient à court terme des capacités de production supérieures
à la demande du marché, mettant en péril une rentabilité encore faible, en raison des
investissements considérables consentis sur une courte période 6.
La quasi-totalité des batteries Li-ion pour application portable utilise une électrode
positive de LiCoO2 et une électrode négative à insertion à base de carbone, l’électrolyte étant
constitué d’un sel de lithium (LiPF6) dans des mélanges de carbonates organiques. Même si
des matériaux d’électrode positive tels que LiMn2O4 7-10 ou les phases substituées
LiNiMO2 11-15 semblent des candidats potentiellement plus intéressants que LiCoO2, les coûts
relatifs à la modification des chaînes de production déjà en place restent trop importants et
retardent leur industrialisation potentielle. Néanmoins, l’émergence d’un nouveau marché dit
“ industriel ” relance l’intérêt de ces matériaux d’électrode positive dont le coût de production
en masse peut s’avérer très nettement inférieur à celui de LiCoO2. Aujourd’hui, les
accumulateurs Ni-MH sont les plus utilisés dans le secteur des véhicules électriques (VE,
véhicules électriques mais surtout VEH, véhicules électriques hybrides) et des batteries
42V (dont l’utilité est de répondre aux besoins de plus en plus élevés en
électricité : climatisation, aides à la conduite…). Néanmoins, les accumulateurs Li-ion, bien
1
Introduction générale
plus performants en termes de densité d’énergie et de puissance, sont pressentis pour dominer
le marché des accumulateurs “ industriels ” dans les prochaines années.
nominal Li/Co introduit lors de la préparation. Ce travail a permis de faire la lumière sur de
nombreuses questions qui restaient jusqu'à présent en suspens sur les propriétés en cyclage
de LiCoO2.
− dans un troisième temps, connaissant les effets bénéfiques de la substitution du nickel au
cobalt dans LiCoO2 18,19, nous avons étudié les effets conjugués du dopage par le nickel et
de la surstoechiométrie en lithium sur les propriétés structurales et électrochimiques des
phases Li(Co,Ni)O2.
− enfin, dans la dernière partie de ce manuscrit, nous nous sommes particulièrement
intéressés aux matériaux Li(Co,Mg)O2 dont l’intérêt d’un point de vue appliqué a été mis
en évidence il y a quelques années déjà par Tukamoto et al. 20. Nous nous sommes attachés
2
Introduction générale
Bibliographie
3
Introduction générale
16 F. Capitaine, P. Gravereau and C. Delmas, Solid State Ionics, 1996, 89, 197.
17 P. G. Bruce, A. R. Armstrong and R. L. Gitzendanner, J. Mater. Chem., 1999, 9, 193.
18 C. Delmas, I. Saadoune and A. Rougier, J. Power Sources, 1993, 43-44, 595.
19 I. Saadoune, M. Ménétrier and C. Delmas, J. Mater. Chem., 1997, 7, 2505.
20 H. Tukamoto and A. R. West, J. Electrochem. Soc., 1997, 144, 3164.
4
Partie A : Etude cristallochimique du système LixCoO2 (0.50 < x ≤ 1.0)
5
Partie A : Etude cristallochimique du système LixCoO2 (0.50 < x ≤ 1.0)
A.1. Introduction.
rhomboédrique avec une structure isotype de α-NaFeO2 (groupe d’espace R-3m) dérivant
d’un empilement oxygéné de type cfc (NaCl). La différence importante de rayon ionique entre
le lithium et le cobalt (rLi+ = 0.76 Å, rCoIII = 0.545 Å 3) entraîne un ordonnancement de ces
6
Partie A : Etude cristallochimique du système LixCoO2 (0.50 < x ≤ 1.0)
chex.
Cubic [111] direction
Li
Co
O
ahex.
Fig. A.1 : Représentation de la structure deLiCoO2 à partir d'une structure de type NaCl
ahex.
chex.
Cubic [111] direction
Li (3b)
O (6c)
Co (3a)
7
Partie A : Etude cristallochimique du système LixCoO2 (0.50 < x ≤ 1.0)
Du fait de son caractère bidimensionnel fortement marqué, la structure peut aussi être
décrite comme un empilement de feuillets CoO2 constitués d’octaèdres CoO6 à arêtes
communes, les ions lithium se plaçant dans les sites octaédriques entre ces feuillets, formant
ainsi l’espace interfeuillet (Fig. A.3) ; l’empilement O3 implique également que les octaèdres
CoO6 et LiO6 partagent des arêtes. Les feuillets CoO2, dans lesquels les liaisons Co–O sont
fortes (puisqu'elles possèdent un caractère covalent marqué) forment la structure hôte rigide 1.
Ces feuillets sont liés au lithium par des liaisons faibles (puisque de nature plus ionique),
permettant ainsi l'intercalation et la désintercalation des ions lithium sans modification
structurale du réseau hôte. Cette configuration ainsi que le caractère anisotrope de la structure
confèrent à ces matériaux des propriétés intéressantes et motivent leur utilisation comme
matériau d’électrode dans les batteries.
LiO6
CoO6
8
Partie A : Etude cristallochimique du système LixCoO2 (0.50 < x ≤ 1.0)
pour 0.75 ≤ x ≤ 0.93 ainsi que la présence d’une distorsion monoclinique à x = 0.50 qu'ils ont
attribué à un ordre lithium/lacune dans l’espace interfeuillet 8. Les phases Li0.93CoO2 et
Li0.75CoO2 cristallisent toutes deux dans le système rhomboédrique et présentent des
paramètres de maille très proches ; ceci suggère que la transition du premier ordre observée
lors de la désintercalation du lithium n’est pas d’origine structurale.
Peu de travaux ont porté sur les propriétés physiques de LiCoO2. Des études menées
sur des couches minces cristallisées de LiCoO2 ont montré que la conductivité électronique
augmentait considérablement avec la désintercalation des ions lithium (0.90 ≤ x ≤ 1.0). De
plus, elles ont montré que le comportement métallique de LixCoO2 induit par la première
charge de l’électrode était conservé lors des cycles suivants 11,12. Honders et al. ont indiqué
que le transport électronique résultait de l’existence de trous d’électrons dans la bande de
valence des ions CoIII et ont suggéré l’existence de quelques ions CoIV dans le matériau de
départ résultant d’un léger écart à la stoechiométrie 13. De plus, ils ont montré une forte baisse
de la valeur absolue du coefficient Seebeck liée à un accroissement important de la
conductivité lors de la désintercalation. Des mesures de conductivité électronique ont été
entreprises par Molenda et al. qui ont montré un très fort accroissement de la conductivité au
cours de la charge 14. Un comportement semi-conducteur a été mis en évidence dans les
phases riches en lithium, alors que les phases désintercalées présentent un caractère
métallique. Leurs mesures de pouvoir thermoélectrique sont globalement en accord avec
celles réalisées par Honders et al. dans le cas des phases désintercalées. Néanmoins, pour les
compositions proches de LiCoO2, des résultats ont également été publiés ; Molenda et al. font
l’hypothèse de la présence d’ions Co3+ et Co4+ à spin fort ce qui peut paraître surprenant dans
des structures lamellaires. En effet, de nombreuses études menées au laboratoire à la fois sur
les matériaux Li(Ni,Co)O2 et sur les hydroxydes de nickel substitués au cobalt ont montré que
les ions Co dans ces structures possèdent une configuration électronique spin faible en raison
de la relative stabilité de la configuration électronique t2g6 15,16. De plus, la courte distance
Co-O (1.92Å) déduite de l’affinement Rietveld du diagramme de diffraction des neutrons de
LiCoO2 confirme l’état de spin faible de l’ion cobalt trivalent 7.
La spectroscopie de RMN du 7Li est très sensible à la présence de spins électroniques
ou d’électrons délocalisés, permettant ainsi une caractérisation très fine de la structure locale
des matériaux d’intercalation. Elle confirme sans ambiguïté l’état de spin faible du cobalt
trivalent dans LiCoO2 17-19. Greenbaum et al., dans une étude par RMN MAS du 7Li des
9
Partie A : Etude cristallochimique du système LixCoO2 (0.50 < x ≤ 1.0)
phases désintercalées LixCoO2, ont rapporté la présence de deux signaux de RMN résultant de
la présence de deux sites magnétiques différents, sans faire référence au domaine biphasé
existant pour 0.75 ≤ x ≤ 0.93 20 .
Van der Ven et al. ont par ailleurs mené des études théoriques utilisant des calculs ab
initio afin de simuler le diagramme de phase de LixCoO2. Leur étude ne permet pas de prédire
l’existence du domaine biphasé observé expérimentalement pour 0.75 ≤ x ≤ 0.93. Considérant
que les calculs ne prennent pas en compte de manière satisfaisante les corrélations
électroniques et ne permettent pas de juger de la stabilité relative de phases similaires mais
possédant des propriétés de transport différentes, ces auteurs ont conclu que le domaine
biphasé devait résulter d’une transition isolant-métal 21.
10
Partie A : Etude cristallochimique du système LixCoO2 (0.50 < x ≤ 1.0)
PW1820 équipé d’un monochromateur secondaire en graphite (anode Cu kα1 et kα2). Dans
tous les cas, les diffractogrammes X sont tracés en fonction de 2θCu.
Les mesures de conductivité ont été obtenues en utilisant la méthode des quatre pointes
en ligne dans le domaine de température 100-300 K. Les mesures de pouvoir
thermoélectriques ont été menées sur un appareil conçu au laboratoire 22.
Les spectres de RMN MAS du 7Li ont été enregistrés sur un spectromètre Bruker MSL
200 à 77.7 MHz. Les échantillons ont été préparés en diluant la matière active dans de la silice
afin de faciliter la rotation et d’augmenter l’homogénéité du champ, puisque les matériaux
caractérisés peuvent posséder des propriétés paramagnétiques ou métalliques. Le mélange est
introduit, en boîte sèche, dans un rotor en zircone (4mm de diam.). Une séquence d’impulsion
d’écho synchronisé a été utilisée afin de faciliter le phasage des bandes de rotation et dans le
but d’observer d’éventuels signaux très larges. La durée d’une impulsion à 90° est de 3.5 µs ;
le délai entre les impulsions correspond à une période de rotor, c.à.d. 100 µs pour vitesse de
rotation de 10 kHz. La largeur spectrale est comprise dans le domaine 100-500 kHz. Le temps
entre deux acquisitions (600 à 2000 acquisitions par spectre) a été fixé à 10 s afin d’éviter la
possible saturation des signaux ne présentant pas d’interactions hyperfines. Les déplacements
isotropes, exprimés en ppm sont relatifs à une solution aqueuse LiCl 1M (référence externe).
11
Partie A : Etude cristallochimique du système LixCoO2 (0.50 < x ≤ 1.0)
l’évolution de la raie de diffraction (003), présenté sur la Fig. A.5, montre que le domaine
0.94 < x ≤ 1.0 correspond à une solution solide de symétrie rhomboédrique. La disparition
progressive de la raie (003) de départ, à 4.67 Å (2θ = 18.98°), au profit d’une nouvelle raie à
plus petit angle (2θ = 18.80°) lors de la désintercalation du lithium montre clairement
l’existence d’un domaine biphasé pour 0.75 ≤ x ≤ 0.94. Enfin, pour les phases plus
désintercalées, on n’observe qu’une phase rhomboédrique. Ces résultats sont en très bon
accord avec les résultats in situ de Reimers et Dahn 8.
* = carbon
x = 0.70
*
*
x = 0.75
* x = 0.90
*
x = 0.94
x = 1.0
10 20 30 40 50 60 70 80
2θ Cu (°)
12
Partie A : Etude cristallochimique du système LixCoO2 (0.50 < x ≤ 1.0)
x = 0.70
x = 0.75
x = 0.90
x = 0.94
x = 1.0
Fig. A.5 : Détail de la raie (003) des diffractogrammes X des matériaux LixCoO2
L’évolution des paramètres de maille présentée dans le tableau A-I est en accord avec
les observations généralement faites lors de la désintercalation du lithium dans les oxydes
lamellaires : le paramètre ahex., correspondant à la distance Co-Co intrafeuillet, diminue lors
de la charge en raison de l’oxydation des ions CoIII en CoIV de rayon ionique plus petit, la
covalence de la liaison Co-O augmentant lors de l’oxydation du cobalt ; le paramètre chex.
13
Partie A : Etude cristallochimique du système LixCoO2 (0.50 < x ≤ 1.0)
croît car les répulsions électrostatiques entre oxygène de deux feuillets adjacents augmentent
avec la désintercalation du lithium de l’espace interfeuillet.
Tableau A-I : paramètres de maille hexagonaux des matériaux LixCoO2 désintercalés et côte
de l’oxygène suivant z (zox.).(* limite de la solution solide, contient des traces de l’autre
phase).
Il convient de noter que les deux phases limites du domaine biphasé, Li0.94CoO2 et
Li0.75CoO2, possèdent une structure hexagonale et des paramètres de maille très proches. Dans
le système parent LixNiO2, les transitions du premier ordre observées lors de la
désintercalation du lithium proviennent d’ordres Li/lacune qui induisent des changements de
symétrie du cristal 23,24. Dans le système LixCoO2, même si un ordre Li/lacune peut être
envisagé pour la phase Li0.75CoO2, la présence exclusive de phases rhomboédriques dans le
diagramme de phases et l’existence d’un large domaine de solution solide pour
0.50 < x ≤ 0.75 laissent penser que le moteur du biphasage n’est pas l’ordre Li/lacune. Ceci a
été confirmé par les calculs de Van der Ven et al. 21.
14
Partie A : Etude cristallochimique du système LixCoO2 (0.50 < x ≤ 1.0)
E (V)
4.4
4.2
x = 0.75 x = 0.94
4.0
3.8
3.6
x
3.4
0.4 0.5 0.6 0.7 0.8 0.9 1.0
0.94 < x ≤ 1.0 ainsi que le début du domaine biphasé pour x = 0.94.
4.0 E (V)
3.9
X
3.7
0.88 0.90 0.92 0.94 0.96 0.98 1.00
Fig. A.7 : courbe de charge à l'équilibre thermodynamique (OCV) d'une batterie Li//LixCoO2
(j = 100 µa/cm2, critère de fin de relaxation ∆V/∆t = 0.1 mV/h)
15
Partie A : Etude cristallochimique du système LixCoO2 (0.50 < x ≤ 1.0)
Tableau A-II : Energie d’activation en fonction du taux de lithium x dans les matériaux
LixCoO2 désintercalés dans différents domaines de température (* pas de données).
− Les phases LixCoO2 pour 0.50 ≤ x ≤ 0.74 présentent des courbes de conductivité
quasi-horizontales, caractéristiques d’un comportement métallique ou pseudo-métallique.
On peut noter que les valeurs de conductivité ne varient pas continûment avec le degré de
désintercalation. Considérant que la valeur absolue de la conductivité dépend très
fortement de la compacité du matériau étudié et que les matériaux désintercalés
électrochimiquement subissent des variations de volume importantes qui nuisent aux
contacts intergrains, ce phénomène n’apparaît pas surprenant. En effet, la forme globale
des courbes montre sans ambiguïté la délocalisation électronique. Pour les phases
Li0.55CoO2 et Li0.70CoO2, la variation de la conductivité électronique en fonction de la
température est représentée Fig. A.9. Pour les deux matériaux, l’augmentation de la
conductivité lors de la diminution de la température met en évidence un comportement
16
Partie A : Etude cristallochimique du système LixCoO2 (0.50 < x ≤ 1.0)
métallique entre 175 et 300 K, alors que pour des températures inférieures, un
comportement plus complexe est observé.
x = 0.55
log σ (Scm )
2 x = 0.70
-1
1
x = 0.60
0
x = 0.94
-1
-2
x = 0.96
-3
-4
-5 x = 0.98
-6 x = 1.0 1000/T
4 8 12 16 20
17
Partie A : Etude cristallochimique du système LixCoO2 (0.50 < x ≤ 1.0)
-1
σ (Scm )
x = 0.70
30
25
Metallic behavior
20
15 x = 0.55
T (K)
10
50 100 150 200 250 300
Fig. A.9 :Variation de la conductivité en fonction de la température pour les phases Li0.55CoO2
et Li0.70CoO2
Les résultats des mesures de pouvoir thermoélectrique, entre 100 et 300 K, de divers
matériaux LixCoO2 sont présentés Fig. A.10. La valeur positive du coefficient Seebeck dans
tout le domaine de désintercalation montre que les porteurs de charge majoritaires sont des
trous d’électron. La valeur importante du pouvoir thermoélectrique pour Li0.98CoO2 est
typique d’un caractère semi-conducteur, ce qui est en bon accord avec les résultats des
mesures de conductivité électronique. Pour la composition Li0.94CoO2, qui, de plus, contient
des traces de phase métallique, la diminution des valeurs de coefficient Seebeck provient
d’une augmentation du nombre des porteurs de charge lors de l’oxydation des ions CoIII
diamagnétiques en CoIV paramagnétiques. Enfin, pour les phases les plus désintercalées, la
18
Partie A : Etude cristallochimique du système LixCoO2 (0.50 < x ≤ 1.0)
200 -1
α (µ VK ) x = 0.98
150 x = 0.94
100 x = 0.90
x = 0.70
50
x = 0.60
0
0 50 100 150 200 250 300
T (K)
19
Partie A : Etude cristallochimique du système LixCoO2 (0.50 < x ≤ 1.0)
m+
où m est la valence de l’ion M , Z est le numéro atomique de M, ZTi est le numéro atomique
du titane et S est le spin effectif de M.
Dans le système LixCoO2, quel que soit le taux de lithium dans la structure, la distance
Co-Co est inférieure à la valeur Rc (Tableau A-III). Une délocalisation électronique est alors
attendue. Dans la solution solide riche en Li (0.94 < x ≤ 1.0), la proportion d’ions CoIV et le
nombre de trous dans la bande t2g sont très faibles : la délocalisation électronique est gênée.
En effet, lors de la désintercalation du lithium dans le système LixCoO2, la création d’un trou
d’électron dans la bande t2g (c.à.d l’oxydation d’un ion CoIII en CoIV) conduit à l’apparition
d’une lacune de lithium dans l’espace interfeuillet. Pour les faibles taux de désintercalation, le
trou d’électron reste localisé à proximité de la lacune de lithium créée parallèlement afin
d’assurer l’électroneutralité locale du système. Dans la solution solide pauvre en
lithium (0.50 ≤ x ≤ 0.74), le nombre de trous d’électrons dans la bande t2g et de lacunes de
lithium dans l’espace interfeuillet augmentent de manière significative et conduisent à un
degré d’écrantage suffisant pour obtenir un comportement métallique. Malgré tout, la
conductivité reste faible pour un métal, probablement en raison de la distribution discrète
lithium/lacune qui agit comme des centres attracteurs et réduit la mobilité des porteurs de
20
Partie A : Etude cristallochimique du système LixCoO2 (0.50 < x ≤ 1.0)
charge. Un comportement similaire a été observé dans les oxyhydroxydes de cobalt : HCoO2
est isolant alors que les phases oxydées sont semi-conductrices puis finalement métalliques au
cours de l’oxydation des ions cobalt 26.
La Fig. A.11 montre les spectres RMN MAS du 7Li de la phase LiCoO2 de départ et
des diverses phases désintercalées. LiCoO2 présente un signal fin proche de 0 ppm. Comme
montré précédemment dans la littérature, les ions CoIII spin faible sont diamagnétiques, si bien
que l’on n’attend pas d’interactions hyperfines avec les ions lithium dans ce matériau 17,18.
Les spectres associés aux matériaux LixCoO2 (0.96 ≤ x < 1.0) présentent tous le même
signal unique à 0 ppm et ne sont donc pas représentés sur la Fig. A.11. Néanmoins, l’intensité
du signal change avec x, comme le montre la Fig. A.12, où l’intensité absolue des spectres a
été conservée. L’intensité intégrée pour chaque échantillon est aussi donnée sur la figure. On
ne peut pas prétendre obtenir des mesures strictement quantitatives ; néanmoins, tous les
paramètres ont été gardés constant et une erreur de ±10 % est estimée sur les intensités
reportées. Ces valeurs mettent en évidence une diminution très importante de l’intensité du
signal par rapport à celle attendue si l’on considère la diminution de la quantité d’ions lithium
dans le matériau lors de la désintercalation. Ceci montre une forte perte d’observabilité du
signal de RMN du 7Li lors de la désintercalation du lithium dans ce domaine de composition.
Étant donné que les ions cobalt ont été oxydés au degré 4+, avec une configuration
21
Partie A : Etude cristallochimique du système LixCoO2 (0.50 < x ≤ 1.0)
électronique t2g5, on peut s’attendre à l’apparition d’un deuxième signal RMN dû à une
interaction hyperfine, comme celui résultant de la présence d’ions NiIII spin faible
paramagnétiques (t2g6eg1) dans le cas de la solution solide Li(Co,Ni)O2 18.
* * * x = 0.50
* * x = 0.60
*
* * * x = 0.70
* * * x = 0.75
* * * * x = 0.80
* * * * x = 0.90
* * x = 0.94
* *
* * x = 1.0
* *
22
Partie A : Etude cristallochimique du système LixCoO2 (0.50 < x ≤ 1.0)
Sample (Intensity)
+/- 10%
x = 1.0 (1.0)
x = 0.98 (0.60)
x = 0.96 (0.45)
x = 0.94 (0.24)
23
Partie A : Etude cristallochimique du système LixCoO2 (0.50 < x ≤ 1.0)
localisé de l’électron célibataire de l’ion CoIV dans les matériaux LixCoO2 (0.94 ≤ x < 1.0). Il
est important de noter que cette interaction devrait impliquer la perte d’observabilité de 6 ions
lithium par ion CoIV (interaction directe via les arêtes communes des octaèdres). Or les
résultats présentés sur la Fig. A.12 montrent que la diminution d’intensité du signal est bien
plus importante. Même si l’on suppose que l’électron célibataire résultant de l’oxydation des
ions cobalt reste à proximité de la lacune de lithium associée, un phénomène de valence mixte
par saut d’électron (hopping) apparaît, mis en évidence par la forte diminution de l’énergie
d’activation lors de la désintercalation (Fig. A.8). Etant donné que l’échelle de temps de la
RMN (~ 10-6 s) est très supérieure à celle du hopping électronique (~ 10-12 s) et du même
ordre de grandeur que le hopping ionique, l’électron célibataire dans l’orbitale t2g peut
interagir avec beaucoup d’ions Li durant l’enregistrement de la FID (env. 5 ms), conduisant à
leur perte d’observabilité dans nos conditions expérimentales.
Interslab Li+
O=
Slab Ni3+ t2g6 eg1
(FIRST NEIGHBOUR)
Interslab
Li+
O=
Slab Ni3+ t2g6 eg1
(SECOND NEIGHBOUR)
24
Partie A : Etude cristallochimique du système LixCoO2 (0.50 < x ≤ 1.0)
Interslab Li+
O=
Slab Co4+ t2g5
25
Partie A : Etude cristallochimique du système LixCoO2 (0.50 < x ≤ 1.0)
changement de structure cristalline influe sur la structure de bande et, par conséquent, le
« déplacement de Knight » n’augmente plus continûment avec la concentration en porteurs de
charge.
26
Partie A : Etude cristallochimique du système LixCoO2 (0.50 < x ≤ 1.0)
ont émis l’hypothèse qu’une transition isolant-métal était le moteur du biphasage 21. Ceci est
pleinement confirmé par notre étude, en particulier grâce à la grande sensibilité de la RMN à
la présence d’ions paramagnétiques ou délocalisés. Cette propriété avait déjà été utilisée par
Berthier et al., lors de mesures de conductivité et de RMN sur le système LixZrSe2, où une
transition isolant-métal est aussi observée lors de l’intercalation du lithium 27. Dans ce cas, la
77
valeur de déplacement isotrope observée par RMN du Se était constante dans le domaine
semi-conducteur (x ≤ 0.40), alors qu’elle augmentait avec x dans la région
métallique (x > 0.40). Néanmoins, dans cette étude antérieure, le déplacement isotrope
observée par RMN du 7Li ne variait que très peu entre les deux domaines, indiquant une plus
faible participation des orbitales 2s du lithium à la bande de conduction que dans le cas du
système LixCoO2.
27
Partie A : Etude cristallochimique du système LixCoO2 (0.50 < x ≤ 1.0)
28
Partie A : Etude cristallochimique du système LixCoO2 (0.50 < x ≤ 1.0)
29
Partie B : Mise en évidence de défauts structuraux dans LiCoO2...
30
Partie B : Mise en évidence de défauts structuraux dans LiCoO2...
31
Partie B : Mise en évidence de défauts structuraux dans LiCoO2...
mené une étude très détaillée sur la non stoechiométrie dans LiCoO2 10. Ces auteurs ont
montré, par RMN du 7Li et du 59
Co, l’existence d’ions cobalt paramagnétiques, mais leur
nature et leur degré d’oxydation n’ont pas été explicités. De plus, ils ont noté les différences
sur les courbes de charge galvanostatique des matériaux LiCoO2 stoechiométrique et non
stoechiométrique. La RMN du 59Co a aussi été utilisée par Ganguly et al., qui ont suggéré la
présence d’ions Co2+ dans LiCoO2 11. L’effet de la non stoechiométrie sur les performances
électrochimiques a été étudié récemment par Liu et al. 12 ; en effet, l’excès de lithium dans
Li1+xCoO2 affecterait la capacité en cyclage des batteries Li-ion puisque la chute de capacité
augmenterait avec le rapport nominal Li/Co.
Afin d’élucider les questions liées à la non stoechiométrie dans LiCoO2, nous avons
synthétisé des matériaux Lix0CoO2 avec des valeurs nominales de x0 comprises entre 0.90 et
1.10. Nous les avons caractérisés par diffraction des rayons X et des neutrons, mesures
galvanostatiques et électriques et par spectroscopie de RMN MAS du 7Li. Dans un second
temps, en référence à nos travaux antérieurs (chapitre A), nous avons étudié les phases
désintercalées électrochimiquement LixCoO2 (x0 = 1.10) par diffraction des rayons X, mesures
électriques et RMN MAS du 7Li.
Les matériaux Lix0CoO2 (0.90 ≤ x0 ≤ 1.10) de départ ont été préparés par réaction
directe de Li2CO3 et Co3O4 ; x0 est le rapport Li/Co nominal du mélange, x0 = 0.90, 1.0, 1.05
et 1.10. Le mélange finement broyé est calciné à 600°C pendant 12 h sous O2 puis, après
broyage intermédiaire, deux traitements thermiques à 900°C (24 h et 12 h sous O2) sont
successivement appliqués. Dans tous les cas, les rampes de montée et de descente en
température sont de 2° C/min.
Afin d’étudier la stabilité thermique des matériaux Lix0CoO2 synthétisés, diverses
compositions ont été soumises à des recuits particuliers (recuit long, recuit sous haute pression
d’oxygène ou recuit sous vide en présence de Ti). Les conditions expérimentales sont
détaillées dans la partie « matériaux traités thermiquement » (chap. B.3.5).
Les analyses chimiques par spectroscopie d’absorption atomique ICP (Induced
Coupled Plasma) ont permis de déterminer les rapports finals Li/Co. En raison de la difficulté
32
Partie B : Mise en évidence de défauts structuraux dans LiCoO2...
à dissoudre les particules de LiCoO2, il n’a pas été possible de déterminer avec précision le
degré d’oxydation moyen du cobalt dans les matériaux.
Les tests électrochimiques ont été menés en utilisant des chaînes galvanostatiques
Li/LiClO4 - PC (carbonate de propylène)/LixCoO2. Pour les charges galvanostatiques
classiques, les électrodes étaient constituées d’un mélange de 88% de matière active, de 10%
de noir de carbone et de 2% de Teflon. La première série d’accumulateurs, assemblée dans
une boite à gants sous atmosphère d’argon, a été chargée à 100µ[Link]-2 (mact. = 30mg ; régime
C/160, un électron est échangé en 160 h). Les matériaux LixCoO2 (x0 = 1.10) désintercalés
électrochimiquement pour l’étude par DRX ont été récupérés en boite à gants, lavés au
DMC (dimethylcarbonate) et séchés sous vide. La seconde série, utilisée pour le cyclage de
longue durée a été cyclée à 400 µ[Link]-2 (mLiCoO2 = 15 mg, régime C/20 c.à.d. un électron
échangé en 20 h).
Les diffractogrammes X ont été enregistrés sur un diffractomètre Siemens D5000 avec
la radiation Cu kα et un monochromateur arrière courbe en graphite et sur un INEL CPS 120
en géométrie Debye-Scherrer avec une anticathode Co (kα1).
La diffraction neutronique a été réalisée à l’Institut Laue-Langevin de
Grenoble (France), en collaboration avec E. Suard, sur le diffractomètre haute résolution D2B,
avec la longueur d’onde λ = 1.5941Å. Des porte-échantillon en vanadium de 7 mm de
diamètre ont été utilisés. Les diffractogrammes ont été enregistrés à température ambiante
entre 1° et 162° (2θ) avec un pas de 0.05° et un temps total d’acquisition de 8h. Les structures
ont été affinées grâce au programme Fullprof avec une fonction de profil
pseudo-Voigt (méthode Rietveld) 13.
Les mesures de conductivité ont été obtenues en utilisant la méthode des quatre pointes
en ligne dans le domaine de température 100-300 K. Les mesures de pouvoir
thermoélectriques ont été réalisées sur un appareil conçu au laboratoire 14.
Les spectres de RMN MAS du 7Li ont été enregistrés sur un spectromètre Bruker MSL
200 à 77.7 MHz ou sur un spectromètre Bruker Avance 500 à 193.7 MHz. Les échantillons
ont été préparés en diluant la matière active dans de la silice afin de faciliter la rotation et
d’augmenter l’homogénéité du champ, puisque les matériaux caractérisés peuvent posséder
des propriétés paramagnétiques ou métalliques. Le mélange est introduit en boîte sèche dans
un rotor en zircone (4mm de diam.). Une séquence d’impulsion d’écho synchronisé a été
utilisée afin de faciliter le phasage des bandes de rotation et dans le but d’observer d’éventuels
33
Partie B : Mise en évidence de défauts structuraux dans LiCoO2...
signaux très larges. La durée d’une impulsion à 90° est de 3.5 µs, le délai entre les impulsions
étant d’une période de rotor (100 µs pour une vitesse de rotation étant de 10 kHz, 66.7 µs pour
une vitesse de rotation de 15 kHz). La largeur spectrale est comprise dans le domaine 100-
500 kHz. L’intervalle de temps entre deux acquisitions (600 à 2000 acquisitions par spectre) a
été fixé entre 1 et 10 s en fonction de la nature de l’échantillon afin d’éviter la possible
saturation des signaux ne présentant pas d’interactions hyperfines. Il est important de noter
qu’en raison de l’augmentation de la mobilité et des processus de refocalisation différents des
divers signaux de RMN, une séquence de simple pulse a été utilisée pour l’analyse des
matériaux LixCoO2 (x0 = 1.10) désintercalés avec 0.60 ≤ x ≤ 1.0. Les déplacements isotropes
exprimés en ppm sont relatifs à une solution aqueuse de LiCl 1M (référence externe).
Le but de cette étude étant de montrer l’effet de la non stoechiométrie sur les phases
LixCoO2, tous les résultats pour une composition Lix0CoO2 donnée proviennent du même
échantillon.
Les divers matériaux de départ cristallisent dans le système trigonal (G. E. R-3m),
caractéristique de la structure lamellaire de LiCoO2 haute température. Des matériaux
monophasés sont obtenus sauf dans le cas de la composition x0 = 0.90 où une faible quantité
de Co3O4 est visible sur le diffractogramme X (Fig. B.1). Il est important de noter qu’aucune
trace de Li2CO3 ou Li2O n’a pu être détectée dans les échantillons. Les paramètres de maille
hexagonaux affinés pour les divers matériaux Lix0CoO2 sont compilés au Tableau B-II. Ces
34
Partie B : Mise en évidence de défauts structuraux dans LiCoO2...
Tableau B-I : Rapports Li/Co nominaux et expérimentaux et paramètres de maille affinés des
divers matériaux Lix0CoO2, 0.90 ≤ x0 ≤ 1.10 (* Li0.90CoO2 est un mélange de Co3O4 et de
Lix0CoO2, 0.90 < x0 ≤ 1.0)
* Co3O4
Li"1.10"CoO2
Li"1.05"CoO2
Li"1.0"CoO2
* Li"0.90"CoO2
* * *
10 20 30 40 50 60 70 80
2θ Cu
(°)
35
Partie B : Mise en évidence de défauts structuraux dans LiCoO2...
Li1.0CoO2
x2000
Li1.05CoO2
x2000
Li1.10CoO2
x2000
Fig. B.2 : Clichés de microscopie électronique à balayage des divers matériaux Lix0CoO2,
1.0 ≤ x0 ≤ 1.10
36
Partie B : Mise en évidence de défauts structuraux dans LiCoO2...
Les matériaux Lix0CoO2 ont été caractérisés par affinement Rietveld des
diffractogrammes X (x0 = 0.90, 1.0, 1.05 and 1.10) et des neutrons (x0 = 1.0 and 1.10). Tous
les diffractogrammes sont similaires et semblables à ceux rapportés dans la
littérature 15,16,1,17,2. Seul le diagramme de diffraction des neutrons de la phase Li1.10CoO2
est présenté (Fig. B.3). Étant donné que la morphologie des particules peut influencer les
rapports d’intensité des raies de diffraction, tous les échantillons Rietveld (DRX) ont été
préparé de manière à minimiser les effets d’orientation préférentielle 20. La poudre est
tamisée (40 µm) au-dessus du porte-échantillon puis tassée à l’aide d’une lame de rasoir. Tous
les matériaux de départ présentent des raies de diffraction fines, quel que soit le rapport
nominal Li/Co.
37
Partie B : Mise en évidence de défauts structuraux dans LiCoO2...
1.0, 1.0 et 2.0. Les résultats de l’affinement sont présentés Tableau B-II et confirment les
résultats obtenus par Orman et al. 16. De nombreuses hypothèses quant à la stoechiométrie
réelle du matériau ont été envisagées. Néanmoins, l’hypothèse de la présence d’une fraction
d’ions cobalt sur le site du lithium a été rejetée, l’affinement conduisant à un taux
d’occupation négatif. De plus, la présence d’ions lithium ou cobalt en site tétraédrique de la
structure a été exclue ; une telle hypothèse entraîne une augmentation rapide des valeurs de
Rwp. Enfin, l’hypothèse de lacunes de cobalt et d’oxygène a été envisagée. L’affinement
conduit invariablement à des valeurs du taux d’occupation de 0.96(2) et 1.89(6) pour les sites
3a (Co) et 6c (O) respectivement, avec une légère baisse des valeurs de paramètres de
reliabilité ; aucun changement significatif des valeurs de paramètres de maille, de côte de
l’oxygène (zox) ou des paramètres de déplacement n’est observable.
Dans une seconde étape, nous avons centré notre intérêt sur le diffractogramme
neutronique de la phase Li1.10CoO2 où des résultats différents étaient attendus. Nous avons
utilisé la même procédure d’affinement que pour le matériau stoechiométrique Li1.0CoO2.
Comme le montre le Tableau B-II et la Fig. B.3, des résultats similaires sont obtenus dans
l’hypothèse d’un matériau strictement lamellaire. Seul le facteur de déplacement atomique
isotrope du site 3a (Co) est élevé par rapport à la valeur obtenue pour la phase Li1.0CoO2.
Comme dans le cas du matériau stoechiométrique Li1.0CoO2, la présence de cobalt sur le site
du lithium ainsi que la présence d’ions lithium et cobalt en site tétraédrique ont pu être
exclues, les affinements des diffractogrammes X et neutrons avec ces hypothèses ne
conduisant pas à des résultats corrects. Enfin, par analogie avec la procédure utilisée pour le
diffractogramme de la phase Li1.0CoO2 et en considérant une structure strictement
bidimensionnelle, l’affinement des facteurs de déplacement atomique isotrope des sites
3a (Co) et 6c (O) pour la phase Li1.10CoO2 conduit à des valeurs de 0.91(2) et 1.84(6)
respectivement pour le cobalt et l’oxygène et à une baisse significative de la valeur du facteur
de déplacement atomique isotrope du site 3a de 1.01(6) à 0.67(12), aucun changement n’étant
par ailleurs observable sur les autres paramètres.
38
Partie B : Mise en évidence de défauts structuraux dans LiCoO2...
x y z
x y z
Standard deviations have been multiplied by the “Scorr” parameter (Scorr = 2) to correct local
correlations.
Tableau B-II : Résultats des affinements Rietveld des diffractogrammes des neutrons des
phases Li1.0CoO2 et Li1.10CoO2
39
Partie B : Mise en évidence de défauts structuraux dans LiCoO2...
La Fig. B.4 montre les premières courbes de charge galvanostatique des batteries
Li//LixCoO2 (x0) à régime lent (J = 100 µ[Link]-2, mLiCoO2 = 30 mg) pour x0 = 1.0, 1.05 et
1.10. Rappelons que les valeurs x0 utilisées dans le texte sont les valeurs nominales et ne
reflètent pas, dans certains cas, la composition réelle des matériaux.
40
Partie B : Mise en évidence de défauts structuraux dans LiCoO2...
E (V)
4.4
x
3.6
0.4 0.6 0.8 1.0 1.2
Fig. B.4 : première charge galvanostatique des batteries Li//LixCoO2 (x0 = 1.0, 1.05 et 1.10)
* Al
SiO2
x = 0.60 x = 0.60
x = 0.75
x = 0.75
x = 0.90
x = 0.90
* * x = 1.0
x = 1.0 x = 1.10
10 20 30 40 50 60 70 80 90
2θ Cu (°)
41
Partie B : Mise en évidence de défauts structuraux dans LiCoO2...
L’évolution des paramètres de maille dans LixCoO2 (x0 = 1.10) est présentée Fig. B.6
et comparée à celle obtenue dans le matériau stoechiométrique
LixCoO2 (x0 = 1.0) (chapitre A). Comme cela est couramment observé dans les oxydes, le
paramètre c augmente en raison de l’accroissement des répulsions électrostatiques entre
atomes d’oxygène de deux couches adjacentes ; le paramètre a diminue quant à lui en raison
de l’oxydation du cobalt. L’évolution similaire des paramètres de maille et du rapport c/a dans
les deux systèmes LixCoO2 (x0 = 1.0) et LixCoO2 (x0 = 1.10) confirme que les contraintes
d’origine structurales liées à la désintercalation du lithium ne sont pas la force motrice de la
séparation de phase pour 0.75 ≤ x ≤ 0.93 dans le système LixCoO2 (x0 = 1.0), comme avancé
précédemment 4 (chapitre A).
14.2
14.0
x
0.6 0.7 0.8 0.9 1.0 1.1
2.820 ahex.
2.815
2.810
x
2.805
0.6 0.7 0.8 0.9 1.0 1.1
Fig. B.6 : variation des paramètres de maille hexagonaux des matériaux désintercalés
LixCoO2 (x0 = 1.0 et 1.10)
42
Partie B : Mise en évidence de défauts structuraux dans LiCoO2...
Les batteries Li/LiClO4-PC/LixCoO2 (x0 = 1.0, 1.10) ont été cyclées à régime C/20
entre 2.7 et 4.15V ; les courbes de cyclage correspondantes ainsi que les capacités récupérées
en décharge pour le premier et dixième cycle sont présentées sur la Fig. B.7 .
E (V)
4.25
4.00
3.75
3.50 LiCoO2
3.25
3.00
st
Q (1 cycle) = 132 mAh/g
2.75 th
Q (10 cycle) = 123 mAh/g
2.50
x
0.4 0.5 0.6 0.7 0.8 0.9 1.0
E (V)
4.25
4.00
3.75
3.50
3.25 Li1.10CoO2
3.00 st
Q (1 cycle) = 132 mAh/g
2.75 th
Q (10 cycle) = 121 mAh/g
2.50
x
0.4 0.5 0.6 0.7 0.8 0.9 1.0
Les résultats montrent un très bon comportement réversible en cyclage des deux
matériaux ; une bonne capacité est obtenue. Néanmoins, les performances en cyclage du
43
Partie B : Mise en évidence de défauts structuraux dans LiCoO2...
Des mesures par spectroscopie de RMN MAS du 7Li ont été entreprises sur les divers
matériaux de départ Lix0CoO2 (x0 = 0.90, 1.0, 1.05 et 1.10) et les spectres de RMN
associés (sauf pour la composition Li0.90CoO2) sont montrés Fig. B.8 et B.9 ; deux situations
distinctes sont visibles.
Pour les matériaux avec x0 ≤ 1.0, un signal fin proche de 0 ppm est observé. Les ions
CoIII spin faible (t2g6) sont diamagnétiques ; en conséquence, aucune interaction hyperfine
n’est attendue pour le lithium (chapitre A). “ Li0.90CoO2 ”, mélange de Co3O4 et de
Lix0CoO2 (x0 ≤ 1.0) quasi-stoechiométrique, présente le même spectre de RMN que le
pour nos conditions de synthèse. De plus, la présence de quelques ions CoIV localisés résultant
d’une faible délithiation due à la haute température de synthèse dans LiCoO2 stoechiométrique
a été suggérée par Honders et al. 21. Comme nous l'avons mis en évidence au chapitre
précédent, les ions CoIV localisés conduisent uniquement à une perte d’observabilité du signal
de RMN du 7Li, en raison de la très forte interaction entre le Li et l’électron célibataire de
l’orbitale t2g de l’ion CoIV voisin. En conséquence, nous ne pouvons pas conclure quant à la
présence d’un déficit en lithium dans les matériaux Lix0CoO2 (x0 ≤ 1.0).
44
Partie B : Mise en évidence de défauts structuraux dans LiCoO2...
relative intensities
Hahn echo, 10 kHz
-18 ppm
* *
Li1.10CoO2
*
* *
Li1.05CoO2
*
* * Li1.0CoO2
*
δ (ppm)
Fig. B.8 : spectres de RMN MAS du 7Li des matériaux Lix0CoO2 (x0 = 1.0, 1.05 et 1.10)
Pour les phases Li1.05CoO2 et Li1.10CoO2, les spectres de RMN montrent (Fig. B.8), en
plus du signal diamagnétique à 0 ppm, trois nouveaux signaux à 190, -18 et -40 ppm. Ces
signaux, d’origine paramagnétique, sont très différents de ceux observés en présence d’ions
CoIV et résultent donc de l’existence d’ions Co paramagnétiques qui ne sont pas au degré
d’oxydation +4 mais plus vraisemblablement au degré +2 (spin faible) ou +3 dans un état de
spin différent de celui des ions CoIII spin faible. On peut, en outre, noter que ces signaux sont
très proches de ceux rapportés par Marichal et al. dans leur étude sur la solution solide
45
Partie B : Mise en évidence de défauts structuraux dans LiCoO2...
Li(Ni,Co)O2 par RMN du 6Li et 7Li 22. En effet, la présence d’ions NiIII spin faible (t2g6eg1)
dans la matrice diamagnétique d’ions CoIII spin faible conduit à l’apparition de signaux de
RMN à 110, -15, -32 et -50 ppm en plus du signal à 0 ppm résultant des ions lithium proches
d’ions cobalt diamagnétiques. Le transfert de l’interaction hyperfine due à l’électron
célibataire de l’orbitale eg de l’ion NiIII vers l’ion lithium environnant peut se faire grâce au
recouvrement des orbitales de l’oxygène, avec une géométrie à 90° (premier voisin) ou à
180° (second voisin). Marichal et al. ont attribué le signal à 110 ppm aux ions Li possédant un
ion NiIII en premier voisin et les signaux à -15, -32 et -50 ppm à des ions lithium possédant 0
ion NiIII en premier voisin et, respectivement, un, deux et trois ions NiIII en second voisin ; le
changement de signe du déplacement isotrope étant dû à des recouvrements différents des
orbitales Ni-O-Li dans le cas des géométries en premier voisin (90 °) et en second
voisin (180 °) 22,23 (cf. chapitre A.3.4).
Considérant nos travaux antérieurs, nous attribuons ces signaux à des interactions de
type premier/second voisin, résultant de la présence d’ions cobalt paramagnétiques, possédant
une configuration électronique proche de celle des ions NiIII spin faible, avec un électron
célibataire dans l’orbitale eg (la nature exacte de cet ion cobalt paramagnétique sera discutée
dans la conclusion de ce chapitre). Le signal à 190 ppm du spectre de RMN MAS du 7Li des
matériaux Lix0CoO2 (x0 > 1.0) résulterait donc de la présence d’ions lithium avec un ion Co
paramagnétique en premier voisin et les signaux à -18 et -40 ppm à des ions lithium possédant
respectivement un et deux ions Co paramagnétiques en second voisin, ces ions Co
paramagnétiques étant situés dans les sites octaédriques des feuillets (CoO2). Néanmoins, il
convient de prendre en compte le fait que ces ions Co paramagnétiques sont dans un
environnement particulier et sont isolés dans la structure puisqu’ils ne donnent pas lieu à un
phénomène de saut électronique avec les ions CoIII voisins. En effet, un tel phénomène
conduirait, en RMN, à la présence d’un signal moyenné résultant d’un processus d’échange et
non pas à trois signaux bien définis comme sur la Fig. B.8. De plus, il convient de remarquer,
sur la Fig. B.9, que la raie centrale du signal de RMN des spectres des matériaux
Lix0CoO2 (x0 > 1.0) présente deux épaulements centrés approximativement à 5 et -7 ppm. Ces
épaulements sont corrélés aux signaux à 190, -18 et -40 ppm puisqu’ils augmentent avec le
rapport Li/Co nominal. Toutes ces caractéristiques sont proches mais différentes de celles
rapportées par Peeters et al 10. En effet, ces auteurs mentionnaient la présence de trois signaux
46
Partie B : Mise en évidence de défauts structuraux dans LiCoO2...
de RMN à 3.3, -6.1 et -15.8 ppm en plus du signal central à 0 ppm, sans mentionner les
signaux à 190 et -40 ppm.
-7 ppm
-18 ppm
-40 ppm
Li1.10CoO2
Li1.05CoO2
Li1.0CoO2
Fig. B.9 : détail du signal central des spectres de RMN MAS du 7Li des matériaux
Lix0CoO2 (x0 = 1.0, 1.05 et 1.10)
Dans le but de confirmer que ces nouveaux signaux de RMN ne proviennent pas
d’espèces lithiées résiduelles à la surface du matériau, nous avons entrepris un lavage à l’eau
pendant 72 h à température ambiante et sous agitation magnétique. Aucun changement n’a été
observé, ni sur les spectres de RMN, ni sur les images MEB. Un tel traitement permet de
dissoudre le Li2CO3 résiduel, ce qui a été vraisemblablement observé dans l’étude de Peeters
47
Partie B : Mise en évidence de défauts structuraux dans LiCoO2...
et al., qui ont rapporté une diminution (apparente) de la concentration en Li après un lavage à
l’eau de leurs matériaux non stoechiométriques Lix0CoO2 10. L’analyse des eaux de lavage n’a
permis de déceler ni Li, ni C, confirmant l’absence de Li2CO3 résiduel dans les phases
Lix0CoO2 synthétisées.
En ce qui concerne les matériaux Lix0CoO2 (x0 ≤ 1), les résultats issus de nos mesures
électrochimiques, structurales et de RMN sont en accord avec la littérature 1-3,15,17. Pour les
matériaux synthétisés avec x0 > 1, la nature des défauts mis en évidence par la spectroscopie
RMN MAS du 7Li reste obscure. En effet, alors que nous avons mis en évidence la présence
d’ions Co paramagnétiques au degré +2 ou +3 dans la structure, les analyses chimiques
révèlent des rapports Li/Co supérieurs à 1 après la synthèse. Par analogie avec le système
LiNiO2, l’hypothèse d’ions cobalt dans l’espace interfeuillet qui mènerait à l’existence d’ions
cobalt divalents a été écartée par l’analyse Rietveld car elle conduirait à des rapports Li/Co
inférieurs à 1.
Deux hypothèses peuvent alors tenir compte de nos observations :
− La présence d’ions lithium dans les sites tétraédriques de l’interfeuillet, deux ions
lithium en site tétraédrique remplaçant un ion lithium en site octaédrique. Un
comportement similaire a été rapporté pour le composé parent Li2NiO2 par Dahn et al. 24.
En effet, le lithium peut être intercalé électrochimiquement dans LiNiO2 et former la phase
Li2NiO2 (T1) qui possède un empilement oxygéné ABAB, dans lequel les ions lithium de
l’espace interfeuillet occupent les sites tétraédriques. Néanmoins, ces auteurs ont aussi
montré qu’il était impossible d’intercaler électrochimiquement du lithium dans LiCoO2 et
qu’il n’était pas possible dans ces conditions de former le matériau Li2CoO2. De plus, nos
résultats de diffraction des rayons X et des neutrons excluent la présence d’ions lithium en
site tétraédrique dans les phases Lix0CoO2 (x0 > 1.0). Alors que, dans l’empilement idéal de
LiCoO2 (ABCABC), les interactions électrostatiques entre les ions lithium en site
tétraédrique et les ions cobalt des sites octaédriques voisins seraient importantes (les
tétraèdres "LiO4" partagent une face avec les octaèdres CoO6), l’existence de domaines
ABAB pourrait minimiser ces répulsions (les tétraèdres "LiO4" partagent seulement des
arêtes avec les octaèdres CoO6). En effet, la présence de fautes d’empilement a été mise en
évidence par Tessier et al. dans le cas des hydroxydes de nickel électrochimiquement
actifs 25,26. Des simulations de diffractogrammes X des phases Lix0CoO2 (x0 > 1) par le
48
Partie B : Mise en évidence de défauts structuraux dans LiCoO2...
programme DIFFaX 27,28 (qui permet de générer des fautes d’empilement) nous a permis
de rejeter l’hypothèse de l’existence de défauts d’empilement dans nos matériaux. En effet,
contrairement à ce qui est observé expérimentalement, l'introduction d'un faible taux de
défauts conduit à une modification significative des diffractogrammes X simulés.
− La présence d’un déficit de cobalt et d’oxygène. La formule chimique pourrait alors être
[Li]interslab[Co1-t t]slab[O2-δ] ( : lacune) ou [Li]interslab[Co1-tLit]slab[O2-δ] avec δ ≥ t, la
compensation des charges dans le feuillet se faisant par l’introduction de lacunes
d’oxygène. Aucune conclusion ne peut être amenée quant à la présence ou non de lithium
sur le site du cobalt. En effet, en raison de la forte absorption du cobalt, l’analyse Rietveld
ne nous permet pas de conclure quant à l’occupation globale du site cristallographique
3a (Co) du feuillet. Néanmoins, le fait le plus important est l’existence d’un déficit en
oxygène et en cobalt dans les matériaux Lix0CoO2 (x0 > 1.0), défaut dont l'existence a été
suggérée par les résultats de l’analyse Rietveld des diffractogrammes X et des neutrons. En
tenant compte de cette hypothèse, les épaulements sur le signal à 0 ppm pourraient être dus
à des ions lithium dont l’environnement est perturbé par le déficit en oxygène.
Les ions Co paramagnétiques mis en évidence dans les phases Lix0CoO2 (x0 > 1.0) sont
détectés indirectement par RMN MAS du 7Li, en raison des interactions hyperfines qu’ils
exercent sur les ions lithium voisins. Il est tentant d’essayer de quantifier leur nombre à partir
de la quantité d’ions Li+ observés qui possèdent ces ions Co paramagnétiques premier et
second voisins. Néanmoins, ce n’est pas possible car : (i) la distribution des ions Co
paramagnétiques dans la matrice d’ions CoIII n’est pas connue, (ii) l’existence éventuelle
d’ions Li+ en substitution du cobalt (qui ne peuvent avoir une connexion que de type premier
voisin avec les ions Co paramagnétiques) ne peut pas être prise en compte et
(iii) l’environnement des ions lithium responsables des épaulements sur le signal à 0 ppm
n’est pas clairement déterminé pour le moment.
Afin de mieux observer les signaux supplémentaires des spectres de RMN du 7Li des
phases Lix0CoO2 (x0 > 1.0), nous avons utilisé un deuxième spectromètre, en plus du Bruker
MSL 200 (à 77.7 MHz). Les acquisitions ont donc été menées sur un spectromètre Bruker
Avance 500 (à 193.7 MHz). Les Fig. B.10 et B.11 montrent les spectres de RMN MAS du 7Li
de la phase Li1.10CoO2 enregistrés sur l’ancien (Bruker MSL 200) et sur le nouveau
spectromètre de RMN. La Fig. B.10 montre clairement que le gain en résolution obtenu grâce
49
Partie B : Mise en évidence de défauts structuraux dans LiCoO2...
à l’utilisation d’un champ magnétique plus intense s’obtient aux dépends d’une moins bonne
séparation des bandes de rotation par rapport au signal central. En effet, sur les spectres que
nous avons enregistrés, des décompositions montrent que la largeur des signaux de RMN du
7
Li (en Hz) est la même quel que soit le spectromètre utilisé, suggérant que cet élargissement
provient majoritairement d’interactions dipolaires homonucléaires. La largeur des signaux en
ppm, proportionnelle au rapport de la largeur, en Hz, sur la valeur du champ magnétique, en
MHz, est donc plus faible pour un champ magnétique intense ; la résolution s’en trouve ainsi
améliorée. En revanche, une conséquence est le rapprochement des bandes de rotation (en
ppm) sur les spectres de RMN enregistrés avec le spectromètre Bruker Avance 500 par
rapport au Bruker MSL 200 (leur espacement en Hz étant toujours la vitesse de rotation). Le
détail du signal central des deux spectres, présenté sur la Fig. B.11, montre les signaux à 5, -7,
-18 et -40 ppm dont on n’entrevoyait jusqu’à présent que la trace ainsi que de nouveaux
signaux d’intensité plus faibles (8 et -11 ppm).
relative intensities
Hahn Echo, 15 kHz
-18 ppm
-40 ppm
190 ppm
* * *
*
* *
Fig. B.10 : spectres de RMN MAS du 7Li de la phase Li1.10CoO2 sur le spectromètre Bruker
MSL 200 à 10 kHz (pointillés) et sur le spectromètre Bruker Avance 500 à 15 kHz (traits
pleins), * = bandes de rotation.
50
Partie B : Mise en évidence de défauts structuraux dans LiCoO2...
relative intensities
Hahn echo, 15 kHz
5 ppm -7 ppm
-18 ppm
-11 ppm
8 ppm
Fig. B.11 : détail de la raie centrale des spectres de RMN MAS du 7Li à 15 kHz de la phase
Li1.10CoO2 sur le spectromètre Bruker MSL 200 à 10 kHz (pointillés) et sur le spectromètre
Bruker Avance 500 à 15 kHz.
51
Partie B : Mise en évidence de défauts structuraux dans LiCoO2...
Afin de vérifier la nature très particulière des ions Co paramagnétiques dans les phases
Lix0CoO2 avec Li/Co > 1.0 et de tenter d’apporter des informations complémentaires sur leur
degré d’oxydation et sur leur configuration électronique, divers traitements thermiques ont été
entrepris sur les phases Lix0CoO2 (x0 = 1.0 et 1.10).
Gorshkov et al. ont montré que l’introduction de lacunes d’oxygène dans LiCoO2 par
recuit sous faible pression partielle d’oxygène pouvait se produire de façon réversible sans
modification de la structure selon l’équation bilan :
LiCoO2 ↔ LiCoO2-δ + (δ/2) O2
L’étude des propriétés magnétiques et électriques de ces phases LiCoO2-δ ainsi
préparées a montré que le défaut principal généré par ce déficit d’oxygène était la création de
d’ions Co2+, ces complexes (1 lacune d’oxygène + 2 Co2+) n’interagissant pas fortement les
uns avec les autres 30,31.
Afin de caractériser pas RMN du 7Li les ions Co divalents associés à une lacune
d’oxygène, nous avons préparé une phase de type LiCoO2-δ à partir de LiCoO2
stoechiométrique en « pompant » l’oxygène grâce à l’utilisation de titane à l’état métallique.
Une nacelle en alumine contenant la phase LiCoO2 stoechiométrique est introduite dans un
52
Partie B : Mise en évidence de défauts structuraux dans LiCoO2...
tube en silice scellé sous vide en présence de Ti métal (stoechiométrie finale souhaitée
LiCoO1.95, réaction considérée comme complète si Ti → TiO2) et chauffée à 800° C pendant
48 h. La phase ainsi obtenue est récupérée et conservée en boite à gants sous atmosphère
d’argon.
Le diffractogramme X de la phase LiCoO2-δ ainsi préparée est identique à celui de la
phase de départ, sans trace d’impuretés et n’est donc pas montré ici. L’affinement du
diffractogramme ne montre quant à lui aucune variation des paramètres de maille par rapport à
LiCoO2 stoechiométrique.
De même, la courbe de charge galvanostatique de la phase LiCoO2-δ traitée au titane
est identique à celle du matériau LixCoO2 (x0 = 1.0) avec notamment la trace de la distorsion
monoclinique pour x = 0.50 et le plateau de potentiel à 3.93V dû au domaine biphasé pour
0.75 ≤ x ≤ 0.94 1. Elle n’est donc pas montrée ici.
Les spectres de RMN MAS du 7Li à 15 kHz enregistrés sur le spectromètre Bruker
Avance 500 des matériaux avant et après recuit en présence de titane sont montrés sur la
Fig. B.12. Alors que le spectre de la phase LiCoO2 stoechiométrique ne présente qu’un seul
signal fin et symétrique centré sur 0 ppm relatif à la présence exclusive d’ions diamagnétiques
CoIII, le spectre de la phase recuite LiCoO2-δ montre un léger élargissement de la raie centrale
ainsi que l’apparition de signaux de très faible intensité au pied de la raie centrée sur 0 ppm.
Cet élargissement du signal central peut provenir de la présence dans la phase recuite de
l’existence d’une distribution d’environnements du lithium plus importante que dans le cas de
la phase LiCoO2 stoechiométrique suggérant que des lacunes d’oxygène peuvent avoir été
créées dans la phase LiCoO2-δ, en particulier en surface. Néanmoins, il convient de remarquer
que les éventuels ions Co2+ générés par compensation des charges sont différents des ions Co
paramagnétiques présents dans les phases Lix0CoO2 avec Li/Co > 1.0, puisque la signature
53
Partie B : Mise en évidence de défauts structuraux dans LiCoO2...
relative intensities
Hahn echo, 15 kHz
300 250 200 150 100 50 0 -50 -100 -150 -200 -250 -300
δ (ppm)
Fig. B.12 : spectres de RMN MAS du 7Li des matériaux LiCoO2 stoechiométrique (pointillés)
et LiCoO2-δ (traits pleins). En insert, détail de la raie centrale.
Considérant le déficit d’oxygène présent dans les phases Lix0CoO2 (x0 > 1.0), nous
avons tenté de le résorber par traitement thermique sous haute pression d’oxygène. Nous
avons donc procédé à un recuit de la phase Li1.10CoO2 en tube d’or scellé à 700° C pendant
12 h sous une pression d’oxygène de 1000 bars en collaboration avec A. Largeteau.
Le diffractogramme X de la phase Li1.10CoO2 (PO2) ainsi synthétisée est identique à
celui de la phase de départ, sans trace d’impuretés. Elle n’est donc pas montré ici.
L’affinement du diffractogramme ne montre quant à lui aucune variation des paramètres de
maille par rapport à Li1.10CoO2.
54
Partie B : Mise en évidence de défauts structuraux dans LiCoO2...
A
relative intensities
Hahn echo, 15 kHz
B B
B
300 250 200 150 100 50 0 -50 -100 -150 -200 -250 -300
δ (ppm)
Fig. B.13 : spectres de RMN MAS du 7Li des matériaux Li1.10CoO2 avant (pointillés) et après
traitement sous haute pression d’oxygène (traits pleins). En insert, détail de la raie centrale.
Les spectres de RMN MAS du 7Li enregistrés sur le spectromètre Bruker Avance 500
pour les phases Li1.10CoO2 avant et après recuit sous pression d’oxygène montrent quant à
eux (Fig. B.13) une très faible diminution de l’intensité relative aux signaux associés aux ions
Co paramagnétiques (signaux B) par rapport au signal central à 0 ppm (signal A) lié à la
présence exclusive d’ions CoIII diamagnétiques. Ce traitement thermique n’a donc qu’une
influence mineure sur le déficit en oxygène présent, ce qui suggère que les ions cobalt
paramagnétiques présents dans les matériaux Lix0CoO2 (x0 > 1.0) ne sont pas oxydables même
55
Partie B : Mise en évidence de défauts structuraux dans LiCoO2...
Afin de tester la stabilité thermique des diverses phases Lix0CoO2, nous avons effectué
divers recuits à 900° C pendant plusieurs jours sous différentes atmosphères (Ar, air, O2) des
phases Li1.0CoO2 et Li1.10CoO2.
• recuit de Li1.0CoO2
De nombreux travaux ont montré que la synthèse de LiCoO2 ne peut se faire que sous
atmosphère relativement oxydante, l’absence d’oxygène conduisant à la formation d’oxydes
de cobalt de type Co3O4 ou CoO 32,19.
Nous avons donc testé la stabilité thermique de la phase LiCoO2 (x0 = 1.0) à 900° C
pendant cinq jours sous courants d’argon et d’air (pression atmosphérique). Les
diffractogrammes X et les spectres de RMN MAS du 7Li des phases ainsi obtenues sont
identiques à ceux de la phase LiCoO2 de départ, sans aucune trace d’impureté ou de phase
parasite (non montrés ici). On peut donc en conclure que la phase LiCoO2 stoechiométrique,
qui ne contient que des ions diamagnétiques CoIII, est stable à haute température (≤ 900° C).
• recuit de Li1.10CoO2
Des recuits à 900° C pendant cinq et dix jours sous courant d’O2 ont été entrepris sur
la phase Li1.10CoO2 afin de tester sa stabilité thermique à haute température.
Les diffractogrammes X des matériaux recuits sont identiques à celui de la phase de
départ, sans trace d’impuretés et ne sont donc pas montrés ici. Les affinements des
diffractogrammes ne montrent quant à eux aucune variation des paramètres de maille par
rapport à Li1.10CoO2.
Les courbes de charge galvanostatique à régime lent (C/100) des batteries
Li/LiClO4-PC/LixCoO2 issues des phases Li1.10CoO2 avant et après recuit pendant 10 jours à
900° C sont superposées sur la Fig. B.14. Elles montrent que la phase ayant subi un recuit
long présente les caractéristiques de LiCoO2 stoechiométrique avec la trace de la distorsion
monoclinique pour x = 0.50 et le plateau de potentiel à 3.93 V résultant de la présence d’un
domaine biphasé pour 0.75 ≤ x ≤ 0.94 1-3 (cf. chapitre A). L’existence de ce domaine biphasé
a été confirmée par diffraction des rayons X pour le matériau Li0.80CoO2 obtenu par
désintercalation électrochimique de la phase Li1.10CoO2 recuite 10 jours (Fig. B.15) ; ce
56
Partie B : Mise en évidence de défauts structuraux dans LiCoO2...
matériau est un mélange de deux phases rhomboédriques possédant des paramètres de maille
identiques à ceux des phases Li0.75CoO2 et Li0.94CoO2, limites du domaine biphasé lors de la
désintercalation du lithium dans LiCoO2 stoechiométrique (cf. chapitre A.3.1).
4.6 E (V)
4.4
4.2
4.0
3.8
x
3.6
0.4 0.6 0.8 1.0
Fig. B.14 : courbes de première charge galvanostatique des batteries Li//LixCoO2 issues des
phases Li1.10CoO2 (pointillés) et Li1.10CoO2 recuit dix jours (traits pleins).
Le spectre de RMN MAS du 7Li du matériau recuit 5 jours est superposé à celui de la
phase de départ sur la Fig. B.16. On voit très nettement la diminution relative de l’intensité
des signaux relatifs aux ions Co paramagnétiques associés au déficit d’oxygène (signaux B)
par rapport au signal central (signal A) lié à la présence exclusive d’ions diamagnétiques avec
l’augmentation du temps de recuit, en bon accord avec les résultats des tests électrochimiques
qui attestent de la disparition des défauts structuraux générés lors de la synthèse par un rapport
Li/Co > 1.0.
57
Partie B : Mise en évidence de défauts structuraux dans LiCoO2...
Li0.75CoO2 Li0.94CoO2
10 20 30 40 50 60 70 80
2θ Cu (°)
relative intensities
Hahn echo, 15 kHz
B B
B
300 250 200 150 100 50 0 -50 -100 -150 -200 -250 -300
δ (ppm)
Fig. B.16 : spectres de RMN MAS du 7Li des matériaux Li1.10CoO2 avant (pointillés) et après
recuit long de 5 jours (traits pleins). En insert, détail de la raie centrale.
58
Partie B : Mise en évidence de défauts structuraux dans LiCoO2...
1200 5000
1000 4000
3000
800
2000
600
50 100 150 200 250 300 350
T (K)
400
200
0
0 50 100 150 200 250 300
T (K)
59
Partie B : Mise en évidence de défauts structuraux dans LiCoO2...
60
Partie B : Mise en évidence de défauts structuraux dans LiCoO2...
montre sans ambiguïté que la bande t2g du cobalt contient de plus en plus de trous
d’électrons.
− pour les matériaux les plus désintercalés (x ≤ 0.60), un caractère métallique est observé, la
conductivité augmentant avec la baisse de la température pour T ≤ 250K.
x = 0.60
1
0 x = 0.75
-1 x = 0.90
x = 0.96
-2
x = 1.0
-3
-4
x = 1.10
-5
-1
-6 1000/T (K )
4 8 12 16
61
Partie B : Mise en évidence de défauts structuraux dans LiCoO2...
Tableau B-III : Energie d’activation en fonction du taux de lithium x dans les matériaux
LixCoO2 (x0 = 1.10) désintercalés dans différents domaines de température (* pas de données).
200 α (µ V/K)
150
x = 1.0
100 x = 0.90
50 x = 0.75
T (K)
0
0 50 100 150 200 250 300
Les résultats sont comparables à ceux obtenus pour les matériaux désintercalés
LixCoO2 (x0 = 1.0) 3,21. Dans le système LixCoO2 (x0 = 1.10), la valeur positive du coefficient
62
Partie B : Mise en évidence de défauts structuraux dans LiCoO2...
Seebeck montre que les trous électroniques sont les porteurs de charges majoritaires. En effet,
l’oxydation des ions CoIII spin faible (t2g6) conduit à la présence de plus en plus importante
d’ions CoIV (t2g5). La valeur élevée du pouvoir thermoélectrique pour x = 1.0 est typique d’un
comportement semi-conducteur. La baisse de la valeur absolue du pouvoir thermoélectrique
pour Li0.90CoO2 (x0 = 1.10) reflète l’augmentation du nombre de porteurs de charges lors de
l’oxydation du cobalt. Finalement, la linéarité de la courbe α = f(T) pour x = 0.75 et les faibles
valeurs du coefficient Seebeck, qui tend vers 0 lorsque la température décroît, sont
caractéristiques d’un comportement métallique.
63
Partie B : Mise en évidence de défauts structuraux dans LiCoO2...
Les Fig. B.20 et B.21 montrent les spectres de RMN MAS du 7Li des divers matériaux
désintercalés LixCoO2 (x0 = 1.10), 0.60 ≤ x ≤ 1.10.
Pour 1.08 ≤ x ≤ 1.10, l’oxydation des ions cobalt conduit à la disparition des signaux
relatifs aux ions Co paramagnétiques, ce qui suggère leur instabilité relative par rapport aux
ions CoIII diamagnétiques de la structure. Simultanément, les épaulements sur la raie centrale
disparaissent.
Pour 1.02 ≤ x ≤ 1.04, une diminution de l’intensité globale du signal est observée (non
montrée sur la figure B.21). Ce phénomène, déjà observé dans le cas de la désintercalation du
lithium dans LiCoO2 stoechiométrique résulte de la présence d’ions CoIV localisés. En effet,
comme nous l’avons déjà mentionné dans le chapitre précédent, l’interaction directe très forte
de type déplacement de « contact de Fermi » entre l’électron localisé de l’orbitale t2g de l’ion
CoIV et l’orbitale 2s du lithium conduit à une perte d’observabilité du signal de RMN du 7Li 3.
Pour 0.85 ≤ x ≤ 1.0, un nouveau signal croît aux dépends du signal à 0 ppm, et dont la
position se déplace lors de la désintercalation dans le domaine de 40 à 100 ppm. Si l’on
considère que les ions CoIV localisés conduisent à une disparition partielle du signal à 0 ppm,
ce signal qui se déplace doit résulter de l’existence dans la structure d’ions Li+ subissant une
interaction hyperfine de nature différente du déplacement de « contact de Fermi ». Par
analogie avec le système stoechiométrique LixCoO2 (x0 = 1.0) pour lequel l’existence d’un
domaine biphasé pour 0.75 ≤ x ≤ 0.94 conduit à l’apparition d’un signal de RMN de type
« déplacement de Knight » vers 55 ppm 3, nous pensons que le signal déplacé dans le système
LixCoO2 (x0 = 1.10) résulte aussi d’un « déplacement de Knight ». Néanmoins, dans le cas
présent, ce signal est moins bien défini que dans le système LixCoO2 (x0 = 1.0) ; de plus, il se
déplace dans le domaine de composition où il coexiste avec le signal à 0 ppm. Puisque la
diffraction des rayons X a montré qu’une seule phase était présente dans ce domaine de
composition (Fig. B.5), cela suggère qu’il existe une tendance à la délocalisation dans le
matériau mais qu’elle ne s’amorce que dans des zones de petite taille ne conduisant pas à une
séparation de phases entre une phase métallique et une phase possédant des ions CoIV
localisés, comme lors de la désintercalation du lithium dans LiCoO2 stoechiométrique.
Pour x ≤ 0.75, le signal à 0 ppm a disparu et le nouveau signal se déplace avec
l’augmentation du caractère métallique du matériau.
64
Partie B : Mise en évidence de défauts structuraux dans LiCoO2...
relative intensities
x = 0.60
x = 0.75
x = 0.85
x = 0.90
x = 0.94
x = 0.96
x = 0.98
x = 1.0
x = 1.10
Fig. B.20 : spectres de RMN MAS du 7Li des divers matériaux désintercalés
LixCoO2 (x0 = 1.10), 0.60 ≤ x ≤ 1.10.
65
Partie B : Mise en évidence de défauts structuraux dans LiCoO2...
relative intensities
x = 1.0
x = 1.02
x = 1.04
x = 1.06
x = 1.08
x = 1.10
40 20 0 -20 -40
δ (ppm)
Fig. B.21 : détail des spectres de RMN MAS du 7Li des divers matériaux désintercalés
LixCoO2 (x0 = 1.10), 0.60 ≤ x ≤ 1.10
66
Partie B : Mise en évidence de défauts structuraux dans LiCoO2...
Arbitrary intensities
deintercalated-reintercalated
LixCoO2 (x0 = 1.10)
40 20 0 -20 -40
δ (ppm)
* *
* *
* *
* *
Fig. B.22 : comparaison des spectres de RMN MAS du 7Li sur des matériaux cyclés
électrochimiquement LixCoO2 (x0 = 1.10).
67
Partie B : Mise en évidence de défauts structuraux dans LiCoO2...
N.B. : Cette discussion prend en compte les nombreux résultats que nous avons obtenus tout
au long de notre étude et représente l’aboutissement de nombreuses réflexions et hypothèses
quant à la nature des défauts structuraux présents dans les phases Lix0CoO2 (x0 > 1.0). Afin
de tenter d’éclairer le lecteur lambda, une figure récapitulative est présentée à la fin de cette
partie (Fig. B.26). Les notations utilisées dans les équations de compensation de charges sont
personnelles.
suspens. Lors d’une étude préliminaire, nous avions attribué les signaux supplémentaires sur
les spectres de RMN du 7Li à des ions CoII spin faible 35 ; en effet, les ions CoII spin faible et
NiIII spin faible sont isoélectroniques (t2g6eg1). Par analogie avec le système Li(Ni,Co)O2, nous
avions donc attribué le signal à 190 ppm à des ions Li+ premiers voisins d’ions
CoII (interaction à 90°) et les signaux à -18 et -40 ppm des ions Li+ seconds voisins d’ions
CoII (interaction à 180°). La présence d’ions cobalt divalents dans les matériaux
Lix0CoO2 (x0 > 1.0) avait déjà été envisagée dans la littérature par Carewska et al. 9 et
Ganguly et al. 11, mais l’état de spin et l’environnement de ces espèces n’était pas clairement
établi. Néanmoins, l’étude que nous avons menée sur les phases LiCoO2-δ suggère que les
signaux observés par RMN MAS du 7Li dans les phases Lix0CoO2 (x0 > 1.0) ne proviennent
pas de la présence d’ions CoII associés à une lacune d’oxygène 30,31. De plus, l’existence
d’ions Co divalents dans les phases Lix0CoO2 (x0 > 1.0) semble peu probable puisqu’un
traitement thermique sous forte pression d’oxygène ne permet pas de diminuer la proportion
d’ions Co paramagnétiques. En effet, seul un recuit de longue durée à haute température
permet de diminuer leur quantité pour ne laisser que des ions CoIII diamagnétiques dans la
phase Li1.10CoO2 recuite 10 jours. La présence d’ions cobalt de degré inférieur à +3 dans la
68
Partie B : Mise en évidence de défauts structuraux dans LiCoO2...
phase Li1.10CoO2 avant recuit long apparaît donc improbable si l’on tient compte du fait que la
délithiation qui peut exister à haute température dans ce type de matériaux s’accompagne
généralement d’une baisse du degré d’oxydation moyen des cations de transition dans la
structure 36. Les ions Co paramagnétiques présents dans les phases Lix0CoO2 (x0 > 1.0) ne
sont donc pas vraisemblablement au degré d’oxydation +2, malgré notre première
interprétation 35. Néanmoins, le modèle proposant une formule chimique de type
[Li]interslab[Co1-tLit]slab[O2-δ] avec δ = t reste tout à fait valable et a été repris récemment par
Imanishi et al. dans leur étude sur le système Li1+xCoO2 (0.0 ≤ x ≤ 0.30). Suite à des analyses
chimiques et à des dosages de degré d’oxydation du cobalt, ces auteurs situent la limite haute
de solution solide Li1+xCoO2 pour des rapports Li/Co proches de 1.08 et concluent à la
présence exclusive de cobalt trivalent dans les matériaux, justifiant les signaux de RMN du
7
Li supplémentaires par la présence d’ions Li en site du Co 37,38. Un comportement similaire
a été mis en évidence dans les spinelles Li-Mn-O par Strobel et al. 39. Ces auteurs ont conclu
en affirmant que l’équilibre gaz-solide lors de la synthèse ou d’un traitement thermique ne
résultait pas uniquement d’une simple extraction d’oxygène de la matrice hôte avec une
composition cationique constante mais qu’une variation de la composition en oxygène
s’accompagnait d’un changement simultané du rapport Li/Mn dans la phase de type spinelle.
Il faut noter que la nature exacte des défauts qui conduisent à un déficit en oxygène reste
inconnue. En effet, les oxydes lithiés de type LiCoO2 étant partiellement solubles en milieu
carbonates fondus 40, le carbonate de lithium, liquide à 900° C, introduit en excès lors de la
synthèse des phases Lix0CoO2 (x0 > 1.0) joue un rôle de flux qui aide à la croissance des
69
Partie B : Mise en évidence de défauts structuraux dans LiCoO2...
revanche, comme sur la Fig. B.23, nous considérons un défaut constitué par une lacune
d’oxygène, les ion cobalt étant au degré +3, la compensation locale des charges se fait par
substitution d’un ion Li+ dans le site du cobalt. Les deux ions cobalt trivalents associés à la
lacune d’oxygène sont alors dans des sites distordus de type pyramide à base carrée. La
modification de l’environnement peut alors induire un changement de configuration
électronique, avec passage de l’état spin faible à un état de spin intermédiaire où l’orbitale dz2
se trouve fortement stabilisée par la lacune d’oxygène (Fig. B.24). Cette configuration
électronique très particulière, déjà observée pour l’ion Co3+ dans diverses structures 41,42
permet de prendre en compte les résultats de RMN MAS du 7Li. En effet, même si l’orbitale
dxy possède un électron célibataire qui peut conduire à la perte d’observabilité des ions Li+
adjacents, comme c’est le cas en présence d’ions CoIV localisés dans les phases peu
désintercalées LixCoO2 (x0 = 1.0), un recouvrement de type 1er/2ème voisin est toujours
possible à partir de l’électron eg via l’oxygène opposé à la lacune. De plus, l’orbitale dz2
étendue vers la lacune d’oxygène permet vraisemblablement un faible recouvrement direct
avec l’orbitale 2s de l’ion Li+ adjacent et peut ainsi conduire à des signaux déplacés vers les
déplacements positifs.
Interslab
Li Li
CoO6
Co
Slab Co Li
LiO6
Interslab Li Li
O vacancy
Fig. B.23 : représentation schématique de la configuration locale du défaut structural mis en
évidence dans les phases Lix0CoO2 (x0 > 1.0).
70
Partie B : Mise en évidence de défauts structuraux dans LiCoO2...
Co3+ d6
dx2-y2
dx2-y2 dz2
dz2
dxy
dxz dxy dyz
dxz dyz
Ce modèle est en accord avec les résultats des mesures magnétiques de la phase
Li1.10CoO2. Les résultats des dosages chimiques (Tableau B-I) montrent que la rapport final
Li/Co dans les phases de composition nominale Li1.10CoO2 est de 1.07. Imanishi et al. ont
d’ailleurs trouvé que la limite de solution solide pour Li1+xCoO2 est de 1.08 38. Si l’on
considère le modèle évoqué ci-dessus, la formule chimique du matériau obtenu est alors
[Li+]interfeuillet[CoIII0.88Co3+(is)0.08Li+0.04]feuillet[O1.96], chaque lacune d’oxygène étant entourée par
un ion Li+ et deux ions Co3+ spin intermédiaire dans le feuillet, et par trois ions Li+ dans
l’espace interfeuillet (Fig. B.22). La constante de Curie associée à un tel matériau correspond
à la seule contribution des ions paramagnétiques Co3+ spin intermédiaire et est égale à :
où n est le nombre d’électrons célibataires et nCo3+is la quantité d’ions Co3+ spin intermédiaire
par mole. Le très bon accord entre la valeur de la constante de Curie théorique (0.08, spin
only) et de l’inverse de la pente de la courbe 1/χ = f(T) (0.07) confirme l’hypothèse de la
présence d’ions Co3+ spin intermédiaire associés à une lacune d’oxygène dans les phases
Lix0CoO2 (x0 > 1.0). Des études par résonance paramagnétique électronique (RPE) sont
71
Partie B : Mise en évidence de défauts structuraux dans LiCoO2...
L’existence d’un défaut structural de type lacune d’oxygène est confirmée pour le
système Lix0CoO2 (x0 > 1.0) par notre étude des matériaux désintercalés. En effet, la présence
d’ions lithium excédentaires en site interstitiel sans lacune d'oxygène (dont la charge serait
compensée dans le feuillet par des ions CoII), sans changement de la nature des feuillets
(CoO2) devrait conduire, après désintercalation de ces ions interstitiels et oxydation des ions
CoII paramagnétiques correspondants, à un comportement similaire à celui observé pour le
matériau LiCoO2 stoechiométrique. On devrait, en particulier, observer le domaine biphasé
associé à la transition isolant-métal et la trace caractéristique de la distorsion monoclinique
pour x = 0.50. Aucune de ces deux caractéristiques n’est observable dans les matériaux
LixCoO2 (x0 = 1.10) désintercalés. De plus, les signaux de RMN MAS du 7Li attribués aux
ions Co paramagnétiques ne devraient pas réapparaître après cyclage. En effet, lors de la
première décharge, les ions Li ne devraient pas être réintercalés en site tétraédrique car ces
sites partagent des faces avec les octaèdres voisins et ne sont pas énergétiquement favorables.
En conséquence, les ions cobalt paramagnétiques, après leur oxydation lors de la première
charge, ne devraient pas participer aux processus rédox lors du cyclage. Enfin, toutes les
tentatives d’intercaler électrochimiquement du lithium dans le matériau de départ Li1.0CoO2
ont échoué, confirmant les résultats de Dahn et al. 24.
Si l’on tient compte du fait que la conductivité est très anisotrope dans ces structures
lamellaires, la présence de défauts d’oxygène et de cobalt, en créant du désordre, pourrait
interférer notablement sur la délocalisation électronique attendue lors de la désintercalation du
lithium. C’est ce qui est observé dans les matériaux LixCoO2 (x0 = 1.10), où le domaine
biphasé résultant de la délocalisation à longue distance observé dans les matériaux
stoechiométriques LixCoO2 (x0 = 1.0) est absent mais où la délocalisation a lieu uniquement
dans des petites zones du cristal (Fig. B.25).
Qui plus est, des défauts structuraux, en interférant sur l’ordre Li/lacune, pourraient
empêcher la distorsion monoclinique qui est observée pour la phase Li0.50CoO2 (x0 = 1.0). En
effet, comme cela a été montré par Reimers et al. et par des travaux antérieurs au Laboratoire
sur le système parent Li(Ni,Co)O2, l’existence de distorsions monocliniques et de transitions
de phases est très sensible aux phénomènes d’ordre dans le feuillet et l’interfeuillet puisque la
substitution permet d’empêcher la réorganisation des ions Li+ et, ainsi, toute modification
structurale 6,43,44 (cf. chapitre C).
72
Partie B : Mise en évidence de défauts structuraux dans LiCoO2...
X = 1.00
Li1.0CoO2
X=1.00 Li1.10CoO2
SOLID
SOLUTION STRUCTURAL
DEFECTS
X = 0.94
X=0.94
Li DEINTERCALATION
x < x0
X=0.75
Xmoyen = 0.85
X=0.94
❐ DEMIXTION IS
e-
VERY EASY:
Li+
e- ONLY e- AND Li+
LITHIUM
Li+
DEINTERCALATION
HAVE TO MOVE
SMALL METALLIC
DOMAINS
X=0.75
Xmoyen = 0.80
2 PHASES
X=0.94
❐ GRADUAL APPEARENCE OF METALLIC DOMAINS
X = 0.75
SOLID SOLUTION IN THE OVERALL RANGE
X=0.75
célibataire de l’orbitale dz2 ce qui suggère une élévation du niveau dz2 lors de l'oxydation des
ions cobalt. En effet, les signaux associés au défaut (particulièrement les épaulements à 5 et
-7 ppm sur la raie centrale) intègrent le signal central à 0 ppm, puisque la perte d’intensité du
signal global est bien inférieure à la contribution de ces signaux associés au défaut structural.
Cela confirme bien que l’interaction hyperfine exercée par les ions Co3+ paramagnétiques sur
les ions lithium est beaucoup plus complexe que celle résultant d’un électron eg menant aux
signaux de type premier/second voisins mentionnée plus haut et résulte probablement de
l’addition de diverses interactions très différentes en raison de la présence d’électrons
célibataires dans l’orbitale t2g (dxy) et dans l’orbitale eg (dz2). Cette dernière est, de plus,
vraisemblablement dissymétrique en raison de la lacune d’oxygène et conduit à la fois à un
73
Partie B : Mise en évidence de défauts structuraux dans LiCoO2...
transfert de densité de spin électronique via un oxygène (effet 1er/2ème voisin observé à 190,
-18 et -40 ppm) et directement « à travers » la lacune.
Enfin, la restauration des signaux de RMN supplémentaires lors de la réintercalation
du lithium dans les matériaux LixCoO2 (x0 = 1.10) montre définitivement que l’excès de
lithium n’est pas dans un site interstitiel, énergétiquement non favorable.
expérimental
Hyp.2b : Li en substitution du Co :
⇒ compensation des charges par : O2- ↔ 2Co3+ + 1Li+ dans le feuillet
(si excès de lacunes (?) ⇒ création d’ions Co2+ : O2- ↔ 2Co2+ + 1Co3+ : exclu par g et h)
⇒ modèle retenu :
[Li]interfeuillet[Co1-tLit]feuillet[O2-t], les (1-t) ions Co étant (1-3t) CoIII et 2t Co3+is
74
Partie B : Mise en évidence de défauts structuraux dans LiCoO2...
75
Partie B : Mise en évidence de défauts structuraux dans LiCoO2...
76
Partie B : Mise en évidence de défauts structuraux dans LiCoO2...
77
Partie C : effets combinés du dopage par le Ni et le Li sur les transitions de phase...
78
Partie C : effets combinés du dopage par le Ni et le Li sur les transitions de phase...
Bien que LiCoO2 soit le matériau d’électrode positive le plus utilisé dans les batteries
Li-ion commerciales, de nombreux efforts sont accomplis par les scientifiques afin
d’améliorer ses performances électrochimiques tout en essayant de réduire son coût de
production 1. En conséquence, l’effet de la substitution de nombreux éléments au cobalt a été
entreprise (Cr 2, Al 3,4, Mg 5,6, Fe 7 ou Mn 8,9). Néanmoins, seul l’oxyde mixte LiCo1-yNiyO2
pour lequel une solution solide existe dans tout le domaine de composition 0 ≤ y ≤ 1 semble
être un candidat intéressant d’un point de vue appliqué 10-12.
Dans ce contexte, en 1993, Reimers et al. ont étudié l’effet de la substitution du Ni au
Co dans LiCoO2 13. Ils ont montré que la substitution de 2% de Ni au Co conduisait à la
disparition de la transition monoclinique habituellement observée pour le matériau
Li0.50CoO2 (x0 = 1.0) et ont conclu que les transitions de phase, très sensibles aux taux
d’impuretés dans les matériaux, pouvaient servir à contrôler la qualité des matériaux
synthétisés 13. Dans le chapitre précédent, nous avons montré que toutes les transitions de
phase pouvaient être supprimées dans LiCoO2 en utilisant un rapport Li/Co > 1.0 lors de la
synthèse (cf. chapitre B).
Dans ce contexte général, nous avons mené une étude sur les effets combinés de la
substitution du Ni au Co et sur la surstoechiométrie en Li dans LiCoO2. Nous avons synthétisé
les matériaux Lix0Co1-yNiyO2 (x0 = 1.0, 1.10 ; y = 0.0, 0.03, 0.06 et 0.10) et les avons
caractérisés par diffraction des rayons X, tests galvanostatiques et RMN MAS du 7Li.
Les matériaux Lix0Co1-yNiyO2 (x0 = 1.0, 1.10 ; y = 0.0, 0.03, 0.06 et 0.10) ont été
synthétisés par chimie du solide en calcinant à 600° C pendant 12h sous O2 un mélange en
quantité appropriée de Li2CO3, Co3O4 et NiO (Li/M = 1.0 et 1.10). Deux recuits successifs à
900° C pendant 24h sous O2 ont été entrepris afin de s’assurer d’une bonne homogénéité des
matériaux. Dans tous les cas, les rampes de montée et de descente en température sont de
2° C/min.
Les études électrochimiques ont été réalisées à température ambiante (22° C) sur des
accumulateurs Li/LiClO4 - PC (propylene carbonate)/LixCo1-yNiyO2. Les électrodes étaient
79
Partie C : effets combinés du dopage par le Ni et le Li sur les transitions de phase...
Pour tous les matériaux, une séquence d’écho de Hahn [tπ/2 - τ1- tπ - τ2] a été utilisée afin de
faciliter le phasage des bandes de rotation et dans le but d’observer d’éventuels signaux très
larges. La durée de l’impulsion à 90° (tπ/2) est de 3.5 µs, le délai entre les impulsions étant
d’une période de rotor (100 µs pour une vitesse de rotation de 10 kHz, 66.7 µs pour une
vitesse de rotation de 15 kHz). La largeur spectrale est de 200 kHz. L’intervalle de temps
entre deux acquisitions (600 à 2000 acquisitions par spectre) a été fixé à 1 s ce qui suffit à
éviter la possible saturation des signaux ne présentant pas d’interactions hyperfines. Les
déplacements isotropes exprimés en ppm sont relatifs à une solution aqueuse LiCl
1M (référence externe).
Le but de cette étude étant de montrer les effets combinés du dopage par le Ni et de la
surstoechiométrie en Li, tous les résultats pour une composition Lix0Co1-yNiyO2 donnée
80
Partie C : effets combinés du dopage par le Ni et le Li sur les transitions de phase...
Tous les matériaux Lix0Co1-yNiyO2 ont été caractérisés par XRD et cristallisent dans le
système trigonal (S.G. R-3m), isotype de LiCoO2. Dans tous les cas, des matériaux
monophasés sont obtenus sans traces des précurseurs de synthèse, ou d’une seconde phase en
impureté, confirmant l’existence de la solution solide Lix0Co1-yNiyO2 pour 0.0 ≤ y ≤ 0.10 10-
12,15. Quel que soit le pourcentage de nickel dans les matériaux, les raies de diffraction sont
fines, reflétant une bonne homogénéité à longue distance.
Les photographies de microscopie électronique à balayage (Fig. C.1) montrent que,
comme dans le cas des matériaux non substitués Lix0CoO2, la taille des particules est régie par
le rapport nominal x0 (Li/M) puisque la phase contenant 3% de Ni (x0 = 1.0) possède des
particules de taille proche du micron alors que le matériau Li1.10Ni0.03Co0.97O2 possède des
particules d’environ 20 µm, en raison du rôle de flux joué par l’excès de Li2CO3 à haute
température 6,16.
a/ b/
Fig. C.1 : clichés de microscopie électronique à balayage des matériaux LiCo0.97 Ni0.03O2 (a)
et Li1.10Co0.97 Ni0.03O2 (b). (grossissement x2000)
Quel que soit le taux de nickel dans les phases Lix0Co1-yNiyO2, une structure lamellaire
isotype de α-NaFeO2 (G.E. R-3m) est obtenue. Comme tous les diffractogrammes X sont
81
Partie C : effets combinés du dopage par le Ni et le Li sur les transitions de phase...
semblables et proches de ceux rapportés dans la littérature pour le système Li(Co,Ni)O2, seul
le diffractogramme X de la phase LiCo0.94Ni0.06O2 est montré sur la Fig. C.2.
60 65 70 75 80 85 90
2θ Cu (°)
10 20 30 40 50 60 70 80 90
2θ Cu (°)
Les diffractogrammes X de toutes les phases Lix0Co1-yNiyO2 ont été analysés par
82
Partie C : effets combinés du dopage par le Ni et le Li sur les transitions de phase...
la phase LiCo0.94Ni0.06O2 sont présentés dans le Tableau C-I et confirment les données
structurales rapportées par Rougier et al. sur les phases LiCo1-yNiyO2 (y ≤ 0.70) strictement
bidimensionnelles 15. Lors des affinements Rietveld que nous avons conduits sur les phases
Lix0Co1-yNiyO2, l’hypothèse de la présence d’une fraction d’ions Co (et/ou Ni) sur le site 3b du
lithium est rejetée, l’affinement conduisant invariablement à des taux d’occupation négatifs.
En revanche, en raison de l’impossibilité de quantifier l’absorption du cobalt en géométrie
Bragg-Brentano, aucune conclusion ne peut être avancée quant à la présence éventuelle de
lithium sur le site du Co/Ni. Néanmoins, en accord avec l’étude menée par diffraction des
neutrons sur les phases non substituées LiCoO2, on peut considérer comme nulle la quantité
d’ions Li+ dans le site du Co/Ni (3a) pour les phases synthétisées avec x0 = 1.0 18,19 ; la
présence de lithium dans le site du cobalt pour les phases Lix0Co1-yNiyO2 (x0 > 1.0) ne peut
quant à elle pas être exclue 19,20. Dans tous les cas, la très bonne concordance des profils des
diffractogrammes X observés et calculés renforce la validité des affinements Rietveld
entrepris.
x y z
83
Partie C : effets combinés du dopage par le Ni et le Li sur les transitions de phase...
ceux des matériaux non dopés au nickel. Les paramètres de maille ahex. et chex. augmentent
légèrement avec le taux de nickel dans la structure en raison de la taille plus élevée de l’ion
NiIII comparé à l’ion CoIII (rNiIII= 0.56 Å, rCoIII = 0.545 Å 21). De plus, pour tous les matériaux,
le rapport chex./ahex. proche de 5.0 (≠ 4.90 pour une maille cubique) et la valeur élevée de
zox. (côte de l’oxygène suivant z) confirment le caractère 2D (zox. = 0.25 pour une maille
cubique) de la structure des phases LiCoO2 dopées au Ni 15,22.
Tableau C-II : paramètres de maille hexagonaux et côte de l’oxygène suivant z (zox.) déduits
de l’affinement Rietveld des diffractogrammes X des matériaux Lix0Co1-yNiyO2.
électron).
Comme rapporté précédemment, la courbe de charge galvanostatique obtenue pour le
matériau LixCoO2 (x0 = 1.0) montre à la fois le plateau de potentiel à 3.93 V correspondant au
domaine biphasé pour 0.75 ≤ x ≤ 0.94 dû à une transition isolant-métal et la trace de la
distorsion monoclinique pour x = 0.50 résultant d'un ordre Li/lacune dans l'espace
interfeuillet 23,24.
84
Partie C : effets combinés du dopage par le Ni et le Li sur les transitions de phase...
E(V)
4.6
4.25 E(V)
4.0
4.20
3.8
Fig. C.3 : première courbe de charge galvanostatique des batteries Li//LixCo1-yNiyO2 (x0 = 1.0
; y = 0.0, 0.03, 0.06 et 0.10) à régime lent.
Un comportement différent est observé dans le cas des phases dopées au nickel. Au
début de la désintercalation du lithium, l'oxydation préférentielle des ions Ni par rapport au
Co conduit à l'apparition d'une marche de potentiel plus basse, d'autant plus importante que la
quantité de nickel est élevée. Cette différence de potentiel est due au pouvoir oxydant moins
élevé du couple rédox NiIII/NiIV comparé au couple rédox CoIII/CoIV 11,25. De plus, le plateau
de potentiel au début de la charge est moins marqué dans le cas des matériaux Lix(Co1-
yNiy)O2 (x0 = 1.0 ; y = 0.03, 0.06 et 0.10), même lorsque seulement 3% d'ions Ni sont
substitués au Co, suggérant que le domaine biphasé n'existe plus dans les matériaux dopés au
nickel. Ceci est confirmé par l'étude par DRX des matériaux LixCo0.94Ni0.03O2 (x0 = 1.0 ;
0.60 ≤ x ≤ 1.0) puisqu'on voit sur la Fig. C.4 qu'une solution solide est obtenue dans tout le
domaine de composition étudié. Enfin, on peut remarquer sur la Fig. C.3 que la trace de la
distorsion monoclinique pour x = 0.50 existe dans tous les matériaux LixCo1-yNiyO2 (x0 = 1.0 ;
y = 0.0, 0.03, 0.06 et 0.10) étudiés ici. Ce résultat est en désaccord avec celui de Reimers et al.
85
Partie C : effets combinés du dopage par le Ni et le Li sur les transitions de phase...
qui avaient montré dans une étude antérieure que 2% de Ni substitué au Co suffisait à faire
disparaître la distorsion monoclinique à température ambiante 13. Néanmoins, on peut voir sur
le zoom de la Fig. C.3 que la transition ordre/désordre tend à disparaître pour des taux de
nickel supérieurs à 10%.
x = 1.0
x = 1.0
x = 0.90
x = 0.90
*C
x = 0.80
x = 0.70
x = 0.80
x = 0.60
x = 0.60
10 20 30 40 50 60 70 80
2θ (°)
Cu
Fig. C.4 : diffractogrammes X des phases LixCo0.97Ni0.03O2 (x0 = 1.0 ; 0.60 ≤ x ≤ 1.0)
désintercalées électrochimiquement. A droite, détail de l’évolution de la raie (003).
Comme montré sur la Fig. C.5 et contrairement au cas des matériaux stœchiométriques
en Li, les premières courbes de charge galvanostatique des batteries
Li//LixCo1-yNiyO2 (x0 = 1.10 ; y = 0.0, et 0.03) à régime lent (J = 100 µ[Link]-2,
mLi(Co,Ni)O2 = 30 mg ; régime C/180) ont un profil similaire, quel que soit y. La trace de la
86
Partie C : effets combinés du dopage par le Ni et le Li sur les transitions de phase...
par DRX sur les matériaux LixCoO2 (x0 = 1.10) désintercalés électrochimiquement a confirmé
une telle observation (chapitre B.3.2.1). Un comportement identique est attendu pour le
système LixCo0.97Ni0.03O2 (x0 = 1.10), même si aucune étude systématique par DRX n'a été
entreprise.
E (V)
LixCoO2 (x0 = 1.10)
4.6
4.4
4.2
4.0
3.8
3.4
x
3.2
0.3 0.4 0.5 0.6 0.7 0.8 0.9 1.0 1.1
Des batteries Li/LiClO4 - PC/LixCo1-yNiyO2 (x0 = 1.0, 1.10 ; y = 0.0, 0.03, 0.06 et 0.10)
ont été cyclées entre 2.7 et 4.15 V à 400 µ[Link]-2 (régime C/20) comme montré sur la
Fig. C.6. Les valeurs de capacité réversible sont aussi notées sur la figure pour le premier et le
dixième cycle.
Comme rapporté précédemment dans la littérature, le comportement en cyclage des
phases LixCo1-yNiyO2 riches en Co est très satisfaisant et proche de celui de LiCoO2 10,22. Les
87
Partie C : effets combinés du dopage par le Ni et le Li sur les transitions de phase...
courbes de cyclage sur la Fig. C.6 montrent la très bonne réversibilité du processus
d'intercalation/désintercalation du lithium ; les capacités réversibles pour le premier et le
dixième cycle sont relativement élevées (Fig. C.6). On peut noter que la légère baisse du
potentiel de charge causé par le dopage par 3% de Ni conduit à l'obtention de capacité
réversible particulièrement intéressante avec le potentiel de coupure utilisé ici (4.15 V). De
plus, il convient de remarquer que la polarisation est très faible dans tous les cas et que la
capacité irréversible au premier cycle est particulièrement peu élevée comparé aux matériaux
de type LiNiO2 26.
0.4 0.5 0.6 0.7 0.8 0.9 1.0 0.4 0.5 0.6 0.7 0.8 0.9 1.0 0.4 0.5 0.6 0.7 0.8 0.9 1.0
Fig. C.6 : cyclage à C/20 des batteries Li//LixCo1-yNiyO2 (x0 = 1.0, 1.10 ; y = 0.0, 0.03, 0.06 et
0.10) entre 2.7 et 4.15 V.
Les courbes dérivées -dx/ldVl = f(V) des premier et dixième cycle des batteries
Li//Lix0Co1-yNiyO2 présentées ci-dessus ont été calculées et sont reportées Fig. C.7. On peut
88
Partie C : effets combinés du dopage par le Ni et le Li sur les transitions de phase...
reste visible même après dix cycles, confirmant la persistence de la transition ordre/désordre
pour x = 0.50 dans ces matériaux.
0 0 0
LiCo0.97Ni0.03O2 LiCo0.94Ni0.06O2
E (V) E (V) E (V)
3.4 3.6 3.8 4.0 3.4 3.6 3.8 4.0 3.4 3.6 3.8 4.0
Monoclinic
-dX/ldVl -dX/ldVl -dX/ldVl
distortion
Li1.10Co0.97Ni0.03O2 Ni oxidation
Li1.10CoO2
Ni oxidation
0
0
0
LiCo0.90Ni0.10O2
E (V) E (V) E (V)
3.4 3.6 3.8 4.0 3.4 3.6 3.8 4.0 3.4 3.6 3.8 4.0
Fig. C.7 : courbes dérivées -dx/ldVl = f(V) du premier (trait plein) et 10eme (pointillés) cycle
des batteries Li//LixCo1-yNiyO2 (x0 = 1.0, 1.10 ; y = 0.0, 0.03, 0.06 et 0.10) entre 2.7 et 4.15 V.
Des mesures par spectroscopie de RMN MAS du 7Li ont été entreprises sur les
diverses phases Lix0Co1-yNiyO2 (x0 = 1.0, 1.10 ; y = 0.0, 0.03 et 0.06). Les Fig. C.8 et C.9
montrent les spectres de RMN MAS du 7Li à 15 kHz des matériaux LiCo1-yNiyO2 (y = 0.0,
0.03 et 0.06) stoechiométriques en lithium et de la phase surstoechiométrique en Li
Li1.10Co0.97Ni0.03O2.
Comme nous l’avons montré dans les deux premiers chapitres, LiCoO2 possède un
seul signal fin et symétrique centré sur 0 ppm, en raison de la présence exclusive dans la
matériau d'ions diamagnétiques CoIII ; aucune interaction hyperfine n'est alors attendue. Pour
les phases stoechiométriques en Li dopées au Ni, trois nouveaux signaux à 110, -15 et
-30 ppm sont observés. Ces signaux ont été attribués par Marichal et al. à la présence d'ions
89
Partie C : effets combinés du dopage par le Ni et le Li sur les transitions de phase...
NiIII spin faible avec un électron célibataire dans l'orbitale eg (t2g6eg1). Comme nous l'avons vu
au chapitre A, le transfert de l'interaction hyperfine de l'électron de l'orbitale eg vers les ions
Li+ voisins peut se faire via le recouvrement des orbitales de l'oxygène avec une géométrie
soit à 90° (premier voisin), soit à 180° (second voisin). Le signal à 110 ppm correspond à des
ions Li+ avec un premier voisin NiIII, les signaux à -15 et -30 ppm correspondant,
respectivement, à des ions Li+ avec un et deux ions NiIII en second voisin. Comme attendu, la
magnitude des signaux de RMN relatifs aux ions NiIII est d'autant plus importante que le
pourcentage d'ions Ni dans la structure est élevé.
* Li1.10Co0.97Ni0.03O2
*
*
LiCo0.94Ni0.06O2
*
*
*
LiCo0.97Ni0.03O2
* *
*
LiCoO2
Fig. C.8 : spectres de RMN MAS du 7Li à 15 kHz des phases Lix0Co1-yNiyO2 (x0 = 1.0, 1.10 ;
y = 0.0, 0.03 et 0.06), (* = bandes de rotation).
90
Partie C : effets combinés du dopage par le Ni et le Li sur les transitions de phase...
Additional shoulders
5 and - 7 ppm Absolute intensities, 15 kHz
III
LS Ni
nd
2 neighbor
- 15 and - 30 ppm
Li1.10Co0.97Ni0.03O2
LiCo0.94Ni0.06O2
LiCo0.97Ni0.03O2
LiCoO2
Fig. C.9 : détail de la raie centrale des spectres de RMN MAS du 7Li à 15 kHz des phases
Lix0Co1-yNiyO2 (x0 = 1.0, 1.10 ; y = 0.0, 0.03 et 0.06).
91
Partie C : effets combinés du dopage par le Ni et le Li sur les transitions de phase...
De plus, la Fig. C.9 montre que le signal central de la phase Li1.10Co0.97Ni0.03O2 est
relativement différent de ceux des matériaux stœchiométriques en lithium puisqu'on peut
observer pour cette composition deux épaulements caractéristiques à 5 et -7 ppm. Ces signaux
sont identiques à ceux observés dans le cas des phases Li1.10CoO2 où ils résultaient de la
présence d'un défaut structural associé à une sous stœchiométrie en oxygène dans le
matériau (cf. chapitre B). Dans Li1.10CoO2, ce défaut structural, induit par un excès de lithium
lors de la synthèse, génère des ions Co3+ spin intermédiaire (Co3+is) qui se traduisent sur les
spectres de RMN du 7Li par trois signaux caractéristiques d’effets de type 1er/2ème voisins à
190 ppm (un ion Co3+is premier voisin) et -18 et -40 ppm (respectivement un et deux ions
Co3+is seconds voisins). Les deux épaulements sur le signal central à 0 ppm (5 et -7 ppm)
proviennent quant à eux vraisemblablement d'ions Li+ possédant un environnement oxygéné
perturbé, donnant lieu à différents mécanismes de transfert d’interaction hyperfine pour l’ion
Li+ à proximité du défaut d’oxygène (cf. chapitre B.4). Ces épaulements sont aussi clairement
visibles sur le spectre de la phase Li1.10Co0.97Ni0.03O2. Néanmoins, comme les signaux
associés au Co3+is à -18 ppm et -40 ppm peuvent se superposer aux signaux liés au NiIII à -15
et -30 ppm et parce que la première bande de rotation masque la présence éventuelle d'un
signal à 190 ppm, on ne peut pas observer clairement ces signaux sur les spectres de RMN du
7
Li à 15 kHz.
En ce qui concerne les effets de type premier voisin des ions Co3+is dans la phase
Li1.10Co0.97Ni0.03O2, on remarque que la première bande de rotation à +/- 190 ppm est
superposée à un autre signal dans le cas des matériaux surstoechiométriques en
lithium (Fig. C.8). C'est pourquoi, dans le but de mieux observer le domaine de déplacement
isotrope 150/250 ppm, nous avons enregistré des spectres de RMN MAS en utilisant une
vitesse de rotation de 10 kHz, ce qui permet de déplacer les bandes de rotation sans modifier
la position des signaux isotropes. Les spectres de RMN du 7Li, superposés sur la Fig. C.10 et
comparés à celui de la phase Li1.10CoO2, montrent le signal à 190 ppm associé aux ions Co3+is
pour la phase Li1.10Co0.97Ni0.03O2. Le détail du signal central des divers matériaux
étudiés (Fig. C.11) confirme la présence simultanée d'ions NiIII et Co3+is dans la phase
surstoechiométrique en lithium Li1.10Co0.97Ni0.03O2, la contribution relative à chaque ion
s'additionnant dans le domaine -40/10 ppm et menant à une perte de définition du signal
central.
92
Partie C : effets combinés du dopage par le Ni et le Li sur les transitions de phase...
Absolute intensities,
Hahn echo, 10 kHz
3+
3+
Co is
Co nd
st
is 2 neighbor
1 neighbor -18 and -40 ppm
190 ppm
*
*
Li1.10CoO2
*
* * *
*
*
Li1.10Co0.97Ni0.03O2
* * *
* LiCo0.97Ni0.03O2
* * *
LiCoO2
* *
Fig. C.10 : spectres de RMN MAS du 7Li à 10 kHz des phases Lix0Co1-yNiyO2 (x0 = 1.0,
1.10 ; y = 0.0 et 0.03), (* = bandes de rotation).
93
Partie C : effets combinés du dopage par le Ni et le Li sur les transitions de phase...
Absolute intensities,
Hahn echo, 10 kHz
shoulders associated to oxygen
3+
deficiency and Co is
5 and - 7 ppm
3+ nd
Co is 2 neighbor
- 18 and - 40 ppm
Li1.10CoO2
Li1.10Co0.97Ni0.03O2
LiCo0.97Ni0.03O2
LiCoO2
Fig. C.11 : détail de la raie centrale des spectres de RMN MAS du 7Li à 10 kHz des phases
Lix0Co1-yNiyO2 (x0 = 1.0, 1.10 ; y = 0.0 et 0.03).
94
Partie C : effets combinés du dopage par le Ni et le Li sur les transitions de phase...
le spectromètre Bruker Avance 500 à 15 kHz. Les Fig. C.12 et C.13 permettent de constater
qu’aucun signal supplémentaire n’est décelable sur les spectres de RMN du 7Li enregistrés sur
le spectromètre Bruker Avance 500 par rapport aux spectres enregistrés sur le spectromètre
Bruker MSL 200 ce qui confirme le fait que de nombreuses interactions hyperfines coexistent
dans les phases Lix0Co1-yNiyO2 (x0 > 1.0) en plus de l’interaction de type 1er/2ème voisins
classiquement observée.
relative intensities
Hahn echo, 15 kHz
-15 ppm
-30 ppm
*
110 ppm *
*
*
* *
Fig. C.12 : spectres de RMN MAS du 7Li à 15 kHz de la phase LiCo0.97Ni0.03O2 enregistrés
sur le spectromètre Bruker MSL 200 (pointillés) et Bruker Avance 500 (traits pleins),
(* = bandes de rotation).
95
Partie C : effets combinés du dopage par le Ni et le Li sur les transitions de phase...
relative intensities
Hahn echo, 15 kHz
-15 ppm
-30 ppm
Fig. C.13 : détail des spectres de RMN MAS du 7Li à 15 kHz de la phase LiCo0.97Ni0.03O2
enregistrés sur le spectromètre Bruker MSL 200 (pointillés) et Bruker Avance 500 (traits
pleins).
96
Partie C : effets combinés du dopage par le Ni et le Li sur les transitions de phase...
Les résultats déduits des charges galvanostatiques à régime lent et de la diffraction des
rayons X sur les phases désintercalées permettent de tirer des conclusions tout à fait nouvelles
quant à l’influence de la substitution du Ni au Co et de la non stœchiométrie en Li dans
LiCoO2. Cette étude permet de séparer de façon très claire les effets relatifs du dopage par le
Ni et de la surstoechiométrie en Li, ce qui ne fut pas pris en compte par Reimers et al. Nous
montrons en effet dans cette étude que la substitution de 2% de Ni au cobalt dans LiCoO2
n’entraîne pas la disparition de la transition monoclinique, contrairement à leurs résultats 13.
Avant de conclure, il convient de prendre en compte les forces motrices des
séparations de phase qui s'opèrent lors de la désintercalation du lithium dans le système
LixCoO2 (x0 = 1.0). D'un coté, il est maintenant couramment admis dans la littérature que le
domaine biphasé pour 0.75 ≤ x ≤ 0.94 résulte d'un changement brutal des propriétés
électroniques du système LixCoO2 puisqu'il subit une transition isolant-métal à l'échelle
macroscopique 24,27,28. D'un autre coté, on peut penser raisonnablement que la distorsion
monoclinique pour x = 0.50 est d’origine structurale puisqu’elle semble résulter d’un ordre
Li/lacune dans l’espace interfeuillet même si aucune preuve expérimentale n'a encore été
rapportée 23. Dans le système Lix0CoO2 (x0 > 1.0), la présence de défauts structuraux (lacune
d'oxygène associée à la présence d'ions cobalt trivalents dans un état de spin intermédiaire)
induit de nombreuses perturbations dans le feuillet qui empêchent l'établissement d'un ordre
Li/lacune dans l'espace interfeuillet. Du point de vue des propriétés électroniques, même si
une transition isolant-métal est observée au cours de la désintercalation du lithium, cette
transition n'est pas associée à une démixtion, les défauts étant piégés dans la matrice et ne
pouvant pas migrer à température ambiante.
Dans le cas des matériaux dopés au Ni et synthétisés sans excès de lithium, les
résultats expérimentaux montrent que :
97
Partie C : effets combinés du dopage par le Ni et le Li sur les transitions de phase...
− Du point de vue des propriétés électroniques, les ions Ni sont piégés dans la matrice et sont
un obstacle à la délocalisation électronique. En conséquence, la séparation de phase
attendue au début de la charge et associée à la transition isolant-métal ne peut avoir lieu.
Une solution solide est alors observée lors de la désintercalation du lithium. Ce
comportement lié à la présence des ions Ni dans la structure est similaire à celui résultant
de la présence de défauts structuraux associés à une surstoechiométrie en lithium dans les
phase Lix0CoO2 (x0 > 1.0).
98
Partie C : effets combinés du dopage par le Ni et le Li sur les transitions de phase...
1 H. Abe, K. Zaghib, K. Tatsumi and S. Higuchi, J. Power Sources, 1995, 54, 236.
2 C. D. W. Jones, E. Rossen and J. R. Dahn, Solid State Ionics, 1994, 68, 65.
3 R. Alcantara, P. Lavela, P. L. Relano, J. L. Tirado, E. Zhecheva and R. Stoyanova,
Inorg. Chem., 1998, 37, 264.
4 Y. I. Jang, B. Huang, H. Wang, G. R. Maslkaly, G. Ceder, D. R. Sadoway, Y. M.
Chiang, H. Liu and H. Tamura, J. Power Sources, 1999, 81-82, 589.
5 H. Tukamoto and A. R. West, J. Electrochem. Soc., 1997, 144, 3164.
6 E. Antolini, L. Giorgi and M. Carewska, J. Mater. Sc. Let., 1999, 18, 325.
7 H. Kobayachi, H. Shigemura, M. Tabuchi, H. Sakaebe, K. Ado, H. Kageyama, A.
Hirano, R. Kanno, M. Wakita, S. Morimoto and S. Nasu, J. Electrochem. Soc., 2000,
147, 960.
8 R. Stoyanova, E. Zhecheva and L. Zarkova, Solid State Ionics, 1994, 73, 233.
9 S. Waki, K. Dokko, T. Itoh, M. Nishizawa, T. Abe and I. Uchida, J. Solid State
Electrochem., 2000, 4, 205.
10 C. Delmas, I. Saadoune and A. Rougier, J. Power Sources, 1993, 43-44, 595.
11 I. Saadoune and C. Delmas, J. Mater. Chem., 1996, 6, 193.
12 A. Ueda and T. Ohzuku, J. Electrochem. Soc., 1994, 141, 2010.
13 J. N. Reimers, J. R. Dahn and U. Von Sacken, J. Electrochem. Soc., 1993, 140, 2752.
14 J. Rodriguez-Carvajal, Laboratoire L. Brillouin (CEA-CNRS), [Link]
[Link]/fullweb/[Link], 1990.
15 A. Rougier, I. Saadoune, P. Gravereau, P. Willmann and C. Delmas, Solid State Ionics,
1996, 90, 83.
16 A. Lundblad and B. Bergman, Solid State Ionics, 1997, 96, 183.
17 L. B. Mccusker, R. B. Von Dreele, D. E. Cox, D. Louer and P. Scardi, J. Appl. Cryst.,
1999, 32, 36.
18 H. J. Orman and P. J. Wiseman, Acta Cryst., 1984, C, 12.
19 S. Levasseur, M. Menetrier, E. Suard and C. Delmas, Solid State Ionics, 2000, 128, 11.
20 N. Imanishi, M. Fujii, A. Hirano, Y. Takeda, M. Inaba and Z. Ogumi, Solid State
Ionics, 2001, 140, 45.
21 R. D. Shannon and C. T. Prewitt, Acta Cryst., 1969, B25, 925.
99
Partie C : effets combinés du dopage par le Ni et le Li sur les transitions de phase...
100
Partie D : effets combinés du dopage par le magnésium et le lithium dans LixCoO2...
101
Partie D : effets combinés du dopage par le magnésium et le lithium dans LixCoO2...
Comme nous l’avons vu au chapitre précédent, de nombreux travaux ont été menés
afin d’améliorer la cyclabilité de LiCoO2 par le biais de la substitution. Afin d’améliorer des
points particuliers tels que la conservation de la structure en cyclage ou la sécurité à l’état
chargé, de nombreux éléments ont été substitués au Co : Ni 1-3, Mn 4,5, Cr 6, Al 7,8 ou Fe 9.
En 1997, Tukamoto et al. et Carewska et al. ont montré que la substitution du Mg au Co
permetttrait d’améliorer les propriétés de cyclage de LiCoO2 en augmentant de manière
remarquable la conductivité électrique des matériaux de départ 10,11. Ces auteurs ont rapporté
l’existence d’un domaine de solution solide LiCo1-yMgyO2 pour un faible taux de magnésium,
0.0 ≤ y ≤ 0.08, et ont fait l’hypothèse, au regard des résultats de conductivité électrique, que le
magnésium se substitue au cobalt dans le rapport 1:1 (2CoIII = Mg2+ + CoIV), conduisant à la
création de trous d’électrons dans la bande t2g. Par ailleurs, en utilisant la RMN MAS du 7Li,
nous avons montré au chapitre B que la synthèse de LiCoO2 avec un rapport nominal
Li/Co > 1.0 mène à la présence de signaux de RMN relatifs à des ions paramagnétiques Co3+
spin intermédiaire (notés Co3+is) associés à un excès de lithium et à un déficit en oxygène dans
la structure du matériau final. Dans le système parent Li(Ni,Mg)O2, Pouillerie et al. ont
montré que la substitution du Mg au Ni améliore considérablement les propriétés en cyclage
en raison de la migration du Mg2+ du feuillet NiO2 vers l’espace interfeuillet après le premier
cycle à haut potentiel, stabilisant ainsi la structure lamellaire de LiNiO2 12. Très récemment,
Julien et al. ont préparé un matériau LiCo0.50Mg0.50O2 possédant une structure lamellaire en
utilisant une méthode de synthèse par sol-gel 13.
D’un point de vue appliqué et dans le but de mieux comprendre l’influence de la
présence d’ions paramagnétiques dans LiCoO2, nous avons mené une étude sur les effets
combinés de la substitution du Mg et sur la surstoechiométrie en lithium. Nous avons donc
synthétisé des matériaux Lix0Co1-yMgyO2 (0.98 ≤ x0 ≤ 1.10 ; 0 ≤ y ≤ 0.1) et les avons
caractérisés par diffraction des rayons X, dosages chimiques, MEB, mesures électriques,
RMN MAS du 7Li et tests galvanostatiques. Nous avons ensuite effectué des caractérisations
par DRX, RMN MAS du 7Li et mesures électriques sur des phases désintercalées afin
d’étudier plus en détail les évolutions structurales et électroniques intervenant au cours du
cyclage.
102
Partie D : effets combinés du dopage par le magnésium et le lithium dans LixCoO2...
synthétisés par chimie du solide classique à partir de Li2CO3, Co3O4 et d’oxalate de Mg (taux
d’hydratation de 2.09 moles d’eau par mole d’oxalate déterminé par analyse
thermogravimétrique). Un mélange en proportion voulue des précurseurs est réalisé puis
calciné à 600° C sous oxygène pendant 12 h. Le produit broyé est ensuite recuit 24 h à 900° C
sous O2.
Nous ferons aussi référence à un matériau de formule LiCo0.95Mg0.05O2 synthétisé par
voie hydroxyde à partir d’un hydroxyde Hx(Co1-yMgy)O2. L’hydroxyde est obtenu par
précipitation d’une solution aqueuse de nitrate de Co et de Mg (1M) (rapport molaire
Co/Mg = 1-y/y) dans une solution aqueuse de NaOH (2M). Après agitation magnétique 1/2 h
à température ambiante, le précipité est récupéré par centrifugation et lavé à l’eau jusqu’à
obtention d’un pH autour de 7-8 puis mis à l’étuve 24 h à 60° C. Le produit sec ainsi obtenu
est mélangé en boite sèche avec du LiOH sec (rapport molaire Li/(Mg+Co) = 1) puis calciné,
après broyage, à 600° C sous oxygène pendant 12 h. Le produit broyé est ensuite recuit 24 h à
900° C sous O2. Afin de vérifier la stabilité thermique des matériaux dopés au Mg, les phases
Lix0Co0.94Mg0.06O2 (x0 = 1.0, 1.10) ont été recuites à 900° C pendant 120 h (5 jours) sous
oxygène (nommés par la suite « Lix0Co0.94Mg0.06O2 » (recuit long)). Dans tous les cas, les
103
Partie D : effets combinés du dopage par le magnésium et le lithium dans LixCoO2...
Les tests électrochimiques ont été menés en utilisant des chaînes galvanostatiques
Li/LiClO4 - PC (carbonate de propylène)/LixCo1-yMgyO2. Pour les charges galvanostatiques
classiques, les électrodes étaient constituées d’un mélange de 88% de matière active, de 10%
de noir de carbone et de 2% de Teflon. La première série d’accumulateurs, assemblée dans
une boite à gants sous atmosphère d’argon, a été chargée à 100µ[Link]-2 (mact. = 30mg ; régime
C/160, un électron est échangé en 160 h). Les matériaux LixCo0.95Mg0.05O2 (x0 = 1.0)
désintercalés électrochimiquement pour l’étude par DRX ont été récupérés en boite à gants,
lavés au DMC (dimethylcarbonate) et séchés sous vide. La seconde série, utilisée pour le
cyclage de longue durée a été cyclée à 400 µ[Link]-2 (mLi(CoMg)O2 = 15 mg, régime C/20, un
Pour tous les matériaux, une séquence d’écho de Hahn [tπ/2 - τ1- tπ - τ2] a été utilisée afin de
faciliter le phasage des bandes de rotation et dans le but d’observer d’éventuels signaux très
larges. La durée d’une impulsion à 90° (tπ/2) est de 3.5 µs, la délai entre les impulsions (τ1) est
égal à une période du rotor, la vitesse de rotation étant de 10 ou 15 kHz. La largeur spectrale
est de 200 kHz. L’intervalle de temps entre deux acquisitions (600 à 2000 acquisitions par
spectre) a été fixé à 1 s afin d’éviter la possible saturation des signaux ne présentant pas
d’interactions hyperfines. Les déplacements isotropes exprimés en ppm sont relatifs à une
solution aqueuse LiCl 1M (référence externe).
Les mesures de conductivité ont été obtenues en utilisant la méthode des quatre pointes
en ligne dans le domaine de température 100-300 K. Les mesures de pouvoir
thermoélectriques ont été entreprises sur un appareil conçu au laboratoire 15.
104
Partie D : effets combinés du dopage par le magnésium et le lithium dans LixCoO2...
Le but de cette étude étant de montrer les effets combinés du dopage par le Mg et de la
surstoechiométrie en Li, tous les résultats pour une composition Lix0Co1-yMgyO2 donnée
Tous les matériaux Lix0Co1-yMgyO2 cristallisent dans le système trigonal (G.E. R-3m)
avec une structure lamellaire isotype de celle de LiCoO2 non substitué. Tous les
diffractogrammes X étant similaires, seuls quelques uns sont montrés sur la Fig. D.1. En bon
accord avec les résultats de Tukamoto et al. 10, des matériaux monophasés sont obtenus pour
y = 0.03 et 0.06, si le rapport nominal Li/(Co+Mg), x0 est supérieur ou égal à 1.0. En
revanche, le matériau « LiCo0.90Mg0.10O2 » est un mélange d’une phase
LiCo1-yMgyO2 (y < 0.1) et de MgO résiduel. De plus, nous voyons, comme dans le cas des
matériaux non substitués (cf. chapitre B.), qu’il n’est pas possible de synthétiser par chimie du
solide, dans nos conditions, des phases sous-stoechiométriques en lithium puisque le matériau
de composition nominale « Li0.98Co0.94Mg0.06O2 » est en fait un mélange d’une phase de type
LiCo1-yMgyO2 (y < 0.06) et de MgO. Enfin, le diffractogramme X de la phase
LiCo0.94Mg0.06O2 ayant subi un recuit de 5 jours à 900° C montre la présence d’une quantité
importante de MgO. Aucune trace de Li2CO3 ou de Co3O4 n’est détectée dans les échantillons.
De plus, dans tous les cas, des raies de diffraction fines attestent de la bonne cristallinité des
matériaux.
Considérant la taille importante de l’ion Mg2+ (en site octaédrique : rMg2+ = 0.72 Å,
rCoIII = 0.545 Å, rLi+ = 0.76 Å 16), plusieurs hypothèses quant à localisation du magnésium
dans la structure peuvent être envisagées :
− substitution du Mg au Co menant à la formule cristallographique :
[LiI](3a)[CoIII1-2yCoIVyMgIIy](3b)[O2](6c)
− substitution du Mg au Li menant à la formule cristallographique :
[LiI1-y’MgIIy’](3a)[CoIII1-y’CoIIy’](3b)[O2](6c)
105
Partie D : effets combinés du dopage par le magnésium et le lithium dans LixCoO2...
* MgO
* *
LiCo0.94Mg 0.06O 2
10 20 30 40 50 60 70 80
2θ Cu(°)
Les résultats des analyses chimiques par spectroscopie d’absorption ICP entreprises
sur les phases dopées au Mg sont rassemblés dans le Tableau D-I. En raison de la difficulté à
dissoudre les matériaux dans l’acide bouillant, aucun dosage du degré d’oxydation moyen du
cobalt n’a été effectué. Si, en raison des problèmes de dissolution des poudres, les
106
Partie D : effets combinés du dopage par le magnésium et le lithium dans LixCoO2...
pourcentages en valeur absolue des divers éléments sont relativement éloignés des valeurs
théoriques, les rapports sont quant à eux valables. Les formules déduites de ces résultats de
dosage laissent penser que, dans tous les cas, le magnésium se substitue au cobalt dans la
structure.
Formule nominale %mass. réel / %mass. idéal Formule supposée
(erreur +/- 0.01)
%Co %Li %Mg
LiCo0.97Mg0.03O2 54.91 / 57.81 6.83 / 7.16 0.66 / 0.75 Li1.01Co0.96Mg0.03O2
LiCo0.95Mg0.05O2 56.66 / 58.23 6.87 / 7.21 1.09 / 1.26 Li0.99Co0.96Mg0.05O2
LiCo0.94Mg0.06O2 53.62 / 57.82 6.79 / 7.24 1.35 / 1.52 Li1.00Co94Mg0.06O2
Tableau D-I : résultat des dosages chimiques par AES-ICP des matériaux Lix0Co1-yMgyO2.
L’étude menée par microscopie électronique à balayage sur les phases dopées au
magnésium permet de mettre en évidence un comportement similaire à celui observé dans le
cas des matériaux non substitués. En effet, les phases stoechiométriques en lithium
LiCo0.97Mg0.03O2 (Fig. D.2a) et LiCo0.94Mg0.06O2 (Fig. D.2b) présentent des particules de taille
comparable (environ 1 µm) à ceux de la phase LiCoO2 stoechiométrique (Fig. B.2). De la
même manière que pour la phase Li1.10CoO2 (Fig. B.2), la phase
Li1.10Co0.94Mg0.06O2 (Fig. D.2c) possède des particules d’environ 15 µm en raison du flux crée
par le carbonate de lithium à haute température 17,18.
Ces différences notables dans la taille des particule des matériaux stoechiométriques et
surstoechiométriques en lithium (respectivement sans et avec excès de lithium) confortent
l’hypothèse de la substitution préférentielle du magnésium au cobalt. En effet, si le
magnésium avait occupé le site du lithium, conduisant à la formule
[LiI1-y’MgIIy’](3a)[CoIII1-y’CoIIy’](3b)[O2](6c), le bilan de matière résultant de la stoechiométrie de
départ aurait été (dans les cas d’un matériau substitué avec 5% de Mg par exemple) :
1/2 Li2CO3 + 0.95/3 Co3O4 + 0.05 MgO = 0.95 (Li0.95Mg0.05)CoO2 + 0.10 Li2CO3
L’excès de lithium ainsi introduit aurait contribué à favoriser la coalescence importante des
particules, phénomène observé seulement lorsqu’un excès de lithium est apporté délibérément
au départ.
107
Partie D : effets combinés du dopage par le magnésium et le lithium dans LixCoO2...
Fig. D.2 : clichés de microscopie électronique à balayage des matériaux LiCo0.97Mg0.03O2 (a),
LiCo0.94Mg0.06O2 (b), Li1.10Co0.97Mg0.03O2 (c) et « LiCo0.90Mg0.10O2 » (d), x2000.
Nous avons affiné les diffractogrammes des divers matériaux Lix0Co1-yMgyO2 par la
108
Partie D : effets combinés du dopage par le magnésium et le lithium dans LixCoO2...
réalisée à partir des diagrammes de diffraction des rayons X enregistrés selon les conditions
suivantes : 10-120° 2θ, par pas de 0.02°, avec un temps de comptage entre 30 et 40 s par pas.
Seuls les résultats obtenus dans le cas de la phase LiCo0.94Mg0.06O2 sont présentés ici, tous les
diffractogrammes affinés étant identiques et similaires à ceux rapportés dans la
littérature 10,11,13 (Fig. D.3). Comme la morphologie des particules peut influencer
considérablement les rapports d’intensité sur les diagrammes de diffraction, tous les
échantillons ont été préparés de manière à minimiser une éventuelle orientation
préférentielle 19.
60 65 70 75 80 85 90
2θ Cu (°)
10 20 30 40 50 60 70 80 90
2θ Cu (°)
109
Partie D : effets combinés du dopage par le magnésium et le lithium dans LixCoO2...
d’une fraction d’ions Mg ou Co sur le site 3b du lithium est rejetée, l’affinement conduisant
invariablement à des taux d’occupation négatifs ou nuls. Enfin, en raison de l’impossibilité de
quantifier l’absorption du cobalt en géométrie Bragg-Brentano, aucune conclusion ne peut être
avancée quant à la présence éventuelle de lithium sur le site du Co/Mg.
x y z
The standard deviations were multiplied by the Scor parameter (Scorr = 2) to correct for local correlations.
Une comparaison des données structurales déduites des affinements Rietveld pour les
divers matériaux Lix0Co1-yMgyO2 est donnée dans le Tableau D-III ; l’évolution des
au cobalt (rCoIII = 0.545 Å ; rMg2+ = 0.72 Å 16). Le rapport c/a reste cependant constant et
identique à celui des matériaux non substitués, indiquant la conservation du caractère
110
Partie D : effets combinés du dopage par le magnésium et le lithium dans LixCoO2...
lamellaire des matériaux substitués, en bon accord avec la valeur constante et élevée de la cote
de l’oxygène (zox) dans tous les matériaux (zox. = 0.25 pour une maille cubique).
Tableau D-III : paramètres de maille hexagonaux déduits des affinements Rietveld des
diffractogrammes X des divers matériaux Lix0Co1-yMgyO2.
On peut voir sur la Fig. D.4 que le matériau « LiCo0.90Mg0.10O2 », qui contient des
traces de MgO, possède des paramètres de maille correspondant à une teneur en Mg inférieure
à 10% et proche de 7-8%, en accord avec les résultats obtenus par Tukamoto et al. qui avaient
fixé la limite de solution solide Lix0Co1-yMgyO2 à y = 0.08 10. Le diffractogramme du matériau
111
Partie D : effets combinés du dopage par le magnésium et le lithium dans LixCoO2...
2.824
ahex.
2.822
2.820 "Li0.98Co0.94Mg0.06O2"
2.818
2.816
14.09
chex.
14.08
"Li0.98Co0.94Mg0.06O2"
14.07
14.06
14.05
"LiCo0.94Mg0.06O2" (900°C annealed, 5 days)
14.04
0.00 0.02 0.04 0.06 0.08 0.10 yMg
Fig. D.4 : évolution des paramètres de maille affinés ahex. et chex. des divers matériaux
Lix0Co1-yMgyO2 en fonction du taux nominal de Mg.
112
Partie D : effets combinés du dopage par le magnésium et le lithium dans LixCoO2...
Il convient de noter que l’ensemble de ces résultats, comparés à ceux obtenus par
analyses chimique et microscopie à balayage permettent de conclure en affirmant que le
magnésium se substitue au cobalt dans la structure.
MAS du 7Li
113
Partie D : effets combinés du dopage par le magnésium et le lithium dans LixCoO2...
absolute intensities
Hahn echo, 15 kHz
55 ppm -30 ppm
*
325 ppm *
"LiCo0.90Mg0.10O2"
* * *
*
*
LiCo0.94Mg0.06O2
* * *
*
*
"Li0.98Co0.94Mg0.06O2"
* * *
LiCo0.97Mg0.03O2
*
*
*
*
LiCoO2
Fig. D.5 : spectres de RMN MAS du 7Li à 15 kHz des matériaux Lix0Co1-yMgyO2 (x0 ≤ 1.0),
* = bandes de rotation.
114
Partie D : effets combinés du dopage par le magnésium et le lithium dans LixCoO2...
absolute intensity
Hahn echo, 15 kHz
LiCoO2
LiCo0.97Mg0.03O2
"Li0.98Co0.94Mg0.06O2"
LiCo0.94Mg0.06O2
"LiCo0.90Mg0.10O2"
Fig. D.6 : détail de la raie centrale des spectres de RMN MAS du 7Li à 15 kHz des matériaux
Lix0Co1-yMgyO2 (x0 ≤ 1.0).
115
Partie D : effets combinés du dopage par le magnésium et le lithium dans LixCoO2...
En plus du signal à 55 ppm, on observe sur la Fig. D.5 la présence d’un signal net et de
faible intensité à -30 ppm au pied de la raie centrale et d’un signal diffus autour de 325 ppm
dans les matériaux dopés au Mg, d’autant plus important que le taux de magnésium dans la
structure est élevé. Nous discuterons l’origine de ces deux signaux dans le paragraphe
suivant (D.3.2.2)
Matériau recuit :
Les spectres de RMN MAS du 7Li du matériau LiCo0.94Mg0.06O2 avant et après recuit à
900°C pendant 5 jours sous oxygène sont présentés sur la Fig. D.7.
Après recuit, on observe la disparition quasi-totale des signaux relatifs à la présence
d’ions magnésium dans la structure du matériau (c.à.d. 325, 55 et -30 ppm). Comme lors du
recuit long de la phase non dopée au magnésium Li1.10CoO2, le spectre de RMN du 7Li du
matériau recuit est très proche de celui obtenu dans le cas de LiCoO2 stoechiométrique. Ces
observations valident totalement les résultats obtenus par DRX et confirment la tendance à la
démixtion qui existe dans ces matériaux lamellaires LiCo1-yMgyO2.
116
Partie D : effets combinés du dopage par le magnésium et le lithium dans LixCoO2...
Hahn echo
Absolute intensities
-30 ppm
55 ppm
325 ppm
* *
* *
Fig. D.7 : spectres de RMN MAS du 7Li à 15 kHz du matériau LiCo0.94Mg0.06O2 avant (traits
pleins) et après (pointillés) recuit à 900°C (* = bandes de rotation).
117
Partie D : effets combinés du dopage par le magnésium et le lithium dans LixCoO2...
Hahn echo
Absolute intensities
-30 ppm
55 ppm
325 ppm
* Li1.10Co0.94Mg0.06O2
* * *
*
Li1.10Co0.97Mg0.03O2
* * *
*
LiCo0.94Mg0.06O2
* * *
*
LiCo0.97Mg0.03O2
* * *
Fig. D.8 : spectres de RMN MAS du 7Li à 15 kHz des phases Lix0Co1-yMgyO2 (y = 0.03 et
0.06), * = bandes de rotation.
On voit très distinctement sur les spectres de RMN des phases surstoechiométriques en
lithium les signaux à 325 et -30 ppm déjà observés sur les spectres des phases
118
Partie D : effets combinés du dopage par le magnésium et le lithium dans LixCoO2...
dans ce système, comme nous l’avons vu précédemment, trois signaux à 190, -18 et -40 ppm
sont observables, associés à deux épaulements sur le signal central à 5 et -7 ppm, dont
l’origine a été attribuée à des ions Li+ à proximité d’ions paramagnétiques Co3+ spin
intermédiaire associés à l’existence d’une lacune d’oxygène dans la structure. Le signal à
190 ppm résulterait de la présence d’ions Co3+is premiers voisins (interaction à 90° via
l’oxygène), ceux à -18 et -40 ppm, d’ions Co3+is seconds voisins (interaction à 180° via
l’oxygène). En raison du grand nombre de configurations géométriques qui existent autour du
défaut, les épaulements à 5 et -7 ppm sont attribués à des ions Li+ à proximité de la lacune
d’oxygène, qui génère différents mécanismes de transfert d’interaction hyperfine (cf.
chapitre B.).
La grande similitude qui existe entre les spectres de RMN du 7Li des phases
Lix0CoO2 (x0 > 1.0) et Lix0Co1-yMgyO2 nous amène à penser qu’un défaut structural
conduisant à la fois à la présence d’ions Co3+is associé à une lacune d’oxygène existe aussi
dans les phases dopées au Mg ; nous attribuons le signal à 325 ppm à la présence d’ions Li+
premiers voisins d’ions Co3+is (interaction à 90°), le signal à -30 ppm provenant des ions
lithium ayant des ions Co3+is seconds voisins (interaction à 180°). Les épaulements à 8 et
-9 ppm résultent quant à eux d’ions Li+ à proximité du défaut d’oxygène. Il convient de
remarquer que ces épaulements sur le signal central existent aussi sur les spectres de RMN du
7
Li des phases LiCo1-yMgyO2 stoechiométriques en lithium mais leur intensité est bien plus
faible que dans les cas des phases Lix0Co1-yMgyO2 (x0 > 1.0). Les écarts observés dans les
valeurs de déplacement isotrope entre les phases Lix0CoO2 (x0 > 1.0) et Lix0Co1-yMgyO2
proviennent vraisemblablement du fait que les distances interatomiques sont différentes dans
les deux systèmes. En effet, même si les paramètres de maille augmentent avec l’introduction
du magnésium dans la structure, la taille moyenne des octaèdres (Co,Mg)O6 est régie par la
taille de l’ion CoIII spin faible, largement majoritaire dans la structure. La substitution du
magnésium au cobalt entraîne donc localement la création d’octaèdres MgO6 de taille plus
importante, les octaèdres CoO6 adjacents étant déformés. En conséquence, la force des
119
Partie D : effets combinés du dopage par le magnésium et le lithium dans LixCoO2...
Hahn echo
Absolute intensities
- 9 ppm
8 ppm - 30 ppm
Li1.10Co0.94Mg0.06O2
Li1.10Co0.97Mg0.03O2
LiCo0.94Mg0.06O2
LiCo0.97Mg0.03O2
Fig. D.9 : détail de la raie centrale des spectres de RMN MAS du 7Li à 15 kHz des phases
Lix0Co1-yMgyO2 (y = 0.03 et 0.06).
120
Partie D : effets combinés du dopage par le magnésium et le lithium dans LixCoO2...
-1
logσ ([Link] )
-0.5
-1.0
Li0.96CoO2 (x0 = 1.0)
-1.5
-2.0
-2.5
-3.0
-3.5
Li1.0Co0.94Mg0.06O2
-4.0
-4.5
Li1.0Co0.97Mg0.03O2
-5.0
-5.5
Li0.98CoO2 (x0 = 1.0)
-6.0
Li1.0CoO2
-6.5
4 8 12 16 20
-1
1000/T (K )
Comme cela a été mis en évidence par les études antérieures, la conductivité augmente
très fortement avec le taux de magnésium 10,11. Néanmoins, dans tous les cas, un
comportement de type semi-conducteur est observé, la conductivité DC restant thermiquement
activée quel que soit le taux de Mg. On note cependant que l’énergie d’activation décroît avec
l’augmentation du taux de magnésium dans la structure (Tableau D-IV). Ceci résulte de la
création, lors de la substitution du Mg, de trous électroniques dans la bande t2g du cobalt. Un
phénomène similaire a été observé lors des mesures de conductivité électronique des phases
désintercalées issues de LiCoO2 22. Néanmoins, le caractère semi-conducteur global des
phases dopées au Mg reste très marqué puisque les énergies d’activation correspondantes sont
121
Partie D : effets combinés du dopage par le magnésium et le lithium dans LixCoO2...
∆Ea (eV)
(190K - 290K range) 0.16 0.05 0.02 0.11 0.07
250 Li1.0Co0.97Mg0.03O2
Li1.0Co0.94Mg0.06O2
200
150
100 Li0.98CoO2
50
T (K)
0 50 100 150 200 250 300
Fig. D.11 : variation thermique du coefficient Seebeck des phases LiCo1-yMgyO2 (y = 0.0,
0.03 et 0.06).
122
Partie D : effets combinés du dopage par le magnésium et le lithium dans LixCoO2...
La valeur importante du pouvoir thermoélectrique pour tous les matériaux est typique
d’un caractère semi-conducteur, ce qui est en bon accord avec les résultats des mesures de
conductivité électronique. On voit de plus que la valeur du coefficient Seebeck diminue avec
l’augmentation du taux de magnésium dans les matériaux de départ. Ceci est dû au fait que la
concentration en porteurs de charges augmente avec le taux de magnésium.
123
Partie D : effets combinés du dopage par le magnésium et le lithium dans LixCoO2...
situées autour des ions Mg2+ comme dans les phases LiCo1-yMgyO2, et séparées par des zones
de faible conductivité.
Dans le système LixCoO2, quel que soit le taux de lithium dans la structure, la distance
Co-Co est inférieure à la valeur Rc (cf. chapitre A). Une délocalisation électronique est alors
attendue quelque soit x. Le caractère semi-conducteur des phases LixCoO2 (x0 = 1.0 ;
0.94 < x ≤ 1.0) n’est qu’une conséquence de la faible proportion d’ions CoIV et le nombre de
trous dans la bande t2g. Il convient alors de remarquer l’influence de l’effet stérique du
magnésium sur les propriétés électroniques très particulières des phases LiCo1-yMgyO2.
Considérant la taille importante de l’ion Mg2+ (en site octaédrique : rMg2+ = 0.72 Å,
rCoIII = 0.545 Å, rLi+ = 0.76 Å 16) en substitution du cobalt, les octaèdres CoO6 qui entourent
l’octaèdre MgO6 se trouvent comprimés. Le caractère métallique induit localement par l’ion
Mg2+ provient alors vraisemblablement de la contrainte imposée par la taille de l’ion Mg2+,
rôle qui n’est pas assuré par les lacunes de lithium générées lors de la désintercalation dans les
phases LixCoO2 (x0 = 1.0 ; 0.94 < x ≤ 1.0).
montrer que ces matériaux substitués possèdent une structure lamellaire isotype de celle de
LiCoO2, les ions magnésium occupant uniquement le site du Co. Néanmoins, quel que soit le
taux de Mg dans la structure, la substitution du Mg au Co s’accompagne toujours de la
présence d’un défaut structural associé à l’existence d’ions Co3+is et d’un déficit en oxygène.
Nous avons de plus confirmé que la substitution du magnésium au cobalt s’accompagne d’une
forte augmentation de la conductivité DC des phases de départ grâce à un comportement
électronique tout à fait particulier. En effet, le dopage par les ions Mg2+ conduit à la création
d’électrons itinérants dans des petites « zones métalliques ». Considérant que la phase non
substituée LiCoO2 possède un caractère isolant très marqué, cette amélioration de la
conductivité de départ rend les phases LiCo1-yMgyO2 intéressantes d’un point de vue
industriel. Nous avons donc mené une étude complète sur les matériaux désintercalés
LixCo1-yMgyO2 afin de tester leur intérêt d’un point de vue appliqué en tant que matériau
d’électrode positive pour des batteries au lithium et, de manière plus fondamentale, afin de
suivre l’évolution de ces propriétés électroniques tout à fait particulières au cours de la charge.
124
Partie D : effets combinés du dopage par le magnésium et le lithium dans LixCoO2...
LixCoO2
4.8
4.6
LixCoO2 0
4.4
LixCo0.95Mg0.05O2
E (V)
4.0
3.8 x
-0.1 0.0 0.1 0.2 0.3 0.4 0.5 0.6 0.7 0.8 0.9 1.0 1.1
Fig. D.12 : courbe de première charge à régime lent (C/200) des batteries
Li//LixCo1-yMgyO2 (x0 = 1.0 ; y = 0.0 et 0.05)
125
Partie D : effets combinés du dopage par le magnésium et le lithium dans LixCoO2...
LixCo0.95Mg0.05O2
(003)
Al Al Al LixCo0.95Mg0.05O2
x = 1.0
*C x = 0.9
x = 1.0
x = 0.8
*C x = 0.9 x = 0.7
x = 0.8 x = 0.6
x = 0.7 x = 0.5
x = 0.4
x = 0.6
x = 0.3
x = 0.5 17.5 18.0 18.5 19.0 19.5 20.0
x = 0.4 2θ Cu(°)
x = 0.3
10 20 30 40 50 60 70 80
2θ Cu
(°)
Fig. D.13 : diffractogrammes X des phases LixCo0.95Mg0.05O2 (0.30 ≤ x ≤ 1.0) désintercalées
électrochimiquement. A droite, détail de l’évolution de la raie (003).
L’évolution des paramètres de maille hexagonaux ahex. et chex. est représentée Fig. D.14
et comparée à celle du système LixCoO2 (x0 = 1.0) qui présente un domaine biphasé entre
x = 0.75 et 0.94. On retrouve l’évolution logique des paramètres de maille observés lors de la
désintercalation du lithium dans les oxydes LixMO2. En effet, au cours de la désintercalation
électrochimique, il y a, dans un premier temps, diminution de la distance métal-métal
interfeuillet (paramètre a hex.) en raison de l’oxydation des cations de transition et
augmentation de la distance interfeuillet (chex./3) en raison de l’accroissement des répulsions
électrostatiques entre les feuillets suite à la création de lacunes dans l’espace interfeuillet.
Dans le cas du système LixCo0.95Mg0.05O2, au delà de x = 0.50, nous pouvons remarquer une
chute du paramètre chex. en raison de l’augmentation de la covalence de la liaison Co-O qui
126
Partie D : effets combinés du dopage par le magnésium et le lithium dans LixCoO2...
conduit à la fois à un écrasement des feuillets et à une réorganisation des charges autour des
ions oxygène conduisant à une diminution des répulsions électrostatiques entre les feuillets.
14.3
14.2
14.1
14.0
0.3 0.4 0.5 0.6 0.7 0.8 0.9 1.0
x
2.825 ahex.
2.820
2.815
2.810
2.805
2.800
0.3 0.4 0.5 0.6 0.7 0.8 0.9 1.0
x
Fig. D.14 : évolution des paramètres de maille hexagonaux ahex. et chex. des systèmes
LixCo1-yMgyO2 (x0 = 1.0 ; y = 0.0 et 0.05) au cours de la charge électrochimique.
Discussion
Nous venons de mettre en évidence que la substitution du magnésium au cobalt se
traduit par l’absence de transitions de phase lors de la charge de la batterie. Deux raisons
peuvent expliquer ce résultat :
− Il est connu en effet que la substitution d’un tiers élément M au cobalt dans LiCoO2
conduit à la disparition des transitions de phase lors de la désintercalation du
127
Partie D : effets combinés du dopage par le magnésium et le lithium dans LixCoO2...
Les batteries Li/LiClO4-PC/ LixCo1-yMgyO2 ont été cyclées à régime C/20 (un électron
échangé en 20 h) entre 2.7 et 4.15V (j = 400 µ[Link]-2 ; mLi(CoMg)O2 = 15 mg). Les tests ont
été menés sur les matériaux contenant 3, 5 et 6% de magnésium et sont comparés sur la
Fig. D.15 à ceux obtenus pour LiCoO2 stoechiométrique. Les valeurs de capacité réversible
sont aussi notées sur la figure pour le premier et le dixième cycle.
L’allure des courbes électrochimiques montre que, quel que soit les taux de
magnésium dans le matériau actif, la réversibilité du processus de
désintercalation-intercalation des ions lithium est très satisfaisante. De plus, la polarisation
des batteries est faible dans tous les cas. Néanmoins, il convient de remarquer que la fin de
décharge des matériaux substitués présente une pente moins abrupte comparée à la brutale
chute du potentiel observée dans le système non substitué. Cette particularité, déjà observée
dans le cas de la phase non substituée surstoechiométrique en lithium Li1.10CoO2, suggère que
la capacité récupérée en décharge sera alors fortement dépendante du potentiel limite de fin de
128
Partie D : effets combinés du dopage par le magnésium et le lithium dans LixCoO2...
décharge. Par analogie avec les résultats de l’étude en cyclage des phases Lix0CoO2
défauts structuraux lorsque le taux de Mg augmente, en bon accord avec les résultats des
mesures de spectroscopie de RMN (chapitre D.3.2).
4.0 4.0
x x
2.0 2.0
0.4 0.5 0.6 0.7 0.8 0.9 1.0 0.4 0.5 0.6 0.7 0.8 0.9 1.0
E (V)
4.5 E (V) 4.5
4.0 4.0
3.5 3.5
LiCo0.95Mg0.05O2 LiCo0.94Mg0.06O2
3.0 3.0
st st
Q (1 cycle) = 132 Ah/kg Q (1 cycle) = 136 Ah/kg
th th
2.5 Q (10 cycle) 120 Ah/kg 2.5
Q (10 cycle) 124 Ah/kg
x x
2.0 2.0
0.4 0.5 0.6 0.7 0.8 0.9 1.0 0.4 0.5 0.6 0.7 0.8 0.9 1.0
Fig. D.15 : courbes de cyclage galvanostatique à C/20 des Li//LixCo1-yMgyO2 (y = 0.0, 0.03,
0.05 et 0.06).
Afin de tester la stabilité structurale en cyclage des phases dopées au Mg, nous avons
mené une étude par diffraction des rayons X sur une phase LixCo0.95Mg0.05O2 ayant subi 60
cycles. A la fin de la dernière décharge, une série de relaxations-décharges a permis de
réintercaler un maximum d’ions Li+ (xfinal # 0.97 ; j = 400 µ[Link]-2 ; mLi(CoMg)O2 = 15 mg,
entre 2.7 et 4.15 V, critère de stabilité en relaxation = 0.1 mV/h). L’affinement des paramètres
129
Partie D : effets combinés du dopage par le magnésium et le lithium dans LixCoO2...
LiCo0.95Mg0.05O2 :
ahex. = 2.8198(9)Å
chex. = 14.072(3)Å
20 30 40 50 60 70
2θ Cu(°)
T = Teflon 60 cycles
discharged LixCo0.95Mg0.05O2
after 60 cycles (x # 0.97) :
Al Al
ahex. = 2.8192(10)Å
chex. = 14.069(6)Å
C
Al
T
C
20 30 40 50 60 70
2θ Cu(°)
Ceci suggère qu’il n’y a aucune migration des ions Mg2+ du feuillet vers l’interfeuillet,
contrairement à ce qui est observé dans le système parent Li(Ni,Mg)O2 au cours du cyclage
électrochimique. En effet, alors que pour la phase de départ LiNi0.92Mg0.10O2, les paramètres
de maille sont ahex. = 2.8751(2) Å et chex. = 14.219(2) Å, la phase LixNi0.92Mg0.10O2 cyclée 50
fois possède un paramètre ahex. = 2.8816(2)Å légèrement plus élevé (chex. = 14.236(2) Å).
Cette augmentation du paramètre ahex. après cyclage a été attribuée à la migration du
130
Partie D : effets combinés du dopage par le magnésium et le lithium dans LixCoO2...
magnésium du feuillet vers l’espace interfeuillet, les lacunes ainsi générées dans le feuillet
contribuant à une augmentation significative de la distance moyenne « Ni-Ni » intrafeuillet 12.
On note de plus que les raies de diffraction sont très fines même après cyclage, ce qui
témoigne de la conservation d’une bonne cristallinité résultant d’une relaxation douce des
contraintes imposées par les variations de volume lors du cyclage.
7
D.4.2. Etude par RMN MAS du Li des phases désintercalées
LixCo0.94Mg0.06O2 (x0 = 1.0) et (x0 = 1.10).
Les Fig. D.17 et D.18 montrent les spectres de RMN MAS du 7Li à 15 kHz des divers
matériaux LixCo0.94Mg0.06O2 (x0 = 1.0) pour 0.50 ≤ x ≤ 1.0. Ces spectres ont été, en partie,
enregistrés à Strasbourg en collaboration avec J. Hirschinger.
* * *
x = 1.0
x = 0.99
x = 0.97
x = 0.95
x = 0.93
x = 0.85
x = 0.80
x = 0.72
x = 0.66
x = 0.50
131
Partie D : effets combinés du dopage par le magnésium et le lithium dans LixCoO2...
Pour 0.85 ≤ x ≤ 1.0, comme dans le cas du système non substitué LixCoO2 (x0 > 1.0)
mais de manière moins rapide, l’oxydation des ions cobalt conduit dans un premier temps à la
disparition des signaux relatifs aux ions Co3+is, à 325, -10 et -30 ppm. Dans le même temps,
on observe une nette diminution de l’intensité du signal central à 0 ppm ainsi que du
« déplacement de Knight » à 55 ppm relatif aux ions CoIV soumis à une délocalisation
électronique autour des ions Mg2+. La désintercalation du lithium conduit donc, dans un
premier temps, à une perte globale d’intensité du signal résultant de la création d’ions CoIV
localisés lors de l’oxydation du cobalt dans le domaine de composition 0.85 ≤ x ≤ 1.0. En
effet, comme nous l’avons vu en détail dans le chapitre A, la présence d’ions CoIV localisés
conduit à une perte d’observabilité des ions Li+ environnants et donc à une diminution rapide
de l’intensité totale du signal 22.
Hahn echo, 15 kHz
abs. intensities
x = 1.0
x = 0.99
x = 0.97
x = 0.95
x = 0.93
x = 0.85
x = 0.80
x = 0.72
x = 0.66
x = 0.50
Fig. D.18 : détail du signal central des spectres de RMN MAS du 7Li à 15 kHz des phases
LixCo0.94Mg0.06O2 (x0 = 1.0) pour 0.50 ≤ x ≤ 1.0.
132
Partie D : effets combinés du dopage par le magnésium et le lithium dans LixCoO2...
Pour 0.72 ≤ x < 0.85, un nouveau signal croît aux dépends du signal à 0 ppm et dont la
position se déplace lors de la désintercalation dans le domaine 40-100 ppm. Par analogie avec
le système non substitué LixCoO2 (x0 > 1.0), nous attribuons ce signal déplacé à une
interaction de type « déplacement de Knight » . Cela suggère qu’il existe, dans un deuxième
temps de la désintercalation, une tendance à la délocalisation électronique mais qu’elle ne
s’amorce que dans des zones de petite taille au sein du cristal (cf. chapitre B).
Pour x < 0.72, le signal à 0 ppm a disparu et le nouveau signal se déplace avec
l’augmentation du caractère métallique du matériau.
Les Fig. D.19 et D.20 montrent les spectres de RMN MAS du 7Li à 15 kHz des divers
matériaux LixCo0.94Mg0.06O2 (0.60 ≤ x ≤ 1.10) issus de la phase Li1.10Co0.94Mg0.06O2
synthétisée avec excès de lithium. L’évolution générale est la même que dans le cas des
phases LixCo0.94Mg0.06O2 (x0 = 1.0).
*
*
*
x = 1.10
x = 1.09
x = 1.07
x = 1.05
x = 1.03
x = 0.95
x = 0.90
x = 0.82
x = 0.76
x = 0.60
133
Partie D : effets combinés du dopage par le magnésium et le lithium dans LixCoO2...
Pour 0.95 ≤ x ≤ 1.10, on observe d’abord la disparition des signaux relatifs aux ions
Co3+is au début de la désintercalation. Dans le même temps, le signal à 55 ppm relatif aux ions
CoIV soumis à une délocalisation électronique autour des ions Mg2+ diminue très fortement
indiquant là encore une tendance très marquée à la localisation électronique dans le système
lors de la désintercalation du lithium. Le caractère localisé des ions CoIV générés lors de
l’oxydation du matériau est particulièrement évident à partir de x = 0.95, l’intensité globale du
signal étant très faible comparativement à celle de la phase de départ.
-30 ppm
55 ppm
x = 1.10
x = 1.09
x = 1.07
x = 1.05
x = 1.03
x = 0.95
x = 0.90
x = 0.82
x = 0.76
x = 0.60
180 160 140 120 100 80 60 40 20 0 -20 -40 -60
δ (ppm)
Fig. D.20 : détail du signal central des spectres de RMN MAS du 7Li à 15 kHz des phases
LixCo0.94Mg0.06O2 (x0 = 1.10) pour 0.60 ≤ x ≤ 1.10.
134
Partie D : effets combinés du dopage par le magnésium et le lithium dans LixCoO2...
Pour 0.82 ≤ x ≤ 0.95, comme observé précédemment, un deuxième signal déplacé dans
le domaine 50-100 ppm croît aux dépends du signal à 0 ppm, résultant de l’existence et de la
croissance, à l’échelle locale, de domaines pseudo-métalliques dans le matériau.
Pour x < 0.82, seul le nouveau signal subsiste, dont le déplacement augmente avec le
caractère métallique dans le matériau.
Les résultats de RMN MAS du 7Li des systèmes LixCo0.94Mg0.06O2 (x0 = 1.0 et 1.10)
pour 0.50 ≤ x ≤ 1.0 ont montré que l’évolution des propriétés électroniques est la même, quel
que soit le taux de lithium introduit nominalement. Les résultats des mesures électriques
confirment ces similitudes puisqu’ils sont identiques pour les deux systèmes
LixCo0.94Mg0.06O2 (x0 = 1.0 et 1.10). En conséquence, seules les courbes relatives au
matériaux LixCo0.94Mg0.06O2 (x0 = 1.0) seront présentées.
135
Partie D : effets combinés du dopage par le magnésium et le lithium dans LixCoO2...
élevée que celle générée par l’existence de petites « zones métalliques » situées autour des
ions Mg2+ et séparées par des zones de faible conductivité (sans Mg) dans les phases de départ
LiCo1-yMgyO2.
1
logσ (S/cm ) LixCo0.94Mg0.06O2 (x0 = 1.0)
0.5
x = 0.52
0.0 x = 0.72
-0.5
-1.0 x = 0.85
-1.5
x = 0.95
-2.0
-2.5
x = 0.97
-3.0
x = 1.0
-3.5
4 8 12 16
-1
1000/T (K )
136
Partie D : effets combinés du dopage par le magnésium et le lithium dans LixCoO2...
150
x = 0.97
x = 0.95
100 x = 0.85
x = 0.72
50
x = 0.52
T (K)
Fig. D.22 : variation du coefficient Seebeck en fonction de la température pour les phases
LixCo0.94Mg0.06O2 (x0 = 1.0), 0.50 ≤ x ≤ 1.0.
137
Partie D : effets combinés du dopage par le magnésium et le lithium dans LixCoO2...
Les résultats sont comparables à ceux obtenus dans le cas des matériaux désintercalés
non substitués au Mg (cf. chapitres A. et B.) 22,28. Dans tous les cas, la valeur positive du
coefficient Seebeck montre que les porteurs de charge majoritaires sont des trous
électroniques provenant de la présence dans le matériau d’ions CoIV en configuration
électronique t2g5. Pour 0.93 ≤ x ≤ 1.0, la valeur élevée du pouvoir thermoélectronique ainsi
que sa variation non linéaire avec la température sont typiques d’un comportement
semi-conducteur, en bon accord avec les observations faites précédemment par RMN et
mesures de conductivité électronique. Pour les matériaux les plus
désintercalés (Li0.52Co0.94Mg0.06O2 (x0 = 1. 0)) la linéarité de la courbe α = f(T) et les faibles
valeurs de coefficient Seebeck, qui tend vers 0 lorsque la température décroît, sont
caractéristiques d’un comportement pseudo-métallique en total accord avec les mesures de
RMN MAS du 7Li.
tendance à générer à la fois des ions CoIV une autre espèce d’ions Co paramagnétiques,
induisant des résultats de RMN comparables à ceux obtenus pour les phases
Lix0CoO2 (x0 > 1.0) a déjà été mentionnée par Carewska et al. 11. Ceci est confirmé par nos
138
Partie D : effets combinés du dopage par le magnésium et le lithium dans LixCoO2...
que l’ion magnésium en substitution perturbe l’environnement géométrique des ions Co3+is.
Dans le même temps, la délocalisation électronique induite par les ions CoIV autour du Mg et
associée au signal à 55 ppm sur les spectres de RMN du 7Li est fortement perturbée dans les
phases Li1.10Co1-yMgyO2 surstoechiométriques en Li où de nombreux ions Co3+is (et défauts
structuraux) sont mis en évidence par rapport aux phases LiCo1-yMgyO2 stoechiométriques en
Li. Enfin, ce défaut structural est systématiquement induit par la présence de Mg dans la
structure ; on peut remarquer que la démixtion après un recuit long de la phase
LiCo0.94Mg0.06O2 conduit à la fois à l’expulsion du Mg2+ et la disparition de la majorité des
signaux de RMN associés aux ions Co3+is, ce qui montre encore l’association du magnésium
avec le défaut. Ce phénomène, déjà mis en évidence pour les phases non substituées
Lix0CoO2 (x0 > 1.0) (cf. Chapitre B.), suggère que la force motrice de la démixtion est
l’instabilité du défaut oxygéné (ou des ions Co3+is paramagnétiques comparé aux ions CoIII
diamagnétiques).
Il convient de revenir sur la distribution très particulière de degrés d’oxydation du Co
qui coexistent dans les phases LiCo1-yMgyO2 ; on trouve dans la structure des ions CoIII,
CoIV (associés aux ions Mg2+ et qui partagent un électron itinérant avec les CoIII voisins) et
des ions Co3+is piégés dans un défaut structural associé à une lacune d’oxygène. En effet, dans
le cas des phases Lix0CoO2 (x0 > 1.0), la présence d’ions Co3+is, associés à un rapport Li/Co
strictement supérieur à 1.0 nous a conduit à faire l’hypothèse d’une formule chimique de type
[Li]interfeuillet[CoIII1-3tCo3+(is)2tLi+t]feuillet[O2-t] (cf. chapitre B.4). Dans le cas des phases dopées
Lix0Co1-yMgyO2 (x0 = 1.0), on peut imaginer un modèle où les ions Mg2+ en substitution des
ions CoIII joueraient le rôle des ions Li+ dans Li1+xCoO2. Lorsque deux octaèdres MgO6
partagent des arêtes, la compensation des charges à l’échelle locale ne conduirait pas à la
création de deux ions CoIV (qui partagent un électron itinérant avec les CoIII voisins), mais à la
création d’une lacune d’oxygène associée à ces deux ions Mg2+ qui se situent alors dans des
pyramides à base carrée MgO5. Conséquemment, la troisième pyramide à base carrée qui
139
Partie D : effets combinés du dopage par le magnésium et le lithium dans LixCoO2...
partage une lacune (sommet) avec les deux pyramides à base carrée MgO5 est distordu et
conduit à la stabilisation d’un ion Co3+is (Fig. D.23).
Interslab MgO6
Li Li
CoO6
Mg
Slab Mg Co
LiO6
Interslab Li Li
O vacancy
Fig. D.23 : représentation schématique de la configuration locale du défaut structural mis en
évidence dans les phases Lix0Co1-yMgyO2.
La géométrie locale imposée par ces deux pyramides à base carrée MgO5 adjacentes
conduit, pour l’ion Co3+is associé, à des distances Li-O et Co-O (et donc à des valeurs de
déplacement isotrope sur les spectres de RMN du 7Li) différentes de celles existant dans le
système Lix0CoO2 (x0 > 1.0). Ce modèle conduit donc à une formule chimique de type
tous les cas, si l’on peut aisément imaginer que les conditions de synthèse ne sont pas
suffisamment oxydantes pour générer de nombreux ions CoIV dans les phases Lix0Co1-yMgyO2,
les raisons qui privilégient la création de lacunes d’oxygène (et d’ions Co3+is) lorsque deux
ions Mg2+ sont adjacents dans les phases de type Lix0Co1-yMgyO2 restent inconnues. En effet,
dans le système parent LiNi1-yMgyO2, pour les forts taux de substitution (y > 0.10), afin de
140
Partie D : effets combinés du dopage par le magnésium et le lithium dans LixCoO2...
un bon comportement réversible en cyclage quel que soit le taux de Mg dans la structure.
Elles offrent de plus une stabilité structurale satisfaisante en cyclage de « longue » durée
puisqu’après 60 cycles aucune modification structurale du matériau n’est décelable par
diffraction des rayons X pour la phase LiCo0.95Mg0.05O2. Cette bonne réversibilité des
processus de désintercalation / intercalation a été confirmée par l’étude structurale des phases
désintercalées LixCo0.95Mg0.05O2 (0.30 ≤ x ≤ 1.0) qui a permis de montrer que la structure
rhomboédrique était conservée dans tout le domaine de composition étudié, les ions
magnésium et/ou le défaut structural empêchant les transitions de phase habituellement
observées lors de l’oxydation du matériau stoechiométrique non substitué. Cet ensemble de
résultats montre que les phases de type Lix0Co1-yMgyO2 présentent un intérêt certain d’un
point de vue appliqué en tant que matériau d’électrode positive pour les batteries Li-ion.
7
Enfin, l’étude par RMN du Li sur les phases désintercalées
LixCo0.94Mg0.06O2 (0.50 ≤ x ≤ 1.0) a permis de montrer les évolutions très originales des
propriétés électroniques des ions cobalt lors de l’oxydation du matériau. En effet, malgré le
caractère « métallique » localement induit par les ions CoIV générés dans la phase de départ
par le biais de la substitution, l’oxydation lors de charge ne débute pas de ces « zones
métalliques » autour des ions Mg2+, mais conduit à la création d’ions CoIV localisés, conférant
ainsi au matériau un fort caractère semi-conducteur (même si il en résulte une meilleure
conductivité DC à température ambiante). Au delà de x = 0.85, comme dans le cas des
matériaux LixCoO2 (x0 = 1.10), on observe une tendance à la délocalisation électronique qui
s’amorce dans des zones de petite taille au sein du cristal, et n’induit de ce fait pas de
transition de phase vers une phase métallique. Le comportement général des phases
Lix0Co1-yMgyO2 lors de la désintercalation du lithium est donc très proche de celui des phases
non dopées Lix0CoO2 (x0 > 1.0), indépendamment de la présence des ions Mg2+ dans la
structure.
141
Partie D : effets combinés du dopage par le magnésium et le lithium dans LixCoO2...
142
Partie D : effets combinés du dopage par le magnésium et le lithium dans LixCoO2...
143
Conclusion générale
Conclusion générale
Ce travail s’inscrit dans le cadre général de l’étude des matériaux lamellaires LiMO2
susceptibles d’être utilisés comme matériaux d’électrode positive pour les batteries Li-ion.
L’oxyde de cobalt lithié, LiCoO2, est actuellement le matériau d’électrode positive le plus
utilisé en raison de ses excellentes propriétés en cyclage électrochimique et à l’optimisation
constante des procédés de fabrication à grande échelle. Son hégémonie actuelle sur le marché
des matériaux d’électrode positive est définitivement renforcée par le fait que de nombreuses
unités de production de masse sont spécialement dédiées à sa fabrication.
Les travaux que nous avons réalisés dans le cadre de cette thèse avaient deux
objectifs :
− en raison de ses remarquables propriétés électrochimiques, LiCoO2 fait l’objet de peu de
travaux de recherche. Le premier objectif était donc d’apporter une contribution
fondamentale dans ce domaine en déterminant les mécanismes qui régissent les propriétés
de LiCoO2 en fonction des paramètres de synthèse.
− le deuxième objectif, plus appliqué était de déterminer l’influence de la substitution du Ni
et du Mg au Co sur les propriétés structurales et électrochimiques des phases
LiCo(Mg ou Ni)O2 et identifier les mécanismes structuraux intervenant au cours du cyclage
électrochimique.
144
Conclusion générale
Ce travail préliminaire a aussi permis de poser les bases d’une étude beaucoup plus
générale sur l’influence des conditions de préparation, et en particulier le rapport nominal
Li/Co (x0), sur les propriétés finales des phases Lix0CoO2. Nous avons en effet montré que
l’introduction d’un rapport nominal Li/Co > 1.0 lors de la préparation à haute température
conduit, dans le matériau final, à la présence d’ions lithium excédentaires en substitution du
cobalt, menant à une formule chimique proche de [Li]interfeuillet[CoIII1-3tCo3+(is)2tLi+t]feuillet[O2-t],
la compensation de charge due à la substitution Li/Co étant assurée par la création d’une
lacune d’oxygène et conduisant à la stabilisation d’ions paramagnétiques Co3+ dans une
configuration très particulière de spin intermédiaire. De plus, nous avons montré que ces
défauts structuraux, même s’ils sont métastables, gênent la délocalisation électronique à
l’échelle macroscopique et suppriment toutes les transitions de phase généralement observées
lors de la désintercalation du lithium dans LixCoO2 (x0 = 1.0).
spectroscopie de RMN MAS du 7Li a permis de montrer dans ces matériaux la coexistence
d’ions CoIII, NiIII et Co3+ spin intermédiaire et suggère l’existence de défauts structuraux dans
les phases Lix0Co1-yNiyO2 (x0 > 1.0) identiques à ceux observés dans les phases non dopées
145
Conclusion générale
mettre en évidence qu’il n’est pas possible de synthétiser des phases de formule LiCo1-yMgyO2
puisque l’introduction de Mg dans la structure s’accompagne toujours de la présence d’un
défaut structural associé à une lacune d’oxygène et à des ions Co3+ spin intermédiaire dans le
matériau, et ce, même sans ajout d’un excès de lithium lors de la synthèse. En effet, deux ions
Mg2+ adjacents substitués au cobalt peuvent entraîner, par compensation de charge, la création
d’une lacune d’oxygène et la stabilisation d’un ion Co3+ spin intermédiaire, conduisant à la
formule chimique [Li]interfeuillet[CoIII1-δ-t-yCo3+(is)δCoIVtMg+y]feuillet[O2-δ]. Néanmoins, la RMN du
7
Li suggère que la nature exacte de ce défaut structural diffère de celui mis en évidence dans
les phases Lix0Co1-yNiyO2 (x0 > 1.0) et Lix0CoO2 (x0 > 1.0).
L’étude électrochimique menée sur les phases LixCo1-yMgyO2 a permis de montrer leur
intérêt d’un point de vue appliqué en tant que matériau d’électrode positive pour les batteries
Li-ion. Par ailleurs, l’étude des propriétés électroniques des phases désintercalées
LixCo1-yMgyO2 a permis de montrer un comportement similaire à celui des phases
LixCoO2 (x0 > 1.0) au cours de la charge électrochimique, indépendamment de la présence de
Mg dans la structure.
A travers ces résultats et interprétations, nous espérons avoir contribué à une meilleure
connaissance fondamentale d’une famille de matériaux dont l’intérêt dans le domaine du
stockage et de la conversion de l’énergie n’est plus à démontrer. Par le biais de nombreuses
études complémentaires, nous avons tenté de faire la lumière sur divers phénomènes souvent
observés mais jusqu’alors encore inexpliqués. Néanmoins, de nombreux travaux restent
encore à accomplir afin de comprendre, entre autres choses, l’origine et la nature exacte du
défaut structural mis en évidence dans les divers systèmes Lix0Co1-yMyO2 que nous avons
étudiés.
146
Annexes
La structure des divers matériaux étudiés dans ce manuscrit est déterminée par
affinement des diagrammes de diffraction des rayons X en utilisant la méthode de Rietveld 1
(à l’aide du programme Fullprof 2).
147
Annexes
2 2
décrite par une relation de type Caglioti : H = U tan θ + V tan θ + W où U, V et W sont
les coefficients de Caglioti.
− le fond continu : il est estimé par interpolation linéaire entre les points pour lesquels
aucune contribution de pics n'existe.
Afin de mesurer l’accord entre les diffractogrammes expérimental et calculé pour une
certaine hypothèse structurale, des facteurs de reliabilité sont utilisés :
[
∑ w i y i (obs. ) − y i (calc. ) ]2
i
− le facteur R de profil pondéré : R wp =
2
∑ w i y i (obs. )
i
∑ I i (obs. ) − I i (calc.)
− le facteur R de Bragg basé sur les intensités intégrées : RB = i
∑ I i (obs. )
i
La valeur de Rwp tend à être dominée par la précision de la fonction de profil et est, par
suite, beaucoup moins sensible aux paramètres structuraux. RB, qui est très sensible aux
variations d’intensité des raies et donc aux variations de paramètres, constitue le meilleur
critère pour s'assurer du bon accord entre les données expérimentales et le modèle calculé.
L’observation directe de la courbe différence entre profil expérimental et calculé constitue
aussi un moyen efficace et rapide pour juger de la qualité de l'affinement.
Il convient de noter que les écarts-types, donnés dans le fichier résultat de l’affinement,
sont calculés en considérant que la statistique de comptage est la seule source d’erreur. Les
erreurs systématiques introduites par un bruit de fond, une forme des raies et un modèle
structural non adaptés ne peuvent être estimées. Néanmoins, plusieurs méthodes existent pour
corriger les écarts-types des erreurs systématiques, dont celle qui consiste à systématiquement
les multiplier par le facteur de Berar (ou Scor), donné dans le fichier résultat de l’affinement 4.
Les écarts-types donnés dans ce manuscrit tiennent compte de ce facteur de Berar.
148
Annexes
Les batteries sont formées par une chaîne électrochimique formée de deux couples
oxydo-réducteurs de potentiels thermodynamiques différents et reliés par un électrolyte
(liquide dans notre cas). Le fonctionnement d'une batterie Li-ion est illustré par le schéma
ci-dessous :
C LiMO2
électrolyte Etat
liquide initial
Li1-xC LixMO2
électrolyte
liquide première
charge
e- Li+ e-
électrolyte première
liquide
décharge
e- Li+ e-
149
Annexes
Dans le cas des cellules que nous utilisons au laboratoire, l'électrode négative est
constituée de lithium métallique ; même si la réversibilité du couple Li+/Li est médiocre en
termes de cyclage de longue durée, la valeur fixe du potentiel de l’électrode négative au cours
ère
du cyclage (électrode de 1 espèce) nous permet d'observer uniquement la variation du
potentiel liée au matériau d'électrode positive étudié.
Les performances d'un accumulateur sont quantifiées par plusieurs grandeurs,
notamment :
F ∆x
− la capacité Q (Ah) donnée par la formule Q = It = m
3600 M
I (A) : courant traversant le générateur,
t(h) : durée de passage de courant,
m (g) : masse du matériau électrochimiquement actif,
M (g/mol) : masse molaire du matériau actif,
F (C) : nombre de Faraday (96500 C),
∆x nombre de moles d’ions lithium intercalés dans le matériau hôte,
− le régime de cyclage (C/n) : la capacité théorique Q sera obtenue lors de la charge en n
heures. Dans notre cas, un cyclage à C/10 signifie que 10 h sont nécessaires pour échanger
un électron (désintercaler 1 ion lithium en charge).
150
Annexes
Conductivité électrique
151
Annexes
attention. Ceci est d’autant plus vrai pour les matériaux désintercalés électrochimiquement
qui subissent des variations de volume importantes lors de la charge électrochimique, qui
nuisent aux contacts intergrains.
− les valeurs d’énergie d’activation (qui dépendent elles aussi de la compacité et de la
morphologie du matériau étudié) déduites des courbes de conductivité en fonction de la
température des phases semi-conductrices peuvent être considérées comme valables
uniquement lorsque les pastilles ont été frittées. En effet, des mesures de conductivité
réalisées par D. Carlier en collaboration avec J.C. Badot du Laboratoire de Chimie
Appliquée de l’Etat Solide (ENSCP) par impédance à haute fréquence sur des matériaux
Lix(Co,Ni)O2 désintercalés électrochimiquement ont permis d’aboutir aux mêmes valeurs
d’énergie d’activation que celles déterminées par la méthode des quatre points, validant
totalement cette dernière 7.
Un peu de théorie
Les termes métal et isolant (ou semi-conducteur) répondent ici à la définition
classique :
− pour un métal, la conductivité diminue avec la température et tend vers une valeur finie
non nulle pour T = 0 K,
− pour un isolant (ou semi-conducteur), la conductivité augmente avec la température et est
égale à 0 pour T = 0 K.
Si l’on considère le modèle établi par Mott, les électrons d’un métal sont délocalisés
car les puits de potentiel périodiques que constituent les cations du réseau cristallin sont
écrantés par la propagation des autres électrons. Les électrons délocalisés d’un métal n’ont
donc pas de coordonnée spatiale définie (ils ne sont pas rattachés à un cation métallique
donné) et sont définis par des fonctions d’onde, les niveaux d’énergie étant étendus à
l’ensemble du cristal. L’introduction d’imperfections dans la périodicité du réseau cristallin a
pour effet de perturber la propagation des électrons délocalisés. Si la concentration en
électrons délocalisés diminue, l’effet d’écrantage s’affaiblit. En deçà d’une valeur critique de
la concentration, les électrons restent liés aux cations du réseau et sont alors définis par une
fonction d’onde localisée dans l’espace (localisation d’Anderson). Une transition
métal-isolant s’opère alors au sein du matériau 8,9.
152
Annexes
Ceci est vrai à très basse température, néanmoins, la plupart de ces « isolants »
possèdent une conductivité qui augmente avec la température. Ce caractère particulier (dit
semi-conducteur) peut avoir plusieurs origines :
− semi-conducteur intrinsèque : tous les isolants possèdent une bande de valence remplie et
un certain nombre de niveaux de plus haute énergie totalement vides. Si la température est
suffisamment élevée, quelques électrons thermiquement excités passeront de la bande de
valence vers la bande vide de plus basse énergie (bande de conduction). Les électrons de la
bande de conduction et les trous de la bande de valence ainsi générés sont alors libres de se
déplacer sous l’action d’un potentiel.
− semi-conducteur dopé : le dopage par un élément d’électronégativité différente de celle de
l’élément qui constitue le matériau permet de moduler le nombre de porteurs de charge et
de générer des niveaux d’énergie intermédiaires entre la bande de valence et la bande de
conduction, minimisant ainsi les énergies d’activation nécessaires au saut des électrons
thermiquement excités, et permettant ainsi d’accroître la conductivité par rapport à un
semi-conducteur intrinsèque.
La conductivité d’un semi-conducteur peut alors être décrite comme la somme de la
conductivité associée aux électrons et de la conductivité associée aux trous d’électrons :
σ = σh + σe = e.(nh.µh + ne.µe)
où e est la valeur absolue de la charge de l’électron, nh et ne les concentrations et µh et µe les
mobilités en trous et électrons respectivement. Généralement, le mécanisme de conduction est
dominé par l’un des porteurs de charge, et sa variation avec la température est souvent
interprétée via l’équation d’Arrhénius :
σ = [Link](-Eσ/kT)
où Eσ est l’énergie d’activation de la conduction et correspond à la somme de l’énergie
nécessaire à un porteur de charge pour sauter d’un site à l’autre (Eµ) et de l’énergie nécessaire
à la création des porteurs de charge (Ea). Il est tentant d’assimiler l’énergie d’activation de la
conduction (Eσ) à l’énergie de création des porteurs de charge (Ea). Néanmoins, ceci n’est
possible que si la mobilité des porteurs de charge varie peu avec la température. En effet, dans
le cas de la conduction par petits polarons (porteur de charge associé à la distorsion du site
cristallographique dans lequel il est piégé, l’ensemble se déplaçant simultanément), la
mobilité varie fortement avec la température selon :
µ = B/[Link](-Eµ/kT)
153
Annexes
Pouvoir thermoélectrique
154
Annexes
Un peu de théorie
Pour les métaux, la valeur du coefficient Seebeck est faible et varie en général
linéairement avec la température selon l’équation α = A.T 11.
Dans le cas des matériaux semi-conducteurs, la forme des courbes α = f(Τ) peut être
très différente suivant le matériau étudié. Néanmoins, le signe du coefficient Seebeck permet
souvent de renseigner sur la nature des porteurs de charge majoritaires puisque si α > 0, alors
les porteurs de charge majoritaires sont des trous d’électrons alors que si α < 0, la conduction
s’effectue principalement grâce aux électrons. Ceci est vrai si la mobilité des électrons et des
trous est du même ordre de grandeur dans le matériau considéré. 11
La valeur absolue du coefficient Seebeck est en général beaucoup plus élevée que pour
les métaux et diminue lorsque le nombre de porteurs de charge et/ou la mobilité augmente.
Enfin, la manière dont varie le coefficient Seebeck avec la température permet souvent
d’obtenir de nombreuses informations sur la valeur de l’énergie d’activation de la conduction
et de ses composantes (énergie de création et énergie de saut des porteurs), afin de déterminer
les mécanismes principaux qui régissent la conduction 11,14.
Dans le cas des semi-conducteurs non dégénérés (semi-conducteurs où Ec - Ef >> kT),
où le nombre de porteurs de charge augmente avec la température, la mobilité étant
relativement constante, la valeur absolue du coefficient Seebeck varie linéairement avec
l’inverse de la température selon :
α = -(k/e)[(Ec-Ef)/kT + A] si la conduction se fait par les électrons (type n),
α = +(k/e)[(Ef-Ev)/kT + A] si la conduction se fait par les trous d’électrons (type p).
Le terme A (ordre de grandeur 1), qui traduit la variation de la mobilité des porteurs
avec l’énergie des bandes, est en général négligeable par rapport à l’autre terme de l’équation
ci-dessus.
Au contraire, dans le cas où la conduction se fait majoritairement par hopping par
petits polarons, la valeur du coefficient Seebeck est théoriquement indépendante de la
température et égale à 15 :
α = -(k/e).ln((1-c)/c)
où c = n/N, n étant le nombre de porteurs de charge localisés et N le nombre de sites de saut
disponibles. Une baisse du coefficient Seebeck avec la température est néanmoins possible en
présence d’effets de polarisation de spin dans les semi-conducteurs magnétiques au dessus de
155
Annexes
la température de transition magnétique 16. En réalité, il n’est pas rare que c, dans les
domaines de température proche de l’ambiante, soit fonction de la température, la quantité de
porteurs de charge et de sites de saut disponibles variant avec T 14.
A basse température, en présence de « variable range hopping », quand la densité
d’état varie peu avec l’énergie, le coefficient Seebeck varie en T1/2 12. Néanmoins, dans la
plupart des semi-conducteurs, en présence d’un régime de « variable range hopping », on
observe souvent une variation importante de la densité d’états et la dépendance en température
du coefficient Seebeck est souvent plus faible que théoriquement 17.
156
Annexes
L’interaction hyperfine
La RMN est sensible à la présence d’électrons célibataires dans l’environnement du
noyau sondé. Le couplage hyperfin entre un noyau et un électron non apparié donne lieu à un
déplacement et à un élargissement des signaux de RMN.
L’interaction dipolaire
L’autre contribution au couplage hyperfin est l’interaction dipolaire qui s’opère à travers
l’espace et varie en 1/r3. L’importance de cette interaction est donc dépendante de la proximité
de l’électron célibataire et du noyau sondé.
Contrairement au contact de Fermi, cette interaction contient une contribution
anisotrope ; elle est donc moyennée à une contribution isotrope si le spectre de RMN est
157
Annexes
enregistré en rotation à l’angle magique avec une vitesse de rotation suffisamment élevée. La
contribution isotrope ainsi obtenue est appelée déplacement dipolaire ou “ pseudocontact”.
Le déplacement de Knight
Le déplacement de Knight est observé pour les phases métalliques. Tout comme le
déplacement de contact de Fermi, le déplacement de Knight a pour origine la présence d’une
certaine densité de spin électronique sur le noyau sondé. Cependant, pour les phases
métalliques, cette densité dépend de la contribution de l’orbitale 2s du noyau sondé au niveau
de Fermi.
La susceptibilité χ se qui intervient dans l’expression du déplacement de Knight 27 est
la susceptibilité de Pauli des électrons de conduction au niveau de Fermi. Aucun déplacement
du signal avec la température n’est donc attendu pour des phases métalliques idéales. Ce type
d’interaction électron-noyau conduit à des déplacements de Knight positifs et en général assez
forts 27.
158
Annexes
159
Annexes
160
Résumé :
Des matériaux d’électrode positive pour batteries Li-ion de formule Lix0(Co,M)O2 (M = Ni, Mg ; x0 ≥ 1.0)
ont été préparés à haute température (900° C) et caractérisés par diffraction des rayons X, tests
galvanostatiques, spectroscopie de RMN MAS du 7Li et mesures électriques. Alors que les propriétés de
la phase LiCoO2 sont en accord avec la littérature, dans tous les cas, l’ajout d’un excès de lithium lors de
la synthèse conduit dans le matériau final à la présence d’un défaut structural constitué de lacunes
d’oxygène et d’ions Co3+ spin intermédiaire (Co3+(IS)) en site pyramidal à base carrée. Ce défaut influe
considérablement sur les propriétés des phases désintercalées puisqu’il supprime toutes les transitions de
phase habituellement observées lors du cyclage galvanostatique de la phase LiCoO2. La substitution du
nickel au cobalt permet de séparer la contribution des ions NiIII et Co3+(IS) quant à la disparition des
transitions de phase lors de la désintercalation du lithium. La substitution du magnésium au cobalt, même
sans excès de lithium, induit systématiquement la présence de ce type de défaut (Co3+(IS)). Cette
particularité a été corrélée au comportement électrochimique de ces matériaux Lix(Co,Mg)O2 en cyclage.
Mots clés :
• LiCoO2 • oxyde lamellaire
• batteries au Li • substitution
• défaut structural • diffraction des rayons X
• RMN du 7Li • cyclage galvanostatique
• propriétés électriques
Abstract :
Lix0(Co,M)O2 (M = Ni, Mg ; x0 ≥ 1.0) materials used as positive electrode for Li-ion batteries have been
prepared at high temperature (900° C) and characterised by X-ray diffraction, galvanostatic
measurements, 7Li MAS NMR spectroscopy and electrical properties measurements. If the results on the
LiCoO2 phase agree with the literature, the adding of an excess of lithium during synthesis leads to the
presence in the actual materials to the presence of oxygen vacancies and intermediate spin Co3+
ions (Co3+(IS)) in a square-based environment. This defect suppresses all the phase transitions usually
observed upon lithium deintercalation in LixCoO2. The partial substitution by Ni ions allows us to
separate the relative contribution of NiIII and Co3+(IS) ions in the suppression of the various phase
transitions upon cycling. Mg doping, even without any lithium excess, systematically induces some
oxygen vacancies and Co3+(IS) ions in the material. This observation had been correlated to the behaviour
of the Lix(Co,Mg)O2 system upon cycling.
Keywords :
• LiCoO2 • layered oxide
• Li batteries • substitution
• structural defect • X-ray diffraction
• 7Li NMR • galvanostatic measurements
• electrical properties