CHAPITRE 0 : INTRODUCTION À L’ÉCONOMIE DU DÉVELOPPEMENT
1. Définition de l’économie
L’économie est une science sociale qui étudie les activités humaines liées à la création des
richesses et à leur utilisation.
Elle analyse principalement quatre grandes étapes :
La production : création de biens et services à partir de la nature, du savoir-faire et de
l’intelligence humaine.
La distribution : répartition des richesses entre les différents agents économiques (ménages,
entreprises, État).
La commercialisation (ou échange) : mise des biens et services sur le marché.
La consommation : utilisation des biens et services pour satisfaire les besoins humains.
2. Définition du développement
Le développement est un processus d’amélioration durable de la qualité de vie humaine.
Il ne se limite pas à l’augmentation des richesses, mais prend en compte plusieurs dimensions
essentielles, notamment :
la santé
l’éducation
les infrastructures (routes, électricité, eau)
l’alimentation
le logement
la sécurité et le bien-être social
👉 Le développement met donc l’être humain au centre de l’analyse économique.
3. Les indicateurs de développement
Les indicateurs de développement sont des mesures chiffrées qui permettent d’évaluer le
niveau de développement atteint par une population ou par un pays.
Ils peuvent être quantitatifs (chiffres économiques) ou qualitatifs (conditions de vie).
3.1 Le Produit Intérieur Brut (PIB)
Le PIB est la valeur totale des richesses produites à l’intérieur d’un pays pendant une période
donnée (généralement une année), quelle que soit la nationalité des producteurs.
➡ Il mesure la performance économique interne d’un pays.
⚠ Limite : le PIB ne tient pas compte de la répartition des richesses ni du bien-être social.
3.2 Le Produit National Brut (PNB)
Le PNB mesure la valeur totale des richesses produites par les nationaux d’un pays, qu’ils soient
à l’intérieur ou à l’extérieur du pays.
➡ Il permet une meilleure appréciation du revenu national et du bien-être économique de la
population.
Il est plus quantitatif et proche du niveau de vie réel que le PIB.
3.3 L’Indice de Développement Humain (IDH)
L’IDH est un indicateur composite qui mesure le niveau de développement humain sur base de
données qualitatives et quantitatives.
Il repose sur trois dimensions principales :
La santé (espérance de vie)
L’éducation (niveau d’instruction)
Le niveau de vie (revenu par habitant)
➡ L’IDH varie entre 0 et 1 : plus il est proche de 1, plus le développement est élevé.
3.4 Le taux de chômage
Le taux de chômage mesure la proportion de la population active sans emploi mais disponible
pour travailler.
➡ Un taux de chômage élevé traduit :
une faiblesse de l’économie
une pauvreté accrue
un sous-développement social
3.5 L’Indice de Développement Humain Ajusté aux Inégalités (IDHI)
L’IDHI est une version corrigée de l’IDH qui tient compte des inégalités existant dans la société
(revenus, éducation, santé).
➡ Plus les inégalités sont fortes, plus l’IDHI est inférieur à l’IDH.
Il montre que la croissance peut exister sans bénéficier à toute la population.
3.6 L’Indice des Prix à la Consommation (IPC)
L’IPC mesure l’évolution des prix des biens et services consommés par les ménages.
➡ Il sert à mesurer :
l’inflation
le pouvoir d’achat des populations
Une hausse élevée de l’IPC réduit le niveau de vie, surtout dans les pays en développement.
3.7 L’Indice de Pauvreté Humaine / Indice de Pauvreté Multidimensionnelle (IPI)
L’IPI mesure la privation dans plusieurs dimensions fondamentales :
accès à l’éducation
accès à la santé
conditions de logement
accès aux services de base
➡ Il permet d’identifier la pauvreté au-delà du revenu, surtout dans les pays pauvres.
4. Définition de l’économie du développement
L’économie du développement est une branche de l’économie qui étudie :
pourquoi certains pays sont riches et d’autres pauvres
comment transformer les pays sous-développés en pays développés
Elle s’intéresse aux politiques économiques, sociales et institutionnelles favorisant le progrès
humain.
👉 Cette discipline est née après la Seconde Guerre mondiale, dans un contexte de
décolonisation et de reconstruction.
5. Croissance économique et développement
L’objectif principal du cours est de faire une distinction théorique et analytique entre :
La croissance économique : augmentation quantitative de la production (PIB).
Le développement : amélioration globale et durable des conditions de vie.
➡ Un pays peut connaître une croissance sans développement, mais le développement
suppose toujours une croissance accompagnée de progrès sociaux.
CHAPITRE 1 : DÉCRYPTAGE DES DÉTERMINANTS DU DÉVELOPPEMENT DES PAYS
ACTUELLEMENT DÉVELOPPÉS
1.1. Les déterminants du développement
La croissance économique moderne est apparue au XVIIIᵉ siècle, avec la Révolution industrielle.
Cependant, ce phénomène ne surgit pas brusquement : un changement progressif de
mentalités avait déjà commencé dès le XIVᵉ siècle.
À cette époque, la recherche du profit était longtemps perçue comme immorale, en raison d’une
vision structuraliste et traditionnelle de l’économie. Peu à peu, cette perception a changé,
ouvrant la voie à un nouveau modèle économique fondé sur l’initiative individuelle et l’innovation.
1.1.1. Les principaux facteurs du développement
Plusieurs facteurs ont permis l’émergence et l’accélération du développement dans les pays
aujourd’hui développés :
la recherche privée de la richesse
la liberté des idées et de pensée économique
la libre initiative et l’esprit d’entreprise
l’innovation et l’accumulation du capital
le rôle progressif de l’État, notamment à travers :
la recherche scientifique
les politiques économiques
le développement des théories économiques
l’exploitation de la main-d’œuvre, notamment :
le travail des femmes
l’esclavage dans certaines périodes historiques
les progrès de la science et de la technologie
Ces facteurs ont généré des retombées économiques importantes, non seulement pour les
pays concernés, mais aussi pour l’ensemble des continents impliqués dans les échanges.
1.1.2. Les effets et conséquences du développement
Le développement économique a entraîné plusieurs conséquences majeures :
Effets positifs :
une croissance économique élevée
une révolution technologique continue
l’amélioration de la qualité des villes
la mondialisation de l’économie
l’augmentation de la production et de la consommation
Effets négatifs :
une consommation excessive des ressources naturelles
l’augmentation de la pauvreté dans certaines zones
des problèmes environnementaux :
sécheresses
inondations
dégradation de l’environnement
des déséquilibres sociaux persistants
Ces limites ont conduit à la réflexion sur un nouveau modèle de développement.
1.2. Le développement durable
Le développement durable est un mode de développement qui vise à satisfaire les besoins du
présent sans compromettre la capacité des générations futures à satisfaire les leurs.
Il repose sur trois piliers fondamentaux :
Économique : croissance soutenable et création de richesses
Social : réduction de la pauvreté, amélioration du bien-être
Environnemental : protection des ressources naturelles et de l’écosystème
👉 Le développement durable cherche donc à concilier croissance économique, justice sociale
et protection de l’environnement.
1.3. Séance pratique : notions fondamentales
1.3.1. La croissance économique
La croissance économique, notée généralement G, correspond à l’augmentation du PIB réel sur
une période donnée.
Elle est quantitative
Elle mesure l’augmentation de la production
Elle ne tient pas compte de la répartition des richesses ni du bien-être social
1.3.2. Le développement
Le développement est une amélioration durable et globale des conditions de vie de la
population.
Il inclut :
la santé
l’éducation
les infrastructures
la liberté
le niveau de vie
➡ Contrairement à la croissance, le développement est qualitatif.
1.3.3. Le sous-développement
Le sous-développement est une situation caractérisée par :
une pauvreté structurelle
des revenus faibles
une forte dépendance extérieure
1.4. Les différentes formes de pauvreté
Pauvreté structurelle (ou chronique) : situation de pauvreté durable vécue sur une longue
période.
Pauvreté transitoire : pauvreté passagère liée à des chocs temporaires (crises, catastrophes).
Pauvreté intergénérationnelle : pauvreté transmise d’une génération à une autre.
👉 Ces notions sont liées à la théorie du capital humain, qui souligne l’importance de l’éducation
et de la santé pour rompre le cycle de la pauvreté.
1.5. Indicateurs et indices d’inégalités
Il faut distinguer :
1.5.1. Les indices d’inégalités
Ils mesurent la répartition des revenus ou des richesses :
Courbe de Lorenz
Indice de Gini
1.5.2. Les indices de pauvreté
Ils mesurent les conditions de vie et les privations :
Indice de Développement Humain (IDH)
Indice de Pauvreté Humaine (IPH)
👉 Le revenu est un critère central du développement, mais il ne suffit pas à lui seul pour
mesurer le bien-être.
1.6. Le rôle de l’État dans le développement
Les fonctions régaliennes de l’État sont :
assurer la justice
garantir la défense
battre la monnaie
L’État joue également un rôle clé dans la régulation économique et la promotion du
développement.
CHAPITRE 2 : DYNAMIQUE ÉCONOMIQUE
2.1. L’évolution de l’activité économique
L’activité économique n’évolue jamais de manière linéaire. Elle suit une évolution irrégulière,
souvent comparée à une courbe en dents de scie.
Cette évolution est caractérisée par plusieurs phases successives :
Expansion : période de forte croissance de l’activité économique
Ralentissement : baisse du rythme de croissance
Récession : diminution de l’activité économique
Rebond (ou reprise) : retour progressif de la croissance
Ces mouvements constituent ce qu’on appelle les fluctuations économiques.
2.2. Le rythme de la croissance et la tendance (traîne)
Le rythme de la croissance économique permet d’observer les fluctuations de l’activité
économique dans le temps.
On distingue la tendance de fond, appelée aussi traîne, qui représente l’orientation générale de
l’économie sur le court, moyen ou long terme.
Traîne positive : lorsque la tendance générale est à la hausse
👉 Exemple : la croissance économique de la RDC en 2021.
Traîne négative : lorsque la tendance est à la baisse
👉 Exemple : la situation économique de la RDC avant 1960.
2.3. Les causes des fluctuations économiques : les chocs
Les fluctuations économiques sont généralement provoquées par des chocs.
Un choc économique est un événement soudain qui perturbe le fonctionnement normal de
l’économie.
Exemples :
crise pétrolière
crise financière
pandémie de la COVID-19
guerres et conflits armés
Ces chocs peuvent être :
internes ou externes
positifs ou négatifs
2.4. Cercle vertueux et cercle vicieux
2.4.1. Le cercle vertueux
On parle de cercle vertueux lorsqu’un enchaînement de mécanismes économiques positifs
s’auto-entretient.
Exemple :
augmentation de l’investissement
hausse de la production
création d’emplois
amélioration du pouvoir d’achat
augmentation de la consommation
nouvelle hausse de la production
👉 La RDC est entrée dans un cercle vertueux à partir de 2001, avec :
la fin progressive des conflits
la reprise économique
le développement du commerce
une relative concorde politique (gouvernement 1+4)
2.4.2. Le cercle vicieux
Le cercle vicieux correspond à une situation où les difficultés économiques s’aggravent
mutuellement.
Exemple :
baisse de la production
chômage élevé
baisse du pouvoir d’achat
baisse de la consommation
nouvelle baisse de la production
👉 Dans ce cas, un problème économique en aggrave un autre, entraînant l’économie vers le
bas.
2.5. Les cycles économiques
Les fluctuations économiques s’organisent en cycles économiques, qui se distinguent par leur
durée.
On distingue principalement :
Cycle de Kitchin : cycles courts (environ 3 à 5 ans), liés aux stocks
Cycle de Juglar : cycles moyens (7 à 11 ans), liés à l’investissement
Cycle de Kuznets : cycles longs (15 à 25 ans), liés aux infrastructures et à la démographie
Cycle de Kondratiev : cycles très longs (40 à 60 ans), liés aux grandes innovations
technologiques
2.6. Les conséquences des fluctuations économiques
Les fluctuations et les crises économiques entraînent généralement :
une chute de la production
une hausse des prix
une augmentation du taux de chômage
une détérioration des conditions de vie
Les grandes crises économiques marquantes ont eu lieu notamment en : 1975, 1999, 2008 et
2019.
2.7. Les politiques économiques
2.7.1. La politique conjoncturelle
La politique économique conjoncturelle vise à agir sur la conjoncture à court terme, afin de
stabiliser l’économie face aux fluctuations.
2.7.2. La politique structurelle
La politique structurelle vise le développement économique à long terme.
Elle agit sur :
l’éducation
les infrastructures
les institutions
le marché du travail
2.8. Politique budgétaire et politique monétaire
2.8.1. La politique budgétaire
La politique budgétaire agit sur :
les dépenses publiques
les impôts et taxes
Elle est généralement procyclique, c’est-à-dire qu’elle tend à accompagner le cycle économique.
2.8.2. La politique monétaire
La politique monétaire agit sur :
les taux d’intérêt
la masse monétaire
Elle est anticyclique, car elle agit dans le sens contraire du cycle économique.
Exemples :
En période de récession : baisse du taux d’intérêt pour stimuler l’investissement et la production.
En période de surchauffe : hausse du taux d’intérêt pour freiner l’inflation.
2.9. Croissance potentielle et croissance effective
Croissance potentielle : niveau maximal de croissance qu’un pays peut atteindre compte tenu
de ses facteurs humains, matériels et environnementaux.
Croissance effective : croissance réellement réalisée par l’État.
👉 L’écart entre les deux représente un écart de production.
2.10. Convergence, divergence et rattrapage
Convergence : les pays tendent vers un même niveau de développement.
Divergence : les pays s’éloignent les uns des autres en termes de développement.
Rattrapage : les pays en développement ou émergents croissent plus rapidement afin de
rejoindre ou dépasser les pays développés.
2.11. Le ratio de Palma et les inégalités
Le ratio de Palma est un indicateur statistique des inégalités de revenus.
Il compare :
la part du revenu détenue par les 10 % les plus riches
à celle détenue par les 40 % les plus pauvres
👉 Il permet d’analyser si une société présente des déséquilibres sociaux importants, c’est-à-
dire des défauts en matière de répartition des richesses.
CHAPITRE 3 : CARACTÉRISTIQUES ET CONTRAINTES MAJEURES DES PAYS EN VOIE DE
DÉVELOPPEMENT
3.1. Les critères de mesure du développement
Pour déterminer si un pays est développé ou non, on utilise souvent des indicateurs
économiques, notamment le Produit Intérieur Brut (PIB).
Cependant, le PIB ne suffit pas à lui seul pour mesurer le développement.
Le développement dépend aussi :
du niveau de vie des habitants
du revenu par habitant (PIB par habitant)
de l’accès aux services sociaux (santé, éducation, infrastructures)
👉 Exemple :
Le Luxembourg figure parmi les pays les plus riches du monde en termes de PIB par habitant.
Les États-Unis ont un PIB total très élevé, mais avec des inégalités importantes.
3.2. Pays développés, pays émergents et pays intermédiaires
Un pays émergent est un pays qui a atteint un certain niveau de croissance économique et de
PIB, mais qui n’a pas encore le statut de pays développé.
Cela s’explique par l’existence de problèmes structurels, tels que :
des inégalités sociales persistantes
une industrialisation incomplète
des institutions fragiles
Les pays intermédiaires se situent entre les pays développés et les pays en voie de
développement, mais restent confrontés à des limites structurelles.
3.3. Le PIB à Parité de Pouvoir d’Achat (PPA)
Le PIB à Parité de Pouvoir d’Achat (PPA) permet de comparer les niveaux de vie réels entre les
pays, en tenant compte des différences de prix.
👉 Deux pays ayant le même revenu nominal peuvent offrir des niveaux de vie très différents
selon le coût de la vie.
Le PPA est donc plus pertinent que le PIB nominal pour analyser le bien-être réel des
populations.
3.4. Caractéristiques des pays en voie de développement
Les pays en voie de développement (ou sous-développés), comparés aux pays intermédiaires et
développés, présentent plusieurs caractéristiques majeures :
Pauvreté élevée, marquée par :
la sévérité de la pauvreté
l’intensité de la pauvreté
Inégalités sociales et économiques importantes
Chômage élevé, notamment :
chômage des personnes
sous-utilisation des facteurs de production
Croissance démographique rapide
Faiblesse de la gouvernance :
institutions fragiles
corruption
mauvaise gestion des ressources publiques
3.5. Contraintes majeures au développement
3.5.1. Le manque d’infrastructures de base
L’absence ou l’insuffisance :
de routes
d’électricité
d’eau potable
de services de transport
constitue un frein majeur à la production et au développement économique.
3.5.2. L’extraversion de l’économie
L’extraversion de l’économie signifie que les pays en voie de développement :
produisent ce qu’ils ne consomment pas
consomment ce qu’ils ne produisent pas
👉 Le développement durable passe par la production locale, la transformation sur place des
ressources et la réduction de la dépendance extérieure.
3.5.3. La désindustrialisation et l’insuffisance productive
Beaucoup de pays en développement souffrent :
d’une faible industrialisation
d’une incapacité à transformer leurs matières premières
Cela limite la création de valeur ajoutée et d’emplois.
3.5.4. La problématique de l’endettement
L’endettement excessif constitue un obstacle majeur au développement.
On distingue :
a) Selon les créanciers
Dette bilatérale : dette contractée entre deux États (pays à pays)
Dette multilatérale : dette contractée auprès d’organisations internationales (FMI, Banque
mondiale)
Dette financière : dette contractée sur les marchés financiers
b) Selon l’origine
Dette intérieure : dette contractée à l’intérieur du pays
Dette extérieure : dette contractée auprès de créanciers étrangers
👉 Un endettement mal maîtrisé réduit la capacité de financement du développement.
3.5.5. La faible capacité d’absorption
La capacité d’absorption désigne la capacité d’un pays à :
utiliser efficacement les ressources financières
gérer les aides et les investissements
Dans les pays en voie de développement, cette capacité est souvent faible, ce qui limite l’impact
des politiques économiques.
3.5.6. L’insuffisance de l’esprit d’entrepreneuriat
L’absence ou la faiblesse de l’esprit d’entrepreneuriat constitue également un frein au
développement.
Elle se manifeste par :
un faible dynamisme du secteur privé
peu d’initiatives locales
une dépendance excessive à l’État ou à l’extérieur
👉 Le développement nécessite une culture entrepreneuriale forte, créatrice d’emplois et
d’innovation.
CHAPITRE 4 : THÉORIES DU DÉVELOPPEMENT
4.1. Contexte d’émergence des théories du développement
Les théories du développement apparaissent principalement après la Seconde Guerre mondiale,
dans un contexte marqué par :
la décolonisation,
l’émergence de nouveaux États indépendants,
les fortes inégalités entre pays riches et pays pauvres.
👉 C’est à cette période que l’on commence réellement à réfléchir aux causes du sous-
développement et aux moyens d’y remédier.
4.2. Théorie et politique : distinction fondamentale
Une théorie est une idée ou une explication scientifique, construite à partir d’hypothèses.
Une politique économique est l’application concrète de ces idées dans la réalité.
Les nouvelles nations faisaient face principalement à deux manques :
les technologies
les ressources financières
4.3. Les grands courants de pensée du développement
On distingue principalement deux grands courants initiaux :
les modernistes et les dépendantistes (ou indépendantistes).
4.4. Les théories modernistes (ou théories du rattrapage)
4.4.1. Principes généraux
Pour les modernistes, la pauvreté des pays pauvres est due à des facteurs internes, notamment
:
le manque de capital
le faible niveau d’éducation
l’insuffisance d’organisation et d’institutions
le faible esprit d’entreprise
👉 Selon eux, les pays pauvres doivent rattraper leur retard en suivant le modèle des pays
occidentaux.
4.4.2. La théorie des étapes de la croissance de Rostow
Walt Rostow est l’un des penseurs les plus célèbres des théories de rattrapage.
Il affirme que tous les pays passent par cinq étapes de développement :
La société traditionnelle
économie agricole
faible productivité
Les conditions préalables au décollage
amélioration de l’agriculture
développement des infrastructures (routes, transports)
début de l’épargne et de l’investissement
Le décollage (take-off)
création de certaines industries
croissance rapide sur une période relativement courte
La marche vers la maturité
diversification de l’économie
transformation de la structure de la population active
L’ère de la consommation de masse
orientation vers la satisfaction des besoins de la population
niveau de vie élevé
👉 Pour Rostow, les pays sous-développés doivent suivre ces étapes pour devenir développés.
4.5. Les théories dépendantistes (ou indépendantistes)
4.5.1. Principes généraux
Pour les dépendantistes, la pauvreté des pays pauvres est le résultat d’une injustice du système
économique international.
👉 Les pays riches se sont enrichis grâce à :
l’exploitation des colonies
l’esclavage
l’extraction des ressources naturelles des pays pauvres
➡ « Les riches s’enrichissent de la pauvreté des pauvres ».
4.5.2. Les principaux arguments dépendantistes
Système commercial international injuste
Détérioration des termes de l’échange
👉 rapport entre les prix des exportations et des importations, défavorable aux pays pauvres
Substitution des produits locaux par les importations
Endettement excessif, entraînant des spirales de dettes avec des taux d’intérêt élevés
Ces facteurs empêchent les pays pauvres de se développer malgré la croissance.
4.6. Croissance économique et développement : débat théorique
4.6.1. Les théories basées uniquement sur la croissance
Pour certains courants (modernistes, productivistes), la croissance économique est la clé du
développement.
👉 Cependant, l’expérience a montré que :
la croissance ne réduit pas toujours la pauvreté
elle n’élimine pas nécessairement les inégalités
4.6.2. Le courant dépendantiste et critique
Les dépendantistes affirment que :
la croissance économique est nécessaire, mais non suffisante
le développement est multidimensionnel
➡ La croissance touche l’aspect quantitatif,
➡ le développement touche l’aspect qualitatif et humain.
4.7. Les théories de la croissance économique
4.7.1. Malthus
Thomas Malthus observe que :
la population augmente plus vite que la production
cela conduit aux famines
👉 Il préconise :
le contrôle des naissances
l’abstinence
le mariage tardif
4.7.2. Ricardo
David Ricardo évoque un état stationnaire dans une économie agricole capitaliste, dû à la rareté
des terres fertiles.
4.7.3. Schumpeter
Joseph Schumpeter développe la théorie de la destruction créatrice.
👉 Pour lui :
la croissance est tirée par l’innovation
l’entrepreneur est l’acteur clé du développement
4.7.4. Marx
Karl Marx analyse la croissance à travers le rapport entre le capital et le travail, et met en
évidence les contradictions du capitalisme.
4.7.5. Solow (croissance exogène)
Robert Solow affirme que :
le capital doit croître au même rythme que le travail
à long terme, la croissance dépend surtout du progrès technologique, considéré comme
extérieur au système
👉 Limite : il néglige le rôle du capital humain.
4.7.6. La théorie de la croissance endogène
Développée par Romer, Lucas et Barro, elle met l’accent sur :
le capital humain
la technologie
le savoir, savoir-faire et expérience
👉 La croissance vient de l’intérieur du système économique.
4.8. Le développement humain
À partir des années 1970–1980, apparaît le courant du développement humain.
Il met l’accent sur :
l’éducation
la santé
l’alphabétisation
l’emploi
Amartya Sen (Prix Nobel 1998)
Il définit le développement comme une extension des libertés humaines.
👉 Le développement ne se limite pas au revenu, mais à la capacité des individus à choisir leur
vie.
4.9. Le développement durable
Le courant du développement durable prend en compte :
les conséquences environnementales
la responsabilité envers les générations futures
Il combine :
croissance économique
justice sociale
protection de l’environnement
CHAPITRE 5 : POLITIQUES ET PROGRAMMES DE DÉVELOPPEMENT
5.1. Les politiques de développement
Les politiques de développement regroupent l’ensemble des actions économiques, sociales et
institutionnelles mises en œuvre par les États et les organisations internationales pour favoriser
le développement des pays en voie de développement.
Elles se sont traduites, au fil du temps, par différents programmes d’aide et d’assistance,
adaptés aux contextes historiques et économiques.
5.2. Les programmes d’aide au développement
5.2.1. Les programmes d’assistance spéciale (années 1975–1980)
Ces programmes visaient principalement :
l’aide financière directe
le soutien budgétaire
l’assistance technique
👉 Leur objectif était de stabiliser les économies fragiles, mais ils ont montré des limites en
raison d’un manque de réformes structurelles profondes.
5.2.2. Les Programmes d’Ajustement Structurel (PAS) – années 1980–1990
Mis en place par le FMI et la Banque mondiale, les PAS visaient à corriger les déséquilibres
macroéconomiques.
Ils reposaient sur :
la réduction des dépenses publiques
la privatisation des entreprises publiques
la libéralisation des marchés
l’ouverture au commerce international
👉 Limites majeures :
aggravation de la pauvreté
hausse du chômage
réduction des dépenses sociales (santé, éducation)
5.3. Les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) : 2000–2015
Les OMD sont 8 objectifs mondiaux adoptés par les Nations Unies pour lutter contre la pauvreté.
Ils visaient notamment :
la réduction de l’extrême pauvreté et de la faim
l’accès à l’éducation primaire
l’amélioration de la santé
la promotion de l’égalité des sexes
👉 Les résultats ont été mitigés : des progrès réels, mais inégaux selon les pays.
5.4. Les Objectifs de Développement Durable (ODD) : 2017 à nos jours
Les ODD ont été adoptés en 2015 par l’ONU et sont mis en œuvre à partir de 2017.
Ils comprennent 17 objectifs, intégrant :
le développement économique
le développement social
la protection de l’environnement
la lutte contre la vulnérabilité environnementale
👉 Contrairement aux OMD, les ODD s’appliquent à tous les pays, développés et en
développement.
5.5. Le DSCRP (Document de Stratégie pour la Croissance et la Réduction de la Pauvreté)
Le DSCRP est un document national élaboré par les pays en développement dans le cadre des
OMD puis des ODD.
Il vise :
la croissance économique
la réduction durable de la pauvreté
l’amélioration de la gouvernance
la prise en compte des enjeux environnementaux
👉 Il sert de cadre de référence pour les politiques publiques et l’aide internationale.
5.6. Bilan des politiques et programmes de développement
Le bilan global des politiques de développement est mitigé.
Succès notables
Certains pays ont réussi à sortir de la pauvreté grâce à :
des politiques cohérentes
une bonne gouvernance
un investissement massif dans l’éducation et l’industrie
Exemples :
Corée du Sud
Chine
Dragons asiatiques (Singapour, Hong Kong, Taïwan)
Russie
Afrique du Sud
Facteurs clés de succès
Le succès des politiques de développement dépend :
des conditions internationales
mais surtout des efforts internes de chaque pays
👉 En définitive, le comportement interne, la gouvernance, la vision politique et l’engagement
national jouent un rôle déterminant dans la réussite du développement.
CHAPITRE 6 : QUELLES VOIES DE SORTIE DU SOUS-DÉVELOPPEMENT DANS UN MONDE
MONDIALISÉ ET COMPLEXE ?
6.1. Un monde compétitif et incertain
Le monde actuel est marqué par une forte compétition économique mondiale et une incertitude
croissante.
Dans ce contexte :
les pays développés disposent d’avantages technologiques, financiers et institutionnels,
les pays pauvres se retrouvent souvent en situation défavorable, avec une capacité limitée à
concurrencer les économies avancées.
👉 Cette situation contribue à la fragilisation de la croissance économique mondiale et à
l’élargissement des écarts entre pays.
6.2. La mondialisation technologique et ses défis
La mondialisation est aujourd’hui fortement portée par la technologie et le numérique.
Si elle offre des opportunités, elle pose aussi plusieurs défis, notamment :
la sécurité informatique
la dépendance technologique
la fracture numérique entre pays développés et pays en développement
👉 Les pays sous-développés risquent d’être exclus s’ils ne maîtrisent pas ces technologies.
6.3. Bouleversement des équilibres géopolitiques
6.3.1. La bipolarité
La bipolarité caractérise la période de la Guerre froide, dominée par deux blocs :
les États-Unis
l’URSS
Il s’agissait d’une guerre indirecte, idéologique et stratégique, sans affrontement militaire direct
majeur.
6.3.2. L’unipolarité
À partir des années 1990, avec la disparition de l’URSS, le monde est devenu unipolaire, dominé
par une seule grande puissance.
6.3.3. La multipolarité
Aujourd’hui, le monde évolue vers une multipolarité, caractérisée par l’existence de plusieurs
pôles de puissance (États-Unis, Chine, Union européenne, etc.).
6.4. Les nouveaux acteurs internationaux
Le système international n’est plus dominé uniquement par les États.
On distingue désormais :
les acteurs étatiques
les acteurs non étatiques, notamment :
les entreprises multinationales
les ONG
les organisations internationales
👉 Ces acteurs influencent fortement les trajectoires de développement des pays.
6.5. Les guerres asymétriques
Les guerres asymétriques opposent :
des États puissants
à des groupes non étatiques (milices, groupes armés)
Elles déstabilisent durablement les économies des pays pauvres et freinent le développement.
6.6. Défis démographiques et migrations
Les défis démographiques sont contrastés :
les pays riches font face au vieillissement de la population
les pays pauvres font face à :
une forte croissance démographique
un chômage massif
des migrations internes et internationales
👉 Ces déséquilibres posent des défis économiques et sociaux majeurs.
6.7. Les grands défis actuels du sous-développement
On peut regrouper les défis du sous-développement en quatre grands axes :
6.7.1. La pauvreté financière et multidimensionnelle
La pauvreté ne se limite pas au revenu, mais touche :
la santé
l’éducation
le logement
l’accès aux services de base
6.7.2. La transformation structurelle
Le développement exige une transformation structurelle :
changement de mentalités
transformation de la nature par le travail et la technologie
industrialisation et diversification économique
6.7.3. La maîtrise de la dynamique démographique
👉 « Il n’y a pas de richesse qui tombe du ciel : l’homme est l’auteur de sa propre richesse ».
Cela implique :
l’investissement dans la formation
le développement du capital humain
l’éveil des capacités intellectuelles et productives
6.7.4. Les crises et chocs exogènes
Les pays en développement sont très exposés aux :
catastrophes naturelles
crises sanitaires
chocs économiques externes
Ces chocs aggravent la vulnérabilité et freinent le développement.
6.8. Quelles perspectives pour sortir du sous-développement ?
La question des perspectives reste ouverte.
👉 Les voies de sortie du sous-développement passent par :
une meilleure gouvernance
l’investissement dans le capital humain
l’adaptation à la mondialisation
la transformation structurelle de l’économie
la résilience face aux chocs