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Mythologies: Les Naissances Du Monde

Le document présente un ouvrage intitulé 'Les Naissances du Monde', qui explore les mythologies grecque, japonaise, celte, dogon et tibétaine, en mettant en lumière les récits de création et les figures divines. Les auteurs, Claude Helft, Michèle Mira Pons, Florence Noiville et Anne Tardy, offrent une interprétation des mythes fondateurs et des dieux qui peuplent ces cultures. Illustré par Anne-Lise Boutin, ce livre vise à transmettre des histoires essentielles pour comprendre l'univers et la culture humaine.

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Mythologies: Les Naissances Du Monde

Le document présente un ouvrage intitulé 'Les Naissances du Monde', qui explore les mythologies grecque, japonaise, celte, dogon et tibétaine, en mettant en lumière les récits de création et les figures divines. Les auteurs, Claude Helft, Michèle Mira Pons, Florence Noiville et Anne Tardy, offrent une interprétation des mythes fondateurs et des dieux qui peuplent ces cultures. Illustré par Anne-Lise Boutin, ce livre vise à transmettre des histoires essentielles pour comprendre l'univers et la culture humaine.

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Les Naissances du Monde

Mythologies
GRECQUE, JAPONAISE, CELTE,
DOGON et TIBÉTAINE

Claude Helft
Michèle Mira Pons
Florence Noiville
Anne Tardy ACTES SUD junior
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En racontant la naissance du monde, les mythes


donnent aux hommes des clés pour comprendre
et interpréter l’univers qui les entoure.

Découvrez ou redécouvrez les mythes fondateurs des


dieux colériques de l’Olympe en Grèce, des foison-
nants kami qui peuplent l’archipel du Japon, des créa-
tures mythiques décrites par les druides celtes, des
singuliers masques et danses des Dogon et des mysté-
rieuses légendes qui se racontent au Tibet, sur le toit
du monde.

Illustrations d’Anne-Lise Boutin


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Les Naissances du Monde

Mythologies
GRECQUE, JAPONAISE, CELTE,
DOGON et TIBÉTAINE
Claude Helft, Michèle Mira Pons, Florence Noiville
et Anne Tardy
Illustrations d’Anne-Lise Boutin

ACTES SUD junior


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La Mythologie grecque
Florence Noiville
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À Raphaëlle, Mathilde, Étienne,


Juliette, Hippolyte et à toi,
mon cher Ulysse.
Que ces histoires soient
comme des petits cailloux blancs
dans vos mémoires.
Comme ces îles que,
de ma fenêtre, je vois scintiller
sur la mer violette.
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LA CRÉATION DU MONDE
Nous sommes à l’aube des temps. Ni les dieux ni les
mortels n’existent. La terre, l’eau, le feu et le vent sont
mélangés et forment un énorme magma confus : le Chaos.
C’est du Chaos que tout est issu. De lui jaillissent
d’abord le Jour et la Nuit. Puis Gaïa, la Terre, se dégage
de cet enchevêtrement. Gaïa est la plus ancienne des
divinités grecques, la mère de tous les êtres vivants. Elle
enfante Ouranos, le Ciel étoilé, la voûte magique qui fait
rêver les hommes depuis des millénaires. Elle le fait juste
à sa mesure pour que le Ciel et la Terre s’épousent exac-
tement, un peu comme les deux coques d’une noix. À eux
deux, Ouranos et Gaïa forment le couple le plus ancien
de la mythologie.

Cronos, le dévoreur d’enfants


Un couple qui va avoir de drôles d’enfants ! Les pre-
miers-nés sont des créatures gigantesques, les Titans.
Puis viennent les Cyclopes, qui n’ont qu’un œil au milieu
du front, et les géants Hécatonchires, armés de cent bras
et d’une force irrésistible.
Ouranos n’est pas un père très affectueux. Craignant
que ses enfants ne prennent sa place, il les enferme au
fond des Enfers, dans une région appelée le Tartare (lire
p. 31). Mais un jour, ceux-ci se révoltent. Le plus jeune
des Titans, Cronos, dont le nom signifie “temps”, prend
la tête de la rébellion. D’une façon assez cruelle, du reste.
D’un coup de faucille, il tranche le sexe de son père,
Ouranos – c’est du moins ce que dit la légende. Puis il le
tue. Il devient ainsi le maître de l’univers.
Il n’est pas toujours facile, même à cette époque, de se
maintenir au poste convoité de maître de l’univers. Pour

LA MYTHOLOGIE GRECQUE 7
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ce faire, Cronos doit promettre à ses frères et sœurs de


n’avoir aucune descendance. De cette façon, ses frères et
sœurs, ou leurs enfants, pourront eux aussi régner sur le
monde, le moment venu. Mais comment faire pour éli-
miner sa progéniture ? C’est très simple. Chaque enfant
qui naît de lui, Cronos le dévore purement et simple-
ment. Inutile de dire la colère de son épouse, Rhéa.
Lorsque naît son sixième petit, un garçon, qu’elle
appelle Zeus, Rhéa, pour le sauver, part le cacher dans
les montagnes. À la place, elle présente à Cronos un long
caillou enveloppé dans un lange. Sans flairer la super-
cherie, Cronos n’en fait qu’une bouchée. Zeus est ainsi
le seul qui échappe à la gloutonnerie de son père. Mais il
n’est pas près de lui pardonner !

Zeus, Poséidon, Hadès et les autres


C’est en Crète, la grande île de la mer Égée, que Rhéa
a caché son fils. Il est élevé par la chèvre Amalthée qui le
nourrit de son lait crémeux. Mais, devenu grand, Zeus n’a
qu’une idée : se venger de son père monstrueux. Avec sa
mère Rhéa, ils mettent au point un stratagème. Ils font ava-
ler à Cronos un breuvage préparé par eux et qui est en fait
un puissant vomitif. Encore une fois, la ruse marche à mer-
veille. Cronos régurgite d’un coup toute sa progéniture.
Et c’est ainsi que réapparaissent Poséidon, Hadès, Hestia,
Déméter et Héra, les cinq grands frères et sœurs de Zeus.
Ils deviendront tous des dieux et des déesses de première
importance. Sous l’autorité de Zeus, le dieu des dieux, ils
vont siéger sur l’Olympe. Là, ils seront rejoints par d’autres
divinités : Aphrodite, Apollon, Arès, Artémis, Athéna,
Héphaïstos et enfin Hermès. Douze en tout. Ce sont les
grands dieux primordiaux de la mythologie, ceux que les
anciens Grecs adoreront pendant quelque mille ans.

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L’OLYMPE, DEMEURE DES DIEUX


Avec ses sommets enneigés et drus, le mont Olympe
(2917 mètres) est situé au nord de la Grèce, entre la Thessalie et
la Macédoine. Son sommet est presque toujours voilé par des
écharpes de nuages. C’est là, pensent les Grecs de l’Antiquité, que
demeurent les dieux. Ils y festoient lors de banquets somptueux. Ils
y boivent le nectar, une boisson sucrée provenant de la distillation
de plantes, et se régalent d’ambroisie, une nourriture à base de miel
qui leur assure le bonheur et l’immortalité. Du sommet de l’Olympe,
les dieux décident du sort de tout ce qui les entoure.

LA MYTHOLOGIE GRECQUE 9
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DOUZE DIEUX SUR L’OLYMPE


Au sommet de la hiérarchie des dieux, Zeus est donc
le dieu tout-puissant. Celui qui ordonne au ciel, lance des
éclairs et déchaîne le tonnerre. Autour de lui, voici par
ordre alphabétique les autres dieux qui habitent l’Olympe :

Aphrodite : la déesse de la Beauté et de l’Amour.


Charmeuse, nul ne lui résiste. Zeus lui a donné comme
époux le plus laid de tous les dieux, Héphaïstos le boi-
teux. Divine, elle peut être aussi redoutable lorsqu’elle
insuffle la passion que rien n’arrête.

Apollon : le dieu de la Lumière et du Soleil. Fils


de Zeus, son nom est devenu synonyme de beauté. Il est
l’inspirateur des musiciens et des poètes. Et aussi de la
Pythie de Delphes qui habite dans son temple (lire p. 41).

Arès : le dieu de la Guerre. Avec sa taille gigantesque


et sa voix tonitruante, il est toujours prêt à se battre et à
répandre le sang. Il est accompagné de ses écuyers, parmi
lesquels Phobos, dont le nom signifie la Crainte.

Artémis : la déesse de la Chasse. Elle est la sœur


jumelle d’Apollon. Armée de ses flèches d’argent, il lui
arrive d’être très cruelle. Comme avec Actéon, un jeune
chasseur qui l’avait surprise nue dans une rivière, qu’elle
a changé en cerf et qui a fini dévoré par les chiens sous
ses yeux.

Athéna : la déesse de la Guerre, des Sciences, des Arts


et de l’Intelligence. Son père, Zeus, était amoureux de
Métis qui se métamorphosait sans cesse pour lui échapper.

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Un jour que Métis s’était transformée en mouche, Zeus


l’avala. Il en eut de violentes migraines. À tel point qu’il
dut demander à Héphaïstos de lui fendre le crâne à la
hache pour le soulager. À cet endroit du crâne, Athéna est
sortie, casquée et armée d’une lance. Athéna, la déesse aux
yeux pers, est l’enfant chérie de Zeus. C’est la protectrice
d’Athènes à qui elle a fait don de l’olivier.

Hadès : le dieu des Enfers. Assis au fond de son


royaume souterrain, son sceptre à la main, il règne,
impitoyable, sur les âmes des morts. Il porte parfois un
casque qui le rend invisible. Dieu redoutable, nul n’aime
vraiment le rencontrer, pas même les dieux.

Héphaïstos : le dieu du Feu et des Forgerons. Fils de


Zeus et d’Héra, difforme, il est le plus repoussant de tous
les dieux. Ce qui ne l’a pas empêché d’épouser Aphrodite,
laquelle lui est peu fidèle. Extrêmement habile, il forge
les armes des dieux ou des héros, comme le trident de
Poséidon ou la cuirasse d’Héraclès.

Héra : la plus puissante des déesses de l’Olympe.


Belle, fière et orgueilleuse, elle ne pouvait épouser qu’un
seul dieu, Zeus. Hélas, ce dernier n’est pas le plus fidèle
des maris et Héra, extrêmement jalouse, persécute toutes
celles qu’il a aimées.

Hermès : le messager de Zeus, dieu des Voyageurs,


des Marchands, des Commerçants et des Voleurs. Le plus
jeune fils de Zeus et d’une nymphe. Il est le plus rusé de
tous les dieux et aussi le plus rapide, car il porte des san-
dales et un casque ailé. Il est aussi l’inventeur, disent les
Grecs, de l’alphabet et des poids et mesures.

LA MYTHOLOGIE GRECQUE 11
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Hestia : déesse du Foyer. Douce et charitable, c’est


l’une des déesses les plus aimées des Grecs. Chaque feu
brûlant dans la maison lui est dédié et on lui fait une
offrande lors des repas.

Poséidon : dieu de la Mer. Frère de Zeus, il est le


maître de la Méditerranée, respecté et craint de tous
les marins grecs. Il déchaîne les tempêtes d’un coup de
trident et vit au fond de l’eau, dans un palais de nacre.

PETITE TABLE DE CORRESPONDANCES


Autour du VIIIe siècle avant Jésus-Christ, des Grecs ont établi
des colonies en Italie du Sud et en Sicile. Ils ont fondé ce qu’on
a appelé la Grande Grèce. C’est sans doute leur influence qui a
conduit les Romains, plus tard, à “annexer” la mythologie grecque.
Ainsi, chaque divinité porte-t-elle un nom qui lui correspond chez
les Romains. Voici une petite table de correspondances :

Zeus : Jupiter Aphrodite : Vénus


Apollon : Phébus Arès : Mars
Artémis : Diane Athéna : Minerve
Hadès : Pluton Héphaïstos : Vulcain
Héra : Junon Hermès : Mercure
Hestia : Vesta Poséidon : Neptune

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LA NAISSANCE DES HOMMES


Le monde est créé. Les dieux règnent. Tout est en
place pour que commencent les grandes histoires fonda-
trices de notre culture, les mythes.

Prométhée, le voleur de feu


L’un d’eux est celui de Prométhé[Link] est en place,
disions-nous, sauf… Oui, au fait, où sont les hommes,
les simples mortels ? Les hommes, justement, c’est
Prométhée qui va les fabriquer. Avec de l’eau, de l’argile
et l’aide de Zeus, évidemment.
Car les dieux finissent par s’ennuyer, seuls sur
l’Olympe. Cette nature manque d’animation. C’est
pourquoi ils chargent Prométhée et Épiméthée, les deux
fils d’un Titan, d’en mettre un peu. Prométhée créera
les hommes, tandis qu’Épiméthée inventera toutes sortes
d’animaux.
Mais tandis qu’Épiméthée distribue aux animaux
des ailes, des poils et tout ce qu’il faut pour se défendre,
Prométhée, lui, observe les créatures qu’il a faites. Ne leur
manque-t-il pas quelque chose ? Les hommes sont là, nus
et sans défense, à grelotter lorsqu’il fait froid. Prométhée
a une idée : il va les aider, il va leur faire don du feu.
Or le feu, la flamme magique qui éclaire et qui
réchauffe, est justement le privilège des dieux. Comment se
le procurer ? Selon une version de la légende, Prométhée
se rend sur l’Olympe où il dérobe au char du Soleil une
étincelle. Selon une autre version, il va sur l’île de Lemnos
dans les forges du dieu du feu, Héphaïstos. Là, il vole un
peu de braise qu’il cache dans la tige d’une férule.
Mais Zeus ne tarde pas à s’en apercevoir. Quoi ? Des
flammes ! Qui a osé ? Ces mortels se prendraient-ils

LA MYTHOLOGIE GRECQUE 13
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pour des dieux ? Furieux, Zeus médite déjà sa vengeance.


Il punira Prométhée, il punira les hommes.
Prométhée a droit à un châtiment célèbre. Par Héphaïstos,
il est enchaîné à un rocher au sommet du mont Caucase. Il
ne voit que le ciel, d’où, chaque jour, un aigle gigantesque
descend et lui dévore le foie. Celui-ci renaît sans cesse, mais,
sans cesse, le rapace revient le déchiqueter de son bec crochu.
On dit que ce supplice devait durer mille ans.

Pandore et sa boîte maudite


Quant aux hommes, c’est une autre punition que
Zeus leur concocte. Il demande à Héphaïstos de forger
une femme sublime, irrésistible. Elle s’appelle Pandore,
ce qui en grec veut dire “douée de tous les dons”. Elle a
reçu tout ce dont on peut rêver : la grâce, le charme, la
ruse, la force… Car chacun des dieux lui a fait un présent.
De Zeus elle a reçu un cadeau inattendu – et empoisonné :
une boîte bien close qu’il lui recommande de garder fer-
mée. Puis il envoie Pandore sur la Terre, avec comme mis-
sion de séduire les mortels et de les conduire à leur perte.
Mais Pandore ignore ce pour quoi elle a été faite. Sur
Terre, elle épouse Épiméthée qui ne résiste pas longtemps
à ses charmes. Épiméthée, on s’en souvient, est le frère de
Prométhée et son nom signifie “qui réfléchit trop tard”.
Pourquoi trop tard ? Parce que Pandore est dévorée de
curiosité. Cette boîte que Zeus lui a demandé de mainte-
nir fermée ne cesse de l’intriguer. Elle la tourne, la sou-
pèse : que peut-elle contenir ? Un jour, n’y tenant plus,
elle finit par entrouvrir le couvercle. Épiméthée voudrait
l’en empêcher, mais… trop tard !
De la boîte fatale s’échappent des créatures mena-
çantes comme une nuée d’affreux moustiques. Ce sont
tous les maux, toutes les misères et tous les crimes de

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l’humanité. La violence, la folie, la maladie, la jalousie,


l’injustice, le désespoir, le chagrin, la misère, la guerre,
le mensonge… Une cohorte de mauvaises passions, de
peines, de ressentiments et d’angoisses diverses. Bref,
tous ces maux encore inconnus des hommes s’échappent
à jamais de la boîte de Pandore. Tous sauf un, qui reste
emprisonné, in extremis : l’espoir.
Zeus a envoyé aux hommes tous les tourments pos-
sibles, mais il leur a laissé l’espoir, seul capable de leur
rendre supportable le cortège de joies et de vicissitudes
qui marque leur passage sur la Terre.

LA MYTHOLOGIE GRECQUE 15
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AU BON VOULOIR DES DIEUX


Aux douze dieux qui siègent sur l’Olympe, vont pro-
gressivement s’en ajouter beaucoup d’autres.
Il y a par exemple Pan, le dieu des Troupeaux et des
Bergers, un peu difforme avec son torse d’homme et sa tête
de bouc. Il y a Éros, fils d’Hermès et d’Aphrodite, le dieu
de l’Amour, celui qui invite les choses à se rapprocher pour
créer la vie. Il y en a de moins connus comme Hébé, la déesse
de l’Éternelle Jeunesse, qui verse aux dieux leur nectar de
jouvence. Au fil du temps et des conquêtes, les Grecs vont
même accueillir dans leur panthéon (le temple de tous les
dieux) des dieux étrangers venus d’ailleurs – d’Égypte, par
exemple, comme le dieu chacal Anubis.

Bref, les anciens Grecs, comme plus tard les anciens


Romains, adoraient non pas une seule, mais de très
nombreuses divinités. On dit de leur religion qu’elle est
polythéiste, c’est-à-dire qu’elle admet l’existence de plu-
sieurs dieux.

Ces demi-dieux qui sont presque des dieux


Il y a les dieux. Il y a les simples mortels. Et, entre les
deux, il y a une troisième catégorie, intermédiaire, en
quelque sorte. Ce sont les demi-dieux que l’on appelle
aussi les “héros”, et qui sont, à l’origine, les enfants d’un
dieu et d’une mortelle (ou l’inverse). Peu à peu, les Grecs
ont appelé héros tous les hommes qui se distinguent
par leur force, leur témérité et leurs exploits. Le poète
Homère, qui a écrit L’Iliade et L’Odyssée, a rendu célèbres
des héros de la guerre de Troie, comme Achille ou Ulysse
(lire p. 32). Mais le plus fameux des héros grecs est sans
doute Héraclès, Hercule chez les Romains.

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Héraclès est d’une taille extraordinaire et d’une force


incroyable. Il mange comme quatre et tue un bœuf qu’il
dévore tout entier lorsqu’il a faim. Tout petit déjà, il
montre qu’il est de race divine en étouffant deux serpents
dans son berceau. Mais la force, parfois, égare le brutal
Héraclès. C’est ainsi qu’un jour, dans un accès de fureur,
il tue ses enfants. Pour racheter ses crimes, il doit accom-
plir douze exploits extraordinaires. Sorti victorieux de
toutes ces épreuves, Héraclès deviendra le symbole de la
force et de l’énergie. Il accédera aussi à l’immortalité, ce
qui montre que lorsqu’on est un héros, on peut quelque-
fois devenir un (presque) dieu.

LES DOUZE TRAVAUX D’HÉRACLÈS


1 / Combattre le lion de Némée, une bête redoutable
qui terrorise la vallée du même nom.
2 / Tuer l’hydre de Lerne, un monstre à neuf têtes de serpents.
3 / Capturer le féroce sanglier d’Érymanthe.
4 / Attraper les juments folles de Diomède.
5 / Dompter l’indomptable taureau de Crète.
6 / Ramener en Grèce les précieux bœufs de Géryon.
7 / Capturer la biche de Cérynie, une biche magique
aux cornes d’or.
8 / Tuer les oiseaux du lac de Stymphale qui se nourrissent
de chair humaine.
9 / S’emparer de la ceinture de la cruelle reine des Amazones.
10 / Nettoyer les écuries d’Augias dont Héraclès viendra
à bout en détournant le cours d’un fleuve.
11 / Rapporter les pommes d’or des Hespérides.
12 / Capturer Cerbère aux Enfers.

LA MYTHOLOGIE GRECQUE 17
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Des dieux à l’image des hommes


Du reste, les dieux grecs ressemblent étrangement aux
humains. Ils ont leurs qualités et leurs défauts. Ils sont pas-
sionnés, amoureux, capricieux, rusés, jaloux… Zeus, le dieu
des dieux, est particulièrement connu pour ne pas résister au
charme des dames. Europe, Io, Léda, Égine… : on ne compte
plus ses conquêtes. Pour séduire ces jolies femmes, il use de
tous les stratagèmes. C’est ainsi qu’il se transforme en cygne
pour approcher Léda et en taureau pour enlever Europe. Il
change Io en vache et arrose Danaé d’une pluie d’or. Tout cela
pour que son épouse, Héra, ne se doute de rien.
Car Zeus est marié. Et Héra est très jalouse. D’ailleurs,
elle finit toujours par se venger de ses infidélités. Exemple :
la métamorphose de Io ne l’a pas trompée. Elle sait bien
que celui qui la convoite n’est autre que Zeus sans doute
changé en taureau pour l’occasion. Alors Héra lance sur Io
un énorme taon qui la harcèle sans cesse. Cette bête rend
Io si furieuse qu’elle l’oblige à galoper à travers la Grèce
sans s’arrêter. Voilà ce qu’il vous en coûte d’avoir, même
sans le vouloir, offensé la maîtresse de l’Olympe !

Toujours plus forts que les mortels


Quoi qu’il arrive, les dieux sont toujours les plus
forts. Ils savent tout, entendent tout, voient tout. Encore
mieux qu’Argos, ce berger qui a cent yeux et voit dans
cent directions à la fois !
Très souvent, les dieux usent de ces pouvoirs pour pro-
téger les héros et les mortels. Ulysse, le héros de L’Odyssée,
subit de nombreuses épreuves (lire p. 32), mais Athéna veille
sur lui tout au long de son voyage. Même Zeus peut être
attendri par de simples mortels qu’il aide et libère de leurs
soucis. C’est le cas de Philémon et Baucis qui s’aimaient si
fort qu’ils étaient terrifiés à l’idée d’être séparés par la mort.

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Mais que les mêmes mortels s’avisent de désobéir ou


de rivaliser avec eux, alors le châtiment des dieux est ter-
rible. Un exemple ? Celui de Tantale dont le supplice est
aujourd’hui une expression familière. Le roi Tantale, qui
avait tout pour être heureux, a voulu avoir encore plus. Il
a tenté de voler aux dieux le nectar et l’ambroisie. Ceux-ci
ne l’ont pas supporté et la punition de Tantale ne s’est pas
faite attendre. Immergé dans une rivière, Tantale meurt
de soif. L’eau est douce et transparente, mais chaque fois
qu’il approche ses lèvres, elle se retire. Et le désir est tou-
jours plus brûlant.
Un autre exemple ? Celui de Sisyphe. Sisyphe a sur-
pris Zeus métamorphosé en aigle enlever une belle jeune
fille du nom d’Égine. Or, il n’a pas su tenir sa langue et
il l’a dénoncé. Zeus, furieux, le condamne à rouler un
énorme rocher en haut d’une montagne. Mais dès que le
rocher est monté, il redescend, et tout est à recommen-
cer. Et Sisyphe doit rouler son rocher encore et encore,
pour l’éternité…

On le voit, les dieux grecs sont omniprésents.


Impossible de leur échapper lorsqu’on est un mortel, un
héros ou même un autre dieu. On peut tenter de leur
ressembler ou de ruser avec eux, cela marche quelquefois.
Mais, la plupart du temps, la volonté des dieux, c’est-
à-dire le destin, finit par rattraper ceux qui s’y sont risqués.
C’est ce que montrent les histoires qui vont suivre.

LA MYTHOLOGIE GRECQUE 19
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PHILÉMON ET BAUCIS
Un jour, Zeus et Hermès, habillés en simples voyageurs, des-
cendent sur terre pour s’y divertir.
Le soir venu, dans un village, ils demandent l’hospitalité mais
se heurtent à des habitants peu gracieux. Partout, on leur claque
la porte au nez, on les chasse à coups de pierres. L’hospitalité est
une chose très importante en Grèce. Zeus et Hermès sont choqués
lorsqu’ils arrivent à une minuscule masure. C’est celle d’un vieux
couple bien misérable, Philémon et Baucis. Les deux vieux n’ont
presque rien, mais s’empressent de tuer leur unique oie et de ras-
sembler sur la table le peu de lait et de miel qui leur reste, pour
recevoir dignement leurs hôtes. C’est alors qu’ils s’aperçoivent que
le broc de lait et le pot de miel se remplissent tout seuls, miraculeu-
sement… Philémon et Baucis comprennent que les deux hommes
ne sont pas des voyageurs ordinaires mais des dieux.
Pour les remercier de leur hospitalité, Zeus et Hermès leur
demandent de faire un vœu. Les deux vieillards disent qu’ils ne
souhaitent rien d’autre que rester l’un près de l’autre, même
au-delà de la mort, tant l’amour qu’ils éprouvent l’un pour l’autre
est intense. Alors Zeus les change en arbres. L’un en chêne, l’autre
en tilleul. On dit que les deux arbres, les soirs de brise, mêlent dou-
cement leurs branchages. Par la grâce de Zeus, Philémon et Baucis
sont ensemble pour toujours.

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THÉSÉE
On peut triompher de la mort par la ruse, à condi-
tion de ne pas se laisser rattraper par son étourderie.
C’est ce qu’apprendra Thésée à ses dépens. Fils du roi
d’Athènes, Égée, et de la princesse Æthra, Thésée est un
héros valeureux. Toujours partant pour braver les dan-
gers, il a combattu les Amazones et les Centaures, triom-
phé des bêtes sauvages et des géants. Il a accompli mille
exploits. Mais le plus extraordinaire d’entre eux reste sa
victoire sur le Minotaure. Voici comment il s’y prit pour
tuer ce monstre épouvantable, cette créature à corps
d’homme et à tête de taureau, qui se nourrissait de chair
humaine.

Un monstre mi-homme, mi-taureau


Un jour, à Athènes, Thésée entend une plainte mon-
ter de la ville. Comme un cri de deuil. Il interroge le roi,
son père. Que se passe-t-il donc ?
Égée est accablé. Il y a quelques années, explique-
t-il, Minos et les Athéniens se sont fait la guerre.
Minos nous a vaincus, dit-il, et il nous impose désor-
mais ses terribles conditions. Chaque année, nous devons
lui livrer quatorze jeunes Athéniens, sept garçons et sept
filles, qu’il donne à manger au Minotaure.
Le Minotaure, un monstre mi-homme, mi-taureau,
est tenu enfermé par Minos dans un labyrinthe. La bête
a un appétit féroce : quiconque s’en approche est dévoré
sur-le-champ.
Thésée s’insurge : comment accepter pareil destin
pour ces innocents ? Comment faire cesser cette injus-
tice ? Si Égée semble s’y résigner, Thésée, lui, ne s’y
résout pas.

LA MYTHOLOGIE GRECQUE 21
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– Père, je veux être de l’expédition, supplie-t-il. Sur


le bateau qui fera voile vers la Crète, je serai le septième
homme. Je combattrai le Minotaure. Pour l’honneur
d’Athènes, je veux faire cesser cette injustice.
Le vieil Égée voudrait s’y opposer. Son propre fils,
s’embarquer pour un si grand péril ? L’idée lui est insup-
portable. Il tente de le raisonner. Mais il sent bien que
Thésée ne renoncera pas. Alors, pense-t-il, il n’a plus
qu’à prier. Il implorera les dieux en attendant son retour.

Chaque jour, je guetterai la voile blanche


En accompagnant son fils jusqu’au bateau qui va
l’emporter vers la Crète, Égée est au désespoir.
Soudain, il lui vient une idée, qu’il souffle à Thésée.
La voile du bateau est noire, c’est la couleur de la mort.
Mais si, par bonheur, Thésée réchappe de cette expédi-
tion, alors il devra hisser une voile blanche, éclatante. Ce
sera le signe de la victoire.
– Chaque jour, dit Égée, j’irai sur la falaise. Je guet-
terai ton retour. Et si, à l’horizon, je vois ce gréement
blanc, alors je saurai que tu es vivant.
Voici donc Thésée naviguant vers le royaume de
Minos. Un lourd silence pèse sur l’équipage. Aucun de
ces jeunes gens n’arrive à chasser de son esprit la vision
obsédante de la créature qui les dévorera tous.
Mais en route, Thésée voit Poséidon, le dieu de la
Mer, lui apparaître en songe. Poséidon révèle à Thésée
qu’il est aussi son père. Que lui, Poséidon, a pris sa mère
de force, la princesse Æthra, le soir de ses noces et que
Thésée a donc deux pères, Égée et Poséidon…
Puis il l’invite à plonger dans la mer, le lendemain
matin, pour retrouver un anneau d’or que Minos a perdu
jadis.

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Dès l’aube, le lendemain, Thésée plonge du pont du


bateau. Son corps, souple et agile, disparaît dans les pro-
fondeurs. Lorsqu’il remonte à la surface, il brandit un
anneau d’or, étincelant au soleil.
Ainsi, explique-t-il à ses amis pour les réconforter et
se rassurer lui-même, ainsi Poséidon avait raison. Thésée
est aussi le fils d’un dieu. Fils d’un dieu et d’une mortelle,
il est un héros. Voilà qui décuple ses forces au moment
où, à l’horizon, se profilent les rivages de la Crète.

Le fil d’Ariane
L’équipage est à peine débarqué en Crète que la
population s’est massée sur la côte, curieuse de voir le
visage des futures victimes. Ariane aussi est venue. Elle
est l’une des filles du roi Minos et de sa femme, Pasiphaé.
Tandis qu’elle observe les jeunes gens, elle remarque sou-
dain l’élégant Thésée. Bientôt, son cœur bat. Elle vou-
drait l’aider, l’aider à échapper au Minotaure.
Alors, elle a une idée. Elle propose à Thésée de lui
donner une bobine de fil avant qu’il ne pénètre dans le
labyrinthe. Avec ses mille et un couloirs, cet endroit est
bâti pour perdre quiconque s’y aventure. Mais grâce à ce
fil dont elle tiendra une extrémité, Thésée n’aura qu’à se
laisser guider pour revenir sur ses pas…
Sensible au charme de la jeune fille, Thésée saisit
cette chance sans hésiter. Et s’il réchappe de tout cela, il
promet qu’Ariane deviendra sa femme.
Les quatorze jeunes gens disparaissent dans le laby-
rinthe. Que s’y passe-t-il exactement ? On ne voit
plus rien que les ténèbres. Et l’on entend des mugis-
sements terrifiants, les cris du Minotaure déchaîné.
Certainement, Thésée s’est attaqué à lui. Certainement,
il y a au fond de ces couloirs un corps à corps sanglant.

LA MYTHOLOGIE GRECQUE 23
Ariane est folle d’inquiétude. Pourtant, oui, il lui semble
désormais sentir le fil bouger. N’en croyant pas ses yeux,
elle voit Thésée resurgir du labyrinthe. Sa ruse a fonc-
tionné. Thésée est vivant !

Ariane abandonnée
Tous repartent vers Athènes : les treize jeunes gens,
Thésée et Ariane. Mais soudain, une tempête éclate. Le
bateau doit faire halte dans l’île de Naxos. Ariane, épui-
sée, s’endort sur la plage.
À son réveil, elle fouille l’île. Rien. Ou plutôt,
l’inexplicable. Le bateau est reparti, la laissant seule sur
le rivage de Naxos. Que s’est-il passé exactement ? Ici,
les légendes divergent. S’agit-il d’un oubli ? D’une tra-
hison ? Ou Thésée a-t-il dû obéir à Dionysos, le dieu du
Vin, qui désirait épouser Ariane ? On dit qu’il passait
par là, en effet, au retour d’une expédition. Lorsqu’il a
vu Ariane, il a succombé à son charme. Plus tard, l’ayant
aidée à sécher ses larmes, il a demandé à la fille de Minos
d’oublier Thésée et de devenir sa femme.
Pendant ce temps, le bateau fait route vers Athènes.
Mais Thésée est préoccupé, et triste d’avoir dû laisser sa
fiancée. Son esprit est ailleurs. À moins que ce ne soient
les dieux, qui veulent le punir d’avoir abandonné Ariane.
Tant et si bien qu’il oublie la promesse faite à son père. Il
omet de hisser la voile blanche.
Fidèle à sa parole, le vieil Égée s’est rendu chaque jour
sur la falaise, plissant les yeux pour mieux voir l’horizon.
Ce qu’il discerne ce jour-là, c’est bien une voile noire,
qui revient vers l’Attique. Submergé par le chagrin, Égée
se jette du haut des rochers. Depuis ce jour, dit-on, la
mer de Grèce porte son nom.

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