0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
3 vues29 pages

Expose Solvant

Le document traite des solvants en chimie, en définissant leur rôle dans la mise en solution et en présentant les interactions intermoléculaires nécessaires à cette mise en solution. Il classifie les solvants en polaires et apolaires, ainsi qu'en donneurs et accepteurs d'électrons, tout en abordant les grandeurs thermodynamiques associées. Enfin, il discute du choix du solvant en chimie organique, notamment pour l'extraction et les réactions chimiques.

Transféré par

laurent per
Copyright
© All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
3 vues29 pages

Expose Solvant

Le document traite des solvants en chimie, en définissant leur rôle dans la mise en solution et en présentant les interactions intermoléculaires nécessaires à cette mise en solution. Il classifie les solvants en polaires et apolaires, ainsi qu'en donneurs et accepteurs d'électrons, tout en abordant les grandeurs thermodynamiques associées. Enfin, il discute du choix du solvant en chimie organique, notamment pour l'extraction et les réactions chimiques.

Transféré par

laurent per
Copyright
© All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

Agrégation interne de sciences physiques et chimiques

CHIMIE

Corinne Dupuy

MINISTERE DE L’EDUCATION NATIONALE


MINISTERE DE L’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR ET DE LA RECHERCHE
SOLVANT

Les interactions intermoléculaires (interactions de Van der Waals, liaisons hydrogène,


interactions hydrophobes) sont des prérequis indispensables.

L’exposé s’appuie sur la carte mentale suivante :

Après avoir défini la notion de solvant, une présentation rapide des quatre principaux items
est abordée. Le développement, au niveau post-bac, de différentes parties est enfin proposé1.

Le solvant est le constituant chimique d’un mélange homogène dont la fraction molaire est
grande devant la fraction molaire des autres constituants appelés solutés. Le mélange
homogène est nommé solution.

I. Mise en solution

La mise en solution d’un solide, d’un liquide ou d’un gaz a lieu si les interactions
intermoléculaires mises en jeu conduisent à un système thermodynamiquement plus stable
que celui de départ. Les phénomènes mis en jeu diffèrent suivant que l’espèce à mettre en
solution est non ionique ou non ionisable, ou ionique ou ionisable.

1. Composé non ionique ou non ionisable

C’est par exemple le cas des gaz (O2, N2, alcanes, alcènes, alcynes à chaînes courtes …), des
liquides (Br2(l), alcool, aldéhydes, cétones …) ou des solides (I2(s), glucose …).

La mise en solution peut être schématisée en deux étapes :

 Dispersion du composé au sein du solvant

Cette dispersion met en jeu la rupture des interactions composé-composé d’une part et
solvant-solvant d’autre part et la diffusion du composé au sein du solvant. Cette diffusion est

1
Faute de bibliographie facilement accessible, j’ai fait le choix de ne pas évoquer les liquides ioniques et de ne
pas développer la chimie des sels d’uranium.
accélérée par l’agitation du milieu. D’un point de vue thermodynamique, Hdispersion > 0
(rupture des interactions) et Sdispersion > 0 (augmentation du désordre).

 Solvatation du composé

La solvatation est l’organisation des molécules de solvant autour d’une molécule de composé.
Cette solvatation est d’autant plus importante que les interactions intermoléculaires composé-
solvant sont nombreuses et énergétiques. D’un point de vue thermodynamique, Hsolvatation < 0
(formation d’interactions) et Ssolvatation < 0 (organisation locale du solvant).

La mise en solution sera thermodynamiquement possible si et seulement si

(Hdispersion +Hsolvatation ) –T (Sdispersion +Ssolvatation ) < 0.

D’un point de vue purement qualitatif, il suffit de retenir que « qui se ressemble s’assemble »
d’où la classification des solvants proposée dans la deuxième partie.

2. Composés ioniques ou ionisables

C’est par exemple le cas des sels (NaCl (s), AgCl(s) …) ou des acides (HCl(g), acides
carboxyliques …) ou des bases (NH3(g), amines …).

La mise en solution des composés ionisables peut-être schématisée en trois étapes :

 Formation de paires d’ions.

Elle résulte de l’aptitude du solvant à créer un moment dipolaire induit important sur le
composé ionisable. Cette aptitude augmente avec la polarité du solvant.

 Dissociation de la paire d’ions.

Le solvant intervient par sa constante diélectrique r ; plus r est grand, plus l'interaction
électrostatique entre anion et cation dans la paire d'ions est faible et plus la paire d’ions est
facilement dissociée. En effet, pour des ions monochargés, la norme de la force d’interaction
électrostatique entre deux ions de charges opposées séparés par une distance d est donnée
e2
par : F  .
4 0 r d 2

 Solvatation des ions.

Le solvant intervient ici par sa polarité. Plus le solvant est polaire, plus l’interaction charge-
dipôle est importante. En effet, l’énergie d’interaction entre un ion de charge q et un dipôle de
moment dipolaire µ est donnée par
q cos  2
U  d,    
4 0 r d 2 d
q

La mise en solution des composés ioniques ne met en jeu que la dernière étape. La dissolution
d’un composé ionique cristallisé n’est thermodynamiquement possible que si les ions donnent
2
Liaisons intermoléculaires, Alain Gerschel, CNRS éditions
lieu à des interactions associatives fortes avec le solvant donc si le solvant est polaire.
Apparaît à nouveau la nécessité de classer les solvants.

II. Classification des solvants

Les grandeurs caractéristiques des solvants sont le moment dipolaires µ et la permittivité


relative r.
On peut ainsi dégager deux grandes classes de solvant : les solvants polaires et les solvants
apolaires.

1. Solvants polaires-apolaires

a. Solvant apolaires

On considère qu’un solvant est apolaire si son moment dipolaire µ est inférieur à 2,5 D ou si
sa permittivité relative r est inférieure à 15.
C’est le cas des hydrocarbures (hexane, cyclohexane, toluène), des étheroxydes (diéthyléther,
tétrahydrofurane, dioxanne), des amines (triéthylamine, pyridine, quinoléine) et de certains
solvants halogénés (tétrachlorométhane, trichlorométhane).
Ces solvants sont peu dissociants et peu ionisants. Ils conduisent à la formation de paires
d’ions peu réactives.

b. Solvants polaires

On considère qu’un solvant est polaire si son moment dipolaire µ est supérieur à 2,5 D ou si
sa permittivité relative r est supérieure à 303.

On distingue deux types de solvants polaires : les solvants polaires protiques et les solvants
polaires aprotiques.

 Les solvants polaires protiques.

Ces solvants polaires possèdent un hydrogène lié à un hétéroatome tel que l’oxygène ou
l’azote et peuvent donner des liaisons hydrogène.
C’est le cas de l’eau, des alcools (méthanol, éthanol), des amides (formamide,
méthylformamide).
Ces solvants sont fortement dissociants et solvatent bien les espèces ioniques ou très polaires.

 Les solvants polaires aprotiques

Ces solvants ne peuvent donner de liaison hydrogène.


C’est le cas du diméthylsulfoxyde (DMSO), du diméthylformamide (DMF), de l’acétonitrile
(CH3CN), du nitrométhane (CH3NO2), l’hexaméthylphosphorotriamide (HMPT).
Ces solvants sont dissociants et mettent en jeu des interactions fortes avec les ions.

Enfin, les solvants dont la permittivité relative est comprise entre 15 et 30 sont des solvants
peu polaires aprotiques. On peut citer la propanone (acétone) et l’éthanoate d’éthyle (acétate
d’éthyle). Ces solvants sont moyennement dissociants.

Il est possible d’établir des échelles de polarité des solvants. Ces échelles empiriques peuvent
être établies à partir de mesures spectroscopiques ou de mesures de cinétiques.

3
La classification polaire/apolaire n’est pas aussi tranchée. L’acide acétique ou acide éthanoïque est classé
dans les solvants polaires protiques du fait de sa proticité et non de sa polarité µ = 1,8 D et r = 6.
Cependant, si la classification précédente permet de prévoir la mise en solution ou non de
composés, elle doit être complétée par le pouvoir donneur ou accepteur du solvant lié aux
propriétés acidobasiques au sens de Lewis.

2. Solvant donneur-accepteur4

a. Solvant donneur

Un solvant donneur est un solvant capable de donner un doublet d’électrons.


Le doublet d’électrons est situé sur un hétéroatome (N ou O le plus souvent) dans le cas des
étheroxydes, des amines et des alcools.
Dans le cas de liaison fortement polarisée avec une charge partielle négative marquée sur
l’hétéroatome (DMSO, DMF, HMPT), le caractère donneur du solvant est très important.
De tels solvants solvatent très bien les cations.
On peut associer à ces solvants un « nombre donneur » ND déterminé à partir de mesures
d’enthalpie standard de réaction.

b. Solvant accepteur.

Un solvant accepteur est un solvant capable d’accepter un doublet d’électrons.


Ces solvants présentent des sites partiellement chargés positivement. C’est le cas de tous les
solvants protiques et des solvants polaires aprotiques.
Le pouvoir accepteur est d’autant plus fort que la charge positive est localisée.
Ces solvants présentent un excellent pouvoir solvatant vis-à-vis des anions.
On peut associer à ces solvants un « nombre accepteur » NA déterminé à partir de mesures de
déplacements chimiques en RMN du phospore.

c. Solvant amphotère

C’est un solvant à la fois donneur et accepteur.


On peut citer l’eau et les alcools.
Ces solvants solvatent bien les anions et les cations.

III. Grandeurs thermodynamiques liées au solvant.

La mise en solution d’un composé n’est possible que si l’état final du système (solution) est
plus stable que l’état initial (composé et solvant pris séparément). C’est la solvatation qui rend
la mise en solution thermodynamiquement favorable. Cette solvatation peut être mesurée par
une enthalpie standard de réaction.

1. Enthalpie standard de solvatation.

C’est l’enthalpie standard de réaction de la réaction de solvatation modélisée par l’équation de


réaction : C(g) = C(solvaté).
C’est une grandeur négative. Plus la valeur est faible plus le composé est solvaté est plus sa
mise en solution est thermodynamiquement favorable.
Dans le cas particulier où le solvant est l’eau, on parle d’enthalpie standard d’hydratation.
L’enthalpie standard d’hydratation est plus faible pour les cations que pour les anions. Elle
diminue lorsque la charge augmente5.

4
Solvents and solvent effects in organic chemistry, Reichardt Christian , VCH
5
Liaisons intermoléculaires, Alain Gerschel, CNRS éditions
2. Produit de solubilité

Dans le cas de composé ionique peu soluble, on définit le produit de solubilité Ks comme la
constante d’équilibre thermodynamique de la réaction de dissolution du composé dans l’eau
modélisée par l’équation de réaction : AxCy(solide) = x Ap-(aq) + y Cq+(aq).
C’est une grandeur thermodynamique tabulée à 25°C et qui ne dépend que de la température.
Elle permet, en particulier, d’accéder à la solubilité du composé dans l’eau.
Si l’anion ou le cation possède des propriétés acides ou basiques au sens de Brönsted, la
solubilité varie avec le pH de la solution.

3. Constante de partage.

On définit la constante de partage K comme la constante d’équilibre thermodynamique de la


réaction de partage d’un composé entre deux liquides non miscibles, modélisée par l’équation
de réaction C(liq1) = C(liq2).
K, comme toute constante d’équilibre thermodynamique, ne dépend que de T. Elle traduit
l’affinité du composé C pour le liquide 1 et pour le liquide 2. Si K > 1 alors C est plus soluble
dans le liquide 2 que dans le liquide 1.
La différence de solubilité d’un composé C dans différents solvants est mise à profit en
chimie organique pour l’isolement d’un produit, sa caractérisation et sa purification (cf IV).

IV Choix du solvant

Ce paragraphe s’intéresse plus particulièrement au choix du solvant en chimie organique.

1. Solvant d’extraction

Le but est d’extraire un composé organique à partir d’un produit naturel.


Le solvant peut-être l’eau. On réalise alors une hydrodistillation ou un entraînement à la
vapeur. On peut citer, par exemple, l’extraction du limonène à partir des écorces d’orange ou
du linalol et de l’acétate de linalyle à partir de la lavande.
Le solvant peut-être un solvant organique (cyclohexane ou dichlorométhane ou diéthyléther).
L’extraction se fait alors à reflux du solvant. On peut citer, par exemple, l’huile à partir des
cacahuètes ou du colza et la caféine à partir du thé. Pour limiter l’emploi du solvant et
augmenter l’efficacité de l’extraction, on utilise alors un extracteur Soxhlet6.
Il est à noter que le dichlorométhane qui était utilisé industriellement pour préparer du café
décaféiné au était abandonné au profit du CO2 supercritique beaucoup moins toxique.

2. Le solvant est le réactif.

Si la transformation chimique met en jeu la coupure d’une liaison chimique, la transformation


est une solvolyse. Si le solvant est l’eau, il s’agit d’une hydrolyse.

On peut citer :

 L’hydrolyse des halogénoalcanes tertiaires

6
Chimie organique expérimentale Mireille Blanchard-Desce, Bruno Fosset, François Guyot, Ludovic Jullien,
Serge Pascalin , Ed Hermann.
 L’hydrolyse des acétals7

 L’hydrolyse des dérivés d’acides carboxyliques8

 Hydrolyse acide des organométalliques

Cette hydrolyse permet la libération de l’alcoolate lié au métal suite à une synthèse avec un
organométallique (organomagnésien, organolithien, organocupratelithié, organozincite) ou
une réduction par un hydrure métallique (tetrahydroaluminate de lithium par exemple)

L’eau peut aussi donner lieu à des réactions d’addition. De telles transformations chimiques
sont qualifiées de réactions d’hydratation.

On peut citer :

 Hydratation des alcènes

 Ouverture des époxydes

Notons enfin, le rôle de donneur de proton du solvant (éthanol en général) dans la réaction de
réduction des aldéhydes et des cétones par le tétrahydroborate de sodium.

3. Effets de solvant

a. Influence sur la cinétique

L’interprétation de cet effet est basée sur le fait que les solvants polaires favorisent la
séparation des charges. On peut alors établir le tableau suivant9 :

7
L’eau peut être remplacée par la propanone. La transformation chimique est alors une transacétalisation et
correspond à une propanolyse.
8
Dans le cas des esters, l’eau peut être remplacée par du méthanol (resp. éthanol). La transformation chimique
est alors une transestérification et correspond à une méthanolyse (resp.éthanolyse).
9
Chimie organique avancée Carrey et Sundberg Ed de Boech
+
+

+
+

Ainsi, une réaction mettant en jeu un carbocation à partir d’une espèce neutre (substitution
nucléophile monomoléculaire sur un halogénoalcane) sera plus rapide dans un solvant polaire
protique.

b. Influence sur la nucléophilie

Un anion est plus nucléophile dans un solvant polaire aprotique que dans un solvant polaire
protique. En effet, en solvant polaire aprotique, l’absence d’interactions par liaison hydrogène
rend le doublet d’électrons de l’anion plus disponible pour réagir avec l’électrophile.

c. C-alkylation ou O-alkylation10.

L’O-alkylation est majoritaire quand le contre-ion de l’énolate est plus solvaté et donc
l’énolate moins solvaté. L’O-alkylation est prépondérante dans un solvant polaire aprotique,
la C-alkylation est prépondérante dans un solvant peu polaire ou dans un solvant protique.

4. Le solvant en synthèse organique

a. Milieu réactionnel

Le choix du solvant est en général guidé par une bonne mise en solution de l’ensemble des
réactifs afin d’obtenir un milieu homogène favorable à une bonne vitesse de réaction. Quand
les réactifs sont dans deux phases différentes, il est possible de faire appel à des catalyseurs de
transferts de phase pour améliorer la cinétique de la réaction.
Signalons enfin le rôle particulier du solvant (cyclohexane, toluène ou xylène) dans un
montage de Dean-Stark11. Le choix du solvant permet ici une distillation hétéroazéotropique

10
Chimie organique avancée Carrey et Sundberg Ed de Boech
permettant l’élimination de l’eau du milieu réactionnel ce qui améliore le rendement de la
transformation.

b. Isolement du produit

Si un produit solide peut facilement être éliminé du milieu par filtration sous vide, un
traitement de la phase organique est nécessaire pour isoler un produit organique.
Il peut s’agir d’un simple lavage de la phase organique12, le solvant utilisé est alors l’eau pour
ses capacités à stabiliser les espèces chargées. On élimine ainsi toutes les espèces ioniques de
la phase organique.
Mais, on réalise le plus souvent une extraction de la phase aqueuse, le solvant est alors en
général le solvant organique ayant servi à la synthèse (cas des synthèses avec des
organométalliques) ou un solvant dans lequel le produit est soluble (cas des réactions
d’hydrolyse). On cherche un solvant peu toxique, peu couteux et pouvant être facilement
éliminé à l’évaporateur rotatif.

c. Caractérisation

La caractérisation du produit obtenu en fin de synthèse et la vérification de sa pureté peut


facilement être réalisée par une chromatographie sur couche mince. Cette chromatographie
d’absorption est basée sur la différence d’affinité du produit à analyser avec le support (phase
fixe) qui est en général de la silice accepteur de liaison hydrogène et l’éluant (phase mobile)
qui constitue le solvant.
L’éluant doit être un solvant volatil et plus ou moins polaire suivant la nature du produit à
analyser. Pour ajuster au mieux la polarité du solvant, des mélanges de solvants sont réalisés.
Les solvants sont classés selon leur pouvoir éluant en une série éluotropique :

pouvoir éluant

d. Purification13

Lorsqu’un composé solide ne présente pas une pureté suffisante, il est possible d’effectuer
une recristallisation. Le solvant de recristallisation doit permettre une bonne solubilité à chaud
du produit à recristalliser et une mauvaise solubilité à froid afin de récupérer ce dernier par
filtration sous vide avec un bon rendement. Il doit être inerte vis-à-vis du produit à
recristalliser et posséder une température d’ébullition beaucoup plus basse que la température
de fusion du produit à purifier.
Dans l’idéal, les impuretés doivent être solubles à chaud et à froid afin de permettre leur
élimination dans le filtrat. Les impuretés étant présentes en faible quantité, cette condition est
plus facile à réaliser.

11
Chimie organique expérimentale Mireille Blanchard-Desce, Bruno Fosset, François Guyot, Ludovic Jullien,
Serge Pasalin , Ed Hermann.
12
Cas d’une synthèse avec un montage de Dean-Stark par exemple
13
Chimie organique expérimentale Mireille Blanchard-Desce, Bruno Fosset, François Guyot, Ludovic Jullien,
Serge Pasalin , Ed Hermann.
Le choix du solvant en synthèse organique est le résultat d’un compromis entre nécessité
expérimentale, environnementale et économique. La toxicité du solvant utilisée ne devra
jamais être perdue de vue. La tendance actuelle est de promouvoir, autant que faire se peut,
les synthèses sans solvant.
C-alkylation et O-alkylation

I. Effets de solvant sur la structure et la réactivité des énolates 14

1. Réactivité des énolates

La vitesse d’alkylation des énolates dépend fortement du solvant utilisé pour réaliser la
synthèse. La vitesse relative d’alkylation par le 1-bromobutane dans différents solvants est
donnée dans le tableau suivant :

On constate une très grande réactivité des énolates dans le DMSO et dans le DMF qui sont
des solvants polaires aprotiques et une faible réactivité dans les solvants peu polaires (DME
ou THF) ou apolaire (benzène).
Les solvants polaires aprotiques se coordinent au cation métallique. Cela favorise la
dissociation de la paire d’ion cation métallique-énolate et la solvatation préférentielle du
cation. L’anion est quant à lui peu solvaté ce qui augmente sa nucléophilie.

Le DMSO et le DMF possèdent tous les deux un oxygène portant une charge partielle
négative très importante. De ce fait, ces deux solvants interagissent fortement avec les cations
métalliques (Li+, Na+, K+). La solvatation à l’énolate est moins efficace car la partie positive
du solvant est moins accessible. L’énolate moins solvaté est moins encombré et donc plus
réactif.

Un solvant polaire protique (tel que l’eau ou les alcools) solvatera aussi bien les anions que
les cations.

La solvatation de l’énolate se fait par liaison hydrogène. L’énolate solvaté est moins réactif
car la liaison hydrogène avec le solvant doit être rompue au cours de l’alkylation.
Par ailleurs, un solvant protique peut réagir avec l’énolate par une réaction acido-basique.

Le THF et le DME sont des solvants peu polaires qui solvatent modérément les cations. La
coordination au cation métallique engage le doublet non liant de l’oxygène du solvant. Ces
solvants présentent une constante diélectrique peu élevée et séparent peu les paires d’ions et
les agrégats. Les énolates sont donc moins réactifs dans ce type de solvant. En dépit de cela,
le THF et le DME sont les deux solvants les plus communément employés dans les synthèses
14
Chimie organique avancée, Carrey et Sundberg, Ed de Boech
organiques mettant en jeu des énolates. Ces solvants favorisent la formation des énolates
« cinétique » et présentent des avantages lors des étapes d’isolement et de purification des
produits. La réactivité des énolates dans ces solvants peut être exaltée par l’ajout de réactifs
pouvant solvatés les cations métalliques. Le HMPA, le DMPU, le TMEDA et les éther-
couronnes sont les plus utilisés.

HMPA DMPU TMEDA

2. Structure des énolates

Le solvant gouverne aussi la régiosélectivité de la réaction de formation de l’énolate. Ainsi,


dans le THF, l’énolate « cinétique » de la 2-heptanone (celui résultant d’une attaque de la base
sur un hydrogène du carbone C1) et l’énolate « thermodynamique » (celui résultant d’une
attaque de la base sur un hydrogène du carbone C3) sont obtenus dans un rapport 1 :1. Ce
rapport vaut 11 : 1 pour une réaction conduite en présence de HMPA.

rendement 77 %15

Ces résultats proviennent vraisemblablement d’une réactivité plus importante de l’énolate en


présence de HMPA, ce qui limite l’établissement de l’équilibre entre les deux énolates.

Une étude similaire conduite sur la 1-tétralone a conduit aux résultats suivants :

15
Chimie organique Clayden J., Greeves N., Warren S., Wothers P., Ed de Boech
On constate que les triamines et les tétraamines s’avèrent plus efficace que de HMPA ou le
DPMU. Ce résultat peut s’expliquer par une meilleure désagrégation des paires d’ions par
complexation du cation métallique par les doublets non liants des atomes d’azote.

3. C-alkylation versus O-alkylation

Le profil réactionnel d’une C-alkylation et d’une O-alkylation est donné ci-après :

Une O-alkylation est caractérisée par un état de transition précoce sensible aux effets
électrostatiques du fait de la concentration des charges. Une faible solvatation de l’énolate et
une forte solvatation du cation métallique favoriseront la O-alkylation. Par contre, une C-
alkylation est caractérisée par un état de transition tardif présentant une plus grande séparation
de charges. La C-alkylation est peu sensible à la nature du solvant.
Ainsi, l’alkylation de l’isopropylphénylcétone dans le DME conduit à un rapport 1,2 : 1 de C-
alkylation versus O-alkylation. Ce rapport vaut 1 : 3 par ajout d’un éther-couronne au DME.
L’éther-couronne encage le cation métallique de l’énolate ce qui augmente la nucléophilie de
l’énolate.
Ainsi, une O-alkylation est favorisée dans un solvant polaire aprotique, une C-alkylation est
favorisée dans un solvant peu polaire.
II. Cas des phénolates et ions apparentés

Dans le cas des phénolates, le produit de O-alkylation est largement majoritaire. En effet, le
produit de C-alkylation conduit à une perte temporaire d’aromaticité ce qui augmente
fortement l’énergie de l’état de transition.

Les phénolates sont O-alkylés dans des solvants tels que le DMSO, le DMF, les éthers et les
alcools. Cependant, le produit de C-alkylation sera majoritaire dans l’eau ou dans le
trifluoroéthanol.

L’eau ou le trifluoroéthanol forment des liaisons hydrogène avec l’oxygène du phénolate ce


qui diminue fortement la nucléophilie de l’oxygène.
INFLUENCE DU SOLVANT SUR LES SUBSTITUTIONS NUCLEOPHILES16

Les réactions de substitutions nucléophiles sur des hydrocarbures saturés présentent un très
grand intérêt en synthèse organique puisqu’elles permettent l’introduction de groupes
fonctionnels très variés. Ces réactions mettent en jeu des halogénoalcanes ou sur des alcanes
mésylés ou tosylés. Du fait de leur grand intérêt en synthèse, ces réactions ont été largement
étudiées.
On se limitera à deux mécanismes limites :
 la substitution nucléophile monomoléculaire SN1 mettant en jeu un carbocation comme
intermédiaire réactionnel et conduisant éventuellement à une racémisation au niveau
du carbone fonctionnel,
 la substitution nucléophile bimoléculaire SN2 se déroulant en une étape élémentaire et
s’accompagnant d’une inversion de Walden au niveau du carbone fonctionnel.

I. Pouvoir ionisant du solvant

L’hydrolyse du chlorure de tertiobutyle est un exemple de substitution nucléophile


monomoléculaire.
L’étape cinétiquement déterminante du mécanisme est la formation du carbocation. Cette
étape fait intervenir le pouvoir ionisant.

Les réactifs étant neutres ont peu prédire que la formation du carbocation sera plus facile, et
donc que la réaction sera plus rapide, dans un solvant polaire protique.
Cette réaction d’hydrolyse a été étudiée dans différents solvants à 25°C17. Une valeur
𝑘𝑠𝑜𝑙𝑣𝑎𝑛𝑡
𝑌 = log ( ) (avec ksolvant constante cinétique déterminée dans le solvant étudié et
𝑘 80 é𝑡ℎ𝑎𝑛𝑜𝑙
k 80 éthanol constante cinétique déterminée dans un mélange éthanol-eau 80-20) est associée
à chaque solvant.

On peut considérer que Y mesure le pouvoir ionisant du solvant. Il est maximal dans les
solvants polaires protiques tels que l’eau et l’acide méthanoïque et augmente avec le nombre
donneur du solvant (NA(éthanol) = 38, NA(eau) = 55). Il diminue dans des solvants moins
polaires ou présentant des chaînes carbonées plus longues.

16
Chimie organique avancée, Carrey et Sundberg, Ed de Boech
17
Pour le détail de l’étude cinétique se reporter à l’annexe 2.
II. Effet de solvant sur les substitutions nucléophiles monomoléculaires

1. Sur la cinétique

Un profil réactionnel correspondant à une substitution nucléophile monomoléculaire est


donné ci-après :

L’ionisation d’un substrat neutre (a) conduit à une séparation de charge, un solvant polaire
influence beaucoup plus fortement l’énergie de l’état de transition que celle du substrat. Un
solvant polaire abaisse beaucoup plus l’énergie de l’état de transition qu’un solvant non ou
peu polaire. La vitesse de la réaction augmente avec la polarité du solvant.
Par contre, l’ionisation d’un substrat cationique comme un ion alkyloxonium conduit à une
dispersion de la charge dans l’état de transition. En solvant polaire, le substrat est plus
stabilisé (car plus solvaté) que l’état de transition ce qui diminue la vitesse de la réaction.
Dans ce cas, la vitesse de la réaction diminue avec la polarité du solvant.

2. Sur la stéréochimie

Une réaction de substitution nucléophile monomoléculaire s’accompagne d’une racémisation


au niveau du carbone fonctionnel à condition que le carbocation intermédiaire soit « libre » et
non pas sous forme de paire d’ions.

Il faut pour cela que la durée de vie du carbocation soit assez longue pour que le carbocation
diffuse dans le milieu et soit solvaté. Si cette condition n’est pas remplie, la solvatation est
dissymétrique et le produit formé résulte, en général, d’une inversion de configuration.
III. Effets de solvant sur les substitutions nucléophiles bimoléculaires.

1. Sur la cinétique

Une substitution nucléophile bimoléculaire se déroule en une seule étape synchrone.


L’énergie de l’état initial prend en compte le substrat et le réactif nucléophile. Dans le cas des
substitutions nucléophiles sur un halogénoalcane ou un tosylate, le réactif peut-être neutre ou
chargé. L’étude cinétique de la substitution nucléophile sur le n-butyltosylate a conduit aux
résultats suivants :

On observe une diminution de la vitesse de la réaction avec la polarité 18du solvant.


L’effet de la polarité du solvant sur le profil réactionnel est présenté ci-après :

Les profils de gauche correspondent à un réactif neutre, une augmentation de la polarité du


solvant abaisse l’énergie de l’état de transition et affecte peu l’énergie de l’état initial ce qui
augmente la vitesse de la réaction.
Les profils de droite correspondent à un réactif chargé, une augmentation de la polarité du
solvant abaisse l’énergie de l’état initial et affecte peu l’énergie de l’état de transition ce qui
diminue la vitesse de la réaction.

2. Sur la nucléophilie du réactif.

Une mesure de la nucléophilie est donnée par la constante nucléophile (n). La transformation
de référence est la méthanolyse de l’iodométhane à 25°C et on définit n par la relation
𝑘𝑁𝑢
𝑛 = 𝑙𝑜𝑔 (𝑘𝑚é𝑡ℎ𝑎𝑛𝑜𝑙) avec kNu constante cinétique de la réaction du nucléophile Nu sur
l’iodométhane dans le méthanol et kméthanol constante cinétique de la réaction de référence.

18
Dans l’échelle de polarité normalisée, la polarité du méthanol vaut 0,762, celle du DMSO 0,444.
Cependant, cette nucléophilie dépend fortement de la solvatation du réactif. Ainsi, dans le
méthanol, I- est plus nucléophile que CN- mais c’est le contraire dans le DMSO. Il est donc
important d’établir une mesure de la nucléophilie dans un solvant. On peut pour cela utiliser
𝑘
l’équation de Winstein-Grunwald : 𝑙𝑜𝑔 (𝑘0) = 𝑙 𝑁 + 𝑚 𝑌. N et Y mesurent respectivement
la nucléophilie et le pouvoir ionisant du solvant, les paramètres l et m sont caractéristiques des
transformations étudiées.

On constate que la nucléophilie diminue de l’éthanol à l’eau, au trifluoroéthanol à l’acide


trifluoroéthanoïque c’est-à-dire au fur et à mesure que le nombre accepteur (NA) augmente.
Plus le nombre accepteur augmente, plus les interactions entre le réactif et le solvant sont
importantes, plus le réactif est solvaté et moins il est nucléophile 19. En général, les réactions
de substitution nucléophile engageant un réactif anionique sont plus rapides dans un solvant
polaire aprotique car l’anion est moins solvaté.

CONCLUSION

D’un point de vue cinétique, un solvant polaire protique favorise une substitution nucléophile
monomoléculaire alors qu’un solvant peu polaire aprotique favorise une substitution
nucléophile bimoléculaire. Dans ce dernier cas peut se poser le problème de la dissolution du
sel dans le milieu réactionnel. L’utilisation de catalyseur de transfert de phases ou d’éther-
couronne permet de pallier cette difficulté.

19
On rappelle qu’une substitution nucléophile bimoléculaire est aussi très sensible à la gêne stérique.
LA SOLVOLYSE EN SYNTHESE ORGANIQUE

Une réaction de solvolyse est une réaction coupure d’une liaison simple par le solvant. On
s’intéresse plus particulièrement aux réactions d’hydrolyse et d’alcoolyse.

I. Hydrolyse des dérivés d’acides carboxyliques.

Cette partie concerne l’hydrolyse des esters, des amides et des nitriles. Ces groupes
fonctionnels étant peu réactifs et l’eau étant un mauvais nucléophile, une catalyse est
nécessaire. Il est possible de réaliser l’hydrolyse en milieu acide, le milieu acide permettant
une activation de la fonction carboxyle ou nitrile ou en milieu basique, le nucléophile étant
alors l’ion hydroxyle meilleur nucléophile que l’eau.

1. L’hydrolyse des nitriles : une voie de synthèse des acides carboxyliques

Les nitriles sont des composés de synthèse obtenus par substitution nucléophile sur un
halogénoalcane ou un alkyltosylate ou mésylate.

20

21

Le mécanisme réactionnel est le suivant :

 Activation de la fonction nitrile

 Addition nucléophile de l’eau

 Prototropie

 Addition nucléophile de l’eau22

20
Chimie organique avancée, Carrey et Sundberg, Ed de Boech
21
Chimie organique Clayden J., Greeves N., Warren S., Wothers P., Ed de Boech
22
A ce stade, la régénération du catalyseur conduit à la formation d’amide.
 Prototropie

 Départ d’un bon groupe partant

 Régénération du catalyseur

2. Hydrolyse des amides 23

Les amides sont les moins réactives des dérivés d’acide carboxylique. Il est possible de les
hydrolyser en milieu acide ou en milieu basique mais les conditions sont assez dures : 3h à
100°C dans l’acide sulfurique à 70% ou dans la soude à 10%. L’hydrolyse des amides N
substituées se fait dans des conditions encore plus dures 24:

L’hydrolyse des protéines permet d’alimenter le fond chiral avec l’obtention d’acides -
aminés optiquement pur.

3. La saponification des esters

Un arrêt à l’amide est possible lors d’une hydrolyse dans des conditions douces
23
Un exemple d’hydrolyse d’amide en milieu biologique est donné dans Chimie fondamentale tome III,
Chottard J-C., Depezay J-C., Leroux J-P. Ed Hermann
24
Chimie organique Clayden J., Greeves N., Warren S., Wothers P., Ed de Boech
L’hydrolyse des esters peut être conduite en milieu acide et en milieu basique. Dans ce
dernier cas, la transformation est rapide et quantitative. Elle conduit dans un premier temps à
la formation d’un carboxylate de sodium (savon) puis à l’acide carboxylique par acidification
du milieu.

Le mécanisme réactionnel est le suivant :

La saponification de l’huile d’olive est la base de la fabrication du savon de Marseille.

II. La transestérification

La transestérification est un exemple d’alcoolyse. Cette transformation permet la fabrication


de biocarburant à partir d’huiles végétales. Les huiles végétales sont constituées pour
l’essentiel de triglycérides qui sont des esters d’acides gras (acides carboxyliques à longues
chaînes)
O
Acide
laurique
OH
O
Acide
palmitique
OH
O
Acide
stéarique
OH
OH
Acide
oléique
O

Les procédés industriels ont été développés tant en catalyse acide qu’en catalyse basique cette
dernière étant plus performante. L’alcool est le méthanol.

III. Déprotection
Il est possible de protéger un groupe fonctionnel alcool ou acide carboxylique sous forme
d’ester ou un groupe fonctionnel amine sous forme d’amide. La déprotection se fait par
hyrolyse. La possibilité de réaliser cette déprotection en milieu acide ou en milieu basique
peut s’avérer très intéressante ou rédhibitoire en synthèse.
Par ailleurs, il est possible de protéger un diol vicinal ou un groupe fonctionnel carbonyle
sous forme d’(a)cétal. La déprotection se fait aussi par hydrolyse mais seule une hydrolyse
acide est possible.

Le mécanisme réactionnel de l’hydrolyse acide du cétal25 est le suivant :

Activation de la fonction
cétal :

Coupure de la liaison C-O


activée :

Addition nucléophile de l’eau :

Prototropie :

Elimination de l’éthane1-2diol,
bon groupe partant :

Régénération du catalyseur :

Pour conclure, il est possible d’évoquer l’étape d’hydrolyse acide dans les synthèses mettant
en jeu des organométalliques.

25
Un exemple d’hydrolyse d’acétal en milieu biologique est donné dans Chimie fondamentale tome III,
Chottard J-C., Depezay J-C., Leroux J-P. Ed Hermann
HYDRATATION EN CHIMIE ORGANIQUE
Une réaction d’hydratation est une transformation chimique correspondant à l’ajout d’eau.

I. Hydratation des alcènes

1. Faits expérimentaux

Cette réaction consiste en une addition électrophile d’eau sur une double liaison C=C.
Cette réaction est régiosélective et correspond à une addition « Markovnikov26 » d’eau.

OH OH
H2O

H2SO4 (20 %), 20 °C

100 % 0 %

Une catalyse acide est nécessaire, le catalyseur classiquement utilisé est de l’acide sulfurique
dilué : H2SO4 à 20 %.
La réaction d’hydratation des alcènes est d’autant plus rapide que la double liaison C=C est
substituée par des groupes donneurs d’électrons27.

Ce résultat peut s’expliquer par la stabilité du carbocation intermédiaire. Un carbocation est


d’autant plus stable qu’il est substitué. L’application du postulat de Hammond justifie la
stabilité relative des états de transition qui conduisent aux intermédiaires réactionnels.
La formation d’un carbocation intermédiaire permet aussi de justifier la régiosélectivité et
l’absence de stéréosélectivité de cette réaction.
La réaction est renversable, la déshydratation des alcools est une voie de synthèses des
alcènes.

26
Cette règle énoncée par le chimiste russe V. V. Markovnikov en 1868 constitue l'une des premières et des
plus célèbres tentatives de rationalisation de résultats expérimentaux en chimie organique. Il s'agissait à
l'origine d'une règle empirique qui concernait l'addition des hydracides halogénés sur les alcènes
dissymétriques. Markovnikov avait reconnu le caractère très régiosélectif de cette addition. La règle permet de
prévoir l'atome de carbone sur lequel se fixe l'hydrogène de l'hydracide : « Lors de l'addition d'un hydracide sur
un alcène dissymétrique l'atome d'hydrogène se fixe sur l'atome de carbone le moins substitué. »
27
Chimie organique avancée Carrey et Sundberg, Ed de Boech
2. Mécanisme réactionnel
H H
O OH

H OH2
+ H+

carbocation tertiaire alcool le plus substitué


le plus stable
On peut proposer le profil réactionnel suivant28 (énergie potentiel en fonction de la
coordonnée de réaction) :

3. Hydratation en synthèse industrielle

L'éthanol est produit grâce à la pétrochimie, en utilisant l'hydratation par catalyse acide de
l'éthène. Le catalyseur le plus communément utilisé est l'acide phosphorique, adsorbé sur un
support poreux comme un gel de silice ou de la célite. La réaction se fait en phase gaz.
Comme la réaction est endothermique, elle est favorisée par des températures élevée
(250 à 300 °C) ce qui permet aussi d’améliorer la cinétique de la réaction. Conformément à la
loi de Le Chatellier, la synthèse de l’éthanol est favorisée à haute pression (70 bars pour le
procédé U.S.I développé aux Etats-Unis). Le taux de transformation de l’éthène peut atteindre
97%.

II. Hydratation des alcynes

La régiosélectivité est la même que lors de l’hydratation des alcènes. On utilise toujours une
catalyse acide (avec ajout cette fois de sulfate mercurique). Dans ces conditions, l’énol obtenu
intermédiairement donne le composé carbonylé correspondant par équilibre de tautomérie. A
partir d’acétylène on obtient alors de l’éthanal ; à partir d’un alcyne terminal on synthétisera
une méthylcétone.

28
Chimie organique avancée Carrey et Sundberg, Ed de Boech
OH
OH OH
O
1. HC C MgX, éther anhydre H2O

2. H+, H2O H2SO4, HgSO4

énol

O
OH

III. Hydratation des aldéhydes ou des cétones

L’hydratation d’un composé carbonylé donne un hydrate (gem-diol) généralement instable.


Cette réaction a un intérêt limité ; l’équilibre entre le carbonyle et l’hydrate sera déplacé vers
le carbonyle lorsque celui-ci réagira.

Cette réaction permet, par contre, de vérifier aisément la comparaison de la réactivité des
aldéhydes et des cétones. Les aldéhydes réagissent plus vite que les cétones et la constante
d’équilibre K 
 hydrate est bien plus élevée dans le cas des aldéhydes.
carbonyle
O O O

H H H3C H H3C CH3

K
 hydrate
 103 1  10-3
carbonyle
Il est à noter, qu’en présence d’eau, le méthanal est majoritairement sous forme d’hydrate. Le
méthanal commercial est une solution aqueuse d’hydrate de méthanal nommée formol. Il est
possible de récupérer le méthanal à partir du formol par distillation. Le méthanal gazeux
(Téb=-19°C sous 1 bar) est mis à buller directement dans le milieu réactionnel.

Pour conclure, on peut évoquer la formation de diols vicinaux par ouverture des époxydes.
Cette transformation peut être classée dans la catégorie « hydratation » du fait de la perte
d’une insaturation.
ANNEXE 1 : Classification des solvants29
Solvants non polaires Solvants polaires
aprotiques protiques
r µ(D) r µ(D) r µ(D)
Benzène 2,3 0 Nitrométhane 38,6 3,1 Eau 78,5 1,8
CH3-NO2
Sulfure 2,6 0 Formamide 109 3,4
de carbone CS2 Diméthyl- H
sulfoxyde DMSO 48,9 3,9 C O
Tétrachlorure de 2,2 0 H3 C H2 N
carbone S O
CCl4 H3 C Méthanol 32,6 1,65

Cyclohexane 2,0 0 Ethanol 24,3 1,7


Diméthyl-
formamide
Hexane 1,9 0 36,7 3,8 Acide 6,2 1,5
DMF
H3 C O acétique
N C
H3 C H

acétone
H3 C 20,7 2,7
C O
H3 C

acétate d'éthyle
CH3-COOC2H5 6,0 1,85

tétrahydro-furane
2,4 1,7
THF : O

29
Chimie organique avancée Carrey et Sundberg, Ed de Boech
ANNEXE 2: Nombre donneur et nombre accepteur de quelques
solvants 30

Solvants non polaires Solvants polaires


aprotiques protiques
D31 NA32 D NA D NA
Benzène 8,2 Nitrométhane 0,07 20,5 Eau 54,8
CH3-NO2
Tétrachlorure de 8,6 Formamide 39,8
carbone Diméthyl- 0,77 19,3 H
CCl4 sulfoxyde DMSO C O
H3 C H 2 N
Hexane 0,0 S O
H3 C Méthanol 41,5

Diméthyl- Ethanol
0,69 15,0 37,9
formamide
DMF Acide
acétique 52,9
H3 C O
N C
H3 C H

acétone 0,44 12,5


H3 C
C O
H3 C

acétate d'éthyle
CH3-COOC2H5 0,44 9,3

tétrahydro-furane
0,52 8,0

THF : O

30
Solvents and solvent effects inorganic chemistry, Reichardt christian, VCH
31
Solvant de référence : 1,2-dichloroéthane
32
Solvant de référence : n-hexane
ANNEXE 3 : Etude cinétique de l’hydrolyse du chlorure de tertiobutyle

La réaction d’hydrolyse du chlorure de tertiobutyle peut être suivie par conductimétrie.

Pour la réaction d’hydrolyse étudiée, notons C0 la concentration initiale en tBuCl et C la


concentration au cours du temps en HO-.

La transformation étudiée a pour équation de réaction:

tBuCl + H2O = tBuOH + H+ + Cl-


t=0 C0
t C C C0-C C0-C C0-C
t  0 0 C0 C0 C0

La transformation est une solvolyse, on est en dégénérescence d’ordre par rapport au solvant
d  tBuCl
et v    k  tBuCl
dt
  tBuCl 
Pour vérifier la loi de vitesse, il suffit de tracer ln  tBuCl ou ln 
  tBuCl 
en fonction du
 0 

 C
temps, soit, compte-tenu des notations utilisées, ln   et de vérifier que l’on obtient une
 C0 
droite. La pente de la droite vaut – k avec k constante cinétique de la réaction d’hydrolyse
dans le solvant étudié.
 C
Il faut donc relier   à la conductivité de la solution. Pour cela, il faut exprimer la
 C0 
grandeur mesurée au temps t = 0, au temps t et quand t   .

Compte tenu des notations :


(t  0)   0
 
(t)   0  0  Cl    0  H   C0  C 

 
(t  )      0   0  Cl    0  H   C0
Soit,


  
C0  0  Cl    0  H     0   

C  (t)   


0 0 

C  Cl    H    (t)    C0 0  

La résolution de l’équation différentielle conduit à


 C   (t)    
ln    kt  ln    kt  ln   (t)      ln   0      kt
 C0   0   
La courbe qui donne ln  (t)     en fonction du temps est une droite de pente –k.
ANNEXE 4 : LES SOLVANTS EN MONTAGE

Quelques propositions de manipulations pouvant être présentées pour l’épreuve de montage :

Dans Chimie organique expérimentale, Mireille Blanchard-Desce, Bruno Fosset, François


Guyot, Ludovic Jullien, Serge Pasalin , Ed Hermann.

 Hydratation de l’hex-1-ène (peut être remplacé par le cyclohexène)


 Solvolyse du chlorure de tertiobutyle
 Synthèse d’un éther par transfert de phase
 Hydratation du benzonitrile
 Hydrolyse du benzonitrile

Dans Chimie physique expérimentale, Bruno Fosset, Christine Lefrou, Arlette Masson,
Christophe Mingotaud , Ed Hermann

 Solubilité et coefficient de partage du diiode dans le dichlorométhane et l’eau.


 Influence du solvant sur la vitesse d’une réaction
 Solvatation relative des cations alcalins
 Influence du solvant sur la mobilité des ions.

Vous aimerez peut-être aussi