Expose Solvant
Expose Solvant
CHIMIE
Corinne Dupuy
Après avoir défini la notion de solvant, une présentation rapide des quatre principaux items
est abordée. Le développement, au niveau post-bac, de différentes parties est enfin proposé1.
Le solvant est le constituant chimique d’un mélange homogène dont la fraction molaire est
grande devant la fraction molaire des autres constituants appelés solutés. Le mélange
homogène est nommé solution.
I. Mise en solution
La mise en solution d’un solide, d’un liquide ou d’un gaz a lieu si les interactions
intermoléculaires mises en jeu conduisent à un système thermodynamiquement plus stable
que celui de départ. Les phénomènes mis en jeu diffèrent suivant que l’espèce à mettre en
solution est non ionique ou non ionisable, ou ionique ou ionisable.
C’est par exemple le cas des gaz (O2, N2, alcanes, alcènes, alcynes à chaînes courtes …), des
liquides (Br2(l), alcool, aldéhydes, cétones …) ou des solides (I2(s), glucose …).
Cette dispersion met en jeu la rupture des interactions composé-composé d’une part et
solvant-solvant d’autre part et la diffusion du composé au sein du solvant. Cette diffusion est
1
Faute de bibliographie facilement accessible, j’ai fait le choix de ne pas évoquer les liquides ioniques et de ne
pas développer la chimie des sels d’uranium.
accélérée par l’agitation du milieu. D’un point de vue thermodynamique, Hdispersion > 0
(rupture des interactions) et Sdispersion > 0 (augmentation du désordre).
Solvatation du composé
La solvatation est l’organisation des molécules de solvant autour d’une molécule de composé.
Cette solvatation est d’autant plus importante que les interactions intermoléculaires composé-
solvant sont nombreuses et énergétiques. D’un point de vue thermodynamique, Hsolvatation < 0
(formation d’interactions) et Ssolvatation < 0 (organisation locale du solvant).
D’un point de vue purement qualitatif, il suffit de retenir que « qui se ressemble s’assemble »
d’où la classification des solvants proposée dans la deuxième partie.
C’est par exemple le cas des sels (NaCl (s), AgCl(s) …) ou des acides (HCl(g), acides
carboxyliques …) ou des bases (NH3(g), amines …).
Elle résulte de l’aptitude du solvant à créer un moment dipolaire induit important sur le
composé ionisable. Cette aptitude augmente avec la polarité du solvant.
Le solvant intervient par sa constante diélectrique r ; plus r est grand, plus l'interaction
électrostatique entre anion et cation dans la paire d'ions est faible et plus la paire d’ions est
facilement dissociée. En effet, pour des ions monochargés, la norme de la force d’interaction
électrostatique entre deux ions de charges opposées séparés par une distance d est donnée
e2
par : F .
4 0 r d 2
Le solvant intervient ici par sa polarité. Plus le solvant est polaire, plus l’interaction charge-
dipôle est importante. En effet, l’énergie d’interaction entre un ion de charge q et un dipôle de
moment dipolaire µ est donnée par
q cos 2
U d,
4 0 r d 2 d
q
La mise en solution des composés ioniques ne met en jeu que la dernière étape. La dissolution
d’un composé ionique cristallisé n’est thermodynamiquement possible que si les ions donnent
2
Liaisons intermoléculaires, Alain Gerschel, CNRS éditions
lieu à des interactions associatives fortes avec le solvant donc si le solvant est polaire.
Apparaît à nouveau la nécessité de classer les solvants.
1. Solvants polaires-apolaires
a. Solvant apolaires
On considère qu’un solvant est apolaire si son moment dipolaire µ est inférieur à 2,5 D ou si
sa permittivité relative r est inférieure à 15.
C’est le cas des hydrocarbures (hexane, cyclohexane, toluène), des étheroxydes (diéthyléther,
tétrahydrofurane, dioxanne), des amines (triéthylamine, pyridine, quinoléine) et de certains
solvants halogénés (tétrachlorométhane, trichlorométhane).
Ces solvants sont peu dissociants et peu ionisants. Ils conduisent à la formation de paires
d’ions peu réactives.
b. Solvants polaires
On considère qu’un solvant est polaire si son moment dipolaire µ est supérieur à 2,5 D ou si
sa permittivité relative r est supérieure à 303.
On distingue deux types de solvants polaires : les solvants polaires protiques et les solvants
polaires aprotiques.
Ces solvants polaires possèdent un hydrogène lié à un hétéroatome tel que l’oxygène ou
l’azote et peuvent donner des liaisons hydrogène.
C’est le cas de l’eau, des alcools (méthanol, éthanol), des amides (formamide,
méthylformamide).
Ces solvants sont fortement dissociants et solvatent bien les espèces ioniques ou très polaires.
Enfin, les solvants dont la permittivité relative est comprise entre 15 et 30 sont des solvants
peu polaires aprotiques. On peut citer la propanone (acétone) et l’éthanoate d’éthyle (acétate
d’éthyle). Ces solvants sont moyennement dissociants.
Il est possible d’établir des échelles de polarité des solvants. Ces échelles empiriques peuvent
être établies à partir de mesures spectroscopiques ou de mesures de cinétiques.
3
La classification polaire/apolaire n’est pas aussi tranchée. L’acide acétique ou acide éthanoïque est classé
dans les solvants polaires protiques du fait de sa proticité et non de sa polarité µ = 1,8 D et r = 6.
Cependant, si la classification précédente permet de prévoir la mise en solution ou non de
composés, elle doit être complétée par le pouvoir donneur ou accepteur du solvant lié aux
propriétés acidobasiques au sens de Lewis.
2. Solvant donneur-accepteur4
a. Solvant donneur
b. Solvant accepteur.
c. Solvant amphotère
La mise en solution d’un composé n’est possible que si l’état final du système (solution) est
plus stable que l’état initial (composé et solvant pris séparément). C’est la solvatation qui rend
la mise en solution thermodynamiquement favorable. Cette solvatation peut être mesurée par
une enthalpie standard de réaction.
4
Solvents and solvent effects in organic chemistry, Reichardt Christian , VCH
5
Liaisons intermoléculaires, Alain Gerschel, CNRS éditions
2. Produit de solubilité
Dans le cas de composé ionique peu soluble, on définit le produit de solubilité Ks comme la
constante d’équilibre thermodynamique de la réaction de dissolution du composé dans l’eau
modélisée par l’équation de réaction : AxCy(solide) = x Ap-(aq) + y Cq+(aq).
C’est une grandeur thermodynamique tabulée à 25°C et qui ne dépend que de la température.
Elle permet, en particulier, d’accéder à la solubilité du composé dans l’eau.
Si l’anion ou le cation possède des propriétés acides ou basiques au sens de Brönsted, la
solubilité varie avec le pH de la solution.
3. Constante de partage.
IV Choix du solvant
1. Solvant d’extraction
On peut citer :
6
Chimie organique expérimentale Mireille Blanchard-Desce, Bruno Fosset, François Guyot, Ludovic Jullien,
Serge Pascalin , Ed Hermann.
L’hydrolyse des acétals7
Cette hydrolyse permet la libération de l’alcoolate lié au métal suite à une synthèse avec un
organométallique (organomagnésien, organolithien, organocupratelithié, organozincite) ou
une réduction par un hydrure métallique (tetrahydroaluminate de lithium par exemple)
L’eau peut aussi donner lieu à des réactions d’addition. De telles transformations chimiques
sont qualifiées de réactions d’hydratation.
On peut citer :
Notons enfin, le rôle de donneur de proton du solvant (éthanol en général) dans la réaction de
réduction des aldéhydes et des cétones par le tétrahydroborate de sodium.
3. Effets de solvant
L’interprétation de cet effet est basée sur le fait que les solvants polaires favorisent la
séparation des charges. On peut alors établir le tableau suivant9 :
7
L’eau peut être remplacée par la propanone. La transformation chimique est alors une transacétalisation et
correspond à une propanolyse.
8
Dans le cas des esters, l’eau peut être remplacée par du méthanol (resp. éthanol). La transformation chimique
est alors une transestérification et correspond à une méthanolyse (resp.éthanolyse).
9
Chimie organique avancée Carrey et Sundberg Ed de Boech
+
+
+
+
Ainsi, une réaction mettant en jeu un carbocation à partir d’une espèce neutre (substitution
nucléophile monomoléculaire sur un halogénoalcane) sera plus rapide dans un solvant polaire
protique.
Un anion est plus nucléophile dans un solvant polaire aprotique que dans un solvant polaire
protique. En effet, en solvant polaire aprotique, l’absence d’interactions par liaison hydrogène
rend le doublet d’électrons de l’anion plus disponible pour réagir avec l’électrophile.
c. C-alkylation ou O-alkylation10.
L’O-alkylation est majoritaire quand le contre-ion de l’énolate est plus solvaté et donc
l’énolate moins solvaté. L’O-alkylation est prépondérante dans un solvant polaire aprotique,
la C-alkylation est prépondérante dans un solvant peu polaire ou dans un solvant protique.
a. Milieu réactionnel
Le choix du solvant est en général guidé par une bonne mise en solution de l’ensemble des
réactifs afin d’obtenir un milieu homogène favorable à une bonne vitesse de réaction. Quand
les réactifs sont dans deux phases différentes, il est possible de faire appel à des catalyseurs de
transferts de phase pour améliorer la cinétique de la réaction.
Signalons enfin le rôle particulier du solvant (cyclohexane, toluène ou xylène) dans un
montage de Dean-Stark11. Le choix du solvant permet ici une distillation hétéroazéotropique
10
Chimie organique avancée Carrey et Sundberg Ed de Boech
permettant l’élimination de l’eau du milieu réactionnel ce qui améliore le rendement de la
transformation.
b. Isolement du produit
Si un produit solide peut facilement être éliminé du milieu par filtration sous vide, un
traitement de la phase organique est nécessaire pour isoler un produit organique.
Il peut s’agir d’un simple lavage de la phase organique12, le solvant utilisé est alors l’eau pour
ses capacités à stabiliser les espèces chargées. On élimine ainsi toutes les espèces ioniques de
la phase organique.
Mais, on réalise le plus souvent une extraction de la phase aqueuse, le solvant est alors en
général le solvant organique ayant servi à la synthèse (cas des synthèses avec des
organométalliques) ou un solvant dans lequel le produit est soluble (cas des réactions
d’hydrolyse). On cherche un solvant peu toxique, peu couteux et pouvant être facilement
éliminé à l’évaporateur rotatif.
c. Caractérisation
pouvoir éluant
d. Purification13
Lorsqu’un composé solide ne présente pas une pureté suffisante, il est possible d’effectuer
une recristallisation. Le solvant de recristallisation doit permettre une bonne solubilité à chaud
du produit à recristalliser et une mauvaise solubilité à froid afin de récupérer ce dernier par
filtration sous vide avec un bon rendement. Il doit être inerte vis-à-vis du produit à
recristalliser et posséder une température d’ébullition beaucoup plus basse que la température
de fusion du produit à purifier.
Dans l’idéal, les impuretés doivent être solubles à chaud et à froid afin de permettre leur
élimination dans le filtrat. Les impuretés étant présentes en faible quantité, cette condition est
plus facile à réaliser.
11
Chimie organique expérimentale Mireille Blanchard-Desce, Bruno Fosset, François Guyot, Ludovic Jullien,
Serge Pasalin , Ed Hermann.
12
Cas d’une synthèse avec un montage de Dean-Stark par exemple
13
Chimie organique expérimentale Mireille Blanchard-Desce, Bruno Fosset, François Guyot, Ludovic Jullien,
Serge Pasalin , Ed Hermann.
Le choix du solvant en synthèse organique est le résultat d’un compromis entre nécessité
expérimentale, environnementale et économique. La toxicité du solvant utilisée ne devra
jamais être perdue de vue. La tendance actuelle est de promouvoir, autant que faire se peut,
les synthèses sans solvant.
C-alkylation et O-alkylation
La vitesse d’alkylation des énolates dépend fortement du solvant utilisé pour réaliser la
synthèse. La vitesse relative d’alkylation par le 1-bromobutane dans différents solvants est
donnée dans le tableau suivant :
On constate une très grande réactivité des énolates dans le DMSO et dans le DMF qui sont
des solvants polaires aprotiques et une faible réactivité dans les solvants peu polaires (DME
ou THF) ou apolaire (benzène).
Les solvants polaires aprotiques se coordinent au cation métallique. Cela favorise la
dissociation de la paire d’ion cation métallique-énolate et la solvatation préférentielle du
cation. L’anion est quant à lui peu solvaté ce qui augmente sa nucléophilie.
Le DMSO et le DMF possèdent tous les deux un oxygène portant une charge partielle
négative très importante. De ce fait, ces deux solvants interagissent fortement avec les cations
métalliques (Li+, Na+, K+). La solvatation à l’énolate est moins efficace car la partie positive
du solvant est moins accessible. L’énolate moins solvaté est moins encombré et donc plus
réactif.
Un solvant polaire protique (tel que l’eau ou les alcools) solvatera aussi bien les anions que
les cations.
La solvatation de l’énolate se fait par liaison hydrogène. L’énolate solvaté est moins réactif
car la liaison hydrogène avec le solvant doit être rompue au cours de l’alkylation.
Par ailleurs, un solvant protique peut réagir avec l’énolate par une réaction acido-basique.
Le THF et le DME sont des solvants peu polaires qui solvatent modérément les cations. La
coordination au cation métallique engage le doublet non liant de l’oxygène du solvant. Ces
solvants présentent une constante diélectrique peu élevée et séparent peu les paires d’ions et
les agrégats. Les énolates sont donc moins réactifs dans ce type de solvant. En dépit de cela,
le THF et le DME sont les deux solvants les plus communément employés dans les synthèses
14
Chimie organique avancée, Carrey et Sundberg, Ed de Boech
organiques mettant en jeu des énolates. Ces solvants favorisent la formation des énolates
« cinétique » et présentent des avantages lors des étapes d’isolement et de purification des
produits. La réactivité des énolates dans ces solvants peut être exaltée par l’ajout de réactifs
pouvant solvatés les cations métalliques. Le HMPA, le DMPU, le TMEDA et les éther-
couronnes sont les plus utilisés.
rendement 77 %15
Une étude similaire conduite sur la 1-tétralone a conduit aux résultats suivants :
15
Chimie organique Clayden J., Greeves N., Warren S., Wothers P., Ed de Boech
On constate que les triamines et les tétraamines s’avèrent plus efficace que de HMPA ou le
DPMU. Ce résultat peut s’expliquer par une meilleure désagrégation des paires d’ions par
complexation du cation métallique par les doublets non liants des atomes d’azote.
Une O-alkylation est caractérisée par un état de transition précoce sensible aux effets
électrostatiques du fait de la concentration des charges. Une faible solvatation de l’énolate et
une forte solvatation du cation métallique favoriseront la O-alkylation. Par contre, une C-
alkylation est caractérisée par un état de transition tardif présentant une plus grande séparation
de charges. La C-alkylation est peu sensible à la nature du solvant.
Ainsi, l’alkylation de l’isopropylphénylcétone dans le DME conduit à un rapport 1,2 : 1 de C-
alkylation versus O-alkylation. Ce rapport vaut 1 : 3 par ajout d’un éther-couronne au DME.
L’éther-couronne encage le cation métallique de l’énolate ce qui augmente la nucléophilie de
l’énolate.
Ainsi, une O-alkylation est favorisée dans un solvant polaire aprotique, une C-alkylation est
favorisée dans un solvant peu polaire.
II. Cas des phénolates et ions apparentés
Dans le cas des phénolates, le produit de O-alkylation est largement majoritaire. En effet, le
produit de C-alkylation conduit à une perte temporaire d’aromaticité ce qui augmente
fortement l’énergie de l’état de transition.
Les phénolates sont O-alkylés dans des solvants tels que le DMSO, le DMF, les éthers et les
alcools. Cependant, le produit de C-alkylation sera majoritaire dans l’eau ou dans le
trifluoroéthanol.
Les réactions de substitutions nucléophiles sur des hydrocarbures saturés présentent un très
grand intérêt en synthèse organique puisqu’elles permettent l’introduction de groupes
fonctionnels très variés. Ces réactions mettent en jeu des halogénoalcanes ou sur des alcanes
mésylés ou tosylés. Du fait de leur grand intérêt en synthèse, ces réactions ont été largement
étudiées.
On se limitera à deux mécanismes limites :
la substitution nucléophile monomoléculaire SN1 mettant en jeu un carbocation comme
intermédiaire réactionnel et conduisant éventuellement à une racémisation au niveau
du carbone fonctionnel,
la substitution nucléophile bimoléculaire SN2 se déroulant en une étape élémentaire et
s’accompagnant d’une inversion de Walden au niveau du carbone fonctionnel.
Les réactifs étant neutres ont peu prédire que la formation du carbocation sera plus facile, et
donc que la réaction sera plus rapide, dans un solvant polaire protique.
Cette réaction d’hydrolyse a été étudiée dans différents solvants à 25°C17. Une valeur
𝑘𝑠𝑜𝑙𝑣𝑎𝑛𝑡
𝑌 = log ( ) (avec ksolvant constante cinétique déterminée dans le solvant étudié et
𝑘 80 é𝑡ℎ𝑎𝑛𝑜𝑙
k 80 éthanol constante cinétique déterminée dans un mélange éthanol-eau 80-20) est associée
à chaque solvant.
On peut considérer que Y mesure le pouvoir ionisant du solvant. Il est maximal dans les
solvants polaires protiques tels que l’eau et l’acide méthanoïque et augmente avec le nombre
donneur du solvant (NA(éthanol) = 38, NA(eau) = 55). Il diminue dans des solvants moins
polaires ou présentant des chaînes carbonées plus longues.
16
Chimie organique avancée, Carrey et Sundberg, Ed de Boech
17
Pour le détail de l’étude cinétique se reporter à l’annexe 2.
II. Effet de solvant sur les substitutions nucléophiles monomoléculaires
1. Sur la cinétique
L’ionisation d’un substrat neutre (a) conduit à une séparation de charge, un solvant polaire
influence beaucoup plus fortement l’énergie de l’état de transition que celle du substrat. Un
solvant polaire abaisse beaucoup plus l’énergie de l’état de transition qu’un solvant non ou
peu polaire. La vitesse de la réaction augmente avec la polarité du solvant.
Par contre, l’ionisation d’un substrat cationique comme un ion alkyloxonium conduit à une
dispersion de la charge dans l’état de transition. En solvant polaire, le substrat est plus
stabilisé (car plus solvaté) que l’état de transition ce qui diminue la vitesse de la réaction.
Dans ce cas, la vitesse de la réaction diminue avec la polarité du solvant.
2. Sur la stéréochimie
Il faut pour cela que la durée de vie du carbocation soit assez longue pour que le carbocation
diffuse dans le milieu et soit solvaté. Si cette condition n’est pas remplie, la solvatation est
dissymétrique et le produit formé résulte, en général, d’une inversion de configuration.
III. Effets de solvant sur les substitutions nucléophiles bimoléculaires.
1. Sur la cinétique
Une mesure de la nucléophilie est donnée par la constante nucléophile (n). La transformation
de référence est la méthanolyse de l’iodométhane à 25°C et on définit n par la relation
𝑘𝑁𝑢
𝑛 = 𝑙𝑜𝑔 (𝑘𝑚é𝑡ℎ𝑎𝑛𝑜𝑙) avec kNu constante cinétique de la réaction du nucléophile Nu sur
l’iodométhane dans le méthanol et kméthanol constante cinétique de la réaction de référence.
18
Dans l’échelle de polarité normalisée, la polarité du méthanol vaut 0,762, celle du DMSO 0,444.
Cependant, cette nucléophilie dépend fortement de la solvatation du réactif. Ainsi, dans le
méthanol, I- est plus nucléophile que CN- mais c’est le contraire dans le DMSO. Il est donc
important d’établir une mesure de la nucléophilie dans un solvant. On peut pour cela utiliser
𝑘
l’équation de Winstein-Grunwald : 𝑙𝑜𝑔 (𝑘0) = 𝑙 𝑁 + 𝑚 𝑌. N et Y mesurent respectivement
la nucléophilie et le pouvoir ionisant du solvant, les paramètres l et m sont caractéristiques des
transformations étudiées.
CONCLUSION
D’un point de vue cinétique, un solvant polaire protique favorise une substitution nucléophile
monomoléculaire alors qu’un solvant peu polaire aprotique favorise une substitution
nucléophile bimoléculaire. Dans ce dernier cas peut se poser le problème de la dissolution du
sel dans le milieu réactionnel. L’utilisation de catalyseur de transfert de phases ou d’éther-
couronne permet de pallier cette difficulté.
19
On rappelle qu’une substitution nucléophile bimoléculaire est aussi très sensible à la gêne stérique.
LA SOLVOLYSE EN SYNTHESE ORGANIQUE
Une réaction de solvolyse est une réaction coupure d’une liaison simple par le solvant. On
s’intéresse plus particulièrement aux réactions d’hydrolyse et d’alcoolyse.
Cette partie concerne l’hydrolyse des esters, des amides et des nitriles. Ces groupes
fonctionnels étant peu réactifs et l’eau étant un mauvais nucléophile, une catalyse est
nécessaire. Il est possible de réaliser l’hydrolyse en milieu acide, le milieu acide permettant
une activation de la fonction carboxyle ou nitrile ou en milieu basique, le nucléophile étant
alors l’ion hydroxyle meilleur nucléophile que l’eau.
Les nitriles sont des composés de synthèse obtenus par substitution nucléophile sur un
halogénoalcane ou un alkyltosylate ou mésylate.
20
21
Prototropie
20
Chimie organique avancée, Carrey et Sundberg, Ed de Boech
21
Chimie organique Clayden J., Greeves N., Warren S., Wothers P., Ed de Boech
22
A ce stade, la régénération du catalyseur conduit à la formation d’amide.
Prototropie
Régénération du catalyseur
Les amides sont les moins réactives des dérivés d’acide carboxylique. Il est possible de les
hydrolyser en milieu acide ou en milieu basique mais les conditions sont assez dures : 3h à
100°C dans l’acide sulfurique à 70% ou dans la soude à 10%. L’hydrolyse des amides N
substituées se fait dans des conditions encore plus dures 24:
L’hydrolyse des protéines permet d’alimenter le fond chiral avec l’obtention d’acides -
aminés optiquement pur.
Un arrêt à l’amide est possible lors d’une hydrolyse dans des conditions douces
23
Un exemple d’hydrolyse d’amide en milieu biologique est donné dans Chimie fondamentale tome III,
Chottard J-C., Depezay J-C., Leroux J-P. Ed Hermann
24
Chimie organique Clayden J., Greeves N., Warren S., Wothers P., Ed de Boech
L’hydrolyse des esters peut être conduite en milieu acide et en milieu basique. Dans ce
dernier cas, la transformation est rapide et quantitative. Elle conduit dans un premier temps à
la formation d’un carboxylate de sodium (savon) puis à l’acide carboxylique par acidification
du milieu.
II. La transestérification
Les procédés industriels ont été développés tant en catalyse acide qu’en catalyse basique cette
dernière étant plus performante. L’alcool est le méthanol.
III. Déprotection
Il est possible de protéger un groupe fonctionnel alcool ou acide carboxylique sous forme
d’ester ou un groupe fonctionnel amine sous forme d’amide. La déprotection se fait par
hyrolyse. La possibilité de réaliser cette déprotection en milieu acide ou en milieu basique
peut s’avérer très intéressante ou rédhibitoire en synthèse.
Par ailleurs, il est possible de protéger un diol vicinal ou un groupe fonctionnel carbonyle
sous forme d’(a)cétal. La déprotection se fait aussi par hydrolyse mais seule une hydrolyse
acide est possible.
Activation de la fonction
cétal :
Prototropie :
Elimination de l’éthane1-2diol,
bon groupe partant :
Régénération du catalyseur :
Pour conclure, il est possible d’évoquer l’étape d’hydrolyse acide dans les synthèses mettant
en jeu des organométalliques.
25
Un exemple d’hydrolyse d’acétal en milieu biologique est donné dans Chimie fondamentale tome III,
Chottard J-C., Depezay J-C., Leroux J-P. Ed Hermann
HYDRATATION EN CHIMIE ORGANIQUE
Une réaction d’hydratation est une transformation chimique correspondant à l’ajout d’eau.
1. Faits expérimentaux
Cette réaction consiste en une addition électrophile d’eau sur une double liaison C=C.
Cette réaction est régiosélective et correspond à une addition « Markovnikov26 » d’eau.
OH OH
H2O
100 % 0 %
Une catalyse acide est nécessaire, le catalyseur classiquement utilisé est de l’acide sulfurique
dilué : H2SO4 à 20 %.
La réaction d’hydratation des alcènes est d’autant plus rapide que la double liaison C=C est
substituée par des groupes donneurs d’électrons27.
26
Cette règle énoncée par le chimiste russe V. V. Markovnikov en 1868 constitue l'une des premières et des
plus célèbres tentatives de rationalisation de résultats expérimentaux en chimie organique. Il s'agissait à
l'origine d'une règle empirique qui concernait l'addition des hydracides halogénés sur les alcènes
dissymétriques. Markovnikov avait reconnu le caractère très régiosélectif de cette addition. La règle permet de
prévoir l'atome de carbone sur lequel se fixe l'hydrogène de l'hydracide : « Lors de l'addition d'un hydracide sur
un alcène dissymétrique l'atome d'hydrogène se fixe sur l'atome de carbone le moins substitué. »
27
Chimie organique avancée Carrey et Sundberg, Ed de Boech
2. Mécanisme réactionnel
H H
O OH
H OH2
+ H+
L'éthanol est produit grâce à la pétrochimie, en utilisant l'hydratation par catalyse acide de
l'éthène. Le catalyseur le plus communément utilisé est l'acide phosphorique, adsorbé sur un
support poreux comme un gel de silice ou de la célite. La réaction se fait en phase gaz.
Comme la réaction est endothermique, elle est favorisée par des températures élevée
(250 à 300 °C) ce qui permet aussi d’améliorer la cinétique de la réaction. Conformément à la
loi de Le Chatellier, la synthèse de l’éthanol est favorisée à haute pression (70 bars pour le
procédé U.S.I développé aux Etats-Unis). Le taux de transformation de l’éthène peut atteindre
97%.
La régiosélectivité est la même que lors de l’hydratation des alcènes. On utilise toujours une
catalyse acide (avec ajout cette fois de sulfate mercurique). Dans ces conditions, l’énol obtenu
intermédiairement donne le composé carbonylé correspondant par équilibre de tautomérie. A
partir d’acétylène on obtient alors de l’éthanal ; à partir d’un alcyne terminal on synthétisera
une méthylcétone.
28
Chimie organique avancée Carrey et Sundberg, Ed de Boech
OH
OH OH
O
1. HC C MgX, éther anhydre H2O
énol
O
OH
Cette réaction permet, par contre, de vérifier aisément la comparaison de la réactivité des
aldéhydes et des cétones. Les aldéhydes réagissent plus vite que les cétones et la constante
d’équilibre K
hydrate est bien plus élevée dans le cas des aldéhydes.
carbonyle
O O O
K
hydrate
103 1 10-3
carbonyle
Il est à noter, qu’en présence d’eau, le méthanal est majoritairement sous forme d’hydrate. Le
méthanal commercial est une solution aqueuse d’hydrate de méthanal nommée formol. Il est
possible de récupérer le méthanal à partir du formol par distillation. Le méthanal gazeux
(Téb=-19°C sous 1 bar) est mis à buller directement dans le milieu réactionnel.
Pour conclure, on peut évoquer la formation de diols vicinaux par ouverture des époxydes.
Cette transformation peut être classée dans la catégorie « hydratation » du fait de la perte
d’une insaturation.
ANNEXE 1 : Classification des solvants29
Solvants non polaires Solvants polaires
aprotiques protiques
r µ(D) r µ(D) r µ(D)
Benzène 2,3 0 Nitrométhane 38,6 3,1 Eau 78,5 1,8
CH3-NO2
Sulfure 2,6 0 Formamide 109 3,4
de carbone CS2 Diméthyl- H
sulfoxyde DMSO 48,9 3,9 C O
Tétrachlorure de 2,2 0 H3 C H2 N
carbone S O
CCl4 H3 C Méthanol 32,6 1,65
acétone
H3 C 20,7 2,7
C O
H3 C
acétate d'éthyle
CH3-COOC2H5 6,0 1,85
tétrahydro-furane
2,4 1,7
THF : O
29
Chimie organique avancée Carrey et Sundberg, Ed de Boech
ANNEXE 2: Nombre donneur et nombre accepteur de quelques
solvants 30
Diméthyl- Ethanol
0,69 15,0 37,9
formamide
DMF Acide
acétique 52,9
H3 C O
N C
H3 C H
acétate d'éthyle
CH3-COOC2H5 0,44 9,3
tétrahydro-furane
0,52 8,0
THF : O
30
Solvents and solvent effects inorganic chemistry, Reichardt christian, VCH
31
Solvant de référence : 1,2-dichloroéthane
32
Solvant de référence : n-hexane
ANNEXE 3 : Etude cinétique de l’hydrolyse du chlorure de tertiobutyle
La transformation est une solvolyse, on est en dégénérescence d’ordre par rapport au solvant
d tBuCl
et v k tBuCl
dt
tBuCl
Pour vérifier la loi de vitesse, il suffit de tracer ln tBuCl ou ln
tBuCl
en fonction du
0
C
temps, soit, compte-tenu des notations utilisées, ln et de vérifier que l’on obtient une
C0
droite. La pente de la droite vaut – k avec k constante cinétique de la réaction d’hydrolyse
dans le solvant étudié.
C
Il faut donc relier à la conductivité de la solution. Pour cela, il faut exprimer la
C0
grandeur mesurée au temps t = 0, au temps t et quand t .
(t ) 0 0 Cl 0 H C0
Soit,
C0 0 Cl 0 H 0
C (t)
0 0
C Cl H (t) C0 0
Dans Chimie physique expérimentale, Bruno Fosset, Christine Lefrou, Arlette Masson,
Christophe Mingotaud , Ed Hermann