MP2I
Complément 3
Méthodes pour l’étude de suites
particulières.
Étude d’une suite implicite
Une suite implicite est une suite (un ) de réels dont chaque terme un est solution d’une équation du type :
fn (x) = 0 (En )
où fn : I → R est une fonction dépendante de n ∈ N. Il n’est en général pas possible de résoudre
explicitement l’équation (En ). On ne connait donc pas en général la valeur de un . On dit que ces termes
sont définis implicitement.
L’étude de suites implicites est fréquente aux concours. Il est donc important d’avoir en tête les méthodes
pour y parvenir.
Existence et unicité du terme général
Pour justifier l’existence et l’unicité d’une solution un de (En ), on pensera au théorème de la bijection
dont on rappelle l’énoncé.
Théorème 1
Si :
• fn est strictement monotone et continue,
• l’intervalle image fn (I) contient 0,
alors l’équation fn (x) = 0 admet une unique solution un appartenant à I.
Monotonie et convergence de (un )
Afin d’étudier la monotonie de (un ), on pourra :
• comparer, pour tout n ∈ N, les réels fn+1 (un ) et fn+1 (un+1 ) = 0 ;
• en déduire une inégalité entre un+1 et un à l’aide de la stricte monotonie de fn+1 .
Selon le sens de variation de la suite (un ), on cherche si elle est ou non majorée ou minorée, et selon les
cas, elle sera soit convergente, soit divergente vers ±∞.
Limite et équivalent de (un )
Pour déterminer la limite de (un ), ou obtenir un équivalent ou un développement asymptotique, on pensera
à utiliser l’équation (En ) définissant le terme un :
fn (un ) = 0.
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Lycée Carnot
Étude d’une suite récurrente d’ordre 1
On considère à présent une suite définie par une relation de récurrence d’ordre 1, c’est-à-dire satisfaisant :
u =α∈I
0
∀n ∈ N, un+1 = f (un )
où f est une fonction définie sur un intervalle I. Bien que les exercices seront souvent détaillés, il est utile
de connaitre les différentes situations que l’on peut rencontrer, et de savoir comment mener l’étude d’une
telle suite selon les cas.
Représentation graphique
Afin d’avoir une idée du comportement de la suite, ce qui est très
utile pour ensuite mener son étude, on commencera par visualiser
D
graphiquement ses premiers termes. Pour cela :
(i) on étudie les variations de la fonction f , puis on trace sur un
même graphe sa courbe représentative Cf ainsi que la droite
D d’équation y = x ; Cf
(ii) on place u0 sur l’axe des abscisses ;
(iii) à l’aide de la courbe de f , on place u1 = f (u0 ) sur l’axe des
ordonnées ;
u0 u2 u3 u1
(iv) grâce à la droite D, on replace u1 sur l’axe des abscisses, puis
on réitère le processus sur u1 . . .
Existence et encadrement des termes
Mise en garde.
Une définition par récurrence n’assure pas l’existence de la suite. En effet, les termes de la suite
peuvent sortir du domaine de définition de f .
Considérons par exemple la suite (un ) définie par u0 = 2 et :
∀n ∈ N, un+1 = ln(un ).
Elle n’est bien définie que pour ses trois premiers termes car u1 = ln(2) ' 0, 69, u2 = ln(ln(2) ' −0, 36,
et donc u3 n’existe pas puisque u2 est sorti du domaine de définition du logarithme.
Pour assurer l’existence de tous les termes de la suite, on choisit u0 dans un intervalle stable de f .
Définition.
On dit qu’un intervalle J ⊂ I est stable par f si f (J) ⊂ J, c’est-à-dire si :
∀x ∈ J, f (x) ∈ J.
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Si J est un intervalle stable par f et si u0 appartient à J, on montre par récurrence immédiate (à rédiger
si demandé) que :
pour tout n ∈ N, un existe et un appartient à J.
Si de plus J est majorée, minorée ou bornée, il en sera de même pour la suite (un ).
Monotonie de la suite
Deux cas sont à distinguer selon la monotonie de f .
Si la fonction f est croissante sur un intervalle stable J :
La suite (un ) est monotone, de monotonie donnée par le signe de u1 − u0 = f (u0 ) − u0 . En effet :
• si u1 ≤ u0 , alors un+1 ≤ un pour tout n (par récurrence en composant par f ) et la suite est
décroissante ;
• de même, si u1 ≥ u0 , alors la suite est croissante.
On pourra introduire la fonction g : x 7→ f (x) − x et en dresser son tableau de signe afin d’obtenir le signe
de u1 − u0 .
D
Cf
Mise en garde.
Si la fonction f est croissante sur J, la suite (un ) ne l’est
pas forcément : elle peut être croissante ou décroissante.
On peut par exemple le constater sur l’exemple ci-contre :
la suite (un ) est décroissante si u0 ∈ ]0, 6[, croissante si
u0 ∈ ]6, +∞[, et constante si u0 = 6.
u3 u2 u1 u0 u0 u1 u2
Si la fonction f est décroissante sur un intervalle stable J :
D
Dans ce cas, la suite (un ) n’est plus monotone.
En revanche, la fonction f ◦ f étant croissante de J dans J,
les deux suites (u2n ) et (u2n+1 ) définies par les relations de
récurrence
Cf
u2n+2 = f ◦ f (u2n ) et u2n+3 = f ◦ f (u2n+1 )
sont monotones. Et elles sont de monotonies contraires
puisque si par exemple u2n+2 ≤ u2n pour tout n ∈ N, alors
u2n+3 ≥ u2n+1 par composition par f décroissante.
u0 u2 u4 u3 u1
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Lycée Carnot
Convergence de la suite
Limites finies possibles.
Définition.
On appelle point fixe de f toute solution de l’équation f (x) = x.
Graphiquement, il s’agit de l’abscisse des points d’intersection de Cf avec la droite D : y = x.
Supposons f continue sur I et que la suite (un ) converge vers une limite finie `. En passant à la limite
dans l’égalité un+1 = f (un ), on obtient ` = f (`). D’où le :
Théorème 2
Supposons f continue sur un intervalle stable I.
Si la suite (un ) converge dans I, c’est nécessairement vers un point fixe de f .
Pour déterminer les limites finies possibles de la suite (un ), on pourra chercher les points fixes de f , qui
sont aussi les points d’annulation de la fonction g : x 7→ f (x) − x sur J
Cas où f est décroissante.
Lorsque f est décroissante, on pourra étudier la convergence des suites (u2n ) et (u2n+1 ). Notons que :
• si (u2n ) ou (u2n+1 ) convergent, c’est nécessairement vers un point fixe de f ◦ f . Notons au passage
que si ` est un point fixe de f , alors ` est un point fixe de f ◦ f , ce qui peut faciliter leur recherche.
• si (u2n ) et (u2n+1 ) convergent vers une même limite `, alors (un ) converge vers `.
Cas où f est contractante.
Supposons f de classe C 1 sur un intervalle J stable par f avec f 0 bornée par k ∈ [0, 1[. Alors1 pour tout
a, b ∈ J :
Z b Z b Z b
|f (b) − f (a)| = f (t) dt ≤
0
|f (t)| dt ≤
0
k dt = k|b − a|.
a a a
Dans cette situation, si f admet un point fixe `, celui-ci est unique et c’est la limite de (un ) :
• pour l’unicité, supposons que `1 et `2 soient des points fixes de f , alors :
|`2 − `1 | = |f (`2 ) − f (`1 )| ≤ k|`2 − `1 |.
Si `1 6= `2 , on obtient en simplifiant par |`2 − `1 | > 0 que 1 ≤ k, ce qui est contradictoire.
• si f admet un point fixe ` dans J, alors pour tout n ∈ N :
|un+1 − `| = |f (un ) − f (`)| ≤ k|un − `|.
On en déduit par récurrence |un − `| ≤ k n |u0 − `|, d’où lim un = ` par théorème d’encadrement.
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L’inégalité ainsi obtenue pourra se déduire de l’inégalité des accroissements finis lorsque celle-ci aura été établie.