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Flamel : Le Désir et la Philosophie

Le document présente les quatre paroles des philosophes sur la réalisation de la pierre philosophale. La première parole décrit la dissolution du corps en eau. La deuxième décrit la transformation de l'eau en terre noire par cuisson. La troisième décrit la purification de la terre noire. La quatrième décrit l'obtention des quatre éléments par sublimation.

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Flamel : Le Désir et la Philosophie

Le document présente les quatre paroles des philosophes sur la réalisation de la pierre philosophale. La première parole décrit la dissolution du corps en eau. La deuxième décrit la transformation de l'eau en terre noire par cuisson. La troisième décrit la purification de la terre noire. La quatrième décrit l'obtention des quatre éléments par sublimation.

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NICOLAS FLAMEL LE DÉSIR DÉSIRÉ 1

LE DÉSIR DÉSIRÉ
NICOLAS FLAMEL

Le Trésor de Philosophie nous enseigne la sainteté de celui à qui sont et appartiennent toutes
choses, le Ciel, la Terre et la Mer, et toutes ces autres choses qui sont créées. De lui procèdent
tous les Trésors de la Sagesse, étant lui seul le Créateur de tout, et qui du Néant a eu la puissance
de tirer toutes choses, en liant et unissant les choses hétérogènes avec les homogènes, et les
accordant ensemble, quoique différentes. Par sa bonté, il a voulu, avec certains Médicaments,
rendre la santé aux Créatures infirmes, et donner la perfection aux choses imparfaites. Ce que les
Sages, ou anciens Philosophes, ont entendu pleinement, et cela par deux moyens, comme ils ont
écrit dans leurs Livres.

De ces deux moyens l'un est vrai, et l'autre est faux : et le vrai est écrit en termes obscurs, afin
qu'ils ne soient entendus que des Sages, voulant cacher leur Science aux Méchants, qui auraient
pu en faire un mauvais usage.

Sachez donc que notre Science consiste dans la connaissance des quatre Eléments, dont les
qualités sont changées réciproquement les unes dans les autres ; sur quoi les Philosophes sont
d'un sentiment semblable. Et sachez encore qu'en toutes choses créées au-dessous du Ciel, il y a
quatre Eléments, non visibles à la vue, mais existants en effet ; au moyen de quoi, sous couleur de
doctrine Elémentaire, les Philosophes ont enseigné leur Science, paraissant entendre par les
quatre Eléments plusieurs choses, comme Sang, Poils, Cheveux, Œufs, Urines et autres Matières,
dont je n'ai fait aucun compte quand je suis parvenu à entendre leurs Ecrits.

Ayant donc reconnu la vraie Matière, ou Sperme et Semence de tous les Métaux, et ce que c'est
que le Mercure cuit et congelé au Ventre de la Terre, far la chaleur du Soufre, qui le cuit par sa
propre vertu, et par la Multiplication duquel différons Métaux sont produits et procréez dans la
Terre ; car leur Semence ou Matière est semblable, cependant ces divers Métaux sont différons
par une action accidentelle, savoir par la cuisson et nourriture plus grande ou plus petite, plus ou
moins tempérée, plus ou moins brûlante, ce que les Philosophes affirment d'un commun accord.
Car il est certain que toutes choses sont de ce en quoi elles se résolvent par leur dissolution ;
comme on peut le voir par la Glace qui, étant formée d'Eau, se résout en Eau par la chaleur. S'il
est manifeste que la Glace, étant Eau, s'est convertie en Eau, de même les Métaux, qui dans leurs
NICOLAS FLAMEL LE DÉSIR DÉSIRÉ 2

principes ont été Mercure, se convertissent aussi en Mercure ; ce que je démontrerai dans ce
Discours.

Cela supposé, nous résoudrons facilement l'Argument d'Aristote, qui dit au Livre des Météores :
Sachent tous Artistes que les Espèces des Métaux ne peuvent se transmuer, s'ils ne sont réduits
en leur première Matière : réduction dont nous parlerons dans la suite.

La Multiplication des Métaux est facile, mais non pas leur Transmutation ; car toute chose qui
naît dans la Terre et y croît, se multiplie ; ce qui se voit dans les Plantes, les Arbres et les
Animaux ; car d'un Grain, il s'en engendre mille Grains ; d'un Arbre, il procède mille Rameaux,
ou pour mieux dire, une infinité d'autres Arbres, et d'un seul Homme s'est faite la procréation de
tout le Genre Humain.

Toutes choses donc s'augmentant et se multipliant par leur Espèce, de même le Métal peut
s'augmenter et se multiplier et cela sans aucune différence. Aristote demande si cette
augmentation et multiplication se fait dans des Minières naturelles ou artificielles. Or il est
constant que tous Métaux naissent et croissent dans la Terre. Donc il est possible qu'il se fasse en
eux une augmentation et une multiplication à l'infini. Mais cela ne peut se faire que par ce qui est
parfait dans la Lune, ou ordre des Métaux, dans la génération et perfection desquels est la parfaite
Médecine, qui est l'Elixir des Philosophes, qu'on ne peut parvenir à faire que par un Moyen
propre ou Chose interposée, parce qu'il n'y a point de Mouvement d'une Extrémité à une autre
Extrémité, que par un moyen qui leur est propre. J'ai connu la nature de ce Moyen, ou Chose
médiante, laquelle contient les Extrémités, qui sont le Soufre et le Mercure. De l'un et de l'autre
se fait et s'accomplit l'Elixir par la Chose médiante, laquelle doit être naturellement purifiée, plus
cuite, mieux digérée, meilleure, plus parfaite, et par conséquent plus prochaine.

Ainsi, mon cher Lecteur, garde-toi d'errer et de manquer, car l'Homme recueillera seulement le
semblable de ce qu'il aura semé. Tu vois donc maintenant ce que c'est que la Pierre des
Philosophes, et tu connais les Moyens par lesquels on peut parvenir à la faire. Souviens-toi
toujours que rien d'étranger ne se met ni ne s'ajoute dans sa Composition, et, au contraire, qu'on
en ôte les choses superflues ; et que rien ne convient à notre Secret, sinon ce qui est prochain et
de sa nature. Je viens donc de t'expliquer les Sentences et les Dits des Anciens avec leurs Paroles
obscures et cachées sous des Enigmes et des Paraboles. Ce que j'ai fait, afin que tu juges que j'ai
bien entendu la Doctrine des Philosophes, et que tu comprennes qu'ils n'ont rien écrit que de
véritable.
NICOLAS FLAMEL LE DÉSIR DÉSIRÉ 3

PREMIÈRE PAROLE des Philosophes

La première Parole des Philosophes est ce qu'ils ont appelle Solution et Fondement de l'Art.
Ainsi, dit Marie, Sœur de Moïse, et Prophétesse, mollifie une Gomme, et la conjoints avec une
Gomme par un vrai mariage : et tu la rendras comme une Eau courante ; dit le Prophète : si vous
ne convertissez la chose corporelle en incorporelle, vous travaillez en vain. Parménides, ou
Egadimène, en parlant de cette Solution ou Conversion, dit dans la Tourbe, que quelques-uns, en
entendant parler de telle Solution, pensent et croient que ce soit Eau de Mer, mais que s'ils
eussent lu les Livres, et qu'ils les eussent bien entendus, ils comprendraient que c'est Eau
permanente, laquelle ne peut être permanente sans être dissoute, jointe et faite une même chose
avec son Corps ; car la Solution des Philosophes n'est pas Imbibition d'Eau, mais Conversion et
Mutation des Corps en Eau, de même ils ont été premièrement créez ; savoir en Mercure, de
même que la Glace se convertit en Eau liquide, de laquelle elle a eu son Essence. Ainsi, par la
grâce de Dieu, tu as déjà un Elément, qui est l'Eau, comme tu as la réduction du Corps en Eau
liquide.

DEUXIÈME PAROLE des Philosophes

La seconde Parole des Philosophes est que l'Eau se fait Terre par une légère cuisson, continuée
jusqu'à ce que la Noirceur, ou couleur noire paroisse au-dessus. Car, comme dit Avicenne au
Chapitre des Humeurs, la chaleur produisant son action dans un Corps humide engendre et fait
paraître la Couleur noire comme on le voit dans la Chaux que l'on fait communément. C'est
pourquoi, dit Monalibus, il recommande à ceux qui viendront après lui de rendre les choses
corporelles non corporelles, par Dissolution, dans laquelle il faut soigneusement prendre garde
que l'Esprit ne se convertisse en fumée, et ne s'évapore par une trop grande chaleur. Marie, la
Prophétesse, dit aussi : conserve bien l'Esprit, et garde-toi que rien ne s'en aille en fumée, en
tempérant et mesurant le feu à la proportion de la chaleur du Soleil au mois de Juillet, afin que
par une longue et douce décoction, l'Eau s'épaississe en Terre noire. Par ce moyen tu auras un
autre Elément, qui est la Terre.

TROISIÈME PAROLE des Philosophes

La troisième Parole des Philosophes est la Mondification ou Purification de la Terre, dont Morien
dit : cette Terre avec son Eau vient à Putréfaction, se mondifie, se nettoye, et quand elle sera bien
nettoyée, tout le Secret, par l'aide de Dieu, sera bien gouverné. Aussi dit Hermès : l'Azot et le Feu
blanchissent le Laiton, et en ôtent la noirceur. Et Morien dit à ce sujet : blanchissez le Laiton, et
rompez vos Livres, de peur que vos cœurs ne soient rompus. C'est la Composition de tous les
sages Philosophes, et la troisième partie de toute l'Œuvre. Ajoutez donc, comme il est dit dans la
NICOLAS FLAMEL LE DÉSIR DÉSIRÉ 4

Tourbe, la siccité de la Terre noire avec l'humidité de sa propre Eau ; et faites-la cuire jusqu'à ce
qu'elle soit rendue blanche. Vous avez ainsi l'Eau et la Terre avec l'Eau blanchie.

QUATRIÈME PAROLE des Philosophes

La quatrième Parole (des Philosophes est l'Eau, laquelle pourra monter par Sublimation, quand
elle sera épaissie et coagulée, ou conjointe avec la Terre. Par ce moyen tu as la Terre, l'Eau et
l'Air, et c'est ce que Philippus dit dans la Tourbe : blanchissez-le, et le distillez promptement par
le feu, jusqu'à ce qu'il en sorte un Esprit, que vous trouverez en lui, lequel est appelle la Cendre
d'Hermès. C'est pourquoi Morien dit aussi : ne méprisez pas la Cendre, car elle est le Diadème de
votre cœur, et une Cendre permanente. Et dans le Livre appelle Lilium, il est écrit : le feu étant
augmenté par bon régime et gouvernement, après qu'on est parvenu au Blanc, on parvient à la
Cinéfation, c'est-à-dire, à la couleur de Cendre, ce qui est nommé Terre calcinée. Ce qui fait que
Morien dit encore : au fond du Vaisseau demeure la Terre calcinée, laquelle est de nature de feu.
Et de cette manière tu as quatre Eléments, à savoir l'Eau dissoute en Terre dissoute, et l'Air subtil
en Feu calciné. De ces quatre Eléments, dit aussi Aristote, dans son Livre du Régime et
gouvernement des Princes : quand tu auras eu l'Eau de l'Air, l'Air du Feu, et le Feu de la Terre,
alors tu auras pleinement et parfaitement tout l'Art du Philosophe ; et, comme dit Morien, c'est la
fin de la première Composition.

CINQUIÈME PAROLE des Philosophes

Passons maintenant à la seconde Composition, qui enseigne le Poids, et qui montre à teindre et à
vivifier la première Composition. Ce qui fait dire à Calib : personne n'a pu jusqu'à présent, ni ne
pourra par après, teindre la Terre feuillée, si ce n'est avec de l'Or. C'est pourquoi Hermès dit :
semez votre Or en Terre blanche feuillée, laquelle est faite, par Calcination, de nature de Feu
subtil et de nature d'Air. Nous semons donc l'Or dans cette Terre, quand nous y mettons la
Teinture d'Or ; mais de soi) ni de sa propre vertu, l'Or ne peut jamais teindre parfaitement un
autre Corps) si par Art il n'est rendu parfait lui-même. Ce qui fait que Morien dit : quoique notre
Pierre ait déjà en soi naturellement la Teinture, néanmoins l'Or en corps n'a point de soi de
mouvement, si auparavant il ne reçoit une plus grande perfection de l'Art et de certaine
Opération. Geber, au Livre des Racines, dit aussi : l'Opération se fait, afin que la Teinture de l'Or
soit rendue meilleure et plus parfaite qu'il n'est parfait lui-même en sa propre nature ; et aussi afin
qu'il soit fait Elixir, selon l'Allégorie ou le Langage obscur des Sages ; qu'il soit fait confiture,
composée d'espèce de Pierre, et qu'il en soit fait une Médecine, pour guérir, purger et transformer
ou transmuer tous Corps en vraie Lune. Mais pour savoir si nous avons besoin du seul Or, et non
d'autre Corps, écoutons Hermès, qui dit : à la première composition son Père est le Soleil, et la
Mère est la Lune : le Père est chaud et sec, engendrant Teinture ; et sa Mère est froide et humide,
NICOLAS FLAMEL LE DÉSIR DÉSIRÉ 5

nourrissant ce qui a été entendre. Par cette raison le Soleil et la Lune sont d'eux-mêmes et de leur
nature difficiles à fondre ; et quand ils sont conjoints, ainsi que se fait la soudure à l'Or, ils sont
alors promptement dissous. Pour cela Marie dit : prends le Corps, jette sur lui le Mercure clair,
lequel ne se prend ni ne se retient que par putréfaction ; et prends aussi la Teinture de l'Esprit, et
l'approche du feu jusqu'à ce que tout se fonde, et jette aussitôt sur lui sa Femme, qui est la Lune.
Donc, si l'un d'eux était teint en notre Pierre, jamais la Médecine ne f endroit facilement, ne se
rendrait pas liquide, et ne donnerait point de Teinture ; mais le Mercure s'enfuirait et s'en irait en
fumée, parce qu'il n'y aurait point en lui de Corps propre à recevoir la Teinture. Or, le principal
Secret, c'est d'avoir la Médecine avant que le Mercure devienne fugitif par liquéfaction. Il est vrai
que la conjonction de ces deux Corps est nécessaire dans notre Œuvre. Donc, comme dit Geber
au Livre parfait de l'art : c'est le plus précieux des Métaux, parce que c'est la Teinture du rouge,
transmuant tous corps ; et d'autant que c'est le Levain qui convertit toute la Pâte en sa nature, il
convient de le cuire ; c'est l'Ame qui conjoint l'Esprit avec le Corps ; car tout ainsi que le Corps
humain sans Ame est mort et immobile, de même le Corps est impur sans le Levain, qui est son
Ame ; car le Levain du Corps préparé convertit en sa nature toute la Pâte, et il n'y a point d'autre
Levain que les choses appropriées au Soleil et à la Lune, dominant sur toutes les autres Planètes.
Semblablement ces deux Corps dominent sur tous les autres Corps, et les convertissent en leur
propre nature, et c'est pour cela qu'ils sont appelles ferment ou Levain ; car sans ce Ferment les
Gommes ne peuvent s'amender ni se corriger, comme l'écrit Méridius en disant : ceci ne peut
s'amender ni se corriger, si auparavant il n'est subtilié par Art et par Opération. Et sur cela
Hermès dit : mon fils, extrais et attire la propre Ombre des rayons du Soleil, c'est-à-dire, la
Terrestréité ou Nature terrestre. Ainsi la préparation et subtiliation du Ferment ou Levain nous est
nécessaire, comme nous pouvons le comprendre par la Similitude d'un Enfant, lequel, quant à sa
création, naît parfait, mais ne peut venir à perfection d'Opération ou de Vie, s'il n'est
premièrement alimenté avec un peu de lait, et si après on ne lui en donne davantage peu à peu, en
augmentant prudemment sa nourriture. C'est ce que nous devons faire à l'égard de notre Pierre.
Prends donc au nom de Dieu la quatrième partie du Ferment du Soleil, c'est-à-dire une partie de
ce Ferment et trois parties du Corps imparfait, savoir de la Lune, et dissous le Ferment jusqu'à ce
qu'il soit fait comme Corps imparfait. Que le Vaisseau soit bouché exactement, comme il
convient, et que toutes choses soient bien préparées, comme Hermès le recommande, en disant :
prends au commencement de ton Œuvre parties récentes et égales de la prémixion ; mêle le tout
ensemble, et le pique ou brûle une fois jusqu'à ce qu'ils soient ajustés comme par mariage, et que
la Conception soit faite en eux dans le fond du Vaisseau, et que la Génération de la chose
engendrée se fasse dans l'Air. Ce qui fait que Morien dit : fais au commencement que la Lumière
rouge reçoive et prenne la fumée blanche, dans un Vaisseau, par ferme Conjonction, sans que rien
puisse s'en exhaler.
NICOLAS FLAMEL LE DÉSIR DÉSIRÉ 6

SIXIÈME PAROLE des Philosophes

La sixième Parole des Philosophes est quand tu conjoindras la quatrième partie du Ferment
subtilié avec trois parties de la Terre blanchie, et qu'après tu viendras à l'imbiber de sa propre Eau
comme auparavant, cuis-le souvent, et par réitération, jusqu'à ce que de deux Corps il ne s'en
fasse qu'un sans aucune diversité de Couleurs. A ce sujet Morien dit : quand le Corps blanc sera
calciné, mets dedans la quatrième partie du Ferment d'Or ; car le Ferment, à sçavoir l'Or, est
comme le Levain du Pain, qui convertit en sa nature toute la masse de la Pâte. Cuis-le donc dans
sa propre Eau jusqu'à ce qu'il soit fait une Chose et un Corps sec. Car, comme dit Marie : quand
l'Air le touchera et frappera, il le congèlera, et sera fait un Corps ; c'est là le Secret. Sache que
quand tu donnes le Ferment à son Corps, c'est son Ame que tu lui donnes. C'est ce que Morien dit
aussi : si tu ne mets et ne pousses le Corps nettoyé jusqu'au fond, si tu ne le rends blanc, et ne
mets l'Ame en lui, tu n'as rien appris, et n'entends rien en ce Secret. Il faut donc faire commixtion
du Ferment avec le Corps pur et net, et non pas avec un Corps sale et impur. Car, comme dit
Bafius, ces Corps ne peuvent se recevoir ni se mêler ensemble, s'ils ne sont auparavant bien
nettoyez et bien purgez ; parce que le Corps ne reçoit point l'Esprit, ni l'Esprit ne reçoit point le
Corps, en sorte que le Spirituel devienne Corporel, et le Corporel Spirituel, si, avant leur
commixtion, ils n'ont été bien nettoyez et parfaitement purifiez de toute souillure et de toute
impureté ; mais quand ils sont bien nettoyez et bien purgez, l'Esprit embrasse soudainement le
Corps, et le Corps embrasse pareillement l'Esprit, et par leur embrassement mutuel, en parvient à
une Opération parfaite de l'Œuvre.

L'Altération se fait ainsi par nature, et ce qui était épais et grossier devient subtil et atténué. C'est
ce qu'Ascanius dit aussi dans la Tourbe : l'Esprit ne se joint point au Corps, jusqu'à ce que le
Corps soit parfaitement purgé et nettoyé de son immondicité et de ses ordures.

Quant à l'heure de la Conjonction, on voit paraître plusieurs choses miraculeuses. Alors le Corps
imparfait, moyennant le Ferment, prend une Couleur ferme et permanente, et ce Ferment est
l'Ame du Corps imparfait : et l'Esprit, par le moyen de l'Ame, s'unit avec le Corps, et se convertit
avec lui dans la couleur du Ferment, qui se fait une même chose avec eux. Ce doux Elixir,
comme dit Avicenne, se teint avec sa propre Teinture, se plonge et se submerge dans son Huile, et
se fixe avec sa Chaux, de laquelle nous avons trouvé l'Eau, telle qu'est l'Argent vif entre les
Minéraux, et son Huile telle qu'est le Soufre ou l'Arsenic ; mais, dans les Minéraux, l'Opération
se fait encore meilleure, plus abondante et plus subtile. Marie dit aussi de ces Roues ou Mutations
: il n'y a dans cette Œuvre que des choses merveilleuses, car il entre en elle quatre Pierres,
desquelles un Roi tient le régime et le gouvernement. D'où il est manifeste à celui qui a
l'entendement subtil, et qui pèse les paroles des Philosophes, que ce qu'ils ont écrit avec tant
NICOLAS FLAMEL LE DÉSIR DÉSIRÉ 7

d'obscurité, se trouve enfin éclairci ; car ils disent que notre Pierre est composée de quatre
Eléments, et l'ont comparée aux Eléments.

Nous avons montré qu'il y a quatre Eléments dans notre Pierre ; car, comme dit Rasis : toutes
choses qui sont sous le Ciel de la Lune, et que le souverain Créateur a créées, participent des
quatre Eléments ; non pas que ces Eléments soient apparents à la vue, mais ils sont connus par
leurs effets ; car la Pierre est une seule Chose, une seule Substance, une Racine, une Nature,
comme Hermès nous l'enseigne, en disant : commence, au nom de Dieu, et connais la nature de
notre Pierre, car elle procède de la Racine de sa Matière, parce qu'elle est de cette Racine et dans
cette Racine, et rien n'entre en elle qui n'ait procédé d'elle, et qui n'en soit sorti. En effet, rien ne
convient à une chose que ce qui est plus proche de sa nature, parce que chaque chose aime son
semblable.

Ce qui fait que Platon dit : c'est une Substance et une Essence, qui ne sont qu'une chose, Chaud et
Sec, Froid et Humide ; ce qui fait qu'on l'appelle petit Monde, parce que de lui, avec lui et par lui
sont tous les Métaux ; et il est semblable à un Arbre) duquel les Rameaux, les Feuilles, les Fleurs
et les Fruits sont de lui, en lui, avec lui et par lui. Il est constant qu'aucune chose ne s'engendre
que de son semblable, ou de chose semblable à son Espèce, et qui lui soit homogène, je veux dire
d'une même nature. Ainsi telle chose n'est qu'une et semblable, et non diverse et divisée ; mais les
Philosophes ont donné à cette Pierre les noms des choses corporelles de toutes les Espèces. C'est
pourquoi, dit Pythagore, cette Pierre s'appelle de tous noms, laquelle néanmoins n'a qu'un seul
nom qui lui soit propre.

Par divers noms s'appelle cette Lune,


Et toutefois sa nature n'est qu'une.

Cette Lune, Ame et Eau, est appelée de plusieurs noms, quoiqu'elle n'en ait qu'un véritable. Mais)
comme dit Perrier : laissez la pluralité des noms obscurs et ténébreux ; car ce n'est qu'une Nature,
qui surmonte toutes choses, et non point diverses Natures. Véritablement, il n'y a qu'une seule
Nature, qui se fait germer et multiplier elle-même. C'est pourquoi, comme le dit Diomédès, nous
devons entendre que Nature ne s'amende, ne se corrige que dans sa Nature, dans laquelle nous ne
devons introduire aucune chose hétérogène ou étrangère, qui ne peut l'amender ni la corriger ;
mais la laisser elle-même, comme je viens de dire, se faire germer et se multiplier, comme nous
l'enseigne Marie, en disant : Kibrit blanc et Chaux humide, qui ne sont qu'une Chose et d'une
Racine, sont les Racines de cet Art ; et les Philosophes ont appelle ces choses de plusieurs noms,
lesquelles néanmoins ne sont qu'une chose seulement. Ce que Morien confirme, en disant : je
vous dis la vérité, rien n'a tant induit en erreur les nouveaux Philosophes que la plurité des noms ;
mais sachez que ces noms ne sont que les Couleurs qui paraissent dans la Conjonction ; et ainsi
NICOLAS FLAMEL LE DÉSIR DÉSIRÉ 8

vous n'errerez point dans la voie de l'Œuvre. Car enfin, quoique les Philosophes aient multiplié
les noms et leurs Sentences, cependant ils n'entendent qu'une chose, qu'une voie, qu'un moyen
d'opérer, qu'une démonstration de Couleurs, et remarquez que cette diversité de Couleurs ne
paraît ni ne se montre que dans le temps de la Conjonction de l'Ame avec le Corps. En une fois
seulement, dit Morien, le feu renouvelle en lui diverses Couleurs. Les Philosophes ont dit aussi
que notre Pierre est composée de Corps, d'Ame et d'Esprit, et ils ont dit la vérité, parce que le
Corps, imparfait de soi, est un Corps grave, pesant, informe, malade et mort.

L'Eau, c'est l'Esprit, qui purge, subtilie et blanchit le Corps. Le Ferment, c'est l'Ame, qui donne au
Corps imparfait la vie, qu'il n'avait pas auparavant, et qui lui redonne une meilleure et une plus
excellente forme. Le Corps, c'est Vénus et femme ; et l'Esprit, c'est Mercure. C'est pourquoi
Morien dit : on ne peut avoir Mercure, si ce n'est des Corps dissous par liquéfaction, non point
par une liquéfaction vulgaire et commune, mais seulement par celle qui demeure permanente,
jusqu'à ce que le Mari et la Femme se soient unis ensemble ; ce qui dure jusqu'au blanc ou
blanchissement ; et remarquez que le Corps est entièrement liquéfié et fondu quand la noirceur
paraît dans la Cuisson. Ce qui fait dire à Bonellus : lorsque vous verrez que la noirceur est
éminente, et qu'elle commence à paraître sur l'Eau, sachez que le Corps est déjà liquéfié et
dissous. Cuisez-le dans son Eau avec une chaleur modérée, jusqu'à ce qu'il se dessèche avec la
vapeur semblable, et il s'en fera une chose qui introduira en soi la perfection ; mais l'Esprit
convertit à soi le Corps sublimé et pénétré, et à cause de cela on le nomme Eau de vie, Eau
permanente et pénétrante. C'est pourquoi, dit Dardarius dans la Tourbe, Mercure, c'est l'Eau
permanente, sans laquelle rien ne se fait ; car sa vertu est un Sang spirituel conjoint avec le Corps
qu'elle change en Esprit par la mixtion qui se fait d'eux ; et étant réduits en un, ils se changent l'un
et l'autre ; car le Corps incorpore l'Esprit, et l'Esprit transmue le Corps en Esprit, le teint et le
colore comme Sang : parce que tout ce qui a Esprit, il a Sang aussi, et le Sang est une humeur
spirituelle, qui conforte la Nature. Et sachez que plus le Corps est cuit et trempé ou lavé dans sa
propre humeur, plus il paraîtra clair, pur et meilleur. Mais, comme dit Morien, rien ne peut ôter au
Laiton son ombre que l'Azoth, quand il est cuit avec lui jusqu'à ce qu'il le rende coloré et blanc
comme les yeux de Poisson ; car pour lors il attend que sa vertu soit transmuée en la nature de
son Ferment.

Mais remarquez que le Ferment, c'est l'Eau fixe, qui teint et colore la Pierre, la vivifie, l'embrasse
et la retient. C'est pourquoi Marie dit : le Corps fixe est de Matière de Saturne, comprenant
digestion et séparation de Teintures et de Couleurs, sans lequel Corps fixe notre Secret ne
parvient à aucun effet, jusqu'à ce que le Soleil et la Lune soient conjoints en un Corps ; car,
comme dit Euclides, l'artifice de cet Art consiste seulement au Soleil et au Mercure ; lesquels
étant ajustez et conjoints ensemble ont une Teinture infinie ; parce que dans l'Œuvre s'acquiert
une Couleur mêlée et répandue en chose blanche, et se convertit en grande partie du blanc en
NICOLAS FLAMEL LE DÉSIR DÉSIRÉ 9

Couleur citrine ; ce qu'on peut éprouver en jetant du Sang parmi du lait et de l'eau. Or donc,
comme le Feu est déjà mêlé avec l'Eau, ils seront quatre. Faites ensuite que tout cela ne devienne
qu'Un, et tu parviendras à ce que tu cherches ; car alors un Corps sera fait le feu débile et non
débile, et la paix sera sur lui ; mais depuis le commencement jusqu'à la fin, la Préparation de ces
choses est la louable Eau fixe ; car elle montre manifestement sa Teinture dans sa Projection : et
elle est la Médiatrice, ou la Chose moyenne, entre les Choses contraires, et elle est elle-même le
Commencement, le Milieu, et la Fin, ou Chose première, moyenne et finale. Qui entend ceci
comprend la Doctrine des Sages.

De plus, quelques Philosophes ont dit : si vous ne convertissez les Corps en mon Corps, et ne
faites que les Choses incorporelles n'ayant corps, vous n'aurez point trouvé la règle et le chemin
de la vérité. Et si les Philosophes disent la vérité, c'est en cette Opération) car premièrement le
Corps se fait et se rend Eau ; en sorte que la Chose corporelle se fait incorporelle, c'est-à-dire
Esprit ; et ensuite dans la Conjonction, l'Esprit c'est-à-dire l'Eau se fait Corps. Et à ce sujet,
Hermès dit : convertis et change les Natures, et tu trouveras ce que tu cherches. Ce qui est vrai,
car en notre Art, nous faisons premièrement d'une Chose épaisse une Chose subtile ; c'est-à-dire,
du Corps nous en faisons de l'Eau, après quoi d'une Chose humide, nous en faisons une sèche ;
savoir, de l'Eau nous en faisons la Terre, et de cette sorte nous changeons et convertissons les
Natures ; car d'une Chose corporelle nous en faisons une Chose spirituelle, et d'une spirituelle
nous en faisons une corporelle. C'est ce que dit le même Hermès : notre Œuvre est la conversion
et le changement des Corps d'un Etre dans un autre Etre, d'une Chose en une autre chose, de
faiblesse en force, de grosseur et d'épaisseur en ténuité et mollesse, de corporalité en spiritualité
tout de même que la Semence de l'Homme étant dans la matrice de la Femme il se fait, par leur
conjonction naturelle, mutation et changement d'une Chose en une autre Chose, jusqu'à ce que se
soit formé l'Homme parfait ; car, comme dit Aristote, toute Génération se fait des choses
convenantes en nature ; ce qui est constant, et même dans la Génération des Métaux. Ce qui fait
dire aux Philosophes : ne faites point entrer en lui aucune chose étrangère, ni Poudre, ni Eau, ni
autre chose ; car s'il y entre quelque chose hétérogène, et de nature différente; elle le corrompra et
le détruira entièrement. Ce que confirme le Roi Aros, en disant : qu'il ne soit conglutiné qu'avec
son noble Soufre, qui lui est semblable, parce qu'il est de lui.

Après quoi nous faisons que ce qui est au-dessus, est de même que ce qui est au-dessous ; c'est-à-
dire, que l'Esprit soit fait Corps, et que le Corps soit fait Esprit, comme il est dit au
commencement de notre Œuvre, et comme on le connaît en la Sublimation ; car alors ce qui est
dessous est comme ce qui est dessus, et au contraire, et le tout se convertit en terre. Et c'est par
cette raison qu'Hermès dit : ce qui est dessus par Sublimation est comme ce qui est dessous par
Descension ; et ce qui est dessous par Constipation est comme ce qui est dessus par Ascension,
pour préparer choses miraculeuses d'une Chose.
NICOLAS FLAMEL LE DÉSIR DÉSIRÉ 10

L'Eau et la Terre sont dans le lieu bas ; l'Air et le Feu montent au lieu haut. L'Eau et la Terre
conçoivent et nourrissent, l'Air et le Feu agissent, ajustent, conjoignent, et ces quatre, dans notre
Pierre, conviennent et s'accordent ensemble, comme nous l'enseigne Senior, en disant que les
quatre Eléments sont purifiez en notre Pierre : car en elle l'Eau est fixe, l'Air est tranquille, la
Terre est ferme, et le Feu environne le tout. Ces quatre Natures, répugnantes entre elles, sont dans
la Pierre, et sont engendrées par elle. Il est donc manifeste, par ce que nous venons de rapporter,
que notre Pierre est composée des quatre Eléments.

Tous les Philosophes ont dit que notre Pierre est des quatre Eléments, qui contiennent Corps,
Ame et Esprit ; et ils disent que ces trois choses sont d'une Nature et d'une Matière et qu'elles sont
avec une Eau et une Racine. Certainement ils disent la vérité ; parce que toute notre Œuvre se fait
avec notre Eau ; et d'elle, en elle, et par elle sont toutes les choses nécessaires ; car elle dissout les
Corps, non point par Solution vulgaire et commune, comme les Ignorants pensent que se
convertissent en Eau les Nuées fondantes : mais par une Solution vraiment Philosophique, ils se
convertissent en une Eau onctueuse et glutineuse, de laquelle les Corps ont été procréez. Ce qui
fait que Socrate dit : la vie de toute Chose c'est l'Eau, car cette Eau fait la Dissolution du Corps et
de l'Esprit, et d'une chose morte en fait une vive. C'est le Vinaigre très fort et plus aigre que
l'aigre même. Cuisez-le jusqu'à ce qu'il se fasse épais ; mais prenez bien garde que le Vinaigre ne
se convertisse en fumée, et qu'il ne se perde et ne s'évapore tout. De plus, cette même Eau
transforme et convertit les Corps en Cendres, les pulvérise et les incère.

Ecoutez ce qu'en dit le roi Martas : notre Eau congèle les Corps et les rend noirs, et cette Eau lave
et nettoyé tous Corps, en ôte toute noirceur, teint toute Matière blanche et la fait rouge. Elle rend
à toutes choses mortes une vie perpétuelle ; et par cette raison elle est estimée et exaltée, car entre
toutes choses, c'est elle qui fait les plus grandes et les plus merveilleuses Opérations. Morien dit :
l'Azoth et le Feu blanchissent le Laiton, et en ôtent toute obscurité. Le Laiton est un Corps impur
et mal net ; mais l'Azoth c'est Mercure. En outre, cette Eau conjoint divers Corps après qu'ils sont
préparez, et cette conjonction est telle que la chaleur du feu ne peut la surmonter. Cette même
Eau fait le mariage entre le Corps et le Ferment, les change l'un en l'autre et les défend de la
combustion du feu ; car la Terre, étant calcinée et blanchie, se fait en s'élevant en haut, et se rend
spirituelle et de nature d'Air, au moyen de quoi elle est une chose spirituelle et aérienne,
incorruptible et pénétrative. Sur quoi Hermès dit : l'Eau de l'Air étant existante entre le Ciel et la
Terre, c'est la vie de toutes choses, car elle est la Médiatrice entre le Feu et l'Eau par la chaleur et
par son humidité. Par sa chaleur, elle est plus voisine du Feu, et par son humidité, elle est plus
prochaine de l'Eau. Ce qui lui fait faire le mariage entre l'Homme et la Femme : car l'Esprit, par
sa subtilité, a de la conformité avec l'Air. L'Eau donc de l'Air vivifie le Mort, fait le mariage, et
garantit la Composition de la Combustion du feu. Et par cette raison les Philosophes ont dit :
NICOLAS FLAMEL LE DÉSIR DÉSIRÉ 11

convertis l'Eau en Air, afin que la vie soit faite avec la vie, parce qu'elle est Vie et Esprit quand
elle est entrée.

Notre Eau donc sublime les Corps, non par Sublimation vulgaire, comme le pensent les
Ignorants, qui croyent que notre Sublimation monte en haut ; au moyen de quoi ils prennent des
Corps calcinez, qu'ils mêlent avec des Esprits sublimez, tels que sont le Soufre, le Mercure, l'Eau,
le Sel Ammoniac et l'Arsenic, qu'ils conjoignent ensemble ; en sorte qu'à force de feu, ils font une
telle Sublimation que les Corps montent en haut avec les Esprits, et disent alors que les Esprits et
les Corps sont sublimez, purgez et purifiez de toutes leurs superfluités, mais ils sont trompez, car
après leur Sublimation, ils trouvent le tout plus impur qu'il n'était auparavant, parce que l'Art est
plus faible que la Nature, Albert le Grand, dans son Livre des Minéraux, dit à ce sujet : quand les
Humeurs étrangères sont purgées de la substance du Soufre par l'artifice de la Nature, l'Art ne
peut les repurger davantage, parce que l'artifice de la Nature est plus subtil que celui de l'Art.
C'est pour cela que notre Sublimation est celle des Philosophes, par laquelle d'une Chose petite et
corrompue nous en faisons une grande, pure, parfaite, et très excellente. Quand nous disons :
celui-ci est monté à une telle Dignité, de même nous disons : les Corps sont sublimez, c'est-à-dire
subtiliez et changez en une autre nature. En sorte que sublimer, c'est la même chose que subtilier,
ce que notre Eau fait parfaitement. Sur quoi Morien dit : notre Eau ôte la puanteur du Corps mort,
dans lequel il n'y a point d'Ame ; et quand cette Eau aura blanchi l'Ame, et l'aura sublimée en
gardant le Corps, elle ôte de ce Corps toute mauvaise odeur.

Prenez, dit Alchimédes, la Matière de ses propres Minières, et la sublimez en ses hauts lieux ;
envoyez-la au plus haut de ses Montagnes, et la réduisez à ses Racines. Donc, sublimer n'est autre
chose que subtilier une Matière grosse. Sur quoi Hermès dit : sublime subtilement et
ingénieusement, et sépare le subtil de l'épais ; car de la Terre elle monte au Ciel et ensuite
redescend en Terre, pour pénétrer dans les inférieurs de gravité et de pesanteur, afin d'y demeurer
et de s'y arrêter. Entends donc en cette sorte la Sublimation des Philosophes, car en ceci plusieurs
se sont trompez.

De plus, notre Eau mortifie les Corps, les vivifie, les amène en Occident, et après les fait
retourner en Orient. Elle fait paraître les Couleurs noires dans la mortification, quand ces Corps
se convertissent en Terre, par le moyen de la putréfaction. Après cela, plusieurs et diverses
Couleurs paraissent avant le blanchissement, la fin desquelles est la blancheur, qui est stable et
permanente. Car de même qu'un grain de Froment étant semé en terre produit beaucoup d'autres
grains, s'il y pourrit et s'y mortifie, et au contraire, qu'il n'y produit rien s'il n'y meurt pas, de
même aussi les Semences de toutes choses qui naissent et croissent sur la terre se changent et se
putréfient ; et si la corruption se met en elles, aussitôt elles germent et se multiplient dans une
Semence semblable à celle dont elles ont eu leurs racines et leurs commencements. Il en arrive de
NICOLAS FLAMEL LE DÉSIR DÉSIRÉ 12

même à notre Eau ; elle se nourrit, se putréfie et se corrompt ; et germant ensuite, elle ressuscite
et se vivifie elle-même. Calib dit à ce sujet : quand j'ai vu l'Eau se congeler soi-même, j'ai connu
que la Science était certaine, et j'ai cru par ce signe que le Secret était véritable. Cuisez donc cette
Eau avec son Corps, jusqu'à ce que son humidité soit desséchée par le feu ; et desséchez-la de
cette sorte jusqu'à ce qu'on puisse reconnaître qu'elle a recueilli ses Esprits, et qu'elle aura fait sa
demeure dans la Racine de son Elément. Ce qui sera quand tu auras mortifié le Corps blanc et
tendre ; alors l'Eau sera spirituelle, ayant pouvoir de convertir les Natures en d'autres Natures ; et
alors encore, elle vivifiera les Corps morts, en les faisant germer et fructifier.

Au surplus, notre Eau est de diverses et admirables Couleurs, et elles paraissent et se montrent en
si grand nombre qu'il n'est pas possible de le croire ni de le penser. C'est alors que l'Esprit s'ajuste
avec le Corps par le moyen de l'Ame. L'Esprit est aussi le lien de l'Ame ; et l'Ame extraite et tirée
des Corps est la Teinture de l'Eau. Sur cela Senior dit : dans l'Eau est la Teinture des Teinturiers,
laquelle Eau s'en va de dessus le Drap par dessèchement, et la Teinture propre y demeure par
impression. Il en arrive de même de cette Eau ou Ame, qui apporte la Teinture, ou la mer sur la
Terre blanche, altérée et feuillée ou en écume. Hermès appelle cette Eau l'Eau d'écume d'Or, ou
Fleur de Safran, parce qu'elle teint la Terre calcinée. C'est pourquoi, dit-il, semez l'Or en Terre
blanche feuillée. De là on procède à l'Eau spirituelle, et l'Ame demeure avec le Corps, laquelle est
la Teinture du Soleil. Cette Ame est comme une fumée subtile, qui ne se montre que par son effet
; et son action est une manifestation de Couleurs ; et le feu s'engendre du feu, et se nourrit dans le
feu, et il est le fils du feu, et pour cela il faut qu'il retourne au feu, afin qu'il ne craigne point le
feu, tout de même que l'enfant retourne aux mamelles de sa Mère.

Quelques Philosophes ont aussi appelle notre Pierre du nom de Métal blanc. C'est pourquoi
Ismindrius et Lucas ont dit dans la Tourbe : sachez, vous tous qui cherchez notre Science, qu'il ne
se fait de vraie Teinture que de notre Métal blanc, lequel n'est point Métal vulgaire ; car celui-ci
gâte et corrompt tout. A quoi il est ajouté : mais le Métal des Philosophes blanchit tout ce à quoi
il est associé et le rend parfait. Ce qui fait dire à Platon : tout Or est Métal, mais tout Métal n'est
pas Or ; car en nature d'Or, il est presque semblable au Métal par la pesanteur et par la dureté ; et
en nature de Métal, il n'est autre chose que ce qui est en nature d'Or par la corruption qui est dans
la terre. Mais notre Métal a Esprit, Corps et Ame, et ces trois choses n'en sont qu'une ; car Esprit,
Corps et Ame ne sont qu'un, d'autant que cette Ame est Esprit par un, d'un, avec un, qui est sa
Racine. Le Métal donc des Philosophes, c'est leur Elixir parfait et accompli d'Esprit, de Corps et
d'Ame. C'est pour cela que les mêmes Philosophes ont donné différons noms à leur Pierre, afin
qu'elle ne fût entendue que par les Savants, et qu'elle fût cachée aux Ignorants : mais de quelques
noms qu'ils l'appellent, et quelques différents qu'ils soient, néanmoins ce n'est qu'une seule et
même chose.
NICOLAS FLAMEL LE DÉSIR DÉSIRÉ 13

Morien dit sur ce sujet : il y a une Pierre occulte, cachée et ensevelie dans le plus profond d'une
Fontaine vile, abjecte, peu prisée, et elle est couverte de fiente et d'excréments ; et quoi qu'elle ne
soit qu'une) on lui donne toute sortes de noms. Sur quoi le sage Morien dit : cette Pierre) non
pierre, est animée, et elle a la vertu de procréer et d'engendrer. Cette Pierre est Oiseau, et non
pierre ni oiseau. Cette Pierre est molle, et prend son commencement, son origine et sa race de
Saturne ou de Mars, Soleil ou Venus, et si elle est Mars, Soleil et Venus. Cette Pierre seule est
plus resplendissante et reluisante que toutes autres) même plus que la Lune ; car maintenant elle
est Argent, et après sera Or, recevant plusieurs Espèces et Formes, comme d'Elément d'Eau, de
Vin, de Sang, de Christalin) Lait, Vierge) Sperme ou Semence d'Homme) Vinaigre, Urine
d'Enfants, Pierre ou Gomme du Soleil, et sa générale splendeur. L'Orpiment constitue et fait le
premier Elément, Elle est quelquefois nommée la Pierre prédite, la Mer repurgée et purifiée avec
son Soufre. En sorte que les Philosophes changent et varient les noms, parce qu'ils ne veulent
point manifester un tel Secret aux Fous et aux Ignorants, et ils enveloppent ce Secret sous
diverses formes et sous différents noms, afin qu'il n'y ait que les Sages et les Savants qui puissent
le développer et le comprendre. Le même Morien ajoute : notre Pierre est la Confection ou
Composition de notre Secret, et il est semblable en ordre à la Création de l'Homme. Car, 1° se fait
la Conjonction, 2° la Corruption, 3° l'Imprégnation, 4" l'Enfantement, 5° le Nutriment. Entends et
pèse bien les paroles de ce Philosophe, et tu ne te fourvoieras point dans le chemin qui conduit à
la Vérité.

Ouvre tes yeux, cher Lecteur, vois et comprends que le Sperme des Philosophes est une Eau vive,
et que leur Terre est le Corps imparfait ; laquelle Terre est nommée Mère, parce qu'elle contient et
comprend tous les Eléments ; et par cette raison quand le Sperme de Mercure est conjoint avec la
Terre du Corps imparfait, alors cela s'appelle la Conjonction ; car dans ce temps-là, le Corps de
Terre, ou la Terre du Corps imparfait, se dissout en Eau de Sperme, et se fait Eau sans aucune
division. Il est aussi dit dans un autre endroit : la Solution du Corps et la Congélation de l'Esprit
sont deux choses ; mais elles n'ont qu'une opération, car l'Esprit ne se congèle que par la
Dissolution du Corps, et le Corps ne se dissout que par la Congélation de l'Esprit. Et quand le
Corps et l'Ame s'ajustent et se conjoignent ensemble, chacun d'eux agit contre son Compagnon en
fait semblable. La Terre et l'Eau nous en fournissent un exemple ; car quand l'Eau s'ajoute à la
Terre, cette Eau, par son humidité, s'efforce à dissoudre la Terre, et la rendant plus subtile qu'elle
n'était auparavant, elle l'humecte et se la rend semblable, parce qu'elle est plus subtile que la
Terre.

L'Ame fait la même chose dans le Corps, et c'est de cette manière que l'Eau se rend épaisse avec
la Terre, et devient semblable à la Terre, quant à l'épaisseur, parce que la Terre est plus épaisse
que l'Eau. Par cette raison on conçoit qu'entre la Solution de la Terre, et la Congélation de
l'Esprit, il n'y a point de différence de temps, ni de diversité dans l'Opération, en sorte que l'une se
NICOLAS FLAMEL LE DÉSIR DÉSIRÉ 14

fasse dans l'autre. Or donc comme on ne connaît point de différence de temps, ni de manières
diverses d'opérer, dans la Conjonction de l'Eau avec la Terre ; de même, on ne connaît point de
différence de temps, ni de diverse manière d'opérer, quand la Semence de l'Homme se mêle avec
le Sperme de la Femme, au moment de leur Conjonction ; ils ne se séparent plus l'un de l'autre, et
il n'y a dans l'ordre de la Nature qu'un But, qu'une Fin, qu'une Voie, qu'une Opération. Le Roi
Merlin dit à ce sujet : la Conjonction suppose la Mixtion, et les Semences se mêlent comme le
Lait ; ce qu'on remarque lorsque la Mixtion est parfaite, et de cette Mixtion parfaite il s'ensuit la
Génération.

Il faut entendre de ce que nous venons de dire que quand la Terre se dissout en Poudre noire, et
qu'elle commence un peu à retenir du Mercure, il faut entendre, dis-je, que c'est le Mâle qui
exerce son action avec la Femelle ; c'est-à-dire l'Azoth avec la Terre. Sur quoi Arisléus dit dans la
Tourbe : Les Hommes n'engendrent point ensemble, ni les Femmes ne conçoivent point seules ;
car la Génération ne se fait que par Mâle et Femelle ; et Nature ne s'esjouit que quand les Mâles
reçoivent les Femelles, parce qu'alors se fait Génération, et non en ajoutant follement aux Natures
d'autres Natures étrangères et dissemblables. Fais donc conjoindre ton Fils Gaber-tin avec sa
sœur Béya, qui est une Fille froide, douce et tendre. Gabertin est le Mâle, et Béya est la Femelle,
qui amende et corrige Gabertin, parce qu'il est venu d'elle. Et quoique Gabertin soit plus chaud
que Béya, néanmoins il ne fait point de Génération sans Béya ; Gabertin étant couché avec Béya)
il meurt aussitôt ; car Béya monte sur lui) l'embrasse et l'enferme dans son ventre, en sorte qu'on
ne voit plus aucune chose de Gabertin. Béya donc a embrassé Gabertin avec un amour si
véhément, qu'elle l'a entièrement conçu et transmué en sa nature, et l'a divisé en diverses parties.
Voici ce que dit encore le Roi Merlin : ce qui était dans la Conception comme du Lait, se change
et se transmue en Sang ; ce qui était blanc se fait noir, et après survient le rouge resplendissant.

L'Imprégnation se fait quand la Terre se blanchit par la prédomination et gouvernement de la


Nature. L'Eau mêlée avec la Terre croît et se multiplie, et la Génération se fait avec augmentation
de nouvelle Lignée. Alors, il faut laver et nettoyer la Terre noircie, et la blanchir avec la chaleur
du feu. Sur quoi dit Haly : prends ce qui est descendu au fond du Vaisseau, et le lave et nettoyé
bien avec la chaleur du feu, jusqu'à ce que la noirceur en soit ôtée, ainsi que son épaisseur et sa
crasse. Fais-en aussi sortir, voler et résoudre toute addition d'humidité jusqu'à ce qu'il devienne
comme Chaux très blanche, sans qu'il paroisse en elle aucune tache ni aucune ordure. Alors la
Terre est pure, et propre à recevoir l'Ame. L'imprégnation, en corroborant et confrontant ce qui a
été mué et changé, nous promet, après la Conception, quelque chose d'une plus grande perfection
; et ce qui a été bien purgé et bien nettoyé, se lie ensuite, et se conjoint par une bonne paix.

L'Enfantement arrive quand le Ferment de l'Ame s'ajuste avec le Corps, c'est-à-dire le Corps ou
Terre blanchie, en sorte que de Tout il ne se fasse qu'Un, tant en Substance qu'en Couleur. Alors
NICOLAS FLAMEL LE DÉSIR DÉSIRÉ 15

notre Pierre est née et faite, ayant vie perpétuelle. Car alors l'Esprit est conjoint et ajusté avec le
Corps par le moyen de l'Ame. C'est la vraie Composition. Ecoutez Haly sur ce point : ceci, dit-il,
se fait avec putréfaction et mariage, lequel mariage n'est autre chose que mêler le subtil avec
l'épais, et ajuster et insérer l'Ame avec le Corps ; et la putréfaction, c'est cuire et rôtir la Terre, et
l'arroser jusqu'à ce qu'ils se mêlent ensemble, et que tout ne soit fait qu'Un. Dans ces Matières, on
ne fait point de diversité, de variété ni de séparation. Alors, la Terre, étant mêlée avec l'Eau, elle
s'efforcera de retenir ce qui est épais, et le subtil se mettra en devoir de purger l'Ame avec le feu,
pour qu'elle puisse l'endurer et le souffrir. De même, l'Esprit né dans ces Corps s'efforcera, et
désirera être répandu avec eux. Voici ce qu'en dit le Roi Merlin :

La Quatrième Imprégnation,
Par moyen de Corruption,
Fait de l'Enfant production.
A ce qu'est né la vie est donnée
Et s'il n'est né la vie est déniée

Le Nutriment se fait quand la Créature, étant hors du ventre, a besoin d'être nourrie. La première
nourriture est le Lait, avec une chaleur convenable, afin que ce qui vient de naître soit peu à peu
conforté et corroboré, en augmentant la nourriture à proportion de l'accroissement ; car plus les
Os se fortifient, plus facilement l'Enfant parvient à la jeunesse, et par conséquent à un âge parfait
de Substance forte et d'une grande vertu.

Il faut opérer de la même manière dans notre Œuvre. Sachez donc que rien ne peut s'engendrer ou
procréer sans chaleur ; que la trop grande chaleur gâte et fait périr le Composé ; que le Bain trop
froid chasse et fait fuir ce qui lui est conjoint, mais que la chaleur qui est tempérée chasse, par sa
douceur, les humeurs corrompantes du Corps. Ce qui fait dire à Morien : ce qui est premièrement
né est mis en lumière, et ensuite nourri et entretenu.

Le Feu surmonte l'Eau, et le Phénix administre et brûle le Nutriment. C'est pour cela que notre
Pierre est appelée le fils né, au sujet duquel il est dit dans la Tourbe : honorez votre Roi, qui vient
du feu ; couronnez-le d'un Diadème, et l'illuminez jusqu'à ce qu'il parvienne à un âge parfait. Ne
le faites ni brûler ni fuir par une trop grande chaleur ; car si vous le provoquez par plus de chaleur
qu'il ne faut, il vous ôtera son régime et son gouvernement. Son Père est le Soleil, et sa Mère est
la Lune. Le Vent le porte dans son ventre, et la Terre est sa Nourrice. Il est vrai qu'il est nourri de
son propre Lait, c'est-à-dire du Sperme dont il a été fait dès le commencement. Soit donc imbibé
et attrempé souvent, et bien souvent peu à peu de son Mercure, jusqu'à ce qu'il boive son saoul et
à sa suffisance. Alors, comme dit Haly, le Corps fait retenir la Teinture, et la Teinture fait paraître
la Couleur, et la Couleur fait démontrer la Teinture, dans laquelle est la Lumière, la Vie et la
NICOLAS FLAMEL LE DÉSIR DÉSIRÉ 16

Nature. Ce qui est le droit et court chemin pour arriver à la perfection de notre Matière, même à
la fin de notre Art, et à la consommation de notre Œuvre.

Par tout ce que je viens de rapporter, tu peux, mon cher Lecteur, entendre facilement les Paroles
obscures des Philosophes et tu pourras connaître qu'ils s'accordent tous ensemble sur ce point,
qu'il n'y a pas d'autre moyen pour opérer sagement en notre Art que ce que je t'ai déclaré. Or donc
tu as déjà la Solution du Corps, et la Réduction d'icelui à sa première Matière ; ensuite, tu as la
conversion d'icelui en Terre ; tu as pareillement le Blanchissement de la Terre noire, comme tu as
la Subtiliation ou Mutation dans l'Air. Car alors se fait la Distillation de l'humidité qui est en lui ;
et ce qui s'élève et monte de la Terre se fait de nature d'Air, et la Terre demeure calcinée ; et alors
est le feu de Nature. Tu auras aussi la commixtion d'Ame, de Corps et d'Esprit tout ensemble, et
la conversion ou mutation de l'un en l'autre ; d'où le Composé prend une grande augmentation,
dont l'utilité est plus excellente qu'on ne peut concevoir, ni comprendre par aucun raisonnement.
Ce qui se fait moyennant l'aide du Seigneur, Dispensateur unique de tous Trésors, et de toutes
grâces ; lequel, en Trinité, est un seul Dieu, qui règne dans les Siècles des Siècles.

Ainsi soit-il.

V2.0

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